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Nouveaux Latinos

Affiches cubaines – « Révolution et Cinéma », une conférence au Musée des Arts Décoratifs de Paris

Le Musée des Arts décoratifs de Paris dans le cadre l’exposition « Affiches cubaines – Révolution et cinéma » propose le mercredi 27 novembre prochain avec plusieurs spécialiste sur l’Amérique latine dont Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine, directeur du CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques) et Eduardo Manet, écrivain cubain.

Photo : Musée des Arts décoratifs de Paris

Soixante ans après la révolution à Cuba, le musée des Arts Décoratifs dévoile, dans une exposition, l’âge d’or de l’affiche cubaine des années 1960 et 1970 dans un contexte culturel et politique dont les artistes se sont emparés. Longtemps méconnue en raison du blocus et de l’isolement de Cuba, cette école stylistique commence tout juste à sortir du huis clos dans lequel elle s’est construite. « Affiches cubaines. Révolution et Cinéma » propose d’explorer cette effervescente production graphique à travers 250 affiches, principalement issues des collections du musée. Elle permet de découvrir et de comprendre l’éclosion de cette grande école d’affichistes et de suivre, à travers elle, l’histoire de l’État insulaire. Cette table ronde permettra d’évoquer le contexte historique, politique et culturel dans lequel s’est développé l’âge d’or de l’affiche à Cuba.

Intervenants : Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine, directeur du CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques) ; Amélie Gastaut, conservatrice et commissaire de l’exposition « Affiches cubaines. Révolution et Cinéma » ; Magali Kabous, maître de conférences, Département d’Études des Mondes Hispanophone et Lusophone, Université Lumière-Lyon 2 ; Darius Kaufmann et Eytan Jan, documentaristes auteurs de À la chaleur des années froides et Eduardo Manet, écrivain.

Musée des Arts Décoratifs, 107-111, rue de Rivoli 75001 Paris. – madparis.fr

Eduardo Halfon : « Halfon, Boy » une nouvelle au design soigné aux éditions Table Ronde

Une perle inédite, dans un très joli mini-écrin, la nouvelle collection des éditions de la Table Ronde, la « nonpareille » : une seule nouvelle qui occupe un petit livre au design soigné. Sylvia Plath a inauguré la série et Emma Cline suit immédiatement Eduardo Halfon.

Photo : éd. Table Ronde

La paternité, un sujet inépuisable. Ici, la réussite c’est de faire tenir l’inépuisable en une trentaine de pages à peine. Le narrateur, « allergique, déséquilibré, chauve et névrosé », vit dans le Nebraska où il est traducteur et, probablement, auteur. Il n’a pas envie d’avoir un enfant, mais voilà que se pointe un grain de raisin qui s’appellera Leo.

L’achèvement de la traduction entreprise correspond à la date prévue pour la naissance. Curieusement l’auteur qu’il traduit, le poète nord-américain William Carlos Williams, avait vécu exactement la même situation (lui traduisait du Lope de Vega vers l’anglais).

Accompagner la future naissance, du grain de raisin à l’accouchement, reprendre le texte d’un autre pour le faire sien, puis l’offrir au monde, est-ce tellement différent ?

Il paraît (tous les éditeurs le disent) que la nouvelle, le cuento hispano-américain ou espagnol, n’intéresse pas les Français. Quand on lit Halfon, Boy on ne peut que le regretter (si la chose est bien vraie). Passer à côté d’un tel bijou n’est pas tolérable !

Christian ROINAT

Halfon, Boy d’Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg, éd. La Table Ronde, 48 p., 4,50 €. Eduardo Halfon en français : Saturne, éd. Verdier / La pirouette / Monastère / Le boxeur polonais / Signor Hoffmen / Deuils, éd. La Table Ronde.

« Temporada », film brésilien de André Novais Oliveira en salle ce 20 novembre

Pour prendre un nouveau poste d’employée au service municipal de la propreté, afin de lutter contre la dengue, Juliana quitte les quartiers du centre-ville d’Itaúna pour la métropole de Contagem, près de Belo Horizonte, au Brésil. Tandis qu’elle attend que son mari la rejoigne, elle s’adapte à sa nouvelle vie, fait des connaissances, s’ouvre à de nouveaux horizons et essaie de surmonter son passé.

Photo : Allocine

« L’idée originale m’est venue de ma propre expérience, lorsque j’ai effectué exactement le même travail que le personnage principal. C’était il y a dix ans et ça a duré six mois. Travailler comme agent de contrôle des endémies m’a aidé à mieux comprendre la réalité du voisinage dans lequel j’ai grandi, celui qu’on voit dans le film. Cela a modifié mon regard sur cet endroit et sur les gens ; j’ai pris conscience de la richesse de cet environnement, rempli d’histoires et d’expériences diverses. C’est ce qui m’a motivé à faire ce film, ainsi que la possibilité de collaborer avec quelques-uns des employés que j’ai rencontrés à l’époque (certains d’entre eux jouent une version d’eux-mêmes dans le film). » Il a voulu «dépeindre ce quartier avec ses propres couleurs caractéristiques. Ce sont des lieux lumineux, colorés, avec quelques couleurs fortes selon l’endroit où votre regard se pose. Avec les rayons du soleil, tout devient plus intense, plus beau, et j’ai pensé qu’il était intéressant de souligner la beauté d’un lieu qui n’est pas traditionnellement considéré comme beau.»

Nous suivons Juliana, magnifiquement interprétée par Grace Passô qui se retrouve dans cette ville qu’elle va découvrir, et qui lui fait oublier son drame personnel et établir des relations avec ses collègues. Elle change de coiffure et devient plus à l’aise.

