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Revue Latinos

Beaucoup de soucis pour le président Mauricio Macri et retour en politique de Cristina Fernández

Le président argentin Mauricio Macri doit faire face à de nombreuses difficultés ces dernières semaines, dont le moindre n’est pas le retour en politique de l’ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner qui vient de déclarer sa candidature à sénatrice pour Buenos Aires. En août prochain auront lieu les primaires pour les élections législatives du 22 octobre 2017. Ce sera le premier test de popularité pour le gouvernement du président Mauricio Macri qui affronte ces dernières semaines une série de revers.

Photo : Bubble

Son chef des services secrets accusé de corruption | Dans le cadre du scandale de corruption du Lava Jato (Lavage express) au Brésil dans lequel des chefs d’entreprise brésiliens reconnaissent avoir payé des pots-de-vin à de nombreux fonctionnaires de divers pays, l’un d’entre eux, Leonardo Meirelles, avait avoué avoir transféré plus de 800 000 dollars de « coimas » (pots-de-vin) à Gustavo Arribas, proche du président Macri et chef de ses services secrets. Arribas avait toujours nié ces transferts mais Meirelles vient de donner à la justice brésilienne plus de 4 000 reçus de ces transferts dont ceux adressés à Arribas. Il confirme : « Mes entreprises n’ont jamais effectué de paiements à l’extérieur qui ne soient pas des pots-de-vin à quelqu’un du pays d’origine pour obtenir des travaux. Aucun (1) ! »

Le gouvernement attaque les plus vulnérables… | … et se fait taper sur les doigts par la justice ! Pour limiter les dépenses publiques, Carolina Stanley, ministre du Développement social, avait coupé les allocations aux personnes handicapées ! Cette mesure provoqua une mobilisation massive des handicapés autour de l’Obélisque de Buenos Aires. Plusieurs personnes handicapées assistées de députés de l’opposition ont alors déposé plainte devant la justice fédérale de Viedma qui leur a donné raison : la juge Mirta Filipuzzi a souligné « la transcendance sociale des droits affectés » et reconnu que les mesures prises par le ministère « portent atteinte au droit collectif « .  La juge oblige le gouvernement à restituer aux handicapés les pensions suspendues.

Hémorragie de ministres pour « dissensions » avec le gouvernement | Ce fut d’abord la sortie du ministre des Finances Alfonso Prat Gay qui trouvait les mesures budgétaires trop dures : « Je suis préoccupé par l’augmentation des prix chaque semaine ». Puis le président de la Banque centrale, Carlos Melconian, se retire pour désaccord avec la politique économique. Tout récemment, Susana Malcorra, ministre des Affaires étrangères donne sa démission pour « différences entre elle et le président sur l’attitude politique à adopter envers la crise vénézuélienne ». Malcorra était pour « une augmentation progressive de la pression » sur le gouvernement vénézuélien alors que « le président Macri a de suite adopté une position dure ».

Une dette pour les 26 prochains gouvernements ! | Alors que l’Argentine des Kirchner avait réussi à payer toutes ses dettes envers le FMI et remboursait régulièrement ses créances envers le Club de Paris, le gouvernement Macri vient de contracter une dette envers quatre banques internationales que les Argentins vont devoir payer pendant 100 ans à un taux de 7,9 % annuel. Cette mesure a été qualifiée de « folie » par le Financial Times de Londres. Pour l’économiste Silvina Batakis, « le prêt conditionnera les conditions financières des 26 prochains gouvernements ! »

La justice s’en mêle | Le 22 juin, des députés du Front pour la Victoire ont déposé une plainte contre le président et son ministre des Finances Luis Caputo pour le prêt à cent ans. Le juge Juan Pedro Zoni a mandaté le juge Ariel Lijo « à investiguer si ce prêt n’impliquait pas un préjudice envers l’État argentin ». Pour obtenir 2,75 milliards de prêts, l’Argentine devra payer 19,6 milliards d’intérêts ! Pendant ce temps, les banques argentines ont fait 69,6 milliards de dollars de bénéfices grâce à de hauts taux d’intérêt et le paiement de commissions.

Grand retour de l’ancienne présidente Cristina Kirchner | « Grand retour » car le 20 juin, l’ancienne présidente a convoqué ses partisans à une réunion publique dans le stade du club de football Arsenal. Non seulement le stade était plein à craquer (tribunes et terrain) mais des milliers de personnes écoutaient son discours à l’extérieur du stade. Fernández annonce alors la création d’un nouveau parti, l’Unité citoyenne (UC) « parce qu’il est indispensable de mettre un frein au libéralisme » effréné du gouvernement Macri. « Sur l’Argentine est tombé le fantasme du chômage, de la flexibilité du travail, la chute des salaires, les tarifs impossibles à payer et maintenant une dette pour 100 ans ! » Le 25 juin, elle annonce sa candidature à sénatrice pour l’UC avec comme suppléant Jorge Taiana, un ancien ministre des Affaires étrangères bien considéré par le pays.

Jac FORTON

(1) Propos recueillis par le journaliste argentin Hugo Alconada du journal La Nación, publié par le site péruvien IDL-Reporteros le 20 juin 2017.

« Koblic », un film argentin de Sebastián Borensztein et « Anna », du Franco-Colombien Jacques Toulemonde en salle le 5 juillet

La période pendant laquelle se déroule l’histoire est l’une des plus sombres qu’a connue l’Argentine. En effet, nous sommes en 1977, en pleine dictature du général Videla. Sebastián Borensztein, le réalisateur qui avait réalisé le plaisant El Chino déjà avec Ricardo Darín, a choisi de traiter son sujet sous la forme d’un thriller politique.

