Archives quotidiennes :

1 décembre 2017

« Le Chili veut des changements. Écrivez-le en majuscules » : Beatriz Sánchez révolutionne la politique du pays

Sept mois lui ont suffi. Après avoir fait l’une des carrières politiques les plus brillantes des dernières décennies au Chili, Beatriz Sánchez est passée du journalisme à la politique et a remporté 20 % des voix en tant que candidate à la présidence du Frente Amplio, la nouvelle coalition politique de gauche qui, après les résultats du premier tour, est passée de 2 à 20 députés et a élu son premier sénateur.

Photo : Frente Amplio

Avec un style direct, reconnaissant qu’elle « ferait toujours attention à ne pas être à proprement dit politique », Sánchez a fait face à une campagne difficile qui a été menée dans l’ombre des sondages et de la plupart des analystes chiliens, qui avaient de manière générale affirmé qu’elle ne réaliserait pas plus de 10 %. Dans les urnes, ce nombre a été multiplié par deux et a presque atteint le score d’Alejandro Guillier, le candidat qui représente plusieurs partis du gouvernement de Michelle Bachelet. Lors du second tour le 17 décembre, il fera face à l’ex-président Sebastián Piñera qui a quant à lui remporté 36 % des voix et que beaucoup de sondages donnent gagnant. Bien qu’elle ne soit pas arrivée au second tour, Sánchez incarne les espoirs d’un électorat qui a tourné le dos aux partis traditionnels chiliens. Son poids politique pèse désormais sur le choix du prochain président du Chili.

Quels sont les objectifs de Beatriz Sánchez et du Frente Amplio ?

« Vivre plus heureux », répond l’ancienne candidate à la BBC dans l’une des salles de réunion utilisée pendant sa campagne ; un lieu sans fioritures, où les jeunes circulent en shorts et en sandales. Sur l’un des murs on peut lire son nom écrit en papier avec des lettres de couleur. « Je connais la société dans laquelle je vis, je ne me fais pas d’illusions et je ne veux pas non plus transformer la société. Ce que je dis, ce que nous cherchons, c’est que cette société agite nos drapeaux par bon sens. Nous voulons que les gens comprennent qu’un système de retraite individuel ne donnera jamais de bonnes pensions et que ce qu’il faut faire, c’est que chacun apporte ce qu’il a ou ce qu’il peut et qu’il reçoive ce dont il a besoin. Nous voulons que la liberté de choix des individus soit respectée. Parce que cette liberté de prendre des décisions aujourd’hui n’existe pas. Si nous avons une inégalité structurelle, si dans une ville comme Santiago, je peux voir quelle vie va avoir une personne, selon la commune (la municipalité) où elle est née, de quelle liberté parle-t-on ? Nous voulons que les opportunités soient les mêmes pour tous afin que chacun ait réellement la liberté de tracer son propre chemin. »

Vous avez canalisé un mécontentement qui existe au Chili et dans d’autres parties du monde. Qu’est-ce qu’il y a de commun dans ce mécontentement ?

« Je pense qu’il y a un mécontentement selon la réalité de chaque pays, mais il se passe quelque chose au niveau mondial. Ce n’est pas un hasard si les différents mouvements se sont élevés contre l’écart qui existe entre ceux qui prennent les décisions et ceux qui les vivent. Je pense qu’il y a une forte déconnexion entre les gens qui sont au pouvoir et ce que les gens vivent. Cela s’observe dans le monde entier et au Chili. »

Avant le 29 novembre prochain, Beatriz Sánchez annoncera si Guillier pourra compter ou non sur le soutien du Frente Amplio, la coalition qui l’a portée comme candidate, et qui est composée d’anciens leaders étudiants et des secteurs de la gauche opposés aux gouvernements formés depuis 1989 par les socialistes, les radicaux, les démocrates-chrétiens et, ces dernières années, les communistes.

« Je ne sens pas maître des votes, je n’y crois pas, je n’y ai jamais cru. Ce que nous allons faire, c’est abandonner une position. Si les membres du « Frente Amplio » ont bien démontré quelque chose au cours de ces mois de campagne, c’est que nous, nous prenons des engagements et nous les tenons. S’il y a eu une organisation politique dans ce pays qui a été responsable, c’est bien nous », dit-elle au sujet de la Nueva Mayoría du gouvernement, qui est apparue divisée lors des élections.

Indépendamment de la décision de sa candidate, le Frente Amplio a déjà annoncé qu’il serait « l’opposition » contre toute nouvelle administration et qu’il n’assumerait aucune charge au sein du gouvernement. Mais il est déjà présent au Congrès et Sánchez elle-même continuera en politique, bien qu’elle n’ait pas encore décidé de quelle manière.

Comment ferez-vous lors de votre arrivée au pouvoir pour ne pas tomber dans les travers de l’élite que vous critiquez ?

