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septembre 2018

Le cercle se resserre autour de l’ex-présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner

Depuis l’année dernière, plusieurs ex-fonctionnaires du gouvernement kirchneriste, ou membres du clan Kirchner, ont été emprisonnés à cause de différents cas de corruption. La révélation du contenu des «cahiers de la corruption» a provoqué un nouveau scandale qui éclabousse l’ancienne présidente, et actuellement sénatrice, Cristina Kirchner.

Photo : Infobae

L’exemple le plus éclatant est celui d’Amado Boudou, l’ex-vice-président de Cristina Kirchner (2011-2015), qui a été reconnu coupable d’avoir participé à un plan de sauvetage d’une entreprise imprimant des billets de banque alors qu’il était ministre de l’Économie (2009-2011). Placé en prison préventive depuis 2017, il a été condamné le 7 août à presque six ans de prison, déclaré inéligible à vie et immédiatement incarcéré.

Dans le même temps, los cuadernos de las coimas («les cahiers des pots-de-vin») ont livré des informations compromettant sérieusement des dizaines d’ex-fonctionnaires et chefs d’entreprises de l’ère Kirchner. Les écrits recensent les pots-de-vin «acheminés directement au domicile de Cristina Kirchner ou aux ministères». Ces cahiers d’écoliers à petits carreaux appartenaient au chauffeur de Roberto Baratta, le bras droit de l’ex-ministre de la Planification, Julio de Vido, arrêté en novembre 2017.

Ce chauffeur, nommé Oscar Centeno, a noté avec luxe de détails les livraisons d’argent réalisées pendant dix ans (entre 2005 et 2015) à «une trentaine de domiciles». «Quand, combien, où se passait le retrait, qui payait et à qui l’argent dans les sacs était destiné, sachant que ces sacs finissaient parfois au domicile particulier du couple Kirchner ou au Palais présidentiel.» Selon les estimations, ces versements occultes atteindraient pas moins de 140 millions de d’euros.

Ces révélations sont le fruit d’une enquête initiée l’année dernière par le journal La Nación. Elle a abouti à l’arrestation d’une douzaine d’anciens fonctionnaires et d’hommes d’affaires, parmi lesquels Roberto Baratta. Selon le journal, «les cahiers des pots-de-vin» ont livré à la justice «un matériel inestimable pour pénétrer les profondeurs d’un système de corruption qui s’est répandu avec la force destructrice des métastases».

Le mercredi 22 août, le Sénat argentin avait approuvé à l’unanimité la réalisation de perquisitions aux domiciles de Cristina Kirchner. À la suite du levé partiel de l’immunité parlementaire dont elle bénéficie en tant que sénatrice, la police a mené des perquisitions dans deux des propriétés de l’ancienne présidente, notamment dans son appartement de 250 m2 situé dans le quartier chic de Recoleta, à Buenos Aires. La police s’est également rendue dans un couvent près de la capitale, le même que nous avons déjà cité dans un article précèdent, où Julio López, vice-ministre de la Planification de Mme Kirchner de 2003 à 2015, avait été filmé en 2016 en train de dissimuler des sacs contenant 9 millions de dollars en liquide.

Avec ces perquisitions, la justice cherche à déterminer si Nestor Kirchner et sa veuve étaient à la tête d’une «association de malfaiteurs». Les soupçons des juges se trouvent confortés par les nombreux témoignages qui accusent directement l’ancien pouvoir. En première ligne, Carlos Wagner, l’ex-président de la Chambre argentine de la construction déjà éclaboussé par l’opération «Lava Jato» («Lavage express»), la plus grande affaire de corruption de l’histoire du Brésil. Mis en cause, il a évoqué devant la justice argentine «un système de cartellisation» mis en place par l’ex-président Nestor Kirchner (2003-2007), décédé en 2010, puis repris par son épouse Cristina (2007-2015). Devant le procureur Stornelle, il a également précisé que tout était contrôlé par Julio de Vido, le ministre de la Planification kirchneriste.

