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19 octobre 2018

Cuentos del mundo, un recueil de contes de l’Argentine Ana María Shua en édition bilingue

Du roman à la poésie en passant par le théâtre et la nouvelle, Ana María Shua est essentiellement reconnue pour ses microfictions. Née en 1951 à Buenos Aires, elle prend le chemin de l’exil à Paris en 1976, alors que s’installe la dictature militaire. Ses premiers romans, Soy paciente (1980) et Los amores de Laurita (1986), sont célébrés par la critique lors de son retour et font l’objet d’adaptations au cinéma. En 1988 débute sa carrière dans la littérature pour enfants avec La batalla entre los elefantes y los cocodrilos. Contes du monde est le premier recueil de ses contes traduit en français.

Photo : La Opinión Diaria

Ces soixante contes du monde, venus des contrées les plus reculées, parfois même de civilisations oubliées, ont été retrouvés et remaniés par Ana María Shua. Au-delà de la construction d’un imaginaire qui lui est propre, l’auteure s’inscrit dans l’art de raconter des histoires caractéristique du continent latino-américain et, plus particulièrement, de l’Argentine, dont Borges a été un des pionniers.

Dès l’ouverture du recueil, nous partons à la découverte des meilleures histoires de la planète, afin de connaître les coutumes et le mode de vie des peuples qui les ont inventées. Du Kenya au Mexique, de l’Inde à l’Égypte, chacune de ces histoires, inédites en français, se lit alors comme une invitation au voyage.

Peuplées de personnages inquiétants, drôles ou magiques, de créatures étranges et exotiques, chaque récit tente de lever le voile sur les origines présumées du monde ou sur son fonctionnement. Et si les thèmes et les schémas narratifs sont universels, chaque peuple les a adaptés à ses coutumes. Ainsi les princesses mangent du riz en Chine et des pâtes en Italie, tout comme les pyramides et les sphinx parcourent les contes des Mille et une nuits. Avec humour et légèreté, l’auteure réactualise ces récits venus des contrées les plus reculées, parfois même de civilisations oubliées, afin de vous faire voyager simultanément à travers le temps et aux quatre coins du monde.

Ce recueil s’adresse aux enfants dès l’âge de 9 ans et les invite à développer leur perception du monde et du langage. Une belle lecture pour petits voyageurs, jeunes expatriés ou apprentis traducteurs. Cette édition bilingue permet de lire le texte original et d’en apprécier la traduction, et peut servir de support de cours pour l’enseignement de l’espagnol dans le secondaire et le supérieur.

Dirigée par Philippe Dessommes, José Carlos de Hoyos et Sylvie Protin, la collection «Ida y vuelta/Aller-retour» des Presses universitaires de Lyon se propose d’ouvrir des espaces de dialogue entre les cultures d’expression espagnole et française. Elle présente des textes encore inédits en français, principalement du domaine littéraire, en ne s’interdisant aucun genre (fiction, poésie, essai, critique).

Après Aucun lieu n’est sacré, un recueil de neuf nouvelles de Rodrigo Rey Rosa, inédit en français, composé durant son séjour à New York en 1998, et un roman, à la fois rigoureux et farfelu, de Carlos Gamerro, Le Rêve de monsieur le juge, publiés en 2017, Contes du monde est un des deux nouveaux titres en édition bilingue qui viennent enrichir la collection «Ida y vuelta/Aller-retour» des Presses universitaires de Lyon (PUL), avec le témoignage fictionnel de Saúl Ibargoyen autour de la dictature uruguayenne, Du sang dans le Cône Sud.

Marlène LANDON

Contes du monde d’Ana María Shua, traduit de l’espagnol (Argentine) par Mila Christel Bathurt, avec une préface de Jean-Yves Loude, Presses universitaires de Lyon, 536 p., 16 €. Ana María Shua en espagnol : Cuentos del mundo, Anaya.

Sympathie pour le démon, le nouveau roman du Brésilien Bernardo Carvalho

Cela fait des années déjà, depuis la fin du boom du roman hispano-américain, que les frontières ont fondu, les frontières entre les genres littéraires, mais aussi les frontières géographiques et physiques. Dans un premier temps, les écrivains sont généralement restés dans la sphère américaine, avec des exceptions qui se limitaient à l’Espagne et à Paris, très populaire chez les Latinos. Puis c’est le monde occidental qui a servi d’espace à l’action, Eduardo Halfon et le Moyen-Orient, Guillermo Fadanelli et l’Allemagne, aujourd’hui Andrés Neuman, le Japon et le monde entier.

