Archives mensuelles :

janvier 2014

Face aux cartels, le Mexique légalise plusieurs milices d’autodéfense

Au Mexique, le gouvernement a annoncé un accord légalisant plusieurs groupes d’autodéfense dans l’Etat du Michoacan, un des plus pauvres du pays. Il s’agit de leur permettre d’intégrer les forces rurales et municipales dans cet Etat en proie aux violences liées aux cartels de la drogue. Cette annonce intervient après l’arrestation d’un des principaux dirigeants des Chevaliers templiers, un groupe criminel responsable de trafics de drogue dans cette région. Suite sur RFI.

Faits latinos du 21 au 25 janvier

21 janvier – NICARAGUA Lors d’une manifestation pacifique de quelques centaines d’ex coupeurs de canne à sucre située seulement à quelques mètres d’un champ de canne de la Ingenio San Antonio sur la côte Pacifique, détenue par le puissant Groupe Pellas, producteur de la célèbre Ron Flor de Caña, une patrouille de police a ouvert le feu faisant au moins trois blessés graves et un mort. La victime est Juan de Dios Cortes, 48 ans, qui avec ses collègues exigeait une compensation pour avoir contracté une maladie mortelle d’insuffisance rénale chronique (IRC) propre aux coupeurs de canne… En Amérique centrale, cette épidémie a déjà provoqué plus de 14 000 décès dont plus de 3400 morts au Nicaragua.

21 janvier – AMÉRIQUE LATINE Le Rapport mondial de l’Human Rights Watch (HRW) 2014 dénonce parmi les violations des droits de l’homme, la concentration du pouvoir dans les pays du bloc de l’ALBA, qui menace la liberté d’expression et la liberté de presse, notamment dans les télécommunications en Argentine ou en Équateur, mais aussi l’impunité et les irrégularités dans le jugement des crimes contre l’humanité commis dans le passé dans des pays comme le Guatemala ou au Honduras… Mais ces abus s’étendent à presque toute l’Amérique latine, en particuliers les accusations sur l’indépendance de la justice par rapport au pouvoir exécutif.

22 janvier – CUBA – Le gouvernement cubain lève l’interdiction qui empêchait les personnes vivant sur l’île de louer des maisons, des magasins ou des locaux commerciaux après un demi-siècle de restrictions. Les prix minimaux mensuels des locations devront être fixés par le Ministère les Finances et des Prix, et il ne sera pas permis que les citoyens cubains utilisent ces immeubles comme siège  » décoles internationales, agences de presse ou organisations non gouvernementales « .

22 janvier – ARGENTINE – Après plus d’un mois d’absence de la vie publique, la présidente argentine, Cristina Kirchner, n’a fait aucune allusion, dans son premier discours de l’année à Buenos Aires, à la grave crise économique et sociale qui secoue son pays. Aucune mention du taux d’inflation (10 % selon les chiffres officiels, 30 % selon les économistes privés), ni de la crise énergétique, pas plus que de la dévaluation du peso, qui a subi une dépréciation par rapport au dollar sans précédent depuis l’effondrement financier de l’Argentine en 2001-2002. En plein été austral, avec des températures qui ont atteint le record historique de 47,6 degrés à Buenos Aires, des milliers d’habitants de la capitale vivent, souvent depuis des semaines, sans eau ni électricité. L’Argentine est ébranlée par une violente vague de pillages et de manifestations de rue en tapant sur des casseroles comme à l’époque de la crise de 2001-2002.

23 janvier – BRÉSIL – La Banque interaméricaine de développement (BID) a de nouveau rappelé l’importance des programmes de prévention à la veille de la Journée mondiale de la lèpre dans l’un des pays les plus touchés par cette maladie : le Brésil. Le programme de prévention contrôle les maladies négligées (la lèpre, la filariose, la schistomiase et les parasites intestinaux) propres à la région. Le projet, selon les données publiées par l’organisation, implique 42 écoles publiques, 16 000 enfants et 70 000 familles.

