Archives mensuelles :

janvier 2018

Une nouvelle scène ouverte pour l’expression musicale et poétique au siège d’Espaces Latinos sur la métropole de Lyon

Afin de faire vivre et animer son siège à la Croix Rousse, les Nouveaux Espaces Latinos lancent, en plus d’une revue et d’une newsletter hebdomadaire, un nouveau concept périodique afin de trouver de nouveaux bénévoles et amis dans un cadre de grande convivialité. Le premier Impromptus est fixé au vendredi 9 février prochain à 19 h 30. Entrée libre.

Après les festivals annuels Belles Latinas (littérature), Documental (documentaires), Bellas Francesas (écrivains français en Amérique latine) et Primavera Latina (dialogues scientifiques et littéraires), notre structure culturelle Nouveaux Espaces Latinos ne s’arrête pas là et se lance, en ce début d’année 2018, dans une folle et nouvelle aventure avec Les Impromptus Latinos ! Oui, vous avez bien entendu, l’idée étant cette fois-ci d’animer et faire vivre un vendredi par mois une manifestation culturelle à notre siège sur les pentes de la Croix Rousse.

La première aura lieu le vendredi 9 février dès 19 h 30 autour de la projection du court-métrage Historia y montage du réalisateur vénézuélien José Ostos. D’une expérimentation musicale, entre littérature et musicalité, avec le pianiste et compositeur brésilien Ewerton Oliveira et la philosophe, écrivaine et artiste Chloé Vidal. Et nous aurons le plaisir d’accueillir la conteuse cubaine Mercedes Alfonso qui sera là pour nous faire voyager et rêver avec des contes en français et espagnol. De belles soirées en perspective, toujours dans le but de mettre en lumière les forces et singularités de la culture latino-américaine. Un deuxième impromptu est prévu pour le vendredi 23 mars dont la programmation vous sera communiquée dans nos différentes newsletters ainsi que sur les réseaux sociaux.

L’idée principale étant surtout de se retrouver, bénévoles et amis, pour partager tous ensemble un moment agréable et convivial. Nous vous attendons nombreux pour lancer cette nouvelle manifestation ! Et aidez-nous à inscrire notre invitation sur vos réseaux sociaux…

Joan COSTE

Nouveaux Espaces Latinos : 4 rue Diderot 69001 Lyon – 04 78 29 82 00

Le pape François en visite au Chili et au Pérou entre les 15 et 21 janvier 2018

Le 15 janvier prochain, le pape François entreprendra son sixième voyage pontifical en Amérique latine. Depuis son élection, François a porté son message de paix et d’espérance au Brésil en juillet 2013, en Équateur, en Bolivie et au Paraguay en juillet 2015, à Cuba en septembre 2015, au Mexique en février 2016 et en Colombie en septembre 2017. Le pape argentin, qui ne s’est pas encore rendu dans son pays d’origine (où certains lui reprochent son rôle pendant la dictature militaire), visitera à cette occasion le Chili et le Pérou jusqu’au 21 janvier.

Photo : Radio Canada

Son programme officiel commencera le 16 janvier à Santiago du Chili, avec la rencontre des autorités, de la société civile et du corps diplomatique au Palais de la Moneda, où il fera son premier discours avant de s’entretenir, vers 9 h, heure locale, avec la présidente Michelle Bachelet. Dans les jours suivants, le Saint-Père se rendra à Temuco, au sud du pays, et Iquique, grand port du nord. Au Pérou, François visitera la capitale Lima, Puerto Maldonado, au sud-est du pays, et Trujillo, au nord-ouest.

Ce qu’il faudrait retenir de cette présence papale, au delà des discours et des messes, des visites aux sanctuaires ainsi que dans une prison de femmes et dans un foyer pour des enfants en difficulté, au delà des circulations en papamobile, des rencontres avec des diplomates, des évêques, des prêtres consacrés et séminaristes et des incontournables déjeuners avec les habitants d’ici et là, c’est le fait que la présence du pape véhicule une forte charge émotive liée à l’agitation sociale et politique avec laquelle des minorités aborigènes expriment leurs inquiétudes. Ainsi, comme dans ses précédents voyages en Amérique latine, les Mapuches de Temuco et les autochtones de l’Amazonie péruvienne seront au cœur du voyage apostolique de François, après avoir donné sa bénédiction aux indiens du Mexique, d’Équateur, de Bolivie, du Paraguay et de Colombie, et demandé « pardon » pour l’exclusion dont ils ont été victimes.

Cette reconnaissance ouverte envers les « erreurs » commises dans le passé (voire des crimes) peut surprendre. Mais si l’on veut comprendre une grande partie de l’Amérique actuelle, afin de construire un avenir plus propre dans le respect d’autrui, il faudrait l’analyser comme le résultat de l’action conjointe de l’épée espagnole et de la Croix latine, aussi brutalement que les conquistadores l’ont fait. Le pouvoir et l’ambition de la première furent complétées par ceux du zèle religieux. Mais, bien que l’acier trempé dans le credo du monde civilisé imposa sa raison, il n’a pas pu éliminer l’essence millénaire, résultant aujourd’hui un syncrétisme bigarré entre deux manières différentes de communiquer avec les dieux. Au fil du temps, les grandes capitales indiennes devinrent progressivement des répliques espagnoles, et les autochtones commencèrent à parler la langue de Don Quichotte mélangée avec des termes nahuatl, mapuches et quechuas, etc.