«Le système de corruption Kirchner a déjà été mis en évidence, cette affaire vient confirmer la matrice de la corruption. Et que les hautes sphères du pouvoir avaient établi des mécanismes, un engrenage pour une corruption gigantesque », a déclaré à l’Agence France-Presse Leandro Despouy, ex-président de la Cour des comptes. Un autre témoignage, révélé par un avocat d’affaires à l’AFP, donne plus de détails : «Du temps de Kirchner, si tu voulais faire du business avec l’État, tu n’avais pas le choix, il fallait verser 15%, puis c’est passé à 30%, de pots-de-vin. »

De son côté, Angelo Calcaterra, cousin de l’actuel président Mauricio Macri et propriétaire de l’entreprise de construction Lepsa, s’est présenté librement devant Claudio Bonadio, le juge chargé d’élucider le «réseau des pots-de-vin». Il n’a pas été arrêté mais, en tant qu’«imputé collaborateur» (son nom figure dans les cahiers de Centeno et parmi les 38 accusés de l’affaire), il a déclaré avoir reçu des pressions de la part de fonctionnaires kirchneristes lors des campagnes présidentielles, en 2013 et 2015, pour qu’il apporte de l’argent. Angelo Calcaterra a également admis avoir payé des pots-de-vin aux fonctionnaires des deux gouvernements de Cristina Kirchner (2007-2015).

Cette nouvelle affaire qui frappe les Argentins rappelle que les condamnations ou accusations de corruption s’abattent sur l’administration Kirchner depuis son départ du pouvoir. Les nombreuses enquêtes visant l’ancienne présidente argentine forment un volumineux dossier dans la cause pour «blanchiment d’argent et enrichissement illicite», rebaptisée «la route de l’argent K» (pour Kirchner). Dans la même cause, le Centre d’information judiciaire (CJI) enquête sur des «irrégularités dans l’attribution de marchés publics dans la province de Santa Cruz», fief des Kirchner depuis les années 1990, aujourd’hui en banqueroute et gouvernée par la sœur de l’ex-président feu Nestor Kirchner.

En réaction à ces accusations, Cristina Kirchner a dénoncé un «grand spectacle sans fondement» («un cirque» selon son avocat) orchestré par le président Mauricio Macri. Ces déclarations mettant en doute l’impartialité de la justice ont fait réagir la responsable de l’agence gouvernementale anti-corruption : «c’est un fait historique en Argentine que la corruption soit jugée. Il y a une justice en Argentine et elle agit en toute liberté.» «Ce n’est pas en me mettant en prison que le pays sera plus gouvernable », a poursuivi l’ex-présidente, faisant allusion à la crise économique dans laquelle s’enfonce l’Argentine, conséquence en grande partie de l’irresponsable, et désormais corrompue jusqu’à la moelle, politique populiste menée pendant douze ans par le kirchnerisme.

En effet, aujourd’hui, pour rétablir la confiance des investisseurs, le peuple argentin doit faire face à une féroce réduction des dépenses publiques, à la suppression de ministères, à l’augmentation des impôts afin de réduire un déficit budgétaire que les gouvernements de Nestor Kirchner puis de son épouse Cristina (2003-2015) finançaient par l’émission monétaire et les subventions. Ce n’est peut-être pas pour rien si Amado Boudou, cité plus haut, a été reconnu coupable d’avoir participé à un plan de sauvetage d’une entreprise imprimant des billets de banque alors qu’il était ministre de l’Économie !

C’est dans ce contexte, qui rappelle curieusement la grave crise de l’année 2001, justement après l’ère de Carlos Menem, autre populiste très controversé jugé coupable de vente d’armes et qui siège également au Sénat protégé par l’immunité parlementaire, que Cristina Kirchner peut compter encore avec le soutien de 30% de la population. Ce sont ceux qui gardent le souvenir de la main qui donne, tandis que de nombreuses manifestations de ceux qui ont toujours soupçonné ce que l’autre main cachait dans l’obscurité réclament que l’ex-présidente «rende l’argent».

