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26 mars 2019

Il fait Partiellement nuageux sur le territoire chilien dans le nouveau roman d’Antoine Choplin

Après Radeau, Héron de Guernica, Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar ou La Nuit tombée, pour lequel il a reçu le prix France Télévisions en 2012, Antoine Choplin revient avec Partiellement nuageux, un court roman plein de poésie qui pose la question de la mémoire et de la reconstruction face à l’orage de la dictature chilienne –l’un de ces passés «qui ne passe pas»– à laquelle les non-dits d’une écriture intime n’apportent pas de réponse, seulement des accalmies entre deux tempêtes pour essayer d’avancer.

Photo : La fosse aux ours/Antoine Choplin

Chili. Santiago. Musée de la mémoire. Salle du 11 septembre 1973. Murmures de chars et bruits d’avions. Le palais de la Moneda est en flammes. Les bougies s’agitent devant le Mur des disparus. Salle de la documentation, Ernesto Guttierez rencontre Ema. Une femme aux longs cils noirs, une fossette en haut de la joue.Ernesto est astronome en territoire mapuche. Il est à Santiago pour une demande de subvention afin d’obtenir une lame de Schmidt et ainsi redonner vie à Walter, son télescope. Le portrait de Pauline le fixe des yeux. Mais Ema, que fait-elle ici, un gros classeur d’archives dans les bras ? Rencontre de deux âmes solitaires fragilisées par la dictature. Mais chacun a ses blessures et ses fantômes. De retour à Quidico, le visage d’Ema face à l’océan, Ernesto se remet à écrire des poèmes et à griffonner sur son cahier d’oiseaux.

À l’image des interactions entre les deux personnages, des regards échangés sans trop parler, «quelques mots sans suite le plus souvent bredouillés avec l’élan d’un élément de paysage», l’écriture de Partiellement nuageux est comme ces nuages épars qui se dessinent dans un ciel plus ou moins bleu. Des petites touches de poésie, des renseignements qui apparaissent en transparence entre deux averses, et un ciel encore lourd qui laisse ainsi planer le mystère sur le passé de chacun, mais sur l’avenir aussi. Des non-dits dangereux pour les personnages, pleins de saveur pour le lecteur.

Dans ce roman, tantôt les nuages sont cette masse qui assombrit pour signaler une menace, des soucis venant troubler le bonheur ou du moins esquisser une légère inquiétude ; tantôt ce sont ces étoffes couleur gris clair dont la transparence est seulement obscurcie par quelques impuretés avant de laisser place à de superbes percées de bleu. Telle est la narration imprécise, mais juste, de ce roman. Un récit fragmenté, aussi, à l’image de l’histoire tumultueuse du Chili. Des nuages sur la vérité, des nuages dans l’écriture car l’orage déclenché ce 11 septembre-là est encore si proche que, si bas, ils semblent vouloir écraser les générations suivantes.

À travers la rencontre de ces deux personnages profondément marqués par la grande histoire qui se mêle à la leur, l’auteur met en scène les conséquences de ce trouble passé, de ces non-dits, en faisant l’économie des mots, et rappelle que le travail de mémoire, au Chili comme dans les autres pays du Cône Sud, est long et difficile.

Partiellement nuageux, c’est également une écriture parlée, murmurée, chuchotée, pensée, qui suggère à la fois le trouble, la pudeur, les réflexions de deux personnages encore submergés par des interrogations restées sans réponse. Et la réponse n’est pas dans les étoiles. Ema et Ernesto doivent tracer ensemble le chemin possible vers la paix, leur paix. Un chemin délicat que l’écriture d’Antoine Choplin mime et ne dévoile qu’à moitié. Comme si les mots étaient comptés.

Marlène LANDON

Partiellement nuageux d’Antoine Choplin, La fosse aux ours, 134 p., 16 €.