Cette fusion, pour le moins prodigieuse de cultures antithétiques, a donné lieu à des fêtes baroques où les dieux indigènes portent souvent des noms catholiques, et où s’imbriquent les rites archaïques et les symboles européens. Par exemple au Pérou, berceau de la civilisation Inca, Cuzco porte un témoignage dans ce sens, dans le plus vaste monument de la ville et haut lieu de l’Empire, le Grand Temple du Soleil, appelé Coricancha (l’enceinte d’or). C’est sur les fondations en pierre de ce temple que les Dominicains construisirent leur couvent après la conquête. Dans le grand temple de Coricancha se trouvait, au-dessus de l’autel, une représentation de la vision cosmologique du monde inca. La peinture murale montrait sept petits cercles, chacun avec un point au centre, évoquant sept yeux. Ce sont « les yeux du créateur de toutes choses », qui n’étaient autres que les yeux de Viracocha, dieu suprême des Incas. Cette singulière représentation du monde sacré rappelle le texte de la Bible, où le prophète Zacharie (4, 10) parle des sept yeux du Seigneur qui surveillent tous les peuples de la terre. On peut donc voir là une influence de la pensée judéo-chrétienne.

Au regard de l’histoire, des mythes, des coutumes et des croyances des peuples qui habitaient jadis sur le continent américain, il apparaît que la notion de Territoire se révèle dans l’actualité être un élément important pour l’avenir de leurs descendants. Ainsi les Mapuches luttent pour que le gouvernement chilien reconnaisse leur souveraineté sur un territoire ancestral aujourd’hui géré par des entreprises forestières. Les plus radicalisés affrontent la police, coupent les routes et saccagent camions et engins depuis une vingtaine d’années. Selon Pauline Abramovicht, journaliste de Santiago du Chili, « privés de canaux de communication et critiqués par la majorité des Chiliens, les Mapuches espèrent que la visite du pape va permettre de « mettre en lumière » leur combat, bien que certains, peu enclins à négocier, disent ne pas attendre grand-chose de la visite du Saint Père ». Dans ce sens, un des leaders de la Coordination Arauco Malleco (araucanos : nom générique donné par les Espagnols aux tribus réunissant les Mapuches, les Pehuenches et les Puelches, parmi d’autres), Ramon Llanquileo, a dit : « Ici, les transformations concrètes, nous allons les obtenir nous-mêmes avec nos propres efforts ».

Cette organisation radicale pro-Mapuche fait sans doute écho au mouvements de revendication territorial qui ont eu lieu dans les années 70 et 90 aux États-Unis et au Canada : « Les autochtones n’ont pas à attendre la souveraineté. Ils n’ont qu’à la prendre […] Si les gouvernements résistent, alors les Indiens vont répliquer en organisant des barrages routiers ou des sit-in », avait déclaré en juillet 1996 Olide Mercredi, grand chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada.

Au Pérou, dans une salle de Puerto Maldonado, le pape va se réunir avec environ 3 500 indiens de l’Amazonie, où 350 000 autochtones habitent distribués en une cinquantaine de groupes ethniques. Cette zone est victime d’une intense activité aurifère illégale. « La présence du pape dans la région de Madre de Dios est liée à la pollution et à l’exploitation de nos territoires, outre la manque de sécurité juridique pour les terres des communautés indigènes », s’est ainsi exprimé Julio Cusuriche, président de la Fédération des natifs de la rivière de Madre de Dios. Pour conclure, une information susceptible de fournir matière à méditer : la visite du pape François au Pérou,  va coûter au contribuable près de 10 millions d’euros, « une somme correspondant à ce type d’événements » selon le ministre péruvien du Travail, Alfonso Grados, coordinateur général de l’itinéraire papal. Bien sûr, le plus important est de ne pas perdre la foi.

Eduardo UGOLINI

Agenda de la semaine 3

Notre newsletter ouvre une nouvelle rubrique « À vos Agendas »

Chaque semaine nous allons réserver un espace dédié aux événements et invitations, pour informer nos lecteurs. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du 12 au 19 janvier. Contact ici

Photo : Las Marimbas del Infierno

À PARTIR DU 12 JANVIER

Dans plusieurs villes en France, projection du film chilien Mariana. Los Perros de Marcela Said

Le service culturel de l’ambassade du Chili annonce la projection du film Mariana. Los Perros de Marcela Said. Mariana, une quadragénaire, éprouve une étrange attirance pour un ex-colonel suspecté d’exactions pendant la dictature. Cette liaison ébranle les murs invisibles qui protègent sa famille du passé. Le film sera projeté du 12 au 16 janvier à La Courneuve, Arles, Belfort, Montpellier, La Roche sur Yon et ailleurs. Plus d’informations sur les dates et les lieux ICI.

LUNDI 15 JANVIER – 14 H 30

À Paris, Amnesty International : Conférence de presse sur l’arrestation de Milagro Sala   

Le 16 janvier 2016, la dirigeante indigène argentine Milagro Sala était mise en détention préventive. Malgré les recommandations des Nations unies et de la Cour interaméricaine des droits de l’homme de la libérer, deux ans plus tard, sa détention a été prolongée, dans un contexte de recul des droits en Argentine. Avec la participation de l’avocate Sophie Thonon, de Javier Zorilla, de l’Assemblée de Citoyens Argentins en France, de l’ancienne présidente d’Amnesty France Geneviève Garrigos, et de Christine Villeneuve, de l’Alliance des femmes pour la démocratie. Amnesty France, 72-76 Bd de la Villette, Paris 19e. Plus d’infos ICI.

LUNDI 15 JANVIER – 19 H 30

À Grenoble : Projection du film Berta Vive ! Honduras Vive ! de Katia Lara 

Projection organisée par France Amérique Latine Isère avec le soutien de Versión Original et du Centre d’Information Inter Peuples (CIIP), à 19 h 30, Maison des associations, 6 rue Berthe de Boissieux. Documentaire sur la lutte et l’assassinat de Berta Cáceres, indigène hondurienne lenca et militante écologiste au Honduras. La projection sera suivie d’un débat sur la grave crise démocratique actuelle que traverse le pays. Ce film a gagné le Prix du meilleur court métrage (30 minutes) au festival Documental de Lyon en novembre dernier. SITE de FAL Isère.