23 janvier – URUGUAY – Le président uruguayen, José Mujica, veut aider à promouvoir le processus de négociation entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et a annoncé qu’il restera à La Havane quelques jours après avoir participé à la réunion des dirigeants des CELAC (des 28 et 29 Janvier) pour rencontrer le président colombien Juan Manuel Santos, et des représentants de la guérilla. À La Havane, les deux parties n’ont pas réussi à se mettre d’accord jusqu’à présent sur deux des six points à l’ordre du jour : les questions agricoles et la participation politique des démobilisés.

23 janvier – COLOMBIE – Iván Cepeda, député colombien du Pôle démocratique alternatif et fils de Manuel José Cepeda, membre du mouvement Union patriotique assassiné par des paramilitaires en 1994, a engagé une croisade pour la reconnaissance des droits des personnes touchées par les actions de ces groupes illégaux et pour traduire en justice leurs membres et leurs complices. Dans cet engagement, Iván Cepeda tente de mettre en cause l’ex-président Álvaro Uribe ainsi  que son frère, Santiago et d’autres collaborateurs, devant le Ministère public pour leurs liens supposés avec les paramilitaires. L’ex chef d’État a contre-attaqué, en trainant le dirigeant de gauche devant la Coupe Suprême de Colombie pour abus de fonction publique, obstacle à la justice et calomnie ; des accusations similaires à celles qu’a lancées le procureur général de Colombie contre Iván Cepeda. Ce dernier dénonce également la collusion entre le procureur, qui enquête, et le président pour faire dérailler le processus de paix du gouvernement avec les FARC.

25 janvier – CHILI – La présidente élue du Chili, Michelle Bachelet, a annoncé à Santiago la composition de son nouveau cabinet qui comprendra un nombre record de femmes et de politiciens indépendants mais aussi une ministre communiste, la première en 40 ans, depuis le gouvernement de l’ancien président socialiste Salvador Allende, renversé par le coup d’état du général Augusto Pinochet en 1973. La présidente socialiste succédera le 11 mars prochain au président de droite Sebastián Piñera. Elle a présenté son futur gouvernement [photo] de 23 membres dont 9 femmes – des socialistes, des chrétiens-démocrates, des radicaux et un communiste – comme « une équipe sélectionnée sur des critères de leadership, de professionnalisme et d’engagement ». La présidente a nommé chef de son cabinet son conseiller de confiance, le ministre de l’intérieur Rodrigo Peñailillo (39 ans).

25 janvier –BRÉSIL – La première journée de mobilisation anti-Mondial convoquée dans 36 villes du Brésil par le mouvement contestataire Anonymous s’est achevée dans la violence à Sao Paulo, mais n’a pas réussi à mobiliser plus de quelques milliers de manifestants à travers le pays dont 2 000 à Sao Paulo.

Guy MANSUY

La CIJ donne raison au Pérou sur son différend frontalier avec le Chili

« Un jugement historique », titre El Peruano. « Le Pérou peut être satisfait de la reconnaissance des droits souverains sur un espace maritime supérieur à 50 000 km2 », poursuit le journal. « Plus de 70% de ce que demandait le Pérou a été obtenu », affirme le chef de l’Etat Ollanta Humala. « Ce jugement de La Haye clôt définitivement le tracé des frontières du pays et inaugure une nouvelle relation avec le Chili », a-t-il déclaré. Suite sur RFI>>

Le livre sur la Tricontinentale

Le livre de Roger Faligot, Tricontinentale aux éditions La Découverte vient de paraître. Un retour sur une époque où Che Guevara, Ben Barka, Cabral, Castro et Hô Chi Minh préparaient la révolution mondiale (1964-1968)

Dans son ouvrage, Roger Faligot nous livre le passionnant récit d’un événement, voire d’une épopée, qui marqua l’actualité mondiale des années soixante : la fondation de la Tricontinentale. Au-delà de l’intérêt historique des faits relatés, cet ouvrage nous frappe par le talent romanesque de l’auteur allié à l’ampleur et la rigueur d’une enquête basée sur le dépouillement de nombreuses archives, la consultation d’une bibliographie considérable, et des entretiens avec la quasi-totalité des témoins survivants.

