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11 janvier 2018

Les Équatoriens aux urnes pour un référendum convoqué par Lenín Moreno

La campagne pour le référendum, lancée par l’actuel président Lenín Moreno, a pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie qui avait été actée durant le régime de son prédécesseur, Rafael Correa. Elle crée un climat politique instable en ce début d’année 2018, par la confrontation entre Lenín Moreno et l’ancien président qui lutte pour le « No ». Le référendum est fixé au 4 février prochain.

Photo : LaRed21

L’Équateur aura vécu en 2017 l’une de ses années les plus intenses dans le domaine politique et social. Elle est née au cœur d’une campagne électorale présidentielle disputée, après une décennie au pouvoir de Rafael Correa et de sa Révolution Citoyenne, qui a finalement vu l’élection de Lenín Moreno, ancien vice-président de Correa, membre du même parti Alianza País, face au représentant de la droite, Guillermo Lasso, battu avec trois points de différence. Moreno a d’abord embrassé les causes du socialisme, mais dans son empressement à réconcilier le pays il a appelé à un « dialogue national » avec tous les secteurs, se rapprochant même du plus antagoniste. C’est ainsi qu’il a ouvert un fossé irréconciliable avec son mouvement et l’ancien président, dont il a par ailleurs rapidement critiqué et discrédité la gestion financière.

L’affaire Jorge Glas, allié de Correa et vice-président du nouveau gouvernement, mis en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et dont le procès a débuté le 24 novembre à Quito, ainsi que la consultation populaire annoncée par Lenín Moreno, prévue le 4 février, ayant pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, n’ont fait qu’aggraver les relations entre les deux hommes, devenus les pires ennemis politiques. Il faut préciser que Glas a été condamné en décembre à six ans de prison par la Cour nationale de justice, en plus d’une forte amende, pour conspiration criminelle dans le cadre du programme de corruption organisé par Odebrecht. Odebrecht a reconnu avoir délivré 33,5 millions de dollars en pots-devin aux fonctionnaires de l’État équatorien, mais récemment, le procureur général a déclaré que les paiements illégaux avaient atteint 50 millions.

Depuis, l’ancien président, Rafael Correa, fait activement campagne contre le référendum prévu, mais aussi tente d’obtenir l’expulsion du président actuel. Raison pour laquelle, alors qu’il réside en Belgique, il a déjà fait un premier voyage en Équateur, pendant une dizaine de jours, fin novembre.

Comment débute 2018 ?

Rafael Correa est de retour en Équateur depuis ce 5 janvier, pour poursuivre sa campagne du « No » à plusieurs des sept questions posées par le référendum, dont bien entendu celle de la réélection indéfinie, la campagne étant ouverte depuis le 3 janvier. Selon l’analyste David Chávez, sociologue de l’Université centrale de l’Équateur, l’arrivée de Correa génère des inquiétudes dans les secteurs conservateurs, favorables à la consultation, qui connaissent sa popularité et sa capacité à faire campagne.

Lenín Moreno, pour sa part, a déclaré aux journalistes ce mercredi 3 janvier que « depuis hier minuit, soit trois mois après son incarcération,  d’après ce que dit la constitution, le vice-président de la République a cessé d’exercer ses fonctions ». Il a ajouté que, selon la loi équatorienne, il disposait de 15 jours pour présenter au Parlement trois candidats au pouvoir législatif, afin d’élire le nouveau vice-président, mais il a indiqué que cela prendrait « considérablement moins de temps parce qu’un pays ne peut pas se passer d’un vice-président ». De fait, il a proposé trois candidats, en l’occurrence trois candidates, qui sont « des gens de grande valeur, loyaux et en qui il a toute confiance ». C’est María Alejandra Vicuña qui a été désignée vice-présidente, les autres candidates étant la ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa, et la ministre de la Justice, Rosana Alvarado Las.

Vicuña, âgée de 39 ans, est ministre du Développement urbain et du Logement et exerce depuis octobre dernier, par décision du président Lenín Moreno, la fonction de vice-président intérimaire. Elle a été élue avec 70 voix lors d’une séance plénière de l’Assemblée nationale le 6 janvier, en présence de 106 des 137 membres de l’Assemblée nationale. La majorité requise était de 69 voix. Vicuña, qui est psychologue de profession, a 10 ans de carrière dans différents postes publics. Elle a été membre de l’Assemblée à deux reprises (2009-2013 et 2013-2017) et était donc ministre du Développement urbain et du Logement depuis le 24 mai, date à laquelle Moreno est arrivé au pouvoir.

Elle est la seconde femme à occuper un poste aussi important, seulement précédée par Rosalía Arteaga (août 1996 – février 1997), ce qui démontre que les femmes prennent de plus en plus de place dans la vie politique, comme dans les autres secteurs, en Équateur. Ainsi l’Équateur entame 2018 comme en 2017, avec une campagne électorale acharnée, mais cette fois à propos de la consultation populaire proposée par le président Lenín Moreno, dont les résultats sont imprévisibles.

Catherine TRAULLÉ

Six pays latino-américains seront en campagne électorale en 2018 : d’abord le Costa Rica, puis le Paraguay et la Colombie

Les élections présidentielles, qui auront lieu dans six pays, vont-elles modifier le panorama politique en Amérique latine ? Le sentiment anti-partis traditionnels qui prévaut partout pourrait apporter bien des surprises. Un retour du centre gauche est-il possible ? Il y aura des élections au Paraguay, au Costa Rica, en Colombie, au Brésil, au Venezuela et au Mexique. En suivant l’ordre chronologique de ces élections 2018, cette première partie donne quelques indications sur les enjeux ; une deuxième partie sera à suivre la semaine prochaine.