Photo : Métailié

Le personnage principal du nouveau roman de Bernardo Carvalho est brésilien, membre d’une agence qui milite contre la violence dans le monde. Il a longtemps vécu à Berlin et continue de faire de nombreux voyages au Moyen-Orient, le cadre des premiers chapitres.

Jadis auteur d’un essai controversé sur la violence, le Rat (seul nom qu’on lui connaîtra) est mandaté pour une mission qui doit rester secrète : payer, au nom de l’«agence» pour laquelle il travaille, mais sans que cela s’ébruite, la rançon d’un jeune homme détenu quelque part dans une zone problématique. Dans une ville en ruines, entouré de djihadistes, il tente d’effectuer sa mission, sentant que tout y est malsain. Cette ambiance, naturellement, le pousse à se replonger dans son passé amoureux.

Parmi des citations d’études philosophiques et de thèses universitaires sur la violence, des évolutions de points de vue sur elle ou sur des conflits amoureux, on se demande souvent dans les premières pages vers où nous emmène Bernardo Carvalho. Il nous fait changer de lieux, d’ambiances et nous ne pouvons que le suivre, ce que nous faisons bien volontiers, il est si évident qu’il sait parfaitement ce qu’il fait (ce qu’il nous fait), de main de maître, mais aussi de façon assez diabolique, nous annonçant par exemple la fin d’un amour avant même d’en raconter le début.

La violence est bien au centre de cette histoire racontée à l’échelle mondiale. Mais la pire cruauté n’est pas forcément celle à laquelle on pourrait s’attendre. Entre deux missions de paix, dans des lieux dévastés par les combats ou dans les velours d’un théâtre, le Rat vit des amours contradictoires. Le triangle amoureux traditionnel devient un quatuor peu classique et n’a aucun point commun avec un quelconque vaudeville et encore moins avec un roman à l’eau de rose. La situation a beau être particulière, les atermoiements entre amants, les piques et les remords, en un mot les souffrances, se ressemblent.

On trouve aussi la violence dans les personnages eux-mêmes. Le jeune homme éduqué chez les Jésuites est-il aussi lisse qu’il y paraît ? Le metteur en scène de théâtre nourri d’une culture classique universelle n’occulte-t-il pas des noirceurs gardées secrètes ? Bernardo Carvalho montre avec apparemment une certaine douceur (on pense parfois à Stendhal ou à Proust) ce qui se cache sous des façades fréquentables. On est rarement allé aussi loin dans l’analyse des cruautés amoureuses, d’un amour corrupteur.

Sous la figure d’un terrifiant prédateur ‒terrifiant parce que charmant‒, l’auteur glisse une foule d’idées sur le fascisme, le terrorisme, le plaisir de détruire, toutes en rapport avec l’amour humain. Cette analyse, extraordinairement originale et follement cruelle est fascinante et glaçante.

Christian ROINAT

Sympathie pour le démon de Bernardo Carvalho, traduit du portugais (Brésil) par Danielle Schramm, Métailié, 220 p., 19 €. Bernardo Carvalho en portugais : Mongolia / Neuf nuits / Le soleil se couche à São Paulo / Ta mère / Reproduction, éd. Métailié. Bernardo Carvalho en brésilien : Simpatia pelo demônio, Companhia das letras.

Roma, un film au Lion d’or du Mexicain Alfonso Cuarón au Festival Lumière de Lyon

Au Festival Lumière, qui va couronner l’Américaine Jane Fonda, deux invités sont mis en avant. Outre l’acteur espagnol Javier Bardem, le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón est à l’honneur pour son film Roma, projeté au public lyonnais pour son avant-première française. Ce dernier film fait la chronique d’une année tumultueuse dans la vie d’une famille de la classe moyenne à Mexico au début des années 1970.

