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février 2019

Nayib Bukele, le nouveau président du Salvador vient rompre le traditionnel bipartisme

Issu de la gauche, cet ancien maire de San Salvador, à 37 ans, gouvernera le pays à droite. Jeune et futur papa, ancien maire proche des millenials et quasi-chef d’entreprise qui a atterri en politique grâce à ses sympathies pour le Front de gauche Farabundo Martí pour la Libération Nationale, Nayib Bukele a remporté les élections présidentielles de dimanche dernier au Salvador avec plus de 53% des voix. Ironie du sort, son arrivée à la présidence rompt le traditionnel bipartisme, face à la Grande Alliance pour l’Unité Nationale (GANA) de droite. Nous traduisons ici un article publié par El Clarín.

Photo : Enlace Judio

Bukele, témoignant d’une ambition politique marquée, a été exclu du FMLN, mais sa persévérance lui a permis de se faire une place à la GANA, un parti totalement opposé à celui qui l’a conduit au mandat municipal, d’abord de Nuevo Cuscatlán (2012-2015) et plus tard de San Salvador (2015-2018). Connu pour être «l’hirondeau», à cause de l’emblème de son parti, Nayib Bukele, l’ancien maire charismatique de San Salvador, a réussi à devenir président avec un discours irrévérent envers la politique traditionnelle galvaudée. 

Bukele, qui aime porter des jeans, des chaussettes de couleurs vives (à la Jean Trudeau ?) et très souvent la casquette à l’envers, s’est présenté sous le drapeau bleu ciel de la Grande Alliance pour l’Unité Nationale (Gana, conservatrice). Par des phrases courtes réclamant des politiques qu’ils «rendent ce qu’ils ont volé», ou affirmant que «l’argent porte ses fruits quand personne ne le vole», il a sympathisé avec les jeunes, avec qui il n’a cessé de rester connecté via les réseaux sociaux pendant la campagne, faisant ses promesses de campagne par Facebook Live. En tant que maire de San Salvador, il s’est identifié comme faisant partie des «millenials»[1], au point de projeter sur la place El salvador del Mundo un film de la série animée Dragon Ball, de participer à des compétitions de paintball ou à des manèges à sensation. 

«À partir de demain, il nous revient à tous de commencer à construire le Salvador que nous voulons. Le Salvador que nous souhaitons ne dépend pas d’un groupe, d’un président, mais il dépend de chacun de nous», a-t-il déclaré lors de la célébration de sa victoire sur une place de la capitale. 

Bukele est né le 24 juillet 1981, fils du feu chef d’entreprise Armando Bukele, un docteur en chimie industrielle et représentant de la communauté salvadorienne d’origine arabo-palestinienne, et d’Olga Ortez. Il a deux frères, Yamil et Karim Bukele. Il a fait des études de Droit à l’université jésuite centro-américaine de San Salvador (UCA), même si ses opposants ont mis en doute l’obtention de son diplôme sachant qu’il s’est consacré, depuis ses 18 ans, au travail dans une entreprise de son père. Le président élu est marié avec Gabriela Rodríguez et le couple attend un bébé. 

Des racines qui arrivent jusqu’au FMLN

La famille Bukele sympathisait avec les principes de justice sociale que brandit la guérilla de gauche du Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale (FMLN) dans les années 1980, et finit par abriter certains de ses dirigeants malgré le risque d’emprisonnement ou même de mort que cela représentait. 

D’après le livre Qui est Nayib Bukele ?, du journaliste Geovani Galeas, par un après-midi de 1987, le candidat a fait pénétrer secrètement chez lui le chef de file guérillero Schafik Handal, un des cinq commandants de la direction du FMLN. C’est ainsi qu’il a hérité de sa famille la sympathie pour l’ancienne guérilla qui, après la fin d’une guerre civile de douze ans, s’est convertie en parti politique en 1992. 

En 1999, d’après une agence de publicité de sa famille, Bukele a travaillé pour une campagne présidentielle que le FMLN n’a pas réussi à remporter, avec l’ex-commandant Facundo Guardado comme candidat. 

