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Revue Latinos

Lutte des opposants au président Ortega pour la libération des prisonniers politiques

Les opposants du président nicaraguayen Daniel Ortega réclament la libération de 89 prisonniers politiques au gouvernement nicaraguayen comme il l’avait promis. Le non-respect de sa parole entraînerait la privation des bénéfices économiques par l’Union européenne et les États-Unis.

Photo : El Periodico

L’opposition exigeant la libération des prisonniers a annoncé que le gouvernement de Daniel Ortega n’a pas tenu parole et que ceux-ci sont encore détenus. Cependant, le gouvernement affirme que plus de 490 détenus ont déjà été absous dans le cadre d’une loi d’amnistie. « La table de négociation a reçu une annonce du gouvernement concernant la libération sous 90 jours de tous les détenus dans le cadre des manifestations » a annoncé l’envoyé spécial de l’Organisation des États Américains (OEA), Luis Angel Rosadilla, lors d’une conférence de presse.

Sur ce, le gouvernement a ajouté que les opposants arrêtés aux manifestations anti-gouvernementales du printemps et de l’été 2018 étaient déjà en liberté, sous la condition que les opposants ne reprennent pas des actes qui amènent à des manifestations, d’après la loi d’amnistie. La répression par la Police nationale et des groupes pro-gouvernementaux armés a fait plus de 325 morts et 2 000 blessés. Ainsi le gouvernement se dit engagé dans la libération dans le cadre de négociations et, de cette manière, la communauté internationale lèverait aussi les sanctions économiques.

En cas de non-respect de cette parole, des acteurs internationaux comme les Etats-Unis et l’Union Européenne pourraient endurcir des sanctions économiques. Ces sanctions auront un délai jusqu’au 18 juin. En outre, l’application de la Nica Act, la loi instituant des sanctions économiques à cause de la répression contre l’opposition pourrait être endurcie en cas de non-respect, d’après un annoncé de l’ancien diplomate, Mauricio Díaz. Ces pénalités auront des conséquences graves dans l’économie après avoir eu une chute l’année dernière de 3,8% du PIB et la perte de plusieurs emplois.

Le Comité International de la Croix Rouge (CICR) accompagnera la négociation entre les deux camps qui s’est conclue mercredi. Par ailleurs, les deux parties ont convenu également d’un programme de négociation et d’un appel à la communauté internationale pour régler les sanctions. D’après l’accord, « au moment souhaité, d’un commun accord entre les parties, il sera demandé à la communauté internationale de suspendre les sanctions pour faciliter le développement humain, économique et social du Nicaragua, au bénéfice des secteurs les plus vulnérables de la population ».

Des centaines de personnes sont détenues dans les prisons ; beaucoup sont des journalistes, des étudiants, des dirigeants syndicaux ou des paysans. Ils sont soumis à des abus, parfois à la torture. « Le président Daniel Ortega n’a démontré aucune réelle volonté de rendre justice aux victimes de la répression brutale exercée par la Police nationale et par des bandes d’individus armés lors des manifestations de 2018 » s’exclame José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques de Human Rights Watch. « La remise en liberté récente de dizaines de personnes qui étaient détenues dans le contexte des manifestations, dont beaucoup sont maintenant assignées à résidence et risquent toujours des poursuites judiciaires, ne peut faire oublier le fait que pas un seul policier ne fasse l’objet de la moindre enquête criminelle pour les passages à tabac, les viols, les arrachages d’ongles, les manoeuvres d’étouffement et les autres atrocités qui ont été commises ». En effet, c’est le témoignage d’un rapport basé sur des recherches de sources officielles, de documents judiciaires, de déclarations, photos, vidéos ou relevés médicaux.

« Le seul moyen de réduire les abus généralisés, de permettre aux Nicaraguayens de rentrer d’exil, de mettre fin à la censure et de restaurer l’indépendance du système judiciaire passe par l’application d’une pression soutenue par la communauté internationale qui devrait inclure des sanctions ciblées et une forte insistance pour que les responsables d’abus soient amenés à rendre des comptes », a affirmé José Miguel Vivanco.

Andrea RICO

Un nouveau dépôt de lithium découvert en Chine, au détriment du Chili

Le Chili, l’Argentine, les États-Unis et la Bolivie sont les pays qui possèdent les plus grandes réserves de lithium au monde. Le Salar d’Uyuni en posséderait 21 milliards de tonnes.

