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25 octobre 2018

Rencontre avec des Mapuches du Chili en tournée à Lyon du 2 au 4 novembre 2018, puis à Paris

Les rencontres avec les Mapuches du Chili ont lieu dans différents endroits en France. Ils seront à Lyon du 1er au 4 novembre, puis à Paris du 5 au 10 novembre. Le samedi 3 novembre à 18 h, les Nouveaux Espaces Latinos, en partenariat avec l’association Départs, sont heureux de recevoir quatre Mapuches du Chili venus partager, le temps d’une conférence, leur culture, leur démarche pédagogique auprès des jeunes générations, leur revendication territoriale et leur situation face à l’attitude répressive du gouvernement chilien.

Photo : Association Départs

Créée en 2003, l’association Départs organise des voyages, prône un tourisme responsable tourné vers l’échange, favorise l’élaboration de projets solidaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Ces séjours sont conçus en partenariat avec des structures locales, les accompagnant dans la réalisation de leurs projets éducatifs, de protection de l’enfance, de développement de l’agriculture, etc.  Départs est mue par l’envie de mettre son expérience du voyage solidaire au service des populations locales afin qu’elles deviennent actrices de leur développement.

Les Mapuches (en Mapudungun, langue Mapuche, «mapu» signifie terre et «che» peuple) sont l’un des peuples autochtones d’Araucanie, région centrale du Chili. Ils sont 600 000 sur le territoire chilien, et la plupart vivent à Santiago, la capitale. «Le peuple de la terre» communie avec la nature depuis des millénaires et entend préserver son agriculture traditionnelle, son identité, sa spiritualité mises à mal de longue date. Il lutte avec acharnement pour la restitution de «Nag Mapu», sa terre-mère, dont il ne lui reste qu’une infime partie, la plus importante ayant été cédée au XIXe siècle par le gouvernement aux grands propriétaires terriens et aux colons européens.

Quatre d’entre eux sont conviés à nous entraîner dans leur culture, partager leur quotidien, nous expliquer les dangers qu’encourent leur peuple et leur agriculture ainsi que les enjeux écologiques, économiques et culturels de leur combat. Claudia Alejandra Conuequir Panguilef, enseignante en maternelle, transmet aux enfants la culture et la langue mapuches. Elle est d’autre part engagée dans la préservation des forêts primaires et dans la lutte contre les centrales électriques.

Tisserande, Isabel del Transito Currivil Nahuel a appris cet art avec sa mère et sa grand-mère. Créés à partir de fibres et teinture naturelles, ses tissages symbolisent le lien des Mapuches avec la nature et le cosmos. Parce que la jeune génération oublie parfois ses origines, Hector Kurikeo Melivilu, musicien et sculpteur, a entrepris de lui raconter son histoire, de lui expliquer ses coutumes, ses cérémonies et ses rituels. C’est aussi avec les voyageurs qu’il partage son savoir. Camilo Enrique Mariano Cayupil est machi, homme médecin qui soigne à l’aide de plantes médicinales et d’incantations afin de rétablir l’équilibre du patient, car pour les Mapuches, l’esprit, le corps et l’âme ne font qu’un.

Le vendredi 2 novembre à 12 h 30, les quatre Mapuches seront au Domaine des Grottes, Grange Masson, à Saint-Étienne-des-Ouillères, pour une visite du domaine de Romain des Grottes, vigneron, et des échanges avec les Mapuches, autour d’un pique-nique (chacun apporte nourriture et boisson à partager). Le samedi 3 novembre à 14 h se tiendra une visite du jardin partagé et familial des Fontanières avec son créateur, Frédéric Reynaud, et les quatre Mapuches. Et le dimanche 4 novembre à 16 h se tiendra une conférence-débat à la Ferme des Clarines, Thurigneux, à Saint-Maurice-sur-Dargoire, sur la culture des Mapuches, leur démarche pédagogique auprès des jeunes générations, leur revendication territoriale et leur situation face à l’attitude répressive du gouvernement chilien. Retrouvez tout le programme de la suite de la tournée des Mapuches à Lyon et à Paris sur le site de l’association Départs.

