Le Chili en marche vers la ratification du Traité sur l’Interdiction des armes nucléaires

Après plusieurs années de pression de la société civile chilienne, le président Sebastián Piñera a enfin amorcé la procédure de ratification du Traité sur l’Interdiction des armes nucléaires (TIAN), le 16 janvier dernier. Si le projet est approuvé par le Congrès, le Chili deviendra le vingtième État de l’Amérique latine et des Caraïbes à ratifier ce traité international des Nations unies.

Photo : ONU – Presse

Le TIAN est un traité international, juridiquement engageant, selon lequel les États signataires s’interdisent la mise au point, l’essai, la production, le stockage, le transfert, l’utilisation et la menace de l’utilisation d’armes nucléaires. Il est l’aboutissement d’une campagne médiatique de longue haleine impulsée par un collectif international d’organisations non gouvernementales, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires. En juillet 2017, le collectif a pu faire adopter aux Nations unies le projet de traité avec 122 votes en sa faveur, parmi lesquels ceux de tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, à l’exception du Nicaragua et ce malgré l’opposition des puissance nucléaires.

Au total, 88 États sont déjà signataires du TIAN et le 22 janvier dernier il est officiellement entré en vigueur, après sa ratification par le Honduras, portant à 50 le nombre de pays membres de l’ONU l’ayant ratifié. « Cela représente un engagement concret en direction d’une élimination totale des armes nucléaires, qui reste la plus grande priorité des Nations unies en termes de désarmement » déclarait à cette occasion Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. De son côté, le Chili a signé le traité dès septembre 2017, sous la présidence de Michelle Bachelet, mais son successeur, Sebastián Piñera, aura attendu jusqu’au 16 janvier dernier pour proposer son adoption au pouvoir législatif.

L’Amérique latine est une région pionnière sur la voie de la dénucléarisation. Avec le Traité de Tlatelolco de 1967, le sous-continent latino-américain fut en effet la première zone régionale à vouloir renoncer collectivement à la fabrication, l’acquisition et à l’installation d’armes nucléaires sur ses territoires. Il a fallu attendre le milieu des années 1990 pour que des pays comme le Chili, le Brésil et l’Argentine ratifient le traité, et que celui-ci soit étendu aux Caraïbes. Avec l’adhésion de Cuba en 2002, il engage désormais la totalité des 33 pays d’Amérique latine et des Caraïbes. D’autres continents ont suivi l’exemple de Tlatelolco et il existe aujourd’hui quatre traités régionaux visant à créer des zones exemptes d’armes nucléaires.

En contraste avec la volonté de nombreuses nations du Sud, les puissances nucléaires ne cachent pas leur opposition au TIAN. Pour les membres de l’OTAN, « celui-ci ne tient pas compte de l’environnement de sécurité international, de plus en plus complexe, et va à l’encontre de l’architecture actuelle de non-prolifération et de désarmement. » Quant à l’administration américaine, alors encore sous la présidence de Donald Trump, elle n’a pas hésité à écrire aux pays signataires pour les exhorter à annuler leur adhésion au traité. Celle-ci représenterait selon Washington « une erreur stratégique », mettant en péril les avancées du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, en vigueur depuis 1970 mais dont la portée est moins ambitieuse que le TIAN.

Au Chili, la pression des ONGs et de la société civile, qui se sont exprimées notamment lors de la deuxième marche mondiale pour la paix et la non-violence, aura été plus forte que la diplomatie américaine. Après sa présentation au Parlement le 16 janvier, on peut espérer une procédure législative rapide et donc une prochaine ratification officielle du traité, comme l’appelle de ses vœux le député Tomás Hirsch, ancien porte-parole pour l’Amérique latine du mouvement anti-nucléaire.

Lionel IGERSHEIM