C’est en 1966 que naît à La Havane (Cuba) la Tricontinentale, organisation regroupant les forces « anti-impérialistes » d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine dans le cadre d’une conférence dite « Conférence de Solidarité avec les Peuples des Trois Continents ». Au total se retrouvent à l’hôtel Habana Libre (ex Hilton La Havane) 82 délégations provenant de pays décolonisés cherchant une stratégie nationale de développement souvent tentée par le socialisme (Algérie, Ghana, Guinée, Égypte…), de mouvements de libération afro-asiatiques (et en tout premier ceux de la péninsule indochinoise dirigés par le Nord Vietnam), des représentants des guérillas d’Amérique Latine stimulées par la victoire de Fidel Castro. À cette liste s’ajoutent les délégations des frères ennemis chinois et soviétiques, chacun visant à faire prévaloir son leadership sur un mouvement qui pour partie vise au non-alignement sur les grandes puissances, fussent-elles socialistes ; et enfin les grands noms du « Mouvement des Non Alignés » issu de la conférence de Bandung (1955). Un point commun à tous les participants : leur hostilité déclarée à l’hégémonie des États Unis du fait de la guerre qu’ils mènent au Vietnam et de la mobilisation de la CIA pour décapiter l’ensemble des mouvements révolutionnaires. Comme le déclare l’ancien chef de la guérilla révolutionnaire vénézuélienne Douglas Bravo en 2012, « La Tricontinentale, c’était la part rebelle de la politique du monde » (propos cités en préambule du livre).

Au côté des grands leaders révolutionnaires de l’époque cheminent également des responsables politiques cherchant d’autres voies à la transformation sociale que la lutte armée comme Salvador Allende, et enfin des intellectuels ou des artistes, témoins engagés exerçant leurs talents pour manifester leur solidarité avec la Tricontinentale (Régis Debray, Wifredo Lam ou Joséphine Baker). La conférence est cependant marquée par l’absence de personnalités majeures ; d’abord celle de Mehdi Ben Barka qui selon l’expression de l’auteur « a tissé les fils de la toile ». Il était en effet l’instigateur et la cheville ouvrière de l’organisation dont il était aussi le secrétaire après avoir passé sa vie d’exilé à mettre en contact les militants anti-impérialistes du monde entier. Or, en 1965, il est enlevé à Paris et probablement assassiné par les services du Général Oufkir directeur de la Sûreté Marocaine et homme de main d’Hassan II dont Medhi Ben Barka fut un opposant farouche. Autre absence symbolique, celle du « Che », l’ami de Fidel Castro dont la présence était la plus attendue. Mais début 1966, il est encore en Afrique à Dar Es Salaam, à se remettre péniblement de l’échec de la guérilla menée au Congo, méditant toutefois une opération similaire à venir en Bolivie, une preuve que la flamme révolutionnaire n’était pas morte en lui ! La troisième absence est celle d’Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante destitué par le coup d’État du 19 juin 1965 d’Houari Boumediene. Peu de temps avant, en février 1965, il présidait pourtant à Alger le second séminaire économique du Comité de solidarité afro-asiatique auquel participaient les représentants de soixante-trois gouvernements d’Afrique et d’Asie et de dix-neuf mouvements de libération dont Che Guevara, seul représentant officiel de l’Amérique Latine.

La conférence consiste en la mise en place de comités de travail thématiques et de prises de paroles successives. L’objectif de ce dispositif est développé lors de l’intervention du leader révolutionnaire de Guinée Bissau Amilcar Cabral, représentant ici les mouvements indépendantistes en lutte contre le colonialisme portugais : « En vérité, nous sommes venus à cette conférence convaincus que c’est là une occasion unique pour un plus ample échange d’expériences entre les combattants d’une même cause, pour l’étude et la solution des problèmes vitaux de notre lutte commune, tendant non seulement au renforcement de notre unité et de notre solidarité, mais aussi au perfectionnement de la pensée et de l’action de chacun et de tous dans la pratique quotidienne de la lutte ».