Géraldine GIRAUD

Association Départs : BP 20008, 13350 Charleval – 06 20 74 13 05  – Mail
Nouveaux Espaces Latinos : 4 rue Diderot 69001 Lyon
Renseignements : Frédérique Basset – 06 03 51 94 28

Un bilan positif pour la 17e édition des Belles Latinas : l’aventure continue en 2019

La dix-septième édition du festival littéraire Belles Latinas s’est achevée avec une toute dernière rencontre entre un auteur latino-américain et des lecteurs lyonnais.Une fois le rideau tombé, l’équipe, entièrement bénévole, s’est aussitôt attachée aux préparatifs de la prochaine édition, maintenue en octobre pour l’année 2019, avec une dizaine d’auteurs, dont deux ou trois écrivains français publiés en espagnol.

Photo : Eduardo Ugolini

Après avoir quitté la magnifique scène de l’Opéra de Lyon, où  une partie des rencontres s’était tenue depuis une dizaine d’années, cette édition 2018 a été marquée par quelques nouveautés qui inspirent les organisateurs du festival à ouvrir de nouvelles voies d’animation. Le choix de placer l’inauguration dans un théâtre, le NTH8 de Lyon, en rendant hommage à un auteur chilien disparu, Pedro Lemebel, a été très positif. La troupe, dirigée par Manon Worms, a présenté un spectacle qui a mis en scène l’esprit et les paroles si singulières et violentes de l’artiste. Une mise en scène qui invitait à découvrir un auteur sensible, engagé et provocateur, et qui a séduit un public venu nombreux et dont l’engouement  motive les concepteurs des Belles Latinas à réitérer cette expérience.

La clôture du festival a elle aussi été magnifique. L’auditorium de la Bibliothèque municipale de Lyon était bien rempli et le dialogue entre deux écrivains péruviens a été très bien mené par une animation ponctuée de questions sur les œuvres de deux auteurs qui ne se connaissaient pas malgré leur origine commune, le tout ponctué par des intermèdes musicaux par Ivan Latapiat et son Newen trio.

Une trentaine de rencontres se sont étalées sur les dix jours programmés tout naturellement dans la Métropole de Lyon, mais aussi à Toulouse, Montpellier, Grenoble, Roanne, Saint-Étienne, Paris et Lille. Des partenaires universitaires ou des bibliothèques ont contribué à faciliter les préparatifs et à élargir l’écoute des auteurs qui venaient à la rencontre des lecteurs ayant déjà lu leurs œuvres, mais aussi pour séduire et inviter à la lecture ceux qui ignoraient l’existence des romans venus d’ailleurs.

Enfin, nous soulignons pour la première fois la fabrication d’un catalogue de 24 pages où chaque auteur a été présenté de manière exhaustive et son œuvre mise en valeur dans le cadre de la rentrée littéraire dans laquelle s’inscrivent les Belles Latinas depuis leur fondation en octobre 2002.

Pour les amoureux des littératures, une nouveauté sera lancée dès novembre prochain : organiser au siège des Nouveaux espaces Latinos, une fois par mois, un club de lecteurs qui se rencontreront pour lire les auteurs pressentis pour la prochaine édition du festival, dont certains sont déjà publiés en français et pressentis pour l’édition d’octobre 2019. Ce club de lecture sera ouvert à tous. Avis aux intéressés !

J. E.

Lire le catalogue en PDF

Le discours vide, une des œuvres les plus singulières de l’Uruguayen Mario Levrero

Puisqu’il existe de toute évidence un rapport étroit entre la calligraphie et le caractère (sans jeu de mots) de chacun, la graphologie en est la preuve, on doit pouvoir, en faisant évoluer son écriture, faire évoluer sa propre nature en parallèle. C’est ce que pense l’Uruguayen Mario Levrero, et c’est l’exercice dans lequel il se lance, dans le but d’une «amélioration de [son] attention et de la continuité de [sa] pensée». Le résultat sera-t-il là ?

Photo : Notabila

En écrivant sur tout et sur rien, il se dévoile pourtant, il révèle, sans le vouloir vraiment, un être inquiet qui doute beaucoup, se considère comme très moyen. Il ne veut rien dire d’important, pour lui la forme des lettres est ce qui compte, pourtant c’est toute une atmosphère qu’il crée. Malgré lui il se détache de la forme ‒la forme matérielle de ses lettres‒ pour, presque inconsciemment, aborder l’essentiel, l’éternité, ses rapports très personnels avec elle comme avec sa vie, sa famille, ses non-occupations. Il se penche aussi sur le jeu de rôle ambigu entre auteur et lecteur : qui en sait plus que l’autre ?

