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Revue Latinos

Le Chilien Mauro Ceballos met le vin rouge à l’honneur dans sa BD Di Vin Sang

Le dessinateur Mauro Ceballos propose une fusion novatrice de l’art et de la gastronomie avec la publication de sa bande dessinée Di Vin Sang. Elle raconte l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais. Cette BD a été parallèlement amenée au cinéma dans un film d’animation signé par le réalisateur Sergio Santamaria. Elle est disponible en librairie à Bordeaux ou directement chez l’éditeur.

Photo : Hypstorek/La cave à dessins

Di Vin Sang ; c’est le nom de cette toute première bande dessinée peinte à la main avec du vin rouge. À l’aide de son intrigante technique mise au point pour peindre avec du vin, Mauro Ceballos a eu l’idée d’assembler l’histoire du Chili et du Bordelais dans une bande dessinée. Un support dans lequel s’entremêlent plusieurs chroniques originales pour conter l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais.

Ainsi fut créé le premier livre réalisé au vin rouge : 2 200 heures de travail à la main furent nécessaires pour écrire, dessiner et peindre ce projet titanesque. Côté vin, le vigneron Olivier Cazenave, propriétaire du Château de Bel, soutient le projet par la production de 6 000 bouteilles de cette incroyable «peinture» dans une cuvée réservée Di Vin Sang.

Il est déjà possible de trouver l’ouvrage dans les différentes librairies bordelaises mais aussi sur les communes de Pessac, Talence et Le Bouscat. La publication de cet album est parallèlement travaillée en format audiovisuel. Ainsi sera lié par un mariage artistique le cinéma, la musique, la littérature et le spectacle vivant avec la création d’une BD Concert.

Pendant soixante minutes, le spectateur devient lecteur, emporté par l’histoire visuelle, musicale et littéraire du vin chilien. Un projet porté par trois créateurs venus d’horizons différents, le Chili, Le Venezuela et la France avec le dessinateur Mauro Ceballos, le réalisateur Sergio Santamaria et le musicien multi-instrumentiste Waagal.

La Cave à dessins

Di Vin Sang de Mauro Ceballos, aux éditions La Cave à dessins (mail) (30 €)

Quelques reportages et articles : France 3 TV (site), Bassin TV (site), Journal Sud-Ouest (site), Culturebox – FranceInfo (site)
Présentation de Mauro Ceballos : Facebook (site), l’artiste (vidéo), la peinture au vin (vidéo), un extrait de Di Vin Sang (vidéo)

Personne n’est obligé de me croire, le nouveau roman du Mexicain Juan Pablo Villalobos

On sait depuis son premier roman paru en France en 2011 (Dans le terrier du lapin blanc) que le Mexicain Juan Pablo Villalobos est un des meilleurs humoristes actuels. Personne n’est obligé de me croire, son dernier livre, Prix Herralde en 2016, le confirme une fois encore. Dans son cas, humour est bien synonyme de légèreté, mais n’est pas dénué de réflexion ; ses personnages, fantoches sur certains points, sont des êtres humains capables de nous émouvoir autant que de nous amuser.

Photo : Ámbito cultural/Buchet-Chastel

Le Juan Pablo Villalobos du roman, l’un des protagonistes les plus présents, étudiant mexicain provincial, est entraîné malgré lui dans une sombre affaire par son cousin qui lui-même disparaît très vite de la circulation (si j’ose dire…). Installé à Barcelone pour terminer son master, il est rejoint, via Internet et portables, par une relation douteuse de son cousin et doit se plier à leurs exigences qui le poussent à mener une double, une triple vie. Tout se complique dramatiquement pour lui qui réagit essentiellement par de spectaculaires éruptions cutanées, allergie ou dermatose ? Cette question fondamentale restera posée jusqu’au dénouement.

On croise tout un cortège de personnages plus ou moins attachants, le plus étant souvent un minimum, une Catalane aux dents de travers, des immigrés venus de divers coins du monde pour des raisons multiples, une chienne nommée Viridiana, un Sergio Pitol bienveillant et un peu distant, quelques mafieux invisibles.

Et Juan Pablo Villalobos, le vrai, celui de chair et d’os, entrecroise habilement toute une série de thèmes autour de son intrigue, elle-même digne des meilleurs thrillers : le snobisme de certains universitaires et des sujets de thèses qu’ils dirigent, la supériorité affichée de certains Catalans à propos de leur région, la mixité sociale et internationale de la capitale catalane.

L’intrigue se complique, les pistes se multiplient, les personnages se succèdent pour prendre la parole et donner leur point de vue, avec une mention spéciale à Mme Villalobos mère, redoutable langue de vipère et mère aimante. L’auteur, le vrai, le seul, égratigne dans la joie les diverses administrations politiques, celles du Mexique, de l’Union européenne, de la Catalogne, la nonchalance des étudiants boursiers internationaux qui finissent, à Barcelone en particulier, par former à eux seuls une espèce de classe sociale à part, un certain nationalisme catalan, et aussi, parodie exige, les ficelles plus ou moins apparentes de beaucoup de ces romans dans lesquels on finit par ne plus rien comprendre, l’auteur ayant voulu montrer la complexité du monde du grand banditisme.

