La Semana Negra de Gijón : un festival enjoué
par José ROSAS RIBEYRO
Depuis 1988 la Semana Negra de Gijón est une surprenante fête populaire, dans laquelle on peut trouver tout et n’importe quoi dans un joyeux mélange.
De la même façon qu’André Breton voyait une machine à coudre placée sur un bloc opératoire, à Gijón, au milieu d’un festival littéraire sur le roman noir, d’histoire et de science-fiction, nous nous retrouvons avec des empanadas chiliennes, des sculptures en bois africaines, des expositions de photos et dessins, des alfajores* argentins, des pisco sour*, des churros, des grillades asturiennes, des musiques diverses (y compris une Polonaise de Chopin), du poulpe à la galicienne, une fête foraine et ses manèges, un loto, des stands de livres nouveaux neufs et d’occasion, des loteries et des stands de tir, des jambonneaux et des kebabs et une encore très longue liste de rencontres insolites.
Tout se passe sur les 500 mètres de la plage d’Arbeyal, à l’ouest de la ville, où jadis se trouvaient les dockers; on en aperçoit encore quelques-uns. Le chef d’orchestre de tout ça est une personne qui possède le don d’ubiquité, car il est toujours partout. C’est Paco Ignacio Taibo II, écrivain de Gijón et de Mexico, qui a eu l’idée de créer cet événement singulier il y a 23 ans, qui a donné libre cours à sa passion pour la littérature policière et d’aventures et possède une âme d’enfant toujours heureux au milieu de ces bruyantes foires populaires et des fêtes. Et, c’est cette âme espiègle qui lui permet d’être l’homme-orchestre de la Semana Negra.
Donc, sous deux chapiteaux, se rassemblent les plus de 300 invités (des écrivains pour la plupart) pour dialoguer entre eux et avec le public de lecteurs. On découvre des livres publiés récemment, on redécouvre des livres injustement oubliés, il y a des prix pour les écrivains, et durant dix jours, on organise des débats et tables rondes avec les auteurs où l’on discute sur des sujets comme : "Romans de mots, d’idées ou d’action ?", "L’histoire alternative" et "Le mensonge dans la littérature". Au cours de ces débats, il se passe parfois des choses insolites, comme ce mardi 13 juillet où Paco Ignacio Taibo II, prestigieux représentant de la littérature noire, déclara qu’il pensait que les genres littéraires étaient arrivés à épuisement et qu’il aspirait maintenant a écrire le roman total du xxie siècle, en s’inspirant évidemment dans le xixe siècle.
Je ne dois pas oublier de signaler que la Semana Negra a rendu cette année un hommage au grand théoricien français Guy Debord, avec une conférence de son traducteur en espagnol, Luis Navarro, et la projection de certains des films du visionnaire auteur de La Société de spectacle. Et pour conclure, je dois préciser que cette fête de l’intelligence et de tous les sens a débuté le vendredi 9 juillet dans un train – noir – qui amena tous les invités de Madrid à Gijón, et s'est terminé le dimanche 18 avec le déplacement de plusieurs écrivains vers différents lieux pittoresques des Asturies.
Le journal de la Semana Negra, A quemarropa, "le doyen de la presse noire européenne", – comme on le dit dans le journal – rend compte de toutes ces activités. Cette publication, comme cet événement joyeux, a fêté en 2010 son 23e anniversaire d’une heureuse vie.
José ROSAS RIBEYRO
Traduit par Olga Barry
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