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Nouveaux Latinos

« Bacurau », une réalisation  de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles en salle le 26 septembre

Même s’il n’y avait qu’un seul film latino en compétition officielle cette année à Cannes, le beau  Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles a reçu le Prix du jury ex æquo , présidé parAlejandro Gonzalez Iñárritu

Photo : Allocine

Kleber Mendonça Filho  avait été révélé avec  Les Bruits de Recife. Il avait déjà été en compétition à Cannes en 2016 avec  Aquarius,  portrait de sa ville Recife, prête à tout démolir, et portrait d’une femme de 60 ans qui se bat pour garder son appartement. Cette année, le film présenté au festival est  Bacurau.  « Bacurau »  signifie en portugais «  engoulevent », un oiseau crépusculaire et nocturne qui se camoufle très bien quand il se repose sur une branche d’arbre.  Juliano Dornelles  dresse le parallèle entre l’animal et le village :  « Il ne sera remarqué que s’il a lui-même envie d’apparaître. Le village de Bacurau se porte ainsi, il est intime du noir, il sait se cacher et attendre, et préfère même ne pas être aperçu. » 

Écrit par les deux réalisateurs, ce scénario de western, de film de fiction et de film de Cangacero était proposé en début de Festival et se déroule dans un futur proche… On arrive dans un village dans le sertão, qui porte le nom d’un oiseau de nuit, par une route jonchée de cercueils qui se brisent sous les roues d’un camion-citerne qui vient ravitailler des habitants, mis au régime sec par les puissances qui contrôlent les barrages de la région.  Teresa, interprétée par  Barbara Colen, a profité du camion pour revenir dans son village natal, à temps pour les obsèques de sa grand-mère,  Carmelita, doyenne de  Bacurau. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que le village a disparu de la carte…

Très diffèrent d’Aquarius, il s’agit d’un film qui se passe dans un futur de résistance. Mais le Nordeste a beaucoup changé, et le fascisme n’est pas très loin. Toute une population sera rayée de la carte. Il s’agit donc d’une fable politique, même si le film a été tourné avant les dernières élections. À la présentation d’Aquarius à Cannes, toute l’équipe du film n’avait pas hésité à sortir des panneaux marqués « Sauvez Dima ».

 Avec  Barbara Colen,  Sonia Braga en médecin alcoolique  et  Udo Kier en nazi américain. Un peu déroutant mais à voir à partir du 25 septembre. 

Alain LIATARD

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Au Nicaragua, les évêques appellent à garder espoir. Des belles paroles ?

À l’occasion des festivités nationales, la Conférence épiscopale du Nicaragua a adressé un message de soutien «aux fidèles chrétiens catholiques, et aux hommes et aux femmes de bonne volonté». Un message d’encouragement et d’accompagnement spirituel bienvenu dans le climat social très tendu au Nicaragua. 

Photo : La Croix

Dans une déclaration commune, les évêques du Nicaragua ont rappelé que «la vérité et le pardon sont les fondements et le chemin vers la paix». Ils ont choisi de s’exprimer dimanche 15 septembre, à l’occasion de la fête nationale commémorant l’indépendance du Nicaragua, mais aussi de la fête de la Vierge des Douleurs. «Après près d’un an et demi de souffrance et de douleur, nous avons vécu dans notre propre chair la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ», déclarent-ils. 

Sans pointer du doigt ni porter d’accusation, le message des évêques vise avant tout à soutenir spirituellement les catholiques en leur proposant de se poser les bonnes questions dans une situation de crise dont le pays n’arrive pas à se sortir. Se présentant comme des compagnons de route, ils proposent des réponses éclairées par la foi.  

Le texte met à plat les interrogations existentielles qui tourmentent les esprits : «Comment pardonner tant de cruauté subie, et est-il impossible de panser toutes ces blessures ?», «Est-il possible d’aimer ceux qui ferment les portes de leur cœur  au Christ ? Comment garder l’espérance quand tout porte à croire qu’il n’existe aucun pouvoir capable de résoudre notre crise ? Que faire quand la voix de la société civile ne compte pas ? » L’épiscopat se fait porte-parole des masses citoyennes qui demandent du changement et des réformes profondes. «Les inégalités économiques, le chômage et la corruption semblent être des maux endémiques difficiles à corriger, condamnant plusieurs groupes sociaux à être injustement exclus et à rester invisibles, comme le sont les migrants, les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les groupes ethniques, etc…» 

Dans leur message, les évêques mettent en lumière le cas de conscience que rencontrent les catholiques nicaraguayens qui travaillent pour des institutions qui ne correspondent pas à leur valeur mais qui les tiennent par la faim. 