Et justement, le lecteur est poussé à des réactions qui se complètent ou se contredisent, c’est selon. On ne peut que ressentir une certaine compassion pour cet homme fragile qui assume ses failles, mais en même temps de l’irritation devant sa passivité : ne se complaît-il pas dans cet état de victime ? Pourquoi ne fait-il aucune tentative pour briser, ou au moins relâcher, tous ces liens qui l’immobilisent ?

Tout est fait pour qu’on lise ce(ces) texte(s) au premier degré. Le Levrero narrateur est le Levrero auteur. Mais si l’envie nous prend de rajouter un second degré, le plaisir sera lui aussi doublé, le rôle joué par le chien recueilli par la famille Levrero en est la preuve.

Premier ou second degré, finalement est-il si important de poser la question ? On peut prendre ce genre de texte comme un journal intime, comme un roman entièrement imaginé, comme une analyse autobiographique ou purement psychologique, «un acte d’autoconstruction», comme il l’écrit lui-même dans un autre de ses textes, le Diario de un canalla, la canaille du titre étant ici aussi Mario Levrero. Un esprit cartésien qui souhaiterait trancher se priverait de la saine liberté que lui offre Mario Levrero. Disons tout simplement que le texte se suffit à lui-même.

Christian ROINAT

Le discours vide de Mario Levrero, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Robert Amutio, éd. Noir sur Blanc, 192 p., 14 €. Mario Levrero en espagnol : El discurso vacío / La novela luminosa / Trilogia involuntaria / París / El lugar /El alma de Gardel / La ciudad, ed. Debolsillo Dejen todo en mis manos, ed. Caballo de Troya, Barcelona. Mario Levrero en français : J’en fais mon affaire, éd. L’arbre vengeur.

Minuit vingt, le roman apocalyptique du jeune Brésilien Daniel Galera

Porto Alegre, quinze ans après le «tournant du millénaire». Daniel Galera, un des auteurs brésiliens contemporains les plus influents, reprend les thèmes qui lui sont chers : la crise de la société brésilienne sur fond d’Internet et des réseaux sociaux. Minuit vingt dresse le tableau d’une métropole saturée, exsangue, et plus généralement d’une société au bord de l’explosion, sociale et politique, à travers un roman aux fausses allures de thriller.

Photo : saopauloreview/Albin Michel

Tout commence par un mort. Andrei, dit «Duc», écrivain, a été assassiné, au détour d’une rue. C’est un «tournant» qui ramène le passé, le passé d’avant le millénaire, dans un présent qui s’étouffe, l’occasion funeste des retrouvailles de son groupe d’amis avec lesquels, quinze ans plus tôt, il avait créé un fanzine, L’Orang-Outan.

Trois amis qui retracent, chacun leur tour, à la manière d’un puzzle, leur souvenir de celui qui a disparu et leur propre quotidien, tous liés, d’une façon ou d’une autre. Aurora, doctorante en biologie, confrontée aux difficultés d’un monde académique impitoyable et machiste, et aux échecs successifs des relations amoureuses auxquelles elle ne croit plus. Emiliano, écrivain, lui aussi, homosexuel dans une société qui ne l’accepte pas, engagé dans l’écriture de la biographie d’Andrei. Et Antero, professeur et écrivain, à la recherche de l’excitation d’un quotidien qui l’étouffe dans une sexualité débridée.

«L’horreur» est partout, grouillante, purulente, et vide, vide de sens. C’est peut-être ce vide, finalement, le plus terrible. À travers leurs récits, ce sont surtout des valeurs, un rapport au monde, qu’ils recherchent, chacun à leur manière. À quoi croit-on encore d’ailleurs sinon à la fin, quand tout a changé si vite ? Comment réinvente-t-on un monde qui semble voué à sa propre destruction ? La campagne de la fin du millénaire, en opposition à la ville, tentaculaire, monstrueuse, revient, portée par la nostalgie d’un temps achevé. «Minuit vingt», c’est cette envie de la faire durer, faire durer ce temps qu’ils n’auraient jamais voulu voir s’achever : «notre désir de la voir durer pour toujours était si fort que nous n’avons même pas fait attention au tournant du millénaire. […] C’est Andrei qui avait annoncé, d’un coup, à la surprise générale, qu’il était déjà minuit vingt.»

