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décembre 2015

Chronos de la semaine du 21 au 28 décembre 2015

20 décembre | AMÉRIQUE LATINE | Lors du sommet du dernier Mercosur à Asunción, au Paraguay, les présidents argentin Mauricio Macri et paraguayen Horacio Cartes ont appelé tous les pays à adhérer au Protocole d’Asunción de la protection des droits de l’homme, que le Mercosur a signé il y a dix ans, alors que le Venezuela ne l’avait pas encore rejoint. Le Mercosur promet aussi de s’ouvrir au monde et annonce qu’il va négocier des accords avec l’Alliance du Pacifique, l’UE, la Russie, le Japon, le Canada et l’Inde.

22 décembre | VENEZUELA | Les 165 députés du Venezuela ont reçu une convocation signée par le président et le numéro deux du régime, Diosdado Cabello, pour nommer lors de quatre sessions extraordinaires 12 nouveaux juges de la Cour suprême. Le pouvoir législatif actuel est majoritaire jusqu’au 5 janvier.

22 décembre | BRÉSIL | Un incendie a détruit le Musée de la langue portugaise à São Paulo. Le gouvernement du Portugal a proposé son aide pour reconstruire le bâtiment après l’incident qui a coûté la vie à un pompier.

22 décembre | COLOMBIE | Le président Juan Manuel Santos a signé le décret réglementant l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques et scientifiques. Le décret présidentiel réglemente la culture, la production et la vente de produits à base de cannabis. Pour cultiver et vendre ces produits, il faut détenir une licence délivrée par le Conseil national des drogues et le ministère de la Santé.

22 décembre | EL SALVADOR | L’Espagne a envoyé des mandats d’arrêt internationaux contre 18 militaires salvadoriens retraités et accusés d’être les auteurs matériels et intellectuels présumés du massacre de six prêtres jésuites en 1989, dont cinq étaient espagnols.

22 décembre | COLOMBIE | Les accidents de la route font plus de victimes que les conflits du pays. En 2015, 4 458 personnes sont mortes sur les routes et 900 Colombiens souffrent de blessures physiques suite à un accident de la circulation. Le gouvernement considère la question comme un problème de santé publique.

23 décembre | PANAMA | L’inauguration de l’agrandissement du Canal de Panama sera retardé de six mois si l’ACP, l’organisme public qui administre la voie inter-océanique, n’accélère pas ses paiements, comme a l’assuré Giuseppe Quarta, directeur de GUPC, le consortium qui exécute les travaux.

24 décembre | CHILI | Plus de quatre ans après les manifestations étudiantes pour réclamer une éducation publique gratuite et de qualité, le Congrès a adopté une loi qui permettra à environ 200 000  élèves des universités (27,5 %) d’étudier gratuitement à partir de mars 2016. Ce processus progressif se terminera en 2020 avec la gratuité universelle de l’éducation supérieure, selon les engagements pris par l’actuel gouvernement de Michelle Bachelet [photo].

25 décembre | MEXIQUE | Les cartels de la drogue étendent leur présence à Mexico. Le cartel de Sinaloa, les Beltrán Leyva de Chapo Guzmán, les Chevaliers Templiers, le cartel du Golfe et les Zetas sont les cinq groupes criminels présents dans la capitale mexicaine, selon la DEA. L’agence de lutte contre la drogue des États-Unis a récemment publié un rapport dans lequel elle signale la croissance des organisations criminelles mexicaines.

25 décembre | ARGENTINE-PARAGUAY | Plus de 160 000 personnes ont été évacuées de leurs maisons et transférées vers des maisons d’amis, des écoles, des gymnases ou des bidonvilles de toute urgence après les pires inondations, depuis plus de 20 ans, des rivières que se partagent le Paraguay, l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay. Des pluies intenses provoquées par le phénomène climatique El Niño ont fait déborder les rivières Paraguay, Parana et Uruguay. Quelque six personnes sont mortes.

25 décembre | COLOMBIE | Quatre femmes sont assassinées suite à des violences de genre chaque jour dans le pays, comme le signale un rapport de la médecine légale. La plupart des victimes ont entre 20 et 24 ans.

27 décembre | CUBA | Lors de la messe du Jubilé, le pape François a demandé une solution à la tragédie humanitaire des migrants cubains. Il a appelé les pays d’Amérique centrale à renouveler leurs efforts pour résoudre la situation de ceux qui ont été bloqués sur leur parcours vers les États-Unis, en particulier les milliers de migrants cubains qui vivent dans des pensions assurées par des établissements publics et privés au Costa Rica.

Guy MANSUY

“La fragilité des corps”, de l’Argentin Sergio Olguín

Quels rapports peut-il y avoir entre une jeune journaliste, fille d’un magistrat honorablement connu, qui  travaille dans un magazine branché, et des gamins livrés à eux-mêmes dans une sordide banlieue où la seule évasion est le football ? Un article à écrire, évidemment. Le suicide d’un conducteur de trains de banlieue, apparemment parfaitement banal, intrigue Verónica, qui, prise par son sujet, va se lancer dans une enquête dont les développements la mèneront très loin.

Ainsi présenté, tout cela semble banal, la trame traditionnelle des enquêtes, policières ou journalistiques, et pourtant ce roman de l’Argentin Sergio Olguín est bien davantage qu’une simple histoire policière de plus. Journaliste lui-même, l’auteur nous fait découvrir pour commencer, l’élaboration d’un reportage sociétal de fond et les coulisses d’une rédaction. Le récit nous emmène comme prévu dans ces villas miserias (bidonvilles), qui portent si bien leur nom, pas seulement dans les rues, mais au cœur de plusieurs familles qui vivent tant bien que mal et que la journaliste découvre en même temps que nous. Peu à peu, les découvertes humaines prennent le pas sur le simple quotidien de ces gens et les personnes, les enfants en particulier, deviennent le véritable sujet de l’enquête. Victimes, ils le sont, mais jusqu’à quel point, de quelle façon ? Ce qu’avait pressenti Verónica est-il aussi horrible que ce qu’elle avait eu du mal à envisager ?

C’est bien la psychologie qui a avant tout intéressé Sergio Olguín. Bien sûr il y a les méchants, qui le sont vraiment, mais on les voit très peu. Ceux qui sont au premier plan, ce sont des hommes et des femmes, avec leurs qualités et leurs défauts, avec leurs incohérences. On pourra chercher, on ne trouvera pas le héros de ce roman, même si Verónica est appelée Power Princess (Superchica en espagnol) par les gamins du quartier, elle n’est pas forcément un modèle pour le lecteur.