C’est en 2011 qu’il s’est présenté au FMLN pour le mandat municipal de Nuevo Cuscatlán, une commune de dix mille habitants voisine de la capitale, où Bukele a intégré la politique, gagnant l’élection de mars 2012. En novembre 2014, dans le cadre de la Journée mondiale des villes, l’ONU l’a invité pour parler de sa gestion novatrice de Nuevo Cuscatlán. 

Face à sa popularité, le FMLN l’a présenté comme candidat pour récupérer la mairie de San Salvador, qui était aux mains de la droite, lequel arriva à ses fins pour la période 2015-2018. En tant que maire de San Salvador, ses projets phares ont été la mise en place de l’éclairage public dans toute la capitale et la rénovation d’une partie du centre historique. 

Exclusion et passage à droite

Des divergences de Bukele avec la direction de l’ancienne guérilla résulta son exclusion en 2017, année où il fonda Idées nouvelles, un mouvement qu’il a tenté de légaliser comme parti politique, mais qui ne satisfaisait pas aux exigences de la loi électorale. 

Après cette tentative frustrante, il a cherché une place au Centre démocratique (CD) pour se présenter sous sa bannière aux élections présidentielles, mais le parti a été supprimé sans atteindre le minimum de cinquante mille voix valides aux législatives de 2018. 

À la dernière minute, le président maintenant élu a choisi la possibilité qu’il lui restait : essayer de parvenir à la présidence main dans la main avec la GANA, dont la direction lui a jeté une passerelle pour atteindre l’autre rive, la Maison présidentielle, le 1er juin prochain, quand il sera officiellement nommé président du gouvernement salvadorien. 

Contre le bipartisme

Durant sa campagne, Bukele a condamné les vingt ans de pouvoir de l’Alliance républicaine nationaliste (Arena) de droite et presque dix ans du FMLN. «Ce sont toujours les mêmes (Arena et FMLN) qui pensent que notre peuple ne se réveillera jamais, qui ont essayé de nous dire inlassablement que bien faire les choses était impossible», a-t-il soutenu lors de sa clôture de campagne. Bukele avait anticipé alors qu’il en finirait avec le bipartisme, pour laisser «derrière l’après-guerre une bonne fois pour toutes». 

Sous la bannière de la GANA, Bukele est devenu le premier mandataire à gouverner le Salvador avec une formation politique différente d’Arena, parti qui a dirigé pendant vingt ans le pays (1989-2009), et le FMLN, au pouvoir depuis 2009. Son vice-président sera Félix Ulloa, un avocat de 67 ans, diplômé de l’Université Complutense de Madrid en Espagne. Ulloa a été magistrat du premier Tribunal suprême électoral (1994-1999) créé après les accords de paix qui mirent fin à la guerre civile. 

D’après El Clarín
Traduit par Lou Bouhamidi


[1]Ce terme désigne les personnes nées dans les années 1980 (ndlr). 

Tous les ingrédients sont réunis pour une transition démocratique au Venezuela

Le caractère démocratique de l’opposition vénézuélienne est visible à travers les consignes du président de l’Assemblée nationale et président par intérim Juan Guaidó : «cessation de l’usurpation du pouvoir, gouvernement de transition et élections démocratiques et libres». La majorité de la population désire un processus électoral libre et démocratique pour changer l’avenir du pays et résoudre enfin la crise cataclysmique qui secoue le Venezuela depuis des années (le salaire minimum en 2018 ne permettait d’acheter que 600 calories, contre 60000 en 2012 d’après l’ENCOVI).

Photo : Rayner Peña R./El Pitazo

Toutes les actions de l’opposition vénézuélienne ont un caractère démocratique et respectent la Constitution de 1999. Les Vénézuéliens désirent un changement politique radical dans le pays afin de récupérer les institutions. Pour toutes ces raisons, le peuple du pays sud-américain a décidé en 2019 de manifester et de rejeter le pouvoir illégal que détiennent Nicolás Maduro et le Parti socialiste (PSUV).

Les manifestations grandioses du 23 janvier 2019 dans tout le pays, orchestrées par l’opposition, avaient pour objectif de soutenir Juan Guaidó qui prit ainsi, de manière transitoire, le pouvoir exécutif national par le biais des articles 233, 333 et 350 de la Constitution vénézuélienne. Mercredi dernier, les principales rues et avenues du pays étaient remplies de personnes de tous âges et strates sociales qui souhaitaient une seule chose : des élections libres.