MARDI 16 JANVIER – 20 H 40

À Paris : Projection du film Las Marimbas del Infierno de Julio Hernández Cordon 

Projection organisée par le Collectif Guatemala au cinéma Espace St-Michel, 7 Place St-Michel, Paris 5e. Trois personnages aux caractères et identités sensiblement opposés vont se réunir autour d’une même passion pour la musique. Si l’invraisemblable rencontre entre l’instrument traditionnel guatémaltèque (les marimbas) et le métal offre des situations cocasses, c’est aussi la description d’une société qui se retrouve dans ses différences (Cinélatino). Une expérience unique de fusion musicale et d’esprit rock dans un pays en plein chaos (Allocine). La projection sera suivie d’une discussion. Informations au 01 43 73 49 60.

MERCREDI 17 JANVIER – 19 H 

À Paris : Présentation du livre de l’écrivain péruvien Paul Baudry : El arte antiguo de la Cetreria 

Rencontre en espagnol. Este volumen ofrece cuatro piezas narrativas de largo aliento en las que el escritor peruano Paul Baudry recrea otros tantos episodios de la literatura, del arte y de la historia de la segunda mitad del siglo XX. Impregnadas de una sutil ironía estas ficciones proponen una perspectiva personal de los hechos bajo escrutinio, donde la mirada del narrador nos invita a desentrañar los mecanismos de filiación, poder y deseo que subyacen en ellas. El vuelo de un halcón sobre la Casa del Pueblo del APRA, la relación que se teje entre Ray Bradbury y María Reiche en el desierto de Nazca, el invento que comparten los franceses con los argentinos para eliminar a sus enemigos sobre la Bahía de Samborombón, y las ocurrencias de la viuda de un escritor mexicano en Londres para alcanzar la fama, son las piezas que componen este mosaico narrativo. Presentan: Félix Terrones, escritor y académico, y Martín Arias, académico. MAL217

JEUDI 18 JANVIER – 18 H

À Lyon : Concert de João Roquer à l’Université Jean Moulin

À l’auditorium André Malraux de l’Université Jean Moulin à Lyon, le chargé des Relations internationales et le directeur de l’IUT Jean Moulin ont le plaisir de vous convier au concert du chanteur brésilien João Roquer dans le cadre du partenariat entre l’IUT de l’Université Lyon 3, département GAO Arts et le Centro de Estudios Latino-Américanos sobre Cultura e Comunicaçao. Manufacture des Tabacs, Auditorium Malraux   6 rue Pr. Rollet, 69008 Lyon.  Contact : ICI

JEUDI 18 JANVIER – 21 H

A Paris : une projection du film Pastora du Chilien Ricardo Villaroel

À la Maison de l’Amérique latine, 217 Bd St-Germain. C’est un voyage à travers le temps, la mémoire et l’expérience des femmes aymaras des hauts plateaux andins chiliens. Entre volcans et zones humides, au fil des jours, les bergères réfléchissent sur la maternité, la vie et la mort, dans ces terres abandonnées à 4000 mètres d’altitude, où le pâturage des lamas et des alpagas est la source originelle d’une vie coupée du monde. Organisé par Maltrato Films, l’ambassade du Chili en France et l’Instituto Chileno Francés. Contact : ICI

Retour de Jorge Zepeda Patterson avec un palpitant thriller politique et social : « Milena, ou le plus beau fémur du monde »

Dans Les corrupteurs (Actes Sud, 2015), Jorge Zepeda Patterson avait fait vivre et agir un groupe de quatre personnes, les Bleus, jadis proches camarades de collège, puis de fac ; quatre jeunes Mexicains désormais journalistes pour Tomás, responsable d’une agence de sécurité pour Jaime et dirigeante d’un petit parti politique pour Amalia, également militante féministe. La mort subite, dans les bras de Milena, une prostituée de luxe, de Rosendo Franco, le patron du journal El Mundo dans lequel travaille Tomás, provoque une suite d’événements qui va les remettre en présence et raviver les rivalités de leur jeunesse.

Photo : Jorge Zepeda Patterson, Planeta de Libros/Couverture, Actes Sud

En réalité, Milena était pour Rosendo Franco plus qu’une simple putain ; un peu le dernier feu d’artifice sensuel et sentimental du vieil homme. Mais après le malaise fatal, Milena emporte avec elle un mystérieux carnet noir dont elle ne se sépare jamais, « garantie de survie » pour la malheureuse fille. Claudia, la fille du mort, demande/impose à Tomás de prendre en main le journal ; rôle pour lequel il ne se sent pas formé, mais il se lance, aidé par les Bleus, à la recherche de Milena et surtout du carnet.

On est en novembre 2014, Milena a passé une assez longue période dans la région de Marbella à l’époque où le sulfureux Jesús Gil organisait presque officiellement tous les trafics imaginables. Elle est entrée sur le territoire mexicain en janvier et n’a pas fait parler d’elle avant le mois de juillet, quand elle commence à fréquenter Rosendo Franco sans s’en cacher : elle a probablement été séquestrée au cours de ces mois. La mafia de la prostitution est devenue internationale : trafiquants comme filles louées ou vendues sont aussi bien russes que vénézuéliennes ou croates, comme Alka, le véritable prénom de Milena. Au Mexique s’ajoutent à cela les cartels de la drogue qui ont bien compris l’intérêt que leur procure cette nouvelle source de revenus.