Photo : TheTicoTimes

Le dimanche 4 février au Costa Rica

Les élections du 4 février verront s’affronter 13 candidats dont trois seulement qui ont de bonnes chances de l’emporter. Les candidats des deux partis traditionnels, le PLN (Partido Liberación Nacional, droite) et le PUSC (Partido Unidad Social Cristiana, centre gauche) sont respectivement Antonio Álvarez et Rodolfo Piza. L’avocat Juan Diego Castro du Partido Integración Nacional (PIN, très conservateur), qui revendique la « mano dura », pourrait faire la surprise. Le Partido Acción Ciudadana (Action citoyenne, centre gauche) de l’actuel président Luis Guillermo Solís et le Frente Amplio (Front élargi, gauche, pas encore de candidat définitif) ont peu de chances de réaliser un bon score. Et les (nombreux) autres petits partis, encore moins : le Partido Movimiento Libertario (PML) de Otto Guevara, le Partido Accesibilidad sin Exclusión (PASE) de Oscar López, le Partido Nueva Generación (PNG) de Sergio Mena, le Partido Renovación Costarricense (PRC) de Stephanie Campos (évangélistes), le Partido Restauración Nacional (PRN) de Fabricio Alvarado (conservateur), le Partido Republicano Social Cristiano (PRSC) de Rodolfo Hernández, ancien allié du PUSC. Ces partis cherchent bien sûr à former des alliances… Un deuxième tour en avril est plus que probable.

Le 22 avril le Paraguay élu tous la représentation nationale

Le 22 avril, en plus du nouveau président, les électeurs éliront gouverneurs, sénateurs et députés. La lutte pour la présidence verra s’affronter Mario Abdo Benítez du Partido Colorado actuellement au pouvoir, et Efraín Alegre de la Gran Alianza Nacional Renovada (GANAR), une coalition de centre gauche composée du Partido Radical et du Frente Guasu de l’ex-président Fernando Lugo. Le Parti Colorado a régné sur le pays pendant plus de 70 ans avant d’être défait par la Parti Libéral radical authentique qui avait mené Fernando Lugo à la présidence. Ses politiques de centre gauche déplaisant aux grands propriétaires terriens, ils fomentèrent un coup d’État et destituèrent le président Lugo illégalement en juin 2012. Mario Abdo Benítez, connu comme « Marito » et fils de l’ex-secrétaire personnel du dictateur Alfredo Stroessner, a battu lors des primaires Santiago Peña, le candidat de l’actuel président Horacio Cartes.

La Colombie organise de présidentielle le 27 mai 2018

Les élections du 27 mai sont étroitement liées au résultat du referendum « Si ó No » sur les accords de paix récemment signés entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les guérilleros des FARC. La victoire surprenante du « No » fait que les alliances politiques en cours se définissent par rapport à la position des partis sur ce résultat. Plusieurs particularités : d’abord, de nombreux candidats ont préféré recevoir leur nomination par recueil de signatures citoyennes plutôt que par le soutien de partis ; un reflet du manque de confiance des électeurs envers les partis traditionnels. Ceux-ci par contre négocient des coalitions. Ensuite, première participation de l’ancienne guérilla FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) devenues le Partido FARC (Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común, Force alternative révolutionnaire du commun, c’est-à-dire de la communauté). Finalement, pour tous, il s’agit de lutter contre l’abstention massive caractéristique des élections colombiennes.

La droite dure est représentée par le Centro Democrático de l’ancien président Alvaro Uribe unie au Partido Conservador de l’également ancien président Andrés Pastrana. Leurs candidats devront passer par une primaire : Iván Duque, proche de l’ancien président Alvaro Uribe, Marta Lucía Ramírez, ex-ministre de la Défense d’Uribe, et Alejandro Ordoñez, ancien procureur, ennemi des accords de paix. Leur programme : annuler les accords de paix et exonérer les transnationales d’impôts. Le favori semble être Iván Duque. Au centre, la Coalición Colombia réunit le Partido Compromiso Ciudadano (Parti de l’engagement citoyen) de Serge Fajardo, l’Alianza Verde de Claudia López et le Polo Democrático de Jorge Robledo. Fajardo devrait sortir gagnant de la primaire avec un programme fondé essentiellement sur la lutte contre la corruption.

Le centre gauche sera défendu par l’ancien maire de la capitale Bogotá, Gustavo Petro, du mouvement Colombia Humana, qui cherche à s’allier à l’Alianza Social Independiente (ASI) de Clara López, à la Fuerza Ciudadana (Force citoyenne) de Carlos Caicedo et au Partido Liberal de Humberto de la Calle, qui fut le négociateur principal du gouvernement lors des discussions menant à la paix à Cuba. Celui-ci a pourtant déjà laissé entendre qu’il ne rejoindrait pas cette coalition. À gauche, grande nouveauté : la FARC issue des FARC présentera son candidat Rodrigo Londoño. Ce sera la première action politique du nouveau parti de l’ex-guérilla. Les accords de paix lui octroient d’office lors de cette élection 5 sièges de sénateurs et 5 députés. Eections présidentielles On peut aussi noter la candidature de Piedad Córdoba du mouvement Poder Ciudadano (Pouvoir citoyen) dont le programme parle de ré-industrialisation et de réforme fiscale. Nous suivrons ces élections au fur et à mesure de l’actualité.

Jac FORTON

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