Archives mensuelles :

janvier 2018

« À vos agendas » semaine 5

Chaque semaine nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du 26 janvier au 2 février.

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VENDREDI 26 JANVIER – PARIS

L’Assemblée des citoyens argentins en France publie une lettre ouverte au président Emmanuel Macron

À l’occasion de la visite à Paris du président Mauricio Macri, l’association d’Argentins en France a envoyé une lettre ouverte au président Emmanuel Macron. « Nous, résidents argentins en France, avec le soutien des citoyens et organisations françaises signataires ci-dessous, voulons vous faire part de notre inquiétude concernant la régression des avancées démocratiques dans notre pays, depuis son investiture à la tête de l’État, le 10 décembre 2015. Le bilan nous semble accablant… »  Lire la lettre

LUNDI 29 JANVIER – 19 h – PARIS

Remise du prix Caillois de littérature à trois auteurs reconnus : Fresan, Deville, Billeter

À la Maison de l’Amérique latine, remise du prix de littérature Roger Caillois, un prix littéraire créé en 1991 par la Société des lecteurs et la Maison de l’Amérique latine. Il récompense un auteur latino-américain, un auteur francophone et un traducteur, une revue ou une collection. Le prix 2017 va à l’Argentin Rodrigo Fresán, au Français Patrick Deville et au Suisse Jean-François Billeter. En association avec la librairie Gallimard. À la Maison de l’Amérique latine, 217, Bd Saint-Germain, Paris, à 19 h.

DU 27 JANVIER AU 4 FÉVRIER – MARSEILLE

Revolución Gráfica d’Oaxaca avec deux artistes mexicains et un espagnol à La Friche la Belle de Mai

Il s’agit des dessinateur, peintre, sculpteur et tatoueur Dr. Lakra, d’Abraham Diaz, représentant la jeune génération de la bande dessinée mexicaine, accompagnés par le dessinateur et graveur espagnol Toño Camuñas. À la Friche la Belle de Mai, Tour-Panorama, 3e étage. En ouverture de cette exposition aura lieu le festival Vendetta #5 avec une sélection d’éditeurs de la scène graphique internationale.
L’Amérique latine représente pour le Dernier Cri une source d’inspiration. Invité pour réaliser trois expositions au Mexique puis en Colombie, le Dernier Cri noue des liens avec les artistes locaux. Ces rencontres se font grâce à la tenue des expositions mais aussi à travers les workshops, les projections et les concerts, partageant ainsi leur vision artistique. Contact

MARDI 30 JANVIER – 19 h – PARIS

Poetas peruanos, de la generación del setenta à la Maison de l’Amérique latine de Paris

Rencontre en espagnol avec Sonia Luz Carrillo, Elqui Burgos, Ricardo Falla et Jorge Nájar. Trois grands mouvements caractérisent le paysage littéraire péruvien du XXe siècle, nommés « générations des années 1920, 1950 et 1970 ». Rencontre-récital, à l’occasion de la visite à Paris de Sonia Luz Carrillo et Ricardo Falla, l’opportunité d’écouter la poésie des quatre invités, mais aussi de connaître la dynamique de la génération des années 1970, groupe important de poètes qui a marqué notre littérature. À la Maison de l’Amérique latine. 217, Bd Saint-Germain, Paris, à 19 h.

MERCREDI 31 JANVIER – 18 h 30 – VILLEURBANNE

À Villeurbanne, l’AFAL invite à une conférence-débat sur l’éducation au Chili

Les associations AFAL (Association France Amérique latine) et SUTE (Syndicat unique des travailleurs de l’éducation du Chili) invitent à la conférence-débat : « Les problèmes de la privatisation sur l’éducation au Chili », donnée par Luis Yanez, président du SUTE. À Villeurbanne, au Palais du Travail. 9, place Lazare-Goujon.

MERCREDI 31 JANVIER – 19 h – PARIS

La Poubelle des Merveilles, roman de Sergei : rencontre et dédicace

Dans le delta du Rio de la Plata, une île appelée Maravilla, considérée depuis longtemps comme un dépotoir, devient le théâtre d’une métamorphose qui brave la raison des sociétés bien pensantes. Pablo Cuchilla, un fils de la jungle, conduira la révolution qui établit un nouvel ordre social autonome… L’utopie survivra-t-elle ?  Interludes musicaux, chansons, piano et violoncelle. À la Maison de l’Amérique latine. 217, Bd Saint-Germain, Paris, à 19 h.

JEUDI 1er FÉVRIER – 15 h – LYON

Conférence sur l’art mexicain : de la fin des héros mystifiés aux mythologie personnelles

Conférence donnée par Christine Frérot de l’École des hautes études en sciences sociales. Les artistes revisitent leur culture en y agrégeant des visions personnelles teintées des apports du surréalisme, du fantastique mexicain, du pop-art. Leurs visions sont parodiques, humoristiques, provocatrices et blasphématoires. Ils convertissent les objets du quotidien en icônes, s’approprient l’art populaire, les images du religieux, la statuaire précolombienne, réactualisent les pratiques indiennes. À l’auditorium Focillon, musée des Beaux-Arts de Lyon. 20, place des Terreaux. Contact

JEUDI 1er FÉVRIER – 19 h – PARIS

Lima l’horrible, de Sebastián Salazar Bondy, et le directeur des éditions Allia

Sebastián Salazar Bondy est un poète, journaliste, dramaturge et essayiste péruvien, membre fondateur du Mouvement social progressiste et figure de proue de la Génération de 50. Présentation du livre avec la participation de Gérard Berréby (directeur des Éditions Allia), Jean-Luc Campario (traducteur), Ina Salazar (professeure) et Alejandro Susti (poète et critique littéraire). Lima est un joyau, une ville faste et luxuriante, mieux : une terre promise. Ou bien ce ne serait qu’un mythe, symbole d’un pays dont l’histoire aurait été falsifiée ? Lima, horrible par manque d’identité, de simplicité et d’authenticité…  Maison de l’Amérique latine, à 19 h, en partenariat avec le Centre culturel péruvien CECUPE. Contact

VENDREDI 2 FÉVRIER – 18 h – LYON

Lectures par des comédiens du TNP et des étudiants de l’ENS dans le cadre de l’exposition Los Modernos

Tout comme les peintres et sculpteurs présentés dans l’exposition, les écrivains et poètes français et mexicains se sont nourris mutuellement, au fil de voyages et d’échanges. Venez écouter leurs textes lus par les comédiens du TNP et les étudiants de l’ENS en écho avec les œuvres exposées. Au musée des Beaux-Arts de Lyon : 20, place des Terreaux. Contact

VENDREDI 2 FÉVRIER – 18 h – GENÈVE

À la Librairie Albatros à Genève, présentation du livre Milagro Sala, l’étincelle d’un peuple

Présentation du livre Milagro Sala, l’étincelle d’un peuple, de Alicia Dujovne Ortiz (Éditions des Femmes, 2017). Un récit littéraire et documentaire des mouvements populaires, leur criminalisation dans une Argentine néolibérale. À la librairie Albatros : 6 rue Charles-Humbert, 1205 Genève. Alicia Dujovne Ortiz réside en France et a participé à nombreuses rencontres pour la promotion de ce dernier livre. Plus d’informations

LECTURE SUR SITE

Rapports de l’association Prison Insider sur l’état des prisons dans la province de Buenos Aires en Argentine

Prison Insider (PI, une association française) a pour objet de faire connaître les conditions de détention et de promouvoir les droits et la dignité des personnes privées de liberté dans le monde. « Notre arme est pacifique et s’appelle l’information. Contre la violence des inégalités, de l’injustice et de la vengeance, faisons la promotion du droit et de la dignité. » PI a publié une fiche sur les conditions de détention dans les prisons de la province de Buenos Aires, rédigée par le Système pénitentiaire bonaerense (SPB), une section argentine de l’ancien Observatoire international des prisons (OIP). Les rapports sont disponibles sur la fiche pays ICI.