On suit donc en parallèle l’évolution d’Alka/Milena, du départ de son village natal croate à l’histoire d’amour (c’en est une) qui l’unit à Franco malgré la grande différence d’âge et de statut social, et les avancées de l’enquête à Mexico, qui a bien du mal à progresser malgré les compétences et la position de ceux qui agissent : les mafieux et les proxénètes ont parfaitement verrouillé leur « domaine ». Jorge Zepeda Patterson n’est pas intéressé que par les dédales de l’enquête ou par le maintien d’un suspense qui ne faiblit pas et qu’il sait très bien entretenir. La psychologie de la victime est au centre de ce roman qui parvient à allier une solide intrigue policière, des aventures sentimentales, entre amour et amitié, et ce très beau portrait d’une jeune femme dont la beauté exceptionnelle est un handicap autant qu’une arme. Une belle jeune femme qui, bien malgré elle, par certaines informations qu’elle détient, a acquis une valeur qui met en péril tous ceux qu’elle approche. Les ramifications sur la Costa del Sol des diverses mafias russes ou ukrainiennes font planer ces mortels dangers qui menacent Milena et ceux qui veulent la sauver.

Et, sans trop en dire, ajoutons que Jorge Zepeda Patterson offre un plus particulièrement intéressant pour les amateurs de polars : on suit non une enquête mais deux, parallèles et concurrentes : qui arrivera en premier ?

Un seul bémol : l’influence nord-américaine, qui veut qu’un « bon » roman dépasse forcément les 400 pages, n’a pas épargné Jorge Zepeda Patterson ; le dénouement s’éternise. Mis à part cela, Milena ou le plus beau fémur du monde reste un roman non seulement très intéressant dans sa forme, mais surtout important pour toutes les informations qu’il nous donne sur l’internationalisation de la pire des délinquances.

Christian ROINAT

Milena, ou le plus beau fémur du monde de Jorge Zepeda Patterson, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, éd. Actes Sud, 448 p., 23 €. Version numérique: 14,99 €. Version espagnole : Milena o el fémur más bello del mundo, Planeta.
Los Corruptores / Los Usurpadores, Destino / Les Corrupteurs, Actes Sud.

Trahison à la patrie et corruption en Argentine : mise en détention de Cristina Kirchner

L’Argentine vient de vivre un moment historique. La Chambre fédérale de Buenos Aires a confirmé la détention provisoire de l’ex-présidente Cristina Kirchner et d’une dizaine de ses collaborateurs, parmi lesquels son ex-chancelier Hector Timerman. Ils ont été inculpés pour avoir signé un accord avec l’Iran en relation avec l’attentat commis à Buenos Aires, en 1994, contre l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA).

Photo : Diario Jornada

Quel sort attend le clan kirchneriste ? Certainement le même qu’Amado Boudou, le vice-président de Cristina, ou que Julio De Vido, son ministre de la Planification fédérale, parmi d’autres qui se trouvent derrière les barreaux depuis plus d’un mois, accusés de corruption et d’association illicite. Cependant, dans cette opération de purge sans précédent, l’incarcération de madame Kirchner ne pourrait se faire dans l’immédiat, car elle a été élue sénatrice lors des législatives d’octobre dernier, ce qui lui confère automatiquement l’immunité parlementaire. Par conséquent, il faudrait attendre la fin du procès de retrait d’immunité initié par le Sénat. Ce procès n’a pas été fait, par exemple, à l’ex-président Carlos Menem, qui siège au Parlement en tant que sénateur, même après avoir été condamné pour contrebande d’armes avec l’Équateur.

Selon la justice argentine, Cristina Kirchner et ses fonctionnaires ont orchestré un « plan criminel », afin de conférer l’impunité aux terroristes iraniens imputés dans l’attentat contre l’AMIA ; lequel avait laissé un bilan de 85 morts et 300 blessés. L’accusation est lourde et restera dans l’histoire comme un cas inédit dans le domaine de la justice argentine, car l’ex-présidente a été accusée de complicité et de « trahison à la patrie ».

Nous assistons donc à une réécriture du contrat tacite entre la justice et le peuple argentin, déjà annoncé dans les précédentes newsletters (la situation actuelle de Cristina Kirchner et le présumé suicide du procureur Nisman [1]). Ce qui semblait immuable est en train de changer, les intouchables ont été touchés.

Mais ce n’est pas tout dans cet énorme coup de filet fait au nom de la lutte contre la corruption. Quel sera le prochain choc pour les Kirchner ? En parallèle au procès de l’AMIA, Cristina et ses deux fils sont poursuivis pour « blanchissement d’actifs ». L’investigation date d’avril 2016, lorsque le juge Claudio Bonadio avait considéré l’ex-présidente « pénalement responsable en tant que chef d’une association illicite ». Ils sont accusés de « falsification de documents publics », « subornation », et « blanchissement d’argent » à travers des transactions en connivence avec des entrepreneurs de travaux publics. Toujours dans le même procès, la Chambre fédérale de Buenos Aires a dicté la mise en examen de Romina Mercado, nièce de Cristina, et de son époux et ex-président (2003-2005), feu Néstor Kirchner. La justice a également ordonné la saisie de biens de Cristina Kirchner d’un montant de 7,38 millions de dollars (soit environ 6 millions d’euros).

Ce grand dérangement ne date pas d’hier. Dans les années 1990, Hugo Barrionuevo, le dirigeant péroniste et ex-ministre de Raúl Alfonsín avait dit : « Si l’on arrêtait de voler pendant deux ans, l’Argentine serait le pays le plus riche du monde. » Or, voici ce qui est inscrit sur la couverture de la revue Noticias (Nouvelles) : « Les preuves de l’argent sale de Cristina. » La publication date du 6 septembre 2008 !