Eduardo UGOLINI

Lire l’aricle publié le 24 novembre 2017 ici

Vers les élections présidentielles brésiliennes : entre black-out et vote blanc le 7 octobre prochain

Cohérents avec eux-mêmes, les juges brésiliens ont exclu le 31 août le favori, Lula, de la course électorale présidentielle. Cohérents avec eux-mêmes, ils ont libéré de toute poursuite José Serra, ex-ministre des Affaires étrangères du président Temer. Double décision conforme avec la destitution de la présidente Dilma Rousseff en 2016 et les condamnations sélectives prononcées pour corruption depuis cette date. Lula, Dilma Rousseff, sont membres du Parti des travailleurs. José Serra est adhérent du parti libéral, PSDB.

Photo : teleSUR

Le Brésil vit depuis deux ans à l’heure d’un coup d’État judiciaire, médiatique et parlementaire. Les initiateurs de cette rupture institutionnelle sans violences physiques entendaient changer de politique économique et sociale. Ce qui est aujourd’hui en bonne voie. Le Brésil est rentré dans le rang de la «normalité». Il n’aspire plus à jouer un rôle émancipateur, pas plus à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur. Les pauvres ont retrouvé la place qui était la leur, dans la rue. Le pétrole du plateau maritime devait abonder les budgets sociaux. Il a été ouvert au capital international. Etc.

Juges, grande presse et parlementaires ont combiné leurs efforts pour mettre hors-jeu le PT et son chef historique, Lula da Silva. Il n’est pas question de suspendre une telle opération, à cinq semaines de son terme : des élections sur mesure, censées légitimer a posteriori les putschistes en costumes croisés. Quelles que soient les réserves signalées par le Comité des droits de l’homme des Nations unies ou les personnalités politiques progressistes internationales qui ont appelé la justice brésilienne à retrouver l’esprit des lois.

Il y a malgré tout un «hic». Les auteurs de ce coup fourré démocratique n’ont pas de candidat présentable. Le premier rôle occupé par Lula a bien été libéré par une justice complice. Mais la place de favori est désormais occupée par un postulant d’extrême droite, entouré de militaires nostalgiques de la dictature des années 1970 et oint par diverses églises évangélistes pentecôtistes. La presse officielle fait feu de tout bois contre Jair Bolsonaro, cet empêcheur de tourner en rond. Elle essaie de faire «mousser» la crédibilité de Geraldo Alckmin, PSDB en service électoral présidentiel, voire de Marina Silva, évangéliste de repli. Rien n’y fait.

À défaut, les médias et les industries culturelles s’agitent pour décourager le vote des électeurs réticents. En validant à longueur de colonnes et d’antenne l’impartialité d’une justice prise en défaut d’impartialité et donc le caractère incongru d’une candidature Lula, condamné pour corruption. En lançant des films et pièces de théâtre mettant le monde politique dans le même sac. Tous pareils, pourquoi dans ces conditions se déplacer pour voter ?

Il y a bien des contre-feux au vote blanc et aux fausses nouvelles. Dans ce pays très religieux, les catholiques progressistes se sont mobilisés. Les gens modestes n’arrivent pas à avaler les discours de TV Globo. Les mesures anti-sociales adoptées par le gouvernement de fait depuis deux ans ne passent pas. Les plus pauvres, la communauté noire, majoritaires, sont les plus forts soutiens de l’ex-président Lula. Il est vrai que les deux tiers des 60 000 victimes d’homicides en 2017 étaient des jeunes noirs. Les Rencontres cinématographiques afro-brésiliennes de Rio organisées en ce moment ont été dédiées à Lula, Lula libre.

Le quotidien O Globo, journal de Rio, a fait silence et black-out sur cet événement politico-cinématographique. Question à ce jour sans réponse : ce mur du silence et des black-out suffira-t-il à pousser le candidat de «l’élite» financière du Brésil vers une hypothétique victoire ?

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

 

Dernières informations : Alors que le candidat favori des sondages Lula da Silva se retrouve en prison, un nouveau fait marquant vient perturber la campagne présidentielle au Brésil : le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro a en effet été victime d’une attaque au couteau dans un bain de foule ce jeudi 6 septembre, sans que ses jours ne soient en danger malgré la gravité de la blessure. La classe politique, de gauche comme de droite, a en tout cas unanimement condamné cette attaque. Cet événement pourrait marquer un tournant dans cette campagne, au ton de plus en plus agressif, et polariser encore davantage les militants de Bolsonaro contre les militants du PT.

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