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Revue Latinos

Le jeu d’échecs des ambassades vénézuéliennes dans le monde diplomatique

Jeudi 16 mai, les derniers activistes pro-Maduro du groupe Code Pink ont été mis en état d’arrestation suite au blocage de l’ambassade du Venezuela aux États-Unis depuis 37 jours. 

Photo : La Vanguardia

Le blocage de l’ambassade a commencé le 10 avril avec un appel à un «collectif de protection de l’ambassade vénézuélienne». La directrice nationale de Code Pink, Ariel Gold, a expliqué depuis son compte tweeter que l’arrestation des quatre activistes était une violation à la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. En revanche, on tient à souligner que le gouvernement américain a clairement montré son soutien au président intérim du Venezuela Juan Guaidó et qu’il reconnaît comme unique ambassadeur légitime à Carlos Vecchio qui a été désigné par Guaidó. En toute logique, le blocage de l’ambassade vénézuélienne est une action qui est hors-la-loi.

Peu de temps après les arrestations, l’équipe de Carlos Vecchio a finalement pu accéder au bâtiment ; «après 20 ans d’oppression, on a réussi à convertir cette ambassade en un symbole de liberté» a avancé l’ambassadeur. De la part du régime, Nicolás Maduro Moros s’est opposé catégoriquement aux arrestations des activistes qui «défendaient» l’ambassade vénézuélienne et que ce blocage respectait les conventions internationales. De plus, Maduro a aussi souligné qu’il va renforcer la sécurité de l’ancienne ambassade américaine des États-Unis à Caracas puisque d’après lui «Le Venezuela respecte les conventions internationales».

Les tensions diplomatiques vénézuéliennes semblent atteindre leur paroxysme. Cela semble être confirmé lorsque le lundi 20 mai l’Unité de délinquance économique et fiscale d’Espagne a procédé à des arrestations pour des blanchiments d’argent de l’entreprise pétrolière vénézuélienne PDVSA en Espagne. Entre les délinquants se trouve Alejo Morodo, un des fils de l’ancien ambassadeur d’Espagne au Venezuela Raúl Morodo durant le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero entre 2004 et 2007.

Les registres policiers montrent que Alejo Morodo et d’autres partenaires ont donné des services consultatifs fictifs en échange d’environ quatre millions d’euros qu’ils ont par la suite blanchis en Espagne. Raúl Morodo n’a pas encore été mis en état d’arrestation à cause de son âge avancé de 84 ans, mais les documents montrent que des nombreux bureaux et maisons de l’ancien ambassadeur étaient utilisés pour blanchir l’argent ; tout semble indiquer qu’il a orchestré l’affaire. Pendant la période où les consultations fictives ont eu lieu, le président de PSVSA était Rafael Ramirez, l’ancien ambassadeur du Venezuela aux Nations Unies qui fait actuellement l’objet d’une enquête pour corruption et détournement de fonds de l’entreprise pétrolière. 

Nicolás OLIVARES PEREDA

Raoni, représentant des indigènes brésiliens, voyage en Europe pour défendre l’Amazonie

Raoni, chef indigène brésilien, visite l’Europe pour trois semaines afin d’alerter sur l’augmentation de la déforestation en Amazonie depuis l’arrivée du président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Photo : Reuters Philippe Wojazer

Le célèbre chef indien brésilien, Raoni Metuktire, reconnu pour le plateau rond qu’il porte à la bouche, passe trois semaines en Europe afin de rencontrer les chefs d’État et le Pape, pour les mettre en garde contre la déforestation. Il vise la collecte d’un million d’euros pour la protection de la réserve de Xingu ainsi que l’achat de drones et d’autres équipements techniques pour en assurer la surveillance. Sa visite a commencé à Paris où il a rencontré le ministre de l’Environnement, François de Rugy, à qui il a offert un bâton pour « assommer ses ennemis ». Il se rendra ensuite après en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, à Monaco pour finalement s’entretenir avec le Pape au Vatican.

Depuis quelques semaines, des braconniers sont arrivés dans la forêt amazonienne au Brésil avec de faux papiers en s’écriant qu’ils venaient de vendre des bouts de terre qui ne leur appartenaient pas. Malgré la réduction importante de la déforestation pendant le mandat de Lula da Silva, les derniers mois ont augmenté de plus de 54%, d’après l’ONG Imazon. Les représentants de plus de 300 tribus se sont rendus fin avril à Brasilia pour protester contre la politique de Bolsonaro, laquelleest une véritable menace pour leurs réserves.

Selon le dirigeant brésilien, les peuples autochtones possèdent beaucoup de terres pour une faible population. Il a d’ailleurs publié un décret dans lequel il désigne le Ministère de l’Agriculture, plus exactement Tereza Cristina da Costa, ministre de l’Agriculture, pour s’occuper des territoires des peuples autochtones, autrefois gérés par un organisme spécial pour la protection des Indiens. Ce décret a pour but de remplacer les arbres par des cultures de soja et du bétail. Cette politique extrême du président a profondément affecté les communautés autochtones leur retirant des attributions en fonction de la démarcation des terres et des licences environnementales à la Funai, organisme public chargé des sujets indigènes.