DU 8 AU 10 FÉVRIER

Festival de cinéma latino-américain à la Chapelle-Saint-Luc, près de Troyes

Festival de ciné latino au Centre culturel Didier Bienaimé, 25 bis avenue Roger Salengro à La Chapelle-Saint-Luc. Tous les films en VOSTF. Jeudi 8 février à 20 h : Chala, une enfance cubaine (Titre original Conducta), de Ernesto Daranas, suivi d’un débat avec Cédric Lépine, critique de cinéma. Vendredi 9 février à 20 h : La terre et l’ombre (La Tierra y la Sombra) du Colombien César Acevedo. Samedi 10 février à 17 h 30 : Une seconde mère (Qué Horas Ela Volta?), de la Brésilienne Anna Muylaert. Samedi 10 février à 20 h : Dans ses yeux (El secreto de sus ojos) de l’Argentin Juan José Campanella. 5 € la séance.

Nicolas Maduro convoque une présidentielle anticipée au Venezuela avant fin avril

Les Vénézuéliens se rendront bientôt aux urnes : le président Nicolas Maduro a demandé mardi l’organisation d’une élection présidentielle anticipée avant le 30 avril, alors qu’elle était prévue pour la fin de l’année. Le chef de l’État s’est dit « disposé » pour représenter son parti, le PSUV, au cours du prochain scrutin. Nous reproduisons ici un article d’Euronews.

Photo : Euronews

« Je suis au service de ce peuple. Si le Parti socialiste, si la force du grand peuple patriotique, si mes frères ouvriers, si la classe ouvrière, si les femmes, si les jeunes croient que je devrais être le candidat présidentiel de la patrie, des secteurs révolutionnaires qui aiment ce pays, alors je suis prêt à être ce candidat, si les forces sociales et politiques de la Révolution bolivarienne le décident », a déclaré Nicolas Maduro. Une annonce qui intervient alors que le Venezuela est englué dans une crise politique et économique qui paralyse le pays : l’inflation en 2018 devrait dépasser ainsi les 2 000 %. Mais face à Nicolas Maduro, difficile de trouver une opposition solide. Henrique Capriles, déjà deux fois candidats par le passé, avait été condamné l’an dernier à 15 ans d’inéligibilité pour « irrégularités administratives ». Quant à Leopoldo López, autre figure majeure de l’opposition vénézuélienne, il est aujourd’hui assigné en résidence pour avoir organisé des manifestations contre l’actuel président.

D’après Euronews

De leur côté, les ministres européens des Affaires étrangères ont décidé lundi de prendre des sanctions à l’encontre de sept personnes occupant des fonctions officielles au Venezuela, où la « situation ne cesse de se dégrader », ont-ils indiqué dans un communiqué. Ces personnalités, proches du président Nicolas Maduro, sont « impliquées dans le non-respect des principes démocratiques ou de l’État de droit et les violations des droits de l’homme » dans le pays. Les mesures en question comprennent une interdiction de pénétrer sur le territoire de l’Union européenne et un gel des avoirs. Elles ont été décidées car « la situation politique, sociale et économique au Venezuela continue de se dégrader et que les négociations entre le gouvernement et l’opposition n’ont pas encore donné de résultats concrets », indiquent les ministres de l’UE, rassemblés pour un Conseil à Bruxelles.

Dérive totalitaire

Ces derniers précisent que les sanctions visent à contribuer « à la recherche de solutions communes démocratiques susceptibles d’assurer la stabilité politique du pays et de lui permettre de répondre aux besoins pressants de la population ». En novembre dernier, les membres du Conseil, fustigeant la dérive autoritaire du président Maduro, s’étaient déjà accordés sur une série de sanctions ciblées, dont un embargo sur les livraisons d’armes. Outre les mesures prises à l’encontre de responsables du régime de Maduro, les ministres ont ajouté lundi dix-sept personnes à la liste de personnalités nord-coréennes faisant l’objet de mesures de gel d’avoirs et de restrictions en matière de déplacement. Ces sanctions ont été adoptées « pour maintenir la pression sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC) compte tenu de la poursuite et de l’accélération de son programme nucléaire et de son programme balistique ».

D’après le ministère des Affaires Étrangères

« La poésie de Parra est habitée par une mort joyeuse dont la gymnastique nous prépare à cette échéance absurde », Felipe Tupper

À l’occasion de la parution des splendides Poèmes et antipoèmes de Nicanor Parra, l’écrivaine Claire Tencin a interrogé pour Diacritik Felipe Tupper, le maître d’œuvre de cette indispensable anthologie bilingue qui vient de paraître au Seuil dans la collection de Maurice Olender. Tencin et Tupper s’interrogent ici sur les arcanes de l’œuvre clef du poète chilien de 103 ans, enfin traduite en français par Bernard Pautrat.

Photo : Proceso Mexique

Claire Tencin : « Moi la littérature me fait chier… autant ou + que l’antilittérature. » Pour planter le personnage, je commencerais par cette phrase-électrochoc d’un poème de Parra. Comment pourriez-vous définir le poète chilien : un provocateur, un génie ou un visionnaire ? 

Felipe Tupper : Parra réunit ses trois conditions. ll a réussi une entreprise de rupture et d’innovation qui touche les fondements de l’identité littéraire, pas seulement celle de la poésie. Il a ouvert des portes, réinstauré la force de la langue parlée dans toutes ses dimensions polyphoniques. Provocateur aussi, bien sûr, désacralisateur. Son entreprise a été considérée comme un “art de démolition”. Tout ce qui s’institutionnalise perd son sens originel. L’antipoésie dans les années 50 a secoué l’impasse où se trouvaient les avant-gardes. C’était une action complètement novatrice. Évidemment Parra a le sens de l’auto-dérision, il est conscient de sa débandade langagière, en rejetant le culte de l’anti-poésie et en prenant le lecteur comme le témoin permanent de sa propre remise en question. Il a compris très tôt la décomposition de son époque, de la politique, la fragilité des convictions.

L’auteur chilien Bolaño a campé la figure de Parra dans une formule qui est devenue célèbre : « Parra écrit comme s’il allait être électrocuté le lendemain ». Le poète est-il un condamné à mort en sursis ?

Oui, il n’y a plus de temps à perdre puisqu’on est condamné à mourir. La poésie de Parra est habitée par la mort, une mort joyeuse, l’écriture est une gymnastique pour nous préparer à cette échéance absurde. Bolaño dit aussi qu’il y a dans la poésie de Parra « des cercueils, des cercueils et des cercueils ».

Comment avez-vous été amené, Felipe Tupper, à entreprendre cette édition des œuvres complètes de Parra en français alors que le poète refuse aujourd’hui toute entrevue et « tourne le dos à la postérité » comme il le prétend ? L’avez-vous rencontré à Las Cruces où il vit ? 

En 2011, Parra a célébré ses 97 ans et a reçu le prix Cervantes en Espagne, un prix aussi important pour la littérature hispanophone que le prix Nobel. Quand il a été interviewé lors de cet événement, il a déclaré : « Je dois bien ça à Bolaño ! » Ça m’a rappelé une phrase que Bolaño avait prononcée une année avant sa mort prématurée alors qu’on le questionnait sur son rapport avec Nicanor Parra : « Je dois tout à Parra. » Nicanor doit la publication de ses œuvres complètes en espagnol au romancier chilien et au critique espagnol Ignacio Echevarría qui s’étaient associés en 2001 pour amadouer Parra. À l’instar de Borges, Parra croyait que les œuvres complètes allaient signer son arrêt de mort, qu’il allait mettre un pied dans son cercueil. C’était aberrant, malgré quelques tentatives avortées au début des années soixante, Parra n’était toujours pas publié en France.