C’est le portrait d’une génération brésilienne du «tournant», avec ses questions et ses angoisses, que nous propose Daniel Galera dans ce roman apocalyptique aux multiples voix, aux multiples regards, aux multiples psychologies, dessinées avec brio et précision. La fin, inexorable, est annoncée dès le début, et pourtant, on veut y croire, tous veulent y croire : une lueur d’espoir –une lueur d’amour ?– existe-t-elle encore, quelque part ? À la campagne, peut-être ?

Clémence DEMAY

Minuit vingt de Daniel Galera, traduit du portugais (Brésil) par Régis de Sa Moreira, Albin Michel, 272 p., 20 €. Daniel Galera en portugais : Meia-noite e vinte, Companhia das Letras.

Exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu jusqu’au 24 février 2019 à Paris

Du 14 octobre 2018 au 24 février 2019, la Fondation Cartier pour l’art contemporain célèbre, avec l’exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu, la richesse et la variété des motifs, couleurs et figures dans l’art latino-américain. De l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie, cette exposition rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes, de la période précolombienne jusqu’aux productions les plus contemporaines. 

Photo : Luiz Zerbini, A Primeira Missa

L’exposition explore les formes multiples de l’abstraction géométrique en Amérique latine, qu’elles trouvent leurs sources dans l’art précolombien, les avant-gardes européennes ou les cultures autochtones encore vivantes aujourd’hui. Créant des dialogues inattendus, Géométries Sud tisse des liens visuels entre les époques, les territoires et les cultures, et invite à une rêverie au cœur de ces univers.

L’exposition s’ouvre sur une salle de bal réalisée par l’architecte bolivien d’origine Aymara Freddy Mamani. Il transpose en plein cœur de Paris l’iconographie géométrique et colorée de la culture Tiwanaku et l’esprit des fêtes populaires andines. Dans sa ville natale d’El Alto, ses bâtiments hauts en couleurs et insolites – qu’il qualifie de « néo-andins » – se distinguent des habituelles constructions en brique et des tons monotones des paysages de l’Altiplano. Leurs façades éclatantes reprennent le vocabulaire formel des cultures précolombiennes et amérindiennes, leurs couleurs vives sont inspirées des textiles et des costumes cérémoniaux Aymara. L’effet spectaculaire se poursuit à l’intérieur des édifices, où la profusion des motifs géométriques et la multiplication des colonnes richement décorées se mêlent aux lustres fantaisistes et aux lampes multicolores.

Dans la grande salle du rez-de-chaussée, les architectes paraguayens Solano Benítez et Gloria Cabral, lauréats du Lion d’or de la Biennale d’architecture de Venise en 2016, s’emparent de matériaux bruts pour concevoir une œuvre monumentale reposant sur le principe de répétition. Jeu de rythmes, de lumière et d’équilibre, cette installation formée de panneaux de briques brisées et de béton, assemblés à la façon d’un château de cartes, se déploie le long de la façade de la Fondation Cartier.

En regard de ce tour de force architectural, un ensemble exceptionnel de 22 sculptures délicates et aériennes de l’artiste vénézuélienne Gego est présenté. Réunies pour la première fois à Paris, nombre de ces œuvres font l’objet d’un prêt exceptionnel de la Fundación Museos Nacionales de Caracas. Figure majeure de l’art latino-américain, Gego s’est efforcée tout au long de sa carrière d’explorer les infinies possibilités qu’offre la ligne dans l’espace tridimensionnel. Le délicat maillage de ses sculptures revêt un caractère organique qui échappe à la rigueur formelle de l’abstraction géométrique. Gego tisse, plie et tord à la main le fil d’acier ou d’aluminium créant des formes irrégulières au sein desquelles la transparence devient un élément sculptural à part entière.