Antoine Choplin, né en 1962, est depuis 1996 l’organisateur du festival de l’Arpenteur, en Isère, événement consacré au spectacle vivant et à la littérature. Il vit près de Grenoble, où il concilie son travail d’auteur, ses activités culturelles et sa passion pour la marche en montagne. Il est également l’auteur de plusieurs livres parus aux éditions de La fosse aux ours, notamment Radeau (2003, Prix des librairies Initiales), Léger fracas du monde (2005) et L’Impasse (2006).

Après les Belles Latinas d’octobre prochain, il figurera parmi les invités des Bellas Francesas de 2020.

Le Chili donne le coup d’envoi au Prosur sur la dépouille de l’Unasur pour l’avenir de la région

Le vendredi 22 mars 2019, sept chefs d’État réunis à Santiago du Chili ont ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire de la construction de l’Amérique latine. Le PROSUR, le «Progrès de l’Amérique du Sud», parviendra-t-il à renforcer l’ensemble des moyens qui soutiennent ces sociétés en matière d’énergie, de santé, de sécurité et de lutte contre le crime ?

Photo : DW

En présence du président chilien Sebastián Piñera et d’Iván Duque, président de la Colombie, –initiateurs du projet– les présidents du Brésil, Jair Bolsonaro, de l’Argentine, Mauricio Macri, de l’Équateur, Lenín Moreno, du Paraguay, Mario Abdo, du Pérou, Martín Vizcarra, ainsi que l’ambassadeur du Guyana au Chili, George Talbot, ont présenté les grandes lignes de ce que pourrait être le XXIe siècle pour la région.  «Le Prosur sera un forum ouvert à tous les pays d’Amérique du Sud, un forum sans idéologie qui respectera la diversité et les différences que chaque peuple décidera lors du choix de son gouvernement, un forum sans bureaucratie excessive et un forum pragmatique qui réalise des résultats.» Tels sont les termes dans lesquels s’est exprimé le président du Chili, Sebastián Piñera, après la signature de la Déclaration de Santiago.

C’est au moins l’objectif que les dignitaires se sont fixé avec la signature de cet accord, qui ouvre une perspective plus large pour les rapports bilatéraux, avec l’intégration d’autres pays qui ne font pas partie du Mercosur, le marché commun entre le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Le Prosur est en quelque sorte une évolution de l’Alliance du Pacifique, le bloc économique qui unit le Chili, la Colombie, le Pérou et le Mexique. En même temps, cet accord met fin à son prédécesseur, l’Unasur.

En réalité, la naissance du Prosur résulte d’une transformation progressive du panorama politique latino-américain depuis ces dernières années. En effet, les pays où la gauche a régné durant les années 2000, c’est-à-dire pratiquement sur tout le sous-continent, ont amorcé depuis 2015 un net virage à droite comme conséquence de l’échec fracassant du populisme démagogique, dont l’exemple le plus spectaculaire a été la récente élection de M. Bolsonaro à la tête du Brésil.

Rappelons que, à l’époque où les gouvernements de gauche avaient le vent en poupe, grâce notamment à un contexte commercial mondial très favorable, Hugo Chávez, Néstor Kirchner et Lula da Silva, portés par leur enthousiasme, annoncèrent en 2004 un tournant radical dans la région : la création de l’Unasur. L’Union des nations sud-américaines, mise en place en 2008, comptait également avec l’adhésion du président bolivien Evo Morales et de Rafael Correa, l’ancien président de l’Équateur.

Cette entité politique militait pour le renforcement des coopérations régionales, bien sûr, mais avait aussi comme objectif essentiel l’émancipation de l’Amérique latine face aux États-Unis. Or d’emblée, l’erreur a été de vouloir opposer le vieux et illusoire rêve guévariste à ce que beaucoup considèrent comme un mal endémique et inéluctable, ancré profondément dans la vie sociale et politique de l’Amérique latine. C’est la raison pour laquelle Sebastián Piñera, réaliste, a déclaré que l’Unasur avait échoué en raison de son «excès d’idéologie».

Pour le président chilien, le Prosur «devrait être progressivement mis en œuvre […] avec un mécanisme décisionnel agile qui permettra à l’Amérique du Sud de progresser dans la compréhension et les programmes d’intégration concrets». Selon la déclaration signée à Santiago, les priorités de ce nouveau bloc régional seront «l’intégration en matière d’infrastructures, d’énergie, de santé, de défense, de sécurité et lutte contre le crime, de prévention et gestion des catastrophes naturelles».