Ces questions sont aussi essentielles pour trouver un terrain ferme où entreprendre la reconstruction de la société nicaraguayenne  :  «Comment contribuer à la résolution de problèmes sociaux et politiques urgents et répondre au grand défi de la pauvreté et de l’exclusion ? Comment le faire dans un pays qui traverse une crise politique, sociale et économique profonde, dans lequel semble s’initier une nouvelle étape, avec les défis qu’elle introduit pour le vivre-ensemble démocratique ? ». 

Selon eux, une des racines du malaise au Nicaragua est la crise de confiance qui, en agissant comme un  «virus», a contaminé toutes les relations quotidiennes. Perte de confiance en les autorités, perte de confiance en les institutions, perte de crédit quant à la viabilité des projets politiques… Cette méfiance s’est répandue, introduisant des tensions dans les familles, éloignant chacun de son prochain et créant des groupes fermés et isolés.  «C’est impossible de grandir dans la méfiance  !», soulignent les évêques. 

Au contraire, il faudrait valoriser la confiance avec la «culture de la rencontre» qui induit l’attitude plus active de prendre soin de l’autre, le faire grandir avec sa liberté.  «Il ne s’agit pas seulement de « tolérer » autrui mais de « célébrer » nos différences, en les exprimant  librement, avec prudence et respect, pour enrichir la richesse de nos idées et valeurs» écrivent les évêques, en reprenant des principes souvent mis en valeur par le Pape François. 

Les évêques s’adressent tout spécialement aux jeunes, qu’ils encouragent à continuer d’apporter leur pierre à l’édifice national «par leurs études et leurs formations, avec leur énergie et leur soif de justice et de liberté avec tous les moyens pacifiques à leur portée». Pour cela, ils se réfèrent au discours du Pape François, au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro  en 2013 : «Ne vous placez pas en queue de l’histoire, soyez les protagonistes ! Manifestez-vous en avant ! Marchez en avant ! Bâtissez un monde meilleur, un monde de frères, un monde de justice, d’amour, de paix, de fraternité solidaire !». 

Les évêques appellent les fidèles à ne pas baisser les bras et à garder espoir. Ils donnent des exemples de figures saintes qui ont aimé sans limite dans l’adversité de régimes oppresseurs : Saint Oscar Romero et Frère Odorico d’Andrea. Ils affirment qu’aujourd’hui plus que jamais, le Nicaragua doit être capable d’aimer «en réponse au système de haine et de mort en place, qui dissimule l’action de Dieu»

Cécile MÉRIEUX,
Cité du Vatican

Notre opinion

Ces belles paroles suffiront-elles à mettre en oeuvre suffisamment de moyens pour redresser la situation politique et économique d’un pays en crise ? Derrière l’exhortation à l’amour universel, on peut aussi y voir une incitation ténue à l’insurrection, et un appel à l’aide dirigé à la jeunesse. Espérons que l’assise religieuse ait un impact sur les décisions politiques.

 Lou BOUHAMIDI

Un premier roman mexicain  : « Parmi d’étranges victimes » de Daniel Saldaña París

Un premier roman est le plus souvent regardé avec curiosité par le public et les critiques  : comment évoluera le jeune auteur  ? Corrigera-t-il ce qui est apparu comme défauts de jeunesse, confirmera-t-il l’originalité de ses phrases et de ses idées  ? Parmi d’étranges victimes est un peu hors du temps. Il est moderne (si ce mot veut dire quelque chose  !) et fait penser aux romans nord-américains de la grande époque hippie tout en se situant dans un Mexique plus vrai que le vrai.  

Photo : Editions Métailié

Un homme dont le principal souci est de décider qui l’emportera, de la poule qui erre sur le terrain vague voisin de chez lui ou de la secrétaire un peu rébarbative par son physique et son caractère, mais disposée à un rapprochement sentimental, cet homme ne peut être fondamentalement mauvais. Un peu bizarre peut-être. 

