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Revue Latinos

L’auteur argentin Hernán Diaz remporte le prix du jury du festival America de Vincennes

Du 20 au 23 septembre dernier, les amoureux de la littérature américaine anglophone et hispanophone ont pu assister avec joie au festival America, organisé à Vincennes. Après plusieurs jours de conférences, tables rondes et autres activités, les prix du jury et des lecteurs ont été attribués. L’auteur argentin Hernán Diaz, qui vit aux États-Unis, a été récompensé pour son premier roman, Au loin.

Photo : Festival America

Le festival America s’est déroulé il y a deux semaines. Le prix du Roman Page America a été attribué à l’auteur Hernán Diaz, natif argentin et résidant américain, pour son roman Au loin, publié chez Delcourt. Installé à New York depuis 20 ans maintenant, il est le directeur adjoint de l’Institut hispanique de l’université de Columbia. Le finaliste du prix Pulitzer 2018 fait ainsi une entrée fracassante dans les librairies françaises, avec son premier roman récemment traduit de l’anglais. Le public francophone aura le plaisir de découvrir l’histoire de Håkan, un paysan qui erre entre la Californie et New York pour retrouver son frère. Cela fait déjà vingt ans qu’a germé en lui l’idée de ce roman, qu’il a commencé à écrire en 2012. Avec Au loin, il réécrit l’Ouest américain, ce topique littéraire si présent outre-Atlantique.

À l’instar de sa vie, le roman de Diaz est bercé de voyages, de langues et d’errances. Le protagoniste, Håkan est suédois. Rien d’étonnant quand on sait qu’Hernán Diaz a passé son enfance à Stockholm, où il a emménagé à l’âge de 2 ans. Sa famille a en effet dû fuir l’Argentine en 1976, à la suite du coup d’État, car le père de l’auteur était très impliqué dans la vie politique et était donc en danger. Après sept ans sur le territoire suédois, ils sont retournés en Argentine, où l’auteur est resté jusqu’à son entrée à l’université à Londres, avant de déménager définitivement aux États-Unis.

Son oeuvre séduit la critique et les lecteurs, tout comme les combats qu’il mène aux États-Unis, notamment contre les discriminations. Hernán Diaz est en effet intervenu sur la question de la glottophobie, terme savant pour évoquer la discrimination linguistique, c’est-à-dire la question des accents. Fort de son expérience de vie itinérante, l’auteur s’érige en porte-parole de la cause car, quelque soit la langue dans laquelle il s’exprime, on lui reproche toujours un accent américain, espagnol ou suédois.

Il cherche à démontrer qu’il n’y a aucun souci à ne pas parler comme un local car après tout, «un accent est l’écho de la langue ou de l’intonation de celui qui parle une autre langue. […] Il est un rappel du fait qu’une langue n’appartient à personne, pas même aux locuteurs natifs. […] Et le fait qu’il y ait des accents est déjà une preuve que l’on peut se comprendre les uns les autres, malgré nos différences, ce qui est la preuve la plus solide de l’hospitalité au cœur de chacune des langues.»[1] Au loin est donc l’écriture d’un homme qui a fait l’expérience du monde et qui veut partager le sentiment de l’errance avec son lecteur, et Hernán Diaz est l’exemple d’un voyageur qui construit des ponts entre les cultures et les individus.

Nina MORELLI

[1] La citation est traduite de l’anglais par l’auteure.

Un concert franco-colombien par Alain Pacquier à l’Arsenal de Metz le 21 octobre 2018

Alain Pacquier travaille depuis une trentaine d’années sur des projets artistiques avec des pays d’Amérique latine. A l’occasion du concert qu’il prépare dans le cadre de son nouveau projet France-Colombie, voici son portrait ainsi qu’un descriptif de ses actions. Un des premiers grands moments de cette collaboration musicale internationale sera le concert du 21 octobre 2018 à 16h à l’Arsenal de Metz, les «Couleurs symphoniques de l’Amérique latine».

Photo : Cité Musicale

Créer des ponts culturels entre l’Amérique latine et l’Europe, voilà la mission que s’est donné Alain Pacquier. Ce Lorrain passionné de musique, créateur et directeur artistique du festival de Saintes et du festival international de musique de Sarrebourg, œuvre depuis le couvent de Saint-Ulrich en Lorraine. Il y développe des activités autour de la découverte de musiques du monde parfois oubliées et incite les jeunes mosellans à la pratique instrumentale. Le lauréat en 1997 du Prix Monseigneur Marcel de l’Académie française pour son livre Les Chemins du baroque dans le Nouveau Monde monte depuis 2005 des projets de rencontres internationales entre musiciens latino-américains et mosellans.