Ce sont de bonnes intentions, certes, mais le plus dur reste à faire. Dans les pays déstabilisés par les intérêts économiques personnels, les luttes intestines pour le pouvoir obligent le Prosur à plus de moyens de décision et de contrôle démocratique. C’est pourquoi le Venezuela n’a pas été invité ; sur ce point, voici les conditions énumérées dans la déclaration d’adhésion au Prosur : «la pleine validité du processus démocratique et des ordres constitutionnels respectifs, le respect du principe de la séparation des pouvoirs de l’État et la promotion, la protection le respect et la garantie des droits de l’homme et des libertés fondamentales».

Par ailleurs, la Bolivie d’Evo Morales et l’Uruguay de Tabaré Vázquez n’ont pas envoyé leurs représentants à Santiago. La non-adhésion de certains pays pourrait s’expliquer par le fait qu’ils voient le Prosur comme un arrangement entre gouvernements de droite afin de trouver des positions consensuelles qui facilitent les relations avec les États-Unis. En bref, ils considèrent que les pays signataires sont unis par une commune allégeance à Washington. Or, pour ne pas commettre le même vice rédhibitoire du passé, il faudrait rappeler les termes de la doctrine de James Monroe (1758–1831) à ceux qui naïvement pensent encore tenir tête au grand gendarme nord-américain.

Eduardo UGOLINI

Sergio & Sergei, un film cubain d’Ernesto Daranas au lendemain de la Guerre froide

1991 : la Guerre froide est terminée, l’URSS s’écroule. Sergei, un cosmonaute russe reste coincé dans l’espace, oublié par les Soviétiques qui ont bien d’autres soucis sur Terre… À Cuba, à l’aide d’un radioamateur, Sergio entre en contact par hasard avec Sergei et va tout mettre en œuvre pour le ramener sur terre. Mais Sergio est sur écoute et espionné…

Photo : Sergio & Sergei

Pour son troisième film après le succès de Chala, une enfance cubaine en 2015, film qui s’intéressait au problème de l’éducation abordé à travers le regard d’un enfant, Ernesto Daranas met en scène cette fois trois conceptions du monde en cette période «spéciale» qui voit s’écrouler l’URSS et réactiver le blocus états-unien. Voici la note d’intention du réalisateur Ernesto Daranas: «Bien que l’histoire se déroule pendant des circonstances dramatiques, Sergio & Sergei est une satire racontée avec nostalgie, probablement parce que ce furent pour moi des années heureuses. Mes enfants sont nés au ‘bon’ moment. L’argent que je gagnais en écrivant des centaines de pièces de théâtre par mois pour des shows radiophoniques n’était pas suffisant pour faire vivre ma famille grandissante. Il m’a fallu plusieurs échecs pour accepter de compléter les revenus de mes écrits par une distillerie clandestine installée sous mon propre toit. Sergio est donc un homme que je connais très bien ; quelqu’un qui va devoir affronter, d’un seul coup, le fait que son diplôme en philosophie marxiste (obtenu à Moscou) ne l’aidera pas à faire vivre son enfant. Sergio devra faire presque tout ce que j’ai été forcé de faire pendant ces années de privations. J’ai voulu raconter cette histoire telle que je l’ai vécue (ou telle que je m’en souviens ?), en montrant la manière précaire, folle et anonyme qui nous a permis de survivre aux moments les plus difficiles de notre histoire récente…»

«Sergio & Sergei est une comédie absurde, un hasard improbable qui a lié les vies de deux hommes naufragés à la fin de la Guerre froide. Alors que le cinéma est si technologique avec une pléthore d’effets spéciaux hyperréalistes, j’ai souhaité une approche différente. Le cosmos qui m’intéresse est plus humain que numérique. Il n’y avait rien de glamour sur Mir ; il n’y avait rien de glamour non plus dans nos vies, marquées par l’intolérance, le dogmatisme et la pauvreté. Alors comment est-ce possible que je trouve toujours autant de beauté dans le monde autour de moi ? Pourquoi n’ai-je pas perdu l’espoir que nous réussirons à redécouvrir ce que nous sommes vraiment en tant que nation et peuple ? Ce sont les questions auxquelles je voulais répondre dans ce film.»