Photo : Roma

C’est en 2001 qu’Alfonso Cuarón s’est fait remarquer avec Y tu mamá también, avec Gael García Bernal et Diego Luna. Puis se furent, hors du Mexique, La Petite princesse (1995), De grandes espérances (1998), ainsi qu’Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (2004), peut-être le plus noir et le plus réussi de la série, film qui lui apporte la consécration internationale. Puis Les Fils de l’homme (2006), très mal diffusé en France, est un pur chef d’œuvre : dans l’univers pollué de 2027, les femmes sont devenues stériles et la mort du plus jeune garçon de la planète indique que l’homme va vers son extinction, tout cela filmé dans un Londres apocalyptique. Ensuite, c’est avec Gravity qu’il a obtenu en 2014 l’Oscar du meilleur réalisateur ainsi que six autres récompenses.

Alfonso Cuarón a reçu cette année à la Mostra de Venise le Lion d’or pour Roma, des mains de son compatriote Guillermo del Toro, président du jury et vainqueur du Lion d’or l’année dernière avec La Forme de l’eau. Le film est distribué par Netflix et ne sera donc pas visible dans les salles françaises puisqu’il va passer sur la plateforme dès le mois de décembre. Et en France, il faut que les films soient sortis depuis deux ans pour passer à la télévision. Les Lyonnais ont donc la chance de le voir sur grand écran au Festival Lumière.

Tourné en 65mm et sublimé par un beau noir et blanc, Roma (c’est le nom du quartier de son enfance à Mexico City) puise dans les souvenirs familiaux de Cuarón pour dépeindre la société mexicaine des années 1970-71 au cœur d’une capitale réactionnaire qui tire sur les étudiants, et à travers un formidable portrait de femme, une servante d’origine indienne. «Il s’agit du premier film dans lequel je peux complètement intégrer tout ce que je souhaite transmettre au cinéma. On y trouve plusieurs formes et couleurs d’émotions que je travaille depuis mes débuts comme réalisateur», confiait-il récemment au magazine IndieWire. Le réalisateur tenait la caméra et a remarquablement travaillé le son.

Cuarón veut à chaque film faire quelque chose de nouveau, apprendre et changer, comme il l’a indiqué au cours d’une remarquable master class. Bien sur ce n’est pas le premier film latino qui parle des bonnes, les nanas, arrachées à leur terre indigène pour aller travailler en ville dans de riches familles, mais ici c’est particulièrement émouvant. Alfonso Cuarón a terminé en faisant remarquer que Roma, à l’envers, cela faisait Amor…

Alain LIATARD

L’auteure Maryse Condé sacrée prix Nobel alternatif de littérature par la Nouvelle Académie

La Nouvelle Académie, institution provisoire née d’une union d’intellectuels suédois, a décerné à Maryse Condé le premier prix Nobel alternatif de littérature la semaine dernière. Plusieurs fois pressentie pour être prix Nobel, elle n’avait jamais gagné jusque-là. C’est là un geste symbolique qui salue l’ensemble de ses écrits, son engagement envers sa Guadeloupe natale et sa place dans le monde littéraire francophone.

Photo : Jacques Torregano/Jeune Afrique

Maryse Condé, forte de ses 81 ans, a vu le jour à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Cette auteure prolifique est hautement représentative de la francophonie. Étudiante, elle s’envole pour la métropole où elle étudie au lycée Fénelon puis à la Sorbonne, avant de partir pour l’Afrique subsaharienne, où elle enseignera le français en Guinée, au Ghana puis au Sénégal. Docteur en littérature comparée puis enseignante à l’université Columbia de New York, elle met un terme à sa vie itinérante pour retourner vivre en métropole.

Son écriture engagée fait l’unanimité et son combat pour les causes caribéennes trouvent de nombreux échos. L’auteure, qui manie avec une aisance remarquable les genres de la fiction, de l’essai ou encore de l’autobiographie, est profondément marquée par la pensée postcoloniale et par le féminisme.

Son œuvre est pétrie des grands auteurs francophones qui l’ont précédée. Elle-même explique en effet que sa quête identitaire, qui se transformera en talent d’écriture, est née de sa lecture du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire et de son adhésion à la pensée de Frantz Fanon.

