Archives quotidiennes :

8 juin 2018

Janette Habel en faveur de l’ouverture économique et des changements sociaux

Le samedi 2 juin dernier, le gouvernement cubain s’est lancé dans un processus de réforme constitutionnelle dirigé par l’ex-chef de l’État cubain, Raúl Castro ; réforme qui vise à intégrer à la Constitution actuelle les changements sociaux et l’ouverture économique récente de l’île socialiste.

Photo : Janette Habel/Archives Espaces Latinos

Cette réforme a pour but de légaliser et d’adapter l’actuelle Constitution cubaine ― qui date de 1976 ― aux changements économiques et sociaux vécus par le pays au cours des dix dernières années. La commission, composée de 33 représentants de divers secteurs sociaux, sera chargée de rédiger la nouvelle version de la Carta Magna, une version censée prendre en compte «l’évolution progressive des conditions économiques et sociales», comme l’a expliqué Miguel Díaz-Canel, l’actuel chef de l’État cubain, qui a succédé à Raúl Castro au mois d’avril dernier.

Janette Habel, politologue spécialiste de Cuba, analyse les changements pris en compte par la réforme constitutionnelle, en insistant notamment sur la nécessité pour Cuba de modifier sa définition de propriété, et les enjeux que suppose une telle mesure : «On reconnaît la propriété de l’État. Mais là, maintenant, il faut reconnaître des formes de propriété privée coopérative, et surtout les PME. Ce qu’on appelle à Cuba les « cuenta propia » des travailleurs indépendants, qui sont parfois de véritables PME. Ces formes de propriétés doivent être reconnues dans la Constitution.» Mais la question de la propriété privée et la reconnaissance de celle-ci suscite le débat au sein de la société cubaine ; aux détenteurs de petites et moyennes propriétés, qui se prononcent bien évidemment en faveur de ce projet, s’opposent les travailleurs du secteur public, secteur de l’État, dont le niveau de vie est en général bien plus modeste. Janette Habel estime que «la société cubaine est actuellement très divisée entre les secteurs qui prospèrent, et les autres». Elle rappelle qu’il y a notamment «une série de cadres, de dirigeants, qui, pour des raisons plus idéologiques sont également contre».

D’autre part, il est temps pour le pays de s’ouvrir au reste du monde et d’instaurer, dans un système jusque-là largement étatisé, une part d’économie de marché, en attirant davantage d’investissements étrangers : «La Constitution ne correspond plus tout à fait aux modifications, aux changements qui sont intervenus dans la société», analyse la spécialiste de Cuba, Janette Habel. «D’une part, les changements économiques, puis les réformes sociétales, que ce soit la citoyenneté, le mariage homosexuel et quelques réformes qui concernent la limitation à deux mandats de cinq ans des dirigeants, et d’autre part la limite d’âge maintenant pour l’exercice de ces mandats qui en principe devraient être de 60 ans, peut-être 65, et qui devrait être aussi inscrite dans l’actualisation du texte. […] Des questions sensibles, intéressantes», insiste la politologue, qui pense que «Miguel Díaz-Canel a pour objectif de consolider sa propre légitimité grâce à un tel débat politique et social à Cuba».

Cependant, si l’évolution économique et sociale semble lancée, le système politique établi par les protagonistes de la Révolution de 1959 restera quant à lui, stable, comme l’a expliqué Miguel Díaz-Canel, qui a souligné que la future Constitution aura «comme piliers inébranlables l’irrévocabilité du système socialiste adopté souverainement par [le] peuple [cubain]». La nouvelle Constitution prévoira cependant la limitation des mandats du président et du vice-président à deux quinquennats, une limite d’âge pour exercer certaines charges ou encore la professionnalisation du travail du Parlement cubain.

Léa JAILLARD
D’après RFI Les voies du monde

À vos agendas ! Une semaine de films d’animation brésiliens à Annecy

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et aux invitations. Il vous suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Le temps fort de cette semaine se déroulera à Annecy lors du festival international du film d’animation, qui consacre une semaine au Brésil image par image – 100 ans d’animation brésilienne. Pour le reste de la semaine du 11 au 17 juin, voici notre sélection.