La conclusion de l’ouvrage de Roger Faligot pose la question de la portée de la Tricontinentale : succès ou échec par rapport à ses objectifs ? La moitié des témoins et participants interrogés estiment qu’elle a été un échec si l’on considère qu’elle voulait fomenter une révolution mondiale, déstabiliser l’impérialisme américain, et changer la face du monde en faveur d’une société plus équitable pour les plus déshérités. Si elle n’a pas réalisé toutes ses ambitions de départ, c’est bien évidemment dû à la disparition de nombre de dirigeants des luttes armées éliminés par les services secrets occidentaux appuyés par leurs séides locaux. Mais en réalité au moment où Fidel Castro et les animateurs de la Tricontinentale espèrent le plus mettre en échec les Américains, le ressort de la Tricontinental est déjà cassé en Amérique Latine et les revers s’accumulent. Ainsi Régis Debray peut écrire en 1974 dans son livre La Guérilla du Che :  « 1966, l’année de la Tricontinentale, l’année où se prépare l’entrée du Che en Bolivie est en Amérique Latine une année de catastrophe militaire pour la révolution : assassinats de leaders péruviens, colombiens, de 26 dirigeants guatémaltèques en un seul coup de filet, décapitation du mouvement vénézuélien… Quand en novembre le Che arrive en Bolivie, la plupart des guérilleros du continent ont déjà disparu ».

Toutefois l’autre moitié des interviewés considère au contraire que les opérations des services secrets contre révolutionnaires n’ont pas empêché le surgissement de lames de fond dans le Tiers-Monde. Si l’on suit Pedro Pires, l’adjoint de Cabral devenu en 2001 Président de la République du Cap Vert indépendant, ceux qui ont tué Cabral, Ben Barka, Che Guevara et tant d’autres ont cru arrêter la marche de l’histoire. Mais si l’on s’en tient en particulier à l’Afrique lusophone, la métropole portugaise n’a pu empêcher l’accès à l’indépendance. De la même manière, l’apartheid s’est effondré en Afrique australe ; on peut d’ailleurs ajouter que l’une des premières visites de Mandela comme chef d’État fut dédiée à Fidel Castro. Et peut être après tout qu’une partie de ces succès, et celui du Viet-Nam en guerre contre les Américains, résultent d’une prise de conscience de l’opinion publique occidentale sensibilisée à ces luttes par la Tricontinentale (voire l’action des comités nationaux et de base : le Fonds Solidarité Indochine, le Mouvement de la Paix…).

En conclusion, ces 600 pages se lisent d’un trait avec un plaisir et une curiosité renouvelés. Il ne s’agit pas seulement d’un ouvrage d’histoire politique contemporaine mais de la narration d’une aventure collective faite d’une multitude de péripéties et rebondissements. Les personnages que l’auteur fait revivre ici à travers l’entrecroisement des témoignages des protagonistes survivants y sont dépeints avec empathie, dans leur singularité et leur originalité, sans sombrer dans l’hagiographie. On trouvera aussi dans ce livre des descriptions savoureuses sur la vie à l’hôtel Habana Libre, en marge de la conférence, dont entre autres celles des soirées festives enflammées par les concerts de Joséphine Baker, « la Vénus d’Ébène ». L’auteur rappelle également des anecdotes cocasses, par exemple lorsque Fidel Castro qui vient d’inaugurer une glacerie à La Havane propose d’envoyer à Ho Chi Minh une caisse de crèmes glacées. Ou encore lorsque ce même Fidel, pour remercier Joséphine Baker de ses prestations, offre à chacun de ses douze enfants adoptifs – tous présents – une tenue de Base-Ball et un uniforme vert olive de petit milicien. Ce livre est enfin un hommage à la contribution de nombreux militants plus obscurs, souvent oubliés, telle l’attachante journaliste française Michèle Firk qui prit fait et cause pour la guérilla guatémaltèque et le paya de sa vie.

Monique FLEURET

Différend frontalier entre le Chili et le Pérou : La Haye donne raison… aux deux pays

En désaccord sur la ligne de démarcation de la frontière maritime entre le Chili et le Pérou, ce dernier avait  demandé à la Cour Internationale de Justice des Nations Unies (1) de statuer sur sa position exacte. L’enjeu ? Plusieurs dizaines de milliers de km2 d’eaux riches en ressources poissonnières. La CIJ a rendu son verdict ce lundi 27 janvier. Explications.