Colonia Elena, où se déroule ce drame, est un lieu isolé au milieu de la pampa. Par son côté aride, ce lieu quelconque, semble contenir le drame de tout un pays. Les atrocités de la dictature ne semblent pas encore l’atteindre et l’atmosphère à la fois calme et pesante de Kóblic montre bien ce que fut cette période où « certains » ne voulaient pas voir, et surtout ne pas savoir que des centres de détention clandestins se mettaient en place dans tout le pays et qu’on arrêtait tous les opposants au régime. Le terrorisme d’État était, il est vrai, développé à un tel niveau que la désinformation et la répression rendaient inaudibles les résistances. Pourtant, dès octobre 1976, sont apparus les premiers corps nus et mutilés sur les côtes uruguayennes, provenant des sinistres « vols de la mort » et dont le thème sert de toile de fond au film.

Kóblic arrive ici pour aider un ami à piloter des petits avions qui pulvérisent de l’engrais dans les champs environnants, mais on devine que cet homme fuit. Mais que fuit-il ? Qu’a-t-il laissé derrière lui pour que le commissaire local s’intéresse à lui ? Pourquoi ses nuits sont-elles hantées par ces cauchemars obsessionnels que les flashbacks nous révèlent ? On imagine bien que Ricardo Darín ne peut être foncièrement mauvais.

A ses cotés, nous retrouvons Oscar Martinez qui campe Velarde – le commissaire de police véreux – et Inma Cuesta qui interprète Nancy, la seule commerçante et pompiste du village, qui vit une existence faite de soumission, d’humiliation et de renoncement et qui verra dans l’histoire d’amour qu’elle vivra avec Kóblic, une délivrance. Velarde a le physique de l’emploi (rondouillard, fumeur, affublé d’une perruque disgracieuse) qui fait de lui le parfait commissaire qu’on imagine bien dans un film policier. Il représente la loi, mais quelle loi peut-il représenter dans ce pays où les militaires ont justement anéanti tout État de droit? Un film simple sur un sujet grave mais traité avec sérieux et bien interprété. À partir du 5 juillet.

Alain LIATARD *

*D’après l’analyse de Michel Dulac dans Salsa Picante, le journal du festival ibérique et latino de Villeurbanne de mars 2017.

« Anna », film franco-colombien
de Jacques Toulemonde

Paris. Anna est très instable. Entre fragilité psychologique et excentricité, son ex-mari estime qu’elle ne peut plus s’occuper de Nathan,  leur fils de 10 ans. Elle décide brutalement de retourner en Colombie, son pays natal, avec son petit ami et Nathan. Jacques Toulemonde est un cinéaste franco-colombien. En Colombie, il a été assistant sur plusieurs films et également scénariste de L’étreinte du Serpent de Ciro Guerra, sorti l’an passé. On ne sait pas dans quel genre situer le film. Le road-movie colombien n’est pas vraiment concluant. On ne s’identifie  que peu à Anna. Pourtant l’actrice Colombienne Juana Acosta n’est pas mal. Par contre les acteurs masculins français sont peu crédibles. Dommage.

Alain LIATARD

Paris honore Gabriel García Márquez par une Place en son nom

Auteur de l’universel Cent ans de solitude, le prix Nobel de littérature colombien Gabriel García Márquez a maintenant une place à son nom à Paris, récemment inaugurée par la maire de Paris Anne Hidalgo en présence du président colombien José Manuel Santos.

Photo: Ambassade de Colombie à Paris

En 2014, année de la mort de l’écrivain, la Ville de Paris avait décidé de lui octroyer un espace public. C’est chose faite rue du Bac. Anne Hidalgo, maire de Paris, accompagnée du président colombien José Manuel Santos, en visite officielle en France pour inaugurer l’année croisée France-Colombie, a dévoilé la plaque qui indique « Place Gabriel García Márquez, homme de lettres colombien, Prix Nobel de littérature ». De plus, situé près du Musée d’Orsay, le 9 rue Montalembert porte maintenant une plaque qui rappelle que c’est ici que Gabo écrivit son autre chef d’œuvre « Le colonel n’a personne qui lui écrit ».

Jac FORTON

Simone et André Schwartz-Bart : « Adieu, Bogotá » aux éditions du Seuil

Ce devait être une grande fresque en sept volumes, La mulâtresse Solitude, cosignée par André et Simone Schwartz-Bart. Le premier volume est sorti en 1967, souvenirs de Mariotte, une vieille Antillaise retirée dans une maison de retraite parisienne. Le projet initial est abandonné, mais après le décès d’André, en 2006, Simone a décidé de reprendre l’idée et d’écrire une suite à ce premier tome. Ce sera en 2015 L’Ancêtre de solitude et le mois dernier Adieu Bogota dont la deuxième partie conduit la jeune Mariotte de la Martinique aux États-Unis, puis en Colombie.

Dans la maison de retraite la Jeanne vient de mourir. Elle a eu le temps de se confier à Marie, résidente d’origine antillaise : un début de XXe siècle et un début de vie cruel pour les gens modestes, encore pire pour les femmes.  Elle a mené dignement sa modeste existence d’ouvrière parisienne, entourant son fils, le Fils, des attentions les plus maternelles, accompagnant ses désillusions de militant communiste et ne comprenant qu’en partie sa défaite morale.

C’est Marie qui décrit ce qu’a été la vie de la Jeanne, femme remplie d’énergie malgré les vents contraires, maintenant moins alerte. Elle se dit « mauvaise », mais quelle force dans cette vieille femme que plus personne ne vient voir, même le Fils est absent. Elle est parfois rebelle, « trottinante et menaçante » et crée pour elle et pour les autres résidents des personnages imaginaires et colorés. La réalité pourtant est là : entre la vieille prolétaire qui sait que sa fin est proche et la Noire qui voudrait être son amie mais n’ose pas, le dialogue n’est pas aisé, il devient pourtant peu à peu naturel. La Jeanne qui ne récolte que de rares bribes de confidences, demande à Marie d’écrire sa propre histoire.