Rodrigo Saldívar, qui aurait pu briguer des postes prestigieux, est resté modeste « administrateur de connaissances » (c’est lui qui a créé le terme) dans un musée de Mexico, sans chercher à s’élever, cela ne l’intéresse pas du tout. D’ailleurs, que veut dire « s’élever »  ? Tout est tellement relatif. Sa petite vie lui convient, il collectionne les sachets de thé usagés et pratique au quotidien l’observation affectueuse de la poule d’à côté. 

Rodrigo est le rejeton de parents séparés qui vécurent, après le drame d’octobre 1968, le massacre des étudiants de la Place des Trois Cultures, la grande libération post-soixante-huitarde. Il en est l’exact opposé, et père et mère, mère surtout, ne comprennent pas ce « retour en arrière ». 

Assez vite, une longue parenthèse nous éloigne de cette atmosphère étouffante, une bouffée d’air frais et international qui présente des personnages jusque là inconnus qu’on retrouvera bientôt dans le contexte d’origine, le Mexique de ce pauvre Rodrigo. 

La province mexicaine vue par Daniel Saldaña París n’est pas plus enthousiasmante que la capitale. Le séjour du malheureux Rodrigo (mais est-il vraiment malheureux, au fond  ?) s’éternise dans une vague université perdue au milieu du désert, ce qui lui permet de nouer des liens, un peu lâches c’est vrai, avec des personnages sortant de son ordinaire et de découvrir une hypnose pas du tout catholique. 

Roberto Bolaño a laissé des traces au Mexique  : sa généreuse influence semble se manifester chez Daniel Saldaña París, par exemple l’apparente banalité de la surface qui recouvre une profondeur certaine de ce qui est évoqué (vie quotidienne et psychologie qui ne sont jamais décrites ou commentées mais seulement énoncées parmi des actes ou des pensées), ou cette façon de faire vivre sous nos yeux des personnages secondaires, comme ces universitaires dont on a du mal à séparer la vacuité et la richesse ou encore les longues parenthèses dans le récit qui sont de véritables petits romans à l’intérieur du roman. 

Les contradictions qui caractérisent tous les personnages du roman, rendues très visibles par l’auteur mais dont ils sont inconscients, ne sont-elles pas une définition possible de tout humain  ? Chacun de nous est-il capable de découvrir la « trame de [son] existence », comme se demande Rodrigo  ? 

Parmi d’étranges victimes est un de ces premier romans qui, parce qu’il est tellement prometteur et original, oblige à attendre la suite  : El nervio principal, publié l’an dernier, a été chaleureusement accueilli par la critique mexicaine. 

Christian ROINAT 

Parmi d’étranges victimes de Daniel Saldaña París, traduit de l’espagnol (Mexique) par Anne Proenza, 288 p., ed. Métailié, 20 €. 

Daniel Saldaña París en espagnol  : En medio de extrañas víctimas / El nervio principal, ed. Sexto Piso, Madrid. 

Sept pays d’Amérique latine s’engagent à protéger l’Amazonie. Et la France ?

La Colombie, le Brésil, la Bolivie, l’Équateur, le Pérou, la Guyane et le Surinam ont signé un pacte pour la protection de la plus grande forêt tropicale au monde, lequel prévoit une surveillance par satellite et une intervention coordonnée en cas de sinistre. A l’occasion du sommet du G7, la France s’est mobilisée et a rassemblé les moyens de l’État et les aides offertes par le secteur privé, notamment le groupe de luxe LVMH et la Fondation Airbus.

Photo : GEO

Sept pays amazoniens ont signé vendredi un pacte pour la protection de la plus grande forêt tropicale au monde, lequel prévoit une surveillance par satellite et une intervention coordonnée en cas de sinistre, en réponse aux récents incendies qui ont ravagé des milliers de kilomètres carré de forêt. Colombie, Brésil, Bolivie, Équateur, Pérou, Guyana et Surinam sont parties prenantes de cet accord. Le Venezuela, qui n’avait pas été invité, et la France, dont le territoire d’outre-mer de Guyane compte aussi une vaste superficie amazonienne, manquaient à l’appel. Le président colombien Ivan Duque, hôte du sommet dans la ville de Leticia, a indiqué qu’il s’agissait d’un « mécanisme de coordination » et que les pays se réuniraient de nouveau lors de la conférence des Nations unies sur le climat en décembre.