Ce que l’on comprend aisément chez Juan Pablo Villalobos, c’est le côté dérisoire de nos vies, qu’elles soient tranquilles et retirées ou pleines d’inattendu comme celle des personnages de Personne n’est obligé de me croire.

Christian ROINAT

Personne n’est obligé de me croire de Juan Pablo Villalobos, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, éd. Buchet-Chastel, 288 p, 20 €.

Juan Pablo Villalobos en espagnol : Fiesta en la madriguera / Si viéramos en un lugar normal / Te vendo un perro / No voy a pedirle a nadie que me crea (Premio Herralde), ed. Anagrama.

Juan Pablo Villalobos en français : Dans le terrier du lapin blanc / Si nous vivions dans un endroit normal / Les Temps perdus, éd. Actes Sud.

Décès de l’Argentin Hugo Santiago. Le cinéma perd un de ses réalisateurs hors-pair

Hugo Santiago, brillant cinéaste et auteur du film culte Invasión, une des figures les plus importantes du cinéma argentin, est décédé mardi 27 février à Paris, à l’âge de 78 ans. Auteur d’une filmographie très singulière, son œuvre est marquée par un goût de l’expérimentation narrative, et nourrie de musique et de littérature. Admiré des intellectuels, le cinéaste argentin, passionné de son et de mises en scène chorégraphiées, était également un grand complice de Jorge Luis Borges.

Photo : Hugo Santiago/Clarín

De son vrai nom Hugo Santiago Muchnik, fils de Pedro Muchnik (producteur de télévision), il est né un 12 décembre 1939 à Buenos Aires au sein d’une famille du spectacle. Étudiant en philosophie et littérature à l’université de Buenos Aires, il se lie d’amitié avec José Luis Borges, alors son professeur. En 1959, il arrive à Paris grâce à une bourse d’études et y rencontre Robert Bresson. Il devient son assistant et disciple pendant sept ans et aide, entre autres, au tournage du film Le procès de Jeanne d’Arc. En 1967, de nouveau installé en Argentine, il dirige le court-métrage Les contrebandiers et, un an après, Los Taitas, adaptation d’une nouvelle de Borges.

Son premier long métrage, Invasión, dont le scénario est imaginé par Borges et Adolfo Bioy Casares, écrivain argentin, est présenté à la première Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 1969 et fait alors sensation. Il s’agit d’un conte politique situé dans la ville imaginaire d’Aquilea (équivalent de Buenos Aires) où se prépare une mystérieuse invasion contre laquelle lutte un petit groupe de résistants organisés en société secrète. Ce film est sans doute le plus important de l’histoire du cinéma argentin. Sorti en pleine période de dictature militaire (l’Argentine venait d’être victime d’un coup d’État), le film est censuré, et même partiellement détruit.

En 1974, installé définitivement à Paris, Santiago réalise son second film, Les Autres, également écrit avec Borges. Le scénario raconte un libraire parisien à la recherche des raisons du suicide de son fils, et qui se retrouve mêlé à un étrange réseau de personnages et de métamorphoses. En 1979, il réalise Écoute voir, écrit cette fois avec Claude Ollier, avec Catherine Deneuve en actrice principale. Plus linéaire, le scénario mélange film noir et feuilleton avec l’enquête d’une détective sur une secte capable de contrôler les gens grâce à des ondes radio. En 1986, sort Les Trottoirs de Saturne, second volet d’une trilogie sur la ville imaginaire d’Aquilea, où l’on croise un joueur de bandonéon exilé à Paris qui rêve de rentrer chez lui.

Il réalise par la suite des essais de télévision liés à ses expériences sur le son et à son amour de la musique, du théâtre et de la littérature : Electre d’après Sophocle (1987), une adaptation de l’opéra Oresteïa de Iannis Xenakis (La Geste Gibeline, 1988), La Vie de Galilée d’après Bertolt Brecht (1991), La Fable des continents, d’après une composition de Georges Aperghis (1991), et un film sur la chanteuse brésilienne Maria Bethânia (Maria Bethânia do Brasil, 2001). En 2002, il réalise Le Loup de la côte Ouest, écrit avec Santiago Amigorena, un étrange film noir autour d’une tortueuse histoire de famille. Il retourne en Argentine en 2015, après 43 ans d’exil loin de sa terre natale, et réalise Le Ciel du centaure (2015), un conte politique et fantastique qui renoue avec l’atmosphère oppressante d’Invasión. Il cale malheureusement sur l’écriture de Adiós, et le troisième volet de la trilogie d’Aquilea ne verra pas le jour.

Son génie de la mise en scène, son utilisation étonnante du son, sa manière si particulière de chorégraphier les gestes et les actions et sa musicalité dans les montages donnent une sensibilité unique à chacune de ses réalisations. On retrouve dans ses films, outre un style « borgésien », tout le baroque argentin et l’exubérance du réalisateur allié à une précision « bressonienne ». Malheureusement peu connu du grand public, en France comme en Argentine, Hugo Santiago aura réussi à s’attirer l’amitié de nombreux intellectuels français et argentins, avec son sens de l’angoisse et de la dérision, et les nombreux complots, secrets et soupçons, thèmes récurrents de ses films.