La deuxième partie du roman est constituée par ce qui pourrait être le manuscrit de Marie. Elle s’ouvre sur une autre agonie, multiple, celle des camps de concentration nazis. La vie peut-elle (re)naître d’une telle hécatombe ? C’est ce que prétend, timidement, la jeune Martiniquaise qui navigue en direction de la Guyane pour fuir la mort (l’éruption de la Montagne Pelée) et la misère.

Qui dans ce monde est supérieur à l’autre ?, voilà la question fondamentale que reprend inlassablement et sous diverses facettes Simone Schwartz-Bart : Marie, l’égale de la Jeanne, se sent bien au-dessous de la femme blanche, qui n’osera jamais lui avouer qu’elle la considère comme une sœur. Et en Guyane, puis à New York et enfin à Bogotá, cette question d’égalité apparente ou réelle se retrouve partout : rang social, richesse, caractère, couleur de la peau. L’étape new-yorkaise fait ressortir encore plus fortement pour Marie l’importance de ce dernier aspect dans les rapports entre les gens. Par exemple, les Noirs de Harlem ont tant voulu dépasser le racisme endémique qu’ils sont devenus « de vrais nègres blancs, des déracinés ». Terrible paradoxe, qui se complique encore pendant l’étape colombienne, où le sang indien se mêle ou se sépare des deux autres. C’est à Bogotá, où tout semble plus simple, que Marie atteint un sommet : elle se sent bourgeoise !

Bogotá, oasis de calme et de bonheur relatif, est la dernière étape pour Marie (avant un nouveau roman ?), l’étape la plus enrichissante aussi pour elle, qui a vu, dans le brassage très latino-américain, une possibilité de (presque) sérénité.

Christian ROINAT

Adieu Bogota de Simone et André Schwartz-Bart, Le Seuil, 270 p., 18 €.

Colombie : « Nous saurons si le processus de paix avance ou recule, après la présidentielle »

Le journal Le Monde a rencontré Jean-Jacques Kourliandsky, membre de notre équipe, pour un interview publié le 20 juin 2017. Il est chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) sur les questions ibériques et consultant auprès de l’administration publique. Pour lui, le destin de l’accord de paix repose sur la prochaine élection présidentielle colombienne, en 2018.

La Colombie entre dans son ultime phase de désarmement des FARC, le chercheur Jean-Jacques Kourliandsky pense que tout se jouera en 2018. La Colombie entre, mardi 20 juin, dans la troisième et ultime phase du désarmement des quelque 7 000 guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste). Le groupe armé est censé achever de rendre toutes ses armes à l’ONU d’ici à une semaine pour continuer d’appliquer le processus de paix, signé en novembre 2016. A la clé, la fin de cinquante-trois années de lutte armée. Et pour les FARC, une réintégration dans la société civile, ainsi que la possibilité de former un groupe politique.

A ce stade, quels facteurs pourraient empêcher le processus de paix avec les FARC d’aboutir ?

La Colombie a une longue tradition de culture de la violence, qui s’alimente elle-même. L’obstacle principal à ces accords est que les acteurs de la violence dans le pays ne se limitent pas aux FARC. L’ELN [armée de libération nationale, guévariste], la deuxième guérilla de Colombie après les FARC, a refusé de participer aux accords de paix initiaux, bien qu’elle soit, maintenant, en négociation de son côté.

Mais ce sont surtout les bandes mafieuses qui posent problème. Elles investissent les territoires ruraux laissés derrière par les FARC, notamment la côte pacifique colombienne. Mêlés à des trafics de drogue, de voitures ou encore de minerais, ces groupes ont des intérêts privés économiques et ne sont aucunement politisés, contrairement aux FARC ou à l’ELN. Ces groupes de délinquants agissent par appât du gain, mais ils parviennent à s’afficher comme de véritables opposants au processus de paix.

La réforme agraire est l’un des principaux points de l’accord de paix. Elle pourrait permettre de restituer leurs terres aux paysans expropriés par un demi-siècle de conflit. Sauf que les groupes mafieux se sont positionnés contre ces paysans, en défendant les intérêts des actuels occupants, allant jusqu’à assassiner certains. Le processus de paix se poursuit, mais il prend du retard et est indiscutablement handicapé par toute cette violence.

Un demi-siècle de conflit ; 7,1 millions de personnes déplacées ; 260 000 morts et plus de 60 000 disparus… Trois années de tractations entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos (centriste) et les FARC sont-elles vraiment suffisantes pour réunifier le pays et réintégrer les FARC dans la société ?

Certainement pas. Les Colombiens en périphérie des villes sont ceux qui ont le plus souffert de la guerre durant toutes ces décennies. Eux veulent la paix. C’est pour cela que les campagnes ont bien plus voté en faveur du référendum sur l’accord de paix en octobre 2016 que ne l’ont fait les villes. Ce sont les habitants de ces dernières qui ont finalement fait gagner le « non » à l’issue de ce référendum. La Colombie devient de plus en plus urbaine et les habitants les villes voient les FARC comme des criminels avec qui il n’y a pas de raison de faire la paix.

Cet accord est aussi influencé par un phénomène d’opposition à la politique globale du président Santos. Nous nous retrouvons dans une situation étrange où ce processus de paix avec les FARC est bien plus populaire à l’internationale qu’à l’intérieur de la Colombie. Juan Manuel Santos est véritablement le seul en ce moment à défendre l’accord de paix dans son pays. Et tout cela est en partie à cause d’un agenda politique dû à l’élection présidentielle en 2018.

Cette élection présidentielle pourrait-elle vraiment mettre en péril le processus de paix ?