Au cours de ses voyages en Amérique latine, il se rend compte que les populations locales entretiennent un rapport spécial au monde musical : dans la précarité et la pauvreté les plus extrêmes, la musique est une bouffée d’oxygène que l’on aime et que l’on pratique sans rien attendre en retour. La musique rend digne, en somme.

Dans des pays latino-américains comme le Mexique, la Colombie et le Venezuela où musique et action sociale vont de pair, comment ne pas imaginer un projet international ? C’est ce constat qui le pousse à former de jeunes musiciens à la pratique instrumentale symphonique et à promouvoir des collaborations outre-Atlantique, en organisant des rencontres et des concerts.

Nous le retrouvons dans le cadre de son nouveau projet d’échange musical avec la Colombie. Le but ? Réunir de jeunes colombiens et mosellans autour de musiques colombiennes, d’œuvres symphoniques et des figures du compositeur français emblématique Hector Berlioz et du maître du romantisme musical colombien José María Ponce de León, malheureusement moins connu que son contemporain.

Les « Couleurs Symphoniques de l’Amérique latine » en concert

La délégation colombienne qui se rendra en Lorraine en octobre 2018.

Photo : Alain Pacquier

«Mettre en commun ce que nous avons et qu’ils n’ont pas avec ce qu’ils ont et que nous n’avons pas.» Le projet France-Colombie repose sur ce principe et prend la forme d’un programme éducatif et musical original et historique : des rencontres musicales entre jeunes lorrains et colombiens.

Depuis 2013, grâce aux Rencontres Musicales de Saint-Ulrich, Alain Pacquier a mis en place ce projet pour favoriser la pratique instrumentale symphonique et promouvoir la mixité sociale, l’autonomie et la responsabilisation auprès des jeunes. L’objectif est d’organiser un échange et une coopération internationale avec les «Jeunes Symphonistes mosellans».

Ce projet se déroulera sur deux ans. Dans un premier temps, du 5 au 21 octobre 2018 en Lorraine. Les musiciens colombiens de Neira et Manizales seront d’abord reçus au couvent de Saint-Ulrich et prépareront un concert qui aura lieu le jeudi 11 octobre 2018 à l’Espace Lorrain de Sarrebourg. Puis ils rencontreront leurs camarades francophones de Sarrebourg et de Woippy, une ville près de Metz. Ensemble, ils répèteront pour deux concerts de clôture de la première phase du projet : d’abord à l’Espace René Cassin de Bitche, ensuite à l’Arsenal de Metz. L’année prochaine, ils se retrouveront de l’autre côté de l’Atlantique pour la deuxième phase du projet.

Ce sont plus de cent jeunes musiciens, stagiaires du programme et membres de la délégation colombienne qui se retrouveront sur scène pour offrir au public des «Couleurs symphoniques de l’Amérique latine», le 21 octobre 2018 à 16h à l’Arsenal de Metz. Ils interprèteront des œuvres de compositeurs colombiens (Felix Mendoza, Arturo Márquez, José Pablo Moncayo) ainsi que deux créations symphoniques de jeunes compositeurs, un français et un colombien (Simon Clausse et Cristhian Galindres).

Nina MORELLI

María Sonia Cristoff et l’écriture de l’isolement en Patagonie dans Faux calme

María Sonia Cristoff est une auteure argentine qui a grandi en Patagonie avec sa famille d’origine bulgare. Adolescente, elle se rend compte que l’isolement est le trait le plus caractéristique de cette contrée lointaine et retirée, ce territoire qui compte parmi les moins peuplés au monde. Elle dresse dans Faux Calme, un livre de non-fiction récemment traduit en français, une série de portraits patagoniens qui illustrent différents aspects de cet isolement.

Photo : Revista Vísperas/Éditions du sous-sol

María Sonia Cristoff nous livre dans Faux calme des témoignages d’habitants de quatre villages-fantômes et d’une ville-fantôme. Les portraits proposent toujours un point de vue original, une unicité propre et sont parfois à la limite du champ de la science-fiction. Faux calme est en effet un livre de sciences sociales pétri de différentes influences qui relèvent du légendaire, du mystique, mais pas seulement. Les récits de voyage constituent la première source d’innutrition littéraire dans ces scènes descriptives. L’originalité du livre repose également sur l’alternance des récits avec les propres souvenirs de l’auteure, avec des coupures de presse qui appuient la chronologie des événements racontés, des extraits de romans…

María Sonia Cristoff illustre l’isolement en retraçant les histoires individuelles de personnes qui ne s’intègrent que peu dans l’histoire collective de la Patagonie. Les locaux qu’elle a fréquentés sont tous très différents les uns des autres, tous liés car ils sont à la marge du monde, même si leurs isolements respectifs ne prennent pas la même forme la plupart du temps. On retrouvera par exemple sur le même plan le récit de la vie d’un homme qui est passionné d’avion mais qui ne voyage pas et reste les pieds ancrés dans sa terre patagonienne, et le récit de la vie d’une femme dont l’histoire familiale et émotionnelle est chaotique depuis toujours, mais qui explique comment être heureuse.