Grace Passô a commencé à écrire des pièces après avoir étudié le théâtre à Belo Horizonte : «je voulais créer un espace symbolique dans lequel les gens comme moi, ceux que je connaissais, pourraient exister, où mon univers pourrait être conceptualisé.» Dans la culture brésilienne, il est toujours difficile aux Noirs de se faire une place.

Dans notre cas ajoute André Novais Oliveira, «le fait d’avoir trois cinéastes noirs de la banlieue comme partenaires fondateurs (de notre société de production) et tous désireux de tourner des films dans et autour de la banlieue, c’est notre façon de nous installer à notre place.»

Le rythme du film est assez lent, a obtenu de nombreux prix, mais nous nous laissons porter par la grâce de Grace Passô. Temporada, drame brésilien d’André Novais Oliveira. 112 minutes. Sortie le 20 novembre.

Alain LIATARD

Les référendums locaux qui mettent en échec la stratégie de « dialogues citoyens » du gouvernement

Bien que le gouvernement soit complètement opposé à l’idée d’élaborer une nouvelle Constitution, au sein des municipalités, l’idée de créer un réseau de consultations citoyennes demandant au peuple s’il veut ou non d’une nouvelle Constitution s’est imposée. Ces consultations auraient lieu dans une centaine de « cabildos », des conseils municipaux organisés la semaine dernière. Ce pari permettrait même que quelques maires du parti au pouvoir remanient la proposition du gouvernement. Une stratégie qui pourrait ternir les dialogues citoyens menés par le ministre Sichel et destinés à faire pression au sein du Palais pour une ouverture à un nouveau pacte social.

Photo : Pura Noticia

La proposition de « dialogues citoyens » du ministre Sébastian Sichel n’a pas suscité beaucoup d’enthousiasme du côté de l’opposition, notamment auprès des maires à qui le ministre a demandé de jouer un rôle de premier plan dans le processus. L’absence de débat autour d’une nouvelle Constitution a créé une division entre ceux qui étaient prêts à faire partie de la stratégie du Gouvernement et ceux qui y voient « une tentative de contourner le mouvement social ».

Une partie des maires a commencé à travailler sur une nouvelle proposition, laquelle sera étudiée de façon approfondie à l’occasion d’une vaste concertation cette semaine, à laquelle pourraient même participer certains maires du parti au pouvoir. En plus de la structuration des « cabildos », les maires préparent la mise en place d’un réseau de consultations dans les municipalités pour une nouvelle Constitution. Une sorte de référendum local dont l’objectif est de confier le pouvoir constitutionnel aux mains des citoyens.

Le maire de Recoleta, Daniel Jadue (PC), explique que « ce n’est pas une idée qui provient d’une seule commune, mais la concertation entre un ensemble de maires qui se coordonnent pour réaliser un référendum plus large que celui d’un seul gouvernement local. Nous avons l’intention de réunir le plus grand nombre de maires au niveau national ». Il ajoute que « cela peut être un très bon exercice, pour ceux qui craignent les citoyens, qui craignent la participation – principalement à droite -, comprennent que ceci est le bon chemin ».

Il faut souligner qu’en plus de ne pas inclure de débat autour de la Constitution parmi les sept axes prioritaires pour le Gouvernement, La Moneda refuse catégoriquement l’éventualité d’un référendum pour définir s’il y aura ou non une nouvelle Constitution. « Ils ont déjà la solution participative et il s’agit de notre initiative de dialogues citoyens », souligne un collaborateur de l’exécutif.

Au sein de Chile Vamos[1] le panorama est un peu différent. Il y a quelques jours, le président de Rénovation nationale (RN), Mario Desbordes, s’est dit ouvert à l’étude de la possibilité de renouveler la Constitution, position qu’ont également adoptée le sénateur Manuel José Ossandón et Lily Pérez. C’est précisément dans le parti de M. Desbordes que quelques maires ont poussé – sous le manteau – l’idée des référendums locaux.

Un autre maire parmi ceux qui ont impulsé l’idée de consultations locales sur la Constitution est le maire Jorge Sharp (CS) de Valparaíso. Il souligne qu’il a été démontré avec les mobilisations que le changement constitutionnel est une priorité pour les citoyens, « la question que l’on peut se poser est, qui doit avoir le pouvoir constitutionnel et la réponse à cette question est : le peuple du Chili. Il faut que ce soit le peuple qui trouve les réponses pour dessiner les contours d’un nouveau pays et non pas ceux qui sont en place depuis toujours et qui ont noué un pacte entre les élites politiques et économiques ».

Une idée qui ne suscite pas une adhésion unanime au sein du monde politique, bien que dans l’opposition il y ait un consensus à propos de la nécessité d’une nouvelle Constitution. Le mécanisme et les participants du processus constituant représentent un enjeu interne. Dans les partis situés au centre de l’échiquier politique ou les partis liés au Parti de l’Ordre, il a été proposé d’inclure les parlementaires et un groupe représentatif de citoyens pour former une assemblée constituante.

Le maire Sharp explique que le processus constituant ne peut mettre personne à l’écart, « si un maire, un député, un conseiller municipal, ou bien un fonctionnaire veut jouer un rôle dans ce processus constituant, il devra avoir les mêmes possibilités qu’un dirigeant du conseil de voisins, une académicienne, un dirigeant de petits commerçants, parents ou des parents d’élèves. Il ne devrait pas avoir de vétos dans le processus, dans la mesure où les représentants ont été élus démocratiquement par les citoyens ».