Photo : Reuters

Le lithium est un élément extrêmement important dans la filière des transports car les batteries puisque le lithium est plus exploité que les combustibles fossiles. Les piles au lithium rechargeables servent aussi un rôle dans l’alimentation des véhicules électriques, des téléphones portables, des ordinateurs portables ou encore des installations de stockage d’énergies renouvelables. On le retrouve également dans des matériaux comme le verre résistant ou dans le domaine de la pharmacologie. Bref, le lithium est plus important que ce que l’on pourrait croire.

En outre, cinq milliards de tonnes de lithium ont été découvertes dans la région du Yunnan, au sud-ouest de la Chine, ce qui rendrait le Chili et les autres pays leaders du lithium moins attractifs sur le plan économique. Cette découverte a été faite par l’institut de géochimie, dont l’Académie des Sciences de la Chine fait partie. D’après l’institut, il y aurait environ 340 000 tonnes d’oxyde de lithium déposées sur un site de 7,2 km².

Par ailleurs, la demande de lithium augmente constamment à cause de l’utilisation de nouvelles voitures électriques, et ce aux dépens de l’usage des carburants fossiles. La Chine était jusqu’alors dépendante de pays étrangers pour s’approvisionner en lithium, élément fondamental dans l’industrie des batteries rechargeables.

Le lithium pose de nombreuses difficultés d’extraction dûe aux contraintes géologiques et géographiques ; cependant, après 15 ans de recherche, un procédé a été découvert qui réduirait les coûts d’exploitation. Cette technique permet de séparer le lithium du magnésium en plusieurs étapes grâce à un système de filtrage membranaire électronique. Un rapport gouvernemental, cité par un journal de Hong Kong, affirme que le nouveau procédé permettrait de réduire le coût à moins de 2 200 dollars la tonne, et ainsi accroître la rentabilité ainsi que le nombre de fournisseurs locaux.

Ce marché chinois provoque la concurrence et attire déjà les constructeurs étrangers qui veulent produire leurs batteries. Par conséquent, la Chine pourrait dominer le secteur de l’industrie automobile électrique en prenant le contrôles des deux tiers du marché du lithium, écartant simultanément les États-Unis, l’Australie, le Chili et l’Argentine.

Andrea RICO

Marche des parapluies à Lyon pour la journée mondiale du réfugié

Lyon accueillera le 20 juin prochain sa 16e édition de la Marche des Parapluies, événement phare dans la lutte pour la protection des droits des réfugiés. Cette mobilisation s’inscrit dans la Semaine du réfugié, avec des activités durant lesquelles le grand public peut montrer son soutien aux familles déracinées.

Photo : Forum réfugiés – Cosi

Le Forum réfugiés – Cosi, fondé en 1982, est le fruit de la fusion de deux associations œuvrant pour la défense du droit d’asile et la promotion de l’état de droit. À l’instigation de cette journée annuelle, l’accueil et l’accompagnement sont au cœur de son action. En favorisant l’échange et le dialogue à travers des événements de sensibilisation, l’objectif est de faire évoluer les politiques publiques. C’est l’héritage d’une longue tradition qui se poursuit et s’adapte à travers cette symbolique Marche des Parapluies.

En 1914, l’Église avait déjà institué une Journée mondiale du migrant chaque deuxième dimanche de juin. En 2001, à l’occasion du 50e anniversaire de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, l’Assemblée Générale des Nations Unies a décidé de conserver cette date et d’instituer l’événement comme fête annuelle.

En réunissant 145 États autour d’une définition du terme controversé de «réfugié», la Convention énonce les droits de cette catégorie de la population. Elle insiste sur le principe du non-refoulement, garantissant le droit des réfugiés de rester si leur vie et leur liberté sont menacées dans leur pays d’origine, l’érigeant comme règle du droit international coutumier.

Cette commémoration annuelle ne se célèbre pas seulement à Lyon mais aussi dans plusieurs villes dans plus de 100 pays, durant laquelle se croisent des personnalités et citoyens de tous horizons. C’est l’occasion pour des représentants gouvernementaux, travailleurs humanitaires, célébrités, civils et réfugiés de se rencontrer autour de cette thématique qui relève de la responsabilité mondiale.

Ce jeudi, le départ de la marche est prévu à 18h sur la Place Maréchal Lyautey (Lyon 6e) et sera cadencé par les rythmes de la batucada Les Zurbamateurs.