Ces paroles innocemment énoncées et brillamment retranscrites interrogent sur l’état des grandes questions sociales dans les territoires patagoniens. Quid de l’éducation et de la survie des cultures amérindiennes ? À l’instar de l’œuvre magnifique La Place d’Annie Ernaux, María Sonia Cristoff pose la question de la culture intellectuelle face à la culture du sol, en prenant l’exemple des Mapuches dont la langue disparaît et pour qui la pratique d’activités traditionnelles telles que le tissage est un moyen de défendre leurs origines pour les descendants.

Quid du vernis social superficiel, de ces liens que l’on conserve en société et dont on se détache une fois isolé ? Sous couvert d’un travail d’enquêtrice, l’auteure montre l’abandon des discussions inutiles et du futile dans la Patagonie. Quid de la place de la femme au sein de son foyer et de sa famille ? Ce ne sont là que quelques-unes des thématiques abordées dans Faux calme. María Sonia Cristoff n’apporte aucun jugement ou aucune sentence définitive dans son récit. Il s’agit uniquement d’écouter ces voix lointaines enfin mises sur le devant de la scène et de recueillir leurs paroles.

Nina MORELLI

Du 20 au 23 septembre, le festival America accueille des auteurs latino-américains à Vincennes

Le festival America est devenu le rendez-vous bisannuel des auteurs nord-américains en France. Même si la programmation est principalement axée autour de la littérature de la zone anglophone du continent, elle offre aux amoureux de la langue castillane un panel d’auteurs à découvrir ou à retrouver avec plaisir. Parmi la longue liste d’écrivains figurent des auteurs venus du Mexique et de Cuba.

Photo : Paris Librairies

La première édition de 2002 et les sept suivantes ont été menées à bien grâce à des équipes de bénévoles motivés et à l’amour de la littérature de l’autre côté de l’Atlantique. Il ne s’agit pas pour cette structure d’organiser uniquement une série d’évènements le temps d’un week-end : elle propose également à des auteurs nord-américains de participer à des programmes de résidences d’écrivains. La neuvième édition du festival America de Paris, organisée à Vincennes, met cette année à l’honneur le Canada. Centrée autour des littératures nord-américaines, c’est une trentaine d’auteurs anglophones, francophones et hispanophones à retrouver du 20 au 23 septembre 2018.

Le festival propose une ouverture américaine sur des sujets de l’actualité mondiale et américaine, tels que la crise des migrants ou encore le rapport aux populations amérindiennes. De nombreuses rencontres sont organisées et de grands noms de la littérature hispanique seront conviés à non seulement donner leurs points de vue sur des réalités sociales et politiques, mais aussi à débattre sur des sujets artistiques. Les auteurs mexicains Emiliano Monge, Antonio Ortuño, Martín Solares et Aura Xilonen participeront à ces discussions, ainsi que les auteurs cubains Wendy Guerra, Vladimir Hernández et Karla Suárez. Nous aurons le plaisir de les écouter débattre lors de tables rondes et de conférences aux thématiques passionnantes et variées. Nous vous reproduisons la liste des sujets qui seront abordés par ces auteurs latino-américains.

Nina MORELLI

Thèmes politiques, historiques et philosophiques
Une société corrompue
Une odyssée vers la liberté
E… comme Exil : vivre autre part
F… comme Frontière : Passer la frontière
G… comme Guerre #2 : L’air de la guerre
H… comme Histoire #2 : Tours et détours de l’Histoire
P… comme Politique : Politiques fictions
R… comme Rêve américain : Que reste-t-il de l’American Dream ?

Thèmes sociaux
Les damnés de la Terre
La justice est un plat qui se mange froid
Une jeunesse tronquée
F… comme Femmes : portraits de femmes #1
H… comme Héroïne : Entre toutes les femmes
O… comme Origines : Là d’où je viens
P… comme Père : la place du père
S… comme Société : Le roman, miroir de la société #2
V… comme Violence : l’homme est un loup #1 et #2
V… comme Violence Sociale : Un monde sans pitié

Thèmes artistiques
A… comme Art : Pour l’amour de l’art
C… comme Corps : Écrire le corps
E… comme Écriture : l’art du roman
N… comme Noir : Toute la noirceur du monde
P… comme Personnages : Personnages en quête d’auteur
P… comme Polar : noir, c’est noir

Le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón conquiert le monde et reçoit un Lion d’or à Venise

Le réalisateur mexicain est au centre de l’actualité cinématographique grâce à son nouveau long-métrage Roma, qui a remporté le Lion d’or à Venise. Cette récompense a suscité le débat dans le monde du cinéma car c’est la première fois qu’un film Netflix gagne un prix à l’un des principaux festivals européens. Mais qui est Alfonso Cuarón ? Voici son portrait et l’histoire de son parcours entre deux pays, le Mexique et les États-Unis.