L’exploration des motifs géométriques constitue le trait commun des quelque 220 œuvres présentées à l’étage inférieur de la Fondation Cartier. L’œuvre Madera planos de color de Joaquín Torres García, mêlant influences précolombiennes et modernistes, introduit un parcours entre art ancien et art contemporain, entre art savant et art populaire. Les toiles emblématiques du mouvement Madí de l’Urugayen Carmelo Arden Quin ou les sculptures de la Brésilienne Lygia Clark trouvent ainsi un écho inattendu dans les photographies du Mexicain Lázaro Blanco ou dans les peintures de l’Argentin Guillermo Kuitca. Cette exposition met aussi en lumière des artistes longtemps oubliés : un ensemble de grandes toiles aux couleurs vibrantes de Carmen Herrera participe à la reconnaissance récente de cette pionnière du minimalisme cubain. Également peu connues hors du Brésil, les photographies des façades colorées des maisons du Nordeste brésilien d’Anna Mariani répondent aux peintures quasi-abstraites du Brésilien Alfredo Volpi.

Ces œuvres résonnent avec celles d’artistes qui puisent leur inspiration dans les formes et les motifs de l’art et de l’architecture précolombiens. Ainsi les photographies du Machu Picchu que le Péruvien Martín Chambi réalise dans les années 1920 attestent de la fascination exercée par cette cité récemment découverte et participent à la revalorisation d’un passé grandiose. Le photographe mexicain Pablo López Luz retrouve quant à lui des réminiscences de la culture Inca dans les constructions vernaculaires contemporaines.

L’exposition met aussi à l’honneur les motifs constituant l’alphabet de la géométrie indigène : des céramiques à la vannerie, des textiles à la peinture corporelle, ces formes se déclinent dans de multiples compositions et dans des styles propres à chaque culture. Présentées pour la première fois en Europe, de nombreuses œuvres des indiens Ishir (ou Chamacoco), vivant dans la région paraguayenne du Gran Chaco, évoquent leurs mythes et leurs rites sacrés. Les lignes et les triangles des dessins des Wauja côtoient les arabesques ondulantes de ceux des Kadiwéu [Caduveo], peuple vivant dans le Mato Grosso au Brésil, dont les peintures faciales ont fasciné Claude Lévi-Strauss. Leur répertoire formel si singulier est présent dans l’exposition tant dans les photographies de Guido Boggiani datant de la fin du XIXe siècle que dans leurs productions contemporaines. Les plus grands photographes et artistes brésiliens se sont passionnés pour le langage complexe des indiens, à l’instar de Claudia Andujar et Miguel Rio Branco qui captent la pratique d’ornementation corporelle quotidienne des Kayapó, ou de Luiz Zerbini qui mêle dans ses toiles lumineuses portraits historiques et images de cérémonies amérindiennes. Ces œuvres contemporaines et ces objets rares invitent à une découverte sensible et immédiate d’anciennes traditions toujours perpétrées aujourd’hui.

Célébrant tour à tour l’art contemporain et les vestiges de civilisations anciennes, Géométries Sud nous mène, lors de ce voyage du Mexique à la Terre de Feu, vers d’éblouissantes découvertes colorées, graphiques et spirituelles. S’affranchissant des hiérarchies artistiques et faisant dialoguer tous les domaines de la création, l’exposition met ainsi à l’honneur les liens et correspondances visuels qui unissent artistes, peuples, cultures, rites et symboles.

Les Soirées Nomades et les Nuits de l’Incertitude poursuivent leur exploration des arts vivants, en mêlant les disciplines et les rencontres. Fête andine, Nuit de la Géométrie, danses amérindiennes menacées de disparition, installation immersive dans la forêt paraguayenne et récits mythiques indigènes, mais aussi performances, concert et théâtre d’objet, rythmeront l’exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu.

D’après la Fondation Cartier pour l’art contemporain

Appel de la Fondation Jean-Jaurès à la solidarité avec le Brésil : la démocratie en danger

Le second tour des élections présidentielles brésiliennes aura lieu ce dimanche 28 octobre, entre Jair Bolsonaro, candidat d’extrême-droite, et Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT). La Fondation Jean-Jaurès, membre du Comité international pour la libération de Lula et la démocratie au Brésil, parraine l’appel ci-joint appelant à défendre les libertés et les droits humains menacés par un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle.

Photo : Jornal da USP

Jair Bolsonaro, candidat d’extrême droite, part favori pour le deuxième tour des présidentielles brésiliennes le 28 octobre. Avec 46% des suffrages exprimés, il a relégué loin derrière, lors du premier tour le 7 octobre dernier, Fernando Haddad, qui défendait les couleurs du Parti des travailleurs, et encore plus tous les autres, de droite comme de gauche. Le résultat a provoqué un choc émotionnel au Brésil comme partout.