C’est, entre autres, ce qui a séduit les intellectuels suédois qui viennent de fonder l’institution provisoire de la Nouvelle Académie. Une écriture précise qui surgit pour dénoncer «les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme»[1], voilà ce qu’on découvre lorsqu’on lit Maryse Condé. Les thèmes qu’elle aborde sont nombreux : elle raconte la Guadeloupe, la France, l’Afrique, les femmes antillaises, l’exil, les tensions sociales et politiques…

Désormais trop atteinte par la maladie dégénérative qui la ronge depuis déjà plusieurs années, elle a écrit son dernier roman, Le fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana, avec son mari. Il est le fruit d’une réflexion de l’auteure sur la fin du mythe de la négritude et de la solidarité interraciale à la suite de la mort de la policière antillaise Clarissa Jean-Philippe, tuée par Amedy Coulibaly en janvier 2015.

De nombreuses personnalités littéraires, à l’instar de l’auteur haïtien et Académicien Dany Laferrière, et politiques, comme Christiane Taubira, ont rendu un hommage chaleureux à Maryse Condé à la suite de son prix Nobel alternatif. Nombreux sont ceux qui regrettent qu’elle ne soit pas plus audible en France alors qu’elle est une des plus grandes représentantes des Lettres francophones dans le monde.

Nina MORELLI

[1] La citation est extraite d’une déclaration des membres de la Nouvelle Académie. 

Alejandro Castro, le militant chilien contre la pollution, rejoint la liste des «suicidés»

Début octobre, un nouvel épisode de pollution au dioxyde de soufre (SO2) a frappé la région de Quintero, au nord de Valparaíso. Plus d’un millier de personnes ont été intoxiquées depuis le début de la crise, dont des femmes enceintes et des enfants, et plus de 700 habitants ont dû être hospitalisés. Le gouvernement, sans suspendre les activités des usines proches de la zone, a présenté un plan d’urgence. Plan qui sera pleinement efficace dans un an…

Photo : Publimetro

En attendant, les habitants se mobilisent et manifestent. Ils accusent douze entreprises de rejeter des produits toxiques dans la nature. Meneur d’un des syndicats de pêcheurs, visage médiatique de la contestation, Alejandro Castro dénonçait les entreprises qui polluent Quintero et ses alentours. Les habitants sont intoxiqués, l’eau et les sols contaminés. Les poissons de l’océan meurent avant d’être pêchés. Et les pêcheurs meurent pendus aux grilles du métro. Suicide. Suicide ?

Mercredi 3 octobre, Alejandro Castro manifestait dans les rues de Valparaíso. Jeudi matin, on retrouvait son corps pendu en plein centre-ville. La sangle de son sac à dos faisait office de corde. Un suicide au sac à dos avec les pieds à quelques dizaines de centimètres du sol ? Sur les grilles du métro ? Macarena Valdés avait au moins eu la décence de se pendre avec une corde, chez elle. Un suicide ? Peut-être s’était-il rendu compte, à la lecture des menaces de mort qu’il avait reçues, que défendre sa santé, celle de sa famille et de ses amis, était injuste.

Pris de remords d’avoir calomnié des entreprises qui rejettent des produits toxiques, sa conscience l’aurait-elle acculé au suicide ? Soyons sérieux. Un homme ne se pend pas sans raison. Un homme ne se pend pas alors qu’il se bat pour défendre ses droits et son gagne-pain. Un homme ne se pend pas après avoir été menacé. Dans ces circonstances, un homme ne se pend pas. Il est pendu.

Alejandro Castro rejoint la liste des militants qui, un beau jour, au milieu de leur lutte, se suicident. Comme Macarena Valdés. Tous ces suicides posent question. Mais il est rare que la thèse du suicide finisse par être écartée. Et il est encore plus rare que ces cas arrivent devant la justice.

Peu après avoir conclu au suicide, le responsable de la PDI (Police d’investigation, équivalent de la Police judiciaire) a admis qu’Alejandro Castro avait bien reçu des menaces de mort. Faible signe, mais signe encourageant. La PDI a annoncé envisager toutes les possibilités. Quelques personnalités politiques ont fait part de leur préoccupation. Mais près de deux semaines plus tard, on ne relève aucune avancée significative. La lumière sera-t-elle faite ou, une fois de plus, la mort douteuse d’un militant de la société civile restera-t-elle à jamais dans l’ombre ?

