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2 février 2018

Les services de l’immigration mexicain renvoient illégalement des milliers de Centraméricains vers une possible mort

Les services mexicains de l’immigration renvoient régulièrement des milliers de citoyens du Honduras, du Salvador et du Guatemala dans leurs pays, sans prendre en compte les risques pour leur vie et leur sécurité qu’ils encourent à leur retour, et dans de nombreux cas en violation du droit mexicain et international, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport.

S’appuyant sur une étude qui a passé en revue 500 cas de Centraméricains traversant le Mexique, Amnesty International a noté que l’Institut national de la migration (INM) viole systématiquement le principe de « non-refoulement », pilier contraignant du droit international et du droit mexicain, qui interdit le renvoi d’une personne vers le territoire d’un autre État où elle risque de subir des persécutions ou d’autres graves violations des droits humains. Bien souvent, ce manquement grave du gouvernement mexicain peut coûter la vie aux personnes renvoyées vers le pays qu’elles avaient fui, ou mettre en péril leur sécurité. « Ce sont des histoires déchirantes de familles, d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant une violence extrême pour rester en vie. Au lieu de fournir à ces personnes dans le besoin la protection à laquelle elles ont droit, le Mexique leur tourne le dos en toute illégalité », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques à Amnesty International.

Les pays du Triangle du Nord – Guatemala, Salvador et Honduras – sont gangrénés par une violence généralisée, les taux d’homicide étant quatre à huit fois plus élevés que ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère comme des niveaux « épidémiques ». Depuis plusieurs années, les habitants fuient ces pays dans l’espoir d’un avenir économique meilleur, mais aussi pour échapper à des situations où leurs vies sont en danger, dans des nations parmi les plus violentes de la planète. Aux termes du droit international, le Mexique est tenu de fournir à la plupart de ces personnes une protection contre les risques auxquels elles sont exposées dans leurs pays d’origine.

Ces expulsions illégales affectent la vie de simples citoyens, par exemple celle d’un chauffeur de bus interviewé par Amnesty International, qui s’est vu refuser cette protection. Renvoyé du Mexique vers le Honduras, il a été tué quelques jours plus tard. Un autre demandeur d’asile hondurien a déclaré à Amnesty International que lorsqu’il avait indiqué à l’INM qu’il fuyait pour sa vie, l’agent lui avait répondu : « Maintenant que vous avez été arrêté, vous êtes foutu et vous allez être renvoyé dans votre pays. » D’autres personnes ont déclaré avoir été contraintes de signer leur expulsion contre leur gré.

Amnesty International a constaté que sur les 297 personnes qui avaient été détenues par l’INM, 40 % des réponses à l’enquête pointaient du doigt un possible « refoulement ». Ces témoignages concernaient des personnes qui avaient demandé explicitement l’asile ou exprimé avoir peur pour leur vie dans leur pays d’origine. L’INM a néanmoins ignoré leurs témoignages et les a renvoyées dans leurs pays. En outre, l’étude a montré que 75 % de ces personnes détenues par l’INM n’étaient pas informées de leur droit de demander l’asile au Mexique. Or, le droit mexicain l’exige de manière explicite, et des représentants de l’État ont assuré à Amnesty International que cette disposition était appliquée. Les autorités mexicaines ont indiqué que l’INM procédait rarement à des « refoulements ». Les 500 témoignages recueillis par Amnesty International racontent une autre histoire.

Amnesty International France

Créée en 1961, Amnesty International est un mouvement mondial et indépendant de plus de 7 millions de membres et sympathisants qui œuvrent pour le respect, la défense et la promotion de tous les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Amnesty International a reçu le prix Nobel de la paix en 1977. Amnesty International France (AIF) a été créée en 1971. Son financement repose sur la générosité du public (200 000 donateurs), sur les ventes de produits de soutien et les cotisations de ses 75 000 membres. AIF est agréée par le Comité de la charte du don en confiance. www.amnesty.fr 

« À vos agendas » semaine 6

Chaque semaine nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du 3 au 11 février.

Déposez votre annonce

VENDREDI 2 FÉVRIER – 19 h – PARIS 3e

La Maison du Chili a le plaisir de vous inviter à la lecture de Carlos Soto Román, en présence de l’auteur

L’écrivain chilien Carlos Soto Román est l’auteur de plusieurs livres de poésie. Ses deux derniers sont 11 et Set de procedimientos alternativos. 11 a été écrit sur la base de documents tels que les rapports « Vérité et réconciliation » (Rapport Rettig) et « Prison politique » (Rapport Valech sur la torture). Lecture en espagnol. À la Maison du Chili, 5 rue Perrée, Paris 3e. Plus d’infos

DU 2 AU 10 FÉVRIER – CLERMONT-FERRAND

Clermont-Ferrand, capitale du court métrage mondial dont une dizaine viennent d’Amérique latine

Le Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand vous entraîne vers des univers dont seule la jeune création cinématographique a le secret. C’est découvrir des œuvres détonantes, littéralement hors du ton. Croisements inattendus, regards originaux, art consommé du risque. Plus d’infos

LUNDI 5 FÉVRIER  – 19 h  – PARIS 7e

Conférence sur les orchidées en Colombie : une nouvelle espèce, la  Maxilaria maria luisae

Lors de cette conférence, Maria Luisa Hincapié et Mar Laura Piña, exposeront les raisons pour lesquelles la Colombie est le pays comptant avec le plus grand nombre d’orchidées au monde ainsi que le cas de la découverte d’une nouvelle espèce d’orchidée, la Maxilaria maria luisae. Coopération artistique et scientifique entre le Muséum national d’Histoire naturelle, l’association Enlaces Artísticos et la Asociación Bogotana de Orquideología. À la Maison de l’Amérique latine, 217 Bd St-Germain, Paris 7e. Plus d’infos

DU 6 FÉVRIER AU 3 MAI – PARIS 14e

El Colectivo Desnudo : ce qui a été « vu, revisité, interprété, imaginé ou représenté » sur le nu artistique

La proposition faite aux artistes argentins invités par Ricardo Mosner, curateur de l’exposition, est que le sujet est nu et se réfère à ce qui a été « vu, identifié, revisité, interprété, intériorisé, imaginé ou représenté à travers différentes techniques du nu artistique ». Les supports suggérés sont la peinture, la sculpture, la photographie ou la bande dessinée. À la Maison de l’Argentine, Cité Universitaire, 27 Bd Jourdan, Paris 14e. Plus d’infos

DU 2 AU 7 FÉVRIER 21 h –  PARIS 7e

L’artiste mexicain Francisco Rangel, hyper-réaliste de comics connus de tous, à la Galerie Deux6 à Paris