« Nous devons prendre conscience qu’il ne faut pas y tomber. Les politiques publiques doivent être faites comme si un individu était l’objet de cette politique publique. Il faut faire les choses avec amour et, aujourd’hui, c’est quelque chose qu’on a perdu. Nous avons fait un travail de campagne très intense dans la rue, pas sur scène ; nous avons décidé de nous regarder dans les yeux. J’ai distribué les flyers car j’aurais aimé qu’ils me soient distribués ainsi. C’est la façon de s’adresser aux gens qui compte : pas depuis un podium en disant je sais ce que vous voulez et je vais vous l’apporter ; ils veulent qu’on écoute ce qu’ils ont à dire. »

« La Béa », comme disent ses partisans, a dépassé de loin les autres candidats indépendants pour la présidentielle et a fait une performance similaire à celle de Marco Enríquez-Ominami en 2009 ; bien que, contrairement à Sánchez, MEO était déjà député et venait d’une famille politique. Enríquez-Ominami s’est représenté cette année mais n’a cette fois obtenu que 5,7 % des voix.

Avez-vous peur de répéter ce processus, d’être un phénomène ?

« Ce n’est pas simple de transformer des mouvements sociaux pour les représenter dans un espace de pouvoir qui a des règles différentes… Il y a des risques, mais je crois que nous pouvons surmonter ce risque, nous allons signaler la limite. Et nous n’allons pas perdre la rue, parce que c’est notre engagement. J’étais très heureuse quand j’ai demandé aux candidats élus s’ils allaient prendre des vacances et qu’ils m’ont répondu que non. Ils sont déjà de nouveau dans la rue, parce qu’ils veulent remercier, rendre visite à tous ceux qui leur ont ouvert leurs portes. Maintenant, bien sûr, il y a toujours le risque que cela se perde. »

Qu’allez-vous faire des différences qui peuvent naître au sein de votre propre coalition ?

« L’une des choses que j’ai apprise, c’est que la politique est profondément humaine, et qu’elle traverse différents états. Je pense donc qu’il va y avoir des tensions entre nous, des visions différentes. Nous avons élaboré un programme participatif et c’était très difficile, mais ce n’est pas une raison pour nous arrêter là. »

Que diriez-vous à ceux qui ne comprennent pas cette volonté de changement dans l’un des pays qui a le plus progressé en Amérique latine, notamment dans le domaine de l’éducation, qui a l’un des taux d’homicides les plus bas… ?

« Que je tiens à souligner tout ce qui a été fait. Je ne méprise pas ce qui a été accompli depuis que nous avons retrouvé la démocratie ; au contraire, je pense que de grandes choses ont été faites, mais nous sommes arrivés à une forme d’ordre social, de pacte social qui sont au point mort, qui ont déjà donné les résultats qu’on attendait. Si maintenant nous voulons continuer à réduire réellement la pauvreté, si nous voulons nous retrouver sur les places publiques et ne pas avoir des places pour les riches et des places pour les pauvres, une santé pour les riches et une santé pour les pauvres, nous devons modifier le pacte. Ce n’est pas pour mépriser ce qui a été fait, ni pour le jeter à la poubelle. Tout ce fantasme de repartir à zéro est faux, on ne part jamais de zéro, personne ne peut tout détruire pour tout reconstruire ; ce que nous voulons, c’est transformer ce qui existe déjà. »

Le candidat Piñera a dit que le Chili « n’est pas le Venezuela, mais… attention »

« J’ai vu que les gens riaient de cette appellation de « Chilizuela » et j’ai pensé que c’était bien qu’il ne prenne pas cela au sérieux. Je pense que cela relève d’une stratégie de la peur. Ils ont dit que le projet de la Nueva Mayoría de Bachelet était d’aller vers le Venezuela, et rien n’est plus éloigné de la vérité. »

Pensez-vous que les sondages ont mal interprété le soutien à Bachelet et à ses réformes, qui ont généralement été très rejetées au Chili, tout comme ils se sont trompés dans les prévisions de votre score ?

« Je crois que les sondages ont parfaitement minimisé l’adhésion des Chiliens à l’actuelle présidente. Mais ce n’est pas cela le plus inquiétant : le plus inquiétant, et cela s’applique également à notre mouvement, c’est la lecture qui a été faite de cette minimisation. Ces enquêtes ont fait dire que les gens n’adhéraient pas à nos idées et que, au Chili, on ne désirait pas de changements. Après les élections, j’ai une vision totalement différente : le Chili veut des changements et cela peut être écrit en majuscules, en gras et avec un point d’exclamation. »

Traduit par Marlène LANDON
D’après un article de la BBC

« Amazonie brésilienne : usages et représentations », une étude coordonnée par François-Michel Le Tourneau

François-Michel Le Tourneau, géographe, né à Léhon en 1972, est directeur de recherche au CNRS. Ses travaux portent sur l’occupation et l’usage des espaces faiblement peuplés, en particulier dans l’Amazonie brésilienne. Il vient de publier aux éditions de l’Institut des Hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) à Paris des travaux autour de l’Amazonie. Les auteurs invités sont Sophie Carlon, Ludivine Eloy, Floret Kohler, Guillaume Marchand, Stéphanie Nasuti, Céline Raimbert et Isabelle Tritsch.