La Fondation Jean-Jaurès est une fondation politique française proche du Parti socialiste qui a pour but de «favoriser l’étude du mouvement ouvrier et du socialisme international, de promouvoir les idéaux démocratiques et humanistes par le débat d’idées et la recherche, de contribuer à la connaissance de l’homme et de son environnement, de mener des actions de coopération économique, culturelle et politique concourant à l’essor du pluralisme et de la démocratie dans le monde».

La Fondation Jean-Jaurès, au nom de ses engagements démocratiques et républicains, vous invite à participer à cette campagne de solidarité «Appel à la solidarité avec le Brésil. La démocratie en danger». Les puissants de l’économie, des finances, de l’agro-industrie, de l’établissement social et médiatique, soutiennent au Brésil un candidat présidentiel, Jair Bolsonaro, qui propose un grand retour en arrière. Un retour vers un Brésil de violences, un Brésil raciste, xénophobe, misogyne, intolérant, inégalitaire, des privilégiés, hier maîtres des habitations et reléguant les esclaves dans leurs cases. 

Le Brésil a reconquis dans la douleur ses libertés après 21 ans de dictature militaire. De 1964 à 1985, les Brésiliens ont vécu tortures, assassinats, disparition, incarcérations, exil, suspension de la liberté d’expression, du droit de manifester, du droit de s’organiser. Jair Bolsonaro fait l’apologie publique de la dictature, de la torture, du viol, du meurtre, de l’intolérance. Plaçant son Dieu vengeur et cruel au-dessus de la démocratie et des hommes, il refuse le débat avec son adversaire du deuxième tour.

L’enjeu du deuxième tour, le 28 octobre, va bien au-delà des étiquettes partisanes. Ce qui est en jeu, ce n’est ni le PT de Haddad et Lula, ni le PSL de Bolsonaro. C’est la liberté, la vie, la sécurité, la dignité, la démocratie. Nous, démocrates français, affirmons : sauver la démocratie brésilienne aujourd’hui, c’est voter sans état d’âme, Fernando Haddad.

D’après Jean-Jacques KOURLIANDSKY
 Fondation Jean-Jaurès 

Liste des signataires :

Maria Laura Arrascada, politologue, Université de Buenos Aires (Argentine) / Manuel Barrientos, coordinateur de la communication, ESMA (Espace mémoire de la dictature) (Argentine) / Gilles Bataillon, directeur d’études, EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) (France) / Martin Becerra, professeur, Université nationale de Quilmes (Argentine) / Patrick Boursin / Maurice Braud, ancien secrétaire international du Parti socialiste (France) / Pablo José Ciccolella, docteur en géographie, Université de Buenos Aires (Argentine) / Catherine Conconne, sénatrice de Martinique (France) / Agustin Cosovschi, historien, CNRS-EHESS, Collège de France (France) / Nicolas Dallorso, diplômé en science politique de l’Université de Buenos Aires (Argentine) / Suzete de Paiva Lima, présidente de l’association ALMAA (France) / Marc Delepouve, secrétaire général adjoint de la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques (FMTS) / René Dosière, ancien député et membre honoraire du Parlement (France) / Augustine Nelly Dumont, étudiante en master de sécurité internationale et défense (France) / Claire Edey Gamassou, maîtresse de conférences, Université Paris-Est Créteil (France) / Gaspard Estrada, directeur exécutif de l’OPALC – Sciences Po Paris (France) / Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (France) / Gérard Fuchs, ancien député (France) / Carlos Gabetta, journaliste et essayiste politique (Argentine) / Jean-Marc Germain, secrétaire national à l’International du Parti socialiste (France) / Bernard Graciannette, Ligue des droits de l’Homme (France) / Jean-Pierre Guis, psychologue, ancien maire adjoint du 12e arrondissement de Paris (France) / Jeannette Habel, maître de conférences, IHEAL (Institut des hautes études de l’Amérique latine) / France) / Leonor Harispe, présidente de l’ASPAS (Association Solidarité Provence Amérique du Sud) (France) / Sandra Hernandez, professeure en études hispanophones, Université de Lyon 2 (France) / Jean-Paul Jouanelle, délégué général de Contact-Entreprises / Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine, Fondation Jean-Jaurès (France) / Rouslan Koustiouk, professeur, Université d’Etat de Saint-Pétersbourg (Russie) / Delphine Lacombe, sociologue, chargée de recherche au CNRS (France) / Dinah Kristin Leschzyk, professeur, Institut für Romanistik, Université de Giessen (Allemagne) / Frédéric Louault, professeur de science politique, Université libre de Bruxelles (Belgique) / Maria-José Malheiros, membre du bureau de la FMTS / Jean Mallot, ancien député (France) / Alexandre Minet, coordinateur du secteur International, Fondation Jean-Jaurès / (France) / Ana Natalucci, sociologue, CONICET-UBA (Argentine) / Lamia Oualalou, journaliste et essayiste (Mexique) / Juan-Pablo Pallamar, doctorant en sociologie (Chili) / George Pau-Langevin, députée de Paris (France) / Christine Pirès-Beaune, députée du Puy-de-Dôme (France) / Gabriel Puricelli, vice-président du Laboratoire de politiques publiques (Argentine) / Alejandro Rascovan, doctorant CONICET-Université de Buenos Aires (Argentine) / Luis Rodriguez Aizpeolea, journaliste et essayiste politique (Espagne) / Jean-Michel Rosenfeld, président du Cercle Bernard Lazare (France) / Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise (France) / Oliva Maria Rubio, curatrice d’expositions (Espagne) / Carlos Schwartz, chirurgien (Argentine) / Benjamin Stora, historien (France) / Sophie Thonon, avocate, présidente de France Amérique latine (France) / Eduardo Valenzuela, sociologue, directeur de l’Association Dialogues citoyens (France) / Silvia Vigano, représentante du Parti démocrate italien en Argentine (Italie) / Bernard Wallon, consultant en stratégie de communication (France) / José Eduardo Wesfreid, physicien, directeur de recherches émérite au CNRS (France) / Januario Espinosa, directeur des Nouveaux Espaces Latinos (France) / Marlène Landon, rédactrice en chef des Nouveaux Espaces Latinos (France).