En 1997, le Chili ratifie la Convention sur le Droit de la Mer et remet aux Nations unies une carte nautique qui fait partir la frontière maritime de la Borne frontalière n° 1 (Hito 1) située 220 m à l’intérieur des terres sur la latitude 18° 21′ 23″ en direction du large le long d’une ligne parallèle à l’équateur. Pour affirmer sa souveraineté, le Chili se base sur l’existence de deux traités signés par les deux pays : la Déclaration de Zone Maritime de 1952 à Santiago et la Convention de Zone Spéciale de pêche de 1954 à Rio de Janeiro.

Le Pérou fait immédiatement parvenir au Chili une note diplomatique qui rejette le contour des limites présentées car selon lui, les deux pays n’ont pas célébré de traité limitrophe mais simplement délimité une zone de pêche. En 2005, le Congrès péruvien publie sa version de la frontière maritime : une ligne équidistante en mer à partir du point dit de la Concorde, le point de rencontre des deux frontières en bord de mer sur la latitude 18° 21′ 08″.

La différence en haute mer est importante : plusieurs dizaines de milliers de km2 de zones extrêment poissoneuses. Si la CIJ donne raison au Chile, rien ne change. Si la Cour donne raison au Pérou, celui-ci gagne 67.680 km2 de mer :  38.324 km2 de mer aujourd’hui revendiqués par le Chili et 28.356 km2 d’espace marin que le Chili déclare être des eaux internationales.

Les deux pays campant sur leurs positions, le Pérou dépose, en janvier 2008, une demande de définition des limites maritimes devant la Cour Internationale de Justice de La Haye, en vertu du Pacte de Bogota de 1948 par lequel les deux pays reconnaissent la CIJ comme seul et unique arbitre d’un tel différend.

 Les plaidoiries des parties

Chaque partie est représentée par un « agent national » assisté par un panel de prestigieux avocats  nationaux et internationaux, experts en droit international et droit de la mer. Les plaidoiries ont lieu du 3 au 14 décembre 2012 à La Haye, aux Pays-Bas. Pour les experts engagés par le Chili (2),  les limites terrestres entre le Pérou et le Chili ont été établies en 1929 et la frontière maritime en 1952 par un traité tripartite Pérou-Chili-Equateur ;  la Déclaration de Santiago de 1952 définissait pour les trois pays, la zone maritime de 200 milles, déclaration perfectionnée en 1954 ; la Déclaration de 1952 a toujours été considérée comme un traité. Les limites actuelles ont d’ailleurs toujours été respectées par le Pérou jusqu’à aujourd’hui ; la ligne de démarcation part de la Borne 1 (Hito 1) située à 220 m à l’intérieur du Chili vers la haute mer en suivant le parallèle 18°21’23″.   Le Pérou n’a pas pu démontrer que les accords de 52 et 54 n’étaient que des accords sur la pêche…

Pour les experts engagés par le Pérou (3), la Déclaration de Zone Maritime de 1952 et la Convention de Zone Spéciale de 1954 ne sont pas des traités de limites frontalières mais des accords de délimitation de zones de pêche ;  la délimitation maritime doit se faire selon le principe d’équité et d’équidistance à partir du point de rencontre sur la côte entre les deux pays, dit point de la Concorde, et non de la Borne 1 (Hito 1) à l’intérieur du Chili ;  la limite maritime doit s’éloigner en mer selon une ligne bisectrice oblique séparant équitablement la mer jusqu’à la limite des 200 milles marins ; le Pérou clame sa souveraineté sur une zone de 25.000 km2 ;  le Chili n’a pas pu démontrer quand et où un pacte de limites maritimes aurait été signé. La CIJ doit donc prendre quatre décisions : 1) Existe-t-il ou non un traité de limites frontalières maritimes entre les deux pays ? ;  2) D’où part la frontière maritime ? 3) Suit-elle la ligne parallèle à l’équateur ou la ligne d’équidistance ? 4) Quel est le statut des du triangle en litige : haute mer ou péruvien ? Après de longs mois de silence, la CIJ  annonce enfin, le 13 décembre 2013, qu’elle rendra sa décision publique le 27 janvier 2014.