Le samedi 2 février, l’opposition a montré de manière très évidente que la majorité de la population désirait un changement et soutenait vivement le président par intérim Juan Guidó. D’après Torino Capital, environ 800 000 personnes étaient présentes sur l’avenue principale de Las Mercedes à Caracas (ville qui possède environ 2 millions d’habitants) pour écouter les discours de plusieurs représentants des communautés européennes au Venezuela, dont l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne et les Pays-Bas, ainsi que quelques mots prononcés par Juan Guaidó.

Le choix d’organiser cet événement à cette date vient du fait que, le jeudi 31 janvier, le Parlement européen a reconnu Guaidó président légitime à la suite d’une élection qui a eu pour résultat 439 votes pour, 104 contre et 88 abstentions. En ce qui concerne l’Union européenne, Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a affirmé que ce n’est pas une affaire communautaire de reconnaître ou pas Guaidó mais à chaque pays de l’Union de le faire indépendamment.

En revanche, un groupement de pays européens comme latino-américains a été désigné pour accompagner le Venezuela à travers un processus pacifique et démocratique afin de dépasser la crise. Ce groupe est composé par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l’Italie et la Suède pour les pays européens, et par l’Équateur, le Costa Rica, l’Uruguay et la Bolivie en ce qui concerne l’Amérique latine. D’autres pays pourront éventuellement le rejoindre par la suite. Le groupe a 90 jours pour atteindre les objectifs fixés, sinon le projet sera clos. L’objectif majeur est de permettre aux Vénézuéliens de voter et de choisir un nouveau président de manière constitutionnelle et libre.

De plus, pour permettre à la population la plus démunie d’accéder à des biens de première nécessité et à des soins médicaux, Juan Guaidó et le parlement vénézuélien ont approuvé l’entrée au pays de l’aide humanitaire en provenance majoritairement des États-Unis (20 millions de dollars) et de l’Union européenne (35 millions d’euros). Lors de la manifestation, Guaidó a affirmé que les points stratégiques où arrivera l’aide humanitaire sont des villes frontalières en Colombie, au Brésil et sur une île des Caraïbes, mais il n’a pas osé en dire plus. L’arrivée de cette aide est prévue dans les prochains jours, comme le suggèrent les mouvements militaires américains à la frontière colombienne. La crise humanitaire est un des problèmes à résoudre d’urgence. D’après l’Office for the Coordination of Humanitarian Affairs de l’ONU (OCHA), en 2017, 6 Vénézuéliens sur 10 ont perdu 11 kg en une année à cause d’un manque d’aliments et 1,3 million de personnes souffriraient de malnutrition dans le pays.

Jeudi dernier, lorsque les parlementaires exposaient le «plan pays» à l’Université centrale de Caracas (UCV), des membres de l’unité de police spéciale FAES (Fuerzas Especiales de la Policía Nacional Bolivariana) sont rentrés de manière arbitraire et sans ordonnance judiciaire dans la maison de la mère de Fabiana Rosales, épouse de Juan Guaidó, où se trouvait leur fille de 20 mois. Guaidó a dénoncé les faits et a immédiatement dit qu’il accusait le FAES de toute atteinte contre la vie de sa petite fille. Il a quitté les lieux quelques instants après pour se rendre chez sa belle-mère et retrouver sa fille. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement essaie de porter atteinte au président par intérim. Le 29 janvier, le Tribunal suprême de justice (TSJ) a prononcé une mesure provisoire à son encontre : il ne peut désormais plus sortir du pays sans autorisation, ses comptes bancaires ont été bloqués sur le territoire national et ses biens ne peuvent être aliénés ni hypothéqués. Le tribunal a seulement affirmé que cette mesure était due aux «actes terroristes» commis lors du 23 janvier 2019, mais aucun détail ni information sur les faits n’ont été donnés. Sans tarder, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, s’est prononcé : «Ceux qui tentent de saboter la démocratie et de s’en prendre à Guaidó en subiront les conséquences