Photo : France Soir

Depuis que son film Roma, produit par Netflix, a reçu un Lion d’or à Venise, le nom d’Alfonso Cuarón Orozco est sur toutes les lèvres. Le réalisateur mexicain de 56 ans a à son actif de nombreux succès cinématographiques et télévisuels et possède déjà plusieurs cordes à son arc, puisqu’il est également producteur et scénariste. Parmi ses films les plus connus, on retiendra La Petite princesse (1995), Y tu mamá también (2001), Harry Potter et le Prisonnier d‘Azkaban (2004), Les Fils de l’homme (2006) et Gravity (2013).

Sa passion pour le cinéma naît alors qu’il est encore enfant, à l’âge de 10 ans, grâce à sa mère qui le pousse à découvrir différents genres cinématographiques et à s’intéresser au monde de la culture. Dès lors, il s’exerce, à l’aide d’une caméra Super 8, et commence à filmer frénétiquement.

Son œuvre, à l’image de sa vie, vacille entre son Mexique natal et les États-Unis où il part travailler en 1991 pour réaliser des épisodes de la série Fallen Angels. C’est avec émotion qu’il parle de son dernier film, à composante autobiographique. Ce qu’il offre avec Roma, c’est une expérience cinématographique totale, pas une simple histoire racontée.

Roma est un film dramatique en noir et blanc qui retrace la vie d’une famille mexicaine de la classe moyenne dans les années 1970. Le réalisateur s’est accroché à ce long-métrage comme à un «gilet de sauvetage»[1] au milieu d’un «océan déchaîné». Il qualifie lui-même son travail de sociologique, car ce que l’on nous raconte dans ce film, au-delà d’un drame familial, c’est le Mexique d’il y a cinquante ans, avec tous ses problèmes, qui sont malheureusement encore d’actualité.

Alfonso Cuarón a grandi rue Tepeji, dans la colonia Roma, un quartier de Mexico. Lorsqu’il déambule dans la capitale, c’est la ville de son enfance qu’il voit : chaque recoin est associé à un passé lointain, chaque lieu fait l’objet de comparaisons. Il critique également les abus de la vie politique dont il a été témoin petit, et se réjouit que Mexico soit désormais une «référence culturelle dans le monde», une ville dans laquelle évoluent des «générations vibrantes, explosives». C’est cette capitale-là qui lui donne envie de se battre et d’apporter sa pierre à l’édifice. Alfonso Cuarón Orozco œuvre en effet pour une reconstruction complète de la ville à la suite de tremblements de terre. Il ne s’agit pas simplement d’un projet urbanistique et architectural mais plutôt d’un projet social. Ce qu’il veut, c’est un «mouvement civil» pour la capitale, il attend de la société civile qu’elle s’élève pour construire le Mexique du XXIe siècle.

Nina MORELLI

[1] Toutes les citations, traduites par l’auteure, sont extraites d’un entretien avec Alfonso Cuarón accordé à El País.

Macarena Valdés et Santiago Maldonado, morts pour avoir défendu les peuples indigènes

Être militant n’est pas sans risques en Argentine et au Chili. Macarena Valdés et Santiago Maldonado incarnent l’oppression subie par ceux qui défendent les communautés indigènes et l’environnement. Les voix s’élèvent de l’autre côté de l’Atlantique mais les crimes se perpétuent, ces deux portraits ne sont que deux exemples parmi tant d’autres. 

Photo : Resumen Latinoamericano

La région de Los Ríos (Région des Fleuves), terre de forêts, et de fleuves bien sûr, à 750 kilomètres au sud de Santiago, est l’une des régions où la population mapuche est très présente. Les Mapuches sont des indigènes du sud du Chili, et ils luttent aujourd’hui pour la sauvegarde de leur culture et de leur langue. Très souvent, cette défense de leur spécificité culturelle s’accompagne d’une lutte pour la sauvegarde de l’environnement. Toutefois, s’opposer aux grandes entreprises qui exploitent les ressources naturelles du Chili n’est pas sans risque.

Macarena Valdés le savait, mais ne l’acceptait pas. Cette jeune femme de 32 ans, qui faisait partie de la communauté mapuche installée à Panguipulli, a été retrouvée pendue le 22 août 2016 à son domicile. La police a conclu à un suicide. Mais pour les défenseurs de la communauté mapuche et pour les militants écologistes chiliens, cela ne fait aucun doute : Macarena Valdés a été assassinée à cause de son opposition à une centrale hydroélectrique.