 2014, la tension monte

Ce litige concerne deux pays traditionnellement rivaux depuis la Guerre du Pacifique (1879-1883) entre le Chili et une coalition Pérou-Bolivie, largement gagnée par le Chili. Celui-ci en a profité pour annexer  les provinces bolivienne d’Antofagasta (privant ainsi la Bolivie de son accès à la mer) et  péruvienne de Tarapaca  jusqu’à Arica. Il n’est donc pas étonnant qu’à partir de la mi-2013, la tension monte. Si les deux présidents et leurs gouvernements (4) se sont publiquement engagés à respecter la décision de la Cour et jouent la modération, le nationalisme et le chauvinisme commencent à montrer les dents des deux côtés de la frontière, particulièrement dans la presse. Pour calmer le jeu, les deux présidents prennent des mesures destinées à rassurer leurs opinions publiques. Tous deux réunissent leur Conseil de sécurité nationale, nient la mise en alerte des forces armées, convoquent des sessions d’urgence de leurs parlementaires… Chaque président invite ses prédécesseurs à une réunion au Palais présidentiel pour montrer que le pays ne fait qu’un et le soutient au-delà des clivages politiques. Les deux côtés affirment qu’il s’agit « d’une politique d’Etat ».

Paradoxalement, le Pérou et le Chili sont finalement assez proches car ils appartiennent aux mêmes blocs commerciaux (Alliance du Pacifique) et politiques (Unasur et Celac)(5). En homme d’affaires avisé, le président Piñera a convenu avec son homologue péruvien d’isoler le problème limitrophe et de continuer à développer des relations commerciales « au bénéfice des deux pays ». Au Chili, le député Ivan Moreira (UDI, droite pinochétiste) fait une déclaration fracassante : « La souveraineté nationale n’a pas de prix. Tout petit morceau de territoire en moins est une défaite… Si le verdict n’est pas favorable, le Chili doit se retirer de la Convention de Bogota ! » Il est soutenu par Jorge Tarud (PPD, droite du Parti socialiste) ! Le gouvernement s’efforce de minimiser les effets d’un verdict en faveur du Pérou.

Au Pérou, l’ancien président Alan Garcia (APRA, centre droite) déclare que si le Pérou gagne, il faut hisser tous les drapeaux du pays. En réponse, les Chiliens font comprendre que certains immigrés péruviens au Chili risquent des problèmes. Les risques de violences contre les Péruviens au Chili sont réels, les Chiliens étant parfois assez méprisants envers eux. Pour calmer les esprits, les associations de Péruviens au Chili organisent  une « fête de la fraternité entre les peuples » près de la Plaza de Armas de Santiago. Certains journaux évoquent une situation de guerre catégoriquement démentie par les deux présidents. Les ministres des Affaires étrangères, Eda Rivas pour le Pérou et Alfredo Moreno pour le Chili annoncent qu’ils feront une déclaration commune juste après la lecture du verdict. En réalité, tout le monde ne peut rien faire d’autre que d’attendre le verdict de la Cour.

 27 janvier 2014 : le verdict de la Cour

Le président de la Cour internationale de Justice, le Slovaque Peter Tomka lit le verdict les 71 pages du jugement. « La Cour conclut que la frontière maritime entre les Parties commence à l’intersection du parallèle de latitude qui traverse la Borne frontalière n° 1 et s’étend pour 80 miles nautiques le long de ce parallèle jusqu’au Point A. De ce point, la frontière maritime se situe sur une ligne d’équidistance jusqu’au Point B, et ensuite le long de la limite des 200 milles nautiques mesurée depuis les lignes de base chiliennes jusqu’au Point C. » (6).