Tomás Cao (Sergio) débute au cinéma en 2005 dans Habana Blues de Benito Zambrano, film dans lequel il interprète des numéros de comédie musicale. Il travaille depuis sur de nombreux films. Héctor Noas (Sergei) est l’un des acteurs de cinéma et de télévision les plus importants de Cuba. Il a travaillé dans plus d’une centaine d’œuvres, aussi bien à Cuba qu’à l’étranger, et il s’est essayé à presque tous les genres, depuis le théâtre au cinéma en passant par la télévision. Pour la France, il a notamment tourné dans la série TV de Jean Sagols, Terre Indigo. Aucun des deux ne parlait russe ! Ils s’étaient déjà retrouvés ensemble dans Chala.

Quant à l’Américain Ron Perlman, qui est aussi le coproducteur du film, on le connaît par ses rôles dans les films de Benicio del Toro en particulier dans la série Hellboy, mais il avait commencé sa carrière dans les films de Jean-Jacques Annaud. La mère de Sergio, interprétée par Ana Gloria Buduén, a aussi un rôle important car c’est elle qui s’occupe de trouver de la nourriture.

Bien entendu, les effets spéciaux du film sont simples, mais bien faits. Enfin, le film a obtenu le prix du public l’an passé au festival Cinélatino de Toulouse. Sur les écrans le 27 mars.

Alain LIATARD

Sergio & Sergei d’Ernesto Daranas, Comédie, Cuba, 1 h 33 – Voir la bande annonce

Lumière sur la dictature uruguayenne dans Compañeros, un film d’Álvaro Brechner

1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Inspiré de la vie de José Mujica, Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernández Huidobro, Compañeros (La noche de 12 años)est une histoire de survie et de résistance, mais plus encore l’histoire de la lutte existentielle de trois hommes qui, aux heures les plus sombres de leur vie, ont su puiser dans leur esprit la force de garder intactes leur humanité et leur espérance.

Photo : Compañeros

La dictature militaire de l’Uruguay commence avec le coup d’État du 27 juin 1973 et s’étend pendant 12 ans. En 1980, les militaires entament une relative ouverture politique, qui conduit finalement aux premières élections démocratiques en 1984. Avec un prisonnier politique pour 450 habitants, soit environ 6 000 détenus dans un pays de moins de 3 millions d’habitants, l’Uruguay a connu sous ce régime, qui a participé à la «guerre sale» du plan Condor, généralisée sur le continent, une des pires répressions politiques au monde. 116 morts (assassinés, morts en détention et «suicides») et 172 disparitions forcées ont été recensées jusqu’à présent. La torture y était généralisée –y compris sur les enfants.

José Mujica, joué par l’acteur espagnol Antonio de la Torre, est né en 1935. Il fut guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, ce qui lui vaut d’être fait prisonnier-otage de la dictature militaire. Il est alors détenu dans des conditions sordides (deux ans au fond d’un puits) de 1973 à 1985. Avec d’autres dirigeants des Tupamaros, il était continuellement torturé et menacé d’exécution par les militaires. Les otages étaient transférés de casernes en casernes, Mujica restant aux côtés de Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, avec qui il communiquait en tapant sur les parois. À sa libération, il s’engage en politique, est élu sénateur puis nommé ministre de l’Agriculture du gouvernement Vázquez, en 2005. Il devient ensuite président de la République uruguayenne de 2010 à 2015.