« Un repenti donne des détails sur la véritable structure économique mise en place pour que madame Kirchner consolide son pouvoir. Le côté obscur de sa campagne : financiers du triple crime, valises chavistes [allusion à Hugo Chavez], prête-noms, et des pots-de-vin…»

Tout le monde savait qu’il y avait de la corruption autour des grands noms. En novembre 2015, vers la fin de l’ère kirchneriste, le pape argentin François avait declaré : « Un jour j’ai demandé à un ministre de mon pays, un homme honnête qui venait de démissionner car il n’était pas d’accord avec certaines choses un peu obscures : quand vous envoyez de l’aide, soit de la nourriture, des vêtements, soit de l’argent pour les pauvres, combien ils reçoivent ? L’ex-ministre m’a répondu que 35 % seulement, ce qui signifie une perte de 65 %. Ça c’est la corruption. »

En effet, même dans un domaine qui touche au cœur de l’idiosyncrasie argentine : le football, dont la corruption au sein de la AFA (l’Association du football argentin) fait actuellement l’objet d’une investigation menée aux États-Unis en relation à l’affaire FIFAgate. En septembre 2012, Daniel Vila, le propriétaire du Grupo UNO Medios (une des holdings les plus importantes du pays) avait parlé de relation « intime » entre football et politique, car il s’agit d’un « moyen privilégié de communication ». Par rapport à l’administration des ressources, « il vaut mieux ne pas en parler… c’est une honte. Le statut de l’AFA est un pêché, son président dirige la commission exécutive, l’Assemblée, les tribunaux de discipline, la cour d’appel, le Collège des Arbitres et le Conseil fédéral… C’est une autocratie qui a généré une situation de crise. En plus, les soupçons de corruption. » Daniel Vila fait référence à feu Julio Grondona, qui a présidé le football argentin pendant quatre décennies.

Sur ce point, Alejandro Burzaco, l’ex-PDG de Torneos y Competencias (l’entreprise toute-puissante chargée de la diffusion des matchs de football), a déclaré aux États-Unis, où il a été mis en examen après l’investigation menée par la justice de ce pays, selon laquelle des pots-de-vin ont circulé dans le monde du football pendant les deux dernières décennies pour un montant de 150 millions de dollars : « Julio Grondona savait tout et touchait de l’argent cash. » Alejandro Burzaco a affirmé avoir donné 4 millions de dollars à deux fonctionnaires du gouvernement kirchneriste : Pablo Paladino, coordinateur du programme Football pour Tous, et l’avocat Jorge Dehlon. Ce dernier, représentant légal de Football pour Tous, s’est suicidé le 14 novembre 2017 après la publication des déclarations de Burzaco. Par ailleurs, l’entrepreneur repenti, qui s’est déclaré coupable de crime organisé, est le principal témoin contre l’ancien président de la Conmebol, Juan Ángel Napout ; l’ancien numéro deux de la Confédération brésilienne, José Maria Marin ; et l’ex-président de la Fédération du Pérou, Manuel Burga. D’après ses informations, si les enquêtes se poursuivent, l’organisation du football à l’échelle planétaire risque d’éclater, surtout après les soupçons qui pèsent sur l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde à certains pays, comme le Brésil et le Qatar.

Cette vague de condamnations et d’arrestations tranche avec les habitudes de l’Argentine, et heurte certainement un secteur de la population jadis favorable au kirchnerisme populiste. Mais le mensonge et la tromperie ont des pattes courtes, et la lutte contre la corruption peut toutefois les rassurer et nourrir les attentes du changement annoncé par le parti Cambiemos (Changeons) de Mauricio Macri. Cela malgré le fait qu’une grande partie de l’électorat n’est toujours pas d’accord avec les réformes entamées par l’actuel président, bien que depuis ce grand ménage dans le domaine de la justice, beaucoup sont en train de changer d’avis. À voir.

Eduardo UGOLINI

[1] Le procureur Alberto Nisman fut retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, quelques jours avant de rendre publiques des informations très embarrassantes pour le clan kirchneriste : il avait dit que l’ex- présidente avait fait signer un accord avec l’Iran afin de bloquer les demandes d’Interpol concernant les arrestations des terroristes iraniens impliqués dans l’explosion de l’AMIA. C’est justement ce que la justice vient de confirmer.

Rencontre autour de l’évolution de la musique bolivienne depuis les années 1960 jusqu’à nos jours à la MAL à Paris

Comme tous les deuxièmes jeudis de chaque mois, de 19 h à 20 h 30, la Tribune de la Musique, des Disques et des Spectacles invite à la Maison de l’Amérique latine à Paris des musiciens, chanteurs, interprètes, compositeurs, ethnomusicologues, danseurs, anthropologues, vidéastes, cinéastes documentaristes à débattre autour des musiques d’Amérique latine, qu’elles soient traditionnelles, populaires et/ou savantes à l’occasion d’une publication récente. Le jeudi 18 janvier prochain à partir de 19 h est organisée une rencontre autour de la musique bolivienne et de son évolution, animée par Oscar Barahona, Nelson Gómez, Francisco González et Michel Plisson, en présence de José Mendoza.

Photo : Tribune de la Musique

« Dans cette première séance de 2018, nous explorerons avec le charanguiste virtuose José Mendoza l’évolution de la musique bolivienne depuis les années 1960 jusqu’à nos jours. José Mendoza est né en 1956 à La Paz (Bolivie). Il commence la pratique musicale à 10 ans avec le trio Los Jairitas et d’autres groupes. À 18 ans, il part en mission culturelle au Venezuela avec le groupe Los De Canata, qui pratique la musique traditionnelle et folklorique, où il restera trois ans. C’est avec un autre groupe qu’il arrive en France en 1978 où il rencontre les guitaristes Gérard Verba et Raoul
Maldonado. Avec eux il crée El Cuarteto Atahualpa, puis plus tard El Cuarteto Agustín Barrios Mangoré. Aujourd’hui, il a rejoint le Trio à Cordes Pincées de Paris. José Mendoza est actuellement professeur de guitare au conservatoire d’Antony. Au cours de ces années, il a été un des acteurs de l’évolution du charango tant en Bolivie qu’à l’extérieur, notamment en créant le premier Festival de Charango à Paris à l’Unesco.