Photo : Entretien avec François-Michel Le Tourneau – Le Grand Orchestre des Animaux/Youtube

Dans les années 1990 au Brésil, les territoires des populations traditionnelles amazoniennes sont, pour la première fois, reconnus par la loi. Le risque est clairement exposé : si l’accès aux ressources naturelles leur est coupé, ces peuples seront menacés de disparition. À partir de l’étude de cinq sites, une équipe de sociologues, géographes et anthropologues s’est efforcée de dégager les enjeux sociaux et spatiaux des populations traditionnelles. Ils ont, pour cela, minutieusement collecté et analysé des informations issues de données GPS, d’entretiens ou de rapports statistiques. Qu’entend-on par l’expression « populations traditionnelles » ? Quels rapports ces sociétés entretiennent-elles avec leur espace ? Comment le savoir territorial, qui fait leur originalité, se transmet-il des anciennes aux nouvelles générations ? Autant de questions auxquelles répond cet ouvrage ambitieux et richement illustré.

Le géographe François-Michel Le Tourneau

Il a eu l’occasion à son entrée au CNRS de réaliser conjointement avec Martine Droulers des travaux sur les dynamiques territoriales en Amazonie brésilienne. Diverses missions de terrain ont été menées et lui ont permis de se familiariser avec le contexte de cette région en voyageant dans tous les États qui la composent. Des contacts étroits noués à ces occasions avec le Centro do Desenvolvimento Sustentave (CDS) de l’université de Brasília, lui ont permis d’exercer pendant cinq ans (2002-2005 et 2007-2008) en tant que chercheur invité au CDS. Cette période de résidence au Brésil lui a permis de s’intéresser de près à l’indigénisme et en particulier au cas des Yanomami, auprès desquels il a travaillé en étroite collaboration avec Bruce Albert. Ces recherches ont débouché sur un projet ACI dénommé « Cartographie Yanomami », puis sur un ouvrage de recherche publié aux éditions Belin en 2010, Les Yanomami du Brésil, Géographie d’un territoire amérindien. Après son retour en France en 2005, il a été le coordinateur de la rédaction du projet Duramaz, soutenu par l’ANR sur la période 2007-2010.

Entre 2009 et 2013, il a également dirigé le projet ANR USART destiné à analyser les relations entre les populations traditionnelles d’Amazonie et leur espace. Ce projet a permis la rédaction d’un ouvrage, en cours de parution. Enfin, depuis 2010, il organise régulièrement des expéditions, ou reconnaissances géographiques, dans des régions peu connues à la frontière entre le Brésil et la Guyane française. Ces travaux ont permis la réalisation d’un documentaire, Expédition Mapaoni, l’inaccessible frontière, et la réalisation d’un ouvrage sur le fleuve Jari, Le Jari, géohistoire d’un grand fleuve amazonien (Presses universitaires de Rennes).

Il a été le vice-coordinateur des activités de recherche liées à ce programme, dirigé par Martine Droulers. Là encore, les travaux menés ont fait la part belle aux activités de terrain, avec l’étude de treize sites dispersés sur l’ensemble de l’Amazonie brésilienne selon un protocole commun. Ce projet est maintenant dans sa phase n°2, financée de nouveau par l’ANR pour la période 2011-2015 et il en assure également la vice-coordination sous la férule de Hervé Théry.

D’après le site de l’IHEAL

Amazonie brésilienne, usages et représentations du territoire, sous la direction de François-Michel Le Tourneau dans la collection « Travaux et mémoires » des éditions de l’IHEAL, 376 p, 24 €. En vente en librairie et sur Le comptoir des presses d’universités (à partir du 12 décembre 2017).

« Lueurs de la pampa », le nouveau roman en français de l’écrivain argentin Hernán Ronsino

En 2010, les lecteurs français découvraient avec Dernier train pour Buenos Aires, Hernán Ronsino, un auteur né en 1975 dans la province argentine, à Chivilcoy, et un style refusant tout artifice. Gallimard publie son troisième roman, Lueurs de la pampa, qui offre les mêmes qualités et confirme que Ronsino possède déjà une personnalité qui permet de le reconnaître comme une voix marquante de la littérature argentine actuelle.