L’entreprise RP Global, au travers du holding RP Global Chile Energías Renovables formé avec le groupe de distribution électrique Saesa, a en effet entrepris en 2015 la construction d’une centrale hydroélectrique sur la commune de Panguipulli, proche du hameau Tranguil où vivait Macarena Valdés, ainsi que son mari et leurs quatre enfants.

RP Global est une transnationale de l’énergie présente en France (où elle exploite quatre sites éoliens), au Portugal, en Allemagne, au Chili, au Pérou, et dans de nombreux autres pays dans le monde entier. Elle est active à la fois dans l’hydroélectrique, le solaire et l’éolien. Lors de la construction de cette centrale sur le Río Tranguil, l’entreprise est décidée à installer des câbles électriques à travers le terrain sur lequel vivait la famille Valdés.

À partir de ce moment-là, les choses se compliquent. La famille Valdés, et en particulier Macarena, s’oppose au projet et refuse que l’entreprise pénètre sur le terrain pour installer les câbles à haute tension. Le 1er août 2016, Macarena est à la tête d’une manifestation qui bloque l’accès au terrain jusqu’à ce que la gouverneure de Valdivia ordonne à l’entreprise de se retirer. La gouverneure accepte le même jour d’organiser une réunion avec les opposants au projet.

Cette réunion a lieu le 19 août et aborde des questions d’ordre général. La gouverneure annonce le report de sa décision, le temps de vérifier certains éléments. Le 21 août, un véhicule de l’entreprise arrive sur le terrain et deux hommes parlent à sa propriétaire, Mme Palnemilla. Ils lui demandent d’expulser la famille, ce qu’elle refuse. Les deux hommes lui auraient alors dit que «quelque chose de mauvais pourrait arriver à l’un d’entre [eux] s’[ils décidaient.] de rester». Le lendemain, Macarena Valdés est retrouvée pendue à son domicile.

Pour les communautés mapuches, il ne fait aucun doute que Macarena a été assassinée. Après que la police a conclu à un suicide, la communauté a entrepris ses propres recherches. Selon des expertises privées, des incohérences graves mettent en doute la version officielle : l’autopsie révèle que les cervicales de Macarena Valdès n’étaient pas cassées comme cela aurait été le cas si elle s’était suicidée. Par ailleurs, la propriétaire du terrain n’a pas pu relater à la police d’investigation les menaces qui ont été proférées le 21 août, les forces de l’ordre ayant refusé d’enregistrer sa plainte.

Au-delà du décès de Macarena Valdés, la communauté mapuche, dont le message est porté par Marcelino Collio, continue de dénoncer les agissements de l’entreprise. Le 23 août 2016, le lendemain de la mort de Macarena, l’entreprise pénètre une nouvelle fois sur le terrain, accompagnée des forces spéciales et de véhicules blindés. La communauté résiste une nouvelle fois et des violences éclatent entre la police et les manifestants, jusqu’à ce que les autorités locales ordonnent le retrait de l’entreprise et des forces de l’ordre. Malgré tout, l’entreprise revient à la charge le 13 octobre de la même année, toujours accompagnée de la police et de véhicules blindés. Cette fois, ils réussissent à installer les câbles électriques.

La communauté et l’Observatoire latino-américain des conflits environnementaux continuent de dénoncer ce projet, qui viole la Convention 169 relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail pourtant signée par le Chili. Cette convention rend obligatoire la consultation des populations locales en cas de tels projets. De plus, il semble que ce projet viole les restrictions édictées par le Service national de tourisme qui protège cette zone. Par ailleurs, la centrale affecte huit kilomètres du fleuve contre les deux initialement prévus et autorisés, et n’a pas fait l’objet d’une étude d’impact sur l’environnement, en plus d’avoir dévié le cours du fleuve de 200 mètres environ. Enfin, RP Global a installé illégalement la salle des machines sur un terrain appartenant à une famille de la communauté.

Par-delà les sommets enneigés des Andes, les communautés mapuches argentines sont elles aussi en lutte. Le plus grand propriétaire terrien d’Argentine est le groupe italien Benetton, que l’on ne présente plus. Dans la province Chubut, la communauté Pu Lof occupe donc un terrain revendiqué par le groupe Benetton depuis 2015. En 2017, lors d’une intervention de la gendarmerie argentine, le militant Santiago Maldonado disparaît. Son corps est retrouvé noyé 78 jours plus tard, comme vous le racontait Espaces Latinos le 27 octobre dernier.

En novembre, c’est au tour de la communauté Lof Lafken Winkul Mapu, qui occupe une terre dans la province du Río Negro, d´être victime de la répression. La police fédérale intervient sur l’ordre d’un juge pour déloger les occupants d’une parcelle, puis recherche les Mapuches qui se sont réfugiés dans la montagne. Le groupe Albatros explique avoir alors essuyé des tirs de gros calibre. Ils ont riposté. Quelques minutes plus tard, Rafael Nahuel redescend la colline, soutenu par deux camarades. Il meurt en quelques minutes, les intestins et le foie perforés par une balle venant de derrière lui.