Raoni rappelle que l’Amazonie est le poumon de la terre, qu’elle capte le carbone et nous donne de l’oxygène. Le cacique du peuple Kayapo a acquis une reconnaissance internationale et il est prêt à défendre les siens, même si cela doit entraîner sa morte. Au Brésil, il y a environ un million d’indigènes qui habitent dans la forêt amazonienne, dont 305 ethnies et depuis la Constitution de 1988, ils bénéficient d’un usage exclusif de la terre. Néanmoins, ils sont de plus en plus menacés par l’expansion de l’agriculture, les extractions minières et la déforestation. Après tout, ce ne sont pas seulement les indigènes qui vont subir les conséquences de la déforestation, mais l’ensemble de la planète.

Andrea RICO

Site Raoni

Rencontres et débats par l’Observatoire de l’Amérique latine à Paris

Animées par Jean-Jacques Kourliandsky, l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation Jean-Jaurès organise trois rencontres autour de divers sujets internationaux : le racisme et le sexisme au Brésil, l’immigration et la vie politique colombienne. 

Photo : Iris et édition Anacaona

La Fondation Jean-Jaurès est à la fois un «think tank», un acteur de terrain et un centre d’histoire au service de tous ceux qui défendent le progrès et la démocratie dans le monde. Reconnue d’utilité publique, la Fondation prend en charge de servir l’intérêt général. Par la mobilisation de pouvoirs publics, des politiques, des experts et des citoyens, ils encouragent la rencontre de leurs idées et le partage des meilleures pratiques par des débats, des productions et des actions de formation. Issue de la Fondation, l’Observatoire de l’Amérique latine entend contribuer, à son échelle, à rétablir un intérêt mutuel distendu entre les progressistes français et latino-américains en organisant régulièrement des rencontres entre différentes personnalités d’Amérique latine et des responsables politiques et associatifs français. Il réfléchit, dans un cadre d’analyse et de prospective, aux grandes thématiques politiques nationales, régionales mais aussi internationales.

Dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, la Fondation Jean Jaurès débute ses rencontres le 23 mai avec un débat autour le racisme et le sexisme dans le Brésil de actuel. La victoire à l’élection présidentielle du candidat d’extrême droite au Brésil, Jair Bolsonaro, ainsi que ses différentes prises de position, ont provoqué une très inquiétante augmentation de propos mais aussi d’actes racistes et sexistes. Autour de ses questions, sera programmé un débat à la Fondation avec l’activiste brésilienne Djamila Ribeiro. Sera également présente Paula Anacaona, directrice des Éditions Anacaona. Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation, introduira et conclura le débat. La rencontre sera animée par Adèle Goliot, administratrice d’Autres Brésils. Rendez-vous le 23 mai de 18h30 à 20h30.

Attention : cette conférence est désormais complète, mais vous pouvez cependant la suivre en direct sur notre site le 23 mai à partir de 18h30 ! Si vous vous inscrivez ici, vous recevrez un message quelques heures avant le streaming pour vous le rappeler. 

Organisé en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le 28 mai le focus latinoaméricain continue avec un ciné-débat : la diplomatie au service de la liberté. D’abord avec la projection du documentaire «Visa pour le paradis», réalisé par Lillian Liberman Shkolnikoff, et suivi d’une intervention avec Jean Mendelson, ancien ambassadeur de France à Cuba. Le documentaire «Visa pour le paradis» est consacré à Gilberto Bosques, consul du Mexique à Marseille en 1940, qui parviendra, avec son équipe, à sauver plus de 20 000 Espagnols et plusieurs milliers de Juifs, Libanais, Allemands, Autrichiens, qui couraient alors le danger de perdre la vie dans une France occupée par le régime nazi. On peut y retrouver les témoignages de Gilberto Bosques et de ceux qui furent sauvés. La rencontre permettra également d’aborder la question du rôle des diplomates face à des situations de crise de cet ordre. Le débat sera animé par Jean-Jacques Kourliandsky. Rendez-vous le 28 mai de 18h30 à 20h30. Inscrivez-vous par e-mail pour participer à cet événement.

Finalement, le 6 juin la Fondation vous invite à une rencontre autour de la vie politique colombienne. La victoire en 2018 à l’élection présidentielle colombienne d’Iván Duque, proche de l’ancien président Alvaro Uribe, semble avoir remis en cause l’accord de paix signé entre l’ancien président Juan Manuel Santos et les Farc. L’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation en débat avec trois éminents observateurs de la vie politique colombienne. Cette rencontre réunira Juan Carlos Ruiz Vasquez et Rubén Sánchez, professeurs de l’université del Rosario de Bogota, coauteurs de l’essai collectif «Notes au président colombien», et Angélica Montes Montoya, co-directrice du Grecol-ALC (Groupe de réflexion et d’études sur la Colombie-Amérique latine et Caraïbe). La rencontre sera également animée par Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation. Rendez-vous le 6 juin de 18h30 à 20h30. Inscrivez-vous par e-mail pour participer à cet évènement.