Des figurines de personnages de comics connus de tous – Batman, Spiderman, Hulk… – démembrées, désarticulées, sont peintes par l’artiste sur des dessins d’enfants. Francisco Rangel met en lumière ce que le psychologue Jean Piaget désigne comme l’étape du développement de la fonction symbolique chez le jeune enfant. Une période cognitive très importante pendant laquelle il perçoit son « Je » face à l’Autre. Galerie Deux6, 66 avenue de la Bourdonnais, Paris 7e. Plus d’infos

JEUDI 8 FÉVRIER 19 h PARIS 7e

Lupuna a Través ! Présentation d’artistes péruviens via la création d’une chaine YouTube par Lupuna

Lupuna est un des premiers promoteurs de la peinture contemporaine de l’Amazonie péruvienne en France. Projection d’un film et participation de GAbO, Franklin Guillén et Gerardo Urbina, péruviens qui ont fait le choix de développer leur carrière en France. Afin de célébrer cette rencontre entre les deux cultures, Lupuna a entrepris de leur consacrer une série d’interviews et de créer la chaine Youtube « Lupuna a Través ». Présenté par Jorge Morón, journaliste de Francia Hoy. À la Maison de l’Amérique latine, 217 Bd Saint-Germain, Paris 7e. Plus d’infos

JEUDI 8 FÉVRIER – 19 h – PARIS 3e

Présentation du dernier livre d’Elsa Osorio, Double fond : une journaliste en France qui découvre les horreurs de la dictature argentine

Une femme, médecin sans histoire, est retrouvée noyée près de Saint-Nazaire. La jeune journaliste locale ne croit pas à la thèse du suicide et remonte le fil : elle découvre l’horreur de la dictature argentine… Une militante révolutionnaire qui a échangé sa liberté contre la vie de son enfant… Tortionnaires mafieux, violence, passion amoureuse dans un intense suspense psychologique. À 19 h, à la Maison de la poésie, 157 rue Saint-Martin, Paris 3e, métro Rambuteau. 5 €. Rencontre animée par Kerenn Elkaïm. Plus d’infos

DU 8 FÉVRIER AU 31 MARS – PARIS 

Les Songes mexicains des artistes Colette Urbajtel et Manuel Álvarez Bravo, à la galerie Agathe Gaillard à Paris

La Galerie Agathe Gaillard accueille une très belle exposition consacrée aux photographes Colette Urbajtel, française dont la terre d’élection est le Mexique, et Manuel Álvarez Bravo, photographe de renommée mondiale et père fondateur de la photographie mexicaine, premier Latino-Américain à être entré dans la prestigieuse collection du MOMA de New York. Grâce à des clichés aussi simples que poétiques, il capture l’âme de son pays. Son talent a inspiré Colette Urbajtel, qui deviendra sa femme et son assistante, qui cherche à faire resurgir la beauté de son pays d’adoption dans ses photographies. Du mardi au samedi de 14 h à 19 h. Galerie Agathe Gaillard, 3, rue du Pont Louis-Philippe, Paris 4e. Plus d’infos

DU 8 AU 10 FÉVRIER

Festival de cinéma latino-américain à la Chapelle-Saint-Luc, près de Troyes

Festival de ciné latino au Centre culturel Didier Bienaimé, 25 bis avenue Roger Salengro à La Chapelle-Saint-Luc. Tous les films en VOSTF. Jeudi 8 février à 20 h : Chala, une enfance cubaine (Titre original Conducta), de Ernesto Daranas, suivi d’un débat avec Cédric Lépine, critique de cinéma. Vendredi 9 février à 20 h : La terre et l’ombre (La Tierra y la Sombra) du Colombien César Acevedo. Samedi 10 février à 17 h 30 : Une seconde mère (Qué Horas Ela Volta?), de la Brésilienne Anna Muylaert. Samedi 10 février à 20 h : Dans ses yeux (El secreto de sus ojos) de l’Argentin Juan José Campanella. 5 € la séance.

Venezuela dans l’œil du cyclone : Nicolas Maduro convoque une élection présidentielle avant le 30 avril 2018

Le pays s’enfonce depuis plus de trois années dans une récession sans précédents. Comment expliquer la gravité de cette crise politique et économique qui débouche aujourd’hui sur un désastre social ? Pour enrayer la crise politique, économique et sociale vers laquelle le pays se dirige, Nicolas Maduro vient de prendre la décision, avec l’aval de l’Assemblée constituante acquise au chef de l’État, de convoquer un scrutin avant le 30 avril (jusqu’à présent, la présidentielle était officiellement prévue pour fin 2018). Cette manœuvre précipitée a été condamné par les douze pays latino-américains du Groupe de Lima.

Photo : FranceInfo

La principale cause, dit-on, réside dans la baisse des prix du pétrole sur le marché mondial, ce qui laisse l’État sans ressources pour souvenir aux besoins de la population. On ne peut parler du Venezuela sans évoquer le pétrole. En effet, ce pays, sans ressources importantes dans le cadre de l’économie latino-américaine, est devenu dans les années soixante-dix, par suite de l’exceptionnelle richesse découverte en sous-sol au début de la décade de 1920, la nation la plus riche de l’Amérique latine. Ainsi, à partir de 1922,  l’exploitation des richesses pétrolières avait entraîné une transformation spectaculaire de l’ensemble de l’économie vénézuélienne. Pour ce faire une idée, rappelons qu’en 1920 le café et le cacao assuraient plus de 90 % des exportations, mais ils n’en représentaient plus que 15 % en 1930 : le pétrole s’étant imposé comme l’élément dominant (plus de 80 % des exportations du pays).

L’or noir était donc le pilier sur lequel reposait ce Venezuela soi-disant vigoureux, ce qui a fait de ce pays une figure d’exception au sein de l’Amérique latine. Pourtant, depuis plusieurs années les pauvres sont toujours plus nombreux, particulièrement ceux des grandes villes ; ils sont les révélateurs de la situation réelle d’un pays qui semble ne pas pouvoir échapper à des manifestations de sous-développement, avec des taux records de chômage, de sous-emplois et d’exclusion. Depuis que la crise s’est aggravée, les structures sociales créées à l’époque de l’ex-président feu Hugo Chavez n’arrivent plus à développer de nouvelles formes de solidarité à cause des pénuries d’approvisionnement et de l’hyperinflation. Pour trouver dans l’histoire du Venezuela une situation plus grave, il faudrait remonter à la guerre féroce qu’a connu le pays à l’époque des « libérateurs » (1810-1830). Aujourd’hui, le pouvoir politique incarné par la président Nicolas Maduro, le dauphin de Hugo Chavez, ne veut pas entendre le message de protestation que lui adresse la population et les organismes internationaux depuis des mois. Et pendant ce temps, les événements ont poussé la crise un cran plus loin. Désormais, on peut déplorer des morts lors des manifestations contre le gouvernement : 120 personnes entre avril et juillet dernier. Selon les chiffres officiels, en 2017, le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux du monde, après le Salvador, avec plus de 26 600 morts.