À ce jour, la centrale de Tranguil continue de fonctionner. Les gouvernements chilien et argentin continuent d’enfreindre la Convention 169 de l’OIT qu’ils ont ratifiée. Les conflits environnementaux se multiplient au Chili, en Argentine, mais également dans d’autres pays du continent. Et des militants écologistes sont assassinés, de Mexico à la Terre de feu. En 2016, selon Global Witness, ils furent 200 à être assassinés en défendant l’environnement dans le monde, dont 120 en Amérique latine. Macarena Valdés n’apparaît pas dans cette liste. Le rapport de l’ONG concernant l’année 2017 n’a pas encore été publié. Combien de militants latino-américains figureront sur cette liste ?

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

Le film documentaire mis en lumière aux États généraux de Lussas en Ardèche

Dans le village de Lussas, en Ardèche, du 19 au 25 août se tiennent les États généraux du film documentaire qui fêtent leur 30e édition. Fidèle aux valeurs suivies par la manifestation dès 1989, le festival reste non-compétitif. La ligne éditoriale des États généraux est profondément marquée par trois axes de programmation : les séminaires et ateliers, les rencontres professionnelles qui proposent des temps privilégiés d’échange entre les différentes catégories professionnelles, et les programmations films.

Photo : Emmanuel Le Reste

La sélection «Expériences du regard», confiée comme l’an dernier à Dominique Auvray et Vincent Dieutre, s’intéresse tout particulièrement à la production francophone européenne de l’année et met en avant des œuvres récentes et peu diffusées. «Histoire de doc» renforce la dimension de formation à travers la programmation d’œuvres de référence ou de patrimoine. «Fragments d’une œuvre» propose des rétrospectives d’auteurs confirmés ou la découverte de la filmographie de jeunes auteurs. «Route du doc» propose de faire le point sur l’évolution du documentaire hors de nos frontières. Et les séances plein air du soir n’oublient pas les films à caractère plus événementiel…

Cinq salles et une vidéothèque proposent parallèlement des séances en matinée, après-midi et soirée. Les stages professionnels alternent séances à huis clos et parcours sur la manifestation. En soirée, les séances plein air, les projections dans les villages environnants et les projections chez l’habitant enrichissent encore la programmation.

Au niveau historique, on fera la découverte du cinéma documentaire en R.D.A. qui ne fut pas seulement un cinéma de propagande. On verra aussi comment les cinéastes de l’ex-Yougoslavie ont filmés ces dix dernières années. Ce n’est qu’un aperçu du programme qui recevra de nombreux invités. Et le soir, des séances en plein air montreront des films qui seront bientôt sur les écrans.

Pleins feux sur l’Uruguay à Biarritz en septembre prochain

La 27e édition du festival Biarritz Amérique latine se tiendra du 24 au 30 septembre prochains. Cinéma, musique, photographie, littérature… Cette année, le programme du festival fait rayonner la culture uruguayenne avec la projection d’une dizaine de films qui rend hommage à la créativité de ses cinéastes.

Le Festival Biarritz Amérique Latine est un festival de référence pour le cinéma latino-américain. Il propose trois compétitions de films longs-métrages, courts-métrages, et documentaires. Outre les films en compétition, le festival présente chaque année des focus autour de différentes thématiques.

Le festival propose également de découvrir la culture latino-américaine sous d’autres formes avec des rencontres littéraires, des rencontres animées par l’IHEAL (Institut des Hautes Études de l’Amérique latine), des expositions et des concerts. Le fameux Village du festival, lieu de convivialité et d’échanges situé face à l’océan, permet d’assister aux expositions, aux conférences et tous les soirs aux concerts gratuits. Il est ouvert de 9 h à 2 h du matin.

Alain LIATARD

Voir la bande annonce du festival

Le Chilien Mauro Ceballos met le vin rouge à l’honneur dans sa BD Di Vin Sang

Le dessinateur Mauro Ceballos propose une fusion novatrice de l’art et de la gastronomie avec la publication de sa bande dessinée Di Vin Sang. Elle raconte l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais. Cette BD a été parallèlement amenée au cinéma dans un film d’animation signé par le réalisateur Sergio Santamaria. Elle est disponible en librairie à Bordeaux ou directement chez l’éditeur.

Photo : Hypstorek/La cave à dessins

Di Vin Sang ; c’est le nom de cette toute première bande dessinée peinte à la main avec du vin rouge. À l’aide de son intrigante technique mise au point pour peindre avec du vin, Mauro Ceballos a eu l’idée d’assembler l’histoire du Chili et du Bordelais dans une bande dessinée. Un support dans lequel s’entremêlent plusieurs chroniques originales pour conter l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais.