Le régime de Nicolás Maduro tente de s’accrocher au pouvoir, mais cela lui est de plus en plus difficile. Le 25 janvier, le parlement a voté la loi d’amnistie et de garanties constitutionnelles pour les militaires et civils qui aident à la restitution de l’ordre constitutionnel. C’est-à-dire une loi qui pardonne tous les militaires et civils qui soutenaient illégalement le gouvernement mais qui décident de ne plus le faire, afin de rétablir la démocratie et la séparation des pouvoirs, à l’exception de ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité. C’est une loi assez dangereuse pour le régime de Maduro puisqu’elle peut conduire les militaires à ne plus le soutenir, même si cette loi s’adresse surtout aux militaires de bas et moyen rang. Peu à peu, quelques militaires se sont déjà prononcés et soutiennent le nouveau chef du gouvernement. C’est le cas du général d’aviation militaire Francisco Esteban Yánez Rodríguez ou de l’attaché militaire à l’ambassade de Washington, le colonel José Luis Silva Silva. La réponse de Maduro a été de réaliser des événements militaires dans diverses bases du pays, afin de parler directement aux soldats et demander leur soutien. En revanche, au fur et à mesure, les forces de l’ordre n’obéissent plus aux ordres de Maduro, comme cela a été le cas lors des manifestations du 2 février dans la ville de Barquisimeto dans l’État de Lara, où des membres de la police (PNB) ont décidé de ne pas réprimer les manifestants.

Pourtant, en quelques mois de manifestations «pacifiques», 35 personnes ont été tuées d’après une ONG vénézuélienne (OVCS) et plusieurs centaines sont en prison. Parmi ces dernières, 77 sont des mineurs qui ont entre 12 et 16 ans d’après l’ONG Foro Penal. En outre, plusieurs journalistes étrangers ont également été emprisonnés illégalement ces derniers jours : deux journalistes français de l’émission Quotidien de TMC, Pierre Caillé et Baptiste des Monstiers, ou les reporter et cameraman chiliens Rodrigo Pérez et Gonzalo Barahona.

La réponse de Maduro pour rester au pouvoir et dépasser la crise serait d’avancer les élections parlementaires prévues pour 2020 afin d’élire de nouveaux députés à l’Assemblée nationale, seule institution qui ait été élue légitimement par le peuple en décembre 2015.

On ne peut pas connaître l’avenir du Venezuela et de son peuple, et pourtant on peut dire qu’en ce moment, tous les éléments pour une transition démocratique et pacifique y sont présents : soutien de la majorité de la population, pression de la part de la communauté internationale, mécontentement général des forces de l’ordre et un projet clair pour la reconstruction du pays. L’arrivée au pays de l’aide humanitaire dans les jours qui suivent sera peut-être l’élément déclencheur du changement. Les jours à venir seront décisifs pour la liberté, la paix et la démocratie au Venezuela. ¡Viva Venezuela libre!

Gilberto ANDRÉS OLIVARES

L’espoir de Julien Assange repose sur la Commission interaméricaine des droits de l’homme

Par le biais du ministère de la Mobilité humaine, l’Équateur a annoncé que la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) lui avait demandé des informations sur les conditions d’asile du fondateur de WikiLeaks. Les avocats de M. Assange ont réclamé des mesures conservatoires à la suite de «l’existence d’un risque potentiel» pour la santé de leur client.

Photo : El Universo

Depuis sept ans, Julian Assange est devenu le serpent de mer de l’Équateur, un pays qui cherche par tous les moyens à se débarrasser de son encombrant hôte, logé dans l’ambassade équatorienne située à Londres. Le président équatorien s’est prononcé dans ce sens en décembre 2018 : «Les conditions sont réunies pour que Monsieur Assange prenne la décision de sortir [de l’ambassade] dans une quasi- liberté.» Lenín Moreno a voulu aussi rassurer les acolytes d’Assange en déclarant à la presse que le Royaume-Uni avait écarté l’extradition du lanceur d’alerte, en indiquant officiellement à Quito «que la Constitution de Grande-Bretagne n’autorise pas l’extradition d’une personne vers un pays où sa vie est en danger».

