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novembre 2017

Présidentielles de toutes les surprises au Chili : la droite recule, la gauche avance

La Coalition Chile Vamos du candidat Sebastian Piñera (droite) a gagné le premier tour avec un résultat beaucoup plus bas que prévu, devant Alejandro Guillier de la coalition Nueva Mayoría (centre gauche, au pouvoir) qui devance de deux petits points Beatriz Sánchez du Frente Amplio (gauche). Quasi disparition de la Démocratie chrétienne (DC). Tous les sondages sont faux.

Photo : Tele 13

Sebastián Piñera, Chile Vamos            36,62 %
Alejandro Guillier, Nueva Mayoría         22,70 %
Beatriz Sánchez, Frente Amplio           20,27 %
José Antonio Kast, Indépendant             7,93 %
Carolina Goic, Démocratie chrétienne     5,88 %
Marco Enriquez-Ominami, PRO             5,71 %
Eduardo Artés, Unión Patriótica              0,51 %
Alejandro Navarro, PAIS                        0,36 %

La première surprise est le raté majuscule des six principales agences de sondages qui ont tous leurs chiffres faux. À tel point que certains analystes se demandent s’il n’y a pas eu une campagne organisée : systématiquement donner un candidat largement vainqueur dans les sondages et un autre toujours perdant, a-t-il pu influencer les indécis et ceux et celles qui votent finalement « dans le sens du vent ». Piñera était ainsi systématiquement entre 40 et 45 % et Sánchez ne dépassait jamais les 10 %.

La deuxième surprise est le bas score des candidats des grands partis et les bons scores des extrêmes. À droite, Sebastián Piñera, qui se voyait élu au premier tour, atteint difficilement 37 % au lieu des 45 % prévus, et la coalition au pouvoir de Alejandro Guilier n’obtient que 22,70 %. Par contre, la gauche de Beatriz Sánchez (20,27 % au lieu de 8 % dans les sondages) talonne Guillier et José Antonio Kast (extrême droite), obtient presque 8 % au lieu des 3 % des sondages.

Troisième surprise, l’émergence du Frente Amplio (FA) comme troisième parti national. Béatriz Sánchez devançait même Alejandro Guillier dans plusieurs grandes villes dont Santiago et Valparaiso. Ses 20 % rendent le FA incontournable dans les négociations qui vont se développer. L’indifférence envers les grands partis s’observe aussi dans le nombre d’électeurs qui sont restés chez eux. À peine 47 % d’entre eux sont allés voter…

Autre surprise, la quasi disparition de la Démocratie chrétienne. Faisant normalement partie de la coalition Nueva Mayoría au pouvoir [1], la présidente de la DC, Carolina Goic avait refusé de participer à la primaire de la coalition en dénonçant en juin dernier sa « gauchisation » suite à la nomination par Guillier de Karol Cariola, « esta chica communista » (cette gamine communiste, comme l’appelle Goic) comme son porte-parole. Goic avait alors décidé de se présenter séparément, affaiblissant ainsi la coalition. Avec ses 5,88 % de voix, la DC est balayée de la scène politique. Goic vient d’annoncer qu’elle démissionnait et appelait à voter Guillier.

Le vote en France

C’est la première fois que les 40 000 Chiliens résidant à l’étranger avaient le droit de voter ; une réforme proposée par la présidente Michelle Bachelet en 2016. Les 847 votes émis à Paris donnent le Frente Amplio vainqueur (Sánchez, 355 voix), suivi de la Nueva Mayoría (Guillier, 308 voix) et de Chile Vamos (Piñera, 93 voix).

Issue incertaine au second tour

À droite, Piñera fait la cour à José Antonio Kast, un candidat qui, selon ses propres mots, « aurait volontiers pris le thé avec le général Pinochet ». Il va aussi courtiser un secteur de la DC dont l’aile droite pourrait très bien voter pour lui. Bref, Piñera va devoir se droitiser pour gagner des voix.

De son côté, Guillier aussi a besoin de chercher des alliances. Il a déjà reçu le soutien officiel de la DC et celui d’un autre candidat, Marco Enriquez-Ominami mais il lui faut maintenant convaincre le Frente Amplio. Celui-ci pourrait appeler à voter Guillier si la Nueva Mayoría incorpore d’importantes parties de son programme dans le sien. Anti-néolibéral, il n’envisage cependant pas d’entrer dans un gouvernement Guillier. Bref, celui-ci devra pencher vers la gauche s’il veut gagner. En chiffres, toute la droite réunie pourrait obtenir 45 % des voix, le centre gauche et la gauche réunie approchent les 50 %. Vu le grand nombre d’abstentions et d’indécis, l’incertitude règne dans les deux camps. Sebastián Piñera n’est pas encore président, mais Alejandro Guillier non plus. La clé du résultat final est dans les mains du Frente Amplio et les négociations seront serrées… Second tour le 17 décembre.

Jac FORTON

[1] La Nueva Mayoría est en fait l’ancienne coalition Concertation des Partis pour la Démocratie, issue de la lutte politique contre Pinochet, plus le PC.

Présidentielles au Chili : fin de la transition démocratique et percée de Frente Amplio

Une page de l’histoire chilienne a été tournée dimanche 19 novembre 2017. Sebastián Piñera, le candidat des droites, est poussivement arrivé en tête de la présidentielle, avec 37 % des suffrages exprimés. Il avait déjà été élu de 2010 à 2014. Il était alors le représentant d’une droite présentable, sans compromission avec la dictature. Il avait même participé, laissait-il dire, à des manifestations contre le général-président Augusto Pinochet. Mais ce qui était un atout en 2010, l’est-il encore en 2017 ? Pour lui, comme pour son adversaire de centre gauche, Alejandro Guillier, soutenu par la présidente sortante, Michelle Bachelet ?