Ainsi fut créé le premier livre réalisé au vin rouge : 2 200 heures de travail à la main furent nécessaires pour écrire, dessiner et peindre ce projet titanesque. Côté vin, le vigneron Olivier Cazenave, propriétaire du Château de Bel, soutient le projet par la production de 6 000 bouteilles de cette incroyable «peinture» dans une cuvée réservée Di Vin Sang.

Il est déjà possible de trouver l’ouvrage dans les différentes librairies bordelaises mais aussi sur les communes de Pessac, Talence et Le Bouscat. La publication de cet album est parallèlement travaillée en format audiovisuel. Ainsi sera lié par un mariage artistique le cinéma, la musique, la littérature et le spectacle vivant avec la création d’une BD Concert.

Pendant soixante minutes, le spectateur devient lecteur, emporté par l’histoire visuelle, musicale et littéraire du vin chilien. Un projet porté par trois créateurs venus d’horizons différents, le Chili, Le Venezuela et la France avec le dessinateur Mauro Ceballos, le réalisateur Sergio Santamaria et le musicien multi-instrumentiste Waagal.

La Cave à dessins

Di Vin Sang de Mauro Ceballos, aux éditions La Cave à dessins (mail) (30 €)

Quelques reportages et articles : France 3 TV (site), Bassin TV (site), Journal Sud-Ouest (site), Culturebox – FranceInfo (site)
Présentation de Mauro Ceballos : Facebook (site), l’artiste (vidéo), la peinture au vin (vidéo), un extrait de Di Vin Sang (vidéo)

Personne n’est obligé de me croire, le nouveau roman du Mexicain Juan Pablo Villalobos

On sait depuis son premier roman paru en France en 2011 (Dans le terrier du lapin blanc) que le Mexicain Juan Pablo Villalobos est un des meilleurs humoristes actuels. Personne n’est obligé de me croire, son dernier livre, Prix Herralde en 2016, le confirme une fois encore. Dans son cas, humour est bien synonyme de légèreté, mais n’est pas dénué de réflexion ; ses personnages, fantoches sur certains points, sont des êtres humains capables de nous émouvoir autant que de nous amuser.

Photo : Ámbito cultural/Buchet-Chastel

Le Juan Pablo Villalobos du roman, l’un des protagonistes les plus présents, étudiant mexicain provincial, est entraîné malgré lui dans une sombre affaire par son cousin qui lui-même disparaît très vite de la circulation (si j’ose dire…). Installé à Barcelone pour terminer son master, il est rejoint, via Internet et portables, par une relation douteuse de son cousin et doit se plier à leurs exigences qui le poussent à mener une double, une triple vie. Tout se complique dramatiquement pour lui qui réagit essentiellement par de spectaculaires éruptions cutanées, allergie ou dermatose ? Cette question fondamentale restera posée jusqu’au dénouement.

On croise tout un cortège de personnages plus ou moins attachants, le plus étant souvent un minimum, une Catalane aux dents de travers, des immigrés venus de divers coins du monde pour des raisons multiples, une chienne nommée Viridiana, un Sergio Pitol bienveillant et un peu distant, quelques mafieux invisibles.

Et Juan Pablo Villalobos, le vrai, celui de chair et d’os, entrecroise habilement toute une série de thèmes autour de son intrigue, elle-même digne des meilleurs thrillers : le snobisme de certains universitaires et des sujets de thèses qu’ils dirigent, la supériorité affichée de certains Catalans à propos de leur région, la mixité sociale et internationale de la capitale catalane.

L’intrigue se complique, les pistes se multiplient, les personnages se succèdent pour prendre la parole et donner leur point de vue, avec une mention spéciale à Mme Villalobos mère, redoutable langue de vipère et mère aimante. L’auteur, le vrai, le seul, égratigne dans la joie les diverses administrations politiques, celles du Mexique, de l’Union européenne, de la Catalogne, la nonchalance des étudiants boursiers internationaux qui finissent, à Barcelone en particulier, par former à eux seuls une espèce de classe sociale à part, un certain nationalisme catalan, et aussi, parodie exige, les ficelles plus ou moins apparentes de beaucoup de ces romans dans lesquels on finit par ne plus rien comprendre, l’auteur ayant voulu montrer la complexité du monde du grand banditisme.

Ce que l’on comprend aisément chez Juan Pablo Villalobos, c’est le côté dérisoire de nos vies, qu’elles soient tranquilles et retirées ou pleines d’inattendu comme celle des personnages de Personne n’est obligé de me croire.

Christian ROINAT

Personne n’est obligé de me croire de Juan Pablo Villalobos, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, éd. Buchet-Chastel, 288 p, 20 €.