Mauricio Rosencof, joué par l’Argentin Chino Darín, est né en 1933, il est un journaliste, dramaturge, poète et écrivain uruguayen, qui a fait partie de la direction des Tupamaros. Il est élu en 1970 au comité exécutif, et devient dirigeant de la colonne 70. Elle s’occupait essentiellement d’actions politiques et non militaires (occupation des cinémas, distribution de propagande, occupation d’entreprises, distribution de vivres, etc.). Rosencof a finalement été arrêté en mai 1972 et gravement torturé. Après le coup d’État de juin 1973, il devient l’un des otages de la dictature militaire, avec huit autres dirigeants des Tupamaros et plusieurs Tupamaras. Il est détenu dans des conditions similaires à José Mujica, continuellement torturé et menacé d’exécution, déplacé de casernes en casernes. Il est libéré pendant la transition démocratique, en mars 1985. Rosencof vit aujourd’hui à Montevideo, où il est élu en 2005 directeur de la culture de la ville.

Eleuterio Fernández Huidobro, joué par Alfonso Tort Eleuterio, né en 1942, est un ex-dirigeant des Tupamaros, et sénateur uruguayen jusqu’à sa mort en 2016. Il est l’un des fondateurs et militant historique des Tupamaros. Il est arrêté une première fois en 1969, mais s’échappe en 1971 en même temps que 110 autres prisonniers, la plupart Tupamaros. Il est à nouveau arrêté en 1972 et ne devra sa vie sauve qu’à l’arrivée d’un juge sur les lieux de son arrestation. Il est détenu durant toute la dictature militaire aux côtés de José Mujica et Mauricio Rosencof, dans des conditions similaires, chacun isolé dans sa propre geôle. Après sa sortie, il a été élu sénateur, puis nommé ministre de la Défense de l’Uruguay en 2011. Il est décédé en août 2016.

Voici comment Álvaro Brechner a conçu son film adapté du roman Memorias del calabozo de Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernández Huidobro : «Que reste-t-il d’un homme lorsqu’on lui enlève tout ? Coupé du monde, du temps, de tout élan, du moindre élément matériel auquel s’accrocher, il est progressivement trahi par ses propres sens. Pourtant, au fond de lui, il demeure une chose que l’on ne peut lui enlever : son imagination.»

«Compañeros est avant tout un voyage vers les ténèbres. Se basant sur des faits réels, ce film raconte l’histoire de trois personnages que l’on a dépossédés, douze ans durant, de tout ce qui les définissait en tant qu’individus. On les a soumis à une dégradation mentale et physique visant à les rendre fous et au-delà, à anéantir la résistance de leur être le plus intime. Ces hommes ont dû se réinventer à partir des vestiges de leur condition humaine, pour surmonter une des épreuves les plus effroyables que l’on puisse imaginer. L’écriture et la réalisation de ce film m’ont demandé quatre années de recherche et de documentation. Un des enjeux majeurs pour moi était qu’il ne s’agisse pas d’un film de prison, mais d’un voyage existentiel. Le projet des militaires était clair : « Puisque nous n’avons pas pu les tuer, nous allons les rendre fous. » Au-delà d’une méticuleuse reconstitution historique des faits, j’ai cherché à faire ressentir sur le plan esthétique et sensoriel l’expérience de la survie à la lutte intérieure que subissaient mes personnages.»

Né en 1976 à Montevideo, Álvaro Brechner vit à Madrid depuis 2000. C’est son troisième film après Sale temps pour les pécheurs (2009) et Mr Kaplan (2014). Le film est très émouvant en montrant comment la force de vivre a pu sauver ces trois hommes que guettait sans arrêt la folie. Pour cela, il a choisi une réalisation sobre et sans effet. L’interprétation est magistrale. Sortie le 27 mars.

Alain LIATARD
D’après les éléments historiques du dossier de presse

Compañeros d’Álvaro Brechner, Drame, Uruguay, 2 h 02 – Voir la bande annonce

Placé en détention jeudi dernier, l’ex-président brésilien Michel Temer sera libéré

L’ancien président brésilien, Michel Temer, a été arrêté à São Paulo jeudi dernier dans le cadre de l’enquête anti-corruption. Un juge brésilien a cependant ordonné lundi la libération de l’ex-président. Placé en détention provisoire jeudi, il est accusé d’être à la tête d’«une organisation criminelle» ayant détourné des centaines de millions d’euros.