Marine THIAM

D’après les articles parus dans Clarín, Televisión Nacional Argentina, Télérama

« Mala Junta », le premier long-métrage de la Chilienne Claudia Huaiquimilla

Née de père mapuche, Claudia Huaiquimilla a subi toute sa vie les persécutions qui s’exercent contre cette communauté indigène dans le Chili contemporain. Son premier film, Mala Junta, reparti du festival Cinélatino avec deux prix et une mention spéciale, se fait le porte-voix des laissés pour compte.

Photo : extrait de Mala Junta

Mala Junta raconte l’histoire de Tano, adolescent turbulent envoyé dans le sud du Chili, chez son père qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années. Au lycée, il fait la connaissance de Cheo, jeune garçon timide d’origine Mapuche, malmené par les autres élèves. Ils vont se lier d’amitié, chacun apprenant à dépasser ses difficultés grâce à l’autre. Si Tano canalise progressivement sa colère, Cheo, quant à lui, trouve la force de revendiquer son identité amérindienne. Tous deux s’impliquent alors dans la défense du territoire Mapuche…

Claudia Huaiquimilla, la réalisatrice, déclare : « En tant que Mapuche, j’ai à réfléchir au conflit qui secoue mon pays, et plus particulièrement à ce qui se passe sur les terres de ma famille. Le court métrage San Juan, la noche más larga (Saint Jean, la plus longue nuit, 2012), et le film Mala Junta ont été tournés sur les territoires ancestraux de ma famille, qui sont le théâtre d’une dévastation sans précédent due à l’implantation des grandes usines de cellulose. J’avais besoin de m’exprimer à ce sujet et de dénoncer cette situation. Je ne peux le nier, les deux personnages ont beaucoup de moi. Alors que j’étais discriminée en tant que Mapuche (tout comme Cheo), j’étais également le mouton noir de ma famille car j’étais prétendument rebelle et sans doute peu encline à suivre les règles établies. Les deux personnages principaux sont très différents mais ont en commun de se sentir étranger partout. »

Inspirée en particulier par un reportage violent sur un jeune voleur et par la découverte du corps de Rodrigo Melinao, leader Mapuche porté disparu pendant plusieurs jour et retrouvé dans des circonstances très étranges sur une route uniquement utilisée par la police, elle raconte : « J’adore me positionner du point de vue des jeunes. Ici, nous traitons de sujets très politiques, comme la discrimination et les conflits entre les aborigènes et l’Industrie ; il était donc très important pour moi de me placer du point de vue des garçons, qui sont totalement innocents vis-à-vis de la situation qui les entoure mais s’y retrouvent confrontés. Ils en subissent les conséquences comme des victimes à part entière de cette société. À cet âge surtout, je trouve que les adolescents peu aidés par le sort, se sentent frustrés avec eux-mêmes. »

En ce qui concerne les lieux de tournage, elle ajoute que tous se trouvent principalement sur le territoire de sa famille et dans des villes proches (Mariquina et Lanco). « C’était un choix politique important pour moi de montrer les régions du sud du pays, contrées généralement délaissées par la télévision et la publicité. L’histoire de Mala Junta prend place dans l’authentique sud, avec ses vrais gens et leurs couleurs, sans porno-pauvreté et sans beauté touristique, dans le décor des forêts indigènes détruites par l’industrie de la cellulose et un contexte de soi-disant « progrès », mais qui ne profite qu’à une minorité. » Un double symbole par rapport au personnage principal, déraciné, privé de ses attaches, et qui se débat dans une histoire où se dessine une possible fraternité.

Le film a remporté de nombreux prix du public lors de festivals, et notamment lors de Cinelatino l’an passé à Toulouse. À 30 ans, Claudia Huaiquimilla est donc très fière de son premier film,  produit de façon indépendante grâce à un financement coopératif. Un film à découvrir à partir du 14 mars.

Alain LIATARD

Le président vénézuélien Nicolás Maduro au Sommet des Amériques à Lima les 13 et 14 avril prochains

Le 6 février 2018, le Ministre péruvien des Affaires Étrangères, Jorge Arreaza, avait annoncé que le président vénézuélien Nicolás Maduro participerait au Sommet des Amériques de Lima afin de défendre la souveraineté des pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, et de se rapprocher du peuple péruvien. Mais au vu des relations tumultueuses entre Lima et Caracas, et des nombreux questionnements sur la légitimité de Maduro, ce dernier a -t-il sa place au Sommet ?