Photo : El Líbero

La consultation du 19 novembre acte un changement d’époque. L’anti-pinochétisme ne fait plus recette. De 1989 à 2013, bon an mal an, il a donné le pouvoir à une coalition de formations réformistes unies par le souvenir de combats menés en commun pendant la dictature. Les formations de la « Concertation » avaient négocié les conditions de la transition et accepté comme pour toute tractation de ce type, des compromis avec les partisans de Pinochet, civils et surtout militaires. Les Chiliens, conscients de la difficulté de l’exercice, avaient sanctionné dans les urnes ces accords transitionnels. Démocratie chrétienne (DC), Parti Pour la Démocratie (PPD), Parti socialiste (PSCH), Parti radical social-démocrate (PRSD), ont gagné les élections de 1989, 1993, 1999-2000, 2005. Puis celles de 2013 dans la « Nouvelle Majorité » avec le Parti communiste.

Ces alliances peinaient de plus en plus à se perpétuer. Dès 2010, des élus socialistes l’ont abandonné. Le député socialiste Marco Enríquez Ominami a le premier claqué la porte de la Concertation. Il a mené bataille aux présidentielles de 2009 et 2013 au nom d’une formation qui, bien qu’improvisée, a obtenu un succès inattendu. DC, PPD et PS sont entrés en phase de conflits internes latents et permanents. Au point d’arriver à la veille des présidentielles de 2017 en ordre dispersé et concurrentiel. La DC a rompu le contrat et décidé de présenter une candidate, Carolina Goic. Le PPD, après un baroud d’honneur de l’ex-président Ricardo Lagos, a renoncé. Un socialiste dissident, Alejandro Navarro, a lancé sa candidature présidentielle, sans l’aval de sa formation d’origine. Et finalement un indépendant, sans affiliation partisane, le journaliste Alejandro Guillier, a par défaut porté les couleurs de Fuerza de la Mayoria, appellation de l’Union entre le PC, le PPD, le PS et le PRSD. Il a obtenu 22,6 % des suffrages exprimés, le seuil minimal lui permettant d’accéder au deuxième tour.

L’élément le plus novateur aura été la candidature d’une journaliste sans passé politique connu. Et le plus surprenant est que Beatriz Sánchez (c’est son nom) ait recueilli, sous l’étiquette Frente Amplio, plus de 20 % des suffrages exprimés. Elle a réussi à capter un électorat jeune, né avec la démocratie, et ayant depuis quelques années signalé une impatience sociale montante à l’égard des majorités de culture transitionnelle. En 2014, faute de perspective porteuse, leurs porte-paroles, étudiants pour la plupart, avaient rallié le PC et le centre gauche. Ils ont en 2017 exclu cette éventualité et lancé une option aux référents indignés de type « podemiste » à l’espagnole. Cette poussée contestataire est doublement révélatrice. Révélatrice de l’acquis social des gouvernements de la « Concertation », le recul de la pauvreté : 50 % depuis 1989. La couverture de base est assurée. Mais les anciens pauvres veulent des services publics, des universités, des hôpitaux, accessibles à tous, et de meilleure qualité. Révélatrice aussi de revendications démocratiques exigeantes. Les jeunes électeurs nés sous la démocratie n’ont que faire des prudences de leurs ainés. Faute de réponse satisfaisante à leurs attentes, très souvent ils mettent les générations plus âgées, « démocrates » comme « pinochétistes », dans le même sac.

Faute d’aggiornamento, l’espace progressiste a donc implosé en candidatures antagonistes. Ce qui rend les additions hasardeuses pour le deuxième tour. L’abstention est devenue majoritaire, passant de 49 % en 2013 à 53,5 % en 2017 avec une pointe à 65 % dans le nord du pays. Les sondeurs se sont heurtés à une réalité qui ne cadre plus avec les comportements antérieurs. L’institut CEP donnait Sebastián Piñera, le candidat des droites à 44 %, et Beatriz Sánchez à 8,5 %. Adimark, société concurrente, les donnait respectivement à 33 % et 11 %. Le résultat des législatives qui se déroulaient le même jour confirme cette rupture historique. La coalition des droites Chile Vamos a sensiblement accru le nombre de ses députés. Ils étaient 43, soit 35,8 % du total ; ils seront désormais 71,  soit 46 % du total. La coalition Frente Amplio fait une percée. L’ex « Nouvelle Majorité » a fait les frais de ce double mouvement. Elle a perdu la majorité qu’elle détenait jusque-là au Congrès des députés. Plusieurs de ses chefs historiques ont été éliminés par les électeurs : les démocrates chrétiens Andrés Zaldívar, Juan Carlos Latorre et Ignacio Walker ; les socialistes Camilo Escalona et Osvaldo Andrade ; les PPD, Gonzalo Navarrete et Jorge Tarud. 50 % des élus sont des nouveaux venus.

Les réflexes et postures hérités de la transition démocratique relèvent bel et bien du passé. « Aujourd’hui », a commenté de façon pertinente Alejandro Guillier, « c’est le futur qui a triomphé, et non le passé ». Ce qui rend d’autant plus incertain le pronostic du deuxième tour. Les partis du futur peuvent-ils, vont-ils passer un compromis avec les familles politiques relevant du passé ?

Jean-Jacques KOURLIANDSKY*

  • Cet article a été publié sur le site de l’Institut des recherches internationales (IRIS) dont Jean-Jacques Kourliansky est membre. Il nous a autorisé à le reproduire ici.

Une révolution dans le domaine de la justice argentine : le cercle se referme autour de l’ex-présidente Cristina Kirchner

Alors qu’il y a peu les sociétés des pays les plus développés étaient en majorité inconscientes des nombreux cas de corruption qui rongent la politique et le sport, aujourd’hui, la société argentine constate avec un mélange de résignation et d’espoir, mais sans surprise, les « vices » liés à l’exercice du pouvoir.