Il est rare qu’un auteur de roman noir ou de polar donne autant à son lecteur. Bien plus qu’une simple enquête, il nous promène à travers des quartiers très contrastés de Buenos Aires, allant des bars à la mode dans le centre jusqu’à ces zones défavorisées. Il nous fait pénétrer dans la vie la plus intime des personnages et surtout il joue de façon très virtuose avec les points de vue. Une même scène nous est montrée deux fois, à quelques pages de distance, selon la vision de ses deux acteurs, éclaircissant ici une réaction qui avait pu nous sembler étrange et rajoutant là au mystère d’un comportement. Il arrive que ces changements brusques de points de vue soient une énorme surprise, un vrai choc qui devient un éclairage totalement différent sur la séquence qui vient de se dérouler.

Les corps souffrent ou jouissent, luttent contre toute sorte de violences ou s’y soumettent, n’étant que le reflet de toute une société qui, elle aussi, donne l’impression de céder avant de tenter de résister, sans être jamais sûre de gagner la partie.

 Christian ROINAT
 La fragilité des corps, de Sergio Olguín, traduit de l’espagnol (Argentine) par Amandine Py, éd. Actes Sud, 384 p., 23 € et 14,99 € en version numérique. SITE
Sergio Olguín en espagnol : La fragilidad de los cuerpos, ed. Tusquets. SITE

Un bon temps argentin pour l’Espagnol Carlos Saura…

De la Pampa aux Andes, de l’univers des indiens Mapuche à celui des villageois qui chantent leur nostalgie dans les cafés, du monde des Gauchos à celui des grandes villes d’aujourd’hui… Argentina nous propose un voyage musical et sensoriel dans l’espace et le temps du folklore, que composent les chants, les danses et les couleurs.

Le sous-titre Zonda fait référence à un vent chaud qui traverse l’Argentine du Nord-Ouest au Sud-Est et embrase tout sur son passage, des Andes jusqu’à l’Atlantique. Carlos Saura a voulu assimiler les vagues successives d’immigration qui ont constitué peu à peu l’identité de l’Argentine en mélangeant des rythmes d’origine espagnole, italienne et parfois même d’Europe de l’Est avec des musiques indiennes, antérieures à l’arrivée des Espagnols.

Pour le tournage, il a utilisé le décor d’un plateau nu (comme dans Tangos en 1997 et d’autres films sur la danse depuis). Ici, c’est un grand hangar que l’on voit s’aménager. Les bases de la structure de l’espace scénique sont des modules mobiles, formés par des châssis en aluminium recouverts de diverses matières plastiques de formats distincts et facilement transportables. Grâce à ces modules mobiles et interchangeables se crée un espace scénique flexible en accord avec les besoins de chaque spectacle.

De grands miroirs latéraux recouvrent les murs comme dans les salles de danse, jusqu’à l’utilisation de miroirs beaucoup plus petits comme dans une salle de maquillage. Les projections sur différents matériaux, translucides ou non, sont également utilisés.

Carlos Saura a été l’un des plus grands cinéaste espagnol de la fin du franquisme. On se rappelle Cría cuervos (1976) ou Maman a cent ans (1979). Depuis Noces de sang (1981), il a réalisé une multitude de films sur la danse dont les plus réussis sont Carmen (1983) ou Tango (1997). Depuis, il se répète : Salome (2002), Iberia (2005), Fados (2007) ou Flamenco, flamenco (2010). Les deux seuls passages réellement passionnants dans ce dernier film, au milieu de toutes ces scènes folkloriques, sont celles d’archives consacrées à Mercedes Sosa ou à Atahualpa Yupanqui.

Alain LIATARD

 

 

Cinq secrets de tournage du film (Allociné)

La musique avant tout

Dans le documentaire Argentina, “L’action se situe dans les diverses régions composant l’Argentine, qui forment à leur tour une carte musicale variée comme le carnavalito, la zamba, la chacarera, la copla, le chamamé, la tonada”, explique Carlos Saura.

L’espace scénique

Argentina suit plusieurs spectacles dans différents endroits. La scène est d’ailleurs le seul décor du film et pour créer chaque tableau, l’équipe a utilisé “des modules mobiles, formés par des châssis en aluminium recouverts de diverses matières plastiques de formats distincts et facilement transportables”, raconte Carlos Saura, le réalisateur.

Création du décor

Selon Carlos Saura, “Les miroirs représentent un élément essentiel à la scénographie d’Argentina”. Pour créer ces décors, le réalisateur a utilisé comme références ses films Flamenco, Flamenco, Fados, Noces de sang, Tango et Iberia. De grands miroirs recouvrent les murs comme dans une salle de danse et d’autres petits miroirs ont été installés afin de nous faire penser à une salle de maquillage.

Volonté

Le but de Carlos Saura était de présenter aux spectateurs un conte musical axé sur l’art des musiciens et des danseurs qui sont au centre de la scène tout le long du documentaire. “Ainsi, Argentina constitue un prisme d’images et de sons d’où émane, avec une profondeur et un regard original, une mosaïque conceptuelle et affective d’un art venu de la terre”, confie le réalisateur.

Présentation en Festival

Le documentaire de Carlos Saura a été présenté dans plusieurs festivals comme le Festival Do Rio, l’International Antalya Golden film festival, Festival Biarritz Amérique Latine Cinémas et Culture, Festival Cinespana et Festival International du Film d’Arras.

Voir la bande-annonce sur Allociné

Analyse de la politique latino-américaine par Alain Rouquié

Le journaliste Paulo Antonio Paranagua du journal Le Monde nous propose dans l’édition du 19 décembre dernier, une interview intéressant d’Alain Rouquié, ancien diplomate et président de la Maison de l’Amérique latine de Paris. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont Amérique latine. Introduction à l’Extrême-Occident (Seuil, 1987), Le Brésil au XXIe siècle. Naissance d’un nouveau grand (Fayard, 2006), Le Mexique. Un État nord-américain (Fayard, 2013). En 2016, il publiera Le siècle de Perón. Essai sur les démocraties hégémoniques (éd. du Seuil).

Le Monde – Comment expliquer la défaite du péronisme à l’élection présidentielle en Argentine, après quatorze ans au pouvoir ?

Alain Rouquié – Si on additionne les voix des candidats Daniel Scioli et Sergio Massa au premier tour, les péronistes ont obtenu 52,5 % des voix. Divisé, le péronisme a perdu au second tour, le 22 novembre. Le vainqueur, Mauricio Macri, n’a pas fait une campagne anti-péroniste, il a même inauguré la première statue du général Juan Perón à Buenos Aires. Il a concentré ses critiques sur la présidente sortante, Cristina Kirchner [2007-2015]. Le pouvoir use, surtout si on en abuse. Mme Kirchner a alimenté un climat de tension et une forte hostilité contre toute opposition. Le contrôle des changes, le magouillage des statistiques, la volonté de faire plier les médias et de politiser la justice, la gestion arbitraire et autoritaire font partie de la logique hégémonique, mais n’ont guère contribué au dynamisme électoral.