Toutefois, malgré cette annonce, le fondateur de WikiLeaks redoute une extradition vers les États-Unis pour la publication de centaines de milliers de documents diplomatiques et de secrets militaires sur les guerres en Irak et en Afghanistan. Ses craintes sont bien fondées, surtout depuis que l’administration Trump avait affirmé, en avril 2017, que l’arrestation du lanceur d’alerte australien était une «priorité». C’est pourquoi M. Assange ne veut pas abandonner son refuge londonien : selon la procédure judiciaire, il risque d’être arrêté par la police anglaise au motif qu’il n’a pas respecté en 2012 les conditions de sa liberté sous caution.

Mais une nouvelle étape vient d’être franchie dans cette histoire où se mêlent les soupçons d’espionnage, de trahison, d’agressions sexuelles et de manque d’éthique journalistique. À la suite du «protocole spécial relatif aux visites, aux communications et aux soins médicaux» imposés à Assange, ses avocats ont fait appel à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, car ces mesures draconiennes sont susceptibles d’aggraver encore plus les conditions déjà précaires dans lesquelles semble s’enfoncer inéluctablement l’exilé.

Ces nouvelles mesures d’«imposition unilatérale» selon Carlos Poveda, l’un des avocats d’Assange en Équateur, visent à affaiblir l’asile avec des restrictions «plus sévères que celles d’une prison commune». Ainsi, en octobre dernier, l’Australien estimait que cette situation «aboutirait inéluctablement à des problèmes de santé, à [son] hospitalisation, à [sa] mort ou encore à un prétexte politique afin [qu’il soit remis] illégalement aux autorités britanniques puis aux États-Unis où [il] risque une possible condamnation à perpétuité».

De son côté, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, avait qualifié WikiLeaks «de service de renseignement non étatique hostile», après la publication d’outils d’espionnage utilisé par la Central Intelligence Agency étasunienne, et a accusé Assange d’être «soutenu par des acteurs étatiques comme la Russie». Ce lien avec la Russie a été mis en lumière par Robert Mueller, le procureur spécial des États-Unis qui mène une enquête sur la possible ingérence de l’administration Poutine dans les élections de 2016 remportées par Donald Trump. Mueller s’est intéressé aux activités de M. Assange depuis que celui-ci avait accepté une surprenante offre de Russia Today.

Cette chaîne de télévision internationale, financée par l’État russe, avait proposé à Assange de devenir présentateur d’une émission politique hebdomadaire. C’est ainsi que, pendant trois mois, il a eu l’occasion d’interviewer le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le néoconservateur étasunien David Horowitz, et le président équatorien Rafael Correa, parmi une vingtaine d’autres personnalités.

Rappelons qu’Assange se trouvait à cette époque, soit en 2012, assigné à résidence à Londres, avec couvre-feu et port d’un bracelet électronique. C’est alors que Rafael Correa lui a permis de se réfugier dans l’ambassade de son pays pour échapper à l’extradition vers la Suède, où la justice voulait l’interpeller à la suite de deux plaintes pour abus sexuels. Mais l’Australien est sorti de cette affaire le 19 mai 2017, lorsque le parquet suédois annonçait l’abandon des poursuites pour viol.

En attendant la suite, il est clair que cette affaire a ouvert la voie à une nouvelle façon d’informer. La création de Distributed Denial of Secrets en est un bel exemple. Surnommé DDoSecrets (en référence à un type d’attaque informatique, Distributed Denial of Service Attack), ce site a été mis en ligne en décembre 2018 par «un collectif pro-transparence», dont le but est de «faciliter la libre diffusion de données d’intérêt public», parmi lesquelles certains documents que WikiLeaks avait refusé de diffuser. Bien que les références à l’organisation de Julian Assange soient évidentes, DDoSecrets apparaît au premier regard comme une alternative qui prétend agir «comme simple relais des informations» déjà disponibles en ligne mais «de difficile accès pour des non-experts», selon la page d’accueil du site.

Ainsi, le vendredi 25 janvier, DDoSecrets a mis en ligne une quantité importante de documents d’origine russe, y compris de «messages et fichiers de politiciens, journalistes, oligarques, figures religieuses et nationalistes/terroristes», a fait savoir le collectif sur Twitter. D’autres fichiers concernent des documents dérobés au ministère du Commerce chinois, des données piratées sur des sites comme LinkedIn, ou encore les «Macronleaks».

Eduardo UGOLINI

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