Historiquement, les élections présidentielles ont toujours entravé les processus de paix en Colombie. Chaque accord trouvé entre un groupe armé et le gouvernement finit par être conspué à la présidentielle suivante, et la violence se perpétue par le biais d’autres groupes armés. L’élection de 2018 pourrait ne pas faire exception. L’ex-président Alvaro Uribe (2002-2010) de la droite conservatrice ne cesse de se montrer critique envers les accords avec les FARC. Les petits partis de gauche ne disent rien, alors qu’ils sont pour la paix. Mais ils ne veulent pas faire de publicité au camp du président Santos.

En fait, on ne parle de l’accord de paix à l’intérieur du pays que pour en dire du mal, ce qui n’est pas pour aider son acceptation par une population urbaine de moins en moins intéressée par le sujet. Le 20 juin est une étape supplémentaire, mais sans réel impact. Cet accord de paix, nous saurons s’il avance, ou recule, après l’élection présidentielle colombienne.

Samedi 18 juin a eu lieu un attentat à la bombe dans capitale Bogota, qui a fait trois victimes, dont une Française. Les auteurs de cet acte n’ont toujours pas été identifiés. Mais le gouvernement semble penser que c’était bel et bien le processus de paix qui était visé à travers cet attentat…

Il faut analyser le déroulement de cet attentat. Il a eu lieu dans des toilettes réservées aux femmes dans un centre commercial. L’acte était ciblé. Les personnes visées étaient clairement des femmes urbaines, issues de classes aisées. Je suis d’accord avec les suppositions du gouvernement colombien. Cet attentat visait à réintégrer un contexte de violence dans les villes et le timing permet de faire le lien avec l’avancée du processus de paix. Cet acte a pour but de créer une instabilité, donc d’instiller l’angoisse au sein des électeurs urbains qui sont, comme je le disais, les plus opposés à l’accord.

Perpétrer un attentat sans le revendiquer permet de garder la population dans une zone de brouillard et de faire passer l’idée qu’un accord de paix avec des « criminels » va ramener la violence dans les villes. Nous savons à qui cette angoisse pourrait profiter : les groupes mafieux et ceux qui pensent que la place des FARC est en prison.

Propos recueillis par
Camille MORDELET pour Le Monde

Le président colombien Juan Manuel Santos est à Paris pour inaugurer la saison colombienne en France

2017 est l’année croisée France Colombie. Après six mois d’activités culturelles françaises en Colombie, la visite officielle du président colombien Juan Manuel Santos en France le 23 juin est l’occasion d’inaugurer la période « la saison colombienne en France »: une visite officielle et un semestre d’activités culturelles colombiennes aux programmes chargés.

Photo : Palais de l’Elysée

La visite officielle en France du président Santos a pour but la promotion de son pays suite aux accords de paix signés entre son gouvernement et la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires colombiennes) mettant ainsi fin à cinquante ans de guerre civile. Pour cette réussite, le président a reçu le Prix Nobel de la Paix 2016 et sera honoré d’un doctorat Honoris Causa remis par La Sorbonne lors de sa visite. Il s’agit aussi de réaffirmer les liens d’amitié entre les deux pays. Le président Santos est arrivé à Orly le mercredi 21 juin. Il a été reçu le même soir par le président Emmanuel Macron à l’Élysée où les deux présidents ont tenu une conférence de presse (qui n’a presque eu aucun écho dans les médias français !) (Voir vidéo).

Attentat à Bogotá | Les deux présidents ont présenté leurs condoléances aux familles des victimes de l’attentat du 18 juin à Bogotá. Une bombe a explosé dans les toilettes pour femmes du Centre commercial Andino, dans le quartier nord de la capitale, tuant plusieurs personnes dont la Française Julie Huynh, 23 ans, originaire de la Sarthe. Un moment suspectée, la guérilla ELN (Armée de libération nationale) a fermement démenti sa participation et accuse « ceux qui s’opposent aux accords de paix ». Mercredi 21, l’attentat n’avait toujours pas été revendiqué…

Un programme d’activités chargé pour le président Santos | Le jeudi 22, direction Cannes sur la Côte d’Azur où il interviendra lors d’un forum sur la publicité. Retour à Paris pour une rencontre avec le Premier Ministre Édouard Philippe à Matignon suivie d’une réunion avec Angel Gurría, le Secrétaire de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique).

Le Forum économique | Le vendredi 23 juin, le président colombien participera au Forum économique organisé par le ministère de l’Économie et des Finances en présence du ministre Bruno Le Maire, de représentants du Medef et de BusinessFrance et de leur homologue colombien ProColombia. Il s’agit de présenter aux entreprises et investisseurs français la nouvelle stabilité politique du pays et les opportunités commerciales qui en découlent.

Rencontres à l’Unesco, à la Sorbonne et avec la maire de Paris | Le président Santos se rendra ensuite à l’Unesco pour une rencontre avec sa directrice, Irina Bokova et une conférence sur le thème des accords de paix. Il sera invité à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne pour y recevoir un doctorat Honoris Causa des mains du recteur Georges Haddad pour ses efforts menant à la fin de la guerre dans son pays. Ce même soir, invité par la maire de Paris, Anne Hidalgo, et, sous l’impulsion conjointe de l’ambassade de Colombie en France et de la Ville de Paris, il inaugurera une place située Rue du Bac dans le quartier latin baptisée Place Gabriel García Márquez, Prix Nobel de littérature 1982, face à l’hôtel où en 1957, l’écrivain a écrit son grand roman « Pas de lettre pour le colonel ».