J’ai voulu moi-même imiter mes prédécesseurs et créer les circonstances pour le faire publier en français. J’avais co-écrit et produit il y a quelques années alors que j’étais attaché culturel à l’Ambassade du Chili à Paris, une performance à la Fondation Cartier où les deux poètes Bolaño et Parra s’entretenaient dans un dialogue imaginaire. Pour moi, c’était une première étape pour faire connaître Parra en France. Avec ce premier coup d’essai, avec la Maison de l’Amérique Latine – François Vitrani en tête, nous avons proposé la publication de son œuvre à Maurice Olender aux éditions du Seuil qui a accueilli avec enthousiasme le projet. Il faut dire que je l’ai proposé aussi avec la traduction de Bernard Pautrat, qu’il avait entreprise il y a vingt ans sans réussir à le faire publier non plus. Mais il restait à convaincre Parra. Le poète n’ouvre pas sa porte facilement et son rapport avec la France a toujours été ambigu. J’ai obtenu finalement un rendez-vous et j’ai fait le trajet de Santiago à Las Cruces dans une incertitude totale et avec la peur au ventre. Oui, j’avais peur de rencontrer ce personnage. Les écrivains et les amis qui l’avaient déjà rencontré évoquaient le processus par lequel ils avaient été transformés comme dans un chaudron alchimique. J’avais la hantise de son ironie, la hantise de son âge – il allait avoir cent ans. En arrivant chez lui, il écoutait « la cueca apianá » (la cueca-piano), sous-genre de la musique traditionnelle chilienne ; elle semblait le captiver plus que ma visite. Cette musique populaire se joue dans les bars malfamés où se réunit la pègre. Il avait un vieil appareil à cassette comme il n’en existe plus. Il tambourinait et chantait et j’ai essayé de l’accompagner, bien maladroitement je dois l’avouer. Il me testait. J’avais conscience d’être ridicule mais j’ai joué le jeu. Il m’a provoqué en me demandant si je savais danser la cueca et je lui ai répondu très mal. Il s’est mis debout et a commencé à danser. J’étais mal à l’aise, je craignais qu’il ne tombe par terre en raison de son âge. Après cet exercice saugrenu, on a pu enfin entrer dans le vif du sujet. Après cinq heures de discussion, je suis reparti avec la sensation d’avoir avalé une drogue, la sensation d’avoir été transformé par son intelligence, son habilité à raconter les évènements de sa vie comme si c’était la première fois qu’il les racontait.

J’avais l’impression d’être un privilégié, un intime, d’avoir entendu les confessions d’un ami. On a très peu parlé du livre, il l’a contourné constamment. Je lui ai pourtant apporté le livre Poèmes humains de Cesar Vallejo, poète péruvien de référence pour Parra, publié dans cette collection avec un bandeau sur lequel était inscrit : « César Vallejo, le plus grand poète du XXe siècle en langue espagnole », signé Jorge Semprún. Il l’a regardé comme une provocation. J’ai enlevé le bandeau et lui ai tendu : « ça, c’est du marketing littéraire… et vous, vous êtes le plus grand expert en marketing littéraire ! » On a continué à parler sans aborder la publication puis enfin en lui montrant le livre je lui ai demandé ce qu’on allait faire. Il a frappé le livre et il a déclaré : « Quoi d’autre que d’aller de l’avant. »

Vous avez eu l’impression d’écouter un ami, dites-vous. Dans la poésie de Parra, le lecteur est constamment interpellé comme si le poète voulait le prendre à partie de la chose qui s’écrit. Comment l’interprétez-vous ? 

Parra parle à la solitude du lecteur avec une ampleur de registres où inévitablement il va se reconnaître. Dans ce sens, c’est une sorte de face à face qui s’opère dans la lecture. Son rapport à la poésie et à l’écriture est extrêmement terre à terre, concret, connecté aux éléments qui nous habitent au quotidien et nous préoccupent.

Son recueil Poemas y antipoemas publié en 1954 marque une rupture dans l’œuvre de Parra. Comment est né ce concept d’« anti-poésie » ? Donne-t-il suite à son engagement dans le mouvement qui s’était créé dans les années 30 pour mener « la guerre à la métaphore » ? 

Parra avait publié un seul livre, Cancionero sin nombre, 17 ans auparavant. Ce livre était dans la lignée de la poésie des années trente, très marqué par l’influence de Garcia Lorca, primé et reconnu, mais cela a provoqué la crise qui l’a mené à rechercher sa propre voie. Il a mis tout de même 17 ans à la trouver, si on peut dire. Au Chili, il y avait déjà eu un antécédent avec le magistral poète Huidobro qui se qualifiait lui même d’ « anti-poète » dans son célèbre poème « Altaigle ». Quand Parra entreprend la rédaction de ses antipoèmes entre 1938 et 1950, il n’a pas conscience qu’il est en train de créer quelque chose qui va devenir une sorte de concept. Il est dans un mouvement, dans une quête. Par la suite, il a formalisé sa démarche en expliquant que la poésie avait échoué dans une impasse dans les années 30 après les avant-gardes. La poésie hispanophone de ces années-là était devenue pour Parra une rhétorique qui tournait en rond et la prolonger conduirait tout droit au néant personnel. Il a entamé des recherches pour savoir d’où était issue cette poésie « de cour » et il l’avait située à la Renaissance. En remontant le temps, il a enfin retrouvé la vitalité de la poésie directe qu’il cherchait dans la poésie du Moyen-Âge, celle qui se pratiquait dans les foires. Mais le concept d’antipoème serait né devant une vitrine d’Oxford lorsqu’il a vu le livre d’un poète français Henri Pichette intitulé « Apoèmes ». Parra s’est dit qu’« antipoèmes » serait bien plus efficace.

Quels ont été les rapports de Parra avec le mythique et très célèbre poète chilien Pablo Neruda qui a obtenu le prix Nobel de la littérature en 1971 et plus largement avec les poètes de sa génération dont il semblait vouloir se démarquer ?

On pourrait écrire un roman sur les rapports ambivalents entre ces deux hommes. Neruda, de dix ans son aîné, monstre sacré universel, représentait aussi le point culminant de la tradition littéraire qui touchait à sa fin, selon Parra. Le Chili a été un laboratoire des guerrillas littéraires de toutes les tendances avant-gardistes, souvent provinciales. Il y avait des petits chef de gangs et deux ou trois grandes figures qui se disputaient la place de César : Vicente Huidobro, Pablo de Rokha et Pablo Neruda. Parra faisait déjà partie de la génération suivante et il s’est débrouillé pour passer entre les mailles des filets, dans l’ombre, jusqu’à un moment où il a pu imposer ses propres repères antipoétiques dans les années 50.

La poésie de Parra emploie une langue très oralisée, et quand je dis « employer » c’est parce que le poète revendique cet emploi de la langue qui circule dans la rue. Des formules, des stéréotypes, de la matière brute dont il s’empare pour les tordre et en déjouer le sens en les affectant ou plutôt en les infectant de son ironie, de son humour, de son cynisme souvent jusqu’à l’absurde. Pourriez-vous développer le travail de l’écrivain ? 

Je crois que toute sa démarche consiste à écrire cette poésie en directe. Comme un dialogue avec l’homme de la rue, un dialogue entre celui qui écoute et celui qui dit, ce qu’il appelle la poésie populaire. Cette poésie-là est vivante à tout instant et partout. La poésie de tout le monde. Parra était attentif à toutes les phrases et expressions parlées qui pouvaient déployer leur polyphonie et il a commencé à construire un univers en déconstruisant un autre univers. Le langage de tous les jours versus les signes hermétiques ou cabalistiques. La métaphore stylistique n’avait plus lieu d’être car la langue était déjà une métaphore en soi. Il utilise aussi n’importe quelle écriture publique. Il réclame dans un poème qu’on lui octroie le Prix Nobel de Lecture, lui l’éternel candidat au Prix Nobel de Littérature. Il se proclame lecteur idéal « des enseignes lumineuses », « des murailles de toilettes » ou « des pronostics du Tiercé ».

Mais sa poésie est aussi très sophistiquée. Il dit avoir compris que dans la langue espagnole l’hendécasyllabe, le vers à onze syllabes, représente le rythme naturel de la langue parlée. Tout est déjà là, à disposition. Alors il se met à tout mélanger, à introduire dans sa poésie tout ce qui traîne en le confrontant à un jeu de sens-non sens. C’est le traitement basique auquel il soumet la langue qu’il écrit. Mais le jeu qu’il impose est beaucoup plus complexe, car un antipoème n’est pas autre chose qu’un poème.

Felipe Tupper devant le Musée des Beaux Arts de Santiago (DR)

Le coq à l’âne est son dada, si je puis dire. Il saute d’un sujet à l’autre sans rapport logique. Est-ce seulement un jeu auquel se livre Parra pour désarçonner son lecteur ?