D’après la Fondation Jean-Jaurès

Pour plus d’informations sur l’Observatoire et les événements à venir sur la Fondation Jean-Jaurès, 12 Cité Malesherbes, 75 009 Paris.

«De mères en filles» de Maria José Silveira, une histoire féminine du Brésil

C’est une vaste entreprise : l’intention de Maria José Silveira était de faire revivre par l’intermédiaire de plus de vingt femmes rien moins que tout un pays, le sien, le Brésil. La première, Inaiá, naît en 1500 ; la dernière citée, Amanda, était un bébé en 2002, quand le livre a paru dans son édition originale. De la conquête à l’actualité, les siècles défilent sous nos yeux, les changements historiques se matérialisant sous les traits de ces personnes. 

Photo : Babelio 

On comprend l’intérêt que présente une telle œuvre pour les Brésiliens (et encore davantage pour les Brésiliennes). Pour un Européen (ou une Européenne), la lecture en sera sans doute différente. On découvre pour commencer des pans entiers de l’histoire du pays probablement inconnus de la majorité : la guerre, vers 1645, entre Portugais, les «maîtres» d’alors, et Hollandais qui auraient bien aimé s’approprier une région pleine de richesses, n’est pas vraiment fixée dans notre mémoire collective. 

Les ambiances campagnardes d’un pays en formation sont parfaitement décrites, à une époque où la vie n’était facile pour personne. Sur des terres souvent ingrates, sous un climat inconnu des nouveaux arrivants, si on parvenait à s’enrichir pendant un certain temps, on pouvait aussi à tout moment tout perdre en un mois ou même en un jour. Dans ces conditions, le rôle des femmes est capital, bien qu’il ne soit que très rarement reconnu. 

Les métissages sont nombreux, c’est normal, on est au Brésil, les jeunes filles, les femmes, capables d’aimer, de haïr, de tuer, de créer, se ressemblent tout en ayant chacune leur personnalité. Certaines se distinguent, Sahy, fille d’Indienne et de Normand, Guilhermina aux cheveux de feu ou Lígia, «disparue» à 20 ans au moment de la terrible dictature. 

Les hommes aussi, maris, amants, pères toujours, font l’objet de portraits souvent soignés : ils se ressemblent tous un peu. Comme le féminisme, le machisme se transmet d’une génération à l’autre, la société est ainsi faite. 

Un lecteur européen regrettera probablement que la grande histoire du Brésil ne soit qu’évoquée un peu trop superficiellement : l’Empire, la République ne sont que des toiles de fond et ledit lecteur manque forcément de repères. Mais le long défilé de ces femmes (et de leurs conjoints), sans parvenir à constituer une fresque historique, acquiert le charme de la répétition. Ce défilé présente peu d’aspérités, les femmes ne sortent pas des normes qui leur étaient imposées par une société peu imaginative, leurs révoltes restent très limitées et, face aux mariages qui inévitablement tournent à la déception, elles réagissent toutes sans provoquer trop de vagues. Même les anarchistes ici sont des modérés ! 

À l’opposé de la plupart des auteurs latino-américains, Maria José Silveira, fille d’un député démocrate, refuse le spectaculaire, le bizarre ou la violence. Elle offre un tableau historique vaste et un peu trop lisse. 

Christian ROINAT 

De mères en filles de Maria José Silveira, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, éd. Denoël, 480 p., 23,90 €. 

Maria José Rios Peixoto da Silveira Lindoso est écrivaine, traductrice et éditrice, née au Brésil à Jaraguá, Goiás en 1947. Fille de l’homme politique José Peixoto da Silveira (1913-1987), elle est diplômée de la Faculté de communication de l’Université de Brasilia. Elle a travaillé comme rédactrice publicitaire à São Paulo à partir de 1969. Persécutée par la dictature militaire, accusée de subversion en 1971, elle a vécu clandestinement avec son mari au Pérou jusqu’en 1973. Maria José Silveira rentre au Brésil en 1976 et fait des études de troisième cycle en sciences politiques à l’Université de São Paulo.

La crise continue au Nicaragua, le danger pour les opposants reste omniprésent

La crise du Nicaragua continue et le gouvernement d’Ortega est toujours aussi répressif. Depuis avril 2018, la répression a fait 325 morts, et environ 62.000 Nicaraguayens se sont exilés. Jeudi 16 mai, l’un des opposants détenus, Eddy Montes, est décédé suite à un accident.  