Photo : Wikimedia/Casa Rosada

Sans surprise car tout le monde le savait, comme l’ex-ministre péroniste Barrionuevo, qui a dit dans les années 90 : « Si l’on arrêtait de voler pendant deux ans, l’Argentine serait le pays le plus riche du monde ». Tout le monde le savait donc, mais il en manquait les preuves, ou la volonté d’une nouvelle génération de dirigeants épaulés par un peuple rassasié jusqu’au dégoût des mensonges, de l’hypocrisie et des paroles vides sur lesquelles s’est articulée la société argentine depuis très, très longtemps. Beaucoup parlent d’un complot machiavélique orchestré avec la minutie et la précision des méthodes scientifiques ; d’autres, essayant de trouver une explication à l’ambition sans mesure, évoquent le manque d’éducation, la perversité ou la frustration intime – là où les sentiments et les désirs restent inassouvis – dans la vie personnelle des leaders politiques responsables de relever les vrais défis du présent afin de forger un avenir digne pour les futures générations.

Personne ne reste libre de tout soupçon dans le panorama politique argentin. Même l’actuel président, Mauricio Macri, porte sur ses épaules certaines accusations pour son rôle de « médiateur » auprès de la justice en ce qui concerne notamment les activités de son père, Franco Macri, le puissant entrepreneur qui a négocié avec les gouvernements successifs et a laissé une dette colossale à l’État après avoir été à la tête du service postale argentin ; sans oublier que son nom est également apparu dans une obscure société lors de l’affaire des Panama Papers. Mais, comme l’a montré son triomphe lors des élections législatives d’octobre dernier, une grande majorité des Argentins semble disposée à pardonner les affaires de cette famille fondée par un immigré italien qui jouit aujourd’hui d’une certaine admiration pour avoir réussi dans les affaires. C’est l’héritage reçu par l’actuel président argentin, nimbé d’une image de père de famille exemplaire, marié en secondes noces avec une très ravissante femme entrepreneuse du secteur textile, que le magazine Vogue a qualifié de version moderne de Jackie Kennedy : « intelligente, élégante, et avec du style dans la politique ».

Bien que l’opposition au projet de Cambiemos, le parti du président, et à son plan de rénovation de l’économie argentine, fasse du bruit, surtout dans la rue au travers des manifestations presque quotidiennes et des bras de fer des « piqueteros », soupçonnés d’être payés par l’opposition, et spécialisés dans le blocage de la circulation (circuler dans Buenos Aires met à l’épreuve le système nerveux même d’un singe paresseux), Macri compte avec une équipe gouvernementale jeune, décidée, décomplexée ; bref : bien dans sa peau. C’est une image solide, monolithique, on pourrait dire avant-gardiste ; du jamais vu dans la politique argentine. Ce sont des gens issus de différents milieux professionnels, en apparence tous motivés par le même objectif : faire un travail propre et efficace, ayant appris la leçon des erreurs commises dans le passé par les administrations qui se sont succédées et qui ont raté le rendez-vous avec le succès, avec la stabilité économique et sociale que le peuple attend, et enfin, après avoir connu les affres – dont les trente mille disparus – de la dictature militaire (1976-1983), les balbutiements de la jeune démocratie avec Raul Alfonsin, le n’importe quoi clownesque de l’ère ménémiste, et les douze années du populisme kirchneriste d’extraction péroniste, lequel a certainement facilité la vie des plus démunis, par exemple avec la création d’une assurance chômage ou en offrant la retraite à ceux qui n’ont jamais apporté, ainsi que des aumônes déguisés en subventions (voire des cuillères de purée dans la bouche du peuple en leur faisant miroiter un brillant avenir) mais pour monter par dessous la table un réseau de corruption dont les proportions commencent à sortir à la lumière.

C’est sur ce terrain de jeu politique-judiciaire, vécu par beaucoup d’Argentins comme un moment charnière dans histoire de leur pays, que la députée du GEN, Margarita Stolbizer, a annoncée le 14 novembre dernier qu’elle demandera « à la Justice le retrait d’immunité » de l’ex-présidente, récemment élue sénatrice, Cristina Fernandez de Kirchner. « Le grand problème est que le Sénat assume son rôle de gardien de tous les délinquants qu’il accueille, dont Carlos Menem, et il est prêt à faire de même avec madame Kirchner ». Pour leur part, les sénateurs de l’opposition déclarèrent qu’ils ne voteraient pas pour le retrait de l’immunité sans une condamnation ferme de l’ex-présidente. Rappelons que Cristina Kirchner a été mise en examen pour blanchiment d’argent, pour présomption de dissimulation dans le cas de l’attentat à l’AMIA et du marché d’échange de monnaie étrangère. Mais si cette demande de retrait d’immunité suscite autant de controverses, c’est parce qu’il existe un point de rupture dans la jurisprudence qui, certainement, fait trembler l’entourage de l’ex- présidente : le cas Julio De Vido.

Julio De Vido (26/12/1949), l’architecte, ministre de la Planification Fédérale, de l’Investissement Public et des Services sous les présidences de Nestor Kirchner (2003-2007) et de Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015), a été l’un des plus anciens, et sans doute le plus important, des collaborateurs de Nestor et de Cristina Kirchner. De Vido négociait, entre autres, avec le gouvernement d’Hugo Chavez, notamment avec Rafael Ramirez, l’ex-président de Petroleos au Venezuela. En 2015, il fut élu député national dans la province de Buenos Aires et, en 2016, président de la Commission de l’Énergie. En tant que député, De Vido jouissait de l’immunité parlementaire, mais il vient d’être démis de ses fonctions par 176 voix pour, aucune contre et une abstention : il a été imputé en 21 causes menées par le Bureau Anticorruption. La justice a demandé sa détention pour détournement de fonds destinés à la reconstruction d’un train en Santa Cruz (province d’origine des Kirchners), lequel n’a jamais été réalisé. Aussi, il est poursuivi pour divers cas d’évasion fiscale, payements illicites et achat illégal de ferraille ferroviaire, ainsi que pour fraude administrative à l’origine de la tragédie de Once, le quartier de Buenos Aires où, le 22 février 2012, une collision de trains a fait 52 morts et des centaines de blessés.