Parra appartient à une société ou une époque où la force de l’instabilité est permanente. Sa poésie exploite à l’extrême limite les comportements contradictoires de notre monde. Il faut apprendre à vivre dans la contradiction sans conflit, dit-il, c’est une condition pour pouvoir survivre. Parra est professeur de mathématiques et de physique. Il a exercé à l’université pendant trente ans. Il a appliqué à sa poésie les principes de l’indétermination et de la relativité de la physique quantique, que, disait-il, l’on devrait aussi appliquer à la philosophie et à la politique. Il a aussi adapté et adopté pour son écriture des théorèmes mathématiques simples : « économie de langage et économie de moyens ; obtenir le maximum avec le minimum ». Sa phrase se réduit à un théorème de la complexité de l’existence. C’est une poésie concrète et insaisissable comme le mouvement de l’existence. La menace de la matérialité est permanente ; le travail, le monde social, la pauvreté, et aussi l’amour et la mort questionnent tout simplement notre impossibilité à être.

Parra s’est beaucoup inspiré de la poésie anglaise. Qu’a-t-il reconnu en elle qu’il n’a pas reconnu dans la poésie française – qu’il critique d’ailleurs sans ménagement, et dans la poésie hispanophone ?

Pour Parra, le verbe du peuple c’est le verbe de Shakespeare. Quand il a séjourné en Angleterre pour étudier la cosmologie entre 1949 et 1951, il a commencé paradoxalement à s’éloigner de la physique de Newton car il est tombé dans la marmite de la poésie anglaise. Il fait souvent référence aux poètes métaphysiques, particulièrement à John Donne et au vers de son sonnet « Death, be not proud » (« Rabaisse ton orgueil, mort ») également à William Blake, Pound ou Elliot. Il a été happé par la force de cette poésie dont il entendait le parler familier à son oreille. Il a découvert une vitalité dans la poésie anglaise qui n’était plus dans la poésie espagnole ni d’ailleurs dans la poésie française. Je crois que c’est ce qui l’a subjugué. T.S. Eliot par exemple avec son mélange d’espace quotidien et de détournement spirituel. Il a même, bien plus tard, traduit Shakespeare en espagnol et sa traduction est considérée comme un monument dans le genre, réécrite dans une langue simple et puissante, audible à tout le monde. En 1963, il a écrit El Manifiesto, une espèce d’art poétique humaniste, libertaire et une déclaration de guerre où il explique toute sa conception de la poésie. Mais après la publication des Poèmes et antipoèmes en 1954, il perd les mots. Il devient aphone pendant quelques années. Il a expliqué par la suite en bégayant : je-ne-pouvais-pas-parler-d’un-trait. Les mots étaient coupés les uns des autres. Il a vu un psychiatre, il a suivi une thérapie. Quand il a eu la certitude que ses poèmes pouvaient être lus et entendus, que sa poésie avait inauguré une conversation avec le lecteur, alors il a récupéré la parole. Après avoir été reconnu par le public comme une force de frappe conversationnelle, il a pu enfin reparler.

Parra a produit également dans les années 70 des « artefacts », des images associées à des phrases lapidaires, dont l’humour et la provocation semblent vouloir dépasser la déconstruction de la langue qu’il a déjà entreprise dans ses antipoèmes. N’était-ce qu’un divertissement ou véritablement un outil supplémentaire pour poursuivre sa recherche poétique ?

Loin d’un divertissement, Parra, en désespoir de cause, a toujours innové d’un livre à l’autre son rapport conflictuel avec le sujet poétique. Ce sont 242 cartes postales qui rompent avec la structure traditionnelle du livre comme avec le discours antipoétique lui-même. Chaque carte postale porte dans son recto un « artefact » où fusionnent un texte et un dessin de l’artiste Juan Tejeda. Ces cartes postales devaient être utilisées comme telles et par là elles marquaient un pas définitif vers la dissolution de l’identité du moi dans le discours. On ne sait pas qui parle, qui envoie ce message, et le but est de générer un degré maximal de tension entre l’auteur et le récepteur de ce moi désincarné. C’est une subversion du concept de livre, mais aussi l’altération du système de diffusion, du fait qu’il était possible de les disperser comme cartes postales partout dans le monde. Cet ensemble, textes et images, dépasse son caractère circonstanciel, il atteint le lecteur comme « des éclats de grenade », selon Parra lui-même, « c’est l’explosion de l’antipoème ». Il suffit de citer pour exemple « La gauche et la droite unies jamais ne seront vaincues ». Dans les années 70 dans le contexte politique chilien et mondial, cette déclaration était d’une audace folle. Dans son œuvre, les Artefacts représentent la pointe de l’iceberg du versant de sa “poésie visuelle”. Parra est considéré comme l’un des grands poètes visuels de la langue.

Bernard Pautrat, le traducteur de Parra, a réalisé un travail remarquable. Pourtant il déclare que Parra est au fond intraduisible. Vous avez participé à la relecture de cette traduction, pourriez-vous expliquer quelles sont les difficultés que soulèvent une écriture comme celle de Parra ?

C’est intraduisible et pourtant il a été traduit. Je considère que c’est une très belle traduction pour rendre la langue parlée de Parra en français. Bernard Pautrat a connu Parra dans les années 90 dans des circonstances privées et il a exprimé au poète son désir de le traduire. Parra l’a nommé son traducteur officiel en français et Pautrat s’est pris au jeu de ce défi. Pendant 20 ans, il a travaillé à cette traduction avec une maîtrise parfaite de la technicité de la poésie.

Mais les difficultés se sont surtout dressées devant le contenu de la langue parlée de Parra. Cela a impliqué par exemple de revoir l’usage du passé simple espagnol qui est très familier et le passé simple français qui est plutôt désuet dans la langue parlée. Il faut être extrêmement attentif, la moindre tournure peut produire un contresens. Il y a énormément d’ambiguïté sémantique dans la poésie de Parra, de double sens, de l’argot, sous une apparence de simplicité totale. Dans la phrase espagnole, on peut entendre plusieurs sens que l’on n’a pas pu forcément restituer en français. Lorsque Parra écrit « La poesía terminó conmigo » on entend 1) La poésie avec moi, c’est fini. 2) La poésie m’a tué 3) La poésie a rompu avec moi. C’est la première solution qui a été retenue. Cette ambiguïté sémantique est très riche et déstabilise le lecteur qui la perçoit. Parra a changé la destinée de la poésie qu’il a déconstruite pour la reconstruire, de la même façon que Cervantes dans le Don Quichotte démonte la réthorique de la tradition chevaleresque pour libérer la langue littéraire. Parra a buté bien évidemment sur pas mal d’obstacles. Les avant- gardes étaient entrées au musée, il ne voyait plus comment combattre le musée. En tant que poète populaire, il s’est donné la mission de sauvegarder la parole du peuple en dehors du musée. C’est une démarche finalement politique.

Le cinéaste franco-chilien Raúl Ruiz a parlé de « degré zéro de la chilénité » en évoquant l’œuvre de Parra. Pourriez-vous clarifier ce propos ? 

Il faudrait se demander alors ce qu’est la « chilénité » et moi je suis incapable de répondre à ça. Le style de Parra justement est celui d’une écriture libre ou libérée de son histoire, même s’il est profondément lié à cette chose insaisissable qu’est la chilénité. C’est dans ce rapport à la langue qu’on peut entendre Parra, il fait table rase d’un passé, et dans ce sens là il peut être considéré comme le « degré zéro de la chilénité ». Il a inventé un langage qui pourtant a toujours été là. Dans ce sens, il ne peut pas échapper à la notion de style, mais son style est intrinsèquement lié à l’état des choses et du vécu. Sa poésie est cosmopolite. Il s’inscrit dans un présent dont il prend pleinement possession. Parra ne parle pas d’un monde imaginaire mais du monde tel qu’il est.

Cependant il a écrit le poème « L’homme imaginaire ».

Oui, c’est très intéressant. Il y a énormément d’auto-portraits dans son œuvre qui sont en vérité des faux semblants, pour se rendre insaisissable. Mais dans ce poème-là, il décrit une situation très générale ou universelle, et le lecteur s’identifie à cet homme imaginaire qui n’est au fond qu’un homme ordinaire. Parra a écrit ce poème noyé dans le marasme, il a 64 ans, il achète une maison pour disparaître, suite à une histoire d’amour qui s’est mal terminée. Il est dans un état de désespoir absolu. Ce qui l’a sauvé, c’est l’écriture de ce texte qu’il dit avoir écrit avec un pistolet sur le bureau.