 

 

Des milliers de migrants honduriens marchent vers les États-Unis, envers et contre Trump

Défiant les menaces de Donald Trump, une foule de milliers de migrants, pour la plupart honduriens, poursuit sa marche vers les États-Unis. Après avoir traversé le Guatemala, les migrants ont franchi la frontière mexicaine et ont installé des camps de fortune dans des espaces publics de la ville de Tapachula. La police mexicaine, qui suit leur progression, se garde pour l’instant d’intervenir. Nous reproduisons ici un article de Radio Canada.

Photo : Infobae

Ces migrants qui, par méfiance, ont refusé de se rendre dans les refuges que leur ont réservés les autorités, bénéficient de l’aide de Mexicains pour poursuivre leur chemin, que ce soit à bord de camionnettes, de fourgonnettes ou de camions de marchandises. L’un de ces bons Samaritains, Jesus Valdivia, de Tuxtla Chico, au Mexique, a laissé monter jusqu’à une vingtaine de migrants dans son véhicule, au détriment de sa suspension qu’il entendait parfois grincer sous leur poids. «Vous devez aider ces gens, a-t-il commenté. Aujourd’hui, on le fait pour eux, demain ce sera pour nous.» M. Valdivia ajoute qu’il reçoit un cadeau précieux des gens qu’il aide : «Ils nous apprennent à apprécier ce qu’ils n’ont pas

L’une de ses passagères, Brenda Sanchez, de San Pedro Sula, au Honduras, a voyagé avec ses trois neveux de 10, 11 et 19 ans. Elle a tenu à témoigner sa gratitude envers «Dieu et les Mexicains qui les ont aidés». Elle a même eu de bons mots pour la police mexicaine. «La caravane comprend 7233 personnes, dont la plupart ont l’intention de continuer leur marche vers le nord», a déclaré le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Aziz Haq, en soulignant la nécessité qu’elles soient «traitées avec respect et dignité».

Farhan Aziz Haq a précisé que l’Organisation internationale des migrations (OIM) et le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) de l’ONU étaient mobilisés pour porter assistance à ces migrants. «Cette situation doit être gérée en accord avec le droit international et dans le plein respect des pays à contrôler leurs frontières», a ajouté Farhan Aziz Haq en faisant valoir que «les États de la région devaient coopérer pour résoudre la crise».