José Mendoza conjuguera dans son intervention son histoire personnelle et celle de la musique bolivienne. Un temps fort sera consacré au phénomène des estudiantinas, orchestres de cordes pincées comprenant parfois un nombre considérable de musiciens, présentes dans toute l’Amérique latine, du Chili au Venezuela et jusqu’au Brésil. Cette formation vient des orchestres à cordes pincées qui existent depuis longtemps dans toute la péninsule ibérique. José Mendoza tient à préciser que le développement de la musique traditionnelle en Bolivie n’aurait pas pu se faire sans le rôle très important de Pepe Ballón, grand intellectuel bolivien, créateur du premier centre culturel à La Paz. »

D’après la Tribune de la Musique, des Disques et des Spectacles
Plus d’informations sur le site de la Maison de l’Amérique latine

Les Équatoriens aux urnes pour un référendum convoqué par Lenín Moreno

La campagne pour le référendum, lancée par l’actuel président Lenín Moreno, a pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie qui avait été actée durant le régime de son prédécesseur, Rafael Correa. Elle crée un climat politique instable en ce début d’année 2018, par la confrontation entre Lenín Moreno et l’ancien président qui lutte pour le « No ». Le référendum est fixé au 4 février prochain.

Photo : LaRed21

L’Équateur aura vécu en 2017 l’une de ses années les plus intenses dans le domaine politique et social. Elle est née au cœur d’une campagne électorale présidentielle disputée, après une décennie au pouvoir de Rafael Correa et de sa Révolution Citoyenne, qui a finalement vu l’élection de Lenín Moreno, ancien vice-président de Correa, membre du même parti Alianza País, face au représentant de la droite, Guillermo Lasso, battu avec trois points de différence. Moreno a d’abord embrassé les causes du socialisme, mais dans son empressement à réconcilier le pays il a appelé à un « dialogue national » avec tous les secteurs, se rapprochant même du plus antagoniste. C’est ainsi qu’il a ouvert un fossé irréconciliable avec son mouvement et l’ancien président, dont il a par ailleurs rapidement critiqué et discrédité la gestion financière.

L’affaire Jorge Glas, allié de Correa et vice-président du nouveau gouvernement, mis en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et dont le procès a débuté le 24 novembre à Quito, ainsi que la consultation populaire annoncée par Lenín Moreno, prévue le 4 février, ayant pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, n’ont fait qu’aggraver les relations entre les deux hommes, devenus les pires ennemis politiques. Il faut préciser que Glas a été condamné en décembre à six ans de prison par la Cour nationale de justice, en plus d’une forte amende, pour conspiration criminelle dans le cadre du programme de corruption organisé par Odebrecht. Odebrecht a reconnu avoir délivré 33,5 millions de dollars en pots-devin aux fonctionnaires de l’État équatorien, mais récemment, le procureur général a déclaré que les paiements illégaux avaient atteint 50 millions.

Depuis, l’ancien président, Rafael Correa, fait activement campagne contre le référendum prévu, mais aussi tente d’obtenir l’expulsion du président actuel. Raison pour laquelle, alors qu’il réside en Belgique, il a déjà fait un premier voyage en Équateur, pendant une dizaine de jours, fin novembre.

Comment débute 2018 ?

Rafael Correa est de retour en Équateur depuis ce 5 janvier, pour poursuivre sa campagne du « No » à plusieurs des sept questions posées par le référendum, dont bien entendu celle de la réélection indéfinie, la campagne étant ouverte depuis le 3 janvier. Selon l’analyste David Chávez, sociologue de l’Université centrale de l’Équateur, l’arrivée de Correa génère des inquiétudes dans les secteurs conservateurs, favorables à la consultation, qui connaissent sa popularité et sa capacité à faire campagne.

Lenín Moreno, pour sa part, a déclaré aux journalistes ce mercredi 3 janvier que « depuis hier minuit, soit trois mois après son incarcération,  d’après ce que dit la constitution, le vice-président de la République a cessé d’exercer ses fonctions ». Il a ajouté que, selon la loi équatorienne, il disposait de 15 jours pour présenter au Parlement trois candidats au pouvoir législatif, afin d’élire le nouveau vice-président, mais il a indiqué que cela prendrait « considérablement moins de temps parce qu’un pays ne peut pas se passer d’un vice-président ». De fait, il a proposé trois candidats, en l’occurrence trois candidates, qui sont « des gens de grande valeur, loyaux et en qui il a toute confiance ». C’est María Alejandra Vicuña qui a été désignée vice-présidente, les autres candidates étant la ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa, et la ministre de la Justice, Rosana Alvarado Las.

Vicuña, âgée de 39 ans, est ministre du Développement urbain et du Logement et exerce depuis octobre dernier, par décision du président Lenín Moreno, la fonction de vice-président intérimaire. Elle a été élue avec 70 voix lors d’une séance plénière de l’Assemblée nationale le 6 janvier, en présence de 106 des 137 membres de l’Assemblée nationale. La majorité requise était de 69 voix. Vicuña, qui est psychologue de profession, a 10 ans de carrière dans différents postes publics. Elle a été membre de l’Assemblée à deux reprises (2009-2013 et 2013-2017) et était donc ministre du Développement urbain et du Logement depuis le 24 mai, date à laquelle Moreno est arrivé au pouvoir.

Elle est la seconde femme à occuper un poste aussi important, seulement précédée par Rosalía Arteaga (août 1996 – février 1997), ce qui démontre que les femmes prennent de plus en plus de place dans la vie politique, comme dans les autres secteurs, en Équateur. Ainsi l’Équateur entame 2018 comme en 2017, avec une campagne électorale acharnée, mais cette fois à propos de la consultation populaire proposée par le président Lenín Moreno, dont les résultats sont imprévisibles.