Pour enrayer la crise politique, économique et sociale vers laquelle le pays se dirige, Nicolas Maduro vient de prendre la décision, avec l’aval de l’Assemblée constituante acquise au chef de l’État, de convoquer un scrutin avant le 30 avril (jusqu’à présent, la présidentielle était officiellement prévue pour fin 2018). Cette manœuvre précipitée a été condamné par les douze pays latino-américains du Groupe de Lima, considérant par la voix du chef de la diplomatie chilienne Heraldo Muñoz que « cette décision empêche le déroulement d’élections présidentielles démocratiques, transparentes et crédibles ». Ainsi la « Table de l’unité démocratique » qui réunit les trois principaux partis de l’opposition a été exclue par la Cour suprême de justice de la prochaine élection anticipée, ouvrant la voie à la réélection de Maduro.

Par conséquent, cette tentative de retour à la stabilité politique sera vouée à l’échec si le président vénézuélien ne sait pas mobiliser tous les composants de la vie politique dans un véritable gouvernement d’union nationale, doté d’un projet viable pour le pays reposant sur une vision globale de l’Amérique latine. Ce qui semble peu probable dans l’immédiat, car la dégradation institutionnelle est telle que les ministres des Affaires étrangères des pays membres du marché commun du Sud (Mercosur) ont décidé, en août dernier, de suspendre définitivement le Venezuela du bloc économique pour « rupture de l’ordre démocratique ».

En réalité, le Venezuela vit les prémices de ce processus depuis la main de fer avec laquelle Hugo Chavez a coupé net le dialogue politique. Tout au long de son gouvernement, aucun des principaux partis n’a pu s’organiser librement, ou n’a su surmonter ses problèmes internes, pour construire un pouvoir susceptible de redresser la barre dans un pays qui court au naufrage. Et trop de dirigeants de parti, ainsi qu’une majorité de vénézuéliens, se sont laissés obnubiler par la vague « populaire-égocentriste » incarnée par le tout-puissant Chavez et désormais son dauphin Maduro, laquelle reposait sur un sol mou tributaire du prix du pétrole. Dans ces conditions, il était clair que, sans un programme économique sérieux, un projet d’avenir cohérent, en syntonie avec les enjeux politiques internationaux du XXIe siècle, où il faudrait créer de nouvelles sources de richesses avec un regard plus humain, intelligent et solidaire, le pays était condamné d’avance. Car on ne peut pas assurer la prospérité d’un peuple quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90 % du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que, dans un avenir tout proche, la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles !

C’est pour cette raison qu’on a reproché à Chavez de ne pas avoir posé les bases d’un développement durable. Et maintenant que le président Maduro se trouve coincé entre la espada y la pared, entre le marteau et l’enclume, on commence à comprendre que les crises peuvent être interminables et précipiter le Venezuela dans un abîme sans fond. Les premiers symptômes se sont fait sentir en 2014, lorsque le produit intérieur brut (PIB) avait chuté de 34 %. Et selon les prévisions de l’Assemblée nationale, l’inflation dépassera les 2 000 % en 2018, sachant que la Banque centrale du Venezuela a déclaré que l’inflation était de l’ordre de 180 et 240 % en 2015 et 2016. Selon un rapport alarmant du FMI, l’inflation pourrait atteindre le 13 000 % en 2018.

En attendant que la communauté internationale prenne sa part de responsabilité dans cette catastrophe humanitaire, sans pourtant évoquer une option militaire comme l’avait fait Donald Trump en août dernier (ce qui rappelle les tristement célèbres « options » militaires appliquées en Chili et en Argentine, parmi d’autres), on pourrait se poser la question de savoir quel est l’avenir d’une grande partie de la jeunesse vénézuélienne découragée par la situation et qui rêve d’un monde meilleur ? Le même que celui des citoyens africains déshérités et ceux des pays de l’Est, doublement appauvris par des années de conflits armés et par l’indifférence et les intérêts des pays les plus riches de la planète (voire les dirigeants les plus riches) : profiter des liens familiaux pour émigrer en Europe.

Eduardo UGOLINI

Emmanuel Macron dit « non » au président argentin venu plaider pour la signature d’un traité de libre-échange

Le président argentin Mauricio Macri a profité de sa visite au Forum de Davos pour rencontrer à Paris le président français Emmanuel Macron dans le but de rentrer en Argentine avec un traité de libre-échange signé entre l’Union européenne et le Mercosur sous le bras. Le président Macron, « au nom des intérêts des éleveurs français », a fait échouer les pourparlers. Retour sur les difficultés économiques de l’Argentine.

Photo : L’Élysée

Le Marché commun du Sud comprend le Paraguay, l’Uruguay, le Venezuela, le Brésil et l’Argentine. L’idée originale était la conformation d’un bloc politico-économique d’intégration sud-américaine qui faciliterait le commerce entre ces pays et leur permettrait de faire face aux exigences politiques et économiques du néolibéralisme états-unien et européen. Les dirigeants de ces pays étaient alors considérés comme « progressistes », de centre gauche ou de gauche [1]. Mais ces dernières années, la droite a repris le pouvoir, par un coup d’État au Paraguay (Federico Franco) et au Brésil (Michel Temer), par des élections en Argentine (Mauricio Macri). Première action de la nouvelle direction politique du Mercosur : le Venezuela en est « suspendu » lors d’une manœuvre contestable. Ensuite, un rapprochement avec l’Alliance du Pacifique [2], l’entité politico-économique plus liée au néolibéralisme et proche des États-Unis. Bref, la fin d’une intégration latino-américaine.

À Paris, le président Macri cherchait une « bonne surprise »

Le président Macri était venu à Paris en clamant que l’Argentine « était de retour dans le monde », sous-entendu après une longue période de ce qu’il appelle « le populisme » des années Kirchner. La bonne surprise serait de rentrer en Argentine avec le traité UE-Mercosur signé dans sa poche. Un traité de libre commerce entre les deux blocs tendrait à fortement réduire les taxes d’importation réciproques. À Paris, Mauricio Macri a d’abord rencontré les patrons du MEDEF pour leur faire miroiter les « grands bénéfices à réaliser en Argentine », puis a déjeuné, invité par le groupe Rothschild. Il s’est ensuite rendu au Palais de l’Élysée pour rencontrer le président Emmanuel Macron.