Le rêve américain

Épuisés par de longues heures de marche, les migrants ne songeaient qu’à se procurer de quoi survivre. «Je veux juste trouver de la nourriture et un endroit où dormir», a déclaré un jeune Hondurien de 16 ans, Roger Pineda, qui a rejoint la caravane la semaine dernière avec cinq membres de sa famille et un groupe d’amis. Ils disent avoir fui la violence, la corruption et la pauvreté de la ville de San Pedro Sula. «J’espère que Trump nous permettra de passer de l’autre côté», a-t-il lancé.

Transportant l’ours polaire en peluche de ses filles de trois et quatre ans, une Hondurienne explique qu’il s’agit du seul et unique jouet qu’elle a apporté. Diplômée en administration des affaires, Besi Jaqueline Lopez souhaite trouver du travail aux États-Unis. Elle précise avoir été incapable de le faire au Honduras. Elle accepterait également de demeurer au Mexique si elle parvenait à y décrocher un emploi.

Les migrants ont pu compter sur la sympathie de nombreux Mexicains qui leur ont fourni eau, nourriture et vêtements. Alors que les migrants traversaient des villages mexicains, les habitants ont applaudi et crié des encouragements. Une Mexicaine de Lorenzo, Maria Teresa Orellana, a distribué des sandales aux migrants passant par là. «C’est de la solidarité», dit-elle. «Ce sont nos frères.»

Menace de châtiments

Après avoir blâmé les démocrates pour la «faiblesse des lois» sur l’immigration quelques jours auparavant, Donald Trump a déclaré sur Twitter lundi que : «Les caravanes sont une honte pour le Parti démocrate. Changez les lois sur l’immigration MAINTENANT !» «Tous les efforts sont faits pour mettre un terme aux afflux d’étrangers illégaux de franchir notre frontière méridionale», a-t-il déclaré dans un autre tweet. «Les gens doivent faire une demande d’asile au Mexique en premier et, s’ils ne le font pas, les États-Unis les expulseront. Les cours demandent aux États-Unis de faire des choses impossibles», a-t-il poursuivi.

Mettant à exécution l’une de ses menaces, le président Trump a annoncé «la réduction ou la suppression de l’aide américaine» à trois pays d’Amérique centrale. «Le Guatemala, le Honduras et le Salvador ont été incapables d’empêcher leurs gens de quitter leur pays pour tenter d’entrer illégalement aux États-Unis, a déclaré le président Trump sur Twitter. Nous allons commencer à supprimer ou à réduire substantiellement l’aide étrangère massive que nous leur acheminons régulièrement.» Les trois pays ont touché, ensemble, quelque 500 millions de dollars des États-Unis en 2017.

Toujours sur Twitter, le président Trump a blâmé les autorités mexicaines pour leur incapacité à juguler la marche des migrants. «Malheureusement, on dirait que la police et l’armée mexicaines sont incapables d’arrêter la caravane, a-t-il déploré. J’ai alerté la police frontalière et l’armée américaine en leur disant qu’il s’agissait d’une urgence nationale.»

De son côté, le gouvernement mexicain a prévenu les migrants qu’ils devaient présenter une demande d’asile au Mexique sans quoi ils seraient expulsés. La forte affluence de migrants mettra toutefois l’appareil gouvernemental mexicain à rude épreuve. Le Mexique a d’ailleurs demandé l’aide de l’ONU pour faire face à la situation. Plus de 3400 migrants honduriens ont d’ailleurs été renvoyés dans leur pays d’origine au cours des dernières 48 heures, selon la femme du président hondurien Juan Orlando Hernández, Ana Garcia de Hernández.

Qu’à cela ne tienne, une nouvelle colonne de quelque 1000 migrants, en provenance du Honduras, marche à travers le Guatemala en direction des États-Unis, selon le ministère de l’immigration guatémaltèque. Ces centaines de migrants, marchant sous un soleil de plomb, soutiennent se sentir plus en sécurité en progressant en convoi. «Nous allons y arriver, nous allons continuer d’avancer tant qu’ils ne nous arrêteront pas», a déclaré un Hondurien de 17 ans, Jaffe Borjas. Il marche avec un ami d’enfance en tête de la colonne. À l’approche de Tapachula, ils se sont mis à chanter : «Si vous nous renvoyez, nous reviendrons !»

D’après Radio Canada

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