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DU 9 AU 16 JUIN – ANNECY — ANIMATION

Festival d’Annecy : le Brésil image par image – 100 ans d’animation brésilienne

Célébrez 100 ans d’animation brésilienne à travers cette exposition inédite en plein cœur d’Annecy ! Conçue par l’Association brésilienne du cinéma d’animation, produite en partenariat avec Klaxon Cultura Audiovisual et une production locale Les Artychauts, et sponsorisée par le ministère de la Culture brésilien. Cette année, le festival d’Annecy rend hommage à l’animation brésilienne. Un aperçu de l’exposition Brésil image par image – 100 ans d’animation brésilienne vous entraînera sur les chemins parcourus par les réalisateurs et producteurs qui ont contribué à élever le pays au rang de l’animation mondiale. Plus d’infos

9 JUIN — PARIS — SUR ARTE

«Re-Calais», le documentaire de Yann Moix sur la question migratoire

Le documentaire (50 min) de Yann Moix, dont le tournage a duré plusieurs mois, sera diffusé pour la premier fois ce samedi sur Arte. Celui-ci a été réalisé de manière originale puisqu’il donne la parole tant aux exilés qu’aux habitants de la ville. Avec «Re-Calais», Yann Moix apporte un regard différent sur la question migratoire à Calais. Objectif affiché : donner la parole à tout le monde (ou presque), tout en assumant un point de vue partial… et artistique ? Suite à sa diffusion, le film sera disponible sur le site d’Arte.Plus d’infos

EN KIOSQUE – CHILI — LIBÉRATION

Des milliers de Chiliennes dans les rues pour dénoncer inégalités et sexisme

Dans l’édition du quotidien Libération datée du 6 juin dernier se trouve un reportage sur les milliers de Chiliennes qui ont manifesté le jour même dans plusieurs villes du pays pour réclamer davantage d’égalité et une éducation moins sexiste, dans le cadre d’un mouvement né à l’université qui fait peu à peu tâche d’huile dans l’ensemble du pays. Mobilisées sous le slogan: «Nous sommes toutes victimes de la précarisation: étudiantes, migrantes, mères et travailleuses dans la rue!», les manifestantes se disent victimes d’un machisme tenace et d’une inégalité de traitement dans la société chilienne. Plus d’infos

2 JUIN — 19 AOÛT — LILLE — MAISON DE L’AMÉRIQUE LATINE

Une exposition métisse : entre France et Costa Rica au Colysée de Lambersart, dans la banlieue de Lille

«Ticos» est une exposition de peinture autour du Costa Rica qui aura lieu au Colysée de Lambersart du 2 juin au 19 août 2018. Dans cette commune toute proche de la ville de Lille, les spectateurs pourront découvrir les œuvres de Pierre Buclon, un Français qui a établi son atelier au Costa Rica il y a une dizaine d’années et qui a invité pour cette occasion Alonso Pereira, un peintre costaricain qui crée des tableaux de jeunes femmes pensées de manière idéalisée. Laissez-vous tenter par cette exposition qui rend hommage à l’exubérance de ce pays et aux femmes qui le représentent ! Plus d’infos

14 JUIN — 19 H — PARIS — MAISON DE L’AMÉRIQUE LATINE

Tribune de la musique «Tango Roots Festival» par Silvia Gerbi et présentation de l’ouvrage «De la salsa… au reggaeton»

Première partie : Tango Roots Festival 2018Sylvia Gerbi présentera la huitième édition de son festival Tango Roots qui aura lieu du 22 au 29 juillet à Montreuil et où seront proposés des bals, des concerts, des spectacles, des conférences, des projections de films, des apéros-tango et des masterclass. La présentation sera suivie de De la salsa… au reggaeton – Un phénomène social, par Saúl Escalona,docteur en sociologie de l’Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris 3). Il interviendra sur les pratiques du reggaeton et de la salsa, thème qu’il a exploré dans son livre De la salsa… au reggaeton – Un phénomène socialPlus d’infos

15 JUIN — 19 H — PARIS — AMBASSADE DU CHILI

Présentation de l’anthologie de Gabriela Mistral, «De désolation en tendresse»

Le chargé d’affaires de l’Ambassade du Chili, M. le ministre-conseiller Oscar Alcamán, présentera la nouvelle traduction du livre De désolation en tendresse (éditions Caractères) de la poétesse chilienne, prix Nobel de Littérature, Gabriela Mistral, le vendredi 15 juin, avec la participation de Pedro Pablo Zegers, directeur de la Bibliothèque nationale du Chili et auteur de la postface, et des traducteurs de l’ouvrage Laëtitia Boussard et Benoît Santini. Plus d’infos