Vous pourrez, si vous le souhaitez, acheter sur place un parapluie blanc au prix de 10 euros ; cet objet symbolise l’abri et la protection que doivent garantir les Etats signataires de la Convention de Genève aux réfugiés.

Musique, exposition, cuisine et animations seront les motifs de se réunir pour une soirée festive au jardin des Chartreux (Lyon 1er).

Le Forum réfugiés-Cosi y réunira son grand réseau associatif en invitant AEDH – Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, Amnesty International – Lyon, Le Tissu Solidaire, la Cimade Lyon, la Croix-Rouge française, Eris, « Tu seras », SOS Méditerranée, le Secours Catholique – Caritas France, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés et Singa. Vous pourrez les rencontrer au Village associatif à partir de 19h30.

Ce rendez-vous s’insère dans la Semaine du réfugié, durant laquelle de nombreuses actions sont déployées dans plusieurs départements. Vous pourrez par exemple visiter le mercredi 19 juin les Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile de Bron et de Villeurbanne et ainsi comprendre le rôle de ces lieux de ressource dans l’accompagnement administratif des nouveaux arrivants.

Marine COMMUNIER

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«Captifs au paradis» de Carlos Marcelo, un voyage risqué au paradis

Le paradis existe-t-il sur terre ? Les agences de voyages nous le promettent, photos à l’appui : plages de sable fin, décor d’arbres et de rochers et une ou deux jolies filles sur les affiches. À environ cinq cents kilomètres au large de Recife, l’île brésilienne de Fernando de Noronha fait maintenant partie des itinéraires à la mode. Les images correspondent aux attentes des futurs voyageurs, même si le passé du territoire est un peu glauque : il a servi de bagne dans un passé pas très éloigné…

Photo : opoderosoresumao

Tobias, ex-étudiant en histoire, désormais un peu à la dérive, continuant à se chercher et à chercher sa voie aux côtés de sa sœur Lena qui l’aide à élever sa fille Dora, pré-adolescente dans toute la vitalité de son âge, se retrouve piégé sur Fernando de Noronha. Lena lui avait déniché une mission : prospecter de nouvelles possibilités touristiques sur l’île, mais une avarie de l’avion qui devait le ramener sur le continent et un train d’atterrissage hors d’usage l’obligent à rester bien plus de temps que prévu. Un double crime qui concerne deux hommes qu’il a croisés est découvert. Plusieurs jours d’attente lui font découvrir ce qui était caché aux visiteurs de passage.

On croise des personnages typés: un militaire qui se met en fureur pour un rien, un philosophe esseulé porté sur la cachaça, un policier en surpoids qui retire soigneusement la crème vanille des multiples gâteaux fourrés qu’il grignote, un acteur de séries télévisées dont l’agent régit le moindre temps mort. L’ambiance un peu étrange qui règne sur l’île, pacifique mais soudainement secouée par le double meurtre, désolée dans son quotidien mais visitée par des touristes en quête d’exotisme, évoque indirectement toute l’histoire du Brésil, malgré les kilomètres qui l’éloignent du continent, ou peut-être à cause d’eux : le délabrement qui côtoie le pseudo luxe touristique, les fantômes d’un bagne dont il ne reste que des ruines, mais encore présent dans les mémoires, cela renvoie forcément au destin de tout le pays, comme les expériences éducatives qui ont eu un certain succès avant de tomber dans l’oubli.

Hors du monde est le titre d’un ouvrage paru vers 1920 sur Fernando de Noronha que se procure Tobias. Oui, l’île est bien hors du monde, et elle en fait partie ; oui, ceux qui y séjournent connaissent la même schizophrénie et Tobias, très vite, ressent cette même opposition inconciliable. Les quelques jours qu’il passe là lui semblent bien longs…

La richesse de Captifs au paradis vient des divers niveaux de lecture : on peut observer la vie de tous les jours des habitants, sur ce territoire à part, on peut être pris par l’enquête menée par le policier local, on peut chercher les symboles qui parlent du plus grand pays d’Amérique latine à travers cette petite île de quelques kilomètres carrés, le plus savoureux, c’est l’atmosphère contradictoire, ce territoire est savoureux par ses contradictions, douceur et amertume, abandon et activités, paradis et… quoi au juste ? Ce n’est pas l’enfer, loin de là, c’est Fernando de Noronha et c’est chez nous, un dépaysement sans bouger. C’est aussi un paradis qui risque d’être submergé par une immense vague annoncée par la météo, une vague qui remplit d’espoir des surfeurs venus spécialement pour vivre une intense émotion et qui peut causer la destruction, la mort.