Bolaño dit que Parra écrit « sur les mots condamnés à se disperser comme la tribu est condamnée elle aussi à se disperser ». Dans votre postface, vous-même vous écrivez que le poète ne s’est jamais écarté des « mots de la tribu ». Pourriez-vous clarifier le sens de votre formule et pour reprendre la citation de Bolaño expliquer en quoi les mots de la tribu sont-ils condamnés à disparaître.

Qu’est-ce qui va rester de la poésie ? De la littérature ? La postérité de la littérature est un non-sens… Il y a 600 nouveaux romans dans cette rentrée littéraire ! Est-ce qu’il y en aura un ou deux parmi eux qui perdureront dans 5, 30 ou 50 ans ? Comme disait Henry Miller, “le cancer du temps nous dévore, on doit marcher vers la prison de la mort”. Parra incarne les mots de sa tribu et de son époque, il sera encore lu dans 100 ans, c’est fort probable. Mais il a le culot de nous asséner une vérité : « La première condition de tout chef-d’œuvre, passer inaperçu. » Nous ne sommes plus dans le XIXe siècle des magnifiques auteurs de feuilletons mais dans le XXIe siècle de la robotique et des séries B. Enfin, on est même pas sûr que dans 200 ans l’homme sera encore sur cette terre.

Parra est-il finalement un poète populaire ? Lisible, j’entends ?

Il y a des exemples de poètes qu’on peut appeler populaires comme Neruda, très reconnu, admiré, et engagé… mais sa poésie est héroïque, lyrique, distante même si elle se veut « la voix du peuple ». L’antipoésie est une opération énorme. Dans ce sens, elle incarne littéralement la voix du peuple, sa parole, l’humour noir propre au chilien et la dérision de notre condition humaine. Parra est admiré au Chili comme une star de foot tout autant que l’Académie qui l’a sacralisé. Mais il est difficile de cerner s’il est largement lu. Dans le Chili d’aujourd’hui, on lit peu, les indices de lecture sont parmi les plus faibles du continent latino-américain, tandis que c’est le pays qui se porte sans doute le mieux d’un point de vue économique. Parra, malgré son apparente simplicité, a un discours très élaboré. Mais malgré sa popularité est-il véritablement lu ? C’est une autre histoire. Dans tous les cas, il continue à influencer en permanence l’écriture des nouvelles générations. Parra est salutaire pour la littérature en général, pour la poésie et pour la vie tout court. L’humour a pris sa place dans la poésie, ce qui impose une distance salutaire avec le pathos d’un « je » lyrique. C’est comme s’il voulait nous dire « on va pas se prendre au sérieux quand même ! ».

Claire TENCIN

Nicanor Parra, Poèmes et antipoèmes. Anthologie, Préface de Philippe Lançon, traduction de l’espagnol (Chili) de Bernard Pautrat, édition de Felipe Tupper, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », juin 2017, 684 pages, 34 €. – Claire Tencin, auteure de Je suis un héros, j’ai jamais tué un bougnoul, éd. Le Relief en 2012, Aimer et ne pas l’écrire, Montaigne et Marie en 2014 et Le silence dans la peau en 2016, éd. Tituli.  – Site : Diactritik ici

Le Brésil est-il un État de droit ou un État de droite ? Retour sur la condamnation de Lula da Silva

L’ancien président et candidat présidentiel aux élections d’octobre, Lula da Silva, a été condamné en première instance à une peine de prison de 9 ans par le juge Sergio Moro. En appel devant le tribunal fédéral régional de Porto Alegre, cette peine a été confirmée et alourdie à 12 ans d’emprisonnement par trois juges. Sur simple « conviction » et sans aucune preuve…

Photo : UOL

Le récit, selon la terminologie utilisée désormais par les médias, présente les auxiliaires de la Loi comme des justiciers, agissant en pleine indépendance pour faire respecter le droit par tout le monde sans tenir compte de leur position sociale. Un ancien président, toujours selon ce discours, ne peut bénéficier d’aucun passe-droit. Il s’agit de justice et non de politique et d’élections. Il est malgré tout permis et même recommandé de s’interroger, même si ce questionnement paraît incongru tant la justice bénéficie en général d’une aura quasi religieuse. On sait pourtant qu’il arrive aux juges de se tromper. On l’a vu en France avec l’affaire d’Outreau. On a peut-être oublié que dictatures et régimes autoritaires de tout poil ont toujours fait appel à la loi et au droit pour sanctifier leurs décisions. C’était le cas au Moyen-âge avec les tribunaux de l’Inquisition. Les tribunaux révolutionnaires condamnaient à mort au nom de la Loi. Le nazisme, le fascisme, le vichysme, le franquisme, ont toujours pris soin de recourir au juge pour faire valider leurs atteintes aux droits de la personne humaine et à la vie. Un autre juge brésilien, Rubens R. R. Casara [1]  a récemment rappelé que « l’État fasciste italien, ou l’État nazi allemand se présentaient comme des États de droit [..] Le droit, ajoute-t-il, était utilisé pour masquer les relations de domination et d’exploitation économique ».

Le Brésil n’est pas redevenu un État militarisé et dictatorial, mais…

Mais les conditions de mise en examen de Lula, le contexte de la condamnation, cela dit, ont largement mordu sur les règles communément admises par le droit des pays démocratiques. Rappelons que Lula a été conduit manu militari en mars 2016 à 6 h du matin pour son premier interrogatoire sans avoir reçu au préalable de convocation par voie postale. La presse avait, elle, été informée par la justice. Ses communications téléphoniques, y compris avec la présidente Dilma Rousseff, ont été mises sous écoute hors de toute autorisation préalable du Tribunal suprême. Il a été condamné sur l’intime conviction des juges Victor Laus, Joao Pedro Gebran Neto, Leandro Paulsen, d’avoir bénéficié d’un appartement offert par l’entreprise de travaux publics OAS en échange de contrats de gré à gré. Intime conviction parce que l’appartement n’appartient pas à Lula ou à un membre de sa famille, mais à l’entreprise OAS. Les juges n’ont pu présenter aucun document permettant d’attribuer la propriété de ce bien à l’ancien président. Le principal élément sur lequel s’est appuyée l’accusation est le témoignage d’un ex-cadre condamné de la société OAS, qui a pu ainsi comme le prévoit la loi brésilienne, bénéficier d’une remise de peine. C’est donc la présomption de culpabilité qui a été appliquée et non la présomption d’innocence.

Selon un scénario pour le moins étrangement accéléré, Lula a été condamné en première instance en juillet 2016. Il a fait immédiatement appel devant le Tribunal fédéral de Porto Alegre (TRF4). Selon un magistrat qui connaît bien ce tribunal, les procédures qu’il traite en appel mettent souvent plusieurs années avant d’être inscrites à l’ordre du jour. Qui plus est, le TRF4 a fermé ses portes pour les fêtes de fin d’année jusqu’au 22 janvier 2018. Le dossier de Lula a été l’un des premiers traités en 2018, dès le 24 janvier. Qui plus est, le président du tribunal avait publiquement signalé, contrairement à tous les usages en la matière, que la sentence rendue par son collègue Sergio Moro était exemplaire. Les préjudices financiers attribués à la corruption de l’ex-président et de son parti politique, le PT (Parti des travailleurs), à supposer qu’ils soient fondés dans leur totalité, se monteraient à un milliard de Reais (soit environ 330 millions d’euros). Afin de restituer cet argent au contribuable, la maison, les deux voitures et le plan retraite de Lula ont été saisis.