RÉGION PARISIENNE EN JUIN

Que tal Paris?, l’édition de juin des meilleurs plans latinos en ligne

Il existe certaines propositions cinématographiques qui sortent complètement de l’ordinaire et nous font découvrir des lieux et des histoires inattendues. C’est le cas du documentaire de Catalina Mesa, «Jericó», un petit bijou cinématographique tourné dans ce village éponyme, situé dans la région d’Antioquia en Colombie. Dans ce long métrage, ce sont les femmes qui ont la parole. Jericó rend donc un bel hommage à ces femmes touchantes qui partagent avec naturel leurs parcours de vie avec le spectateur. Un film plein de poésie et d’humanité ! Retrouvez toute l’actualité : musique, théâtre, cinéma, expos, livres… dans le tout nouveau numéro de Que tal Paris ?. Plus d’infos

Entre mobilisation démocratique et nostalgie de la dictature : le Brésil face à son destin

Les camionneurs brésiliens sont en colère et le font savoir. En raison de la hausse du prix du diesel, ils ont immobilisé le pays durant ces dix derniers jours. Avec cette grève historique, ils ont provoqué une crise politique jusqu’au sommet de l’État. Ces tensions illustrent les symptômes d’une société brésilienne en proie à des aspirations contradictoires.

Photo : El Observador

La hausse du prix du diesel de +50% par rapport à 2017 a fini par faire exploser la grogne des camionneurs brésiliens. À partir du 21 mai dernier, ils ont bloqué les routes pendant dix jours, coupant l’approvisionnement en carburant et en produits de consommation dans les supermarchés. Cette grève massive a ainsi provoqué rapidement des pénuries d’essence dans les stations et contraint les aéroports à annuler des vols.

Cette hausse s’explique par le changement de calcul des prix du diesel par la compagnie publique pétrolière brésilienne, la Petrobras. Son président, Pedro Parente, arrivé à sa tête en 2016 pour redresser le groupe criblé de dettes et changer l’image de la société associée aux scandales de corruption, a souhaité transformer radicalement la politique tarifaire du groupe. Il a en particulier modifié le calcul des prix en l’indexant au jour le jour sur les évolutions du marché mondial et du dollar, alors que les prix étaient auparavant subventionnés par l’État et moyennés pour limiter les fluctuations. Cette mesure s’est certes avérée efficace du point de vue de la Petrobras qui a affiché de nets profits au premier trimestre, mais elle a eu des répercussions directes sur l’ensemble de l’économie brésilienne. Le dollar et les prix du pétrole se sont en effet envolés ces derniers mois, mettant en difficulté le secteur du transport dans un pays déjà en difficulté économique et où 61% des marchandises transitent par la route.

Le bras de fer engagé par les camionneurs, rejoints ensuite par les travailleurs du secteur pétrolier, a contraint le président Michel Temer à employer la méthode forte pour débloquer la situation en demandant l’intervention de l’armée pour dégager les routes. Le mouvement ne s’est pas pour autant arrêté et Pedro Parente a finalement donné sa démission, faisant plonger de 15% le cours de la Petrobras le 2 juin dernier. Le mouvement, soutenu presque unanimement par les Brésiliens –87% de la population d’après un sondage de Datafolha– a poussé à bout le gouvernement qui a accepté presque toutes les revendications des camionneurs, en réduisant par exemple le prix du diesel de 10% et en le gelant pendant une durée de trente jours.

Cet épisode met en lumière la fragilité du gouvernement de Michel Temer. Très impopulaire, celui-ci a dû renoncer à se présenter à l’élection présidentielle qui aura lieu en octobre 2018, à la suite de nombreux scandales de corruption qui ont discrédité l’image des politiques aux yeux des Brésiliens.

Lors des récentes manifestations, les discours des groupes radicaux se sont durcis et ont appelé de façon inquiétante à l’intervention de l’armée pour chasser Michel Temer et son gouvernement, rappelant tristement la situation précédant le coup d’État de 1964 par les militaires. L’exaspération générale est fortement alimentée par la rhétorique d’extrême droite du candidat Jair Bolsonaro, dont la popularité ne cesse d’augmenter. Il est en effet en deuxième position dans les sondages d’intention de vote pour l’élection présidentielle d’octobre 2018, derrière Luiz Inácio Lula da Silva alors que celui-ci est en prison et a priori inéligible.

Cette tension économique, sociale et politique place les Brésiliens dans une situation paradoxale. Unis par leur détestation de Michel Temer, ils sont capables de se mobiliser massivement et d’exercer ce qui s’apparente aux droits démocratiques : liberté d’opinion, d’expression et de manifestation. Ils obtiennent même gain de cause face à un gouvernement affaibli, le tout sans violence ni répression. Mais dans le même temps, les appels au retour de la dictature de plus en plus fréquents sont particulièrement inquiétants. La société brésilienne a son destin entre ses mains et quatre mois de réflexion avant de choisir pour qui voter.

Gabriel VALLEJO

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