Catherine TRAULLÉ

Six pays latino-américains seront en campagne électorale en 2018 : d’abord le Costa Rica, puis le Paraguay et la Colombie

Les élections présidentielles, qui auront lieu dans six pays, vont-elles modifier le panorama politique en Amérique latine ? Le sentiment anti-partis traditionnels qui prévaut partout pourrait apporter bien des surprises. Un retour du centre gauche est-il possible ? Il y aura des élections au Paraguay, au Costa Rica, en Colombie, au Brésil, au Venezuela et au Mexique. En suivant l’ordre chronologique de ces élections 2018, cette première partie donne quelques indications sur les enjeux ; une deuxième partie sera à suivre la semaine prochaine.

Photo : TheTicoTimes

Le dimanche 4 février au Costa Rica

Les élections du 4 février verront s’affronter 13 candidats dont trois seulement qui ont de bonnes chances de l’emporter. Les candidats des deux partis traditionnels, le PLN (Partido Liberación Nacional, droite) et le PUSC (Partido Unidad Social Cristiana, centre gauche) sont respectivement Antonio Álvarez et Rodolfo Piza. L’avocat Juan Diego Castro du Partido Integración Nacional (PIN, très conservateur), qui revendique la « mano dura », pourrait faire la surprise. Le Partido Acción Ciudadana (Action citoyenne, centre gauche) de l’actuel président Luis Guillermo Solís et le Frente Amplio (Front élargi, gauche, pas encore de candidat définitif) ont peu de chances de réaliser un bon score. Et les (nombreux) autres petits partis, encore moins : le Partido Movimiento Libertario (PML) de Otto Guevara, le Partido Accesibilidad sin Exclusión (PASE) de Oscar López, le Partido Nueva Generación (PNG) de Sergio Mena, le Partido Renovación Costarricense (PRC) de Stephanie Campos (évangélistes), le Partido Restauración Nacional (PRN) de Fabricio Alvarado (conservateur), le Partido Republicano Social Cristiano (PRSC) de Rodolfo Hernández, ancien allié du PUSC. Ces partis cherchent bien sûr à former des alliances… Un deuxième tour en avril est plus que probable.

Le 22 avril le Paraguay élu tous la représentation nationale

Le 22 avril, en plus du nouveau président, les électeurs éliront gouverneurs, sénateurs et députés. La lutte pour la présidence verra s’affronter Mario Abdo Benítez du Partido Colorado actuellement au pouvoir, et Efraín Alegre de la Gran Alianza Nacional Renovada (GANAR), une coalition de centre gauche composée du Partido Radical et du Frente Guasu de l’ex-président Fernando Lugo. Le Parti Colorado a régné sur le pays pendant plus de 70 ans avant d’être défait par la Parti Libéral radical authentique qui avait mené Fernando Lugo à la présidence. Ses politiques de centre gauche déplaisant aux grands propriétaires terriens, ils fomentèrent un coup d’État et destituèrent le président Lugo illégalement en juin 2012. Mario Abdo Benítez, connu comme « Marito » et fils de l’ex-secrétaire personnel du dictateur Alfredo Stroessner, a battu lors des primaires Santiago Peña, le candidat de l’actuel président Horacio Cartes.

La Colombie organise de présidentielle le 27 mai 2018

Les élections du 27 mai sont étroitement liées au résultat du referendum « Si ó No » sur les accords de paix récemment signés entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les guérilleros des FARC. La victoire surprenante du « No » fait que les alliances politiques en cours se définissent par rapport à la position des partis sur ce résultat. Plusieurs particularités : d’abord, de nombreux candidats ont préféré recevoir leur nomination par recueil de signatures citoyennes plutôt que par le soutien de partis ; un reflet du manque de confiance des électeurs envers les partis traditionnels. Ceux-ci par contre négocient des coalitions. Ensuite, première participation de l’ancienne guérilla FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) devenues le Partido FARC (Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común, Force alternative révolutionnaire du commun, c’est-à-dire de la communauté). Finalement, pour tous, il s’agit de lutter contre l’abstention massive caractéristique des élections colombiennes.

La droite dure est représentée par le Centro Democrático de l’ancien président Alvaro Uribe unie au Partido Conservador de l’également ancien président Andrés Pastrana. Leurs candidats devront passer par une primaire : Iván Duque, proche de l’ancien président Alvaro Uribe, Marta Lucía Ramírez, ex-ministre de la Défense d’Uribe, et Alejandro Ordoñez, ancien procureur, ennemi des accords de paix. Leur programme : annuler les accords de paix et exonérer les transnationales d’impôts. Le favori semble être Iván Duque. Au centre, la Coalición Colombia réunit le Partido Compromiso Ciudadano (Parti de l’engagement citoyen) de Serge Fajardo, l’Alianza Verde de Claudia López et le Polo Democrático de Jorge Robledo. Fajardo devrait sortir gagnant de la primaire avec un programme fondé essentiellement sur la lutte contre la corruption.

Le centre gauche sera défendu par l’ancien maire de la capitale Bogotá, Gustavo Petro, du mouvement Colombia Humana, qui cherche à s’allier à l’Alianza Social Independiente (ASI) de Clara López, à la Fuerza Ciudadana (Force citoyenne) de Carlos Caicedo et au Partido Liberal de Humberto de la Calle, qui fut le négociateur principal du gouvernement lors des discussions menant à la paix à Cuba. Celui-ci a pourtant déjà laissé entendre qu’il ne rejoindrait pas cette coalition. À gauche, grande nouveauté : la FARC issue des FARC présentera son candidat Rodrigo Londoño. Ce sera la première action politique du nouveau parti de l’ex-guérilla. Les accords de paix lui octroient d’office lors de cette élection 5 sièges de sénateurs et 5 députés. Eections présidentielles On peut aussi noter la candidature de Piedad Córdoba du mouvement Poder Ciudadano (Pouvoir citoyen) dont le programme parle de ré-industrialisation et de réforme fiscale. Nous suivrons ces élections au fur et à mesure de l’actualité.