Un grand concert binational | Les présidents Santos et Macron assisteront le soir à un concert binational. Grâce à la coopération entre le programme Démos de la Philharmonique de Paris et du Plan national de la Musique pour le Vivre-ensemble du gouvernement colombien, un orchestre binational a été créé composé de 60 musiciens français âgés de 11 à 14 ans et de 40 colombiens un peu plus âgés, accompagnés par une vingtaine de musiciens professionnels français. Ils seront dirigés alternativement par le chef colombien Juan Pablo Valencia et le franco-argentin Nicolas Agullo.

L’année croisée Colombie – France | Finalement, les deux présidents inaugureront la seconde partie de l’année croisée Colombie – France, une initiative convenue entre les deux pays pour resserrer leurs liens culturels et commerciaux. Des événements culturels avec la participation de nombreux artistes colombiens auront ainsi lieu pendant six mois dans toute la France. Voir l’accès au programme complet sur notre site.

Jac FORTON

Des grandes plumes du Mexique et de l’Amérique centrale à la 13e édition « Le Marathon des mots » de Toulouse

A partir de ce jeudi 22 au dimanche 25 juin se tient à Toulouse la 13e édition, le « Marathon des mots » . La Région est un partenaire important de ce grand rendez-vous culturel et citoyen qui favorise notamment la rencontre de tous les publics avec les œuvres littéraires du monde entier. C’est aussi un moment fort pour les auteurs, éditeurs, librairies et des bibliothèques, tous les acteurs du livre soutenus en Occitanie / Pyrénées-Méditerranée. Une dizaine d’auteurs latino-américains sont attendus.

Photo: Service Presse

Fin juin, à Toulouse Métropole et en région Occitanie, le Marathon des mots, créé en 2005 par Olivier Poivre d’Arvor, met à l’honneur des écrivains et des artistes du monde entier pour l’un des plus grands festivals internationaux de littérature de France et d’Europe. Régulièrement salué par les médias pour sa singularité, son foisonnement et son inventivité, le Marathon des mots, aujourd’hui programmé et dirigé par Serge Roué et Dalia Hassan, invite des écrivains et des intellectuels pour des lectures, des rencontres et des forums où se conjuguent littérature et sciences humaines.

Le Marathon des mots conçoit chaque année, avec le concours des librairies indépendantes de la région, deux grands cycles thématiques : l’un consacré à un pays ou à un territoire littéraire, l’autre dédié aux écritures de l’intime, intitulé « Un monde en soi ». Ces deux thèmes invitent les spectateurs à cheminer à la rencontre des grands auteurs et textes de la littérature française et étrangère.

Fin novembre, le Marathon d’automne développe une thématique européenne. Ce versant automnal est aussi l’occasion d’un hommage à une figure de l’édition française, en partenariat avec la librairie Ombres Blanches. Aux mêmes dates, les élèves et lycéens de Toulouse Métropole et de la région Occitanie ont aussi leur marathon : des lectures, des rencontres, un ciné-lecture et une master class de lecture à haute voix, menés avec la complicité des comédiens de la région.

Chaque trimestre, le Marathon des mots propose un goûter littéraire en partenariat avec l’Espace Job : les enfants et leur famille sont conviés à découvrir les auteurs jeunesse et illustrateurs de la région à travers un rendez-vous convivial, constitué d’une lecture et d’un atelier. A l’international, l’association coopère avec l’association tunisienne Ness el Fen (Direction : Syhem Belkodja) et l’Institut Français de Tunis pour une déclinaison méditerranéenne du festival, intitulée « Al Kalimat ». Au total, ce sont plus de cent mille spectateurs qui, toutes éditions confondues, fréquentent les différents rendez-vous du Marathon des mots et mènent, selon leurs envies et affinités, leur propre marathon de lectures et de rencontres.

L’Amérique Centrale à l’honneur |  Cette 13e édition du Marathon des mots, intitulée « Mundo Latino » donnera à entendre la voix des écrivains d’Amérique Centrale (Golfe du Mexique et Caraïbe) et sera une occasion unique de faire découvrir des nombreux écrivains au public toulousain. Aux écrivains du Mexique et de Cuba se mêleront les voix d’auteurs venus du Vénézuela, du Guatemala, d’Haïti et des Antilles.

La littérature mexicaine comme la littérature cubaine a produit de longue date de très grands écrivains – Juan Rulfo, Octavio Paz, Carlos Fuentes, Alejo Carpentier, Reinaldo Arenas ou Elena Poniatowska pour n’en citer que quelques-uns –, chacun de ces pays ayant une forte et ancienne tradition littéraire et culturelle, vivifiant depuis les années 1930 la littérature hispanique et mondiale. La scène littéraire contemporaine est tout aussi brillante, vivante, rebelle et engagée – les écrivains trouvant leur inspiration aussi bien auprès des grands maîtres du réalisme magique que par un regard acéré sur le monde actuel.

Des mots et des idées | Quand on traverse le quartier de Polanco, au cœur de Mexico City, on croise la rue Edgar Allan Poe qui débouche sur la rue Molière, à deux pas de la rue Eugène Sue… Mexico City la littéraire s’est ainsi offerte à notre curiosité et ses écrivains se sont révélés être de belles découvertes que nous voulons désormais partager avec le public pour une édition largement consacrée aux littératures d’Amérique Centrale (Golfe du Mexique, Caraïbes). À l’heure où les tensions entre le Mexique et les États-Unis préfigurent des temps nouveaux et incertains sur la scène internationale, une quinzaine d’écrivains et artistes d’Amérique Centrale viendront témoigner de la situation politique de leur pays, de leur histoire, mais aussi de leur inspiration et de la vitalité culturelle qui agitent chacun de ces pays…

Cette 13e édition sera également marquée par un important cycle de lectures et rencontres, rassemblant des écrivains français. Ce Marathon des idées, intitulé « La France, de profil » sera l’occasion d’une radiographie de la France actuelle en compagnie d’une trentaine de romanciers et intellectuels. Une variation littéraire sur les hommes et les femmes de ce pays, sur les lieux, les paysages urbains et ruraux et les vies qui s’y attachent dans cette France qui n’en finit pas de douter d’elle-même, de son identité, de ses identités, de son déclin supposé ou non, de sa capacité à faire coexister et vivre des Français d’origines multiples ensemble. Pas de solutions, pas de tracts, pas d’étendards, mais des réflexions partagées, des lectures et des rencontres, nourries du regard et des expériences de ces écrivains.