Les effluves roses, rouges, et noirs, un peu pervers qui naissent de ce Captifs du paradis restent dans la mémoire, une fois le livre refermé. C’est la preuve qu’on a fait un voyage des plus prenants.

Christian ROINAT

Captifs au paradis de Carlos Marcelo, traduit du brésilien par Myriam Benarroch, éd. Gallimard, 343 p., 22 €.

Carlos Marcelo (né Carlos Marcelo Carvalho, João Pessoa, le 2 septembre 1970) est à la fois journaliste, écrivain et biographe brésilien, rédacteur en chef de l’Estado de Minas

Michelle Bachelet en visite diplomatique au Venezuela pour sauver le pays

Michelle Bachelet, actuelle Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, se rend mercredi 19 juin au Venezuela. Une visite très attendue qui, malgré son caractère diplomatique, répond à une demande de témoignage des effets de la crise politique et socio-économique sur le peuple vénézuélien.

Photo : MiamiDiario

Le 19 juin, Michelle Bachelet rejoint Caracas pour une durée de deux jours. Un déplacement au cours duquel la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme rencontrera le Président Nicolás Maduro pour une «visite guidée» officielle. Suite à cela, direction l’opposition avec une rencontre qui ne cache pas ses intentions. Michelle Bachelet prévoit donc de s’entretenir avec le Président par intérim et autoproclamé Juan Gaidó, qui demande au peuple de manifester et de montrer la misère dans laquelle est plongé le peuple. Une action mise en place pour contrer les éventuelles manipulations politiques. Dans cette même optique d’une visite grand angle, la délégation assure venir à la rencontre des victimes et des familles subissant les actes violents du régime autoritariste, et ce afin de témoigner des injustices perpétrées par celui-ci. Les chances de récolter des preuves concrètes et irréfutables sont minces, mais cet événement caresse cependant l’idée que les hautes instances internationales ne sont pas insensibles à la situation du Venezuela.

«Madame Michelle Bachelet, bienvenue au Venezuela»

Le pays est en effet plongé dans une crise sans précédent depuis 2017 et les premiers affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. La récente tentative de reprise du pouvoir par Juan Gaidó ne fait que confirmer l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Bien que l’intérim soit reconnu par plus de cinquante pays, la présidence de Nicolás Maduro ne prend pas fin, le chef de l’Etat soutenant sans cesse que la crise est passagère. C’est alors dans cette situation vendue comme temporaire que les chiffres s’accumulent, accablant le régime. L’ONU dénombre plus de 2 millions le nombre de réfugiés politiques ayant fui le Venezuela. Et pour couronner le tout, La Banque centrale du Venezuela a récemment fourni pour la première fois le taux d’inflation du pays, qui grimpe à pas moins de 130 060 % en 2018, et tend vers 10 000 000 % pour fin 2019. «Madame Michelle Bachelet, bienvenue au Venezuela pour trouver des solutions urgentes et faire face à l’urgence humanitaire complexe», annonce Juan Gaidó à quelques jours de l’arrivée de l’ONU. La situation est encore complexe, et bien que des démarches commencent à être engagées, le dialogue s’annonce compliqué et la marge de manœuvre restreinte. Le Venezuela connait des heures sombres et demeure dans l’attente d’une promesse de jours meilleurs.

Corentin RICHARD

Le gouvernement mexicain accuse la marque Carolina Herrera d’appropriation culturelle

À l’issue de la nouvelle collection de Carolina Herrera, le Secrétariat de la Culture mexicain envoie une lettre à la marque vénézuélienne pour avoir utilisé des créations originaires de peuples indigènes.

Photo : Carolina Herrera

«Un lever de soleil à Tulum», «une promenade dans la ville de Mexico» ou encore «la joie de vivre», sont quelques-unes des descriptions utilisées pour parler de la nouvelle collection «Ressort 2020» de la marque vénézuélienne Carolina Herrera. Une collection qui déborde de couleurs et de textures sous l’argument d’être inspirée par des «vacances latino-américaines», provoque la fureur dans l’univers de la mode. Cependant, tout le monde n’est d’accord avec la nouvelle tendance. La Secrétaire de la Culture mexicaine, Alejandra Frausto, a sollicité par une lettre écrite à Carolina Herrera et au directeur créatif de la marque Wes Gordond’expliquer l’utilisation des créations et broderies originaires de peuples mexicains. 

