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Prune Forest

Plongée dans la musique argentine avec la pianiste Lucia Abonizio

Pianiste d’origine italo-argentine, Lucia Abonizio vit à Paris depuis de nombreuses années. Dotée d’une solide formation classique à l’université de Rosario en Argentine, notamment avec Aldo Antognazzi, lui-même élève d’Arturo Benedetti Michelangeli, puis à Paris avec Jacqueline Bourgès-Maunoury, elle a remporté plusieurs prix de piano (Premier prix de Piano de la Télévision argentine, Premier prix à l’unanimité du conservatoire national de Gennevilliers). Elle revient dans cette interview sur sa musique, entre Paris et Buenos Aires.

Photo : Diego Pittaluga

Lucia Abonizio obtient ses diplômes d’État en France et en Argentine pour l’enseignement du piano, et donne, en parallèle de ses cours et masters classes, de nombreux récitals en tant que soliste ou dans différents ensembles en Europe et en Amérique latine.

Même si vous vivez depuis des années à Paris, votre lien avec votre pays d’origine ne s’est jamais rompu. Pouvez-vous nous présenter les projets musicaux qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

Ma famille et beaucoup de mes amis vivent en Argentine, et je cultive ce lien au quotidien, notamment à travers mes différents projets musicaux. La musique argentine est d’une richesse immense, et je n’ai de cesse de montrer à quel point les différents types de musique argentine (classique, folklorique et le tango) sont liés. J’ai enregistré un double album en 2016, intitulé «Terres argentines», chez Klarthe, label d’Harmonia Mundi. Ce disque est un hommage au compositeur argentin Alberto Ginastera (1916-1983) à l’occasion du centenaire de sa naissance. Le premier CD est composé d’œuvres pour piano de Ginastera, et le deuxième, de musique folklorique argentine (chacarera, malambo, huella, gato, cueca…). Avec ces deux disques dans un même album, j’essaie de montrer les liens qui unissent la musique classique dans le cas de Ginastera et la musique populaire. Ces univers musicaux sont souvent considérés comme hermétiques, mais leurs connexions sont plus importantes qu’il n’y paraît.

Comment Alberto Ginastera appréhendait-il la musique traditionnelle argentine ?

Il s’en est énormément inspiré. Il a intégré tous ces rythmes populaires dans sa musique et particulièrement ceux du Nord-Ouest argentin. Sa formation appartient au classique, il a été influencé par Bartók en ce qui concerne la création des œuvres appartenant à un «univers imaginaire». L’école impressionniste est présente notamment dans l’évocation des éléments de la nature comme le vent, les grands espaces de la cordillère des Andes. Dans sa musique, on trouve aussi des réminiscences du passé inca et ceci par l’énergie sauvage dégagée de ces compositions ainsi que le culte à la terre très affectionné par les tribus Diaguites par exemple. On y trouve aussi des musiques à des incantations liées à des rites ou à de la magie. Si vous avez déjà entendu parler des personnes du Nord-Ouest argentin, vous trouverez aussi ces mêmes inflexions dans certains passages musicaux. Des couleurs liées à des sonorités de quena (petite flûte précolombienne) et l’utilisation des gammes pentatoniques nous rapprochent d’un lointain passé musical.

En revanche, dans un passé plus récent, on trouve la tradition «gauchesca», c’est-à-dire du gaucho, l’homme de la pampa argentine, qui traduit un besoin de grands espaces et de solitude. Son compagnon de toujours, le cheval, donnera naissance par les bruits des sabots à des rythmes traduits en musique. Ceci devient présent dans le malambo, danse virile qui existe en version rapide ou modérée (malambo sureño, ou du sud du pays). Tous ces éléments nourrissent la musique folklorique traditionnelle argentine et aussi la musique de Ginastera. Avec mon album «Terres argentines», je mets en évidence les correspondances entre les musiques folkloriques des différentes régions argentines et la musique d’Alberto Ginastera.

Vous vous intéressez aussi au tango ?

Depuis mon enfance et par le biais de ma mère, pianiste classique, j’ai toujours été en contact avec la musique classique, le tango et le folklore. Ici en France, je me suis rendue compte que j’avais un terrain musical à partager : le tango. Grâce à ma formation, j’ai pu creuser les éléments qui forment la base de ce style. Cela a donné naissance à une méthode de piano «Piano-Tango» en deux volumes (aux éditions Gérard Billaudot). Cette méthode exploite les rythmes qui sont à la base du tango comme la habanera, la milonga et d’autres qui en découlent.

Actuellement je collabore avec les éditions Soldano, en composant des pièces et en faisant des arrangements pour piano ou bien piano et bandonéon, sur des œuvres pour guitare du compositeur Raúl Maldonado. Il y aura d’ailleurs le 23 mars prochain à Antony, dans la région parisienne, un concert consacré à Raúl Maldonado où je jouerai mon arrangement de «Milonga de Antes».

J’ai toujours joué des milongas et toutes sortes de tangos, comme le Tango Nuevo d’Astor Piazzolla. Je fais ici une parenthèse pour vous raconter qu’Astor Piazzolla a été l’élève d’Alberto Ginastera, deux compositeurs fétiches pour moi, et on raconte qu’il allait le voir avec respect et admiration. C’est toujours avec autant de plaisir que j’explore ces mélodies issues des quartiers populaires de Buenos Aires. Avec le bandéoniste Gilberto Pereyra, nous avons créé le Duo Sud, qui se produit régulièrement et présente tout ce répertoire. Nous avons enregistré un disque, «Destination Tango», chez Advitam Records – Harmonia Mundi, en 2014, qui présente quelques pièces emblématiques du tango argentin.