À l’habitude, on retrouvera nos autres grands cycles (« Correspondances littéraires » à la Chapelle des Carmélites et aux Augustins avec la Fondation La Poste ; « Conversations méditerranéennes » avec la Fondation d’entreprise Jean-Luc Lagardère, « À voix haute – La France du réel » avec la SCAM ; « Un monde en soi – Territoires de l’intime » avec La Sofia, « Fleuves » à l’Espace EDF Bazacle ; « J’entends plus la guitare » avec la SACEM). Nouveauté pour cette édition : « Uppercut !, une série de lectures illustrant la fascination des écrivains pour la boxe. Ce seront à coup sûr des lectures très attendues comme, nous l’espérons, les 180 rendez-vous programmés dans plus de 60 lieux de la métropole.

Service Presse

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L’Argentin Camilo Sánchez nous propose le roman « La veuve des Van Gogh »

Nous ne nous enfermons pas complètement dans le monde littéraire latino-américain, même s’il est bien le centre de nos intérêts. La preuve ? Les prochaines chroniques de notre newsletter présenteront quelques romans qui sortent du cadre purement américain, ou écrits dans d’autres langues que l’espagnol. Cette semaine, l’argentin Camilo Sánchez transporte son lecteur dans l’Europe de la fin du  XIXe siècle et raconte les mois qui ont suivi la mort des deux frères Van Gogh.

Le 29 juillet 1890, Vincent Van Gogh se suicide à Auvers-sur-Oise, plongeant son frère Théo dans une profonde dépression et sa belle sœur Johanna dans un mélange de tristesse et de volonté de continuer, entourée de sa famille proche, le couple de son frère essentiellement. Théo et Johanna ont un fils encore bébé, prénommé lui aussi Vincent. Théo vit prostré depuis la mort brutale de son frère, c’est à peine s’il se lève parfois. L’appartement de la rue Pigalle est triste, pourquoi ne pas retourner à Amsterdam, se demande-t-elle. Cinq cents toiles au moins se sont accumulées partout chez eux, Vincent en a vendu deux de son vivant.

Ces couleurs que Van Gogh a croisé et multiplié dans son œuvre provoquent-elles l’aliénation ? C’est ce que se demandent très sérieusement des contemporains, qui voudraient détruire ces tableaux avant qu’ils ne répandent la folie en France, puis dans le monde. La menace se répétera quelques mois plus tard en Hollande. Mais si Théo se laisse couler peu à peu, Johanna tient bon.

Rythmée par de nombreuses phrases tirées du journal intime de Johanna, la fiction est menée fermement mais posément, dans un style net et dense, qui parfois prend des voies poétiques : tout naît des sensations et des sentiments de cette femme forte, raisonnable et éprise d’art. À partir d’une solide documentation, loin d’une thèse universitaire, Camilo Sánchez écrit un roman, avec des personnages qui luttent, qui évoluent, qui vivent ou tentent de vivre. La lutte est poignante : plonger irrémédiablement vers le néant pour Théo, sortir la tête de l’eau, aller de l’avant pour Johanna, et surtout faire que le petit Vincent puisse exister hors du drame qui le cerne.

Peu à peu Johanna prends de la distance lors des jours noirs, et pour malgré tout rester proche de son beau frère qu’elle considère comme un autre Théo tant ils étaient indissociables. Le lien se fait naturellement par les innombrables lettres écrites par Vincent pendant des décennies, certaines sont de véritables morceaux littéraires cachés parmi des demandes d’argent et de plaintes sur son sort.

Quand Johanna se résout à ouvrir une pension de famille dans un petit village hollandais, elle décide de couvrir les murs des tableaux de Vincent et se bat avec tous les moyens dont elle dispose pour enfin faire connaître à l’Europe l’œuvre de son génial beau frère. Merci à Camilo Sánchez d’avoir à son tour fait la lumière sur cette femme restée dans l’ombre, et de la faire de façon aussi magistrale.

Christian ROINAT

La veuve des Van Gogh de Camilo Sánchez, traduit de l’espagnol (Argentine) par Fanchita González Battle, éd. Liana Levi, 176 p., 16€. / Camilo Sánchez en espagnol : La viuda de los Van Gogh, Edhasa, Buenos Aires.

« Rara », un beau film sur les moeurs et l’homosexualité au Chili suivi des Latinos à Cannes et à Annecy

L’actualité cinématografique de la semaine est partagée entre la sortie du nouveau film chilien, Rara, quelques échos des Latinos à Cannes et le festival de cinéma d’animation d’Annecy… Voici un compte-rendu.

Depuis le divorce de leurs parents, Sara, 12 ans, et sa petite sœur Cata vivent avec leur mère et la compagne de celle-ci. Leur quotidien, fait de tendresse et de complicité, ressemble à celui d’autres familles. Lorsque leur père tente d’obtenir leur garde, l’équilibre de la famille semble mis à l’épreuve… Depuis plusieurs années le cinéma latino aborde la thématique de la famille. Ici il s’agit de familles recomposées. D’un côté la mère et sa compagne s’occupent des deux filles, de l’autre coté le père vit en couple. Nous sommes dans des milieux aisés à Vina del Mar au Chili. Rara s’inspire de faits réels, l’affaire de la juge Atala qui a perdu la garde de ses filles à cause de son homosexualité. Sara a des doutes, son père lui manque parfois. La vie au collège n’est pas facile. L’amour des parents n’est pas toujours suffisant !