Photo : IRIS

Le chef d’Etat péruvien, Pedro Pablo Kuczynski, avait cordialement invité Maduro à participer à cette rencontre entre chefs d’État et gouvernements du continent qui se tiendra les 13 et 14 avril prochains. Mais par la suite, les députés de Peruanos por el Kambio et les partis politiques de gauche Nuevo Perú et Frente Amplio ont défendu une motion qui vise le président du Venezuela et le qualifie de « persona non grata ». Des courriers — contenant les arguments destinés à convaincre le Groupe de Lima de prendre des mesures afin d’éviter la venue du dirigeant en question – leur ont été remis. Fuerza Popular,  Acción Popular et Peruanos por el Kambio soutiennent la requête, qui demande également le procès et le jugement par la Cour Pénale Internationale du chef d’État vénézuélien. « Cette motion témoigne d’une réelle préoccupation et d’un refus de ce qui se passe au Venezuela, où citoyens et leaders politiques sont systématiquement victimes de violations des droits humains. »

Nicolás Maduro, a finalement annoncé le jeudi 15 février qu’il serait bien présent au Sommet des Amériques les 13 et 14 avril, malgré le refus de plusieurs chefs d’Etat. « On ne veut pas me voir à Lima, tant pis, ils me verront, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente. » a-t-il menacé. L’alliance des pays du Groupe de Lima a exhorté le régime à présenter un nouveau calendrier électoral. Mais le dirigeant vénézuélien a annoncé qu’il ne respecterait pas cette demande, et a averti que les élections auraient lieu le 22 avril prochain dans son pays, avec ou sans l’opposition. Un représentant du parti de l’opposition, la Table de l’Unité Démocratique [MUD au Venezuela], a signalé qu’il était disposé à aller au scrutin, mais en conditions de transparence et accompagné d’observateurs internationaux.

Neutralisés ou exilés

Les principaux leaders de l’opposition sont restés en-dehors du jeu politique, après avoir été rendus impuissants, exilés ou emprisonnés. C’est le cas de Henrique Capriles, par deux fois candidat aux élections présidentielles ; de Leopoldo López, fondateur du parti Voluntad Popular (VP) et incarcéré sur ordre du gouvernement ; d’Antonio Ledezma, ancien maire de Caracas, qui a fui à l’étranger après une tentative d’arrestation à son domicile en novembre dernier.

Le régime de Maduro a également supprimé toute dissidence au chavisme. Rafael Ramírez, ancien ministre des Énergies et du Pétrole, et ancien président de PDVSA [compagnie pétrolière publique], affirme être poursuivi pour corruption suite à de nombreux désaccords avec le successeur d’Hugo Chávez. Miguel Rodríguez Torres, ancien employé du Ministère de l’Intérieur et de la Justice, a été neutralisé pour s’être porté candidat aux élections présidentielles. Maduro a ainsi recréé une scène sans adversaires politiques forts, avec un Conseil National Électoral complaisant envers son gouvernement, et avec la totalité des pouvoirs entre ses mains.

L’OEA (Organisation des Etats Américains), à l’origine du Sommet et dont le but est de défendre la démocratie et les droits de l’Homme, saura-t-elle prendre position face à cet homme de pouvoir que rien ne semble arrêter ?

Marine THIAM

Synthèse à partir des articles de La República (Uruguay) et d’El País.

À Valence, 19e « Regards sur le cinéma espagnol et latino-américain » au cœur de la Drôme

Depuis maintenant 19 ans, les Regards sont un rendez-vous incontournable du paysage culturel de Valence. Marie-Pierre Bossan, professeur d’espagnol à l’IUT de Valence, en est à l’origine. Passionnée de cinéma hispanique, elle a eu l’idée de ce festival consacré aux films espagnols dès son arrivée dans la Drôme en 1999. Elle a donc commencé par démarcher les cinémas locaux pour concrétiser son projet, et c’est finalement le cinéma d’art et essai Le Navire, bien connu des cinéphiles valentinois, qui a accepté de se lancer dans l’aventure.

Photo : Regards

La toute 1ère édition s’est tenue en mars 2000, réunissant 200 spectateurs sur trois jours avec cinq films espagnols. Un début certes modeste mais qui prouvait néanmoins à Bruno Boyer, le directeur du Navire de l’époque, qu’il y avait un public potentiel. La manifestation s’est par la suite étendue à une semaine, s’étoffant d’animations et de rencontres, et ouvrant sa sélection de films à l’Amérique Latine. Et ça marche ! Au fil des années, le public est au rendez-vous, toujours plus nombreux. Et si le festival perdure, c’est avant tout grâce aux spectateurs, à leurs encouragements, aux moments partagés avec eux. « J’ai eu souvent envie de tout arrêter parce que ça devenait trop lourd, mais chaque fois à l’issue du festival, je me sentais comme ranimée en voyant l’enthousiasme du public », confie Marie-Pierre Bossan.