Photo : Página 12/Gallimard

Le titre le dit bien : on est et on restera dans un univers de sensations. Le retour de Federico Souza à Chivilcoy, son village natal au cœur de la pampa argentine est pour lui l’occasion, une occasion imposée et inévitable, de redécouvrir les lieux et les gens qu’il a peu à peu délaissés sans le vouloir vraiment, parce que la vie est comme ça. Son âge, entre la jeunesse et l’âge mûr, est peut-être la vraie raison de ce changement dans sa façon de voir le présent et le passé. D’ailleurs dans le décor lui-même se mêlent passé et présent, à l’image de cette vieille ambulance hors service qui se détériore depuis longtemps à l’angle de deux rues et que personne n’a pensé à enlever de là.

Une vache est l’origine, le déclencheur du retour de Federico dans le village ‒ la ville ? personne n’ose trancher ‒, une vache qu’un ami de son père, mentalement instable ou « homme incompris », comme le dira sa nécrologie dans le journal local, lui offre en héritage, bien qu’il n’en soit pas le propriétaire… ou peut-être que si.

D’un souvenir précis à un moment de contemplation, un jeu de lumière sur un mur ou un passant qu’il remarque, Federico vit ces trois jours comme étant un étranger à lui-même, comme le découvreur d’un monde nouveau et déjà intimement connu. Et puis un souvenir qui se précise en crée un autre qu’il se met à absorber, un peu comme des poupées russes immatérielles. Proust n’est pas loin du tout. La Chivilcoy actuelle, avec ses nouvelles boutiques tenues par des Chinois, les ruines d’activités abandonnées, comme la gare de chemin de fer remplacée par la gare routière, cube de béton à la place de ce qui fut lieu de découvertes et d’aventures pour l’enfant, est à présent pour Federico étrangère et familière.

Les souvenirs personnels de Federico s’entrecroisent avec la mémoire de la petite ville, mémoire parfois historique, comme l’épisode de la mort du colonel Borges, l’aïeul de l’écrivain, ou d’autres faits, qui peuvent être dérisoires ou même pitoyables, qui ont marqué et se sont transmis de génération en génération. Ainsi les anciens thèmes traditionnels en Argentine, civilisation et barbarie en tête, prennent vie, se font actuels : on reconstitue dans une salle de classe l’assassinat d’un jeune poète, en 1910, et tout à coup plane l’ombre de Sarmiento, homme politique et homme de lettres du XIXème siècle.

Par petites touches, si notre attention ne faiblit pas, on pourra reconstituer assez précisément la vie de Federico Souza (réaction bien française, très cartésienne). Est-ce bien nécessaire ? Est-ce souhaitable ? Non, évidemment. Cette chronologie réaliste n’est que la trame de fond, et le charme du roman c’est justement cette mer mouvante d’impressions qui sont présentes, disparaissent doucement ou brusquement pour réapparaître deux jours ‒ ou 200 pages ‒ plus tard : les « nuances du souvenir », dit Hernán Ronsino. La subtilité du style s’ajoute encore à ce roman, très beau, très prenant.

Christian ROINAT

Lueurs de la pampa, de Hernán Ronsino, traduit de l’espagnol (Argentine) par Gersende Camenen, éd. Gallimard, 324 p., 22,50 €. Hernán Ronsino en espagnol : La descomposición / Glaxo / Lumbre, ed. Etrena cadencia, Buenos Aires. Hernán Ronsino en français : Dernier train pour Buenos Aires, Liana Levi.

« Los Modernos » : une exposition consacrée au dialogue entre la France et le Mexique au musée des Beaux-Arts de Lyon

Après son grand succès auprès du public du Museo Nacional de Arte de Mexico (MUNAL) et du MUSA de Guadalajara, où l’exposition a été vue par plus de 200 000 visiteurs mexicains, l’exposition « Los Modernos » est présentée à Lyon à partir du samedi 2 décembre 2017 jusqu’au 5 mars 2018. Nous consacrerons une partie de notre revue trimestrielle pour la période décembre-février à quelques artistes de cette exposition Los Modernos.

Photo : Autorretrato en la frontera entre México y Estados Unidos, Frida KHALO, 1932, huile sur métal, 31cm x 35cm, Collection Manuel Reyero, New York

Découvrez les liens qu’ont entretenu les plus grands noms de l’art moderne de chaque côté de l’Atlantique avec, entre autres, Léger, Picasso, Bacon, Rivera, Siqueiros, Orozco. L’exposition Los Modernos met en regard deux scènes de l’art moderne, à travers les collections Museo Nacional de Arte de Mexico (MUNAL) et du musée des Beaux-Arts de Lyon. Plus de 300 peintures, sculptures et photographies – une première au musée des Beaux-Arts de Lyon – mettent en lumière les correspondances et les influences entre art moderne français et mexicain, mais également leurs ruptures et leurs spécificités.