Frausto signale dans sa lettre que «Ces broderies proviennent de la communauté de Tenango de Doria (Hidalgo) ; dans ces broderies on retrouve l’histoire même de la communauté, et chaque élément a une signification personnelle, familiale et communautaire». De même, on retrouve dans quelques robes des broderies florales qui sont particulièrement similaires aux broderies typiques de la région de Tehuantepec (Oaxaca), surtout dans le choix des formes et des couleurs. Un autre exemple est une robe fabriquée à partir du « Sarape Saltillo », un vêtement typique du nord du Mexique dans lequel « On observe le parcours du peuple de Tlaxcala pour la fondation de la région nord du pays». La secrétaire insiste sur le fait de parler d’un «principe de considération éthique», pour discuter publiquement la promotion de l’inclusion et de rendre «visibles les invisibles».

Pourtant, le cas de Carolina Herrera n’est pas le premier à être considéré comme plagiat de la part du gouvernement mexicain. Des marques comme Zara, Mango, Louis Vuitton et Michael Kors sont d’autres exemples à avoir reçu l’attention mexicaine. Un cas qui a soulevé beaucoup d’attention au niveau mondial a été celui d’Isabel Marant, couturière française qui a été accusée d’avoir utilisé les broderies originaires de Santa María Tlahuitoltepec (Oaxaca) dans sa collection Etoile printemps/été 2015. 

Ce scandale soulève ainsi la question des droits culturels des peuples indigènes, dont les créations sont très bien documentées au cours des années. On parle d’un travail artisanal réalisé par des peuples minoritaires, souvent oubliés par les grandes institutions politiques et médiatiques. Dans un contexte où plusieurs individus originaires de peuples indigènes doivent encore faire face à des situations de racisme dans leur propre pays, une perte et un oubli de leurs langues natales ou encore des inégalités de leurs droits en tant que citoyens, un souci de plagiat de leur travail artistique risquerait de passer inaperçu.

Cependant, en novembre 2018 le gouvernement de Morena au Mexique a commencé à travailler sur une stratégie législative qui protègerait la culture indigène pour éviter que le cas de Carolina Herrera se reproduise. Ce projet a pour objectif une loi qui «sauvegarde les connaissances, culture et identité des peuples indigènes et afro mexicains». Cela impliquerait de déroger à quelques lois de droits d’auteur pour éviter que les couturiers utilisent ce type d’illustrations sans le consentement des peuples. «C’est une très grande loi qui donne un titre à ces éléments de leurs cultures originaires. […] Ces créations sont des images de leur cosmovision. Les communautés demandent du respect, pas de l’argent. EIles veulent que les couturiers s’approchent et demandent la permission »dit Susan Harp, présidente de la Commission de la Culture. L’un des apartés de cette loi indique que les peuples originaires auront la possibilité de signer, ou non, des accords avec les couturiers qui prétendent utiliser leurs créations.

Amaranta ZERMEÑO

Un court métrage argentin primé au festival international du film d’animation d’Annecy

Depuis des années, les délégations latino-américaines sont fidèles au festival du film d’animation d’Annecy, avec des dizaines de réalisateurs et de producteurs faisant le déplacement pour concourir dans la compétition et présenter leurs œuvres au public.

Photo: Festival Annecy

Le festival du film d’animation d’Annecy s’est clôt le 16 juin, désignant comme l’un des gagnants de la catégorie court-métrages un film argentin, Pulsión de Pedro Casavecchia.

Pour cette 59ème édition, les latino-américains étaient encore une fois présents : près de deux centaines de professionnels du film animé se sont rendus dans la Perle des Alpes, avec en premiers de cordée les Brésiliens et Argentins ; sur la dizaine de films latino-américains en lice, 4 étaient argentins.

Dans la catégorie court-métrage, le film lauréat de Casavecchia était en lice avec une dizaine d’autres, mais fut seul latino aux côtés de Hideouser and Hideouser de la mexicaine Aria Covamonas. Plusieurs films chiliens, mexicains, équatoriens ont tenté leur chance dans la compétition mais sans remporter de prix.