« Nous signons un pacte, le Pacte de Leticia, pour nous organiser, travailler de façon harmonieuse sur des objectifs communs (…) qui nous engagent et nous poussent à protéger notre Amazonie », a déclaré le président colombien Ivan Duque, qui avait convoqué cette réunion en urgence avec son homologue péruvien Martin Vizcarra.

Durant le sommet de vendredi, auquel il a participé par visioconférence, le président brésilien Jair Bolsonaro a déclaré que ce pacte constituait une réaffirmation de la souveraineté de chacun des pays amazoniens. Il a dénoncé le mois dernier des « interférences » étrangères sur la question de l’Amazonie, ciblant particulièrement Emmanuel Macron avec lequel il s’est livré à une guerre de mots qui a viré à la crise diplomatique. « Nous devons prendre une position ferme de défense de la souveraineté afin que chaque pays puisse sur son territoire développer la meilleure politique pour la région amazonienne, et ne pas la laisser aux mains d’autres pays », a-t-il expliqué lors d’une vidéo-conférence depuis le Brésil.

Et la France ?

En dépit de son absence, la France participe aussi à la lutte contre les incendies en Bolivie. Après les décisions prises par le président Emmanuel Macron à l’occasion du sommet du G7, la France s’est mobilisée et a rassemblé les moyens de l’État et les aides offertes par le secteur privé, notamment le groupe de luxe LVMH et la Fondation Airbus. Les ministères de l’Europe et des Affaires étrangères (centre de crise et de soutien) et de l’Intérieur (sécurité civile) ont uni leurs moyens humains, budgétaires et logistiques afin de constituer une aide opérationnelle en direction de la Bolivie, à sa demande.

D’après La Tribune

Retour sur le documentaire « Le grain et l’Ivraie » au cœur de l’actualité…

Photo : Allociné

Le film de Fernado Solanas Le grain et l’ivraie, sortie en avril dernier reste au cœur de l’actualité, Un de nos rédacteurs, économiste de formation, nous énumère les raisons pour voir de toute urgence ce documentaire.

L’Argentine est sur le point d’élire un nouveau président, dans un contexte de grave crise économique ; or l’agriculture est le moteur principal de cette économie. Ce modèle repose sur une désertification (humaine et végétale) des espaces ruraux, pour consacrer la terre à la production intensive du soja ou du coton (OGM l’un et l’autre) ; et un usage intensif des produits pesticides et engrais synthétiques.

C’est ce même modèle que le président brésilien Bolsonaro veut généraliser en Amazonie, par la déforestation (les incendies étant un moyen pour en accélérer l’implantation !). L’accroissement de la production qui en résulte (à moindre coût) nécessite de nouveaux débouchés ; d’où l’accord en cours de validation avec la communauté européenne.

Cela conduira à la remise en cause des modes de production agricole en Europe (dont le feu vert est en perspective pour faciliter le plus possible l’épandage des produits phytosanitaires, au ras des zones habitées). Et plus généralement une aggravation de la toxicité des produits alimentaires mis sur le marché.

Le film se contente de décrire comment l’agriculture argentine s’est modifiée en moins de 20 ans, par la destruction de l’environnement, la disparition de l’emploi rural et au détriment de la santé des habitants qui restent sur place… La description est impitoyable, et cela donne froid dans le dos. 

Une telle situation a contribué à la destruction de l’économie du pays ! Certes, le président sortant en est pour partie responsable ; mais les probables gagnants de la prochaine élection sont ceux qui ont gouverné durant l’implantation de ce nouveau modèle.