Le président Macron met fin aux espoirs argentins

Le traité entre les deux blocs se négocie depuis déjà de nombreuses années. L’Allemagne et l’Espagne y sont plutôt favorables car ils espèrent vendre leurs produits manufacturés sur le vaste marché sud-américain. En revanche, la France, la Pologne et l’Irlande, grands pays agricoles, craignent pour leurs agriculteurs et leurs éleveurs. En effet, non seulement les produits américains (viandes, éthanol, vins, laitages, céréales)  seraient ici plus que compétitifs mais le soja et le maïs cultivés au Brésil et en Argentine sont des OGM, interdits en Europe. La veille de la rencontre entre les deux présidents, M. Macron avait tenu à rassurer les secteurs agricole et bovin français : « Un accord avec le Mercosur pourrait être déstabilisant pour la France […] dans ces secteurs d’excellence […] Il y a des lignes rouges que la France ne souhaite pas franchir ». C’est ce que le président Macron a répété au président argentin : « Il y a des contraintes réciproques » dont, pour la France, « la défense de sa filière en particulier bovine ». Le Mercosur ne peut pas vraiment lutter contre la Politique agricole commune européenne (la PAC), qui subventionne fortement les agriculteurs et les éleveurs. Le président Macri est rentré à Buenos Aires déçu et sans traité. Les négociations se poursuivront à Bruxelles…

Business is business : de bonnes affaires tout de même pour la France

Pour montrer sa bonne volonté, le président Macri a décidé de payer à l’entreprise Suez les 350 millions d’euros que celle-ci réclame depuis longtemps à l’Argentine suite à son expulsion de ce pays par Néstor Kirchner. Jusqu’ici, l’Argentine refusait de payer car ses gouvernements estimaient que Suez n’avait pas respecté son contrat. Bonne affaire donc pour cette transnationale. Autres bonnes affaires : l’Argentine va acheter quatre frégates maritimes (pour 300 millions) et cinq avions Étendards (construits entre 1978 et 1982 mais « modernisés », pour 12,5 millions).

L’étrange opinion de M. Macri sur l’origine des Sud-Américains

Lors d’un discours, le président argentin a déclaré que « tout le monde sait que les Sud-Américains sont tous d’ascendance européenne… », cette déclaration étant supposée inciter le président français à signer le traité… Les quelques millions d’Indiens ayant survécu aux massacres commis par les Européens seront enchantés de l’apprendre ! Sans oublier les migrants du Moyen-Orient, de l’Inde et de l’Asie, aucun n’étant Européen que l’on sache… Cette déclaration cache un désir frénétique du gouvernement actuel de se rattacher au « Premier monde », quitte à prendre bien des raccourcis avec l’Histoire…

Une lettre ouverte au président Macron

L’Assemblée de Citoyens Argentins en France (ACAF) [3] a envoyé au président Macron une lettre ouverte exprimant sa déception et ses craintes « d’une dérive autoritaire » en Argentine. « Nous avons remarqué avec stupeur, dès la prise de fonctions du nouveau Président, que son intention était de détruire, non seulement les acquis de la période venant de s’écouler, mais aussi de tous ceux ayant été obtenus depuis la chute de la sinistre dictature en 1983… » Cette lettre a été signée par des dizaines de personnalités, d’associations, et de citoyens français et latino-américains.

Le président Macri en difficultés dans son pays

Dans sa présentation au président Macron, M. Macri avançait que « cet accord servirait à réduire la pauvreté ». Les faits montrent autre chose. Lors de sa campagne électorale, le candidat Macri avait annoncé qu’il ne toucherait pas aux retraites ni ne dévaluerait le peso. À peine élu, les premières mesures économiques qu’il prit furent la dévaluation du peso et une réduction drastique des montants des petites retraites et des allocations sociales ! Lorsque « les vieux » descendent dans la rue pour protester, ils se font matraquer… Depuis l’arrivée du président Macri, des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi, les services publics, l’essence et les transports ont augmenté de 200 à 800 %, les exportations restent stationnaires alors que les importations augmentent fortement mettant les entreprises locales en difficulté, etc. Pas étonnant que sa cote de popularité soit descendue de neuf points en peu de temps, à 42 %…

Jac FORTON

[1] Néstor et Cristina Kirchner en Argentine, Lula da Silva au Brésil, Hugo Chávez au Venezuela, Fernando Lugo au Paraguay et « Pepe » Mujica en Uruguay [2] Mexique, Colombie, Chili, Pérou. [3] Assemblée de Citoyens Argentins en France (AACF)

Fin du règne des Castro à Cuba, et après ? Réponse lors des prochaines élections le 11 mars

Dimanche dernier, Raúl Castro a présidé à La Havane la cérémonie d’hommage à José Martí, héros de la révolution cubaine, lors de laquelle a été dévoilée la réplique de la statue de José Martí érigée dans Central Park. Cette cérémonie, symbole d’unité, s’est pourtant déroulée sans la présence de représentant de l’État américain, à un moment où les relations entre Cuba et les États-Unis sont plus que jamais tendues. Si la mort de Fidel Castro en 2016 avait laissé espérer un retour possible à la démocratie, Cuba ne jouit toujours pas aujourd’hui d’une grande popularité mondiale et son système politique laisse à désirer.

Photo : Noticias Marti

Cette cérémonie a eu lieu à seulement quelques semaines des élections, le 11 mars prochain, des députés de l’Assemblée, lesquels décideront et éliront le successeur de Raúl Castro, qui cédera sa place le 19 avril 2018, tout en continuant à siéger, jusqu’en 2021, à la tête du Parti communiste cubain. Si ces élections mettront définitivement fin à six décennies de castrismo sur l’île caribéenne, elles ne laissent cependant pas beaucoup de place au hasard ; en effet, le système politique cubain n’autorise qu’un seul parti et les élections sont menées sans campagne ni pluralisme. Il reste à voir si le nouveau président sera élu parmi les députés qui proviennent encore de la Révolution castriste – José Ramón Machado Ventura ou Ramiro Valdés -, ou parmi les quelques cadres qui appartiennent à des générations plus jeunes, parmi lesquels se démarque l’actuel vice-président Miguel Díaz-Canel. Bien qu’il semble que la tendance soit plutôt à un renouveau générationnel du pouvoir, les paris restent ouverts.