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

Première rencontre entre Emmanuel Macron et le président chilien Sebastián Piñera à Paris

Première étape de son déplacement officiel en Europe, le Président chilien Sebastián Piñera a rencontré Emmanuel Macron au Palais de l’Élysée le 8 octobre dernier. Coopération, défense, énergie et cybersécurité, cette réunion fut notamment l’occasion d’approfondir la relation entre les deux pays. «Cela permet d’établir une nouvelle feuille de route entre le Chili et la France, avec des objectifs concrets» a déclaré devant la presse le Président chilien, après s’être entretenu pendant près d’une heure avec son homologue français. 

Photo : Presidencia/Cooperativa

Le Président de la République et son homologue chilien, M. Sebastián Piñera, se sont entretenus à l’occasion de la visite officielle en France de ce dernier. Cet entretien a été l’occasion pour les deux présidents de souligner la richesse de la relation franco-chilienne, en particulier sur les plans économique et scientifique. 

Le Chili est aujourd’hui le deuxième client sud-américain de la France, qui y joue un rôle économique important, notamment dans des secteurs d’avenir de l’économie chilienne que sont les énergies renouvelables, les infrastructures et les transports. Les deux présidents sont convenus de continuer à approfondir les échanges économiques et commerciaux et de mettre un accent particulier sur le développement de leur coopération en matière d’innovation.

En outre, les deux chefs d’État ont abordé la question de l’accord qui unit le Chili à l’Union européenne, pour lequel Sebastián Piñera a assuré le soutien de la France. Les négociations qui ont débuté en novembre dernier visent à réformer le traité de 2002 et tendent, entre autres, à l’intensification des relations commerciales et financières entre le Chili et le vieux continent.

Les discussions se sont également tournées sur la demande d’extradition de l’ex-guerrillero Ricardo Palma Salamanca, condamné par la justice chilienne pour le meurtre du sénateur Jaime Guzmán, l’une des têtes pensantes du régime autoritaire imposé par le Général Pinochet. «Ce que le Chili veut est très simple : qu’il puisse revenir au Chili où il a été jugé et condamné pour un acte terroriste» a commenté Sebastián Piñera. 

Le Président de la République et son homologue chilien ont également tenu à réaffirmer leur attachement commun aux valeurs de la démocratie et du multilatéralisme, face aux menaces qui pèsent sur elles. Ils ont décidé de développer leur dialogue politique sur les principaux enjeux internationaux d’intérêt partagé, en particulier la lutte contre le changement climatique et la défense du système commercial multilatéral. Ils ont également partagé leurs analyses et leurs inquiétudes sur la crise au Venezuela et ses conséquences pour la région.

Les deux chefs d’État ont adopté une déclaration conjointe portant feuille de route bilatérale, comportant des actions opérationnelles visant à renforcer les relations franco-chiliennes, en particulier sur les enjeux du futur.

En amont de sa rencontre avec le Président Macron, Sebastián Piñera s’est rendu au siège de l’Unesco, où il a pu présenter sa politique en matière d’éducation, mais aussi à la Station F, le gigantesque incubateur de startups qui a récemment ouvert ses portes aux abords de la Gare d’Austerlitz. 

D’après l’Élysée et Le Petit journal de Santiago

Keiko Fujimori, fille de l’ex-président Alberto Fujimori, arrêtée à la demande du parquet péruvien

Alors que d’autres cas de corruption plongent le Pérou dans l’une de ses crises les plus graves de son histoire, l’arrestation de Keiko Fujimori a eu lieu le mercredi 10 octobre, dans le cadre de l’affaire Odebrecht. La leader du principal parti de l’opposition est accusée d’avoir organisé «un stratagème pour commettre un crime» et d’avoir «blanchi» de l’argent illicite pour financer sa campagne présidentielle de 2011.

Photo : Trome

«Aujourd’hui, j’ai été arrêtée sans motif légal au moment où je me présentais volontairement» dans le bureau du juge pour être entendue sur le financement de la campagne électorale à la présidentielle de 2011, a twitté l’opposante âgée de 43 ans, qui se considère victime de «persécution politique». Keiko Fujimori, battue lors du second tour lors de ses deux candidatures à la présidence (2011 et 2016), est disposée à coopérer : «elle est à la disposition du parquet», a déclaré son avocate Giuliana Loza, qui considère cette décision comme un «abus de droit».