Photo : Reuters Oswaldo Rivas

Suite à cette crise qui perdure, le gouvernement s’est engagé à libérer les prisonniers politiques, à restaurer les libertés publiques et à permettre aux exilés de revenir dans leur pays. Mais malgré ces engagements, aucun accord n’est respecté, la crise continue de s’accentuer, ce qui laisse le pays dans une impasse sociopolitique. Socialement, la précarité de la vie quotidienne devient inévitable et insupportable pour les habitants. La malnutrition et la pauvreté continuent de s’étendre. Économiquement, l’effondrement du commerce continue de manière  sidérante. Pratiquement tous les économistes prévoient que le ralentissement ne va que s’approfondir. Au premier trimestre de 2019, la production industrielle a chuté. Le prix de l’essence et le chômage ont augmenté. La stratégie de Daniel Ortega-Murillo est celle de négocier directement avec les représentants des grandes entreprises afin d’éviter une dépression économique majeure. 

En ce qui concerne l’opposition, celle-ci cherche à trouver des alliés pour acquérir la confiance et l’appui de la société nicaraguayenne et ainsi mettre fin à la dictature. Or, lors de manifestations en 2018, des centaines d’opposants au pouvoir de Daniel Ortega ont été arrêtés par les forces de l’ordre puis mis en détention à la prison Modelo. Ce centre pénitencier de haute sécurité, situé à vingt kilomètres au nord de la capitale Managua, a récemment vu l’un de ses détenus mourir lors d’un accident.  

Eddy Montes, un opposant américano-nicaraguayen était détenu dans cette prison depuis des manifestations auxquelles il avait participé en 2018. Jeudi 16 mai 2019, après avoir été blessé au cours d’un «affrontement» avec un membre du personnel de la sécurité, cet opposant de 57 ans est décédé. Selon le ministère de l’Intérieur, l’incident aurait commencé lorsqu’ «un groupe de prisonniers s’est jeté sur le personnel de sécurité et a lutté avec l’une des sentinelles avec la claire intention de lui prendre son arme réglementaire. Au cours de cette lutte, un coup est parti et a atteint le détenu». Le ministre de l’Intérieur, Luis Cañas a annoncé qu’après l’accident, le blessé avait été transféré vers un hôpital où les médecins ont tenté de le réanimer.   

Suite à cette disparition, à Matagalpa, la ville d’ Eddy Montes, des dizaines de personnes se sont rassemblées avec des photos du défunt pour réclamer que justice soit faite. Selon les médias locaux, des forces antiémeutes ont alors été déployées. Concernant la réaction du  gouvernement face à cette tragédie, Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains, a condamné les événements survenus dans la prison. Il en a profité pour rappeler que le gouvernement nicaraguayen s’est engagé le 29 mars à libérer les opposants détenus dans un délai de 90 jours. 

Eulalie PERNELET 

L’éducation, la clé de la crise du Brésil selon l’ancien président Lula da Silva

L’ancien président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, emprisonné depuis déjà plus d’un an à la prison de Curitiba, offre un deuxième entretien au journaliste Kennedy Alencar de la BBC sous l’autorisation de la justice. 

Photo : France Amérique latine

La thématique invoquée est l’orientation politique actuelle du président Jair Bolsonaro, partisan et défenseur des armes, qu’il devrait davantage centrer sur l’éducation. «Bolsonaro est un dément qui croit que les armes sont la solution au problème du Brésil, alors que la solution se trouve dans les livres et les écoles» déclare Lula dans sa seconde interview. Il continue en exclamant que «Bolsonaro soutient l’État policier, un état armé. Il est malade et croit que le problème du Brésil se règle avec les armes. La solution est dans les livres et les écoles» s’exclame-t-il en révisant les chiffres des gouvernements des Partis des Travailleurs (PT) relatifs à ces questions : 18 nouvelles universités fédérales, 173 campus et presque le double d’étudiants inscrits en licence (entre 2003 et 2014, le nombre d’étudiants est passé de 505 000 à 932 000).

«Si le Brésil veut être respecté, il doit prendre soin de lui-même. Pas par le discours, mais avec la pratique. Au lieu de raconter des âneries, il devrait finir son mandat en créant plus d’universités, en amenant plus d’enfants à l’école et en construisant plus de maisons» ajoute Lula en dénonçant la guerre que le nouveau gouvernement mène contre l’éducation publique pour tenter d’effacer l’héritage des gouvernements du PT. «J’ai l’impression que Bolsonaro n’a aucune idée de ce dont il parle, il ne connaît rien de la politique étrangère ni de l’économie» s’exclame Lula, soulignant que son gouvernement n’a pas de méthode ni de stratégie. 

Il réaffirme son innocence et défie au juge qui l’a condamné en première instance, Sergio Moro, actuel ministre de la Justice de Bolsonaro, à fournir des preuves contre lui. «Montrez une seule preuve contre moi ! Moro est né pour se cacher derrière une toge, il doit faire face au débat maintenant. J’aimerais sortir d’ici et débattre avec Moro en l’invitant à fournir de véritables preuves au sujet des crimes que l’on m’a imputés.»