Maintenir le modèle

Une des principales critiques des maires quant à la position du gouvernement est le manque de volonté de dialogue pour des changements constitutionnels. Le maire d’Independencia, Gonzalo Durán, dit « soit le gouvernement ne comprend pas, soit il n’a pas la volonté de sortir d’une structure dogmatique, dans le domaine économique et de la place des citoyens. Il continue à insister à opposer les revendications sociales à la Constitution, alors qu’elles font partie d’un même processus ».

Pour la maire de Recoleta, à La Moneda on cherche à « maintenir la Constitution et le modèle de la dictature, dont ils ont fait partie. Ici il y a une décision politique qui cache une peur et une vocation profondément anti-démocratique ». Cette vision qui est partagée par d’autres maires de l’opposition qui sont en train de prendre en considération les dits « conseils municipaux citoyens ».

Malgré les efforts pour parvenir à un consensus avec Chile Vamos, Jorge Sharp doute que le « gouvernement et la droite souhaitent le changement de la Constitution. Ils ont justifié et façonné cette Constitution – qui les favorise – depuis 40 ans, pourquoi voudraient-ils la changer ? Les gens ont protesté pendant des semaines et il n’y a pas eu de réponse claire pour dire que la droite a réellement écouté », affirme le maire de Valparaíso.

Dans la même lignée, Rodrigo Ruiz, un des intellectuels du nouveau centre-gauche, signale que le pacte social « est le nom que reçoit une des idées les plus répétées » du gouvernement. Il soutient qu’il est nécessaire de souligner « qu’on n’est pas dans une situation qui peut être décrite comme la crise d’un pacte précèdent, puisque le régime actuel a été installé de forme complètement autoritaire et repose sur tout sauf un pacte social ». Et il rajoute que ce régime « ne suppose pas un accord, précisément car son installation et fonctionnement consistent en la permanente suppression de toute situation démocratique de laquelle puisse émerger quelque chose ressemblant à un pacte social ».

Finalement, le maire Sharp, dit que le Chili vit une opportunité historique, puisque les constitutions passées de notre pays « ont été précédées par un processus de guerre civile ou de violence. Ce qu’on a devant nous aujourd’hui c’est que, pour la première fois dans notre histoire, on a la possibilité de définir une Constitution en démocratie, en paix, et basée sur le dialogue ».

La proposition critiquée de Sichel

Malgré les critiques exprimées par les maires pendant la réunion de ce week-end, le gouvernement reste convaincu que le dialogue avec les citoyens, dans la lignée du débat proposé par le président français Emmanuel Macron, est la meilleure réponse face à la crise.

Au-delà du modèle de traitement et de synthèse de données, l’idée est de montrer un visage amical, protégeant l’image du Président Piñera. C’est là que surgit la position du nouveau ministre Sichel, dont le rôle en première ligne ne plaît pas du tout aux partisans de Chile Vamos, puisque le visage social du processus n’appartient pas à un parti au pouvoir et provient de l’essaim plus libéral de l’ex Nueva Mayoría[2].

Dans la proposition présentée par le ministre de Développement social, rendue le dimanche 30 octobre, on détaille l’établissement d’un dialogue citoyen dont le but est un Nouvel Agenda Social, dans le cadre des sept points proposés par le Président Sebastián Piñera, au milieu de la crise.

A la tête du processus il y aura un Groupe directif ainsi que seize groupes régionaux dans lesquels on retrouvera un Secrétariat Exécutif et un Conseil Observateur. S’ajouteront également seize conseils régionaux et des Observateurs Externes. Les processus auront lieu sous forme virtuelle et présentielle. Le ministre espère que la participation s’élèvera à hauteur de 90% de participation, 165 communes, avec l’objectif de former un Nouvel agenda social « à court, moyen et long terme » et de poser « les bases pour un nouveau paradigme de participation citoyenne ».

Les dialogues auront lieu au niveau communal grâce à des groupes de vingt personnes et dureront environ trois heures, un temps partagé entre le processus de réflexion et de diagnostic, pour ensuite passer aux demandes sociales, qui se présenteront sur la base de « questions spécifiques quant aux thème prioritaires. Ensuite, des experts citoyens élaboreront les propositions pour le Nouvel agenda social.»

Dix grands thèmes seront traités, « avec des questions spécifiques à prioriser », précise le document. Les thématiques sont : les bonnes pratiques et le combat contre les abus, la bureaucratie et les bonnes pratiques du secteur publique et la probité, l’éducation, l’équité territoriale et le logement, les pensions, la santé, la sécurité, les services basiques (transports et tarifs), le travail et les revenus, ainsi qu’une mention « autres ».

Il faut souligner que le groupe directif, composé par les autorités locales, les dirigeants sociaux, les représentants des universités et les spécialistes internationaux, sera présidé par le ministre de Développement social et de la Famille et sa composition devra être approuvée par le chef d’État. En plus de diriger le processus, ce groupe est chargé de rédiger les propositions pour le Nouvel agenda social.

Dans le document, le ministre Sichel ne mentionne pas le thème de la nouvelle Constitution, et rien n’est spécifié sur le caractère contraignant ou sur une consultation postérieure issue du dialogue citoyen sur les propositions qui s’en dégageront.

À propos de ce thème, Jadue considère que le gouvernement « a dit que nous allons participer, nous les maires, mais nous somme un nombre important à ne pas être disposés à accepter le manque de volonté politique du Gouvernement. Tant que l’on ne nous assurera pas que l’on n’abordera pas uniquement l’agenda social du gouvernement et que l’on prendra en compte la nouvelle constitution, moi au bas mot ainsi que plusieurs autres collègues, nous ne participerons pas à une telle chose ».