Mais, pour Victor Prado, cette arrestation préliminaire pour le présumé blanchiment d’argent n’est pas une revanche. En effet, le président du pouvoir judiciaire du Pérou a rejeté les propos de Mme Fujimori ainsi que les critiques de ses partisans contre l’arrestation, car «de telles observations ne répondent à aucun aspect de la réalité concrète», a-t-il déclaré à la presse. Pendant ce temps, le juge Richard Concepción Carhuancho a ordonné également l’arrestation d’une vingtaine d’autres personnes, dont des dirigeants de Fuerza Popular, le parti de Keiko Fujimori.

Selon les enquêtes, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori a financé une partie de la campagne présidentielle avec de l’argent versé par le géant du bâtiment Odebrecht. En 2017, d’anciens dirigeants de l’entreprise brésilienne, aujourd’hui au cœur d’un scandale de pots-de-vin pour obtenir des chantiers en Amérique latine, ont déclaré avoir remis 1,2 millions de dollars pour la demande en 2011. L’argent a été «collecté» lors de cocktails, ce qui a valu à l’affaire Keiko Fujimori le nom de «Case coktails».

L’ancien patron d’Odebrecht au Pérou, Jorge Barata, a reconnu avoir versé de l’argent à deux des dirigeants du parti de Keiko, Jaime Yoshiyama et Augusto Bedoya, dont les maisons ont été perquisitionnées en mars dernier. Jorge Barata avait également avoué à la justice péruvienne avoir «contribué» aux campagnes électorales d’Ollanta Humala (2011-2016), Alejandro Toledo (2001-2006) et Pedro Pablo Kuczynski, l’ex-chef de l’État élu en 2016 qui a démissionné en mars 2018 sur fond de scandale de corruption.

Ces arrestations au sein de l’opposition interviennent alors que la grâce de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) a été annulée mercredi 10 octobre par la justice péruvienne. L’ex-homme fort du Pérou, qui a récemment fêté ses 80 ans, avait été gracié en décembre pour raison de santé alors qu’il purgeait une peine de vingt-cinq années de prison pour crimes contre l’humanité et corruption.

L’ex-chef de l’État, hospitalisé depuis ce jour-là dans une clinique de Lima sous surveillance policière, est considéré comme un détenu par la justice, tandis que sa fille, depuis sa défaite de justesse face à Pedro Pablo Kuczynski en 2016, dirige l’opposition péruvienne sur fond de rivalité avec son petit frère, Kenji. Âgé de 39 ans, Kenji Fujimori est devenu une personnalité politique de premier plan, bien que, pour la majorité des Péruviens, il est l’enfant gâté de la dynastie Fujimori : lorsque son père fut élu président, il «baladait ses amis en hélicoptère de l’armée ou s’amusait à effrayer les journalistes avec un boa apprivoisé».

Malgré son ascension fulgurante –il fut élu député en 2011–, le jeune Kenji «a redoublé trois fois au cours de sa scolarité, ce qui a longtemps fait courir des rumeurs sur un supposé retard mental». Pour Adriana Urrutia, politologue péruvienne spécialiste du «fujimorisme», Kenji «peine à se dépêtrer de cette image d’adolescent un peu benêt», comme l’explique le journaliste Romain Houeix à propos d’une vidéo «franchement gênante, d’un Kenji adolescent jouant avec son chien [qui] ne fait rien pour les démentir : l’héritier d’Alberto y apparaît quasi arriéré et se livre à des jeux possédant un double-sens graveleux». Et il ajoute : «encore aujourd’hui, il arrive qu’on lui demande de s’expliquer sur cette vidéo avec son chien. Il a même dû démentir être zoophile en 2013».

Le fils chéri des Fujimori a été éclaboussé par une affaire de corruption passive, révélée par une vidéo le 20 mars, où l’on peut le voir en train de négocier, en décembre dernier, un achat de votes lors de la procédure de destitution de l’ancien président Pedro Pablo Kuczinski. De son côté, sa sœur Keiko a déclaré qu’elle n’arrêtera pas de se battre pour réaliser son rêve de gouverner le Pérou, et a demandé que le Congrès lève l’immunité parlementaire de son frère. «Ce n’est pas une lutte contre la corruption, mais une lutte pour le pouvoir» a répliqué Kenji à propos de cette guerre fratricide. Ainsi, pour les futures élections de 2021, certains voient déjà le peuple péruvien pris en étau par un duel Fujimori contre Fujimori.

Eduardo UGOLINI

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