À Lyon, l’exposition reprend le principe de l’exposition mexicaine : montrer deux collections, celles du musée des Beaux-Arts de Lyon et celle du MUNAL, comme illustrant deux scènes de l’art moderne entre 1900 et 1960. Elle bénéficie de nombreux prêts provenant d’autres collections de musées et de collections particulières. Elle s’enrichit notamment de trois dossiers : le premier concerne le cubisme avec notamment la figure de Diego Rivera, le second traite de l’influence des artistes mexicains sur le mouvement surréaliste en France et le troisième s’intéresse aux regards croisés entre photographes mexicains, américains et français. L’exposition est introduite par un focus sur le patrimoine mexicain dans les collections lyonnaises (cinéma, estampes, objets ethnologiques).

Trois conférences

Découvrez en profondeur l’exposition Los Modernos. Dialogues France-Mexique et son univers artistique grâce à trois conférences. La première a lieu le 11 décembre. Les conférences peuvent être choisies individuellement ou réservées en un cycle de trois soirées ! Conférence d’introduction à l’exposition Los Modernos. Dialogues France-Mexique par Serge Fauchereau, historien de l’art. 18 h 30 – auditorium du musée. Conversations mexicaines : conférence de Bernard Plossu, photographe, et Jacques Damez, photographe, commissaire associé de l’exposition à la galerie « Le Réverbère » et co-directeur de la galerie.  Conférence suivie de la diffusion du film de Bernard Plossu, Le voyage mexicain (1965-1966 en 8 mm, durée 30 mn). Jeudi 25 janvier – 18 h 30 – auditorium du musée. Le cinéma mexicain : entre tradition hollywoodienne et modernités européennes. Conférence par Julie Amiot-Guillouet, maitre de conférences, Institut des Amériques, Université Paris-Sorbonne. Jeudi 8 février – 18 h 30 – auditorium du musée.

D’après le site du Musée des Beaux-Arts de Lyon

L’impunité n’est pas éternelle : des pilotes des vols de la mort enfin condamnés en Argentine

Le procès ESMA III, peut-être l’un des plus importants concernant la dictature, se termine sur 48 condamnations. Pour la première fois, des pilotes des vols de la mort étaient aussi jugés. Retour sur les cas Julio Poch et Alfredo Astiz et sur le témoignage de trois survivantes.

Photo : Acosta et Astiz/Leandro Teysseire, Página 12

Le troisième procès pour crimes contre l’humanité commis dans la ESMA, l’École de mécanique de la Marine de guerre, situé à Buenos Aires, a commencé le 28 novembre 2012. La ESMA était un centre de détention, de tortures et d’extermination par lequel sont passés plus de 5 000 opposants à la dictature qui ont ensuite disparu. Cinq ans plus tard, 54 militaires sont jugés pour tortures ou disparition de 789 personnes.  Le premier procès a eu lieu en 2007, le deuxième en 2011. Le troisième procès vient de se terminer sur 48 condamnations.

Les vols de la mort, le récit de trois survivantes

Aéroport de Buenos Aires, portés à bord et jetés vivants à la mer dans le río de la Plata ou l’océan Atlantique. En 1979, Sara Solarz, Alicia Milia et Ana María Martí, trois survivantes de l’ESMA écrivent leur témoignage sur les « transferts » (traslados), un euphémisme pour nommer les vols de la mort : « Les transferts se faisaient les mercredi. On leur disait qu’ils étaient transférés vers le sud du pays. Personne ne savait à qui serait le tour. Les gens devaient rester immobiles, une cagoule sur la tête, une chaîne aux pieds. Les gardes commencent alors à appeler des numéros. Nous n’avions plus de noms, nous étions des numéros. À l’infirmerie, un infirmier leur injectait un produit qui les rendaient somnolents puis ils étaient emmenés en camion. On n’en revoyait jamais aucun… » On sait maintenant que les prisonniers étaient menés à un aéroport militaire, chargés à bord et jetés dans le río de la Plata ou dans l’océan Atlantique.

L’histoire du pilote Julio Poch

Restaurant Gado Gado, île de Bali, Indonésie, décembre 2003. Les pilotes de la compagnie aérienne néerlandaise à bas coût Transavia jouissent d’un congé exceptionnel offert par la compagnie, cette année à Bali. Parmi eux, Julio Poch, un pilote argentin naturalisé hollandais. Lors d’un repas, les pilotes observent à la télévision les préparatifs du mariage de l’Argentine Maxima Zorreguieta avec le prince Guillaume des Pays-Bas. Un des pilotes remarque : « Elle est sympa, dommage qu’elle a le père qu’elle a… ». Le père de Maxima, Jorge Zorreguieta, a été Secrétaire à l’Agriculture durant la dictature. Un autre pilote dit alors : « Parait qu’ils ont jeté des milliers de prisonniers vivants à la mer. Quelle horreur ». Julio Poch s’énerve et raconte que lui, a fait partie de ces vols qui ont jeté des gens à la mer. Geert Geroen, alors chef de Poch ainsi que son collègue Tim Weert racontent :

