Carlos LISCANO
En raison de ses activités politiques, Carlos Liscano est arrêté par le régime militaire le 27 mai 1972 à Montevideo, alors qu'il n'a que 23 ans. Immédiatement emprisonné, il ne sera libéré qu'à la fin de la dictature, le 14 mars 1985. Torturé comme des milliers d'autres victimes de la dictature uruguayenne, Carlos Liscano vit un enfer. Pourtant, c'est durant ces treize années de détention qu'il devient écrivain. Il s'interroge sur sa vie et l'absurdité qui s'en dégage et réalise que l'isolement crée une relation particulière aux mots, lesquels deviendront désormais ses compagnons de cellule. À sa sortie de prison, âgé de 35 ans, il s'exile en Suède où il réside jusqu'en 1996. Il apprend la langue, devient traducteur, journaliste, enseignant et écrivain. Ses premiers textes sont publiés : le récit El metodo y otros juguetes carcelarios (1987), le recueil de poésies Estara no mas cargada de futuro ? (1989), les romans La mansion del tirano (1992) et Memoria de la guerra reciente (1993). Acclamé par la critique, l'écrivain est souvent comparé à Céline, dont il revendique l'influence. En 1996, il retourne dans son Uruguay natal qu'il aime tant mais qui l'a tant fait souffrir. Partageant son existence entre Montevideo et Barcelone, l'auteur a publié La Route d'Ithaque en 1994 (et traduit en français aux éditions Belfond), et Le Fourgon des fous en 2002, récit autobiographique de ses années de détention, de l'horreur des tortures à la liberté retrouvée. Avec cette dernière surgit l'impossibilité d'écrire, dont Carlos Liscano tire le sujet de L'Écrivain et l'autre (2010) : celui d'un roman qu'il ne parvient pas à composer...
Bouleversant de sincérité et d'intensité, un essai sur l'impossibilité d'écrire. Entre autoportrait impitoyable et brillante mise en abyme, une oeuvre magnifique de dépouillement, un éblouissant jeu de miroirs entre l'écrivain et cet autre qui ne cesse de l'inventer. Il y a plus d'un an, Carlos Liscano a commencé un roman qu'il ne parvient pas à terminer. Incapable de créer une autre histoire, il corrige, chercher, rature. Rien. Confronté à la quête éperdue de ces mots qui soudain lui échappent, soumis à une exigence d'absolu qui le paralyse. Liscano fait un constat terriblement désespéré : l'écrivain est une invention. Écrire, c'est chercher ce qu'on ne trouvera pas. Que reste-t-il ? La nuit insomniaque, le fleuve tranquille, des oranges qu'on achète, les rues de Montevideo sous la pluie... Vivre vaut presque toujours la peine.
BIBLIOGRAPHIE :
L’écrivain et l’autre, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Jean-Marie Saint-Lu aux éd. Belfond, 2010.
Souvenirs de la guerre récente (éd. Belfond, 2007)
Le fourgon des fous (éd. Belfond, 2006 |


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