Et l’échec des héritiers d’Hugo Chávez aux législatives du 6 décembre au Venezuela ?

Le président Nicolás Maduro n’est pas Chávez ! Et, même s’il avait été un homme d’envergure et de capacité décisionnelle, il n’était pas à même de remettre en question le modèle chaviste, puisqu’il avait été désigné par Chávez [mort en 2013]. Maduro ne pouvait qu’approfondir la crise, commencée sous Chávez. Le Venezuela a la première inflation au monde et la plus forte récession d’Amérique latine, sans oublier la chute du prix du pétrole. Attribuer la pénurie et la monnaie dépréciée à une “guerre économique” des États-Unis, de l’opposition et du monde entier contre le Venezuela, comme l’a fait Maduro, c’est risqué comme argument électoral. Il était difficile d’éviter la défaite dans le cadre d’élections libres et transparentes. Et elles l’ont été, c’est le propre d’une démocratie hégémonique, même si les candidats officiels pouvaient compter tous les moyens de l’État.

Il y a maintenant deux inconnues : que va faire Maduro et que va faire l’opposition. Après un moment d’hésitation, Maduro a reconnu les résultats, mais ensuite il a dénoncé la “contre-révolution”. Si on regarde l’Argentine pour comprendre la longévité du péronisme depuis 1946, il y a l’habileté de Perón, la force des syndicats péronistes, mais aussi l’insigne maladresse de ceux qui l’ont renversé en 1955. Leur volonté de revanche sociale et politique a assuré la pérennité du péronisme. La proscription a donné à Perón une aura de victime, alors qu’il avait été un dictateur [1946-1955].

Si l’opposition vénézuélienne ne comprend pas cela, elle fera le lit d’un chavisme récurrent ou permanent. L’ancien candidat à la présidentielle Henrique Capriles Radonski a mis en garde contre toute vengeance mais je ne sais pas si les autres opposants partagent son avis. Si Maduro essaye de marginaliser la nouvelle Assemblée nationale, où les opposants disposent des deux tiers des sièges, le chavisme n’aura pas beaucoup d’avenir. Mais, si l’opposition tente de destituer Maduro rapidement et de s’en prendre aux bases chavistes, à leurs associations ou institutions, on aura du chavisme pour longtemps.

Le péronisme est-il une matrice du chavisme et d’autres populismes ?

Plutôt un modèle ou un idéal type, avec les distances dues à leur façon d’arriver au pouvoir, les différences économiques et les singularités de l’histoire de chaque pays. Indépendamment des origines militaires de Perón et de Chávez, ils ne se sont pas appuyés sur les mêmes couches sociales. Les démocraties hégémoniques cherchent le moyen de redistribuer le revenu à des couches marginalisées et de rester au pouvoir le plus longtemps possible avec des élections.

Le péronisme surgit à un moment de conjoncture favorable pour l’Argentine, à la fin de la seconde guerre mondiale. Perón disait qu’à la Banque centrale de Buenos Aires, on trébuchait sur les lingots d’or dans les couloirs. À partir de 1949-1950, il y a un renversement de conjoncture. Lorsque Perón est chassé du pouvoir, l’Argentine connaît une période de vaches maigres.

Dans les pays “bolivariens”, le président se consolide parce qu’il y a un supercycle de hausse des matières premières. Lorsque Chávez arrive au pouvoir, en 1999, le baril de brut est à 8 dollars. L’explosion des cours au-dessus des 100 dollars lui permet d’avoir une politique sociale ambitieuse. Sans cette hausse, il n’aurait pas eu les moyens de conserver l’appui des classes défavorisées. Ce type de régime suppose une période de prospérité. Généralement, ils disparaissent dans une phase de basses eaux.

Lier cycles politique et économique, n’est-ce pas un peu trop mécanique ?

On ne peut pas tout expliquer par l’économie. Il faut la rencontre de trois facteurs : une phase de prospérité, un leadership avec autorité électorale et la volonté d’intégrer des secteurs marginalisés. Perón s’est appuyé sur la classe ouvrière, dont les syndicats étaient réprimés. En Bolivie, Evo Morales a privilégié les indigènes. Au Venezuela, Chávez s’est tourné vers le sous-prolétariat des bidonvilles. Quand la prospérité disparaît, il ne reste souvent que l’idéologie et les institutions sociales créées par le leader.

Ces gouvernements ne renforcent pas les institutions nationales ni les partis politiques. Perón se contentait d’une simple machine électorale, mais comptait aussi sur des associations de quartier, des organisations syndicales ou d’agriculteurs. Après la chute, cela reste en place et peut être porteur du message et de la nostalgie d’un régime social gratifiant, expansif. Perón a mis des années à trouver des héritiers. Et, après sa mort [1974], les péronistes sont parvenus au pouvoir avec des politiques aussi contradictoires que celles de l’ultralibéral Carlos Menem [1989-1999] et Nestor Kirchner [2003-2007]. La densité de l’attachement à l’idéologie, faite de nationalisme, de social, de relation directe avec le dirigeant au mépris des partis et des institutions, constitue la spécificité des démocraties hégémoniques.

Les évolutions en Argentine et au Venezuela annoncent-elles un nouveau cycle dans la région ?

Les cycles se suivent et s’opposent en Amérique latine. Pourquoi avons-nous assisté à un cycle que certains ont qualifié de gauche ou de “populiste” ? Parce qu’avant il y a eu des gouvernements avec des politiques ultralibérales, qui ont préparé le cycle interventionniste et nationaliste. Le paradoxe argentin est que le cycle ultralibéral ne se limite pas aux militaires [1976-1983], mais comprend aussi Menem. Au Venezuela, le social-démocrate Carlos Andrés Pérez a nationalisé le pétrole et adopté une politique sociale avancée lors de son premier mandat [1974-1979]. En revanche, son second mandat [1989-1993], avec l’ajustement qui a provoqué l’explosion sociale du Caracazo [1989], était à l’opposé.

Les cycles politiques correspondent à des contraintes, l’économie joue un rôle capital. Les pays latino-américains sont des exportateurs de matières premières, surtout le Venezuela, qui dépend du pétrole. Va-t-on vers un cycle qui ne sera ni interventionniste ni ultralibéral ? C’est possible. Et ce serait une bonne chose pour l’Amérique latine. Mais ce n’est pas encore très net, car il peut y avoir des chocs en retour. Dépourvu de majorité parlementaire, Mauricio Macri aura des difficultés à gouverner l’Argentine.

Cela dit, deux facteurs sont nouveaux : l’allergie à la corruption et la fin de la guerre froide. Il est extraordinaire de voir au Guatemala un président en prison pour corruption, puis l’élection du comédien Jimmy Morales, parce qu’il a promis de lutter contre les malversations. Au Brésil, la volonté d’en finir avec la corruption va jusqu’à envisager la destitution de la présidente Dilma Rousseff, ce qui me semble discutable. Mais la crise brésilienne éclaire le blocage du système politique. La justice est forte dans la mesure où l’exécutif est faible, et le législatif est perdu dans un multipartisme proliférant et des querelles interminables.

Vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, les États-Unis et Cuba ont mis fin à la guerre froide régionale. Cela prive d’arguments ceux qui considèrent que tous les malheurs d’Amérique latine viennent du complot américain contre les forces progressistes. Je crois d’ailleurs que la paix avec la guérilla sera signée en Colombie.

Vous récusez la notion de populisme ?

C’est une étiquette péjorative. Si on veut analyser un phénomène complexe, énigmatique, ce n’est pas en utilisant une insulte qu’on parviendra à l’éclairer. Lorsqu’un groupe ou un parti arrive au pouvoir par des élections et considère, pour des raisons nationales ou sociales, que la majorité lui donne tous les droits, sans limites constitutionnelles ou juridiques, je préfère parler de démocraties hégémoniques. Ces majorités s’érigent en totalité, les minorités doivent obtempérer, sous menace d’être désignées comme ennemis de la nation. La Russie et la Turquie ont ce type de régime. Les institutions comptent peu, ainsi que les droits des personnes et de la presse, ou l’indépendance de la justice. Malgré la dérive autoritaire, ce n’est ni la dictature ni le totalitarisme, puisque l’alternance reste possible, comme en Argentine.

Paulo A. Paranagua
Journaliste au Monde

Lire l’article original sur Le Monde

30 ans de livres à Guadalajara

En novembre 2016, l’Amérique latine fêtera les trente ans de la FIL (Foire Internationale du Livre) de Guadalajara. Fondée il y a 29 ans par l’Université de Guadalajara, elle est le plus grand événement dédié à l’industrie du livre que connaisse le Mexique, et c’est aussi le plus grand marché au monde pour les publications en langue espagnole.

Chaque année, éditeurs, professionnels du livre, traducteurs, distributeurs, libraires, bibliothécaires et auteurs du monde entier prennent part à la FIL. Célèbres ou peu connus, les écrivains participent à l’événement pour promouvoir leur travail et rencontrer directement d’autres écrivains et les lecteurs. La FIL est aussi un extraordinaire festival culturel. Pendant les neuf jours que dure ce Salon, le public écoute ses auteurs préférés, et Guadalajara toute entière prend des airs de fête, avec des concerts, des expositions d’art, des films et des pièces de théâtre, du Mexique ou du pays invité d’honneur, qui était cette année le Royaume-Uni.

Le programme initié par les organisateurs de cette foire en fait un événement unique au monde avec plus de 500 présentations de livres et 600 auteurs invités. La foire développe chaque année et ce, depuis 2008, un espace consacré aux professionnels internationaux. Cette année, plus de 790 000 visiteurs ont déambulé dans les allées de la foire, et les ventes ont augmenté de 2 %.

Les trente ans de la FIL seront fêtés en présence des meilleures plumes latino-américaines. L’édition 2015 s’est achevée ce 6 décembre, et le comité organisateur espagnol a annoncé que la FIL fêtera ses trente ans l’année prochaine, avec l’Amérique latine comme invitée d’honneur. Le président de la FIL, Raúl Padilla López, a déclaré que les talents littéraires et artistiques, et de façon générale la très riche identité culturelle d’un des continents leaders dans le monde, se donneraient rendez-vous en 2016.

La directrice du Centre régional pour la promotion du livre en Amérique latine et aux Caraïbes (Cerlalc), Marianne Ponsford, a remercié les organisateurs, et a souligné que les Lettres sont un des nombreux aspects qui identifient et unissent les pays d’Amérique latine. “Nous partageons aussi la laideur de nos capitales, la tristesse des paroles des chansons, qui se cache sous les tambours, la violence et la pauvreté, les révoltes ratées et les mauvais gouvernements”.

A. Z.
Traduit par Catherine Traullé

Chronos de la semaine du 14 au 21 décembre 2015

14 décembre | COLOMBIE | Le juge de l’Audiencia Nacional espagnole Eloy Velasco a laissé en liberté Héctor Albeidis Arboleda Buitrago, El Médico, l’ancien combattant des FARC emprisonné à Madrid, et accusé d’avoir pratiqué entre 150 et 500 avortements forcés à des guérilleras, certaines d’elles ayant été violées par d’autres membres de l’organisation. Le juge a rejeté le décret de détention préventive car selon lui, les faits qui lui sont reprochés seraient prescrits et le prisonnier souffre une maladie dégénérative grave.

14 décembre | MEXIQUE | Un programme philanthropique d’une chaîne de cinéma mexicaine a souhaité soigner des problèmes oculaires de 27 personnes âgées issues de la communauté maya, proches de Cancún. La compagnie de cinéma a pris en charge le voyage vers Cancún et l’opération de cataracte à laquelle elles devaient se soumettre. Trois jours plus tard, les patients ont commencé à souffrir de complications graves et ont perdu la vue de l’œil opéré. La Commission fédérale pour la protection contre les risques sanitaires (COFEPRIS) a ordonné la fermeture de l’institut ayant effectué les soins. Ce centre privé est menacé de payer une amende qui pourrait dépasser un million de pesos (57 600 $).

14 décembre | COLOMBIE | Le gouvernement et les FARC ont conclu le quatrième chapitre des négociations sur les victimes des conflits armés, l’un des plus complexes et sensibles du processus de paix. L’annonce sera faite à La Havane lors d’une cérémonie à laquelle participera une délégation de 10 victimes de la guerre.

14 décembre | BOLIVIE | Juan Carlos Tapia, colonel en charge d’un département de police à El Alto, a été arrêté à Santa Cruz avec 42 kilos de cocaïne. Il est le dernier d’une série d’arrestations de chefs de la police bolivienne impliqués dans le trafic de drogue.

15 décembre | HONDURAS | Rafael Leonardo Callejas Romero, du Parti national (PN), président du Honduras de 1990 à 1994, s’est rendu à Miami en Floride pour se présenter volontairement à la justice des États-Unis et répondre à 15 chefs d’accusation de corruption dans les affaires du football mondial. Il est devenu une figure majeure dans l’implication de l’Amérique dans le scandale de corruption de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA).

15 décembre | ARGENTINE | Le président Mauricio Macri a déclenché la première controverse de son gouvernement en nommant deux juges par décret à la Cour suprême d’Argentine. Cristina Fernández de Kirchner et des juristes prestigieux ont contesté ces nominations. La composition de la Cour suprême devra être ratifiée par les deux tiers des sénateurs.