Jac FORTON

Reporters Sans Frontières salue le soutien d’Emmanuel Macron à ses initiatives

Lors de ses vœux à la presse, le président a plusieurs fois fait allusion aux initiatives de RSF. L’organisation salue la détermination du chef de l’État en faveur de la défense de la liberté de la presse. Elle sera vigilante sur le plein respect des libertés journalistiques dans le cadre des réformes ébauchées.

Photo : Dominique Gerbaud, président de Reporters sans frontières, Lucie Morillon, responsable du bureau à Paris (Kakemono)

Lors de ses vœux à la presse, ce 3 janvier au Palais de l’Élysée, Emmanuel Macron a évoqué les violences commises contre les journalistes, “cibles privilégiées” selon lui. Comme Reporters sans frontières (RSF) le dévoilait dans son bilan publié le 19 décembre, 326 sont actuellement en détention et 65 journalistes ont été tués au cours de l’année 2017 dans le cadre ou en raison de l’exercice du journalisme : 1035 journalistes ont été tués depuis 15 ans, ces homicides demeurant impunis neuf fois sur dix.

« RSF se félicite de l’attention apportée par Emmanuel Macron à la répression dont sont victimes les journalistes, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. La nomination d’un représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la protection des journalistes, que le chef de l’État a à nouveau appelée de ses vœux, constituerait une réponse institutionnelle forte au niveau internationalRSF mène campagne depuis 2015 pour la création de ce mécanisme concret d’application du droit international et nous sommes satisfaits des premières mesures prises par Antonio Guterres, en attendant qu’il aille plus loin. »

Face à la gravité de la répression des journalistes et des menaces pesant sur le journalisme dans les dictatures et dans les « démocraties illibérales », notamment en Turquie et en République populaire de Chine, RSF appelle aussi le président de la République à entretenir avec ses homologues étrangers un dialogue bilatéral franc et sans concession. Le président Erdogan effectuera une visite prochaine en France, peu avant que le président Macron se rende en visite officielle en Chine.

Emmanuel Macron, qui évoquait la prolifération des « fake news », a évoqué l’idée d’une régulation pour lutter contre les fausses nouvelles notamment en période électorale. RSF s’exprimera sur ce projet lorsqu’un texte sera proposé. Le chef de l’État a par ailleurs déclaré soutenir une réflexion de RSF sur les principes journalistiques. Cette démarche fait l’objet d’un travail interne important autour des questions d’indépendance, de transparence de déontologie et de qualité, qui a été discutée lors d’une réunion avec environ trente grands médias européens, associations et syndicats à Bruxelles le 29 septembre dernier. L’initiative est à l’ordre du jour de la prochaine réunion du conseil d’administration de RSF, le 9 janvier.

Contact : RSF

« Les langues coupées » de Gloria Bernal Acevedo : un livre sur la violence sexuelle dans le conflit armé colombien

Originaire de Antioquia en Colombie, l’écrivaine colombienne Gloria Bernal Acevedo est avocate et criminologue, spécialisée en violence de genre. Son dernier livre, Langues coupées ou le réalisme quotidien, en édition bilingue, traite de la violence sexuelle contre les femmes et les homosexuels, du machisme exacerbé par la force et l’impunité dans le contexte du conflit colombien. Invitée des Belles latinas 2017, l’auteure a accepté de répondre à nos questions.

Photo : BM de Lyon – Gloria Bernal deuxième de gauche à droite.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à cette thématique ?

À partir du moment où je me suis intéressée au conflit armé du point de vue d’une perspective juridique, ma préoccupation fut comment amener sur le terrain judiciaire les cas de violence sexuelle comme arme de guerre. Le premier pas fut comment rendre visible ce qui était caché et qui ne donnait jamais lieu à des enquêtes. Le langage doit descendre jusqu’au contexte de la violence ; il faut comprendre ce que dit une femme victime de la violence quand elle parle, comprendre ses mots dans un contexte quasi encodé parce qu’il existe des sentiments complexes de culpabilité et d’incompréhension sur ce qu’il s’est passé. Je me suis décidée à enquêter sur ce thème lorsque je me suis rendue compte que les enquêteurs qui traitaient des violences contre la population civile, ne demandaient jamais aux femmes si elles avaient subi des violences sexuelles. Les femmes, encore moins les fillettes, n’osaient pas aborder ce sujet si personne ne leur demandait.

La justice transitionnelle aux paramilitaires a-t-elle apporté quelque chose ?

Aborder ce thème dans un pays qui n’a pas encore abordé le post conflit est assez paradoxal et complexe. Les procès transitionnels des paramilitaires depuis 2005 ont incontestablement été importants, comme le sont aujourd’hui ceux des FARC. Les paramilitaires ont confessé environ 60 000 délits sur 12 ans, parmi lesquels des massacres, des assassinats, des disparitions forcées, des évacuations forcées. Les délits de violence sexuelle ne furent pas reconnus. Cependant, suite à des enquêtes, il a été possible d’établir des centaines de délits de ce type. Cette procédure transitionnelle contre les paramilitaires, connue comme « Justice et Paix », a permis de révéler la vérité sur ce qu’il s’est passé. Bien que partielle, elle a au moins permis de trouver des auteurs de délits qui n’auraient jamais été découverts si ce n’était par leurs confessions. Il est important de mentionner que 33 % des guérilleros démobilisés sont des femmes guérilleras. La procédure de fin d’un conflit armé ne se fait pas en un an. C’est complexe parce qu’il faut matérialiser les accords de paix et placer ces crimes dans l’espace judiciaire, mais la perspective est encourageante. C’est aussi l’occasion de s’interroger sur la place de la littérature dans le processus de paix en Colombie.

D’après les propos de Gloria BERNAL,
traduction et adaptation par Jac FORTON

Gloria Bernal à Bellas Latinas ici 

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