Julio De Vido, qui s’est rendu aux autorités dans le siège des tribunaux fédéraux de Buenos Aires, est le dernier, pour le moment, d’une dizaine des hauts fonctionnaires du kirchnerisme inculpés et incarcérés, parmi lesquels on peut entre autres citer : Roberto Baratta, sous-secrétaire de la Coordination et du Contrôle de  la Gestion du Ministère de la Planification des gouvernements kirchneristes ; José Lopez, ingénieur civil, Secrétaire d’Œuvres Publiques du gouvernement de Nestor Kirchner et ultérieurement de Cristina Kirchner, Omar « Cheval » Suarez, le syndicaliste « favori » de Cristina Kirchner ; Ricardo Jaime, ingénieur arpenteur qui a exercé des fonctions publiques dans les provinces de Cordoba et Santa Cruz avant d’être nommé secrétaire de Transport de la Nation Argentine pendant les gouvernements de Nestor et Cristina Kirchner ; Amado Boudou, vice-président de Cristina Kirchner, ou encore Lazaro Baez.

Eduardo UGOLINI
Depuis Buenos Aires

À suivre : De nouveaux cas de corruption liés au gouvernement kircheneriste et dans l’Association du Football Argentin. La réouverture du cas Nisman. L’avenir du Péronisme, colonne vertébrale du mouvement ouvrier argentin.

Retour sur les décisions prises au Forum des présidents des parlements d’Amérique centrale et des Caraïbes

La 35ème session du Forum des présidents des parlements d’Amérique centrale et des Caraïbes (FOPREL), qui s’est tenue du 14 au 17 novembre à la Chambre des Représentants de Rabat, avait pour but d’encourager le dialogue et la coopération entre les pays d’Afrique, d’Amérique centrale et des Caraïbes.

Photo : Libération Maroc

Le FOPREL (pour Foro de Presidentes de Poderes Legislativos de Centroamérica y la Cuenca del Caribe) a été créé en 1994 dans le but d’harmoniser les Constitutions des pays membres. Il a depuis mis en place des mécanismes de consultations entre les présidents des institutions législatives, pour faire face aux défis économiques, politiques, sociaux et écologiques de la région. Le parlement marocain a, pour sa part, rejoint cette assemblée parlementaire en qualité d’observateur en 2014.

Les présidents des parlements des dix pays membres d’Amérique centrale et des Caraïbes – à savoir le Guatemala, le Belize, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, la République dominicaine, le Mexique, le Chili et Porto Rico – étaient présents pour cette 35ème édition du Forum. Laura Tucker Longsworth, qui en est la Présidente temporaire, a d’ailleurs rappelé que cette assemblée doit faire figure de « plateforme modèle » et encourager des initiatives collectives de ce type.

Le Forum incite et soutient également les études parlementaires fondées sur l’échange d’expériences à l’échelle de la région, en vue d’optimiser l’efficacité et la cohérence des institutions législatives respectives des pays membres. L’immigration, en tant que question actuelle et sensible, était au cœur du programme de la manifestation.

Résolution majeure adoptée à l’occasion de ce 35ème FOPREL , la « Déclaration de Rabat » a été approuvée à l’unanimité. Elle porte sur la question du Sahara occidental, dont le statut en tant que territoire reste encore à déterminer. Cette ancienne colonie espagnole au Maroc est la source d’un conflit régional important depuis que le Front Polisario l’a déclarée indépendante en 1976, sous le nom de République Arabe Sahraouie Démocratique. L’Algérie, qui avait soutenu le mouvement et qui s’est battue contre les forces marocaines en 1976, est opposée à la souveraineté du Royaume de Mohammed VI sur la zone. Les tensions étant toujours vives, la Déclaration appelle à appuyer les efforts pour parvenir à une solution pacifique, définitive et négociée, à travers le dialogue et le respect des décisions du Conseil de sécurité de l’ONU ; tout en préservant la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc.

Les représentants des pays membres ont également évoqué un enjeu majeur : le climat. La question est d’autant plus urgente dans la région que plusieurs îles des Caraïbes ont été dévastées par les ouragans et les séismes en septembre dernier. Outre les risques naturels, ceux-ci n’ont pas manqué d’attirer l’attention sur le fait que les changements climatiques impliquent de même de lourdes conséquences socio-économiques. Le FORPREL a souligné à ce titre les principes et les objectifs des institutions législatives des pays membres et du Maroc, à savoir l’accès généralisé au développement, la promotion des ressources et l’intégration économique fondée sur le développement durable. Les parlementaires d’Amérique centrale et des Caraïbes ont d’ailleurs affirmé leur soutien au Maroc pour la réussite de la 22ème Conférence des Parties de la convention Cadre sur les changements climatiques (COP22).

À l’issue du Forum, les pays membres ont adopté une déclaration parlementaire conjointe sur « le rôle des parlements devant la migration intra-régionale », ainsi que plusieurs résolutions portant sur des questions de sécurité régionale et de coopération économique.

Bonnie DUPONT

Brésil : les journaux l’appellent président MiShell Temer ! Suites d’un enquête de Greenpeace…

Le journal britannique The Guardian a publié le texte d’un télégramme officiel suite à une enquête menée par Greenpeace, qui montre que le gouvernement britannique aurait agi en « lobby » auprès du Brésil pour obtenir des avantages pour les multinationales britanniques Shell et British Petroleum (BP). Avec succès !