Photo : Le Libre Penseur

Le juge Antonio Ivan Athié a décidé d’accepter la demande d’habeas corpus déposée par la défense de Michel Temer, considérant que la détention provisoire n’était pas «justifiée». L’effet est immédiat.La décision concerne également les sept autres accusés détenus en même temps que le prédécesseur de Jair Bolsonaro, y compris l’ex-ministre des Mines et de l’Énergie, Moreira Franco. Le magistrat a justifié sa décision en évoquant l’absence d’éléments «qui montreraient qu’ils représentent une menace à l’ordre public ou qu’ils pourraient dissimuler des preuves».

Enquête de corruption tentaculaire

Pour rappel, Michel Temer, 78 ans, avait été arrêté à São Paulo 80 jours après avoir quitté le pouvoir, dans le cadre de l’opération «Lavage express». Il est devenu jeudi le deuxième président brésilien emprisonné dans le cadre de l’enquête, après Luiz Inácio Lula da Silva, en prison depuis avril 2018 pour corruption et blanchiment d’argent.

Lancé il y a cinq ans, «Lavage express» a mis au jour le plus grand scandale de corruption de l’histoire du Brésil, autour de contrats du groupe public pétrolier Petrobras, avec des grands groupes du BTP. L’ancien chef d’État est soupçonné d’être à la tête d’«une organisation criminelle» qui aurait détourné jusqu’à 1,8 milliard de réais, soit 417 millions d’euros.

D’après RTS

«Le Brésil en dystopie démocratique» par Jean-Jacques Kourliandsky

Jean-Jacques Kourliandsky, membre de notre équipe de rédaction, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine et chercheur à l’IRIS, vient de publier sur le site de la fondation Jean Jaurès un article sur le Brésil. Après la victoire de Jair Bolsonaro à l’élection présidentielle de 2018 au Brésil et les premiers mois de son mandat, les inquiétudes ne cessent de croître sur l’évolution démocratique du Brésil. Revenant sur les circonstances de cette élection, et notamment sur le climat politico-judiciaire qui a prévalu en amont du scrutin, Jean-Jacques Kourliandsky examine les conséquences économiques, politiques et sociales de l’arrivée au pouvoir d’une extrême droite revendiquant et mettant en œuvre ses préceptes idéologiques. Lire la suite

«La mine hier et aujourd’hui en Amérique latine», le nouveau numéro de la revue Caravelle

Pluridisciplinaire, la revue Caravelle, fondée en 1963 par Frédéric Mauro, Paul Mérimée et Jean Roche, a pour objets principaux les études littéraires, l’histoire sociale et culturelle et les autres champs des sociétés et de la culture hispano-américaines. Trilingue (français, espagnol, portugais), elle publie des numéros thématiques, soit sur l’ensemble latino-américain, soit sur un pays ou un groupe de pays du sous-continent. À raison de deux numéros par an, elle publie en avril son 111e numéro consacré aux activités minières en Amérique latine.

Photo : Pérou/Jean-Claude Gerez

Au tournant du troisième millénaire, la reprise des activités minières dans de nombreux pays latino-américains fait écho à l’importance que ce secteur a pu avoir durant la période coloniale, aussi bien sur un plan social et économique que géopolitique.

La question des retombées en termes de développement des espaces concernés, d’impacts environnementaux et d’amélioration (ou pas) des conditions de vie des populations locales, s’articule avec celle du rôle joué par les autorités (quel que soit le niveau territorial de gestion politique) et par les entreprises étrangères qui pilotent les sites miniers et, ce faisant, bien souvent, la vie socio-économique locale.

Ce triptyque d’acteurs –État, entreprises, populations locales– constitue la pierre angulaire de l’organisation matérielle et politique de l’activité minière. Cette dernière interroge la relation aux ressources locales et à leur exploitation, qui dépendent de schémas socio-culturels très divers et dont les enjeux sont profitables ou subis selon le groupe d’acteurs.