En parallèle, les affaires de corruption se multiplient

Les affaires de corruption concernant le président Michel Temer (PMDB), le sénateur Aecio Neves (PSDB, candidat aux présidentielles de 2014), ou Gerardo Alckmin, soit n’intéressent pas la justice, soit bénéficient d’une protection politique garantie par le vote des députés et sénateurs PMDB, PSDB et de leurs amis. En revanche, il est clair que cette chasse aux sorcières relayée par le puissant groupe médiatique Globo, les hebdomadaires lus par les « élites » brésiliennes, et les églises évangélistes, fabriquent un discours propagandiste destiné à démoniser le PT et, au-delà, toute forme de démocratie sociale. L’heure, dit-on dans les couloirs du pouvoir actuel, politique comme économique, et dans les médias, est au réalisme. On ne peut pas dépenser plus que ce que l’on gagne. Il faut équilibrer le budget. L’équilibre est recherché en rompant avec les politiques antérieures. Le Code du travail a été « flexibilisé », les budgets sociaux révisés à la baisse, comme les investissements de l’État, un plan de réforme des retraites est en projet. Les universités sont en situation de faillite. Les fleurons de l’économie nationale sont déstabilisés ou bradés aux sociétés étrangères, comme les champs pétroliers de Petrobras ou la société de construction d’avions Embraer. La pauvreté est de retour. La fragmentation sociale est génératrice de violences et d’intolérances. La bourse à l’annonce de la condamnation de Lula a fait un bond révélateur. La sentence permet en effet d’écarter le candidat de gauche le mieux placé pour la présidentielle d’octobre. Il est vrai que la sociologie du corps judiciaire brésilien est plus proche de celle des « élites » économiques que du Brésilien de base. Le quotidien O Globo a publié le 17 décembre 2017 une enquête sur le salaire moyen d’un juge. Le plafond légal déjà élevé est de 33 763 Reais (environ 11 000 euros). Selon cette enquête, 71% des magistrats dépasseraient ce plafond.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

[1] Rubens R. R. Casara, « Estado pos-democratico », Rio de Janeiro, éd. Civilizaçao brasileira, 2017, p. 59-60.

« Canne à sucre en Caraïbe. Héritages et recompositions » : une étude coordonnée par Modesta Suárez et Jean-Christian Tulet

Revue consacrée à l’aire culturelle latino-américaine, Caravelle se veut résolument interdisciplinaire ; ses pages sont donc ouvertes aux historiens, aux géographes, aux sociologues, aux linguistes, aux historiens de la littérature et, en général, à tous les spécialistes des sciences de l’homme et du langage. Caravelle présente dans chacun de ses numéros des articles critiques, des résultats de recherches, des interviews d’écrivains, ainsi que des textes inédits dus aux plus grands noms des lettres de l’Amérique latine. Le numéro 109 est consacré à la production de canne à sucre en Caraïbe et à ses représentations.

Photo : Caravelle/People Bokay

Associées à un système particulièrement coercitif, peu de spéculations agricoles ont engendré une configuration socio-spatiale aussi spécifique que celle de la canne à sucre. Produit pondéreux, relativement bon marché, mais à forte demande, les coûts de productions devaient, et doivent, donc se situer au plus bas possible, avec des points d’exportations les plus proches des lieux de production. Les conditions historiques, tout autant que les conditions de production (avec des règles strictes, excluant tout autre activité) ont fait que cette canne a été un des produits permettant la mise en place de la grande plantation esclavagiste, la main d’œuvre africaine s’avérant la moins onéreuse. Ce système dérive de celui mis en place dans le monde méditerranée et cela dès le Moyen Âge. Toutefois son expansion, on peut même dire son épanouissement, n’a jamais été aussi évident que dans la Caraïbe. C’est là qu’il a engendré des rapports sociaux spécifiques, profondément inégalitaires, et une culture génératrice de discours, d’images, de représentations, qui vont du politique au littéraire.

Modesta Suárez est professeure de littérature latino-américaine, membre de Framespa (UMR 5136), université Toulouse – Jean Jaurès. Spécialiste de littérature contemporaine et, en particulier, de poésie, elle a publié, entre autres, Trillar lo invisiblePoesía y pintura en la obra de Blanca Varela (Universidad Veracruzana, 2012).

Jean-Christian Tulet, directeur de recherche émérite, ancien membre de Géode (UMR 5602), université Toulouse – Jean Jaurès, est géographe, spécialiste du monde rural tropical et, en particulier, latino-américain. Il a publié, entre autres, un Atlas élémentaire du monde rural latino-américain (PUM, 2006) et plus de cent cinquante articles, ouvrages ou chapitres d’ouvrages.

D’après la revue Caravelle

Les histoires sombres de la dictature argentine dans « Double fond » d’Elsa Osorio

En 2000, Luz ou le temps sauvage avait marqué une date dans la création argentine. Après plusieurs romans réussis, Elsa Osorio provoque un nouveau choc, littéraire mais aussi émotionnel, avec Double fond, une histoire en rapport avec la période sombre des années 80 en Argentine, qui touche ce qu’il y a de plus humain en chaque lecteur. Entre 1976 et 2006, entre Buenos Aires, la Bretagne et Paris, la romancière crée une atmosphère trouble qu’elle fait parfaitement partager à ses lecteurs.

Photo : Infobae/Éditions Métailié

1984 : une militante montonera est séquestrée avec Matías, son fils de trois ans, dans la sinistre ESMA, le centre de détention de l’armée argentine alors au pouvoir. Elle est torturée et « retournée » contre la promesse de garder son enfant en vie. Devenue agent double, dont tout le monde se méfie, elle est envoyée en France pour espionner un groupe d’opposants à la dictature.

2004 : un corps de femme est retrouvé sur une plage française, près de Saint-Nazaire. Muriel, jeune journaliste attachée aux faits divers, prise de doute sur l’éventuel accident, se plonge dans l’histoire récente de l’Argentine, pensant voir un très lointain rapport avec les origines du docteur Le Boullec, la noyée de la plage.

Le début du roman semble confus : on doit naviguer parmi les noms, les surnoms et les pseudos des militants, mais on se retrouve vite littéralement aspiré par les mystères qui s’empilent, le passé de Marie Le Boullec, celui de Soledad (que cache ce prénom ?), celui d’une autre femme qui interfère dans les recherches de Muriel. Le mystère est multiple, beaucoup de points ne sont compris ni des personnages qui enquêtent, ni du lecteur… Mais le lecteur a un avantage : il sait que, en avançant dans sa lecture, tout se clarifiera.

Double fond est un roman exigeant : il demande à son lecteur une attention sans faille. Il lui faut bien identifier les multiples personnages, les lieux qui se succèdent, les faux semblants, simulés ou réels, de la protagoniste, qui n’est qu’une des victimes de l’amiral Massera, l’un des membres de la junte militaire, une de ces victimes qu’il a voulu « retourner », pour les associer à son projet politique. La mystérieuse protagoniste centrale, esclave ou consentante, a participé à cette action, qui a même impliqué un temps Valéry Giscard d’Estaing quand il était président de la République. Politique et psychologie se rejoignent dans le destin de ces victimes comme dans le roman.

Peu à peu, en découvrant les activités de la femme en Argentine et en France, on se rapproche d’elle, même si elle garde une bonne part d’opacité (qui est un des atouts du roman), qu’elle est bien obligée de conserver pour survivre. On se rapproche aussi de Muriel, la journaliste bretonne, et de son cercle immédiat, ceux qui l’aident dans ses enquêtes et tentent de lever le mystère de l’existence multiple de la morte pendant les vingt dernières années.

Tout bien sûr se résout dans les derniers chapitres, ce qui laisse une forte impression d’avoir navigué à travers les années noires de l’Argentine, mais sans quitter la partie humaine, douloureuse, sensible, des faits. La souffrance des êtres enfoncés dans les horreurs de la dictature ne leur ôte pas leur volonté de vivre, au contraire, belle leçon pour chacun de nous.

Christian ROINAT

Double fond de Elsa Osorio, traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry, éd. Métailié, 400 p., 21 €.

Elsa Osorio en français : Luz, ou le temps sauvage / Tango / Sept nuits d’insomnie / La Capitana, éd. Métailié.

Marichuy, la voix des peuples indigènes, possible candidate aux prochaines présidentielles

María de Jesús Patricio, surnommée Marichuy, est la femme indigène d’origine nahual désignée par le Conseil national indigène (CNI) du Mexique comme porte-parole de la cause indigène. Soutenue par l’Armée zapatiste et les peuples zapatistes, elle est la voix des 52 ethnies indigènes qui composent le CNI. Marichuy mène aujourd’hui une campagne dans tout le pays dans le but de collecter des signatures pour figurer comme candidate indépendante aux prochaines élections présidentielles ; mais le véritable objectif de cette campagne est de diffuser le projet indigène qui aspire à transformer l’actuel paysage politique du pays.