15 décembre | PÉROU | Dans ce pays, où l’économie et les inégalités se développent parallèlement, les ONG sont indispensables pour promouvoir l’intégration sociale, politique et culturelle. Depuis 2008, le PIB par habitant est passé de 3 340 à 4 448 dollars (+ 33 %). Selon l’Institut national de statistiques et informatique (INEI), la pauvreté au Pérou est passée de 49 % en 2006 à 24 % de la population en 2013. Cela ne reflète pas le développement économique et social réel du pays où persistent encore des inégalités liées à l’origine ethnique.

15 décembre | CHILI | La société d’énergie Gas Natural Fenosa, à travers deux de ses filiales, Metrogas et GasSur, prévoit d’investir 635 millions d’euros au Chili dans les cinq prochaines années. Ce plan permettra d’accroître l’approvisionnement en gaz naturel dans plus de 20 % du pays.

15 décembre | COLOMBIE | Le gouvernement et les FARC ont débloqué le point 5 de l’accord, qui pose le plus de problèmes après trois ans de négociations à La Havane. Celui-ci concerne les personnes touchées par le conflit, mais aussi la question de la justice. Le programme de réparation convenu garantit, sur le papier, la participation de tous ceux qui sont directement ou indirectement impliqués dans le conflit.

15 décembre | MEXIQUE | 19 corps ont été retrouvés dans un ravin, dans les environs de la station de montagne de Chichihualco dans l’État mexicain du Guerrero, mais rien n’indique que les corps ont un lien avec les 43 étudiants de l’École d’Ayotzinapa disparus en 2014 dans la ville d’Iguala, à 130 km au nord de Chichihualco.

16 décembre | AMÉRIQUE LATINE | En Amérique latine, quelque 600 personnes sont assassinées chaque année parce qu’elles sont lesbienne, gay, bisexuelle ou transgenre (LGTB), selon une étude de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR). Mais ce chiffre ne représente qu’une partie des crimes dont sont victimes dans beaucoup de pays du monde, les personnes qui ne partagent pas le genre ou l’orientation sexuelle considérés comme normaux.

16 décembre | VENEZUELA | Des procureurs américains préparent un acte d’accusation pour trafic de drogue contre le chef de la Garde nationale du Venezuela, Néstor Reverol, a déclaré l’agence Reuters citant des personnes proches de l’enquête.

16 décembre | MEXIQUE | Le Sénat a approuvé le changement de statut de la ville de Mexico pour donner plus d’autonomie à la capitale du pays. La nouvelle entité, qui sera appelée Ville de Mexico – au lieu de District fédéral (DF) –  aura sa propre Constitution et sera dirigée par un gouverneur.

16 décembre | NICARAGUA | Le gouvernement dirigé par Daniel Ortega a déclaré qu’il respecterait la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) dans laquelle la souveraineté du Costa Rica est reconnue dans une zone marécageuse de la frontière. Le CIJ a déterminé que Managua avait violé la souveraineté de son voisin par une présence militaire et son droit de navigation sur le fleuve San Juan. Le jugement, qui est astreignant et sans appel, établit que le Nicaragua doit indemniser le Costa Rica pour les dommages environnementaux causés par des travaux de dragage dans la zone frontalière.

17 décembre | ARGENTINE | Le gouvernement de Mauricio Macri a annoncé la suppression des restrictions sur les achats de devises. Le ministre des Finances de l’Argentine, Alfonso Prat-Gay devrait annoncer la libéralisation du contrôle des changes en vigueur dans le pays depuis 2011. Des restrictions d’achat de devises étrangères ont été introduites par le gouvernement précédent de Cristina Fernández de Kirchner, pour faire face à la pénurie de devises. Le peso a subi une dévaluation de 30 % mais comme le dollar officiel est passé à 9,83 pesos, l’augmentation est de 52,5 %. Après l’intervention de la Banque centrale, le dollar a été abaissé à 13,95 pesos ce qui porte la hausse à 41,9 % et menace d’augmenter encore l’inflation.

17 décembre | VENEZUELA | Le gouvernement du Venezuela a répondu à l’échec subi lors des élections législatives, qu’il a perdues contre l’opposition de la Table de l’unité démocratique, en installant un Parlement communal, calqué sur l’Assemblée nationale établie par la Constitution.

17 décembre | CUBA | Les États-Unis et Cuba ont décidé de rétablir les vols commerciaux directs suspendus depuis des décennies. L’accord a été conclu après d’intenses et interminables négociations lors du premier anniversaire de l’annonce du début de la normalisation des relations diplomatiques.

17 décembre | MEXIQUE | Un séisme de magnitude 6,6 degrés sur l’échelle de Richter a eu lieu au Mexique. L’épicentre a été localisé à 43 km au sud de la ville de Tonala, dans l’État du Chiapas, à la frontière du Guatemala, et à 90 km de profondeur. Il n’y a pas eu de dégâts importants.

17 décembre | ARGENTINE | La juge Viviana Fein, qui depuis 11 mois fait des recherches sur le décès mystérieux de son collègue Alberto Nisman, cessera de diriger l’enquête. Elle sera remplacée par la juge Fabiana Palmaghini [photo]. Les deux plaintes dans l’affaire, déposées par les deux filles du procureur et une autre par sa mère et sa sœur, avaient déposé plusieurs plaintes contre Viviana Fein. La juge penchait plus vers la possibilité d’un suicide plutôt que celle d’un homicide, alors que la famille de Alberto Nisman considère qu’il a été assassiné.

18 décembre | BRÉSIL | Le ministre de l’Économie Joaquim Levy a présenté sa démission. Il avait été nommé il y a presque un an pour satisfaire les marchés et contenir les dépenses. Il sera remplacé par un homme proche de Dilma Rousseff et de Lula, l’actuel ministre de la Planification, Nelson Barbosa. Dilma Rousseff a quant à elle reçu de bonnes nouvelles : la Cour suprême du Brésil, a décidé que le Sénat avait le pouvoir de paralyser le processus de “destitution”, même si elle a été approuvée par le Congrès.

19 décembre | MEXIQUE | Jorge Ramos Neri, le chef du service de renseignement du Mexique (Cisen) dans l’État de Mexico, enlevé il y a deux jours devant son domicile, a été libéré. Le sauvetage a été effectué par un dispositif du Procureur général de la République (PGR) et coordonné par l’Agence nationale de renseignement, selon des sources fédérales.

19 décembre | ARGENTINE | La libéralisation du contrôle des changes imposée par le gouvernement et les dévaluations du peso qui en ont découlé, ont engagé la majorité des syndicats de la péroniste Confédération Générale du Travail (CGT), jusqu’à présent divisés en trois factions, à se réunir pour exiger des hausses salariales du nouveau gouvernement de Mauricio Macri. L’exécutif n’est pas d’accord et propose à chaque syndicat de négocier avec le patronat pour contenir l’inflation.

