Qui a le droit de porter une arme au Brésil ?

La légalisation du port d’arme pour tous les citoyens brésiliens avait été l’un des grands thèmes de campagne du président Jair Bolsonaro. Selon lui, c’est le seul moyen pour que le bon citoyen brésilien puisse se défendre en cas d’agression par un individu mal intentionné armé. Mais que disent la loi et les statistiques au Brésil ? 

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Le 12 février dernier, le président a défendu quatre décrets qui ont pour but de faciliter la possession et le port d’arme au Brésil. Que disent ces décrets ? Désormais, les citoyens ayant le droit de posséder une arme peuvent en posséder six, contre quatre jusqu’à maintenant, et peuvent en porter deux simultanément sur la voie publique. De son côté, l’armée arrête le contrôle des munitions jusqu’à la taille de 12,6 mm. Quant aux personnes âgées de 18 à 25 ans, elles ont maintenant le droit de collectionner des armes, être tireur ou encore chasser, mais ne peuvent pas posséder d’arme sur la voie publique.  

Le président actuel n’en est pas à son premier coup d’essai. Sous son mandat, il a changé la législation en matière de port d’arme à trente et une reprises. Depuis le 1er janvier 2019, ce sont donc quatorze décrets, quatorze arrêtés ministériels, deux projets de loi qui n’ont pas été validés et une résolution qui facilite l’achat d’armes et de munitions. La position très idéologique du président est simple : seul le port d’arme peut protéger le bon citoyen brésilien.  

Un bon bandit est un bandit mort 

Durant son mandat, Bolsonaro n’a cessé de faire l’apologie du port d’arme afin de protéger les citoyens des bandits brésiliens. Les statistiques sont claires : les Brésiliens s’arment comme jamais auparavant. Ainsi, sur les années 2019 et 2020, on recense 273 835 armes vendues, ce qui n’est d’aucune mesure avec les chiffres des années précédentes (265 706 armes vendues de 2013 à 2018). Mais si l’on s’intéresse de plus près à ces chiffres, quelles ont été les répercussions de ces ventes sur les assassinats et homicides commis sur ces deux dernières années ?  

Une chose est sûre, le nombre de morts par armes à feu a bondi au Brésil ces deux dernières années. Mais les supporters de la loi pointent du doigt le fait que le taux d’homicide a quant à lui diminué, en évitant bien sûr de montrer que le taux d’assassinat a quant à lui augmenté. Cette recrudescence du nombre de morts est néanmoins à prendre avec des pincettes vu le taux record d’homicides atteint pour l’année 2017 (65 000 morts pour l’année). Le nombre d’homicides ne dépend pas seulement des lois sur l’armement, mais aussi de nombreux facteurs contextuels. En 2018, on a vu l’apaisement des tensions entre factions rivales dans le Nordeste qui était devenu un fort lieu de passage de la drogue en provenance du Pérou et de la Bolivie. Ceci pourrait avoir eu un effet significatif sur la baisse du taux d’homicides pour les années 2018 et 2019. 

Anti-science  

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur les politiques de Bolsonaro, mais tout semble montrer que les morts par balles au Brésil ne sont pas près de diminuer. Les études menées par les scientifiques du monde entier dans ce domaine ont montré qu’à chaque fois que le nombre d’armes en circulation augmentait, le nombre de morts par balles augmentait lui aussi. Ce qui pourrait donner du grain à moudre au gouvernement, c’est que pour cause de pandémie, on s’attend à voir la même dynamique qu’en 2018, c’est-à-dire une augmentation du nombre d’assassinats, mais une réduction des homicides. Le clan Bolsonaro pourrait bien utiliser cet argument afin de justifier le port d’armes généralisé.  

À titre de comparaison, la loi du désarmement mise en place par Luiz Inácio Lula Da Silva en 2003 avait rendu l’acquisition d’une arme à feu bien plus difficile. Il en a résulté un net ralentissement dans l’augmentation annuelle des morts par balle passant d’une augmentation moyenne de 6 % entre 1980 et 2003 à 0,9 % de 2003 à 2018. La position du président semble donc à l’image de sa politique dans la lutte contre le coronavirus : antiscientifique et dangereuse. Malheureusement, avec ces deux facteurs combinés, nous nous attendons à voir la surmortalité exploser au Brésil pour les années 2020 et 2021.  

                                                                                                                       Étienne FAIVRE