Photo : Francisco Sandoval/Animal Político

Le 1er juillet prochain auront lieu au Mexique les élections fédérales qui entraîneront le changement de président, ainsi que des 128 sénateurs et des 500 députés. C’est à cette occasion que sera appliquée pour la première fois la réforme électorale votée en 2014 ; celle-ci représente une rupture avec le système de partis qui a perduré pendant 70 ans dans le pays. Cette réforme électorale permet désormais à tout citoyen mexicain n’appartenant à aucun parti politique de se présenter aux élections en tant que candidat indépendant si celui-ci recueille les signatures requises, c’est à dire les 1 % des citoyens inscrits sur les listes électorales, ce qui équivaut au moins à 866 593 signatures, qui doivent elles-mêmes provenir au minimum de dix-sept États. D’autre part, les candidats indépendants devront financer eux-mêmes leur campagne.

Parmi les quatre-vingt-six citoyens qui cherchent à récolter les signatures demandées figure María de Jesús Patricio alias Marichuy qui se positionne à la cinquième place avec 14 % des signatures requises recueillies. Marichuy, 57 ans, d’origine nahual, pratiquante de la médecine traditionnelle, incarne le discours indigène sans être membre d’aucun parti politique et est en fait bien plus une porte-parole indigène qu’une candidate indépendante qui aspire à la présidence. Elle affirme qu’obtenir toutes les signatures n’est pas son objectif principal. Même si celui-ci reste important, le défi majeur de Marichuy et du CNI est de propager son projet à travers le pays et de rendre visible ce qui se passe parmi ces peuples. « On veut que ce soit le peuple qui commande et le gouvernement qui obéisse », affirme Marichuy.

Parce que, comme elle le déclare, « le changement ne viendra pas de ceux qui se trouvent en haut », le projet politique de Marichuy propose une forme de gouvernance qui organiserait le pouvoir d’en bas, c’est-à-dire avec le peuple, de tous les secteurs de la société. Indépendamment du succès ou de l’échec de sa candidature, son projet s’organise de façon thématique et collective, les points les plus importants à relever de son discours étant l’accès à la terre, le territoire, l’autonomie, la justice, les conditions migratoires et les déplacements forcés, le travail et l’exploitation, la place de la femme dans la société, la diversité sexuelle, les projets capitalistes au détriment de la terre, la corruption… La lutte menée par Marichuy ne concerne pas seulement les indigènes ; elle s’adresse aussi à tous ceux qui se sentent marginalisés ou exploités et qui considèrent qu’il est temps de reconstruire le pays avec le peuple.

C’est la première fois qu’une telle force indigène apparaît sur la scène politique mexicaine. La voix de Marichuy concrétise la présence et les revendications des collectivités indigènes en en faisant un projet électoral. Ce projet qui vise à unifier les peuples est encore loin d’atteindre son objectif, avec seulement 14 % des signatures requises. Néanmoins, chaque signature obtenue est un pas en avant pour rendre la problématique indigène, déjà présente au Mexique depuis des siècles, enfin visible.

Karla RODRÍGUEZ

Tournée internationale du président argentin Mauricio Macri initiée à Moscou et achevée à Paris

Selon l’Indicateur du Climat Économique (ICE), élaboré par la Fondation Getulio Vargas et l’Institut d’Études Économiques de l’Université de Munich, l’Argentine se trouve en tête des pays latino-américains avec le meilleur « climat » pour les investissements commerciaux. Le président Mauricio Macri profite de ce contexte économique favorable pour faire une tournée internationale, initiée le 23 janvier en Russie et suivie à Davos et Paris.

Photo : Maksim Blinov/Sputnik

Dans cette conjoncture favorable à son projet politique, le président argentin Mauricio Macri a reçu, en novembre dernier, la médaille d’or de la Société des Amériques au siège du Conseil des Amériques de New York. Cette distinction lui a été conférée par son « leadership transformateur dans la République Argentine et dans toute la région ». Dans ce sens, Bill Rohdes, le président du Council of the Americas, a déclaré que « depuis son élection, [Macri] a stabilisé l’économie, ce qui entraîne des effets bénéfiques pour la croissance du pays et sa réinsertion dans l’économie globale ». Or, si les perspectives sont bonnes, les prémices d’une relance de l’économie argentine se confirmeront-elles ? Il est trop tôt pour le dire. Cependant, bien que les inégalités sociales soient encore sévères, deux ans après son élection, le président Mauricio Macri semble avoir réussi à consolider les bases de son programme.

C’est dans ce contexte marqué par la restructuration de l’économie et l’effondrement du populisme kirchneriste, balayé par les scandales de corruption et de « trahison à la patrie » de la part de l’ex-présidente Cristina Kirchner, que s’inscrit la tournée internationale initiée le 23 janvier par le chef d’état Argentin. La première étape du voyage s’est déroulée à Moscou, où Macri a assisté à la cérémonie d’inauguration de la « Place de la République Argentine », située au centre de la capitale, à proximité de l’ambassade du pays sud-américain. Cet acte officiel répond à celui qui a eu lieu en septembre dernier à Buenos Aires, où une place a été baptisée « Fédération Russe ».

Dans la même journée, le président Vladimir Poutine et le président Argentin, qui par ailleurs est le premier chef d’État de son pays à se rendre en Russie, ont mené des négociations sur des accords bilatéraux et des problèmes internationaux. Le service de presse du leader russe a souligné que les parties se sont mises d’accord pour « discuter des questions de développement de la coopération russo-argentine globale, d’un partenariat stratégique dans les domaines politique, économique, culturel et humanitaire, ainsi que l’échange de points de vue sur des questions d’actualité de l’agenda international ».

Pour Poutine et Macri, ce n’est pas un premier contact. Les dirigeants des deux pays se sont rencontrés pour la première fois en septembre 2016 en Chine sur les champs du sommet du G20. À cette occasion, le président Argentin s’était prononcé en faveur d’un renforcement de la coopération avec la Russie, en particulier dans le domaine de l’énergie. Et en effet, les possibilités offertes par l’Argentine suscitent l’intérêt des russes notamment en matière d’énergie nucléaire, d’hydroélectricité et d’industrie minière, en particulier du gaz naturel et du lithium. Macri s’est montré rassurant devant les PDG des plus importantes entreprises et potentiels investisseurs : « l’Argentine a opéré depuis deux ans un changement politique profond. Nous nous sommes éloignés d’un régime populiste qui allait nous mener au bord d’une nouvelle crise économique très importante, et maintenant nous pouvons dire que l’économie est en ordre ».

Sur le plan diplomatique, l’ambassadeur de l’Argentine à Moscou, Ricardo Lagorio, a remarqué que cette réunion ouvrira un grand programme d’échange de visites réciproques en 2018 : Macri prévoit de se rendre en Russie lors du championnat du monde de football en juin et, de son côté, Vladimir Poutine visitera l’Argentine fin novembre pour participer au sommet du G20 à Buenos Aires. La Russie a été le premier arrêt international de la tournée du président argentin, qui a ensuite poursuivi son voyage en Suisse, où il participe actuellement au forum économique Mondial de Davos. La prochaine étape donnera un nouvel élan à la coopération franco-argentine avec la réunion prévue à Paris avec Emmanuel Macron  le vendredi 26 janvier.

Eduardo UGOLINI

Entre référendum, démission, affaire Assange et plan social : retour sur l’actualité équatorienne

Les dernières nouvelles depuis l’Équateur mettent le pays au premier plan de la scène internationale. La nationalité équatorienne pour Julian Assange, la démission de Rafael Correa de son parti Alianza País, la fièvre de la préparation de la consultation populaire le 4 février, et le plan social de Lenín Moreno.

Photo : Julien Assange, Rafael Correa/Wikileaks

Contre toute attente, au vu de ses propos pendant la campagne présidentielle, et bien qu’il considère Assange comme un hacker, le président de l’Équateur, Lenín Moreno, a maintenu la défense du fondateur de Wikileaks en reprenant l’argument de Correa selon lequel il doit être protégé pour éviter toute atteinte à son intégrité. Mais le scénario ne se passe pas comme prévu, le Royaume-Uni ayant rejeté la demande de l’Équateur d’accorder un statut diplomatique à l’activiste informatique, l’empêchant ainsi d’accéder au privilège de l’immunité. Le gouvernement équatorien cherche actuellement d’autres alternatives. La ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa a mentionné, entre autres, une éventuelle médiation devant les organisations internationales. « Toute alternative sera réalisée dans le strict respect des normes du droit international et en dialogue avec le Royaume-Uni » , a-t-elle assuré, rappelant les bonnes relations que l’Équateur entretient avec lui.