C’est le nom de Miguel Díaz-Canel Bermúdez, 57 ans, actuel vice-président du Conseil d’État, numéro deux du pouvoir cubain et bras droit de Raúl Castro, très fidèle au parti et à ses dirigeants, qui circule dans les journaux avec insistance. Ancien universitaire, ancien ministre, membre du bureau politique du Parti communiste, il occupe depuis 2013 des fonctions de plus en plus importantes dans la hiérarchie cubaine : s’il a longtemps été présenté comme un homme capable de faire évoluer le régime cubain, Miguel Díaz-Canel s’inscrit, malgré son âge, dans la lignée du pouvoir castriste.

À ce nom s’ajoutent, comme évoqué plus haut, ceux de José Ramón Machado Ventura, d’Alejandro Castro Espin, et de Ramiro Valdés Menéndez. José Ramón Machado Ventura, 87 ans, a d’abord été vice-président des Conseils d’État et des Ministres, puis second secrétaire du Parti communiste, et s’est montré fidèle au régime depuis ses débuts. Alejandro Castro Espín, 52 ans, fils unique de Raúl Castro, colonel du ministère de l’Intérieur, s’est fait quant à lui connaître ces dernières années en prenant la charge du puissant Conseil de défense et de sécurité nationale ; il a mené les conversations secrètes qui ont précédé les négociations pour rétablir des liens diplomatiques avec Washington. Ramiro Valdés Menéndez, 85 ans, se place également sur la liste des potentiels futurs présidents : vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, il est l’un des « commandants de la Révolution ». Ministre de l’Intérieur dans les années 1960 et 1980, il préside à la création des Unités militaires d’aide à la production (UMAP), camps de travaux forcés où 30 000 détenus ont été « rééduqués » entre 1965 et 1968. Il a été également ministre de l’Informatique et des Communications.

On peut aussi citer les noms de Salvador Valdés Mesa, Gladys Bejerano, Bruno Rodríguez, Esteban Lazo, Julio César Gandarilla Bermejo, Lázara Mercedes López Acea, Leopoldo Cintra Frías, Marino Murillo, tous membres du gouvernement actuel et proches de la famille Castro. Il y a de grandes chances pour que le changement de présidence attendu à Cuba, s’il mettra probablement officiellement fin au règne des Castro, n’en soit en réalité que la continuité.

Léa JAILLARD

Le parcours de Júlio Santana retracé par le Brésilien Klester Cavalcanti dans « 492. Confessions d’un tueur à gages »

On en a vu des dizaines, au cinéma. En général, ils se ressemblent tous beaucoup, mais qu’est-ce qu’un tueur à gages, un vrai ? Comment « entre-t-on dans la carrière » ? Quand on a 17 ans, qu’on vit dans un village perdu au milieu de la forêt amazonienne ? Les « débuts » de Júlio Santana doivent beaucoup à un concours de circonstances, ce qui ne l’empêchera pas de devenir le plus grand tueur professionnel, du moins pour ce que l’on en sait, au monde.

Photo : Éditions Métailié

L’auteur, Klester Cavalcanti, est grand reporter pour la presse brésilienne. Il a passé des années à approcher Júlio Santana, puis à le convaincre de lui parler et enfin à recueillir, par téléphone, ses étonnantes « confessions », entre 1999 et 2006 pour être précis. Dans 492, il raconte, à la troisième personne, de l’extérieur donc, toute une vie, celle d’un jeune homme né dans la forêt vierge dont il connaît tous les secrets, au sein d’une famille modeste, attentive au bien-être de ses trois enfants, respectueuse de la tradition et de la morale.

À 17 ans, au début des années 70, Júlio souffre profondément au moment d’exécuter sa première cible. Il connaît sa victime, en plus : un voisin pêcheur, comme son père. Mais il le fait, et il le fait bien. Sa deuxième mission l’emmène dans la région de l’Araguaia. Difficile début : connaissant parfaitement la forêt vierge, il est chargé de guider les militaires qui recherchent les « communistes » et il est obligé d’assister, puis de participer, aux séances de tortures des guérilleros qu’il a aidé à capturer.

La machine est lancée. Malgré son profond malaise, l’adolescent timide et ignorant entre dans l’engrenage de ce qui deviendra sa routine. En collant au plus près avec l’évolution du jeune homme, Klester Cavalcanti rend poignant ce qui pourrait être effarant. Il n’excuse rien, il prouve en toute simplicité mais avec un indéniable talent que le hasard préside à toute destinée.

Sans aucun effet inutile, il nous conduit dans la profondeur de la psychologie de cet homme banal qui a lui-même du mal à comprendre ce qui lui arrive et ce qu’il fait. Il ne s’agit d’ailleurs pas de comprendre, mais de constater et de ressentir.

La conclusion n’est pas forcément évidente pour le lecteur : quels sentiments peut-on avoir quand on a sous les yeux un homme ordinaire qui a été capable d’abattre froidement (la première qualité du tueur, le détachement) 492 personnes, parfois des enfants, et qui a soigneusement recensé ses actes dans un cahier avec un Donald sur la couverture ?

En ouvrant ce livre, on croit qu’on va trouver un témoignage journalistique, et ce qu’on découvre est bien plus que cela : une véritable œuvre littéraire, surprenante, prenante, impressionnante. La vie de Júlio Santana prend souvent des allures de roman, mais Simenon lui-même n’aurait pas pu imaginer mieux. C’est vrai, au cinéma, on a vu des dizaines de tueurs à gages. Mais là, grâce à Klester Cavalcanti, on a connu un homme, pas un personnage.

Christian ROINAT

492. Confessions d’un tueur à gages de Klester Cavalcanti, traduit du brésilien par Hubert Tézenas, éd. Métailié, 224 p., 18 €. – Un film (O nome da morte, titre original), sera bientôt distribué en Europe sous le titre 492. Un lecteur passionné par 492 devrait enchaîner avec la lecture (ou la relecture) du très beau roman de Guiomar de Grammont, Les ombres de l’Araguaia, publié en septembre dernier aux éditions Métailié, qui traite du même sujet que la première partie de 492 : la guérilla dans les années 70 dans cette région amazonienne, et qui donne le point de vue exactement inverse, celui des guérilleros.

Drôles de thérapeutes et univers onirique dans « Les miniatures » de la Brésilienne Andréa del Fuego

Il est étrange, cet Institut Midoro Filho, installé dans le centre de São Paulo. Les médecins ou les psychothérapeutes qu’on penserait y trouver sont des onirocrites : ils agissent sur les rêves de leurs patients à l’aide d’objets divers, ou plus exactement de reproductions en miniatures d’objets divers tels que serpents, voitures ou trompettes, d’où le titre du roman.