Juan Pablo Villalobos en espagnol : Fiesta en la madriguera / Si viéramos en un lugar normal / Te vendo un perro / No voy a pedirle a nadie que me crea (Premio Herralde), ed. Anagrama.

Juan Pablo Villalobos en français : Dans le terrier du lapin blanc / Si nous vivions dans un endroit normal / Les Temps perdus, éd. Actes Sud.

Décès de l’Argentin Hugo Santiago. Le cinéma perd un de ses réalisateurs hors-pair

Hugo Santiago, brillant cinéaste et auteur du film culte Invasión, une des figures les plus importantes du cinéma argentin, est décédé mardi 27 février à Paris, à l’âge de 78 ans. Auteur d’une filmographie très singulière, son œuvre est marquée par un goût de l’expérimentation narrative, et nourrie de musique et de littérature. Admiré des intellectuels, le cinéaste argentin, passionné de son et de mises en scène chorégraphiées, était également un grand complice de Jorge Luis Borges.

Photo : Hugo Santiago/Clarín

De son vrai nom Hugo Santiago Muchnik, fils de Pedro Muchnik (producteur de télévision), il est né un 12 décembre 1939 à Buenos Aires au sein d’une famille du spectacle. Étudiant en philosophie et littérature à l’université de Buenos Aires, il se lie d’amitié avec José Luis Borges, alors son professeur. En 1959, il arrive à Paris grâce à une bourse d’études et y rencontre Robert Bresson. Il devient son assistant et disciple pendant sept ans et aide, entre autres, au tournage du film Le procès de Jeanne d’Arc. En 1967, de nouveau installé en Argentine, il dirige le court-métrage Les contrebandiers et, un an après, Los Taitas, adaptation d’une nouvelle de Borges.

Son premier long métrage, Invasión, dont le scénario est imaginé par Borges et Adolfo Bioy Casares, écrivain argentin, est présenté à la première Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 1969 et fait alors sensation. Il s’agit d’un conte politique situé dans la ville imaginaire d’Aquilea (équivalent de Buenos Aires) où se prépare une mystérieuse invasion contre laquelle lutte un petit groupe de résistants organisés en société secrète. Ce film est sans doute le plus important de l’histoire du cinéma argentin. Sorti en pleine période de dictature militaire (l’Argentine venait d’être victime d’un coup d’État), le film est censuré, et même partiellement détruit.

En 1974, installé définitivement à Paris, Santiago réalise son second film, Les Autres, également écrit avec Borges. Le scénario raconte un libraire parisien à la recherche des raisons du suicide de son fils, et qui se retrouve mêlé à un étrange réseau de personnages et de métamorphoses. En 1979, il réalise Écoute voir, écrit cette fois avec Claude Ollier, avec Catherine Deneuve en actrice principale. Plus linéaire, le scénario mélange film noir et feuilleton avec l’enquête d’une détective sur une secte capable de contrôler les gens grâce à des ondes radio. En 1986, sort Les Trottoirs de Saturne, second volet d’une trilogie sur la ville imaginaire d’Aquilea, où l’on croise un joueur de bandonéon exilé à Paris qui rêve de rentrer chez lui.

Il réalise par la suite des essais de télévision liés à ses expériences sur le son et à son amour de la musique, du théâtre et de la littérature : Electre d’après Sophocle (1987), une adaptation de l’opéra Oresteïa de Iannis Xenakis (La Geste Gibeline, 1988), La Vie de Galilée d’après Bertolt Brecht (1991), La Fable des continents, d’après une composition de Georges Aperghis (1991), et un film sur la chanteuse brésilienne Maria Bethânia (Maria Bethânia do Brasil, 2001). En 2002, il réalise Le Loup de la côte Ouest, écrit avec Santiago Amigorena, un étrange film noir autour d’une tortueuse histoire de famille. Il retourne en Argentine en 2015, après 43 ans d’exil loin de sa terre natale, et réalise Le Ciel du centaure (2015), un conte politique et fantastique qui renoue avec l’atmosphère oppressante d’Invasión. Il cale malheureusement sur l’écriture de Adiós, et le troisième volet de la trilogie d’Aquilea ne verra pas le jour.

Son génie de la mise en scène, son utilisation étonnante du son, sa manière si particulière de chorégraphier les gestes et les actions et sa musicalité dans les montages donnent une sensibilité unique à chacune de ses réalisations. On retrouve dans ses films, outre un style « borgésien », tout le baroque argentin et l’exubérance du réalisateur allié à une précision « bressonienne ». Malheureusement peu connu du grand public, en France comme en Argentine, Hugo Santiago aura réussi à s’attirer l’amitié de nombreux intellectuels français et argentins, avec son sens de l’angoisse et de la dérision, et les nombreux complots, secrets et soupçons, thèmes récurrents de ses films.

Marine THIAM

D’après les articles parus dans Clarín, Televisión Nacional Argentina, Télérama

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