Tim Weert : Comment as-tu pu faire ça ?
Poch : Vous n’avez rien compris, vous ne savez rien. Comprenez qu’il s’agissait d’une guerre où meurent des gens des deux côtés. C’étaient des terroristes de gauche, ils ne méritaient rien d’autre.
TW : Pourquoi ne pas avoir rendu les corps à leur famille ou à ces Mères qui portent ces pancartes ?
P : Elles auraient dû savoir que leurs enfants étaient des terroristes. On aurait dû tous les tuer.
TW : C’est une façon inhumaine de tuer des gens.
P : Ils étaient drogués.

Extradé vers l’Argentine

Horrifiés, Geert et Geroen dénoncent Poch auprès de la direction qui transmet au Ministère public. Celui-ci écoute les témoignages des présents à Bali et envoie des magistrats en Argentine pour enquêter sur l’existence de ces vols. En 2008, le juge argentin Sergio Torres, en charge du dossier ESMA, demande aux Pays-Bas l’arrestation de Poch en vue d’une extradition pour « détention illégale, torture, disparitions et meurtres » commis pendant la dictature militaire. La justice hollandaise refuse, se prévalant de la double nationalité de Poch. Il faut attendre qu’il quitte les Pays-Bas et soit sur le territoire d’un pays plus « réceptif » ; ce qui arrive lorsque Poch fait escale, en 2009, à Valence en Espagne lors de son dernier vol avant de prendre sa retraite. À son arrivée, il est attendu par des agents du Groupe de Localisation des Fugitifs de la police espagnole qui l’arrêtent. Il est bientôt extradé vers l’Argentine.

Un accusé bien connu en France

Parmi les accusés à la perpétuité, le « Tigre » Jorge Acosta, Ricardo Cavallo et surtout le lieutenant de vaisseau Alfredo Astiz. Connu comme l’ange blond de la mort, Astiz est le militaire qui a arrêté 12 personnes travaillant pour les Mères de la Place de Mai en décembre 1977 dont les religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet. Toutes disparaissent. Le corps de trois d’entre ces victimes réapparaît plusieurs semaines plus tard sur une plage et sont enterrés dans un cimetière côtier. Ce n’est qu’en 2005 que l’on découvre qu’un de ces corps est celui de Léonie Duquet, probablement victime d’un de ces vols de la mort. En 1990, Alfredo Astiz avait été condamné à la perpétuité par un tribunal français pour ces disparitions.

Un procès historique

Il s’agissait en ce mois de novembre 2017 de juger 54 militaires pour enlèvements, tortures, mort et disparitions de 789 personnes. Les juges ont écouté les témoignages de plus de 800 personnes. Le tribunal a condamné 29 militaires à la perpétuité et 19 autres à des peines allant de 8 à 25 ans de prison. Incroyablement, Julio Poch a été absous… Plus curieux mais si important de nos jours, la sentence ordonne que les journaux Clarín, La Nación, La Razón, Crónica, Para Tí, Gente et La Prensa rectifient les fausses informations que ces médias avaient publié durant la dictature. L’impunité n’est pas éternelle…

Jac FORTON

Pour plus d’information sur les procès en Argentine, voir le site de HIJOS, Hijos e Hijas por la Identidad y la Justicia contra el Olvido y el Silencio (Enfants pour l’Identité et la justice et contre l’oubli et le silence).

Lancement du 15e Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH) de Paris

L’association Alliance Ciné organise, du 5 au 12 décembre, le 15e Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH) de Paris, désormais la plus grande manifestation culturelle sur les droits humains en France. Cette manifestation présente chaque année un panorama de la production cinématographique documentaire sur le thème des droits humains.

Photo : Affiche FIFDH

Chaque projection est suivie d’un débat avec le public, en présence du réalisateur et/ou d’intervenants présents sur le terrain (responsables d’ONG, journalistes, universitaires, etc.). Les films proposés sont, pour l’essentiel, inédits ou en avant-première et absents des écrans français. Le FIFDH est aussi décliné en régions avec des équipes locales (Gironde, Gard, Pays Basque, Midi-Pyrénées, Haute-Savoie, Provence, Normandie).