La difficulté majeure pour les Regards, comme pour tout festival de région, c’est de parvenir à faire face aux grosses manifestations que sont le Cinespaña de Toulouse ou le Festival de cinéma espagnol de Nantes. Non que ces festivals représentent des concurrents : au contraire, cette multiplication des évènements a créé une dynamique et contribué à ce que davantage de films soient distribués. Mais comme les Regards sont moins connus, il leur est plus difficile de se procurer des films non distribués en France – films dont il existe des copies sous-titrées accessibles par le biais de l’ICAA, équivalent espagnol du Centre National Cinématographique. Et pour cela, il faut davantage de visibilité et de moyens. Il faut donc batailler chaque année pour trouver des films, des partenaires financiers et faire venir des réalisateurs dans cette petite ville de province…

Marie-Pierre Bossan est secondée dans cette tâche par Cyril Désiré, l’actuel directeur du cinéma Le Navire, et par ses élèves de l’Institut Universitaire de Technologie. « En tant qu’enseignante dans des filières de commerce et communication, je travaille avec un groupe d’étudiants qui se charge d’une partie de la communication et de la recherche de sponsors. L’approche pédagogique sous forme de « projets tutorés » me plaît, mais là encore ce n’est pas toujours facile car les étudiants changent tous les ans et n’ont donc pas la mémoire de ce qui a été fait. Il faut repartir de zéro chaque année. » Une petite équipe de fidèles partenaires de la première heure gravite en outre autour des deux organisateurs : la graphiste Anne Poupard, la Médiathèque de Valence, l’Aduda (Agence de Développement Universitaire), médias locaux, associations et commerçants…

L’association Chisp@

On l’aura compris, porter un festival comme les Regards demande de la persévérance et de l’énergie. « Ce qui est certain, c’est qu’il manque une vraie structure associative. Pour l’instant le festival s’appuie sur trop peu de personnes, et je crois que des soutiens extérieurs sont indispensables pour ne pas perdre l’enthousiasme au fil des années » nous confiait Marie-Pierre Bossan en 2012. De la parole aux actes, il n’y avait qu’un pas et les Regards l’ont franchi en 2013, en créant l’association Chisp@ (Cine Hispánico-Cultura Hispánica), 100 % féminine. Marie-Pierre Bossan peut désormais compter sur trois consœurs enseignantes elles aussi  pour l’épauler. Programmation, recherche d’invités et de partenaires, communication, « las cuatro chispas » (étincelles) ne ménagent pas leurs efforts pour proposer un festival qui n’a rien à envier à des manifestations plus médiatisées.

Passés de 8 à 11 jours en 2014, les Regards ont également su s’entourer et multiplier les partenariats. Labellisé Festivals Connexion (réseau des festivals de cinéma en Rhône-Alpes) depuis 2012, le festival fait partie du dispositif Lycéens et apprentis au cinéma et a signé en 2016 une convention avec le GRIMH (Groupe de Réflexion sur l’Image dans le Monde Hispanique), qui réunit des grands spécialistes de ce domaine. Les Regards sont également soutenus par l’Instituto Cervantes de Lyon, dont le directeur Domingo García Cañedo a ouvert l’édition 2015. Ils collaborent aussi avec le Théâtre de la Ville et le Train-Théâtre pour des concerts, le Train-Cinéma pour des séances délocalisées, et pour la première fois cette année avec L’Equipée, acteur pédagogique et culturel de La Cartoucherie (pôle national d’excellence du film d’animation) qu’on ne présente plus.

Un lieu d’ouverture, de rencontres et d’échanges

Être petit peut aussi être un avantage : la spécificité des Regards, c’est que leur taille humaine permet des échanges privilégiés. Toujours animé par ce désir de rencontres et de dialogue, le festival reçoit chaque année des réalisateurs (Juan José Lozano, Gabriel Velázquez, Jaime Rosales, Adrián Saba, Nina Faure, Julia Solomonoff…) et des universitaires (Jean-Claude Seguin, Nancy Berthier, Emmanuel Larraz, Sonia Kerfa, Jean Ortiz, Magali Kabous, Jean-Paul Aubert…). Depuis ses débuts, le festival se veut aussi militant, comme le prouvent les thématiques abordées et les intervenants invités, souvent avec l’aide des Amis du Monde diplomatique. Sont ainsi intervenus Maurice Lemoine sur la Colombie et le Venezuela, Franck Gaudichaud sur le Chili et Salim Lamrani sur Cuba.

Autant dire que depuis son lancement, les Regards ont fait du chemin et ont su fidéliser leur public. Dix-neuf ans après, ils sont au mieux de leur forme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’édition 2017 a rassemblé quelque 6000 spectateurs un chiffre honorable dans une ville de 65 000 habitants autour de 45 films originaires de 9 pays hispanophones et 150 séances. Et surtout, le festival commence à compter des invités prestigieux : le temps fort des 18èmes Regards fut incontestablement la venue de Javier Gutiérrez, Goya 2014 du Meilleur acteur. Un hommage lui a été rendu à travers la projection de quatre de ses derniers films, dont la superproduction 1898 : Los últimos de Filipinas, championne des nominations aux Goya 2017. Non distribuée en France, elle a été pour l’occasion sous-titrée en français par l’équipe du festival… une première !

La 19ème édition, du 7 au 18 mars 2018

L’événement de cette 19ème édition sera sans conteste la venue d’Antonio de la Torre, invité d’honneur du festival. Acteur de premier plan du cinéma espagnol actuel, il compte à son actif près de 60 films et 11 nominations aux Goya, et a tourné avec les réalisateurs les plus en vue (Pedro Almodóvar, Álex de la Iglesia, Icíar Bollaín, Alberto Rodríguez, Steven Soderbergh). Un hommage lui sera rendu à travers la projection de ses derniers films, dont Abracadabra en avant-première, El autor, encore inédit en France, Que Dios nos perdone et La colère d’un homme patient.