On rappelle que Julian Paul Assange, né le 3 juillet 1971 à Townsville, est un informaticien et cybermilitant australien, fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de WikiLeaks. Il a publié, sur le site WikiLeaks (« leaks » signifie « fuites » en anglais), plusieurs millions de documents confidentiels relatifs aux modes opératoires de l’armée américaine en Irak, et a également dénoncé les circuits de corruption des dictateurs africains ou de certaines compagnies russes offshore. Il fait l’objet de poursuites judiciaires pour espionnage, menées par les autorités américaines, qui l’exposent à une peine de prison à vie, et potentiellement à la peine capitale. Chelsea Manning, membre de l’armée américaine et principale source des documents publiés sur Wikileaks (avant son changement de sexe, elle était Bradley Edward Manning, de sexe masculin), a été condamnée à 35 ans de prison pour espionnage ; le président Obama a réduit cette peine à la fin de son mandat. Devant la menace d’une extradition aux États-Unis, elle vit réfugiée à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

Démission de l’ex-président Rafael Correa de son parti

Rafael Correa, quitte le parti Alianza País (AP), qu’il avait créé en 2006 et avec lequel il a gouverné pendant 10 ans (2007-2017) et ce, après la décision du tribunal électoral équatorien de maintenir le président Lenín Moreno à la direction actuelle du mouvement. « Mais les convictions, les gens, la Révolution et le futur sont avec nous »,  a-t-il déclaré sur son compte Twitter. Sa démission, attendue, marque un point de non-retour dans la lutte pour le pouvoir que l’ancien président entretient avec son successeur à la présidence, et ancien vice-président, Lenín Moreno. La députée Gabriela Rivadeneira, alliée de Correa et qui a également quitté le parti, a ajouté que Correa prendra la tête d’une nouvelle formation, « la Révolution Civique ». Mais le conseil électoral équatorien a refusé le 16 janvier l’enregistrement du nouveau parti de Correa, en faisant valoir « des violations légales et réglementaires ». Quoi qu’il en soit, si le « oui » l’emportait à la consultation populaire du 4 février, et ratifiait donc l’impossibilité de se représenter à vie, Correa n’aurait plus aucune option pour reprendre le pouvoir.

La consultation populaire se prépare

En prévision du référendum, le Conseil national électoral (CNE) de l’Équateur a effectué ce dimanche 21 janvier une simulation de vote pour garantir son bon déroulement. Une seconde simulation est prévue le dimanche 28 janvier. Celles-ci visent, entre autres, à apprécier la capacité des invalides à aller voter, l’accessibilité au vote dans les régions les plus isolées uniquement joignables par voie fluviale ou aérienne, le bon fonctionnement du matériel (scanners), pour ne pas retarder de 3 ou 4 jours le résultat, comme cela a déjà pu se produire. Des observateurs invités par le CNE appartenant à l’Union des nations sud-américaines (Unasur), à  l’Organisation des États américains (OEA), à l’Union interaméricaine des organisations électorales (Uniore) et à l’Association mondiale des organisations électorales (OEA) participent à ces simulations. Rappelons que ce sont 13 026 598 électeurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays qui auront le droit d’aller aux urnes le 4 février, 395 178 d’entre eux étant enregistrés à l’étranger.

Le plan social de Lenín Moreno

Dans le cadre du programme social de Lenín Moreno, la vice-présidente María Alejandra Vicuña a présenté le mardi 16 janvier le projet « Moins de pauvreté, plus de développement » qui vise à réduire la pauvreté de 5 % dans le pays d’ici l’année 2021. C’est son premier acte officiel en tant que vice-présidente. Avec ce projet, l’État augmentera ce que les bénéficiaires du Bonus de développement humain reçoivent, selon leurs conditions familiales, et pourra atteindre jusqu’à 150 dollars. Les principaux déterminants du montant que recevra chaque bénéficiaire seront le nombre et l’âge des enfants dans le ménage, et le statut socio-économique du noyau familial. L’État devrait investir 64 millions de dollars dans ce projet, pour « empêcher des milliers d’enfants de travailler. Les enfants doivent étudier, ils doivent jouer, ils doivent être heureux ! » Cette initiative fait partie du plan « Toda Una Vida », qui concentre les principaux projets d’État proposés par le président Lenín Moreno, visant à protéger et à soutenir les citoyens du pays depuis leur naissance jusqu’à leur mort.

Catherine TRAULLÉ

Du nouveau aux Espaces latinos : des vidéos autour de nos événements et de l’actualité latinoaméricaine

Cette semaine, nous mettons en place un nouveau concept : la production de documentaires courts, et la diffusion de vidéos sur l’actualité de l’Amérique latine, qui seront exploités et diffusés via notre site internet et nos newsletters. La première est consacrée à l’écrivain Miguel Bonnefoy, filmée lors de sa venue à la librairie La Virevolte à Lyon lors des dernières Belles Latinas, avec la participation de deux réalisateurs, le Vénézuélien José Ostos et le Français Joan Coste, qui se sont concertés pour produire un documentaire autour de son livre Sucre noir.

Photo : Miguel Bonnefoy

L’idée de lancer ce projet de film documentaire court, de filmer les festivals organisés par les Nouveaux Espaces Latinos, est de donner une visibilité aux activités de l’association à travers un média jusqu’alors inexploité par le site internet et la newsletter. Et ainsi mettre en avant ces événements d’une manière différente et innovante, afin d’être en accord avec notre temps et la demande du lecteur, de plus en plus croissante, accès sur les médias de l’image, qu’elle soit photographique ou filmique.

En pleine préparation des éditions 2018 des festivals Documental et Belles Latinas, nous avons décidé de démarrer cette série documentaire par la présentation d’un des auteurs du festival de littératures latinoaméricaines, Miguel Bonnefoy, qui présentait alors son deuxième roman à la librairie La Virevolte, dans le cinquième arrondissement de Lyon. Miguel Bonnefoy sera par ailleurs mercredi prochain à la Tribune livre à la Maison de l’Amérique latine à Paris.

Cette première production filmique des Nouveaux Espaces Latinos reprend des extraits d’une interview avec l’écrivain questionné par Maurice Nahory, membre de notre équipe éditoriale. Elle est née de la collaboration des deux jeunes réalisateurs, José Ostos et Joan Coste, avec le concours de Verbi Lervi Prod. Ces deux réalisateurs avaient les mêmes sensibilités cinématographiques, la même vision et les mêmes objectifs quant aux aboutissements souhaités par l’impact que devait produire ce film.

Marlène LANDON

Regarder le film doc sur Miguel Bonnefoy

José Ostos (à droite), réalisateur vénézuélien, a à son actif une dizaine de films courts visibles sur son site Viméo . L’un d’eux, Temporada de Mangos, a été présenté lors de la dernière édition du festival documentaire, Documental, l’Amérique latine par l’image. Un autre, Historia y Montaje, sera présenté lors du premier « Impromptu latino » le 9 février prochain à 19 h 30 au siège des Nouveaux Espaces Latinos. José Ostos, plus intéressé par le pur exercice cinématographique que par le simple fait de faire une vidéo ou un reportage, se plait à ajouter du rêve et de l’imagination dans ses films, afin de laisser le spectateur faire son propre voyage.  Fort d’une extrême sensibilité quant à la vie présente dans le regard des hommes, c’est ce qu’il souhaite retranscrire par l’image qui est son moyen d’expression de prédilection.

Joan Coste (à gauche) est un réalisateur de documentaires, membre de Verbi Lervi Prod située à Lyon, spécialisé dans le développement de projets cinématographiques et audiovisuels. Actuellement sur un projet de moyen-métrage documentaire aux États-Unis, il collabore auprès des Nouveaux Espaces Latinos sur tout ce qui a un aspect cinématographique. Cette étroite collaboration entre les deux réalisateurs et les Nouveaux Espaces Latinos ayant été féconde, nous continuerons dans cette même voie afin de vous donner des films courts pour chacun des événements organisés par notre structure culturelle.

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