Pour le maire Durán, « entamer des dialogues et des conseils municipaux qui n’intègrent pas correctement les thèmes de fond et les thèmes structurels n’a pas de sens. J’apprécie l’initiative de générer un processus vraiment participatif, mais cela doit avoir une expression concrète à la fin du processus ».

Le maire de Recoleta ajoute que « notre but n’est pas de jouer le jeu du gouvernement et de finir par démobiliser les citoyens », avant de poursuivre en disant qu’avec cette proposition « il y a une tentative de détourner le mouvement social ».

Chili – El Mostrador, 30 octobre 2019
Traduit par Nicolás Bonilla Clavijo

El Mostrador : SITE
[1] Parti politique de Sebastián Piñera
[2] Parti politique chilien dirigé par l’ex-présidente Michelle Bachelet

Rencontre avec Gael García Bernal au festival Lumière de Lyon d’octobre dernier

Plus de 200 000 personnes se sont rendues dans les salles lyonnaises lors de l’édition 2019 du festival Lumière entre le 12 et le 20 octobre.  
Pour ce dixième anniversaire, à côté des rétrospectives (le cinéaste André Cayatte, le cinéma américain des années trente avant le code de censure, la cinéaste italienne Lina Wertmuller…), des hommages étaient rendus à des personnalités, cinéastes comme Marco Bellochio dont on peut voir actuellement son film magnifique  
Le traitre, Ken Loach, la Palme d’or cannoise Bong Joan-ho, ou des acteurs comme Frances McDormand, Daniel Auteuil, Donald Sutherland. En ce qui concerne l’Amérique latine, Gael García Bernal était invité pour parler de ses films comme acteur et présenter sa seconde réalisation Chicuarotes. 

Photo : Wikipedia

Né et élevé à Guadalajara, Gael García Bernal a commencé sa carrière d’acteur dans les telenovelas mexicaines avant de jouer dans le film « Amores Perros » pour Alejandro González Iñárritu en 2000, nominé aux Oscars. Bernal a déclaré que jouer pour Alejandro González Iñárritu, et Alfonso Cuarón l’ont aidé à préparer à devenir réalisateur. Pour « Amores perros » les conditions de tournage étaient très difficiles car ils n’avaient de pellicule que pour une seule prise, et parfois en milieu de journée, il n’y en avait plus.  

Pour « Y Tu Mamá También (2001) » de Cuarón c’est « l’une des meilleures expériences que j’ai jamais vécues ». C’est par le biais de Cuarón que Bernal a également commencé à envisager un rôle différent, cette fois derrière la caméra. « Bien sûr, j’ai toujours aimé le cinéma, mais je n’ai jamais pensé à diriger un film ». Il a ajouté : « Ce genre de camaraderie et cette fraternité c’est quelque chose que j’aime beaucoup. Je veux que tous les films soient comme ça, dans cette dynamique. » 

Bernal a fait ses débuts de réalisateur à l’âge de 24 ans avec «Deficit», mais il mettra plus de dix ans à tourner son deuxième long métrage, un temps qu’il passera à devenir père et à collaborer avec des artistes tels que Iñárritu, Cuarón, Pedro Almodóvar («Mauvaise éducation» dont il ne garde pas un très bon souvenir), Walter Salles (« Carnets de voyage » qui lui a fait découvrir le monde politique), Pablo Larraín (« Neruda » et « No »),Michel Gondry («La science des rêves») et Jim Jarmusch («Les limites du contrôle»). Il a approfondi sa compréhension de la relation entre les deux aspects du métier. « Les acteurs ressemblent à un groupe de Frankenstein qui sont mis ensemble », a-t-il déclaré. « C’est la responsabilité du réalisateur de nous faire ressembler à des génies ». 

A propos de « Chicuarotes», présenté en première mondiale à Cannes (et qui n‘a pas pour l’instant de distributeur en France), il a expliqué que le film se déroule à San Gregorio Atlapulco, dans la banlieue de Mexico et raconte l’histoire de deux adolescents qui décident qu’une vie de crime est le seul moyen de sortir de la pauvreté qui les entoure. 

« Je voulais vraiment savoir d’où venait la violence…D’autre part, je voulais voir ce qu’il en est de réaliser un film où le personnage principal n’a pas grandi avec amour. Parce que j’ai grandi dans le sens opposé. » Il a poursuivi : « Ceux qui portent le message d’espoir dans le film, ce sont les petites filles. Au cours de l’histoire, nous ne les avons pas écoutées du tout. » 

 Bernal a salué la renaissance actuelle du cinéma mexicain, qui a remporté les Oscars pour Iñárritu, Cuarón et Guillermo del Toro (« La forme de l’eau »). « Nous exerçons notre liberté comme nous ne l’avions jamais fait auparavant », a-t-il déclaré, contrastant avec les périodes passées de censure des artistes mexicains. « Nous avons une chance d’exercer vraiment notre liberté, et c’est finalement notre responsabilité avec les films que nous réalisons. » Il place vraiment son espoir dans l’avenir qui rompra avec les attaches au passé et avec la violence et la misère. 

Alain LIATARD

Ainsi à 40 ans, Gael García Bernal a tourné dans une cinquantaine de films, en a produit une quinzaine et en a réalisé deux. Il été très applaudi en particulier par un groupe d’étudiants mexicains qui ont pu ainsi approcher leur idole. 