Guy MANSUY

Chronos de la semaine du 7 au 14 décembre 2015

7 décembre | VENEZUELA | La Mesa de la Unidad Democrática (MUD)  – qui, selon Henrique Capriles aurait remporté 112 sièges sur 167 – est formée par quatre grands partis, d’autres petits groupes et certaines personnalités comme María Corina Machado. Primero Justicia, avec 33 députés sera la première force d’opposition au Parlement ; suivi par Acción Democrática (AD), avec 25, l’ancien groupe social-démocrate qui a dirigé le Venezuela entre 1958 et 1998 ; Un Nuevo Tiempo de l’ex-aspirant présidentiel Manuel Rosales, arrêté pour corruption et en attente de son procès, en apporte 21, dont beaucoup d’entre eux sont dans l’État pétrolier de Zulia ; Voluntad Popular (VP), le parti de Leopoldo López – condamné et en prison – avec 14 sièges à la Chambre.

8 décembre | MEXIQUE | Le Groupe d’experts indépendants (GIEI), qui enquête sur la disparition des 43 jeunes de l’école normale rurale d’Ayotzinapa, a déclaré que des photos satellite du jour du massacre n’ont enregistré aucun incendie dans la commune de Cocula où, selon la version officielle, ont été incinérés les corps des étudiants.

8 décembre | VENEZUELA | Deux jours après les élections législatives, le Conseil national électoral a confirmé officiellement que les deux députés restant à attribuer iraient à la Mesa de la Unidad Democrática (MUD), qui en disposera de 112 au total, ce qui lui permettrait d’occuper les deux tiers de la prochaine Assemblée nationale – contre 55 pour le Partido Socialista Unido de Venezuela (PSUV) – et d’aborder de grandes réformes.

8 décembre |MEXIQUE | Des parents de disparus de l’État – environ 25 000 – exigent que des essais génétiques soient effectués sur des corps qui se trouvent dans une fosse commune dans l’État de Morelos. Il s’agit peut-être d’une centaine de corps que le ministère public étatique aurait enterré là, dans l’illégalité, en mars de l’année passée. Des fonctionnaires de l’institution auraient mélangé des cadavres inconnus avec des corps identifiés. C’est pourquoi cette demande a été faite au gouvernement régional.

8 décembre | MEXIQUE | En 2003, le gouvernement local de la ville de México avait décidé de supprimer l’examen de permis de conduire, afin de couper cette source de corruption. Mais avec près de trois décès par jour liés à des accidents de la route, ce même gouvernement réimpose l’examen de permis de conduire en 2016.

8 décembre | VENEZUELA | Le président Nicolás Maduro a appelé à la démission du gouvernement dans son ensemble et a annoncé qu’il opposerait son veto à une éventuelle amnistie de la nouvelle Assemblée qui sera installée début janvier.

8 décembre | MEXIQUE | Onze personnes supplémentaires ont été assassinées dans certaines villes de l’État de Guerrero, stratégique pour le trafic de drogue et où sévissent deux organisations criminelles : Los Ardillos et Los Rojos. C’est en effet dans les montagnes du Guerrero que peut être cultivé du pavot.

9 décembre | MEXIQUE | Un groupe de mères venues du Nicaragua, du Honduras, du Salvador et du Guatemala recherchent leurs enfants migrants portés disparus au Mexique, alors qu’ils tentaient de rejoindre les États-Unis.

10 décembre | AMÉRIQUE LATINE | Au moins 78 activistes environnementaux ont été tués en 2015 selon l’ONG Global Witness, ce qui représente une amélioration par rapport à l’année précédente, où 116 activistes ont été tués – soit environ deux chaque semaine. L’année dernière, le Brésil et la Colombie figuraient en tête de liste des pays les plus dangereux pour les défenseurs de l’environnement, où 29 et 25 personnes ont été tuées respectivement, ce qui représentait près de 50 % de la totalité des décès.

10 décembre | ARGENTINE | La péroniste Cristina Fernández de Kirchner, qui vient de perdre le pouvoir, a boycotté la cérémonie de prise du pouvoir par son successeur, le libéral Mauricio Macri. Il s’agit d’un acte d’une hostilité sans précédent en Argentine et impensable dans d’autres pays. Le président du Venezuela, Nicolás Maduro, a été le seul chef d’État d’Amérique du Sud absent à l’inauguration du président argentin Mauricio Macri à Buenos Aires.

10 décembre | MEXIQUE | Un dispositif pour le traitement de l’hydrocéphalie a été implanté dans le cerveau d’au moins 194 Mexicains, sans autorisation d’utilisation chez l’Homme. Un rapport de la Commission nationale d’arbitrage médical du Mexique stipule que le dispositif était expérimental et qu’il a été implanté sans le consentement signé requis par ce type d’opération. Les dommages subis par les victimes sont irréversibles.

10 décembre | BOLIVIE | Deux des principaux dirigeants indigènes boliviens, Melva Hurtado et Julia Ramos, ancienne ministre du gouvernement d’Evo Morales, ainsi que le représentant national des paysans et deux sénateurs ont été emprisonnés pour corruption par un comité spécial de procureurs enquêtant sur le Fondo Indígena. Cette institution, alimentée avec de l’argent provenant de l’exportation de gaz, offrait un financement aux dirigeants pour effectuer des projets de développement dans les Communautés indigènes.

11 décembre | CUBA | Les États-Unis et Cuba ont conclu un accord pour rétablir les services de courrier postal et de messagerie. D’autre part, la compagnie American Airlines a inauguré son premier vol direct Los Angeles-La Havane depuis le rétablissement des relations entre les deux pays.

12 décembre | ARGENTINE | Le président Mauricio Macri se consacre, depuis le premier jour de son gouvernement, à essayer de désactiver la tension politique des dernières années en Argentine. Pour cela, il s’est réuni avec ses deux grands rivaux, les péronistes Daniel Scioli et Sergio Massa, dans le but de trouver des accords. Daniel Scioli a parlé d’un ton conciliant et a promis “de donner un coup de main” compte tenu du fait que Mauricio Macri ne dispose pas de la majorité absolue et qu’il ait besoin d’appui dans presque tous les domaines.

12 décembre | MEXIQUE | Le président Enrique Peña Nieto a soumis au Congrès la mesure qui va tenter de faire la lumière sur l’une des zones les plus sombres de l’histoire du Mexique. Depuis 2006, plus de 24 000 personnes ont disparu dans le pays, dans la plupart des cas aux mains des narcotrafiquants. Cette initiative promise par le président dans le cadre de son deuxième programme de réforme, intervient après des plaintes répétées de l’ONU. Parmi ses propositions figure celle de mettre un terme à la dispersion législative et de transformer cette infraction, avec celui de la torture, imprescriptible.