Les jeux de pouvoir et les liens qui unissent ces acteurs se situent entre résistance et légitimation, appui et rejet ; ils sont portés à la fois par les discours et les actions qui configurent les modalités de l’activité minière et ses retombées socio-spatiales.

Martine Guibert, qui a coordonné ce nouveau numéro de la revue Caravelle, est maître de conférences au département de géographie – aménagement – environnement de l’université Toulouse Jean Jaurès. Elle est aussi membre du laboratoire de recherche Dynamiques rurales, UMR 104 UTM / INP-ENSAT / ENFA.

D’après Caravelle

Revue Caravelle, N°111, 2018 – Presses universitaires du Midi PUM

Un «trésor scientifique» découvert sur le site maya de Chichén Itzá au Mexique

Balamkú, «le temple du dieu jaguar», un sanctuaire souterrain fréquenté il y a plus de mille ans par les Mayas, dans l’antique cité maya de Chichén Itzá (péninsule du Yucátan, Mexique) a été redécouverte par les archéologues mexicains plus de cinquante ans après sa première découverte en 1966. Les scientifiques du projet GAM (Gran Acuífero Maya) de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH) ont annoncé le 19 février dernier avoir jusqu’à présent parcouru environ 460 mètres à travers la grotte pour trouver ce trésor scientifique qui compte sept offrandes, d’innombrables objets en céramique, et plus de 200 brûleurs d’encens, dont beaucoup d’entre eux représentent Tlaloc, le Dieu de l’eau.

Photo : Veme

Dans ce lieu de vestiges extraordinairement conservés, cette découverte contribuera à comprendre l’histoire de Chichén Itzá. La grotte, scellée pendant des siècles, offre une conservation optimale des objets qui «contiennent des informations inestimables sur la formation et la chute de l’antique cité et sur les fondateurs de ce site iconique» a exprimé Guillermo de Anda, directeur du GAM. En effet, les scientifiques espèrent que la datation de ces vestiges permettra d’avoir plus de détails sur l’origine et le mode de vie des Itzá, le peuple maya qui vivait dans la péninsule du Yucátan. 

Un demi-siècle plus tard, la redécouverte du site

Il y a cinquante ans, la grotte avait été découverte par la population locale, qui avait alors informé l’INAH. Un chercheur envoyé par l’Institut, Víctor Segovia Pinto, avait remis un rapport technique qui, pour une raison inconnue, ne précisait pas l’entrée de la grotte.

C’est alors que l’an dernier, Guillermo de Anda, qui avait commencé un projet dans la région trois ans auparavant, a découvert la grotte Balamkú en étudiant un gouffre situé à deux kilomètres du temple de Kukulcán. «Ce que nous avons alors découvert était incroyable, rien n’était altéré et un des brûleurs d’encens est même devenu une stalagmite», a raconté Guillermo de Anda, directeur du projet.

Balamkú se situe à 2,7 kilomètres à l’est du temple de Kukulcán. Les scientifiques se questionnent sur la possible relation entre les deux édifices, étant donné la distance qui les sépare. La cartographie 3D et la paléobotanique seront mis en œuvre par les chercheurs du GAM pour réaliser une étude approfondie du site qui permettra de comprendre l’effondrement de la civilisation maya et le déclin de la grande cité de Chichén Itzá au 13e siècle, toujours inexpliqué à l’heure actuelle.

Pourquoi les Mayas ont-ils déposé leurs offrandes dans une galerie si secrète ?

L’hypothèse avancée par les scientifiques du GAM est qu’«au cours de la période de l’époque post-classique (700-1000 après J.C.), le nord de la péninsule du Yucátan a connu un épisode de sécheresse inhabituel qui a obligé les habitants à implorer la pluie en allant dans les entrailles de la terre, dans l’inframonde où règnent les divinités de la fertilité», signale le communiqué de l’INAH.