Festival Lumière de Lyon : Site 

« Les Curieux Polyglottes » à Lyon… et « Que tal América del Sur » à Ecully

Depuis trois ans, l’association Les Curieux Polyglottes réunit à Lyon les cultures et les langues du monde entier. Autour du théâtre, la musique, l’association organise plusieurs événements, dont une célébration d’anniversaire le vendredi 15 novembre. Dans la même semaine et depuis le 8 novembre, Cin’Ecully propose des séances des films d’Amérique du sud. 

Photo : Les Polyglottes

L’association Les Curieux Polyglottes a été créé à Lyon en août 2016. En privilégiant des thématiques sociétales d’actualité, son objectif est de promouvoir les auteurs  et compositeurs contemporains francophones ou étrangers, par le biais de lectures mises en jeu et de spectacles, bilingues ou non, de petit format. Les professionnels du spectacle de la région ARA sont engagés, en priorité. Elle fête ce vendredi 15 novembre ses trois ans avec de rencontres musicales et théâtrales.

En 2016, « Les Curieux Polyglottes » ont représenté l’adaptation théâtrale Tejas Verdes, l’heure de la vérité a sonné d’après le dramaturge espagnol Fermin Cabal, à l’Amphi Opéra de Lyon, et à Genève pour l’rganisation mondiale contre la torture en 2017. Plusieurs lectures d’autres textes ont été représentées en 2017 et 2018.  

Le 15 novembre 2019, en partenariat avec la Mairie de Lyon 4ème et Les Nouveaux Espaces Latinos, Les Curieux Polyglottes organisent des « Rencontres Musicales et Théâtrales » autour du mexicain Javier Malpica, de l’argentin Juan Diego Botto et la lyonnaise Katherine Battaiellie. Ces lectures d’extraits seront assurées par les actrices.eurs Virginie HardillierMarie FernandezRaymonde PalcyEmmanuel AmadoTristan BruemmerDiego Martinez et la violoncelliste Lucie Lacour. Mise en jeu : Chris Berna

M. N.

Vendredi 15 novembre, 18 h 30. Entrée libre. Buffet offert. Salle de la Ficelle, 65 Bd des Canuts – 69004 Lyon. Réservation conseillée :  lescurieuxpolyglottes@gmail.com.  

« ¿ Que tal América del Sur ? » : Un évènement culturel en résonnance avec l’actualité

Le journal Le Progrès de Lyon publie un article sur la cinquième édition du festival latino-américain que l’association Cin’Ecully propose cette semaine sur la région de Lyon.

Henri Gautron a des raisons particulières de s’intéresser à l’Amérique du Sud : avec son épouse Brigitte, bien connue de ceux qui ont fréquenté la bibliothèque des Sources dont elle fut la responsable jusqu’à l’été dernier, il a là-bas un bout de son cœur. L’un de leur fils s’est établi à Buenos Aires, et leur petit-fils a la nationalité argentine. Mais le contexte socio-politique actuel du sous-continent donne tout son intérêt à la 5ème édition du festival latino-américain que son association Cin’Écully propose prochainement.

Préparé en partenariat avec « Nouveaux Espaces Latinos » et l’Institut Cervantès qui est à l’espagnol ce qu’est l’Alliance Française à notre langue, l’évènement intitulé « ¿ Que tal América del Sur ? » offrira une riche palette de 7 films ou documentaires récents qui aideront à « sentir » l’Amérique du Sud d’aujourd’hui comme la prégnance de son passé colonial. La puissance des images sera introduite par une conférence donnée en français à l’Institut Cervantès intitulée : « La politique des États-Unis à l’égard de l’Amérique latine sur le temps long (XIXe – XXIe siècles) ». Les films, suivis de débats parfois animés par leurs auteurs, feront voyager dans le temps comme dans l’espace : Chili, Guatemala, Mexique, Argentine, Brésil, Venezuela… mais aussi violences, convulsions politiques, écologie, foot (avec le film « Diego Maradona » de 2019)…

Le film « Nuestras Madres », qui a reçu le prix « Caméra d’Or » (distinguant un premier film d’auteur) au festival de Cannes 2019, sera présenté en avant-première. Il y aura même, entre les deux films du samedi 9 novembre, une dégustation d' »empanadas » avec vin argentin, sur fond de musiques sud-américaine avec les musiciens d’Échappée Belle. Le détail de ce riche programme figure dans le dépliant à disposition du public dans tous les lieux socio-culturels d’Écully.

Jean DESFONDS
Le Progrès Lyon Ouest

« ¿ Que tal América del Sur ? », du vendredi 8 novembre au lundi 18 novembre à Écully Cinéma (Centre Culturel, 21 avenue Édouard Aynard). Conférence jeudi 7 novembre à 18 h 30 à l’Institut Cervantès, 58 Montée de Choulans – 69005 Lyon (entrée libre) De notre correspondant

L’État vénézuélien et les classes populaires aujourd’hui. Une conférence organisée à l’IEP de Lyon

Le Groupe d’Études Interuniversitaires sur le Venezuela (GEIVEN) a organisé le 23 octobre 2019 une conférence publique portant sur les « violences d’État et classes populaires au Venezuela ». Cette conférence à trois voix réunissait à l’Institut d’Études Politiques de Lyon des universitaires et chercheurs vénézuéliens de disciplines diverses - histoire, droit, anthropologie – pour apporter un éclairage renouvelé sur un « pays exceptionnel », selon l’expression employée dans les années 70 quand le pays était un havre de démocratie imparfaite dans un sous-continent de dictatures militaires. 