Photo : www.ocafezinho.com

Les documents officiels révélés par Greenpeace et publiés par le Guardian[1]  montrent que le ministre britannique du Commerce, Greg Hands, a rencontré Paulo Pedrosa, vice-ministre brésilien de l’Énergie du gouvernement de Michel Temer, pour lui exprimer « les inquiétudes de son gouvernement relatives aux normes environnementales, aux taxes et à l’obligation d’engager des firmes locales » qui nuiraient aux intérêts des firmes britanniques, et lui demander de les changer. Lorsqu’en 2007 les autorités brésiliennes révèlent l’existence de gigantesques réserves de pétrole en eaux profondes au large de ses côtes, toutes les multinationales du pétrole deviennent frénétiques : il y a là des milliards à gagner. Mais les règles brésiliennes pour l’exploitation de ces gisements, établies sous le gouvernement de Dilma Rousseff, sont strictes : toute exploitation se fera en partenariat avec l’entreprise publique Petrobras qui gardera toujours la main, les produits extraits seront taxés, et les entreprises étrangères devront donner priorité aux entreprises brésiliennes.

Lobby or not lobby, that is the question…

Étrangement (ou pas), Shell est la grande gagnante et a reçu les droits d’exploitation d’une grande partie des gisements. Le gouvernement brésilien semble tout à fait prêt à modifier la loi pour permettre aux entreprises étrangères de rafler tous les bénéfices de cette exploitation au détriment de l’entreprise publique brésilienne Petrobras. Le président actuel de celle-ci, Pedro Parente, un ancien fonctionnaire du gouvernement néolibéral de Henrique Cardoso (1995-2002), a d’ailleurs déjà commencé à vendre les actions de son entreprise. Le gouvernement britannique, bien sûr, dément toute action de lobby…

Opposition parlementaire

Les sénateurs Roberto Requiao, pourtant du même Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) que le président Michel Temer, et Lindbergh Farias, du Parti des Travailleurs de Dilma Rousseff et Lula da Silva (opposition), ont déposé auprès du Procureur Général de la République une accusation d’entente tacite entre les deux gouvernements. Pour l’opposition politique, « il est clair que le gouvernement Temer veut privatiser l’entreprise publique ». Des parlementaires dénoncent également des « conversations » entre Michel Temer et Theresa May, Première Ministre britannique, dont l’objectif serait l’élimination des impôts pour les multinationales et l’allègement de l’obligation d’acheter brésilien. Selon ces parlementaires, la perte fiscale pour le Brésil se monterait à plus de 5 milliards de dollars et provoquerait une grave crise dans les chantiers navals brésiliens si les entreprises étrangères ne devaient plus s’adresser aux entreprises brésiliennes en priorité. Voilà pourquoi le président Michel Temer est appelé par ses opposants, MiShell Temer…

Jac FORTON

[1] Lire l’article sur The Guardian du 19 novembre 2017.

Les Nouvelles de l’écrivaine brésilienne Clarice Lispector en édition complète

Un monument ! C’est un monument que les éditions des femmes-Antoinette Fouque nous présentent : 85 nouvelles publiées entre 1939 et sa mort, en 1977, en reprenant la chronologie, ce qui permet de suivre l’évolution de la créatrice brésilienne tout en faisant ressortir la grande continuité de son inspiration. On connaît encore trop mal cette immense écrivaine, certes reconnue par un important noyau d’amateurs, mais qui mérite la reconnaissance d’un plus vaste public.

Photo : DR

La femme est au centre de ces récits, peu d’auteurs ont décrit avec autant de finesse la complexité des personnalités humaines, pas seulement féminines. C’est toute une société qui apparaît, une vision acérée mais jamais vraiment cruelle, l’être humain n’est ni plus ni moins qu’un être humain, les femmes de ce concert jouant leur partition, parfois avec davantage de difficultés que les hommes, parfois se lançant dans un solo qui sera d’autant plus remarqué.

Les désirs, le désir, ce vide encore à combler apparaît souvent, habituel dans une société encore corsetée par les traditions et la religion environnante. Et souvent l’assouvissement a pour résultat d’anéantir le désir. Mieux que de raconter, Clarice Lispector fait naître des sensations.

Corolaire de la notion de désir, la liberté : une jeune femme née, comme l’auteure, dans les années 20 (les « années folles » en France), peut-elle vivre comme ses aïeules, ne pas pressentir que la condition féminine est en train d’évoluer. Beaucoup des héroïnes de ces nouvelles sentent la nécessité de faire comprendre à leurs seigneurs et maîtres que cette époque est terminée. Elles le font avec élégance, sans tapage majeur, mais avec une efficacité redoutable et réjouissante. Clarice Lispector excelle à faire entrer le lecteur dans des états à la limite entre la réalité et l’impalpable, dus à un égarement passager, parfois à l’alcool, et nous fait ressentir ce moment où l’esprit, tout en étant encore en partie conscient de ce qui l’entoure, s’évade vers des terrains flous.

On peut, sans jouer les cuistres, parler de la magie des mots. Clarice Lispector sait les enchaîner en faisant naître le trouble de la beauté ou des aspérités. De la poésie ? Plus exactement une façon de suggérer en trouvant précisément le mot qu’il fallait, qui parlait au lecteur du temps où elle écrivait comme au lecteur actuel. Elle sait aussi pratiquer l’humour et par le rire évoquer rien moins que la valeur d’une vie humaine. Elle est aussi à l’aise dans l’évocation subtile des souffrances des femmes et de leurs modestes luttes que dans la description, farcesque et sinistre à la fois, d’une fête familiale. On connaît trop peu encore l’œuvre de la romancière brésilienne. Il faut se précipiter sur cette nouvelle parution pour enfin combler cette lacune : Clarice Lispector est une des auteurs les plus importants du XXème siècle, cela ne fait plus aucun doute quand on referme ces Nouvelles.

Christian ROINAT

Nouvelles. Édition complète, de Clarice Lispector, édition établie par Benjamin Moser, traduit du portugais (Brésil) par Jacques et Teresa Thiériot, Claudia Poncioni, Didier Lamaison, Sylvie Durastanti, Claude Farny, Geneviève Leibrich et Nicole Biros, éd. des femmes – Antoinette Fouque, 482 p., 23 €.