Remettre en cause de tels modèles passe nécessairement par des actions de masse pour peser sur les décisions politiques. Pour information, on peut mentionner le mouvement en cours d’implantation en France Nous voulons des coquelicots*, qui propose des actions au niveau de chaque commune pour lutter contre l’usage des pesticides

Michel SERUZIER

* Coquelicots

Sur le documentaire ici

Une colonie mennonite en Bolivie, au coeur du dernier roman de Miriam Toews

Dans une colonie mennonite, quelque part en Bolivie, entre 2005 et 2009, huit hommes ont drogué femmes, adolescentes et même enfants pour les violer. On expliquait ensuite à ces femmes analphabètes (leur religion le leur imposait) que c’était l’œuvre du diable et la rançon de leurs péchés. À partir de ces horreurs, Miriam Toews, elle-même née dans une communauté mennonite canadienne, a imaginé comment, les jours qui ont suivi l’arrestation des coupables, et en attendant leur probable retour grâce à une caution payée par les autres hommes, certaines victimes se réunissent secrètement pour envisager leur futur.

Photo : Carol Loewen

August Epp est né dans la colonie, mais ses parents en ont été exclus, ce qui a permis au garçon d’apprendre d’autres langues que le plantdietsh, celle parlée exclusivement sur place, mélange médiéval de langues d’Europe centrale, puis de faire des études universitaires, avant de réintégrer la colonie. Il est donc le seul homme à pouvoir noter, puis transcrire en anglais les paroles échangées par les femmes au cours de leur conseil secret.

Livrées pour la première fois à elles-mêmes, elles parlent sans lignes clairement tracées, de choses et d’autres, sans omettre les trois options qui s’ouvrent à elles : rester sans rien changer, au retour des hommes, quarante-huit heures plus tard, quitter la colonie ou y rester et se venger. Mais la décision est bien trop lourde pour être prise en quelques heures. Les deux jours seront nécessaires.

Comme le dit l’une d’elles, ce sont « des femmes sans voix (…), des femmes en dehors du temps et de l’espace », elles ne parlent même pas la langue du pays qu’elles habitent. La prise de conscience est lente, presque douloureuse, toute leur existence a été organisée pour qu’elles soient sans existence. Découvrir soudain que c’est faux est source d’une immense angoisse.

Qu’il est difficile de faire craquer le carcan d’une éducation aussi réductrice: elles ont beau vouloir s’évader (au moins par l’esprit), leur acquis refait surface : les hommes sont faits pour labourer la terre, les femmes pour se taire. Alors soudain prendre son envol semble inimaginable. August, qui ne sait pas labourer, qui n’a ni femme ni enfants, n’étant pas véritablement un homme, peut sans problème être présent dans cette assemblée exclusivement féminine.

Dans ce beau texte austère, sont évoqués l’obéissance, la culpabilité, l’éducation, l’espoir, la résilience, la prédestination, la responsabilité et, bien sûr, la foi. Autant dire qu’il parle en profondeur à chacune, à chacun de nous.

Christian ROINAT

Ce qu’elles disent de Miriam Toews, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, éd. Buchet-Chastel, 232 p., 19 €.

Miriam Toews est née en 1964 dans une communauté mennonite du Manitoba, au Canada. Elle est l’autrice de plusieurs romans et a été lauréate de nombreux prix littéraires, notamment du Governor General’s Award. Elle vit au Canada. Ce qu’elles disent est son premier roman à paraître chez Buchet/Chastel, et le troisième à paraître en France après Drôle de tendresse (Seuil, 2006) et Pauvres petits chagrins (Bourgois, 2015).

Mélenchon, Lula, Iglesias appellent à « la fin des procès politiques »

Nous publions une tribune du dernier Journal du Dimanche. Dans une déclaration commune, plus de deux cents personnalités, parmi lesquelles Jean-Luc Mélenchon, mais aussi les anciens présidents Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil) et Rafael Correa (Équateur) ou encore le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias (Espagne), appellent à la « vigilance pour défendre les victimes » du « lawfare », un concept qui désigne une instrumentalisation politique de la justice.  « Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique », écrivent-ils.

L’ex-president Lula Da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Photo : Heuler Andrey

« Non, la justice  ne doit pas servir d’arme de persécution politique. Pourtant c’est devenu le cas aujourd’hui presque partout dans le monde. Déjà, avec la criminalisation des lanceurs d’alerte, des syndicalistes, des militants écologistes et des participants aux manifestations interpellés arbitrairement, les droits des citoyens ont beaucoup reculé. Le maintien de l’ordre libéral coûte cher à la démocratie. À présent, un seuil est en train d’être franchi. C’est ce que l’on appelle la tactique du « lawfare ». Il s’agit de l’instrumentalisation de la justice pour éliminer les concurrents politiques. 

« Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice […] il fausse le déroulement des élections ».

Le « lawfare » commence avec des dénonciations sans preuves, se prolonge dans d’obsédantes campagnes de dénigrement médiatique et oblige ses cibles à d’interminables justifications sans objet. Puis c’est la prison et les amendes. Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice. Pour finir, il fausse le déroulement des élections qui ne sont plus vraiment libres. Les exemples sont nombreux. Citons, en Amérique du Sud, le Brésilien Lula, condamné sans preuve et empêché de se présenter à l’élection présidentielle. Son « juge », Sergio Moro, est devenu depuis ministre de la Justice du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Mais aussi l’Équatorien Rafael Correa et l’Argentine Cristina Kirchner, persécutés sans trêve. 

Citons, en Afrique, le Mauritanien Biram Dah Abeid, emprisonné sur une dénonciation sans preuve retirée au bout de plusieurs mois de détention. Et encore l’avocat égyptien Massoum Marzouk, opposant au régime de Sissi emprisonné sur le prétexte fallacieux de charges antiterroristes. Il y aussi le cas de Maurice Kamto, arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle au Cameroun et emprisonné depuis janvier dernier, ou l’ancien député gabonais Bertrand Zibi, condamné à six ans de prison. 

« Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques ». 

Citons, en Europe, le Français Jean-Luc Mélenchon, poursuivi sans preuve et jugé pour rébellion, ou le Russe Serguei Oudaltsov, dirigeant du Front de gauche, condamné à quatre ans et demi de prison pour avoir organisé des manifestations contre le pouvoir. Citons, en Asie, le Cambodgien Kem Sokha, principal leader de l’opposition emprisonné à la veille des élections législatives de 2017. Ou l’acharnement judiciaire aux Philippines contre la sénatrice Leila de Lima, figure de l’opposition. 

De nombreuses voix se sont élevées dans le monde pour dénoncer cette situation : des groupements de juristes, des autorités religieuses comme le pape François, des figures de la défense des droits de l’homme, des dirigeants syndicalistes ou politiques. Notre déclaration commune salue ces protestations. Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique. Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques. Nous demandons que soient dénoncés devant l’opinion publique les gouvernements et les magistrats comme le juge Sergio Moro, au Brésil, qui acceptent de jouer ce rôle néfaste aux libertés individuelles et politiques. » 

L’ex-president Luiz Inacio Lula da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Les signataires : 

Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix, Argentine 
Hebe de Bonafini, présidente de l’association des Mères de la place de Mai, Argentine, prix Sakharov de l’Union européenne 
Ignacio Ramonet, écrivain, journaliste et président d’honneur d’ATTAC, Espagne 
Aminata Traoré, essayiste, Mali 
Manon Aubry et Martin Schirdewan, co-présidents du groupe GUE au Parlement européen, France et Allemagne 
Shumona Sinha, romancière, prix de l’Académie Française, Inde 
Eugenio Raul Zaffaroni, juge à Cour Intéramericaine des Droits de l’Homme, Argentine 
Rashida shams al Din, journaliste, Soudan 
Janak Chaudhari, secrétaire général du syndicat GEFONT, Népal 
Luiz Inácio Lula da Silva, ex-président de la République fédérative du Brésil 
Rafael Correa, ex-président de la République d’Équateur 
Pepe Mujica, ex-président de la République orientale de l’Uruguay 
Pablo Iglesias, député, secrétaire général de Podemos, Espagne 
Lucia Topolanski, vice-présidente de l’Uruguay 
Jane Vargas, dirigeante du syndicat de la construction NUDCW, Philippines 
Almir Narayamoga Surui, chef de la tribu Paiter Surui, Brésil 
Marisa Matias, ancienne candidate à la présidence de la République, Portugal 
Le groupe des députés de la France Insoumise à l’Assemblée Nationale et la délégation Insoumise au Parlement européen 
Esther Benbassa, sénatrice 
André Chassaigne, président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale 
Noël Mamère, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle 
Marion Esnault, porte-parole de l’association écologiste ANV-COP21 
Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France de football 
Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du Conseil des Droits de l’Homme aux Nations Unies, Suisse 
Edward Bond, dramaturge, Royaume-Uni 
Pipo Delbono, metteur en scène, Italie 
Biram Dah Abeid, chef de file de l’opposition, prix des Droits de l’Homme des Nations Unies, Mauritanie 
Thomas Porcher, économiste 
Arié Alimi, avocat au barreau de Paris 
Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire, Tunisie 