Photo : Éditions de l’Aube

Les onirocrites sont donc des professionnels chargés de guider, d’orienter les rêves de leurs patients. Le patient en question entre dans l’Institut alors qu’il est déjà endormi, en train d’entrer dans un de ses rêves et son onirocrite l’accompagne dans ses voyages oniriques. Comme, de plus, certains médecins (des vrais) sont persuadés que rêver régulièrement allonge la durée de la vie, ils conseillent à leurs propres patients de fréquenter l’Institut Midoro Filho.

Curieusement, dans cet univers dans lequel rien n’est rationnel, tout est rigoureusement codifié (on peut d’ailleurs en dire autant d’un cabinet de psychiatre). On se meut beaucoup dans les rêves des deux patients habituels de l’onirocrite narrateur, une mère, la quarantaine, chauffeur de taxi, et son fils de seize ans. Mais où finit le rêve et où commence la « vraie vie » ? C’est bien le quotidien des deux personnes qui obsède le pseudo thérapeute, plus que leurs rêves. Et c’est bien leur quotidien qu’on voit défiler sous nos yeux de lecteurs. Dans son métier, c’est une faute et un danger. Il se met à faire une véritable fixation sur ce qu’il voit changer dans leur existence de tous les jours, dans leurs relations.

Le lecteur en sait beaucoup plus que lui, il connaît en détail une bonne partie de la vie de la mère et du fils, des scènes hyperréalistes qui contrastent fortement avec le monde onirique auquel lui a accès, puisqu’il travaille dans un environnement plutôt décalé, rêve oblige.

Andréa del Fuego joue avec ce glissement entre le réel et le fantasme onirique, la certitude n’existe plus, ce à quoi on assiste est-il rêve ou réalité, et cette ambivalence donne un charme à ce récit qui, sans se prendre au sérieux, offre une évasion vers l’irréel.

Christian ROINAT

Les miniatures d’Andréa del Fuego, traduit du portugais (Brésil) par Cécile Lombard, Éd. de l’Aube, 191 p., 17 €.

Visite d’État du président Mauricio Macri à Paris. Discours du président Emmanuel Macron à l’Élysée le 26 janvier dernier

Après Moscou et Davos, le président argentin Mauricio Macri s’est rendu en France vendredi dernier pour tenter d’attirer des investisseurs. À cette occasion, il a rencontré Emmanuel Macron. Nous reproduisons ici la déclaration du président de la République française prononcée lors de la conférence de presse commune avec le président Mauricio Macri.

Photo : Palais de l’Élysée

« Mesdames et Messieurs, Messieurs les Ministres, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier le Président MACRI de sa visite à Paris. Je veux lui redire tout le plaisir de l’accueillir en France depuis hier avec une série de visites, l’échange bilatéral, puis élargi que nous avons eu et, dans quelques instants, nous irons dîner de manière amicale avec nos épouses. Cette rencontre est importante à plus d’un titre. D’abord, au titre de la complicité si particulière que les peuples français et argentins entretiennent à travers l’Histoire et au titre également d’une vision du monde, qu’avec le Président MACRI, nous partageons. Je crois pouvoir dire que nous sommes à un moment aujourd’hui de la relation bilatérale, où à la fois l’agenda de réformes que nous portons pour nos pays et les défis que nos deux régions vivent en commun, celle de l’ouverture au monde et l’organisation d’un monde fait de plus en plus de conflits, rendent absolument indispensable notre dialogue. Cette vision, c’est d’abord un commun attachement au multilatéralisme, que nous voulons défendre ensemble. Comme vous le savez, le G20 est présidé par l’Argentine depuis le 1er décembre 2017 et je sais que le Président aura ainsi l’honneur d’organiser le 10ème Sommet au niveau des chefs d’Etat cette année, nous en avons longuement parlé, je pense qu’il reviendra lui-même sur l’agenda que l’Argentine veut développer dans ce cadre.

Je veux ici dire que la France sera pleinement aux côtés de l’Argentine pour faire réussir cet agenda. Il y a beaucoup de défis, sur le plan de l’évolution technologique, de l’instabilité financière, je l’ai évoqué, il y a quelques jours à Davos, je souhaite que l’agenda porté par l’Argentine cette année au G20 soit à la hauteur de ces derniers. Je sais que c’est l’ambition du Président MACRI et la France sera pleinement à ses côtés pour que cela soit une réussite. L’Argentine a également organisé, fin novembre, la réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce. Enfin, sous l’impulsion du Président MACRI, l’Argentine a présenté sa candidature à l’OCDE et la France a été et restera le premier soutien de cette démarche, je veux ici le redire clairement. L’ensemble de ces initiatives montre combien la volonté est forte de l’Argentine de participer à ce multilatéralisme en actes, et je crois que nous nous retrouvons pleinement dans cette ambition.

Nous aurons dans les prochains mois sur le climat, la lutte contre le terrorisme la régulation du numérique, l’éducation, la lutte contre la corruption ou la sécurité alimentaire à travailler ensemble et vous aurez tout notre soutien. S’agissant du climat, qui est au coeur de ce multilatéralisme que nous voulons promouvoir, je remercie à ce titre le Président MACRI pour l’engagement de l’Argentine dans la négociation et le succès de la COP21. Pour que nous ne perdions pas la bataille du changement climatique, je souhaite vraiment que votre Présidence puisse poursuivre et accroître encore cette mobilisation collective.

Parlant de cette vision commune du monde et du rôle que nous pouvons jouer ensemble pour sa régulation, la meilleure inscription de l’Argentine dans l’ensemble de ces forums, il est évident que nous avons aussi parlé de la relation commerciale qui est aujourd’hui en discussion entre l’Union européenne et le Mercosur. Sur ce point, il ne nous appartient pas, à nous, aujourd’hui, de décider ou de trancher des débats qui sont négociés par d’autres. Mais nous avons échangé des vues, je crois, claires et franches sur ce sujet. D’abord, pour partager une vision commune, c’est que le cadre de cet accord et la volonté porté par cet accord, qui depuis des décennies maintenant est sur la table, est pertinent et doit être soutenu parce qu’il peut nous permettre d’aller vers une approche mutuellement bénéfique.

Parce qu’il y a aujourd’hui une opportunité dans le contexte international, en rapprochant nos deux espaces géographiques, culturels et de valeurs, que sont le Mercosur et l’Union européenne. C’est dans ce cadre que nous souhaitons travailler. J’ai exprimé très clairement – mais le Président MACRI connaît parfaitement le sujet – les préoccupations de la France et les points sur lesquels nous avons évidemment beaucoup pesé dans l’accord, en particulier sur les sujets agricoles et plus particulièrement celui de la viande, parce qu’il y a des intérêts français à défendre sur ce sujet, une vraie sensibilité que j’ai toujours entendue et sur laquelle j’ai expliqué les choses.