Photo : L’avenir.net

Il faut saluer cette initiative interuniversitaire et ces présentations dénuées d’apriori militant. Faire des études de terrain en contexte de polarisation politique et d’insécurité grandissante demande de la part des chercheurs du courage, de la cohérence et une réflexion approfondie. Documentées, cliniques et nuancées les interventions des trois chercheurs ont permis de mettre à l’écart des affirmations à l’emporte-pièce. Pour beaucoup des participants, venus nombreux, s’est ouverte une perspective neuve sur des données abstraites concernant les homicides au Venezuela communiquées par des organisations non gouvernementales et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le délit (ONUDD). En 2018, en Amérique latine, le Venezuela connaitrait le nombre le plus élevé d’homicides* (89 pour 100 000 habitants). En comparaison le nombre d’homicides en Europe serait de 1 pour 100 000 habitants. 

Pour Alejandro Velasco, les secteurs populaires vénézuéliens ont toujours alimenté une dynamique de protestation avant et après Chavez. Il dégage deux étapes historiques dans la période 1958-1998. La première, dans les années 60, malgré un contexte où le modèle de la révolution castriste a ses adeptes au Venezuela, l’Etat redistribue partiellement la richesse pétrolière et le système politique bipartisan reste stable.  

La seconde étape, à partir de 1973, devient celle de la légitimation de l’État. Dans un moment de croissance des richesses pétrolières, les classes populaires ne sont plus anti-État mais pour un État plus juste. Elles revendiquent des droits économiques et sociaux et les classes moyennes plus de démocratie et de transparence.  

A partir de 1998, la victoire de Chavez redéfinit les lignes : l’opposition n’est plus entre anti-État/mieux d’État mais pro-Chavez/anti-Chavez. D’une certaine manière est réactivée l’opposition anti-État. Depuis 2008, les collectifs des quartiers (« Collectivos ») sont mobilisés au service du Gouvernement et en 2014, dans un contexte de chaos économique et social, Maduro, l’héritier désigné par Chavez, appelle ces « Collectivos » à manifester contre l’opposition dans une lutte de survie politique. 

Keymer Ávila a présenté sa démonstration sur les violences des forces de sécurité au Venezuela. Son étude s’appuie sur les données officielles vénézuéliennes et comptabilise les policiers victimes comme les civils décédés aux mains des forces de sécurité, en particulier sur la période 2016-2017. 

Une donnée chiffrée comme celle concernant le nombre de policiers victimes est décortiquée pour aboutir, sur l’échantillon retenu, aux pourcentages suivants : 70% des policiers n’étaient pas en fonction au moment des faits et 12% seulement ont été victimes lors d’affrontements. 

Entre 2010 et 2018, les décès du fait de la police se seraient élevés à 23 688 et 69% des cas sont dénombrés entre 2016 et 2018. Il y a donc une élévation du nombre de victimes et une accélération des homicides.  

Il conclut à une « nécropolitique ». Le débat, trop court, n’a pas permis de clarifier cette caractérisation. Ce concept définirait-il une politique d’État délibérée faisant appel à des techniques de mort contre une partie de la population comme cela a été fait dans d’autres contextes et d’autres pays ? 

Verónica Zubillaga a choisi d’étudier deux secteurs populaires de la métropole de Caracas, la Cota 905 et Catuche, dans un contexte d’augmentation de morts violentes dans le pays. Catuche est un quartier ayant une vie communautaire historique plus dense que la Cota et le rôle de Fé et Alegría (jésuites) a été souligné. 

Face à un emballement des violences dans ces deux quartiers et à une présence massive d’armes du côté de gangs criminels comme des forces de sécurité, la chercheuse s’est intéressée à la « micropolitique », celle qui se fait au quotidien à travers les femmes détentrice « du pouvoir légitime de mère », par le canal des conversations et des commérages considérés comme moyens de pression et de régulation de la vie sociale. Des stratégies de « cessez-le-feu » ont même conduit à des « pactes » non-écrits entre représentants gouvernementaux et chefs criminels. 

Ces travaux – très riches mais trop vite évoqués ici – évoquent en creux l’absence de l’instance judiciaire et des défaillances dans la gouvernance du pays. Tout se passe comme si la frontière entre violence légitime de l’État et violences criminelles tendait à devenir floue. La scène politique des oppositions qui prévalait jusqu’en 2014 semble avoir disparu. Les quartiers populaires, lieux historiques de protestation semblent aujourd’hui vides. Cela aurait-il à voir avec les migrations massives des Vénézuéliens vers des pays voisins d’Amérique latine ? 

Maurice NAHORY 

*Les chiffres peuvent être volontairement sous-estimés par un organisme ou un gouvernement pour des raisons politiques ou par l’effet de la sous-administration 

Alejandro VELASCO est historien et enseignant à la New York University. Sa présentation portait sur les « Dynamiques des mobilisations urbaines populaires au Venezuela : passé, présent, futur ». 

Keymer ÁVILA est juriste et enseignant à l’Université Centrale du Venezuela (Caracas). Sa présentation avait pour titre : « Ils émettent plus de balles qu’ils n’en reçoivent. Les usages meurtriers de la force dans le Venezuela post-Chávez ». 

Verónica ZUBILLAGA est sociologue et enseignante à l’Université Simón Bolívar (Caracas). Sa présentation rapportait une enquête de terrain sur « Les réponses des femmes face à la violence urbaine et à la militarisation dans deux quartiers populaires de Caracas ». 

Élections uruguayennes : deuxième tour entre continuité et changement

Passés inaperçus entre les grandes mobilisations populaires au Chili et les élections en Argentine, les habitants de la République Orientale de l’Uruguay votaient le 28 octobre dernier afin d’élire les membres de leur Parlement ainsi qu’un nouveau président.  