Comme le dit Vincent Mercier, Délégué du Festival : « Quand nos institutions font défaut, les militants pour les droits de l’Homme, ces militants de la cause humaine, nous montrent combien les combats qui les animent, jouent un véritable rôle de garde-fou. Grâce à eux et à leur mobilisation, au péril souvent de leur tranquillité personnelle, nous vivons au sein d’une société plus juste et plus transparente. Gardons à l’esprit que ce sont des femmes et des hommes ordinaires qui refusent de se soumettre et qui par leur pugnacité, font bouger les lignes ». Voilà l’une des nombreuses questions que le Festival soulèvera en compagnie de réalisateurs et de nombreux invités. Vincent Mercier rajoute que « les droits de l’Homme, tout le monde s’en réclame et verse des larmes de crocodile quand ils sont attaqués. Mais dès qu’il s’agit de mettre en œuvre de véritables mesures concrètes de soutien en leur faveur, les rangs se clairsèment… Montrez que vous n’êtes pas de ceux-là et n’attendez pas qu’ils soient menacés en vous mobilisant à nos côtés ».

Jac FORTON
D’après le site du festival

Le Festival a lieu au cinéma L’Entrepôt, 7 rue Francis de Pressensé, Paris 14e, métro Pernety (ligne 13), du 5 au 12 décembre 2017. Quatre à cinq films par jour, le premier à 13 h 10, le dernier à 22 h 30. Détails du programme ici.

Antonio Ledezma, maire de Caracas et opposant de Maduro, fuit le Venezuela

Antonio Ledezma a fui le Venezuela et s’est réfugié à Madrid depuis samedi dernier. Il se trouvait sous résidence surveillée depuis 2015. Le maire de Caracas, en tant qu’opposant majeur au régime de Maduro, a été accusé de conspiration contre le régime et d’association de malfaiteurs. Le fondateur et leader du parti politique Alianza Bravo Pueblo venait d’accomplir un peu plus de mille jours de détention.

Photo : Noticiero 52

Après avoir échappé à la surveillance des services secrets postés devant son domicile, Ledezma, au prix d’un voyage d’environ quinze heures, est arrivé en territoire colombien. Lors de sa course vers la Colombie, il a traversé le pont Simón Bolivar, qui connecte le Venezuela à la Colombie. Ce pont est célèbre pour être traversé chaque jour par des milliers de Vénézuéliens qui cherchent à se procurer des produits de première nécessité et parfois de meilleures conditions de vie.

Arrivé sur le pont, Ledezma est s’est dissimulé dans la foule de personnes qui s’y trouvaient ; il serait passé ainsi sans qu’on ne le remarque en face d’une trentaine de postes de la garde nationale et de la police. En Colombie, il s’est acquitté de toutes les procédures migratoires de manière légale, étant donnée l’absence d’ordre de capture à l’international et de sollicitude formelle de détention. À Bogotá, il a pu embarquer pour un vol à destination de Madrid et a été reçu à l’aéroport par son épouse et ses deux filles. Ce même jour, il a annoncé à la presse qu’il allait s’entretenir avec le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy.

Le Service Bolivarien d’Intelligence National (SEBIN) s’est présenté au domicile de Ledezma ce même jour, ayant eu vent de rumeurs sur sa possible fuite. Cependant, il était déjà trop tard : Ledezma avait pris la fuite cinq heures plus tôt. Les agents du SEBIN ont fouillé son domicile pour comprendre comment ce dernier avait pu s’échapper.

Mariano Rajoy s’est prononcé en faveur de l’opposition au gouvernement vénézuelien et il a souligné la nécessité d’aboutir à une solution démocratique à la crise qui affecte le pays. De son côté, l’ancien maire de Caracas a affirmé son intention de poursuivre la lutte contre Maduro en dénonçant les dérives du gouvernement socialiste à travers le monde. Selon ses propres mots, Ledezma veut incarner « l’espoir de tous les vénézuéliens de sortir de ce régime, de cette dictature ». Il accuse notamment le régime de Maduro d’avoir établi des liens avec des trafiquants de drogue.

Le 1er et le 2 décembre, des discussions entre les membres de l’opposition et le gouvernement dominicain auront lieu en République Dominicaine, dans le but de négocier un accord améliorant les conditions électorales avant les prochaines élections présidentielles de 2018. L’opposition est représentée par une coalition de partis politiques anti-chavistes : la MUD (Table de l’Unité Démocratique), qui comprend le parti de Ledezma. Cependant, les récentes fractures et divisions au sein de la coalition retardent l’aboutissement à un accord majoritaire sur ces questions.

Ledezma est un des opposants incarcérés les plus emblématiques de son pays, aux côtés de Leopoldo López, se trouvant également sous résidence surveillée. L’ancien maire a affirmé à ce titre qu’il avait reçu l’aide de militaires vénézuéliens pour assurer sa fuite.

Karla Rodríguez González

Élections présidentielles au Honduras : les deux principaux candidats au coude à coude et des suspicions de fraude

Alors qu’en 2009, la Cour suprême demandait à l’armée d’arrêter le Président Manuel Zelaya qui prétendait changer la Constitution pour permettre sa réélection, celle-ci autorise aujourd’hui le Président actuel, Juan Orlando Hernández (Parti national de droite), à se représenter ! La lenteur du dépouillement des résultats fait soupçonner des pratiques frauduleuses.