Quelles sont vos dernières productions ?

Nous avons un nouvel ensemble musical « Monumental Tango », composé du bandonéoniste de Duo Sud, Gilberto Pereyra, accompagné du ténor et comédien Gilles San Juan et de trois danseurs de tango, Karine Soucheire, Jeff Dubourg et Sophie Raynaud, avec moi au piano. Nous avons l’impression de donner un nouveau souffle à notre Duo Sud, en y intégrant le chant et la danse. Nous avons été programmés l’été dernier au festival des Nuits de Robinson à Mandelieu-La-Napoule et au festival Fogs en Lozère, et auparavant au festival C’est pas classique à Nice. Notre prochain concert est programmé au Château de Barbezieux, le 27 avril dans le cadre d’une journée gastronomique et culturelle, avec la participation des chœurs d’élèves et des académies de danse tango de la région.

Je suis toujours à la recherche de nouvelles expériences musicales. Cette fois avec la complicité du compositeur et flûtiste argentin Enzo Gieco et le clarinettiste Julien Chabod, nous avons créé un trio avec un répertoire sur le thème : « La France et l’Argentine » réunies en musique. Parmi les œuvres d’Enzo on joue Évocations d’Argentine, que j’adore. Julien Chabod en plus d’être un très bon clarinettiste est aussi le fondateur du label Klarthe de Harmonia Mundi.

Depuis le début du XXe siècle, à une époque où l’Argentine sortait à peine de la période coloniale pour se transformer en un pays moderne, d’importants échanges économiques, sociaux et culturels entre l’Argentine et l’Europe se sont mis en place. Dans cet échange, la France occupe une place privilégiée. La France a toujours bénéficié d’un très grand prestige en Argentine et Buenos Aires accueille aussi des personnalités françaises les plus diverses, citons quelques pionniers : Sarah Bernhardt, Anatole France, Georges Clemenceau. La France, comme référence et comme modèle, est partie intégrante de l’imaginaire social et culturel argentin.

L’image culturelle de la France passait surtout par le duo Paris-Buenos Aires. Il s’est produit un phénomène constant de va-et-vient entre les deux capitales. L’imaginaire social et culturel visait à reconstituer la vie parisienne à Buenos Aires et la vie argentine à Paris, il s’est créé comme un jumelage entre les deux villes. C’est une alternance entre l’invitation au voyage et la nostalgie du retour.

Notre trio Gieco-Chabod-Abonizio renoue avec les liens France–Argentine par le biais d’un riche programme musical, cosmopolite et universel. Le compositeur et flûtiste Enzo Gieco revisite les rythmes de tradition latino-américaine créant ainsi une musique d’une esthétique originale et toujours d’actualité. Nous jouons des œuvres de Camille Saint-Saëns, Pierre-Max Dubois, Henri Sauguet, Enzo Gieco, Alberto Ginastera, Remo Pignoni, Osvaldo Piro (tango)… Notre prochain concert est le 8 février à Jurançon (64).

Par la musique que nous jouons, nous essayons de rapprocher des univers musicaux qui en principe ne se mélangent pas, mais qui en réalité se marient très bien. C’est un projet très ambitieux, c’est vrai, mais pour nous, il a du sens.

Interview réalisée par Prune FOREST

Juan Pablo Salazar Sparks est le nouvel ambassadeur du Chili à Paris

Le ministre des Affaires étrangères Roberto Ampuero a annoncé la nomination par le président d’un nouvel ambassadeur du Chili en France. Nous traduisons ici un article de Radio Bio-Bio.

Photo : Teletrece

Cette nomination intervient à la suite de la polémique soulevée par l’asile politique de l’auteur de l’homicide de Jaime Guzmán, Ricardo Palma Salamanca, accordé par la France. C’est lundi dernier que Juan Pablo Salazar Sparks, fondateur du cabinet de conseil spécialisé en politique «JYS» a été notifié de sa nomination.

Salazar est titulaire d’une licence en Sciences politiques et administratives de l’université du Chili, spécialité «diplomatie» et d’un diplôme de l’Académie diplomatique Andrés Bello. 

M. Ampuero a présenté les différents postes occupés par M. Salazar dans les ambassades chiliennes en Argentine, au Royaume-Uni et en Colombie. Il a été consul général à Buenos Aires, ambassadeur en Nouvelle-Zélande, en Australie, auprès de l’Union européenne, en Belgique, et au Danemark.

Au sein du ministère des Affaires étrangères, il a été successivement directeur des Affaires de la zone Pacifique, de la Politique multilatérale, de l’Académie diplomatique et de la Planification, et entre autres directeur général des Relations économiques internationales. 

Salazar Sparks s’est aussi engagé dans différents domaines du secteur privé, notamment en qualité de membre du Conseil international de Sofofa, vice-président Corporate régional de BHP, mais également, entre autres, directeur et président de la Fondation chilienne du Pacifique. 

D’après Radio Bio-Bio
Traduit par Prune FOREST

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