Photo : Periodico Centenario

C’est l’histoire d’un pays pas comme les autres : l’Uruguay. Ce petit pays, coincé entre les géants argentin et brésilien, est souvent cité comme exemple en Amérique Latine, un havre de paix qui intrigue. Pays le plus pacifique du continent, depuis quelques années, il brille pour ses avancées sociales, le convertissant en premier de classe dans de nombreux classements : l’Uruguay est le pays d’Amérique latine avec le salaire minimum le plus élevé, le pays où les revenus par habitant sont les plus hauts du continent et où le taux d’inégalité sociale est le plus bas. 50 % de ses étudiants universitaires sont les premiers de leurs familles à y être entré. Peuplé d’un peu plus de trois millions d’âmes, le pays est également pionnier dans de nombreux domaines : la consommation du cannabis y est légale et il est leader continental dans les domaines technologiques et des énergies renouvelables.  

L’Uruguay est gouverné depuis quinze ans par le Frente Amplio, un parti de centre-gauche, rendu populaire par la figure emblématique de Pepe Mujica, dont la conception de la politique brillera bien au-delà des frontières, le transformant en icône pop pour une génération de militants de gauche. Il y a pourtant péril en la demeure : arrivé premier du premier tour des élections, Daniel Martinez, candidat pour le Frente Amplio, réunit péniblement 39% des voix. Un second tour est prévu le 24 novembre.  

Ce second tour opposera Martinez à Luis Lavaell Pou, candidat du Partido Nacional, connu comme Partido blanco. Fils d’un ancien Président de la République, Lavalle Pou obtint 28% des suffrages. Malgré cet écart, il peut compter sur le soutien d’autres partis en lice le 28 octobre. Quelques jours après le scrutin, il présenta cette option pour une nouvelle majorité, la « coalition multicolore », composée du PN, du Partido Colorado et de Cabildo Abierto. Réunissant 58% des votes, cette proposition pose un choix très clair aux électeurs : un quatrième gouvernement du FA ou l’alternative, la continuité ou le changement de politique. 

Que propose la coalition multicolore ? Les trois partis ont réussi à se mettre d’accord sur plusieurs points : diminuer le déficit fiscal, coupes dans la dépense publique, une réforme de l’État visant à plus de transparence, d’efficacité et de décentralisation. Face à ce programme faiblard, le Frente Amplio se retrouve pourtant isolé, sans possibilité d’alliance. Pour beaucoup, le parti ne reflète plus la réalité politique et idéologique du pays, avec la nette prédominance des secteurs de gauche dans ses sphères dirigeantes. Le gouvernement de Vásquez a été critiqué notamment sur les questions sécuritaires et internationales (il refusa de dénoncer la situation au Venezuela par exemple). Les questions relatives à la sécurité ont en effet monopolisé le débat politique et le Frente Amplio n’a pas su y donner des réponses convaincantes pour une majorité d’électeurs. Ce n’est pas un hasard si le jour du scrutin coïncidait également avec un referendum pour ou contre un plan de sécurité national « Vivir sin miedo », qui obtint 47% d’opinions favorables.   

Le solide système de partis uruguayens fut par ailleurs chamboulé par l’irruption d’une force politique nouvelle, Cabildo abierto, qui réunit 11% des voix. Ce nouveau parti est mené par Guido Manini Ríos, Commandant en chef de l’Armée uruguayenne, une figure charismatique et puissante qui réussit à convaincre en dénonçant la corruption et l’insécurité. Surnommé parfois le « Bolsonaro d’Uruguay », le Général devient un élément incontournable dans la formation d’une possible coalition multicolore.   

Sur le papier, une défaite du Frente Amplio le 24 novembre est fortement probable. Les commentateurs et enquêteurs s’interrogent néanmoins : les électeurs suivront-ils les indications de leurs partis politiques ? La victoire de la gauche en Argentine aura-t-elle un quelconque effet sur les résultats du deuxième tour en Uruguay ? La proposition de coalition multicolore convaincra-t-elle une majorité de votants ? Beaucoup d’interrogations restent en suspens dans ce pays d’Amérique latine qui n’a pas fini de nous étonner.  

Romain DROOG 

« Trafalgar »d’Angélica Gorodischer écrivaine argentine connue par ses nouvelles de science fiction

Chez Angélica Gorodischer, on se rencontre dans un salon de thé avec des tables en vrai bois, des nappes blanches et des services en porcelaine, et notre interlocuteur, entre deux cafés noirs bien serrés et non sucrés, nous raconte son récent séjour sur Veroboar où il vend discrètement de la Cafiaspirine dont on a découvert la vertu locale  : pour les Veroboariens la Cafiaspirine est un puissant stupéfiant. 

Photo : Editions La Volte

Trafalgar Medrano vit, comme Angélica Gorodischer, notre narratrice, dans la provinciale Rosario, au nord-ouest de Buenos Aires. Elle aime bien écouter en buvant de l’eau minérale son ami Trafalgar lui raconter ses voyages sur des planètes bizarres. Qu’ils sont beaux et inquiétants ces mondes visités par l’infatigable Trafalgar, cet Anandaha-A où, la nuit, rien ne peut briller car « l’obscurité avale tout », où les montagnes sont plates et où les gens ne sont pas tout à fait des gens, mais presque quand même ! Ces mondes ressemblent au nôtre sans l’être tout en l’ayant été ! 