Hormis les professionnels du secteur audiovisuel, plusieurs entreprises (et donc des investisseurs potentiels) ont aussi fait le déplacement. Cependant, malgré ces chiffres qui semblent importants, les productions sud-américaines n’ont constitué que 2% du total des œuvres en compétition. Ceci détonne avec l’édition 2018 du festival qui a connu une forte présence sud-américaine, du fait que le Brésil était l’invité d’honneur.

Les différentes activités de networking développées lors du festival entre les différentes délégations ont permis de générer des échanges entre producteurs de différents pays pour créer des fonds bilatéraux et aussi de connecter les délégations intrarégionales.

Alice DREILLARD

«Invisibles», le nouveau roman de l’Argentine Lucía Puenzo au cœur de Buenos Aires

Lucía Puenzo, scénariste, puis réalisatrice de films, romancière (et fille de Luis Puenzo, le metteur en scène du mythique Histoire officielle en 1985), présente son cinquième roman, thriller sur fond social et très émouvant portrait de trois enfants perdus des banlieues de Buenos Aires.

Photo : infobae

Ajo a six ans et en paraît moins. Agile et peu craintif, il «travaille» avec sa sœur, la Enana et le copain de la fille, Ismael, jeunes ados du quartier du Once à Buenos Aires. Autrement dit, cornaqués par Guida, un agent de sécurité, qui est donc particulièrement bien informé, ils cambriolent les maisons intéressantes du coin selon une technique rigoureuse pratiquement infaillible.

Guida, toujours bien informé grâce à son métier, a connaissance d’une nouvelle filière : en Uruguay on cherche ce genre de profils pour des cambriolages à grande échelle. C’est risqué mais très profitable. Il organise donc la traversée du Río de la Plata, risquée elle aussi. Et là, le piège se referme sur les trois enfants.

Lucía Puenzo fait fort : c’est une véritable « mission impossible » qui est imposée au trio, mais à un trio d’enfants et, en procédant ainsi, elle rend le lecteur presque complice. On ne peut qu’être du côté d’Ismael, de la Enana et de Ajo, ce n’est pas pour la bonne cause, non seulement ils volent (est-ce si grave pour des gamins dans la misère de voler des millionnaires ?), surtout ils  sont les premières victimes de la situation.

De temps en temps, nous passons de l’autre côté de la frontière sociale, du côté des victimes qui, si elles sont bien une proie du trio, sont tout de même dans le camp des riches, des très riches, peut-on dire des oppresseurs ? Lucía Puenzo les montre dans leur monde qu’ils ne partagent pas mais qui est une autre forme d’existence normale. Ils sont en vacances, en famille, mènent une vie tranquille et ne font de mal à personne. Dans le lotissement tellement protégé qu’il a des allures de ghetto, avec ses gardiens armés et ses hauts murs, la violence se cantonne au niveau des chiens qui se déchaînent contre les  brebis voisines ou leurs propres congénères.  

C’est ailleurs que se manifeste l’innocence, présente dans l’histoire sous la forme d’une jolie personne lunaire, un peu extérieure à tout, qui donne un souffle poétique à la noirceur de l’ensemble.

Rien pourtant n’est tout noir ou tout blanc dans Invisibles. L’autrice jette sur ses personnages des deux camps un regard de compréhension qui laisse le lecteur juge des diverses actions, celles des jeunes et celles des nantis, s’il le souhaite, car il n’est pas essentiel de pencher d’un côté ou de l’autre, au contraire, elle le met dans la position de témoin honnête, d’honnête homme.

Invisibles est un roman riche, prenant, émouvant, Lucía Puenzo s’améliore de livre en livre !

Christian ROINAT

Invisibles de Lucía Puenzo, traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet, éd. Stock, 214 p., 19,50 €. Lucía Puenzo en espagnol : El niño pezLa furia de la langosta / Wakoldaed. Duomo, Barcelone. Lucía Puenzo en français : L’enfant poisson / La malédiction de Jacinta / La fureur de la langouste / Wakolda, éd. Stock.

Née en 1976, Lucía Puenzo est une auteure et réalisatrice argentine. Son premier long métrage, XXY,  remporte le grand prix de la Semaine de la Critique à Cannes en 2007 et le prix Goya du meilleur film étranger en 2008. Elle publie son premier roman L’enfant poisson (Stock, 2010) à 23 ans. Invisibles est son sixième roman.