La défense de l’ex-dirigeant a demandé un recours au Tribunal supérieur de Justice pour l’octroi du bénéfice du régime ouvert après réduction de sa peine de douze à huit ans et dix mois. Lui restant moins de huit ans de peine à purger, la loi brésilienne lui permet l’accès au régime ouvert. «Le recours fait appel à une exécution de la peine au régime ouvert dans le cas où la peine n’est pas révoquée ou l’annulation totale du procès n’est pas acceptée.» D’après une note divulguée par Cristiano Zanin Martins, chef de l’équipe de juristes défendant Lula. L’équipe dénonce également dans le recours la présence d’incohérences, bien que la peine ait été réduite de 12 ans et un mois à 8 ans et dix mois. Elle affirme que le but de ce recours «n’est pas seulement la modification de la peine, mais l’acquittement absolu».

D’après LaRed21
Traduit par Andrea RICO

Les expositions «Lisières» et «Mimesis» à la Maison de l’Amérique latine de Paris

La Maison de l’Amérique latine à Paris reçoit David Solis et Marlov Barrios avec leur exposition Lisières et Mimesis, du 24 mai au 24 juillet 2019 à l’occasion de la 6e édition de la VI Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France.

Photo : Maison de l’Amérique latine  

Tous les deux formés d’abord dans l’architecture, David Solis et Marlov Barrios sont des artistes centre-américains qui, par la création de motifs élaborés, transmettent une ambiance mystique propre à leurs pays natals. À travers la nature et l’alliance syncrétique entre les mondes précolombien et contemporain, Solis et Marlov nous invitent à découvrir le Guatemala et le Panama par leurs diverses formes d’art.  Né à Panama en 1953, David Solis s’est installé à Montpellier pour développer sa carrière d’artiste. Même à distance, il demeure très présent dans le milieu culturel de sa ville natale. La galerie Habitante prend en charge de le représenter dès 1990 et durant les années qui suivirent. Depuis, le sujet de ses expositions se concrétise, les forêts denses, puis les troncs serrés et les rives deviennent sa matière première. C’est ce corpus d’œuvres «tropicales, urbaines et forestières» qui définit son style artistique. Un style qui pourrait se traduire comme un voyage à l’intérieur d’une nature secrète, humide et inatteignable par les hommes. Composée d’une cinquantaine d’œuvres (2008-2018), l’exposition Lisières à la Maison de l’Amérique latine est la première exposition monographique de David Solis à Paris.  

Marlov Barrios est né à Guatemala en 1980 et formé à Mexico. Il est le cofondateur du Taller Experimental de Gráfica de Guatemala (Atelier expérimental de graphique de Guatemala), association pour l’enseignement et la valorisation de la gravure. Il a aussi ouvert La Ruleta, un espace pour la promotion de l’art contemporain à Guatemala City. Jusqu’à présent, Barrios a présenté dix-sept expositions individuelles à Guatemala, à Mexico, au Costa Rica, ou encore au Salvador. Avec une formation similaire à celle de Solis, Barrios se démarque du reste de ses compatriotes artistes par sa pratique artisanale. Il utilise une convergence de la peinture à l’huile, les collages, le dessin à main levée et même la sculpture de bois. La Maison de l’Amérique latine à Paris invite Marlov Barrios à réaliser, dans le cadre de la 6e édition de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, une «intervention in situ» qui recouvrira directement les murs de la Salle Asturias. Il s’agit d’une œuvre murale sans sketch préparatoire, concept qui la rend particulièrement originale et éphémère.  

La Maison de l’Amérique latine ne met pas seulement en relation deux artistes, mais deux pays, deux générations et deux manières de saisir la réalité pour la transposer au moyen artistique. Le rassemblement de Solis et Barrios permet au spectateur de choisir un univers auquel il pourra s’immerger et découvrir, par un nouvel angle, les différentes facettes de ces pays centre-américains. La réunion de Lisières et Mimesis transforme une visite au musée en une expérience visuelle qui par l’accumulation de plusieurs éléments semble enserrer le spectateur.  

Amaranta ZERMEÑO  
D’après la Maison de l’Amérique latine 

Lisières – David Solís / Mimesis – Marlov Barrios – du 24 mai au 24 juil 2019. Infos pratiques : du lundi au vendredi  de 10h à 20h, le samedi de 14h à 18h, fermé les dimanches et jours fériés. Le vendredi 31 mai de 14h à 18h. Entrée libre. 

En souvenir de Leopoldo Brizuela, un grand romancier et poète argentin

Le 14 mai 2019, Leopoldo Brizuela est mort jeune, à 55 ans, des suites d’un cancer aux intestins. Sitôt apprise, la nouvelle a causé une commotion. Il était un Grand des lettres argentines contemporaines, il était aussi quelqu’un de très aimé par tous ceux qui l’ont connu. Et je suis fière d’en avoir fait partie. 

