L’Argentine souhaite repousser les négociations autour de sa dette avec le FMI à 2022

Un accord historique avait été trouvé en septembre dernier entre l’État argentin et ses créanciers. Cependant, le président Alberto Fernández tente aujourd’hui de repousser la mise en place de réformes sur lesquelles il s’était engagé. Dans ce contexte difficile, il ne veut pas avoir à assumer des décisions économiques impopulaires avant les élections parlementaires qui auront lieu à l’automne.

Photo : Diario Neuquén

Depuis le 19 mars, l’actuel ministre de l’Économie argentin, Martín Guzmán, travaille d’arrache-pied pour maintenir une activité économique viable pour le pays sud-américain. D’une part, il souhaite arriver à un nouveau plan économique sur lequel il travaille avec le FMI. D’autre part, il souhaite rassurer les investisseurs étrangers afin que ceux-ci continuent de s’installer en Argentine. La crise de Covid-19 a tout particulièrement impacté l’Argentine qui avait déjà une économie très fragile avant 2020. Il ne faut pas oublier que, suite à une sécheresse record en 2018, le pays sortait tout juste d’une crise au début de la crise sanitaire.

Aujourd’hui, la situation dans laquelle est plongée l’Argentine est très délicate. Le pays pourrait même se retrouver en défaut de paiement. Cristina Fernandez de Kirchner, l’actuelle vice-présidente et ancienne présidente de la République, s’emportait dernièrement face à l’injustice de cette dette : « Avec les délais et les taux qu’ils nous demandent, ce n’est pas seulement que c’est inacceptable, c’est un problème que nous ne pouvons résoudre car nous n’avons pas l’argent ».

2020, année périlleuse

Avec une récession estimée entre 10 et 12,9 % et une inflation de 36,1 %, l’Argentine est l’un des pays d’Amérique du Sud les plus touchés par le coronavirus. L’année passée, le pays a connu un mois d’arrêt complet de son industrie et trois mois de faible consommation due aux mesures de confinement strict de la population. Malgré tout, le pays tient encore, notamment grâce au fait que l’économie argentine est très centrée sur son marché intérieur et un peu déconnectée du commerce international.

Autre indicateur, le rapport peso argentino/dollar américain n’a jamais été aussi élevé. Il y a un an, 1 dollar valait 78 pesos argentins ; il en vaut aujourd’hui 160, ce qui a d’énormes conséquences sur les importations. Ces indicateurs se placent juste derrière ceux du Venezuela en pleine hyperinflation. Le pacte à trouver se situe donc au carrefour de plusieurs paramètres. Arrêter l’inflation et récession, tout en trouvant un compromis avec le FMI et les investisseurs étrangers, en préparant les élections d’octobre.

La structuration de réformes dans le temps

C’est là que Martín Guzmán intervient : le ministre doit absolument trouver ce compromis, et rapidement s’il veut éviter à l’Argentine de rester dans une position dangereuse. L’édition du 28 février d’El País le rappelait, « il y a 100 ans, le pays était l’un des plus riches au monde. Depuis, il a connu une inflation moyenne de 105 %, et il est aujourd’hui le principale emprunteur auprès du FMI ».

Pour de nombreux économistes, le pays a besoin de stabilité afin de pouvoir relancer l’économie durablement. C’est avec cet argument que le ministre de l’économie argentin est allé à New York ce 19 mars. En effet, comment stabiliser les lois sociales quand tous les deux ans un événement majeur pousse le pays à rentrer en récession ? Pour autant, Le président se montre confiant. Haut fonctionnaire sous les mandats de Nestor Kirchner (2003-2010), pour lui, une économie qui tombe se relève toujours et il n’y a pas de raison que ce soit différent pour l’Argentine.

Mais aujourd’hui, c’est plutôt la conciliation de tous ces paramètres avec les élections parlementaires qui préoccupe le gouvernement. Le FMI impose de lourdes réformes, ce que ne veut pas s’engager à faire Alberto Fernandez de peur de perdre son électorat en vue des élections de l’automne. Là est toute la complexité de l’économie en Argentine. D’une part, une nécessité de planification à long terme. De l’autre, des crises à répétition qui obligent le gouvernement à prendre des décisions dans la hâte.

Étienne FAIVRE