On n’est parfois pas loin du tout de Jorge Luis Borges, l’étrange se confond avec le rationnel, Angélica Gorodischer joue beaucoup avec l’esprit mais, bien plus que le Maître, elle garde le plus souvent les pieds bien sur terre. Trafalgar voyage beaucoup d’une planète à l’autre. Il y en a de bien curieuses, Uunu, par exemple, sur laquelle la chronologie est légèrement bousculée : on se réveille non le lendemain, mais à une date indéterminée et pour revenir au cours « normal » du temps, il faudra attendre des jours ou des semaines avant enfin de repartir dans une cohérence qui est la nôtre. En un mot, le temps est constant, simultané, pas successif. C’est probablement le cas pour nous, pauvres mortels, qui avons tendance à l’ignorer (ou à l’oublier), mais sur Uunu ça se voit, ça se vit. Troublant et envoûtant ! 

Pas « intello », du reste, Angélica Gorodischer s’amuse beaucoup. L’humour est très présent, sur le langage surtout  : le Grand Livre officiel qui raconte l’Histoire de la Nation d’Aleiçarga, sur laquelle, malheureusement pour le lecteur, il ne s’est jamais rien passé, ou le portrait que ce très mal embouché de Trafalgar fait d’Isabelle la Catholique qu’il a fréquentée pendant un de ses voyages, sont pure réjouissance. 

Angélica Gorodischer, qui jamais ne se prend au sérieux, ne se moque pas pour autant de ses lecteurs, les grands bénéficiaires de ces fantaisies surnaturelles et pourtant si réalistes  ! 

Christinan ROINAT

Trafalgar de Angélica Gorodischer, traduit de l’espagnol (Argentine) par Guillaume Contré, éd. La Volte, 2018 p., 20 €.  Angélica Gorodischer en espagnol : Trafalgar, ed. El Cid, Buenos Aires, 1979 / Kalpa Imperial, ed. Minotauro, 1983 – Angélica Gorodischer en français : Kalpa Imperial, éd. La Volte, Clamart 

Le documentaire « Cocaïne prison » en Bolivie : les petites fourmis de la cocaïne

Dans ce remarquable documentaire nous suivons trois personnages : Herman, 22 ans, venu à la ville pour faire des études et qui est en prison depuis trois ans pour avoir passé de la drogue. Il est en préventive, attendant son jugement. Daisy sa sœur, âgée de 18 ans qui veut réussir ses études et qui fait tout pour faire sortir son frère de prison. Enfin Mario, 42 ans, père d’une famille qu’il ne voit jamais car très loin, et compagnon de cellule d’Hernan, arrêté il ya trois ans dans une fabrique de cocaïne et lui aussi en attente de jugement. Ce sont le symbole des petites fourmis de la cocaïne. 

Photo : Allocine

Violeta Ayala est une réalisatrice bolivienne d’origine quechua, née en 1978 à Cochabamba. Journaliste de formation, elle s’est particulièrement attachée dans son cinéma aux sujets d’investigation. Elle explique : « J’ai grandi sans aucune notion de bien ou de mal au sujet de la cocaïne. Pour moi, c’était un moyen de s’enrichir, c’est tout. Puis en vivant aux États-Unis et en Australie, j’ai pu constater les ravages provoqués par la consommation de drogue. En Bolivie, nous n’avons pas conscience des conséquences négatives liées au trafic et à l’addiction. Comme Hernan le dit : « Ici, il ne s’agit pas de crime organisé comme en Colombie. Tu veux gagner de l’argent ? Tu travailles dans le business. Tu veux arrêter ? Et bien, tu es libre de le faire et de partir ».  

Dans sa note d’intention, elle ajoute « En tant que réalisatrice bolivienne d’origine indigène, dont la famille a échappé à la pauvreté grâce au trafic de drogue, je guiderai le spectateur dans la complexité du commerce de la cocaïne en Bolivie. Je montrerai aussi comment pour beaucoup, c’est devenu un vecteur de développement et d’espoir, plus que le symbole de l’addiction et du crime. Le film mettra en lumière le besoin d’établir d’autres bases de relations entre les pays producteurs et consommateurs, moins hypocrites qu’à l’heure actuelle, afin d’ouvrir un dialogue qui empoigne les difficultés de cette situation sans passer par les jugements moralisateurs ou faciles ». 

Le film se passe en grande majorité dans et autour de la prison San Sebastián, située à Cochabamba, troisième ville de Bolivie. Ce lieu inimaginable est d’ailleurs autant une prison qu’un microcosme de la Bolivie, la conséquence de vingt ans d’application de la Loi 1008 qui disait « La production, la possession, la garde, le stockage, le transport, la livraison, le don comme cadeau ou l’administration sont des délits passibles de peines d’emprisonnement » ; la moitié des Boliviens furent alors instantanément considérés comme des criminels, avec une majorité de petites mains qui finirent en prison.  

Construite pour accueillir 80 prisonniers, ce sont aujourd’hui 700 personnes qui vivent et travaillent au sein de cette prison. Ces vingt dernières années, elle est devenue une citadelle avec une économie libéralisée où les détenus payent un droit d’entrée, louent ou achètent leur cellule. S’ils en ont les moyens, ils peuvent faire venir leur femme et leurs enfants, qui vivent alors avec eux. San Sebastián a sa propre dynamique, les prisonniers élisant même leurs représentants. Par ailleurs, 80% d’entre eux n’ont pas eu droit à un procès, et protestent souvent contre ces retards administratifs et la corruption endémique du système judiciaire.  

Pour filmer, la réalisatrice a remis aux prisonniers de petites caméras. C’est donc la vie dans ce lieu étonnant qui nous est montré. 

Alain LIATARD,
avec le dossier de presse du film.

Cocaïne prison, documentaire de Violeta Ayala, 1 h 15. À découvrir au cinéma le 27 novembre prochain.  

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