Photo : Salvador Nasralla/Página 12

Le coup d’État de 2009

À l’époque, le Président Manuel Zelaya propose que, à l’occasion des futures élections de novembre, une « quatrième urne » soit mise en place. Cette consultation populaire portait sur la question suivante : « Êtes-vous d’accord pour qu’une assemblée constituante discute de modifications à la Constitution ? ». Il s’agissait de modifier un des articles qui interdit la réélection d’un président ou d’un ancien président. Le Parlement et le pouvoir judiciaire, entièrement contrôlés par la droite, y virent l’occasion de se débarrasser d’un président accusé de « gauchisme », parce qu’il envisageait un rapprochement avec le Venezuela d’Hugo Chavez. Accusé de « traître à la patrie, d’abus d’autorité et d’usurpation de fonctions », Zelaya est arrêté par l’armée au petit matin, mis en pyjama dans un avion militaire et expulsé au Costa Rica ! Pour que les choses soient claires, l’armée arrête également les ambassadeurs du Nicaragua, de Bolivie et du Venezuela. Ceci est vécu en Amérique latine comme un coup d’État.

Un deuxième coup d’État en 2017 ?

Le président actuel, Juan Orlando Hernández (connu sous le sigle JOH), issu du Partido Nacional qui a soutenu le coup d’État de 2009, n’a donc pas pu, selon le même article de la Constitution, se représenter aux élections présidentielles du 26 novembre dernier. La montée de la coalition Alliance de l’Opposition contre la Dictature de Salvador Nasralla (gauche) inquiète la droite. Le président Hernández souhaitant conserver son statut, il lui a suffit de convaincre la Cour suprême de passer outre la loi en vigueur. Tous les rouages de l’État étant contrôlés par sa personne, cette dernière s’est empressée de déclarer que l’article 239 était « inapplicable » concernant les élections présidentielles de 2017 ! Ce tour de passe-passe autorise ainsi la nouvelle candidature du Président sortant. Manifestement, ce qui est un crime pour un président de centre gauche n’en est plus un quand il s’agit d’un président de droite…

Mauvaise surprise pour le président sortant

Il y avait neuf candidats, dont trois seulement avaient une chance de gagner au premier tour : le président sortant Juan Orlando Hernández du Partido Nacional, grand favori de l’élection, Salvador Nasralla du Parti de gauche Alianza de Oposición contra la Dictadura et Luis Zelaya (aucun rapport familial avec l’ancien président Manuel Zelaya victime du coup d’État de 2009) du Partido Liberal très à droite. Le premier bulletin du Tribunal électoral n’était pas encore publié que le Président sortant clamait déjà sa victoire, suivi aussitôt par son opposant Nasralla. Tout le monde crie victoire sauf Luis Zelaya, reconnaissant sa défaite et félicitant Nasralla qu’il déclare vainqueur des élections.

Après les premiers résultats, le silence…

Les premiers résultats donnent Salvador Nasralla devançant Juan Orlando Hernández d’environ cinq points, « une tendance difficilement réversible » selon des observateurs. Les votes dépouillés jusqu’à présent sont ceux émis électroniquement dans les grandes villes comme la capitale Tegucigalpa, ou San Pedro Sula. Restent à dépouiller plusieurs centaines de milliers de votes venant des zones les plus reculées du pays et dont les urnes arrivent lentement par camions à la capitale – ce qui les exposent à toutes les manipulations possibles, dénonce l’opposition.

Une lenteur suspecte

La lenteur du dépouillement éveille les soupçons. La sociologue Mirna Flores, de l’Université Nationale, a confié au journal argentin Página12 que « les citoyens ne croient plus dans les institutions : une Cour suprême qui approuve un candidat contre la Constitution et un Tribunal Électoral qui accepte une inscription illégale… Et maintenant, tant de temps pour compter les votes. Les citoyens croient que se prépare une fraude électorale » pour que gagne le président Hernández. Le fait que les ordinateurs du Tribunal électoral (TSE) soient tombés plusieurs fois en panne, dont une fois pendant plus de cinq heures, inquiètent avec raison les électeurs de Nasralla. Vendredi 1er décembre au matin, le TSE annonçait que le gagnant était le président Hernández par une très étroite marge de 1 %. Les électeurs de l’Alliance sont immédiatement descendus dans la rue pour crier à la fraude. Salvador Nasralla a annoncé qu’il ne reconnaîtra pas les résultats et exige que les actes de votes soient recomptés devant des observateurs internationaux indépendants « et surtout pas par le TSE ». Le Honduras entre en grave crise institutionnelle…

Jac FORTON