Arte présente le documentaire « Colombie le silence des armes » de la réalisatrice Natalia Orozco

Arte propose ce mardi 28 novembre à 22 h 35 le documentaire Colombie, le silence des armes, de la réalisatrice Natalia Orozco. Elle retrace, de l’intérieur, les étapes du processus de paix entre les Farc et le gouvernement. Un an après la signature de l’accord, elle éclaire les défis que doit aujourd’hui relever son pays

Justice

“C’est la question qui a divisé et divise encore aujourd’hui l’opinion publique : comment admettre que les Farc, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, qui ont commis des crimes injustifiables, n’aillent pas en prison ? C’est très difficile à supporter, même pour moi qui crois profondément à la négociation comme seul chemin pour arriver à la paix, mais il n’y avait pas d’autre choix. Les commandants de la guérilla n’auraient jamais accepté de négocier pour finir leurs jours en prison, après cinquante ans de lutte. Comme dans tous les processus de paix à travers le monde, les deux parties se sont accordées sur une justice spéciale. Les guérilleros comparaîtront devant un tribunal et devront dire la vérité. En échange, ils recevront des peines alternatives à la prison. Dans le cas où un tribunal prouve qu’ils mentent et cachent des informations importantes, ils perdront automatiquement ces privilèges et comparaîtront en justice traditionnelle.”

Vérité

“Les victimes veulent savoir où sont les disparus, où sont enterrés les corps. Ce processus devra également mettre au jour les routes de la drogue, révéler à qui appartenaient les cultures illicites et si les Farc ont encore de l’argent ou des armes cachées. Mais surtout – et c’est la vérité la plus importante –, la Colombie a besoin de savoir avec quelles forces au sein des institutions, du gouvernement, de l’armée et de la police, les Farc et les forces paramilitaires ont travaillé. Qui les a financés ? Si les militaires et les élites colombiennes ne parlent pas, si seule la guérilla le fait, le processus de paix ne sera qu’une illusion. Des générations continueront à croire que le pays se divise entre les bons et les mauvais, et que les guérilleros sont les seuls mauvais. Or, il n’y a rien de moins vrai.”

Divisions

“Si je dis toujours que je n’ai jamais connu un seul jour de paix dans ma vie, aujourd’hui, je peux affirmer que je n’ai jamais vu la Colombie aussi divisée. Au-delà de la difficulté à pardonner, je pense que l’opposition aux accords est liée à deux autres raisons. D’abord, le processus de paix oblige les grands propriétaires terriens à rendre une partie de leurs terres aux paysans. Or ceux-ci ne veulent pas perdre leurs privilèges. Ensuite, les élites colombiennes, les propriétaires terriens, les industriels, les multinationales ont peur que les Farc parlent et que l’opinion publique apprenne la vérité, à savoir leur rôle dans le financement de la guérilla et des paramilitaires, et leur implication dans le déplacement des populations les plus vulnérables. Je ne justifierai jamais les excès commis par les Farc, mais eux sont en train de demander pardon, presque toutes les semaines, dans tous les coins de la Colombie. On attend que les autres, l’armée, les élites, les grands médias, l’Église fassent de même.”

Propos recueillis par Laetitia Møller
ARTE

Changer de président ou changer les idées ? Le rêve de Macri s’est-il brisé ?

« J’attends que les choses changent depuis cinquante ans », m’a répondu mon oncle avec un geste d’amertume quand je lui ai dit que, après deux ans au pouvoir et son triomphe lors des législatives d’octobre dernier, le président Mauricio Macri et son parti Cambiemos (Changeons) pourraient enfin incarner un vrai changement. Le photographe et écrivain Eduardo Ugolini est actuellement en Argentine et nous offre ici un premier reportage sur l’actualité politique de son pays.

Photo : Sincortapisa.com

Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, qui fut l’un des plus riches du monde dans la première moitié du XXe siècle, le véritable changement, la grande mission de Cambiemos, semble être celle de tourner la page des populismes de droite et de gauche en élaborant des stratégies sur le long terme. Dans ce sens, María Eugenia Vidal, gouverneur de la province de Buenos Aires, avait déclaré en décembre dernier qu’ « il faudrait huit années pour réaliser les profonds changements dont l’Argentine a besoin ».

Cohérent avec ce message, au début de l’actuel mois de novembre, le gouvernement a proposé au Parlement un projet de réforme tributaire, complexe et controversé, qui prévoit une baisse graduelle de certains impôts et l’augmentation de certains autres pour une période de cinq ans. Le ministre des Finances, Nicolás Dujovne, a dit que, si cette loi est approuvée, le pays sera plus compétitif, en encourageant les investissements et la création d’emplois. Or, la devise du projet de réforme tributaire résonne dans la mémoire comme un slogan qui se répète a travers les décennies : « Investissements et génération d’emploi ¬ Efficacité et équité ¬ Développement économique. »

Toutefois, il faut reconnaitre que les chiffres officiels permettent de croire en une réactivation de l’économie : l’activité industrielle a augmentée de 2,3 % en septembre par rapport au même mois de 2016, tandis que l’industrie du bâtiment a atteint 13,4 % d’expansion dans la même période selon l’Institut National des Statistiques et des Recensements (INDEC). Pour l’Estimateur Mensuel Industriel (EMI), l’activité industrielle enregistre un développement de 1,5 % dans les neufs premiers mois de l’année 2017. Toujours d’après les informations émises par l’EMI, on peut constater une réactivation des industries métallurgiques de base (23,3 %), de l’édition (16,2 %), de l’industrie automobile (10,1 %) et des produits miniers non métalliques (7,5 %). Par ailleurs, l’INDEC a signalé également un incrément de 20,2 % accumulé dans le salaire moyen pour les huit premiers mois de l’année, équivalent au pourcentage d’inflation annuelle. L’erreur serait de croire que ces statistiques se reflètent dans la réalité quotidienne des Argentins les plus défavorisés. La diversification de mesures s’écrit sous le double signe de l’encouragement et de la méfiance, et laisse entière les interrogations sur l’évolution de l’emploi. Sur ce point, une image en dit plus que mille mots :