L’Amérique latine débarque en France avec la Coupe du monde féminine de football 2019

Le Brésil, l’Argentine et le Chili représentent l’Amérique latine lors du plus grand événement de football féminin : la Coupe du monde féminine, qui se déroule du 7 juin au 7 juillet sur le territoire français. 

Photo : AFP (Marta)/OL (Ada Hergerberg)/Agencia Uno (Christiane Endler)

Après avoir remporté la Coupe du monde en 2018 et la Champions League féminine en mai dernier, la France devient pour la première fois le plateau de la Coupe du monde féminine, accueillant 24 sélections du monde entier. Tandis que les équipes françaises ont vu cette récente série de victoires, certains insistent sur la présence d’adversaires très forts tels que les Etats-Unis, l’Allemagne ou encore l’Angleterre. 

En huit éditions de la Coupe du monde féminine, les États-Unis ont terminé champions à trois reprises, avec l’Allemagne en deuxième place comptant deux victoires, le Japon et la Norvège en troisième place avec une seule. Ce paysage n’est pas très prometteur pour les équipes latino-américaines, mais les joueuses ne montrent aucun signe de découragement. 

Il est vrai les équipes masculines du Brésil, de l’Argentine et du Chili ont déjà construit leur réputation tout au long de l’histoire du football. Pourtant, les équipes féminines de ces mêmes pays cherchent encore à construire de leur côté une renommée du même calibre. Pour le Brésil on peut attendre une certaine pression de la part du public, puisque l’équipe a rencontré quelques difficultés au cours de l’année 2018, en addition à la récente blessure de la célébrité Marta Vieira da Silva, six fois lauréate de «meilleure joueuse» dans la catégorie féminine. Si les brésiliennes remportaient la coupe cette année, le Brésil compléterait finalement sa grande lignée de prix majeurs du football. 

Par ailleurs, le cas du Chili est très différent de son voisin sud-américain. Cet été, le Chili va participer à la première phase finale de la Coupe du monde de son histoire. L’équipe a pourtant terminé deuxième de la Copa America féminine, et ses efforts pour parvenir à se qualifier cette année ne sont pas passés inaperçus. Le coach de la sélection chilienne, José Letelier, affirme que cette participation à la Coupe du monde doit être considérée comme un pas important dans le long chemin vers la professionnalisation du football féminin, et pas comme un objectif ultime : «Il est important que le mondial ne soit pas le but final, il peut être un moyen pour continuer à avancer mais on ne doit pas prétendre que c’est uniquement un événement, il va marquer un chemin à suivre», déclare José Letelier dans un entretien avec EFE. En outre, la capitaine et gardienne de la sélection Christiane Endler conduit désormais l’équipe chilienne sous les projecteurs, puisqu’elle est devenue une référence pour son pays comme pour le PSG (Paris Saint-Germain), son équipe actuelle. 

Finalement, la Coupe du monde féminine 2019 est une épreuve pour les sélections, mais également un rappel au public de ce qu’ont accompli les femmes sur le terrain sportif, surtout s’agissant du football : «On devrait avoir honte que le phénomène populaire le plus grand à avoir existé, ait passé plus d’un siècle à omettre la présence des femmes», dit Jorge Valdano, journaliste pour El País. Les femmes sont désormais de plus en plus visibles dans le monde du football, que ce soit sur le terrain de jeu comme derrière les coulisses. Malheureusement ceci ne les débarrasse pas des commentaires sexistes propres à un sport qui a été largement dominé par les hommes. Cela se renforce par plusieurs cas de commentatrices sportives qui doivent supporter de fortes critiques sur les réseaux sociaux de la part des fanatiques, personnes qui refusent d’accepter le progrès social en direction d’une possible égalité des genres. Ada Hergerberg, la première femme à avoir remporté le Ballon d’or féminin, est une jeune norvégienne qui joue pour l’Olympique Lyonnais et a décidé de ne pas jouer à l’occasion de la Coupe du monde de cette année. C’est son mode de protestation contre les inégalités entre les footballeuses et footballeurs. 

Avec le début des matchs, la programmation de la télévision française change pour s’adapter au mieux à ce mois de football. Découvrez la complexité derrière le football féminin à travers plusieurs documentaires, touchant à plusieurs sujets qui entourent cette thématique : le football et les filles dans les banlieues, suivant le quotidien de la joueuse de l’OL Amel Majri(LionnesMarc Savourel), le football féminin dans le monde et ses variations culturelles (Little Miss SoccerJérémy Marcet Candice Prévost), l’enjeu presque dangereux du football féminin en Afghanistan (Le foot féminin à Kaboul, une lucarne de libertéWilm Huygen), et quelques autres exemples. 