13 décembre | ARGENTINE | Susana Malcorra [photo] a étrenné sa fonction au sein de diplomatie latino-américaine par une réunion de chanceliers, test décisif pour la nouvelle ministre des Affaires étrangères du président Mauricio Macri. La représentante argentine a monopolisé une partie du rôle principal du rendez-vous tenu à Cartagena de Indias, préalable au 25e Sommet latino-américain de 2016, en raison de la position de son pays concernant le Venezuela. Elle a minimisé la couleur politique de la nouvelle direction de son pays et son influence possible en Amérique latine.

14 décembre | ARGENTINE | 41 personnes, parmi les 51 passagers, sont mortes dans la province de Salta, dans le nord de l’Argentine, dans un accident de bus plein de gendarmes qui est tombé de 25 m dans une rivière à sec. Les autorités locales ont reconnu le mauvais état de la route nationale 34, où s’est produit l’accident.

Guy MANSUY

Mauricio Macri, l’Argentine à l’aube d’une nouvelle ère

L’Argentine a fait son choix : après plus d’une décennie de kirchnérisme, c’est le candidat libéral Mauricio Macri, représentant du parti “Propuesta Republicana”, qui assume la présidence du pays depuis la semaine dernière. Cet ancien homme d’affaires, élu maire de Buenos Aires en 2007, et parfois décrit comme un Berlusconi argentin, a ainsi battu le grand favori de ces élections présidentielles, Daniel Scioli, soutenu par la présidente sortante.

Libéral assumé, Mauricio Macri incarne une Argentine capitaliste désireuse de changements, économiques en particulier. Fils du capitaine d’industrie Franco Macri, ingénieur civil de formation, éduqué parmi les élites argentines et américaines à l’Université Catholique d’Argentine, Columbia et l’Université de Pennsylvanie, il débute en politique en 2003. En parallèle de son activité de président du mythique club de foot des Boca Juniors, il fonde cette année-là le parti Compromiso para el cambio (Engagement pour le changement) et est élu, deux ans plus tard, député fédéral. Il deviendra par la suite maire de Buenos Aires en 2007 sous l’égide de son nouveau parti : Propuesta Republicana (Proposition Républicaine).

Élu le 22 novembre dernier à la tête du pays, il a présenté, trois jours après sa victoire, les ministres qui composeront ce nouveau gouvernement. Patricia et Esteban Bullrich, Alfonso Prat-Gay, Guillermo Dietrich ou encore Juan José Aranguren : des noms associés aux élites financières et entrepreneuriales du pays, qui seront aux commandes des différents postes de la nation. Il s’agit donc, pour Macri, d’une volonté de composer un gouvernement de jeunes technocrates, pour la plupart issus de la grande bourgeoisie argentine et du secteur privé, qui permettra d’amorcer un virage à droite. Sa campagne Cambiemos (Changeons) passe alors la deuxième vitesse et se transforme en Cambiamos (Nous changeons), annonçant la levée des mesures protectionnistes mises en place par les précédents gouvernements. Il a également rappelé, lors de son discours d’investiture prononcé jeudi dernier, que ses objectifs ne sont toutefois pas uniquement économiques. Parmi ses priorités : éradiquer le narcotrafic et la corruption, et unir le peuple argentin.

Naissance d’un îlot libéral au sein du Cône Sud

Troisième puissance économique de la région, ce changement de cap devrait donc impliquer également des changements en termes de stratégie diplomatique. Le prochain sommet du Mercosur, qui se tiendra le 21 décembre prochain à Asunción au Paraguay, devrait en annoncer les premiers signes. En effet, bien que Macri ait confirmé qu’il n’invoquera pas la clause démocratique afin de suspendre les relations avec le Venezuela suite aux résultats des élections législatives, il risque de provoquer une rupture avec les relations précédemment entamées par les Kirchner. Tournant le dos aux grandes nations socialistes et communistes de la région telles que Cuba, le Venezuela, la Bolivie ou l’Équateur, le président souhaite se rapprocher dans les prochains mois de l’Alliance du Pacifique – composée par le Chili, le Pérou, la Colombie et le Mexique – afin de privilégier le commerce avec les États-Unis, la Chine et l’Union européenne.

Les effets de ce changement radical de pouvoir, d’une gauche péroniste à une droite libérale et conservatrice, restent cependant à nuancer. En effet, avec une victoire à 51,34 % des voix, Mauricio Macri ne disposera pas d’une majorité parlementaire et devra donc avancer sur un sol glissant en instaurant ces changements avec précaution s’il ne souhaite pas provoquer une fracture trop importante dans la société argentine, et éviter ainsi l’écueil de Sebastián Piñera, qui n’aura pas permis à la droite chilienne de rester au pouvoir pendant plus d’un mandat. Enfin, rappelons que Macri devra faire face à de nombreux détracteurs ; le prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez Esquivel, a d’ailleurs accueilli l’arrivée du président au pouvoir par une lettre (publiée dans la newsletter du 9 décembre) lui rappelant les nombreux défis auxquels il devra faire face…

Lucie DUBOEUF

Los Panchos : grandes retrouvailles à Madrid vingt ans après

Après 20 ans de séparation les musiciens du légendaire trio Los Panchos, créé en 1944 à New York, se retrouvent pour un nouveau tour du monde avec un spectacle intitulé “Retrouvailles”. Le coup d’envoi de la tournée a été donné le 9 décembre à Madrid avec un unique concert au Teatro Nuevo Apolo. Au programme : leurs plus grand hits et beaucoup de nouvelles chansons.

Le public de Los Panchos traverse les générations, leurs chansons sont éternelles et ont été reprises par d’innombrables chanteurs renommés. Qui ne connait pas ces grands classiques de toujours comme Besame mucho, Perfidia, A mi manera, Solamente una vez, Loco, Aquellos ojos verdes ou Maria Elena ?

À l’origine du groupe, ses fondateurs historiques : les Mexicains Alfredo El Güero” Gil (requinto, petite guitare à deux cordes) et José de Jesús Chucho” Navarro (guitare) ainsi que le Portoricain Hernando Avilés (guitare), les trois étant vocalistes.

“Chucho” Navarro a pris la direction du groupe en 1981 après le départ d’Alfredo Gil. Le trio s’est reformé à plusieurs reprises. Rafael Basurto Lara, grand chanteur, interprète exceptionnel des boléros a rejoint Los Panchos après s’être produit pendant des années en solo. Le grand musicien Gabriel “Gabi Vargas, considéré comme le meilleur requinto du monde, fait partie de Los Panchos depuis 1978, reprenant la place d’Alfredo Gil.

La tournée de ces trois géants de la musique avec un répertoire renouvelé les conduira à travers l’Europe jusqu’au Japon, où une foule d’aficionados les attend. Cependant, ce n’est pas une tournée d’adieu, affirment-ils, car ils ont d’autres projets devant eux.