« Mon travail, explique la réalisatrice Pepa San Martin, est né de la nécessité de raconter des histoires centrées sur des personnages et la communauté qui gravite autour d’eux. Des histoires intimes, privées, sans revendications explicites. Le film est basé sur des faits réels de discriminations, une histoire vraie de jugements et de procès. Mais je crois que Rara est avant tout un film d’amour, d’innocence. Il parle de la perte, de la façon dont on peut l’affronter sans perdre sa propre identité. L’homoparentalité est une situation qui est encore loin d’être acceptée dans notre société. Le film ne cherche pas à prêcher des convaincus, mais s’il pouvait aider à éclairer ceux qui doutent de la normalité d’une telle situation et du bien-être des enfants, ce serait merveilleux ! « . Sélectionné à la Berlinale 2016, Rara a reçu le Grand prix du jury de la section Génération. Ne le ratez pas dès le 21 juin.

Depuis Cannnes 2017

Le palmarès du 70 e Festival de Cannes a été plutôt bien accueilli. The Square du Suédois Ruben Ostlund s’adjuge la Palme d’Or et Robin Campillo avec 120 Battements par minute mérite le Grand Prix de la Compétition officielle. Même si nous avons regretté de ne pas voir sélectionné de films latinos en Compétition officielle cette année, deux ont été primés dans les sections parallèles. D’abord à un Certain Regard, le prix du jury a été remis à Las Hijas de Abril  de Michel Franco (Mexique), l’histoire d’une mère prédatrice remarquablement jouée par l’actrice espagnole Emma Suárez.  Sortie prévue pour le 26 juillet.

A la semaine de la critique, le prix Révélation est allé à Gabriel E A Montanha du brésilien Fellipe Gamarano Barbosa qui retrace le périple existentialiste en Afrique d’un jeune chercheur brésilien. Le cinéaste a gagné aussi le prix de la Fondation Gan qui consiste en une aide à la diffusion qui profitera au distributeur français du film, Version Originale Condor, qui le lancera dans les salles de l’Hexagone le 16 août. Le film ne m’a pas convaincu.

Les deux autres films de la semaine étaient : Los Perros qui est le second film de Marcela Said (Chili). Mariana (42 ans) interprétée par Antonia Zegers, fait partie de cette bourgeoisie chilienne sûre de ses privilèges. Méprisée par son père et son mari, elle éprouve une étrange attirance envers son professeur d’équitation, Juan (60 ans) joué par Alfredo Castro, un ex-colonel, suspecté d’exactions pendant la dictature. L’interprétation est très juste et le film sera à découvrir à sa sortie. La Familia est le premier film de Gustavo Rondón Córdova (Venezuela). Pedro, 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Le film essaie avec chaleur de montrer comment deux êtres laissent la violence derrière eux et réapprennent, dans ce nouveau contexte, à se connaître.

La defensa del dragon de la Colombienne Natalia Santa (Colombie) était le seul film latino  de La quinzaine des réalisateur. Au cœur de Bogota, trois vieux amis, Samuel, Joaquín et Marcos, passent leurs journées entre le club d’échecs, le Casino Caribéen et le café traditionnel. Joueur d’échecs professionnel, Samuel vit des paris qu’il fait sur les petites parties qu’il est certain de gagner. Son meilleur ami, Joaquín, horloger accompli, est lui sur le point de perdre la petite boutique qu’il a hérité de son père. Quant à Marcos, homéopathe espagnol, il consacre son temps à trouver la formule qui lui permettra de gagner au poker…

La cordillera (El presidente) film argentin de Santiago Mitre avec Ricardo Darín était proposé dans la section Un Certain regard. Au cours d’un sommet rassemblant l’ensemble des chefs d’état latino-américains dans un hôtel luxueux et isolé de la Cordillère des Andes, Hernán Blanco, le président argentin, est rattrapé par une affaire de corruption impliquant sa fille. Alors qu’il se démène pour échapper au scandale qui menace sa carrière et sa famille, il doit aussi se battre pour des intérêts politiques et économiques à l’échelle d’un continent. Ricardo Darín est sans doute le meilleur acteur Latino. Il incarne à merveille le président argentin qui réunit des hommes et des femmes politiques qui se prennent pour des dieux, alors qu’ils ne sont que de petits insectes au milieu de l’immensité des Andes. L’hôtel dans lequel se déroule aussi un drame personnel nous fait penser à Shining de Kubrick (1980). Mais je trouve que ce film n’a pas la force et l’’originalité qu’avait Paulina présenté il y a deux ans par ce réalisateur doué.

La novia del desierto (La fiancée du désert) film argentin de Cecilia Atán et Valeria Pivato présenté aussi à Un Certain Regard. Teresa, 54 ans d’origine chilienne, a toujours travaillé au service de la même famille jusqu’au jour où elle est contrainte d’accepter une place à 1 000 kilomètres de Buenos Aires. Elle entame alors un voyage à travers l’immensité du désert argentin, et à la suite de la perte de son sac dans le camping-car de El Gringo, sur un lieu de pèlerinage, prés de San Juan, elle va se découvrir et prendre un nouveau départ. Les réalisatrices ont voulu parler, sans parfaitement y réussir, de renaissance, de la quête du temps et du travail nécessaire à l’épanouissement d’une femme d’un certain âge.