Cette photographie a été prise récemment à Buenos Aires, dans le quartier de Retiro. On voit le frappant contraste entre un pays qui regarde vers l’avenir (les immeubles ultramodernes de verre et acier), et le facteur humain issu des provinces de l’intérieur et des pays limitrophes (Paraguay, Bolivie, Pérou) : métisses et descendants des populations autochtones qui ont migré vers la province de Buenos Aires à la suite du déclin économique que connaît l’Argentine depuis les turbulentes années 60. Sans aucune formation, ces gens, dont une grande partie sait à peine lire et écrire, survivent de petits boulots, à l’image de cette femme chargée de l’entretien d’un immense trottoir de 20 mètres de long pour 10 de large avec un balai de 30 cm. Au lieu de terminer sa tâche en quelques minutes avec un outil approprié, voire une balayeuse de voirie comme dans les pays développés, la pauvre femme réalise son travail en dix fois plus de temps, aller et retour, en enlevant la poussière et le sable que le vent charrie du terrain vide d’à côté. Ce sont ces types d’emplois, conçus pour des gens en situation de précarité, qui empêchent l’effondrement de la société argentine d’aujourd’hui.

Eduardo UGOLINI

À suivre : Une révolution dans le domaine de la justice argentine. Le cercle autour de l’ex présidente Cristina Kirchner se resserre : corruption, arrêts et incarcérations des fonctionnaires de l’ère kirchneriste José López (Secrétaire d’Œuvres Publiques), Ricardo Jaime (Secrétaire de Transport de la Nation), Julio De Vido (Député, Ministre de la Planification Fédérale, de l’Investissement Public et des Services de la République Argentine), Roberto Baratta (bras droit de De Vido et sous-secrétaire de la Coordination et du Contrôle de Gestion du Ministère de la Planification), Amado Boudou (Vice-président de Cristina Kirchner), Lázaro Báez (prête-nom de l’ex-président Nestor Kirchner), le “cheval” Suarez (syndicaliste “favori” de Cristina Kirchner), Luis D´Elia (dirigeant de la Centrale des Travailleurs Argentins), et la réouverture de l’investigation du très controversé cas Nisman (le procureur retrouvé mort à son domicile le 18 janvier 2015).

Le Venezuela et l’inquiétante crise de la dette : quel avenir pour le pays ?

Le Venezuela « pourrait lever des fonds suffisants pour rembourser ses créances et ainsi éviter un défaut partiel, mais les mauvaises perspectives ne disparaissent pas », a déclaré ce mercredi un analyste de l’agence de notation Standard and Poor’s (S&P).

Photo : Econolibertad.com

L’agence Standard & Poor’s (S&P) Global Ratings a déclaré ce lundi 13 novembre que le Venezuela se trouve en « défaut partiel » sur sa dette, mais qu’est ce que cela veut dire ? Cela signifie que le Venezuela s’est trouvé incapable de rembourser, à l’issue de 30 jours, la somme de 200 millions de dollars portant sur deux obligations. L’agence S&P confirme qu’il y a 50 % de chance que le pays arrive à échéance de ses obligations à l’issue de trois mois.

Les retards et le défaut de paiement de la dette extérieure vénézuélienne aggravent encore la situation économique du pays. La dette extérieure du Venezuela est estimée à 150 milliards de dollars, dont 70 milliards correspondent aux titres émis par le gouvernement et la compagnie de pétrole du Venezuela (PDVSA). Étouffé par la chute du pétrole et les sanctions états-uniennes, le Venezuela assure être un « bon payeur » en dépit de ce qui est dit par le Ministère des Finances, l’Union Européenne ou Donald Trump, affirme le ministre de la communication vénézuélien, Jorge Rodríguez

Dialogue ou sanction ?

Nicolas Maduro a récemment demandé à rencontrer les créanciers internationaux dans l’objectif de restructurer et renégocier la dette, tout en discutant des possibles solutions pour endiguer la crise du pays et mettre en place des conditions démocratiques pour les prochaines élections qui auront lieu en 2018. Mais, à l’issue de cette rencontre, plusieurs personnes déclarent qu’aucune véritable solution n’a été proposée.

Dans ce contexte, les récentes sanctions de Washington sont la principale barrière pour trouver des solutions. Elles empêchent d’engager des négociations au sujet la restructuration de la dette ainsi que toute transaction entre les États-Unis et le secteur public vénézuélien ou sa compagnie pétrolière PDVSA. Selon un communiqué de la Maison Blanche, cette décision a été prise en fonction de l’argument suivant : « la dictature de Maduro continue à priver le peuple de nourriture et de médicaments, en emprisonnant les membres de l’opposition qui ont été élus de façon démocratique et en réprimant violemment la liberté d’expression ».

« Le soulagement de la dette »

La Chine et la Russie, les plus gros créanciers du pays, se positionnent à l’encontre des critiques faites par les États-Unis au sujet du Venezuela. Ils ne se sont pas présentés lors de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU organisée par les États-Unis afin d’accuser le Venezuela de la violation des droits humains et de la démocratie. Le Venezuela a considéré cette réunion comme un acte hostile et d’ingérence au détriment du peuple vénézuélien. La dette extérieure avec la Chine et la Russie est respectivement de 28 et de 9 milliards de dollars, ces deux pays étant les plus gros créanciers du pays. Avec l’intention de Maduro de restructurer la dette et dans l’intérêt de la Russie de se faire rembourser, cette dernière vient de signer un accord avec le Venezuela pour alléger le poids de celle-ci. Le nouveau calendrier des paiements permettra au pays de rembourser la dette publique (3,150 millions de dollars) sur 10 ans, ce qui représente un soulagement financier pour le Venezuela, même si cela reste un petit pourcentage sur le total de la dette. Pourtant, il y a une autre dette à rembourser qui n’est pas inclue dans cet accord, celle de la PDVSA, qui a reçu un prêt de 6 milliards de dollars de la part de l’entreprise pétrolière russe Rosneft sous le concept des approvisionnements pré-payés de pétrole.