Irène SADOWSKA GUILLON
Depuis Madrid

Discours de clôture de François Hollande à la COP21 à Paris

Le bilan de la COP21, clôturée samedi dernier, s’avère plutôt mitigé selon les analystes, qui soulignent son succès diplomatique en dépit des nombreux défis climatiques qu’il reste à relever. Avec la participation active de 11 leurs dirigeants, les États d’Amérique latine ont réitéré, au cours de ce sommet mondial, leur engagement en faveur de la lutte globale contre le réchauffement climatique. Les différentes initiatives latino-américaines proposées représentent des exemples novateurs, cherchant à harmoniser les outils financiers et les principes de la responsabilité sociale et environnementale, en vue d’instaurer des politiques de lutte contre le dérèglement climatique, plus inclusives et efficaces, en tenant compte des réalités locales. À titre d’information, nous publions ici le discours prononcé par le président François Hollande au Bourget le samedi 12 décembre 2015, à l’occasion de la clôture de ce sommet mondial.

« Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies, cher Ban Ki-Moon, je sais quelle a été votre obstination pendant ces derniers mois pour que nous puissions nous réunir ici, à Paris, avec la possibilité d’un accord. Monsieur le Président de la Conférence, cher Laurent Fabius, vous avez tout au long de ces derniers mois – et encore davantage ces derniers jours – joué un rôle considérable pour rapprocher les points de vue et pour concilier parfois ce qui paraissait inconciliable. Mais c’est le sens-même d’un accord universel. Madame la Secrétaire exécutive, je sais ce que vous avez fait aussi pour que les délégués puissent pleinement jouer leur rôle, parce que vous étiez attachée à cette idée si belle que la communauté internationale peut agir. Mesdames, messieurs les délégués, vous avez beaucoup travaillé et je veux vous exprimer la gratitude de la France pour les discussions que vous avez menées ici, à Paris, jour et nuit et parfois plus la nuit que le jour, pour chercher l’accord qui n’avait pas été trouvé jusque-là.

Tous ces efforts doivent maintenant trouver leur conclusion, à quoi auraient servi ces temps partagés, ces initiatives multiples, ces volontés de tous les continents, à quoi aurait servi ce travail s’il ne débouchait pas sur un accord universel contraignant et différencié. Nous sommes maintenant au moment décisif, à la seule question qui vaille et à laquelle vous seuls pouvez apporter la réponse. Voulons-nous un accord ? Cet accord qui n’a pas pu, à Copenhague, être trouvé ; cette impasse qui, pendant des années, a été une immense déception pour tous ceux qui voulaient que la planète puisse avoir un avenir ; cette impasse qui a pu jeter le doute sur la capacité de la communauté internationale à agir. Eh bien, c’est vous, par les progrès que vous avez été capables d’accomplir ces derniers mois et, surtout, ces derniers jours, c’est vous et vous seuls qui avez la réponse !

Nous avons à faire le dernier pas, celui qui permet d’atteindre le but, le pas décisif. Le texte, qui a été préparé et qui vous est soumis, est à la fois ambitieux et réaliste. Il concilie la responsabilité et notamment celle des pays les plus riches ; et en même temps la différenciation. Il accorde aux plus vulnérables et aux pays en développement les moyens qui ont été promis. Il fixe des mécanismes de révision qui sont essentiels pour la crédibilité de l’accord. Ce texte sera, si vous en décidez, le premier accord universel de l’histoire des négociations climatiques. Vous allez faire un choix, un choix pour votre pays, un choix pour votre continent mais aussi un choix pour le monde. Ce sera un acte majeur pour l’humanité. C’est la raison pour laquelle, à ce stade de la négociation, à ce stade ultime de la Conférence, j’ai tenu à être avec vous.

Parce que je suis dépositaire – comme vous – du mandat qui a été confié par les 150 chefs d’État et de Gouvernement, qui sont venus au début de la Conférence pour porter l’engagement qu’il y aurait un accord à Paris. Mais également pour l’ambition, tenir l’objectif des deux degrés, tout faire même pour être à 1,5 degré, parce que c’est notre responsabilité, parce que c’est l’enjeu décisif, parce qu’un réchauffement qui irait au-delà pourrait gravement atteindre les équilibres de la planète. Pour y parvenir, nous avons fixé de nouveaux rendez-vous pour réviser les contributions nationales, pour revoir les engagements financiers. Comme l’a dit le Président de la COP, l’accord ne sera parfait pour personne si chacun le lit à la lumière de ses seuls intérêts. Mais il sera un succès pour tous parce que ce qui nous rassemble, c’est la planète elle-même.

Face au changement climatique, nos destins sont liés. Chacun a ses contraintes et je les connais. Mais la seule chose qui compte maintenant, c’est d’avoir raison ensemble. Toutes les exigences n’ont pas été satisfaites, toutes les revendications n’ont pas abouti, mais nous ne serons pas jugés sur un membre de phrase mais sur le texte dans son ensemble, nous ne serons pas jugés sur un mot mais sur un acte, pas sur un jour mais sur un siècle. Il en va donc de notre crédibilité collective et celle de la communauté internationale toute entière.

Mesdames et messieurs, la présence ici aujourd’hui de 196 délégations -vous êtes le monde après tant de mois de travail, est sans précédent dans l’histoire des discussions sur le climat. Un espoir considérable s’est levé. Le monde s’est mis en marche, pas seulement dans cette salle mais bien au-delà. Des actions immédiates ont été engagées par les collectivités locales, les citoyens, les chercheurs, les entreprises. Des coalitions se sont formées, des initiatives ont été prises dans tous les continents et je pense notamment sur les énergies renouvelables à ce qui a été fait pour l’Afrique, ce que l’Inde a porté. Je sais aussi combien nous nous sommes mobilisés sur le prix du carbone. Nous sommes donc capables d’assurer la lutte contre le réchauffement climatique et le développement.

Voilà ! L’Histoire arrive, l’Histoire est là, toutes les conditions sont réunies et elles ne le seront plus avant longtemps. Nous sommes, vous êtes sur la dernière marche, il faut se hisser encore à la hauteur de l’enjeu. Il n’y aura pas de report, il n’y aura pas de sursis possible, l’accord décisif pour la planète c’est maintenant. Et il ne tient qu’à vous, à vous seuls au nom de ce que vous représentez, l’ensemble des nations du monde, d’en décider. Le 12 décembre 2015 peut être un jour non seulement historique mais une grande date pour l’humanité. Le 12 décembre 2015 peut être un message de vie et je serai personnellement heureux, presque soulagé, j’en serai même fier que ce message-là soit lancé de Paris, parce que Paris a été meurtrie il y a tout juste un mois, jour pour jour.

Alors mesdames et messieurs, la France vous demande, la France vous conjure d’adopter le premier accord universel sur le climat de notre Histoire. Il est rare d’avoir dans une vie l’occasion de changer le monde, vous avez cette occasion-là, de changer le monde. Saisissez-la pour que vive la planète, vive l’Humanité et vive la vie ».

François HOLLANDE

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