Festival international de film d’animation d’Annecy

En parallèle du festival s’est déroulé du 13 au 16 juin le 31e MIFA qui est le marché n°1 dans le monde pour l’animation et qui dura cette année une journée supplémentaire, plus de 2800 professionnels furent reçus. Plusieurs événements ont ponctué le marché, en particulier la présence comme parrain du Mifa Campus du réalisateur mexicain Guillermo del Toro, ou encore une célébration des 70 ans de l’animation polonaise.

Les jurys de la 41e édition du Festival international du film d’animation ont dévoilé le palmarès 2017 ! Parmi les 216 films nommés en compétition officielle, toutes catégories confondues, 17 prix ont été décernés lors de la cérémonie de clôture organisée ce samedi 17 juin. Le Festival eut un franc succès avec 10 % d’augmentation pour les séances du Festival. Le succès fut aussi très grand au MIFA qui enregistra l’arrivée de nouveaux pays. Ils étaient 1 400 sociétés de 74 pays présents. L’Argentine, le Chili, le Mexique et la Colombie avaient leur propre stand. A noter que ce sera le Brésil le pays invité l’an prochain.

Alain LIATARD

« Oye Trump », le livre campagne d’Andrés Manuel Lopez Obrador, président du parti Régénération nationale

Andrés Manuel Lopez Obrador va publier dans le courant de la semaine son seizième livre, Oye Trump. Le prologue de ce livre, intitulé Génesis de un Estado Pollero, a été écrit par Pedro Miguel. L’épilogue lui a été rédigé par l’écrivaine Elena Poniatowska. Ce livre anti-Trump s’inscrit dans la campagne électorale mexicaine.

Photo: compte Twitter d’Andrés Manuel Lopez Obrador

Un livre anti-Trump | Andrés Manuel Lopez Obrador (ALMO), président du parti de gauche et Mouvement de régénération nationale, Morena, publiera dans un mois un livre sur Donald Trump. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il explique que l’ouvrage Oye Trump ou Hear Trump « est une retranscription de notre visite des villes américaines pour défendre nos compatriotes et les migrants du monde face à l’attitude autoritaire du président [Donald Trump] ».

Un livre critique contre Enrique Peña Nieto | « Enrique Peña Nieto restant silencieux devant Donald Trump, nous autres avons décidé de faire face à la xénophobie et de prendre la défense des migrants. Je recommande ce livre de propositions et d’actions pour la défense des migrants aux États-Unis » explique Obrador. Il dénonce également le non engagement du président mexicain lorsque Trump a appelé à la construction d’un mur aux frontières sud des Etats-Unis pour lutter contre l’immigration mexicaine. Peña Nieto, président du Mexique depuis son élection en 2012, n’a pour le moment pas répondu à ceci.

Un livre qui s’inscrit dans la campagne politique | ALMO, ancien maire de Mexico, est le principal candidat à la présidence. L’élection aura lieu l’année prochaine. Il s’est déjà présenté en 2006 et 2012, essuyant à chaque fois un échec. Cette fois les experts mexicains croient que le populiste progressiste remportera les élections, en utilisant sa croisade anti-Trump pour vaincre l’opposition. La forte position du président américain contre l’immigration clandestine est devenue un débat majeur des prochaines élections présidentielles mexicaines. Sortir un livre dénonçant la « xénophobie » de Donald Trump est donc une stratégie politique dans la course à la présidence pour le politicien mexicain.

La volonté d’une victoire du mouvement Morena pour une meilleure société mexicaine | Le 30 janvier dernier, Lopez Obrador présentait son livre 2018 La Salida, une sorte de vision du futur. Un futur dans lequel son parti Morena aurait triomphé lors des élections de 2018 pour ensuite appliquer le Proyecto Alternativo de Nación (le projet de Nation Alternative). Ce projet est décrit par Obrador comme une renaissance pour le Mexique. « En 2024, il y aura dans la société mexicaine un tout autre niveau de bien-être et une ambiance complètement différents d’aujourd’hui. Cette nouvelle situation, avec moins de chômage et de pauvreté, sera le résultat obtenu par la mise en oeuvre d’une nouvelle politique de développement économique, de la sécurité, du renforcement des valeurs culturelles, morales et spirituelles » a déclaré Obrador.

Une course à la présidence inéquitable selon le PRI | Le PRI a réprimandé cette façon « rusée » d’Obrador de faire usage des ressources allouées à son parti pour promouvoir son image en vue de l’élection présidentielle de 2018. Yulma Rocha Aguilar, membre du Partido Revolucionario Institucional et porte-parole du Comité exécutif national (CEN), a déclaré qu’il était regrettable qu’Obrador concentre la promotion sur sa personne, ce qui affecte l’équité de la course à la présidence. Elle se réfère à la loi électorale sur la communication politique dont le but était de faire en sorte que tous les partis diffusent leurs plates-formes d’une manière égale. « De toute évidence, Lopez Obrador cherche à influencer l’électorat depuis qu’il a déclaré à plusieurs reprises son intention de participer à nouveau à la présidence de la République » a-t-elle déclaré.

Les attaques de Fox contre ALMO | L’ancien président du Mexique Vicente Fox a déclaré qu’il fera en sorte qu’ALMO ne parvienne pas à la présidence en 2018. « Je vais faire en sorte, moi personnellement, que cela n’arrive pas, nous ne voulons pas un autre Venezuela ici « , a dit Fox. Fox fait référence au chef de Morena lors d’une conférence de presse avec les anciens présidents latino-américains où il a appelé les dirigeants actuels de la région à défendre la démocratie au Venezuela. Il affirme qu’il suivra la voie démocratique, avec stratégie et communication, afin d’exposer le « faux prophète ». Il a aussi expliqué aux médias qu’à un moment opportun dans la campagne, il décrédibilisera ALMO : « Je vais profiter de leur ignorance, dénoncer son ignorance, son incapacité à formuler des idées, leur manque de propositions ».

Maud REA

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