En ce qui concerne la Chine, son plus gros créancier avant la Russie, sa dette augmentera à 23 milliards de dollars. Le pays asiatique a récemment réagi à l’accord entre la Russie et le Venezuela, le considérant comme un acte de bonne foi et assure croire aux promesses du pays latino-américain. Aucune négociation n’est encore planifiée entre les deux pays mais elle pourrait être envisagée pour la restructuration des conditions de paiement. Le porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, affirme que la coopération financière entre la Chine et le Venezuela se poursuit. 

Karla Daniela Rodríguez

Clôture de la campagne présidentielle et mise en place des stratégies après les élections

Quelques semaines après des élections en Argentine, un nouveau suffrage se tiendra en Amérique du Sud. Cette fois-ci, ce sont les électeurs chiliens qui seront appelés aux urnes ce dimanche 19 novembre pour le premier tour des élections présidentielles. Reste à savoir si la droite l’emportera, comme dans le pays voisin.

Photo : 24horas.com

Outre l’élection du président, sera également en jeu le renouvellement des sièges de la chambre des députés et de la moitié du Sénat. D’autre part, aura lieu la mise en place d’un nouveau système électoral à la proportionnelle. Ce système vise à renforcer le Congrès, comme nous l’avons expliqué dans notre newsletter du 10 novembre dernier, tout en augmentant le nombre de parlementaires, la participation féminine, et en réduisant les obstacles pour les candidats indépendants comme pour la création des partis politiques.

À quelques heures de la clôture de la campagne électorale, les différents candidats préparaient leurs dernières apparitions publiques et leurs derniers actes de campagne. C’était le cas de l’ex-président Sebastián Piñera, candidat de Chile Vamos, qui a fait sa dernière apparition publique ce jeudi 16 novembre dans le parc Renato Poblete. Toujours à Santiago, Alejandro Guillier, de la coalition La Fuerza de la Mayoría, a rencontré ses sympathisants dans le parc Almagro, tandis que José Antonio Kast, du parti Independiente a choisi San Bernardo pour clôturer sa campagne.

Le vent souffle en faveur de la droite sur le Chili. Sebastián Piñera reste toujours en tête, comme nous l’avions déjà signalé la semaine dernière. Selon les derniers sondages de CADEM, CEP et ADIMARK, publiés par El Mercurio, il remporterait les élections avec des résultats qui pourraient pratiquement atteindre 44 % des voix selon le CEP. Avec la moitié des suffrages, voire jusqu’à 20 % selon le CEP, se place Alejandro Guillier, sénateur d’Antofagasta, représentant de la coalition La Fuerza de la Mayoría ; des estimations qui traduisent la division de la gauche. Celui-ci est suivi, en troisième position, par la candidate de Frente Amplio, la journaliste Beatriz Sánchez, qui obtiendrait jusqu’à 15 % des suffrages selon ADIMARK.

Au-delà de la fiabilité des sondages, il faut tenir compte de la tendance abstentionniste au Chili. Contrairement à ce qui se passe en Argentine, le vote n’y est pas obligatoire. Selon de nombreux analystes, cela pourrait être l’une des causes du taux d’abstention historiquement bas au Chili ; un taux atteignant les 65 % lors des dernières élections municipales. La fiabilité des sondages pourrait être mise à mal si cette tendance se poursuivait ce dimanche.

Le temps court vite dans l’actualité politique du Chili. Aujourd’hui, la une des journaux laisse place aux différentes stratégies que les partis voudraient mettre en place au lendemain des élections. Du côté de la droite, il semble évident que le candidat Piñero obtiendrait le soutien des groupes les plus proches de lui idéologiquement. Moins évidente semble être la stratégie à suivre par les groupes de gauche et centre gauche. À quelques heures des élections, il semble évident que les candidats appellent uniquement à voter en leur faveur. Néanmoins, selon El Mercurio, celui qui atteindra la deuxième position — réservée à Alejandro Guiller selon l’ensemble des sondages — doit se dépêcher afin de rassembler les soutiens des uns et des autres. Une situation qui semble, selon El Mercurio, loin d’être facile à résoudre à cause du spectre complexe des sensibilités qui s’opposent au candidat Piñero.

El Mercurio rappelle la situation lors des dernières élections présidentielles : d’un côté, le candidat Piñero ; de l’autre, le candidat de gauche Frei. À cette occasion, le candidat le plus proche de Frei idéologiquement, Marco Enríquez-Ominami, aujourd’hui en faveur du Parti progressiste, et qui avait remporté 20 % des voix, n’avait demandé le vote pour Frei que quatre jours avant le second tour. Trop tard, selon de nombreux analystes, puisque c’est Piñero qui aura éventuellement remporté la victoire. C’est pour cela que le candidat Ominami a déjà déclaré être prêt à apporter son soutien à Guillier dès le lendemain des élections.

Cependant, la gauche est très divisée par rapport à cette décision, voire à l’intérieur de chacun de ses partis, comme l’illustrent les déclarations des membres du Parti démocratique. Certains sont en faveur d’un soutien à Alejandro Guillier, tel Aldo Cornejo ou Mario Benegas, tandis que pour la candidate du parti, Carolina Goic, cela n’est pas si clair. Le même phénomène se produit au sein de Frente Amplio : certains de ses membres se méfient des négociations pour la création d’un gouvernement progressiste et préfèrent plutôt continuer à s’organiser tout en s’opposant à un gouvernement de droite. Selon El Mercurio, il faudra donc attendre dimanche pour connaître les intentions des uns et des autres partisans de la gauche.

Mario PÉREZ MORALES

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