« Le gros plan Colombie, le chemin vers la paix » s’intéressera aux quatre années de processus de paix entre les FARC et le gouvernement colombien, avec la projection exceptionnelle du documentaire inédit en France El silencio de los fusiles de Natalia Orozco, séance qui sera suivie d’un échange avec la réalisatrice en visio-conférence depuis la Colombie.

Le festival consacrera également trois focus : l’un sur l’Espagne de la transition démocratique avec la reprise en version restaurée de Vivre vite ! de Carlos Saura, un autre sur l’Espagne de la crise immobilière avec Bricks de Quentin Ravelli, et un dernier sur le Cuba des années 60 avec Rouges années de Renaud Schaack. Parallèlement aux projections, on retrouvera tous les rendez-vous habituels : l’apéritif de la soirée d’ouverture devant l’exposition de photos de Christophe Kuhn Amers Indiens en Amérique Latine, le ciné-goûter pour les enfants, l’élection du Coup de cœur du public, les concerts et soirées dansantes aux accents latinos, et la grande soirée de clôture ciné-tapas. Tout cela dans une ambiance festive et conviviale, avec des moments forts en émotions.

Christelle GUIGNOT 

Regards : du 7 au 18 mars 2018 au cinéma Le Navire, 9 bd d’Alsace, 26000 Valence – Programme Regards Valence – Facebook

« Le Pérou avant les Incas », une exposition autour des civilisations péruviennes au quai Branly

Cupisnique, Mochica, Chimú, Lambayeque… Loin d’avoir dans notre imaginaire la puissance évocatrice des Incas, ces cultures anciennes du Nord du Pérou ont pourtant porté les germes du plus vaste empire préhispanique. Enquête sur les traces de ces civilisations disparues, avec pour toile de fond une réflexion sur le pouvoir. Du 14 novembre 2017 au 1er avril 2018, exposition présentée au Musée du quai Branly à Paris, en partenariat avec le ministère de la Culture du Pérou.

Photo : Musée Qua Branly Jacques Chirac

Au pied de la cordillère des Andes, sur la côte nord du Pérou, se trouve l’un des déserts les plus arides du globe. Un territoire inhospitalier sur lequel se sont épanouies de nombreuses cultures aujourd’hui tombées dans l’oubli, éclipsées dans l’imaginaire par l’Empire Inca. Parmi ces sociétés anciennes, les Mochicas (ou Moché) – sans doute l’une des premières à avoir construit une structure étatique – ont posé, il y a plus de 1500 ans, les bases de la civilisation préhispanique.

S’appuyant sur les récentes avancées archéologiques réalisées dans la région – sur les sites des Huacas près de Trujillo ou des tombes royales de Sipán notamment –, l’exposition se propose d’étudier l’origine et l’organisation du pouvoir dans ces sociétés anciennes. Parmi les dieux célestes, les rois, les élites et seigneurs urbains, les guerriers et prêtres ou prêtresses, qui détenait ce pouvoir ? Comment se manifestait-il ? À travers près de 300 pièces dont des céramiques uniques, une enquête archéologique sur la succession des systèmes politiques. En hommage à Santiago Uceda (12 octobre 1954 – 14 janvier 2018), commissaire de l’exposition, archéologue et ancien directeur du musée Huacas de Moche au Pérou.

D’après le Musée du quai Branly

« Le code maya enfin déchiffré », documentaire diffusé ce samedi 3 mars à 20 h 50 sur Arte

Le documentaire Le code maya enfin déchiffré, réalisé par l’américain David Lebrun est un magnifique témoignage sur la civilisation maya, et sa mystérieuse écriture, restée indéchiffrable pendant quatre siècles. Selon le New York Times, c’est « l’une des plus formidables histoires de découverte scientifique du XXᵉ siècle ». Le documentaire sera diffusé samedi 3 mars à 20 h 50 sur Arte, et restera disponible sur internet durant sept jours après la diffusion.

Photo : Arte Magazine

L’irruption des Espagnols sur le continent américain en 1519 contraint les Mayas à se réfugier dans la forêt vierge. Dans les cités abandonnées, les conquistadors découvrent des objets sacrés et utilitaires, mais aussi des milliers de livres rédigés selon un mystérieux alphabet composé de hiéroglyphes. Pour les très chrétiens envahisseurs, il ne peut s’agir là que de l’œuvre du diable : ils interdisent ces ouvrages et en brûlent un nombre considérable.

La tradition maya se perpétue néanmoins jusqu’en 1697, date de la prise de la dernière ville indépendante, puis la civilisation sombre dans l’oubli jusqu’aux premières fouilles archéologiques du XIXᵉ siècle. Les chercheurs s’attaquent bientôt au déchiffrage de la calligraphie. Ils remportent un premier succès en parvenant à comprendre le calendrier maya et à identifier les glyphes des monuments. Mais l’écriture, elle, conserve tous ses secrets.