Photo : Gustavo Garello

La photo est encore sur une étagère de ma bibliothèque. Elle a été prise lors de la présentation, que j’ai eu l’honneur de conduire dans le cadre des Belles Latinas, d’un roman magistral, Angleterre, cette fable, de l’écrivain argentin Leopoldo Brizuela. Je suis en train de parler devant le micro ; il me regarde d’un air amusé et avec un sourire bienveillant. Petit, brun, chaleureux, les yeux pétillants et néanmoins mélancoliques, humble et solidaire. Ainsi était Leopoldo. Et c’est si difficile de le dire comme cela, au passé.  

Poète, traducteur, romancier, enseignant, Leopoldo était né le 8 juin 1963 à La Plata, ville dans laquelle il a vécu la plupart de sa vie, ville qui est aussi le lieu où se déroulent certains de ses romans. Il avait gardé des souvenirs douloureux de son adolescence sous la dictature militaire des années 1970, dont quelques-uns ont probablement été exorcisés lors de son impeccable traduction à l’espagnol de Manèges, le très beau roman de Laura Alcoba. Il y a aussi fait ses études de lettres et de droit, inachevées probablement parce que la pulsion de l’écriture était plus forte. Je l’ai interviewé des années plus tard dans cette Université, il était à la fois ému et amusé de revenir comme écrivain consacré dans cet établissement qu’il avait fréquenté comme étudiant et qu’il avait quitté sans diplôme.  

Il avait suivi aussi une formation en chant et en musicologie avec la musicienne, compositrice et poétesse Leda Valladares, dont il accompagna pendant plusieurs années le travail de recherche, de compilation et d’interprétation de musiques folkloriques. Lors de sa visite à Lyon comme invité des Belles Latines, dans la soirée de clôture du Festival, il n’avait pas hésité à prendre la guitare et à partager avec nous une partie de son répertoire. 

En tant qu’écrivain il a été rapidement reconnu par le public et par le milieu. Les prix littéraires sont arrivés dès son premier roman, Tejiendo agua, publié lorsqu’il avait 17 ans, et distingué par la Fondation Fortabat en 1985. Suivront InglaterraUna fábula reconnu par le Prix Clarín en 1999, puis Lisboa, Un melodrama en 2010, Una misma noche remporte le Prix Alfaguara en 2012 et enfin Ensenada, Una memoria paraît courant 2018. Il a également publié la nouvelle El placer de la cautiva en 2000 et un volume de récits, Los que llegamos más lejos en 2011. 

Traduit en plusieurs langues, son œuvre suit la plupart du temps le fil de mémoires historiques et culturelles entremêlées, qui mettent en rapport des cultures, des pays, des identités plurielles et complexes. L’Histoire de son pays, l’Argentine, est toujours présente de manière oblique ou explicite ; les images de l’horreur imposée par la dernière dictature militaire sont évoquées parfois sans les nommer, ou par l’entremise d’autres instances similaires datant du XIXe siècle, ce qui permet à l’auteur dans Inglaterra, Una fábula, de produire des représentations synthétiques et très puissantes de la souffrance des populations. Notamment lorsqu’il suggère l’analogie entre le génocide perpétré contre les peuples originaires du sud du pays et les exécutions et disparitions des années 1970. La racine de la violence politique est mise en évidence, ainsi que ses connotations racistes et discriminatoires. Mais il se projette aussi vers d’autres horizons, en produisant des croisements éclairants entre l’Angleterre et l’Argentine, entre Lisbonne et Buenos Aires dans Lisboa, Un melodrama, entre le tango et le fado. Tout cela dans un contexte historique souvent secoué par des crises, ce qui lui permet de sonder les imaginaires et de révéler les arcanes de l’âme humaine, si semblables au-delà des différences. Les deux derniers romans sont plus étroitement liés à l’Histoire argentine et à deux périodes clés : la dictature des années 1976-1983 et la chute du deuxième gouvernement de Perón en 1955. 

Au-delà des sujets choisis, Leopoldo était un écrivain exigeant. La structure de ses romans était complexe et proliférante, les voix multiples et contrastées, la prose somptueuse, baroque, parfois incantatoire ; le ton, unique et immédiatement reconnaissable. Leopoldo se refusait au minimalisme à la page, il fouillait dans l’expérience comme un explorateur des profondeurs, et dans la langue comme un chercheur de trésors cachés. Et il trouvait toujours la pépite d’or du sentiment ou du mot juste.  

Tu vas nous manquer, Leopoldo. Ta simplicité, ta tendresse, ton engagement politique à côté des Mères de la Place de Mai ; tes blessures aussi, souvent sublimées, toujours présentent. Nous continuerons à te lire, c’est promis. 