Les archéologues ont dû ramper pour pouvoir découvrir les sept chambres-sanctuaires identifiées jusqu’à présent. La morphologie tortueuse de la grotte qui ressemble à un «ver», comme la décrit Guillermo de Anda, aurait pu inciter les Mayas à faire les offrandes au plus profond de la galerie afin d’être plus proches des dieux. En langue maya, «Balam» signifie «jaguar» et «Kú» «temple». La grotte Balamkú fait donc référence à cet animal mythique qui conserve un lien étroit avec les divinités associées à l’inframonde, et avec les portes d’accès à ce monde souterrain.

Un serpent corail, gardien de la grotte

Les Mayas habitant toujours au Yucátan ont raconté que le serpent corail était le gardien de la grotte. Et en effet, Guillermo de Anda expliqua qu’un reptile de cette espèce, qui est parmi les plus venimeux du monde, avait bloqué pendant quatre jours l’accès de la grotte aux scientifiques. Respectant la demande des Mayas vivant près du site de Chichén Itzá, les archéologues ont procédé pendant six heures à une cérémonie spirituelle d’expiation afin d’éviter qu’un drame ne se produise en pénétrant dans la grotte.

Alexandra JAUMOUILLÉ

Mon meilleur ami, un film sur l’adolescence en Argentine de Martin Deus

Lorenzo est un adolescent agréable et studieux qui vit dans une petite ville de Patagonie. Un jour, son père décide d’accueillir sous leur toit Caíto, un jeune garçon frondeur et mystérieux, fils d’un ancien ami. D’abord méfiant, Lorenzo, qui a à peu près le même âge que Caíto, va peu à peu se rapprocher de lui sans soupçonner les conséquences de cette nouvelle amitié… Mais Caíto a un secret.

Photo : Mon meilleur ami

Le cinéma latino-américain s’intéresse beaucoup aux histoires d’adolescence et plus particulièrement aux relations père-fils. C’est souvent pour échapper à de gros problèmes. Ici, ce n’est pas tout à fait le cas car Caíto vient en Patagonie dans la famille de Lorenzo, envoyé par son père. Est-ce que cette nature, très belle mais venteuse, va calmer les sentiments?

«Mon meilleur ami, explique le réalisateur Martin Deus, est une histoire empreinte de nombreux souvenirs personnels de ma propre adolescence et aussi inspirée de mes rêves les plus intimes. Je n’ai jamais vécu en Patagonie mais j’ai commencé à écrire le scénario avec un souvenir vague de vacances passées là-bas il y a plusieurs années. Je souhaitais un lieu sorti de mon imaginaire, plus inventé que réel. C’est une histoire qui se déroule davantage dans le monde intérieur du personnage principal que dans un lieu géographique précis. Je souhaitais que l’environnement soit une métaphore subtile, quelque chose de beau, naturel et pur, mais aussi douloureusement solitaire.»

«Longtemps, l’adolescence m’a obsédé. Je lui ai dédié quelques courts métrages, un film et une infinité de choses écrites que j’ai gardées dans mon ordinateur. Maintenant j’ai 38 ans et je crois que j’ai dépassé ces questionnements liés à l’adolescence. Mais je reste fasciné par cet âge où tout est nouveau, tout est à découvrir, où beaucoup de choses ne sont pas encore définies, notamment en ce qui concerne les émotions… Lorenzo est aussi à l’âge où il commence à se découvrir et il vit ses sentiments dans la confusion et le débordement, mais c’est davantage une histoire d’oppositions que d’affinités avec l’autre personnage. C’est une relation beaucoup plus intime, plus singulière et, assurément, moins sexuelle. Caíto et Lorenzo sont si différents que, si des circonstances exceptionnelles ne les avaient pas contraints à vivre ensemble, ils ne seraient jamais devenus amis.»

Le réalisateur Martin Deus est né à La Plata, en Argentine, en 1979. Il a étudié le cinéma à l’École internationale de cinéma de San Antonio de Los Baños, à Cuba. Ses courts métrages ont été sélectionnés dans plus de cinquante festivals internationaux. Mon meilleur ami est son premier long métrage sélectionné à Cannes Junior. Sortie le 27 mars.

Alain LIATARD

Mon meilleur ami de Martin Deus, Drame, Argentine, 1 h 30 – Voir la bande annonce

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