Explications en répondant aux quatre questions mentionnées ci-dessus :

  1. Existe-t-il ou non un traité de limites frontalières maritimes entre les deux pays ? Pour la Cour, l’argument chilien selon lequel le Traité de 1952 détermine une frontière « n’est pas convainquant ». Par contre, l’accord de 1954 ressemble bien à un « accord tacite de frontière » même si les termes de l’accord ne sont pas explicites sur ce point.
  1. D’où part la frontière maritime ? Pour la Cour, la construction de phares et de bornes impliquent l’accord du Pérou sur la Borne n°1. C’est donc à partir de cette Borne que part la ligne de démarcation.
  1. Suit-elle la ligne parallèle à l’équateur ou la ligne équidistante ? Le fait que le Pérou ait accepté de respecter la ligne parallèle à l’équateur pendant des décennies a valeur de reconnaissance de frontière. Mais : à l’époque du traité, il n’existait pas de Zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles marin à partir des côtes mais bien une limite tacitement reconnue de 80 milles. La Cour décrète donc que la ligne parallèle à l’équateur s’arrête au Point A à 80 milles en mer. A partir du point A, la Cour applique la règle de l’équistance , c’est-à-dire à 200 milles tant des côtes péruviennes que chiliennes, jusqu’à ce que cette ligne rencontre la limite des 200 milles revendiquée par le Chili, au point B.

Quel est le statut des triangles en litige ?

Le Chili conserve 17.000 km2 de mer qu’il revendiquait le long de la ligne parallèle sur 80 milles. Le Pérou hérite de 21.000 km2 de mer revendiqués par le Chili qui les perd donc au profit du Pérou. Les 28.000 km2 de haute mer considérée comme zone de mer internationale par le Chili est adjugée au Pérou jusqu’à la ligne des 200 milles.

 Conclusion

Il y en a donc un peu pour chacun. Le Chili déclare qu’il a eu raison sur la ligne parallèle mais « regrette profondément » la ligne d’équidistance à partir du point A. De toute façon, dit le président Piñera, « la zone la plus poissoneuse reste dans nos limites ». Le Pérou estime, avec raison sans doute, qu’il est sorti gagnant de ce jugement puisque la CIJ a accepté la ligne d’équidistance à partir du point A et que le pays a gagné 50.000 km2 de mer. Les réactions des dives secteurs des deux pays s’exprimeront certainement dans le courant de cette semaine.

 Jac FORTON

 (1)     La CIJ est un organe des Nations unies créée en 1945 dont l’objectif est d’agir en tant qu’arbitre impartial pour éviter des conflits armés. Les pays signataires s’engagent à respecter la décision de la Cour et sa décision est sans appel.
(2)     Agents chiliens : Alberto Van Klaeveren assisté de Juan Martabit et María Teresa Infante (tous Chiliens). Avocats internationaux : James Crawford (Australie), Pierre Marie Dupuy (France), Luigi Condorelli (Italie), David Colson (États-Unis) et Jean Paulson (Suède).
(3)     L’agent péruvien est Allan Wagner assisté de Jorge Chavez et José Antonio García (tous Péruviens). Les avocats  internationaux sont Alain Pellet (France), Rodman Bundy (États-Unis), Alan Vaughan (Grande-Bretagne) et Michael Wood (Grande Bretagne).
(4)     Le président chilien est Sebastian Piñera et le péruvien Ollanta Humala
(5)     UNASUR : Union des Nations sud-américaines. CELAC : Communautés des États latinoaméricains et Caraïbes
(6)     Texte intégral original en Anglais sur site.  http://3.elcomercio.e3.pe/doc/0/0/8/1/4/814174.pdf

Venezuela: les marges de profit limitées à 30%, prison pour les réfractaires

Au Venezuela, pour lutter contre la hausse des prix une loi vient d’entrer en vigueur pour limiter à 30% la marge appliquée par les commerçants aux biens et services qu’ils vendent. Des peines de prison pouvant aller jusqu’à 12 ans sanctionnent les contrevenants et les spéculateurs. Suite sur RFI>>

Une ministre communiste au Chili, première depuis quarante ans

La présidente Michelle Bachelet, qui entrera en fonction le 11 mars, a présenté vendredi 24 janvier la liste de ses futures ministres : 23 femmes et hommes. Et pour la première fois depuis 40 ans, une ministre issue du Parti communiste. C’est la première fois depuis le gouvernement socialiste de Salvador Allende qu’une ministre communiste entre au gouvernement chilien. L’ancienne conseillère municipale de Santiago, Claudia Pascual, dirigera l’organisme en charge du droit des Femmes. Suite sur RFI>>