 Amaranta ZERMEÑO

Retrouvez tout le programme sur le site de Télérama

Jesús Santrich, un ancien chef des Farc devant la justice colombienne

Jesús Santrich, ancien chef de la guérilla des Farc, accusé de délits présumés commis lors d’une implication dans le narcotrafic, qualifie le procès intenté contre lui de «coup monté». À ses yeux, il existe en Colombie une faction de la population qui souhaite nuire aux accords de paix. Dans cette entrevue exclusive avec France 24, il souligne qu’il faut trouver un moyen pour offrir des solutions aux différents problèmes d’ordre social.

Photo : RCN radio

Le 29 mai 2019, la Cour suprême de Colombie a émis un verdict ordonnant la libération de Seuxis Paucias Hernández Solarte, mieux connu sous le nom de Jesús Santrich, un ex-leader guérillero qui occupe désormais un siège au Sénat colombien. Santrich a été capturé en avril 2018 pour sa présumée participation dans plusieurs délits liés au narcotrafic, notamment dans l’envoi de 10 tonnes de cocaïne aux États-Unis. Actuellement membre du Parlement colombien, il qualifie de coup monté l’action menée à son encontre.

«Je ne pense pas que l’accusation du parquet et de la DEA (Drug Enforcement Agency, Administration pour le contrôle des drogues), était personnellement dirigée contre moi. Il était question de détourner l’attention du processus de paix de la part non seulement du procureur mais d’un secteur belliciste qui existe dans le pays» affirme Santrich lors d’une conversation avec les journalistes de France 24 Pascale Mariani et David González.

Le membre du parti Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común (Farc), apparu après les accords de paix, soutient son innocence face aux accusations qui l’inculpent. De plus, il tient pour responsable le Département d’État des États-Unis ainsi qu’une partie du gouvernement colombien d’entraver le processus de paix.

«Je suis innocent et j’ai tous les éléments nécessaires pour corroborer cela. Quand j’étais en Colombie, j’étais constamment sous surveillance policière […] Maintenant, le procès s’apprête à maintenir un tissu de mensonges perfides qui mine la bonne foi de ces personnes qui sont arrivées en même temps que les ex-combattants» ajoute le politicien.

Le rejet de l’extradition

Un ordre d’extradition est lancé afin que Santrich soit transféré aux États-Unis pour ces délits de narcotrafic, une mesure qui a été refusée par la Justicia Especial para la Paz (JEP) en Colombie. Malgré cela, l’ex leader guerrillero souligne qu’il continuera à se battre pour défendre les accords de paix dans son pays.

«Je préfère mourir en luttant en Colombie plutôt que d’être extradé par un empire qui a nuit à notre pays en y intervenant, en surexploitant ses ressources naturelles et en y installant un esprit belliciste» ajoute Santrich.

Le politicien semble aussi être préoccupé par la quantité des chefs de file et ex-membres de la guerilla qui sont morts ces dernières années à cause de l’escalade de la violence. Malgré cela, il reste confiant dans le processus de paix et souligne qu’il est disposé à le défendre.

«Je ne me risquerai pas à contrôler les statistiques quant au respect de l’accord, mais ce que je peux dire c’est que 150 camarades de nos camarades se retrouvent sous terre et plus de 300 dirigeants sociaux se sont fait assassinés dans une escalade guerrière infâme […] Il est nécessaire de redoubler d’effort pour rebâtir la réputation dont jouissait l’accord de paix lors de sa signature à La Havane» dit Santrich.

En ce qui concerne les quelques ex-combattants dissidents qui sont retournés au combat armé, Santrich explique que cela a été grandement débattu, et qu’il ne s’oppose pas à la décision prise par certains de ses camarades.

«La rébellion armée est un droit universel des peuples, le fait que nous ayons emprunté la voie pacifique ne nous élève pas à un rang supérieur, nous respectons totalement la décision de nos camarades. […] tant qu’il y aura de la conflictualité sociale il y aura des rébellions armées», explique l’ex-chef guérillero.

Enfin, il signale que lorsque son parti le lui demandera, il prendra possession de son siège au Parlement colombien. «C’est une autre lutte que nous devons mener : la lutte parlementaire

D’après France 24
Traduit par Alice DREILLARD

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