Et il faut attendre la fin du XXᵉ siècle et l’exploration du site de Piedras Negras, dans le nord du Mexique, pour avancer de façon significative dans le déchiffrement des écrits. Une importante équipe pluridisciplinaire (réunissant des paléographes, des épigraphistes, des historiens, des ethnographes, des archéologues, des astronomes et des linguistes) commence à faire parler les textes. On y découvre des histoires de royaumes et de guerres, d’alliances et de trahisons, de puissantes dynasties et de brillants généraux, d’artistes inventifs et de héros légendaires. Des récits qui témoignent de la profonde originalité de la civilisation maya, restée longtemps totalement isolée contrairement aux grands royaumes asiatiques et européens soumis à de multiples influences.

D’après ARTE

Documentaire de David Lebrun (États-Unis, 2008, 1h30mn) – Production : Night Fire Films Inc. Company, en association avec ARTE France – (R. du 13/9/2008)

Rencontre historique entre le Chili et le Pérou pour un premier gouvernement binational

Le 6 juillet dernier, Michelle Bachelet, présidente du Chili, a été reçue à Lima par le chancelier péruvien Ricardo Luna, l’ambassadeur chilien au Pérou, Roberto Ibarra, et  Jorge Valdez, ambassadeur du Pérou au Chili. L’objectif de la visite officielle de Mme Bachelet à son homologue péruvien, Pedro Pablo Kuczinski, était de raffermir la relation entre les deux pays limitrophes, notamment avec la création  du premier cabinet binational Pérou-Chili dont la cérémonie d’inauguration s’est déroulée dans le salon Tupac Amaru du Palais présidentiel à Lima.

Photo : La Moneda

En signe de bienvenue, le président Pedro Pablo Kuczinski a écrit sur Twitter: « Avec cette historique binational Pérou-Chili, nous donnons un nouvel élan à nos relations bilatérales », En effet, cette réunion, à laquelle ont participé des entrepreneurs des deux pays, est la première qui se réalise entre ces États, dont les histoires ont été entremêlées de conflits armés. Ainsi, ce « Gabinete Ministerial Binacional » fut déclaré d’intérêt national lors de la résolution suprême qui a eu lieu le 8 mai dernier.

Ce rapprochement devrait aider les deux pays à ouvrir de nouvelles perspectives sur l’avenir dans différents domaines qui affectent la population en général. Sur ce point, Fernando Zavala, premier ministre péruvien et titulaire de l’économie et de finances, a affirmé que ce premier cabinet binational Pérou-Chili restera « un objectif historique fondamental pour la continuation et la consolidation des relations entre les pays latino-américains, dans ce cas spécial avec le Chili. »

La délégation chilienne était composée par dix-huit ministres, qui se sont concertés avec leurs homologues péruviens sur des sujets concernant chaque ministère. Mais surtout l’ordre du jour était axé autour de cinq thèmes fondamentaux sur lesquels repose désormais une solide coopération économique et commerciale : projets de société et de culture pour l’intégration ; sécurité et défense ; commerce extérieur, investissements et tourisme ; environnement, développement durable, affaires énergétiques et de l’industrie minière, et intégration des populations frontalières. Bien qu’il s’agit de la première réunion de ce type avec le Chili, le Pérou entretient régulièrement des « gabinetes binacionales » avec ses pays limitrophes : l’Équateur, la Colombie et la Bolivie. Rappelons que récemment la présidente Michelle Bachelet a rencontré son homologue argentin, Mauricio Macri, dans le même cadre de coopération internationale.

Eduardo UGOLINI

Paradoxes de la visite du président colombien Juan Manuel Santos à Paris

Leçons paradoxales d’une visite estivale à Paris et à Cannes. Le chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos a effectué du 21 au 24 juin 2017, une visite éclair en France, bien paradoxale. Les flonflons du lancement le 23 juin 2017 d’une Année France-Colombie riche en évènements culturels, économiques et sportifs peinent en effet à couvrir les difficultés d’un processus de paix très contesté localement. Mais ils auront et ce n’est pas le moindre des paradoxes mis l’Amérique latine à l’ordre du jour d’un président français aux affinités bien davantage nord que sud-américaines.

Photo : Min. d’Éducation

Pour mémoire et bien situer ce monde de paradoxes, Juan Manuel Santos, a dans ce cours laps de temps, inauguré un Forum économique franco-colombien, prononcé un discours à l’Unesco, été honoré par la Sorbonne-Paris I, d’un titre de Docteur honoris causa, inauguré avec la maire de Paris une place Gabriel-Garcia-Marquez, et enfin assisté à un concert de jeunes binationaux dans la salle de la Philharmonique de Paris. Il a bien entendu dès son arrivée dans la capitale française rencontré son homologue français, Emmanuel Macron.

