Pas d’oxygène pour les hôpitaux mais des tonnes de lait concentré sucré pour le gouvernement

Tandis que l’on dénombre plus de 1 000 morts par jour à cause de la crise sanitaire, que l’hôpital de Manaus, privé d’oxygène pendant plusieurs jours, vient d’être sauvé in extremis par le Venezuela, le camp Bolsonaro s’enlise dans un vaste scandale médiatique après les révélations des dépenses alimentaires du gouvernement pour l’année 2020.

Photo : MX Politico

Plus de 330 000 euros de chewing-gum, 4,8 millions de sodas, 1,3 millions de bonbons et 2 à 3 tonnes de lait concentré sucré par jour. Le gouvernement a augmenté ses frais de bouches de plus de 20 % en un an et arrive parfois à ces sommes absurdes. Les millions dépensés dans des briques de lait concentré ont attisé la colère de nombreux Brésiliens. Pour se défendre, le président a pris la parole et s’en est pris frontalement aux journalistes : « Allez-vous faire foutre, presse de merde. Ces briques de lait concentré, c’est pour vous les mettre dans le cul. » (sic). Les relations entre Jair Bolsonaro et les médias ont toujours été mauvaises. En effet, dès la première année de son mandat en 2019, les menaces du président et de ses proches à l’encontre de la presse avaient augmenté de 54,07 % par rapport à l’année précédente. Cependant, les déclarations récentes du président envers les journalistes ont rarement été aussi acerbes.

Dans le même temps, le gouvernement a annoncé que les ministères et le gouvernement central devaient s’occuper des notes de frais de militaires, d’étudiants, de serviteurs et d’invités, entraînant de fortes dépenses alimentaires. Mais les frais n’ayant jamais été aussi élevés, une commission sera chargée d’enquêter sur un possible détournement de fonds publics.

Ces révélations ont suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Entre hilarité face à cette situation plus que grotesque et colère légitime des concitoyens, cette crise arrive dans un moment peu opportun pour le camp Bolsonaro. En effet, le président et son ministre de l’Économie Paulo Guedes viennent de mettre un terme à l’aide d’urgence pour les familles en difficulté économique durant la crise sanitaire et, pour beaucoup d’entre elles, il est devenu difficile de se procurer à manger. Même si l’enquête ne révèle pas de détournement de fonds, le président pourrait aussi bien être attaqué sur son manque d’exemplarité dans ces temps difficiles.

Ce qui paraît évident, c’est le climat de tension qui règne désormais au Brésil. À l’appel de la gauche, des manifestations ont désormais lieu chaque dimanche dans toutes les plus grandes villes du Brésil afin de demander une campagne de vaccination rapide et efficace ainsi que la mise en accusation du chef de l’État. Mais depuis le soir du 1er février, le président peut désormais compter sur deux nouveaux alliés à la tête du parlement afin de se protéger d’une éventuelle destitution.

Rodrigo Pacheco au Sénat et Arthur Lira à la chambre des députés. Voici les noms des deux parlementaires du Centrão (partis politiques du centre-gauche au centre-droit) qui se sont alliés avec le président de la République afin de gagner la présidence des deux chambres constitutives du parlement brésilien. Avec ces nominations, les rêves de la gauche de voir une destitution du chef de l’État s’éloignent. Cependant, rappelle la Folha de São Paulo, il faudra surveiller cette alliance construite dans la hâte car celle-ci pourrait se retourner contre le chef de l’état.

Pendant ce temps, le variant amazonien du Covid-19, plus virulent, continue de sévir dans le nord du pays, la pauvreté enregistre un niveau rarement atteint et la campagne de vaccination qui a débuté le 17 janvier dernier se heurte d’ores et déjà à des problèmes d’organisation provoquant des retards et des dysfonctionnements. Les Brésiliens se retournent désormais vers les gouverneurs qui sont jugés plus aptes à agir face à la crise sanitaire. À l’image de João Doria, gouverneur de São Paulo qui a pris de l’avance dans la campagne de vaccination, les États fédéraux s’organisent et n’hésitent pas à prendre des décisions politiques contraires au pouvoir central, notamment sur l’instauration et la distribution d’une aide économique d’urgence pour les foyers les plus modestes.

Etienne FAIVRE