Je suis persuadé, compte tenu d’ailleurs des malentendus que nous avons pu lever dans la discussion, que nos négociateurs auront à coeur de prendre en compte nos contraintes réciproques et trouver la voie technique qui permettra une bonne conclusion. Je crois que les choses sont en tout cas claires entre nous. Il y a une volonté stratégique de faire. Il y a des points importants, d’ailleurs, nous les avons de part et d’autre, et il y en a un pour la France qui est la défense de sa filière en particulier bovine. Je suis sûr que nos négociateurs sauront oeuvrer dans ce cadre. En tout cas, c’est mon souhait. Nous avons plus largement parlé de la nécessaire intensification de nos relations commerciales sur le plan bilatéral. Elles sont déjà denses, elles créent de l’emploi. Mais nous devons et nous pouvons encore mieux faire.

Le Président s’est rendu à Station F aujourd’hui. Il a vu ce qui est le plus grand incubateur de start-up d’Europe. Dans ce domaine, comme dans celui des transports, de l’énergie, de l’agroalimentaire et de beaucoup d’autres, il y a des opportunités réelles de développer de nouvelles relations d’affaires, d’accroître nos échanges. C’est, je crois vraiment, ce qui est notre souhait mutuel. Nous avons à cet égard discuté de plusieurs avancées. En matière commerciale également, nous nous sommes félicité de l’accord signé par nos deux ministres de la Défense pour la vente de cinq Super Etendard modernisés et de leurs équipements aux forces armées argentines. Un grand nombre de priorités internationales que nous partageons, qu’il s’agisse de l’adaptation aux changements climatiques, du développement des villes durables, sont au coeur du travail de l’Agence française de développement. Celle-ci a ouvert un bureau en Argentine en septembre 2017 et ses activités sont appelées à se développer dans les prochaines années. C’est le souhait du Président et nous en avons, là aussi, longuement parlé.

Qu’il s’agisse de l’agenda mondial, des discussions régionales ou de cet agenda économique bilatéral, notre souhait est véritablement d’avancer ensemble. Mais la relation particulière bilatérale ne s’arrête pas là. Il y a aussi les liens scientifiques, éducatifs, techniques, culturels et linguistiques que nous souhaitons développer. Beaucoup d’entre eux lient déjà la France et l’Argentine et représentent une dimension majeure de la relation entre nos deux pays. Compte tenu de leur importance, nous avons ensemble décidé de créer un Dialogue France Argentine 2018-2019, afin de développer davantage de projets innovants qui sont portés par nos deux pays et, sur tous ces sujets, d’aller encore plus loin.

Je souhaite en particulier que la francophonie puisse prendre un nouveau dynamisme et l’Argentine en est un partenaire important. Je remercie le Président, y compris pour ses choix les plus intimes en la matière, pour ce qui concerne certains de ses enfants. Cet engagement pour la Francophonie est une preuve vivante de la force de la relation. Je sais que d’ailleurs une partie du Gouvernement argentin a fait les mêmes choix et je souhaite que nous puissions, de manière très concrète, continuer à développer ce lien qui est fait de femmes et d’hommes et qui est extrêmement important ! Nous avons également longuement évoqué, avec le Président, la situation des droits de l’Homme dans le monde et bien évidemment la situation au Venezuela. Actant, l’un et l’autre, de la dégradation de cette situation et de la dérive autoritaire et inacceptable qui se poursuit par le régime actuel. Évidemment, au niveau européen, nous coordonnerons pour apporter la réponse adéquate.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais, en quelques mots, récapituler des échanges que nous venons d’avoir, avant les échanges amicaux que nous allons avoir. Nos deux pays ont une histoire qui est faite de beaucoup d’échanges, alimentée par nos littératures, nos enthousiasmes culturels, parfois sportifs, puisque vous irez aussi demain assister à un match de football, sport qui vous est cher, qui nous est cher également. La vitalité de ces liens, je crois que nous pouvons aujourd’hui lui donner un tour nouveau. Si nous savons ensemble apporter un regard commun, fondé sur ces valeurs sur à la fois la mondialisation et la relation entre nos deux régions, si nous savons intensifier ce que l’histoire nous a donnés, je sais que le coeur du travail que vous menez aujourd’hui dans votre pays est bien celui-là, de rouvrir un pays plein de potentialités, de le réformer en profondeur pour lui donner toutes ses chances et d’en faire un pays qui tient tout son rôle dans le concert des Nations. Pour toutes ces raisons, je veux ici vous redire l’engagement de la France à vos côtés dans cet agenda international. En tout cas, cher Président, merci d’être en France et soyez à nouveau le bienvenu. »

D’après le pôle presse de l’Élysée

Cuba est devenu un paradis pour les abeilles… grâce à la chute de l’Union soviétique

Cuba a pratiqué l’agriculture intensive quand l’URSS lui fournissait tracteurs, engrais, pesticides et ingénieurs agronomes. Après la chute du mur de Berlin, l’île a manqué de tout, et notamment de produits phytosanitaires. Alors, elle s’est mise au bio, ce qui fait aujourd’hui le bonheur de ses abeilles… Extrait de l’émission présentée sur France 2 le 14 janvier, en ligne durant trente jours.

Photo : Positivr

Selon une vidéo présentée par France Télévision, Cuba est devenue un des paradis pour l’abeille et c’est principalement dû à l’absence de chimie, explique Roch Domerego, un apithérapeute qui parcourt le monde à la recherche de produits de la ruche pouvant être utiles pour la santé. « Ici, il n’y a pas un hectare d’agriculture qui a reçu des produits chimiques. C’est extraordinaire de retrouver des terres qui sont vivantes : il y a des vers de terre, il y a une vie, on le sent. » L’île de Cuba est devenue bio un peu sans le vouloir au départ, car un temps, elle a également connu l’agriculture intensive. Pendant la guerre froide, l’Union soviétique la fournissait en tracteurs, engrais et pesticides. Elle envoyait aussi ses ingénieurs agronomes former les paysans cubains afin de « transmettre leurs connaissances, fraternellement, entre hommes qui préparent la société du futur ».