María A. SEMILLA DURÁN

Leopoldo Brizuela est né en 1963 à La Plata (Argentine). Romancier, poète et traducteur, il a écrit son premier roman Tejiendo agua à l’âge de 17 ans. En 1999, Angleterre : une fable obtient le Prix Clarín et le prix de la Ville de Buenos Aires et est traduit en France aux éditions José Corti, qui publient également Le Plaisir de la captive. Leopoldo Brizuela, dont les livres sont traduits dans de nombreuses langues, vivait à Buenos Aires, où il a travaillé comme critique littéraire et dirige plusieurs ateliers d’écriture. Son dernier livre en français : La Nuit recommencée traduit de l’espagnol (Argentine) par Daniel Iaculli (2014).

 

«Des hommes en noir», le roman de Santiago Gamboa au tour de prêches et spectacle

La religion a depuis la «conquête» espagnole toujours été à la base des sociétés américaines. Depuis le milieu du XXe siècle, le catholicisme tout puissant  a cédé du terrain, remplacé à peu près partout par les Églises nord-américaines, celles qui mêlent prêches et spectacle, paillettes et doctrine. C’est vers cet univers que nous amène Santiago Gamboa dans son nouveau roman, mais certains religieux de son livre ne sont pas immaculés.

Photo : Universitad de Guadalajara

Tout commence par une fusillade à l’arme lourde en pleine nature, loin de Bogotá, avec l’arrivée soudaine d’un mystérieux hélicoptère. Dans le village proche, personne n’a rien vu, rien entendu. Pourtant un jeune garçon prévient la police de manière anonyme. Quand une journaliste indépendante, Julieta Lezama cherche à en savoir plus ni elle ni son ami, le procureur d’origine indienne Edilson Jutsiñamuy ne trouvent la moindre trace officielle de «l’incident». Accompagnée par Johana, son assistante, Julieta se rend sur place, dans la région du Cauca. Après des années d’horreurs, la paix est revenue. On ne parle plus des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ni des paramilitaires. Les nouveaux conquérants de la zone sont les Églises évangéliques. L’argent qu’elles peuvent tirer de la nouvelle situation, de la paix à construire, les a attirées. 

Or la paix nouvelle est toute relative et il se pourrait bien que ces nouvelles Églises ne soient pas totalement extérieures à ces troubles sur lesquels enquêtent Julieta et Jutsiñamuy. Entre deux ou trois drôles de coïncidences et le charme troublant du chef d’une de ces Églises, Julieta lutte pour s’accrocher à une réalité qui lui échappe. Le recours aux mignonnettes de gin l’aide-t-il ou augmente-t-il le déséquilibre qui la menace et dont elle est consciente ? 

Une vague de disparitions dans la région concerne toutes des agents de sécurité. Il faut croire qu’il se passe des choses étranges, si même ceux-là, qui sont censés assurer la sécurité, deviennent des victimes ! La double enquête qui s’en suit, celle officielle du procureur et celle personnelle de la journaliste, s’oriente vers les ressources de cette Église pentecôtiste. Église qui, de toute évidence, n’est pas dans la misère. En Guyane, en France donc, les mines d’or plus ou moins légales sont attirantes… 

Santiago Gamboa parvient à réconcilier ces extrêmes. Il montre que ce qui semble irréconciliable (la soif de l’or et Dieu) peut ne faire qu’un. Il serait capable de rendre sympathiques un orpailleur illégal et un de ces pasteurs évangéliques qui sont en train de conquérir un continent entier. Une bonne dose de religion(s), une base de polar, une pincée de violence et la mafia à volonté, sans oublier suffisamment de sentiment, d’amitié, de confiance et d’empathie pour lier l’ensemble, cela donne ce savoureux cocktail littéraire. Santiago Gamboa est très fort pour les mélanges équilibrés. À la fin de la lecture, il reste un petit goût amer, loin d’être désagréable. 

Christian ROINAT

Des hommes en noir de Santiago Gamboa, traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éd. Métailié, 368 p., 21 €.  

Santiago Gamboa est une des voix les plus puissantes et originales de la littérature colombienne. Né en 1965, il étudie la littérature à l’université de Bogotá, la philologie hispanique à Madrid, et la littérature cubaine à La Sorbonne. Journaliste au service de langue espagnole de rfi, correspondant à Paris du quotidien colombien El Tiempo, il fait aussi de nombreux reportages à travers le monde pour des grands journaux latino-américains. Sur les conseils de García Márquez qui l’incite à écrire davantage, il devient diplomate au sein de la délégation colombienne à l’unesco, puis consul à New Delhi. Il vit ensuite un temps à Rome. Après presque trente ans d’exil, en 2014, il revient en Colombie, à Cali, prend part au processus de paix entre les farc et le gouvernement, et devient un redoutable chroniqueur pour El Espectador. 

