Après trois ans dans les rouages de la justice, Luiz Inácio Lula da Silva est de nouveau présidentiable

Le ministre du Tribunal fédéral suprême (STF), Edson Fachin, a annulé toutes les charges retenues contre Luiz Inácio Lula da Silva dans le cadre de l’opération Lava Jato. Ce verdict permet à l’ancien chef d’État de se présenter aux futures élections présidentielles. Toutefois, la décision du ministre peut encore être rejetée par les hautes instances du STF à Brasilia.

Photo : El Pais

Selon le ministre Edson Fachin, la décision de condamner Lula ne revenait pas au tribunal du Paraná mais bien au Tribunal suprême national. L’affaire a donc été renvoyée à Brasilia, ce qui veut dire que l’ancien chef d’État n’est pas encore sorti d’affaire. Il revient maintenant au STF de trancher afin de savoir s’ils reprennent les investigations à la capitale. Cependant, le ministre se dit convaincu que l’affaire ne sera pas relancée par le STF. En effet, pour beaucoup des hauts juges brésiliens, le juge Sergio Moro n’a pas condamné l’ex-président de manière impartiale. Gilmar Mendes, un des ministres décisionnaires du STF, confiait à la presse qu’« on ne combat pas le crime en commettant des crimes ». Il y a donc de grandes chances pour que le président Luiz Inácio Lula da Silva ne soit plus inquiété par ces affaires.

Pour autant, Lula n’a pas encore proposé sa candidature et le chemin le séparant d’une potentielle campagne semble encore long et tortueux. Aujourd’hui, il est encore en cours d’investigation dans quatre affaires. Si l’une d’entre elles donnait lieu à un jugement puis à une condamnation, Lula serait de nouveau privé de ses droits électoraux. Cependant, tout ceci doit arriver avant les prochaines élections. La justice ayant toujours besoin de temps afin de donner ses conclusions, Lula pourrait bel et bien avoir le temps d’aller au bout d’une candidature à la présidence du Brésil en 2022.

L’espoir de la gauche

La décision a eu l’effet d’un raz-de-marée politique au Brésil. En effet, Lula est un véritable espoir pour la gauche brésilienne : il est désigné comme le seul candidat capable de battre Jair Bolsonaro lors des élections de 2022. À la suite de la décision du juge, l’ancien chef d’État a convoqué les membres de son parti afin d’organiser la tenue d’une conférence de presse exceptionnelle, au cours de laquelle il a fustigé la politique de l’actuel président, en clamant notamment : « Ne suivez pas les décisions idiotes du président de la République et du ministre de la Santé, vaccinez-vous ! ». Suite à quoi, il s’est fait vacciner dès ce samedi dans le but de donner l’exemple et de lutter contre les fake news partagées par le président et par son ministre de la Santé Eduardo Pazuello. L’ancien président en a profité pour critiquer lourdement les politiques liées à la possession d’armes à feu menées par Jair Bolsonaro. Pour finir, Lula s’en est pris frontalement au chef de l’état : « Il ne sait pas ce que signifie être président ».

Un « effet Lula »

À la suite de cette conférence, le clan Bolsonaro a totalement changé de stratégie politique. Dès le lendemain, le président apparaissait masqué avec ses ministres. Un de ces fils, Eduardo Bolsonaro, postait le message « Notre arme, c’est le vaccin » sur les réseaux sociaux, alors qu’il y a encore quelques mois, le président rétorquait aux journalistes « Si vous vous faites vacciner et que vous vous transformez en crocodile, ce sera votre problème ». Pour finir, on apprend la mise à pied d’Eduardo Pazuello, jugé inefficace dans la gestion de la crise sanitaire.

Le gouvernement Bolsonaro a été profondément déstabilisé par ce nouveau contexte. Aujourd’hui, les deux candidats sont au coude à coude dans les sondages d’opinion, ce qui fait de Lula le premier adversaire de taille pour Bolsonaro depuis le début de son mandat. Les élections approchent et si Lula se lance dans la course à la présidentielle, il faut aussi s’attendre à ce que le résultat soit extrêmement polarisé. En effet, les deux personnalités possèdent un fort taux d’approbation, mais ils possèdent aussi un très fort taux de rejet.

Étienne FAIVRE