Paradoxe un, Juan Manuel Santos est un président colombien malheureux. Il a tenté avec succès de mettre un terme à l’un des plus vieux conflits intérieurs. Celui qui oppose, opposait serait aujourd’hui plus exact, la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) à l’État et à ses représentants. Mais loin de lui en savoir gré, une majorité des Colombiens électoralement actifs, ont le 2 octobre 2016, refusé de légitimer les accords de paix. Cette bouderie politique reste majoritaire en dépit d’une ratification ultérieure du compromis de paix par le parlement, et de la communication présidentielle sur le sujet. Les sondages les plus récents sont sans appel. 75 % des personnes consultées par l’institut Yanhaas entre les 14 et 17 juin 2017 désapprouvent les accords passés par le président Santos avec les FARC. Le président a publiquement regretté cette incompréhension, à Cannes le 22 juin 2017, devant un auditoire français.

Paradoxe deux, les meilleurs soutiens au processus de paix et à Juan Manuel Santos, l’initiateur, sont en effet étrangers. Le 26 septembre 2016, à Carthagène, il avait reçu les encouragements personnels du secrétaire général de l’ONU, de la quasi-totalité des chefs d’État et de gouvernement d’Amérique latine, et de plusieurs gouvernements européens représentés par l’un de leurs membres. Le jury Nobel lui avait attribué son prix 2016 de la paix. L’Union européenne, apporte un appui matériel et humain à la bonne marche de la période du post-conflit. L’Unesco lui a réservé le meilleur accueil le 23 juin 2017. La France n’est pas en reste. Elle a reçu Juan Manuel Santos en 2011, en 2014, et en 2015. Le président François Hollande a visité la Colombie en 2017. Le Premier ministre, Manuel Valls, s’est brièvement rendu en Colombie, en 2015. Le secrétaire d’État à la francophonie et au développement, André Vallini, représentait la France le 26 septembre 2016. La diplomatie économique, le réchauffement climatique et bien sûr la paix ont été au cœur de ces visites croisées.

L’Année France-Colombie, paradoxe Trois, témoigne de cet engagement. Au-delà des concerts, des expositions, du Tour de France, des manifestations d’amitié et de coopération dans les domaines les plus divers, cette initiative a pour objet de sensibiliser le plus grand nombre de Français à la réussite d’un évènement exceptionnel, un accord entre belligérants alors que l’Afrique et le Moyen-Orient, enchainent des crises sans fin apparente. Elle a en retour vocation à donner aux Colombiens, un sentiment de respect retrouvé. La Colombie, a longtemps, été associée au trafic de drogue, et aux enlèvements. Pablo Escobar et Ingrid Betancourt, portaient à l’extérieur cette page d’histoire qui désormais serait tournée. La France avec cette Année France Colombie, marquée par six mois d’évènements positifs renverrait ainsi l’image d’un pays en train de gagner le pari de la paix et du développement. Reste bien sûr à en convaincre les Colombiens électoralement actifs, Netflix et les auteurs d’un attentat ayant le 17 juin 2017, à Bogota, causé la mort d’une jeune ressortissante française, Julie Huynh.

Paradoxe Quatre, Juan Manuel Santos a donné l’occasion à son homologue français de marquer un territoire absent de sa campagne électorale, l’Amérique latine. Le calendrier est ainsi fait en démocratie. Un chef de l’État nouvellement élu, chausse les souliers diplomatiques de son prédécesseur. C’est la raison pour laquelle entre Donald Trump, Vladimir Poutine et Angela Merkel, en un mois, Emmanuel Macron, le nouveau premier magistrat français, aura reçu ses homologues péruvien, guatémaltèque et colombien. Le séminaire annuel de l’OCDE, de la BID et du ministère français de l’Économie, la visite officielle du président Santos programmée depuis plusieurs mois, ont ainsi imposé leur présence et leur actualité inattendues.

Paradoxe Cinq, enfin, cette accumulation de bons sentiments et d’échanges culturels, économiques et sportifs convaincront-ils les Colombiens des villes, les Colombiens aisés, du bien-fondé de la paix ? L’enjeu des consultations présidentielles et législatives de 2018 pèse lourdement dans la balance. Les intérêts les plus égoïstes, la lutte des places, la perpétuation d’autres agents violents, menacent d’emporter la paix et le Nobel du président Santos. Tout comme elles menacent de façon incongrue la candidature présidentielle de l’ex-maire de Bogota, Gustavo Petro, condamné à payer une amende de 80 millions de dollars pour n’avoir pas augmenté le tarif des transports en commun publics. La France, en tous les cas a confirmé ses engagements antérieurs. L’Agence française de coopération a officiellement été mandatée pour appuyer financièrement le processus de paix. Plusieurs lignes de crédit ont été ouvertes pour le développement rural. Les Français, à défaut d’avoir réussi à convaincre une majorité colombienne des bienfaits de la paix y auront gagné à coup sûr une meilleure connaissance d’un pays et d’une culture trop souvent réduits à leur profil le plus caricatural. La musique de la Garde républicaine a significativement élargi la gamme de ses partitions musicales à la cumbia. Le président Santos a en effet été accueilli à l’Élysée au rythme de Colombia, tierra querida (Colombie, terre qui nous est chère).

Jean Jacques KOURLIANDSKY

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