La vendetta d’une jeunesse colombienne dans «Matar a Jesús» de Laura Mora

Sortie en salle le 8 mai, Matar a Jesus met en scène un thriller haletant qui nous plonge dans une Colombie de violence et de révolte vaine, paysage devenu terriblement familier à nos yeux de spectateur. On découvre cet univers à travers Paula, une jeune étudiante, est témoin de l’assassinat de son père, un professeur d’université activiste, en pleine rue de Medellín. Désespérée face à l’inaction de la police, Paula prend les choses en main lorsqu’elle croise par hasard Jesús, le jeune sicario qui a tué son père. Entre désir de vengeance et compassion, elle se rapproche de lui.

C’est un premier film largement autobiographique que signe Laura Mora. Directement inspirée de l’assassinat de son père auquel elle assiste complètement impuissante au début des années 2000, elle décide de recréer la Medellín des années 2000 dans ce drame qui se construit sur l’impatience du désir de vengeance. Avec Jesús et Paula, ce sont deux jeunesses qui se font face. L’une pauvre, issue des barrios, ces quartiers qui enserrent la ville au sommet des collines et une jeunesse de la plaine qui va à l’université, à soif de combat politique, s’épanouit, libre et créative. Isolées l’une de l’autre, séparées par la géographie qui épouse les fractures sociales, les deux pans de cette jeunesse colombienne partagent néanmoins une même soif d’amusement et c’est la nuit qui lie leurs deux réalités et qui permet à Paula de retrouver le meurtrier de son père.

Giovanny Rodriguez incarne à merveille Jesus, ce jeune homme somnolent et désabusé qui passe ses journées à zoner et à s’entraîner au tir. Éloigné de sa famille, car craignant les représailles, il vit en marge de la société à l’inverse de Paula qui habite une demeure familiale cossue. Quand Paula retrouve les sicarios on découvre une bande qui tue par dépit plus que par soif de sang, comme-ci elle ne savait rien faire d’autre. On se surprend à découvrir que ce ne sont que de jeunes garçons blasés qui tuent le temps à jouer avec des armes, à faire des soirées ou des tours en motos, à se prendre pour des adultes sans en avoir encore les intentions. Et que finalement ces deux jeunesses ne sont pas si éloignées l’une de l’autre et donc que l’acte de mort n’enlève en rien l’empathie que peu à peu l’on ressent pour la bande de désœuvrés que forment Jesus et ses amis.

Condamner à pardonner

Le film de vengeance se mue en drame social dans une séquence de bascule où Paula en appelle au soutien de Jesús pour se protéger de la violence de Medellín. L’ennemi de toujours devient alors un précieux allié. Toute la schizophrénie qui va alors la tirailler c’est celle qui semble en quelque sorte condamner aussi les Colombiens à s’affronter pour des enjeux qui les dépassent, sur lesquels ils n’ont aucune emprise. On sent très fort que le véritable ennemi du film c’est cette police corrompue tout à fait complice des sicarios, la pauvreté structurelle et l’absence de sécurité dans les rues de la ville ; tout autant de maillons d’une chaîne que forme la société de Medellín et qui comme le meurtre de son père, trouvent leur justification dans la fatalité d’une situation politique complexe inébranlable.

Comme autant de contes moraux contemporains, toute une filmographie latino-américaine fait le constat depuis plusieurs années des conséquences de la vengeance personnelle (Tuer un homme, La Familia…). En captant cet esprit du temps sourd et implacable, ces œuvres où la tragédie individuelle règne dressent par leur ressemblance une situation homogène dans toute l’Amérique latine. Matar a Jesús s’inscrit dans cette tradition de récit. Malgré le meurtre de son père, se construit peu à peu dans l’esprit de Paula la voie d’une rédemption. Et avec elle l’acceptation que rien ne peut être fait par ses propres moyens, surtout pas par la violence. Une rédemption qui la condamne à pardonner, qui condamne aussi tout Medellín à se construire sur un socle instable et brutal.

Dans la lignée d’autres réalisateurs avant elle, Laura Mora interroge les séquelles que laissent ces tragédies personnelles sur la jeunesse et qui finissent par faire société. Dans cet exercice pourtant, Matar a Jesús reste fragile parce que beaucoup trop bien rôdé, trop à l’aise dans cette grammaire habituellement déployée. Le film réinvestit le sujet sans réelle prise de risque ou fulgurance si l’on omet l’esthétique onirique qui accompagne les minutes de liberté que s’offre la bande de sicarios ; gamins blasés qui sillonnent les routes la nuit à dos de motos bruyantes en équilibre sur une roue. Passé ces quelques parenthèses d’insouciance tapageuse, tel un décor immuable, Medellín redevient la belle emprisonnée, figée dans une esthétique devenue trop familière à l’écran, qui appelle en conséquence un traitement beaucoup trop prévisible.

Kévin SAINT-JEAN

Matar a Jesús de Laura Mora, Drame, Colombie, 1 h 39 – Voir la bande d’annonce

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