Au Venezuela, 500 libérations de prisonniers politiques : réelle ouverture démocratique ou simple coup de force américain ?

Comme le rappelle l’ONG du Centre International pour la Justice Transitionnelle – le ICTJ -, les amnisties ont pour mission la résolution des conflits ; ici, leur impact est également symbolique, dans une période de tensions internes et externes au Venezuela. Conformément à l’article 233 de la Constitution vénézuélienne, Delcy Rodríguez Gómez a remplacé, lors de son « absence absolue », le président Nicolás Maduro, entraînant un renouveau dans le bras de fer entre Caracas et Washington. Pour rappel, suite à la capture, le trois janvier dernier, de Nicolás Maduro et Cilia Flores par les États-Unis, le Président états-unien Donald Trump a affirmé être « aux commandes » du pays. 

La nouvelle Présidente ainsi que le Président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez, ont adopté cette loi d’amnistie, effaçant la responsabilité pénale et permettant la libération de prisonniers politiques. La loi a été adoptée à l’unanimité par les députés. Cette loi, ayant pour objectif premier l’inflexion des politiques les plus répressives du régime Maduro, traduit en réalité la pression étasunienne, avec la volonté d’engager un pas vers la démocratie dans le pays : une démocratie qui serait de la sorte profitable au pays qui se voit lui-même comme le gendarme du monde, les États-Unis. 

Plutôt que de simplement s’interroger sur l’impact effectif de la loi, il faut se questionner sur l’indépendance vénézuélienne d’un point de vue pénitentiaire face à une puissance autoproclamée. Effectivement, l’ouverture démocratique apparente est le reflet de contraintes imposées par les États-Unis. Washington réclamait une loi d’amnistie, sans pour autant soutenir la tenue de nouvelles élections susceptibles de porter au pouvoir un régime potentiellement moins conciliant. La loi d’amnistie permet d’apaiser la pression internationale sans menacer les intérêts américains à moyen terme. Au-delà de la portée « altruiste » du geste, les incitations américaines témoignent de l’ambivalence politique de la promulgation de la loi. Cet axe d’analyse nous permet de nous interroger entre une réelle transition démocratique et un ajustement stratégique sous pression internationale. L’apaisement a un prix, et est créateur de tensions, quant à la souveraineté et la liberté vénézuélienne. 

Depuis février et la ratification de la loi dans la soirée du 19 février, la situation évolue. Le nombre de libérations annoncé par Delcy Rodríguez Gómez a augmenté d’environ 200 personnes, passant de 300 à 500 prisonniers libérés. Elle s’est exprimée en ces termes le vendredi 22 mai 2026 : « Le président de l’Assemblée nationale avait annoncé que 300 personnes seraient libérées. Ce nombre a augmenté et dans les prochaines heures, il dépassera les 500 libérations »

Dès lors, il ne faut pas appliquer une lecture manichéenne de la décision. Les libérations sont en réalité partielles et restent contrôlées. Les concernés restent des ennemis d’un régime, dénoncé par les États-Unis. De la sorte, l’ONG Foro Penal, défenseur des droits de l’Homme dans le pays, établit des bilans bien inférieurs aux chiffres officiels, remettant en question la portée réelle de la loi. Des centaines de détenus restent encore emprisonnés au Venezuela, où la situation demeure tendue. 

Si la loi d’amnistie constitue une avancée démocratique symbolique, ses objectifs et effets restent paradoxaux, la démocratie est une démocratie à géométrie variable. Les libérations sont partielles, contrôlées et concernent surtout des ennemis d’un régime dénoncé par les États-Unis.