Cuba va geler les fonds bancaires étrangers liés à al-Qaïda

Le gouvernement cubain a adopté le 24 janvier une législation de lutte contre les fonds bancaires liés au terrorisme et notamment à al-Qaïda. Cuba se met ainsi en accord avec la réglementation internationale afin d’attirer les investissements étrangers. Suite sur RFI>>

Nouvelle vague de protestation de la police en Argentine

En Argentine, le gouvernement doit faire face à des protestations de policiers dans deux provinces, un mois après une grève de la police qui s’était étendue à une grande partie du pays et qui avait été suivie de pillages et d’émeutes. Le pays risque-t-il de connaître des scènes de violence comparables à celles de décembre dernier, qui avaient fait 14 morts ? Suite sur RFI.

Un bon canular français à Santiago du Chili

La XXIe édition du festival « Santiago a Mil » a présenté ce mois de janvier le travail d’importantes compagnies internationales spécialisées dans le théâtre de rue. Une des plus connues est La Machine, de France qui a atterri à Santiago avec l’Expédition végétale sur l’esplanade de la Place de la Constitution en face du palais présidentiel La Moneda. La compagnie était accompagnée par une équipe de 11 scientifiques venus au Chili pour faire des recherches sur le potentiel énergétique de la flore chilienne.

D’autres compagnies venue des Caraïbe, de Suède, d’Australie, d’Espagne ou de catalogne, ont enchanté le public avec des installations interactives fonctionnant grâce à l’action du public, des parcours interactifs ou des performances de danse contemporaine, exprimant ainsi les formes les plus actuelles de l’art urbain. Des sons et des musiques du monde – du Pérou à Mali, avec le groupe Tinariwen qui a transporté les accords du désert du Sahara au désert d’Atacama – ont envahi les rues de la ville avec des concerts en plein air.

Le festival dans les salles

Les dernières créations internationales ont investi les salles de théâtre de la capitale chilienne ainsi que celles des villes de province. Les tragédies grecques ont été présentes avec Antigone, de Sophocle et l’interprétation du metteur en scène américain Trajal Harrel. Le directeur Stephan Kimmig, avec le Deutsche Theater de Berlin, ont présenté La Cité grecque d’Œdipe, quatre autres tragédies de Sophocle. Le Shanghai Pékin Opéra s’est également produit et le public a pu découvrir la version française de Rhinocéros de Ionesco grâce à une collaboration avec entre autres le Théâtre de la Vil le de Paris.L’Amérique latine était aussi représentée à Santiago a Mil à travers les œuvres d’auteurs Argentins, Uruguayens, boliviens, péruviens ou brésiliens.

Dans cette édition, le festival a donné une place d’honneur au théâtre émergent chilien en lui accordant une subvention afin d’établir un équilibre entre les compagnies nationales et internationales. Ces dernières sont très souvent soutenues par leurs gouvernements. Le public a pu assister à la reprogrammation de coproductions de la Fondation Teatro a Mil : La imaginación del futuro (L’Imagination du futur), de la compagnie La Re-sentida ; Zoo du Teatro de Chile; Historia de amor (Histoire d’amour), de Teatrocinema; et Castigo(Châtiment), de Cristián Plana ainsi que la production Escuela (École) de Guillermo Calderón produite par le Fitam. La plupart de ces directeurs ont déjà une reconnaissance internationale et ont été présentés en France, à Paris et à Lyon.

Une vitrine internationale

Pour le théâtre d’Amérique latine Plateforme 14, est devenue une importante plateforme de programmateurs d’arts scéniques réunissant 120 programmateurs étrangers pour établir des ponts entre le théâtre chilien et latino-américain et celui des autres pays du monde. Les organisateurs sont fiers d’avoir signé un contrat avec le Festival international des arts de Shanghai et d’avoir compté avec la présence de directeurs de théâtre européens, pour faciliter la circulation des spectacles.

Olga BARRY

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