Déjà vingt-cinq ans sans pesticides

À partir de la chute de l’Union soviétique, en 1989, Cuba s’est retrouvée rapidement à court de tout… et notamment des produits phytosanitaires déversés sur ses champs. L’île n’a alors eu d’autre choix que de se tourner vers une agriculture biologique. Et vingt-cinq ans sans pesticides plus tard, les apiculteurs cubains sont comblés. Ce jour-là, Roch, également apiculteur et naturopathe, rend visite à Reynold, qui a construit sa belle maison grâce au travail des abeilles en pleine santé. Aujourd’hui, Cuba n’utilise les pesticides que sur les grandes plantations de tabac. Et dans le reste de l’île, les abeilles cubaines sont parmi les plus heureuses du monde…

D’après France Télévision
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Avant la fin de son mandat, Michelle Bachelet visite l’Araucanie au milieu de la controversée Opération Ouragan

La présidente Michelle Bachelet, à quelques semaines de la passation de pouvoirs en mars prochain, s’est rendu ce mercredi 31 janvier dans la région de l’Araucanie, un terrain miné au milieu d’une sérieuse controverse entre le Ministère public de la justice et la police des carabiniers pour l’Operación Huracán (Opération Ouragan).

Photo : Infinita

Des fonctionnaires de la police chilienne (carabiniers) auraient falsifié des preuves afin d’incriminer des membres de la communauté mapuche dans le cadre de l’Operación Huracán. Celle-ci avait permis, fin septembre 2017, l’arrestation de huit personnes qui seraient impliquées dans des incendies criminels dans l’Araucanie, au sud du Chili. Parmi les détenus se trouvaient le leader de l’organisation Coordination Arauco Malleco (CAM), Héctor Llaitul, ainsi que d’autres membres du groupe mapuche Weichan Auka Mapu (WAM) : Ernesto Llaitul, Jaime Huenchullán, Rodrigo Huenchullán, Fidel Tranamil, Martín Curiche, David Cid et Claudio Leiva. En effet, depuis longtemps, on assiste à des actions violentes dans la zone.

Les preuves justifiant les arrestations furent obtenues par les carabiniers (la police) chargés de l’enquête réalisée dans le cadre de la loi antiterroriste et remises ensuite au Procureur régional de la Justice. Les principales preuves de la police étaient des conversations par WhatsApp et Telegram, qui rendaient compte d’une coordination entre les présumés coupables pour l’exécution des attentats. Dans l’un de ces dialogues par exemple, Llaitul signalait à David Cid qu’il faudrait brûler une centaine de camions. Avec ces preuves le procureur, lors de la première audience du 24 septembre, ordonna la prison préventive des présumés coupables. Mais le 19 octobre, la Cour Suprême décide la libération des détenus pour vice de forme de la décision.

Des portables manipulés ?

L’affaire commença à se compliquer lorsque les premières expertises réalisées par le Laboratoire de Criminologie de Carabiniers (Labocar) sur les preuves (les téléphones mobiles des accusés) révélèrent des incongruences. Pour sortir des doutes, les téléphones furent envoyés pour une nouvelle expertise à l’Unité spécialisée « Délits de lavage d’argent, économiques et du crime organisé » (Uideco) du ministère public. La réponse arriva le 28 décembre : « On a pu constater l’existence d’archives qui rendaient compte d’un probable montage réalisé par des tierces personnes sur les téléphones saisis ». La Fiscalía Nacional (procureur) est également parvenue à une autre conclusion très importante : de tous les téléphones mobiles saisis, seuls deux avaient WhatsApp et un Telegram, et une des conversations incriminées avait une date ultérieure à la saisie des appareils.

Le 28 décembre, le procureur régional Cristian Paredes décida donc d’ouvrir une affaire criminelle pour falsification et obstruction à l’enquête de la part des membres des services de renseignements des carabiniers. Le ministère de l’Intérieur s’empara aussi de l’affaire et ordonna pour sa part une enquête administrative immédiate destinée à éclaircir les faits dénoncés. Étant donné que l’expertise externe détermina que seuls deux téléphones saisis disposaient de WhatsApp, un de Telegram, que trois des archives trouvées dans le mobile de Martín Curiche Curiqueo avaient une date ultérieure à celle de la saisie, la Fiscalía Nacional concluait que « il y a des irrégularités dans les informations données par les Carabiniers ».

Un véritable choc !

Le procureur Parades et son équipe estimèrent qu’ils assistaient à une des situations les plus graves de ces dix-huit ans du ministère public : « Était-il possible que l’institution de Carabiniers fabriquait des preuves pour inculper des personnes sous la protection de la loi antiterroriste ? ». Le Procureur national, Jorge Abbott, dit qu’il s’agit « d’un fait inédit et gravissime, car il est question de l’altération des preuves » et décida d’ouvrir une affaire criminelle contre ceux « qui seraient responsables d’avoir manipulé » les antécédents. Le ministère public communiqua la décision de fermer le cas contre Héctor Llaitul et les sept autres personnes détenues. Le ministère de l’Intérieur ordonna pour sa part une investigation au sein de l’institution de la police (carabiniers). Parmi les actions urgentes à réaliser, le gouvernement demanda de solliciter des informations aux multinationales Microsoft Corporation, Yahoo et Google sur les comptes des imputés dans l’affaire.

Les Carabiniers, une institution critiquée

Ces faits récents ne font qu’aggraver l’image d’une institution qui se trouve durement critiquée par une partie de la population. Le chroniqueur d’un journal national s’exprime dans ces termes à propos de cette affaire et de la police : « Jusqu’à quand resterons-nous impavides face à l’impunité d’une institution dont le degré d’inefficacité, l’absence de contrôle, le manque de transparence et parfois la corruption, dépasse les limites tolérables d’une société démocratique ? […] Acceptant les responsabilités individuelles, nous devons reconnaître que l’institution structurellement et culturellement a une politique délibérée de résistance au pouvoir civil ». Au Chili, la question mapuche est récurrente et insoluble, et l’État ne se saisit pas de l’affaire, laissant agir les forces de l’ordre lorsqu’il y a des conflits entre la communauté mapuche et les propriétaires terriens, sans véritablement chercher une solution de fond. Cette situation ne sera résolue que lorsque l’État s’intéressera à une solution intégrale dont la reconnaissance constitutionnelle, le traitement respectueux et égalitaire de la part de l’État et de ses agents, le développement social et économique et le dialogue interculturel s’imposeront. Il ne s’agit pas d’accepter des réponses violentes d’une part et d’autre et de relativiser la gravité des incendies et des atteintes, ou encore de permettre dans un État de droit que les secteurs qui se sentent menacés s’organisent en groupes d’autodéfense. C’est à l’État de garantir l’ordre et les droits des personnes mais dans la justice et l’équité.

Olga BARRY

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