Le film « Yvonne » de Marina Rubino à la Maison de l’Amérique latine de Paris

Photo : Misiones Online

Yvonne Pierron est née en Alsace en 1928. Entrée très vite comme sœur des Missions étrangères, elle émigre en 1955 en Argentine puis est forcée à l’exil, dès 1976, au Nicaragua, jusqu’en 1984. Surnommée Hermana Yvonne, elle a marqué les esprits et les consciences dans son combat contre toutes les oppressions. 

 Parfois institutrice et/ou infirmière, Yvonne Pierron parcourt le pays en se plaçant toujours du côté des plus faibles. En Patagonie, avec la communauté Mapuche, à Buenos Aires dans les villas miserias, à Corrientes avec les paysans des « Ligues agraires », ces mouvements syndicaux d’origine rurale catholique dans lesquelles les agriculteurs, petits et moyens, s’unissent afin de mieux s’opposer aux grands propriétaires terriens et aux monopoles commerciaux. Lors de la terrible dictature militaire qui s’abat sur l’Argentine entre 1976 et 1983, elle est recherchée par les répresseurs et devra s’exiler en 1978, exfiltrée par l’Ambassade de France, échappant ainsi au sort qui attendait ses deux coreligionnaires Alice Domon et Léonie Duquet

C’est alors qu’elle se rend au Nicaragua, jusqu’en 1984, où elle découvre les préceptes de la révolution sandiniste qui lui font écrire que « redonner du pouvoir au peuple c’est (…) lui donner des armes intellectuelles pour ne plus se laisser soumettre ». Elle appliquera ces convictions en revenant en Argentine, fondant une communauté éducative à Pueblo Illia (province de Misiones). Yvonne fut aussi et bien sûr de tous les combats pour les droits de l’homme, toujours prête à se lever afin de dénoncer les injustices contre les opprimés. Jamais en reste pour défiler avec les Mères et les Grands-mères de la Place de Mai, elle fut un des piliers pour dénoncer les horreurs perpétrées par la dictature militaire argentine. 

Décédée le 28 mars 2017 à l’âge de 89 ans, le sénat argentin a tenu à honorer sa mémoire en mars dernier. En 2005, Hermana Yvonne avait été décorée de la Légion d’honneur. Elle repose aujourd’hui à Pueblo Illia. 

Le « Collectif argentin pour la mémoire » lui rend hommage avec la projection du film Yvonne (2019), de l’Argentine Marina Rubino, à la Maison de l’Amérique latine ce 20 septembre à 19h. 

Fabrice BONNEFOY 

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Au Brésil, l’Amazonie enflamme avec elle les relations diplomatiques internationales

Les incendies qui font rage dans diverses régions de l’Amazonie ont mis le Brésil sous une intense pression internationale. Jair Bolsonaro est plus que jamais critiqué par plusieurs ONG internationales, par la majorité de son peuple, mais aussi par le président français.

Photo : Victor Moriyama – Greenpeace

Le 27 août, le Pérou et la Colombie ont proposé un sommet régional pour répondre aux enjeux des feux qui surviennent en Amazonie. Jair Bolsonaro a d’abord affirmé son intention de venir au sommet se déroulant le vendredi 6 septembre. Cependant, le lundi 2 septembre, le président brésilien a annoncé l’annulation de sa participation au sommet pour des raisons médicales. «Le président doit suivre un régime à base de liquide à partir de vendredi, deux jours avant de subir une intervention chirurgicale à l’abdomen, ce qui rend son voyage pratiquement irréalisable», a déclaré le porte-parole de Bolsonaro, Otavio Rego Barros.

Cependant, Bolsonaro a tout de même confirmé que cette opération ne l’empêcherait pas de se rendre à l’Assemblée générale de l’ONU le 24 septembre. Durant cette visite à New York, le président brésilien espère pouvoir défendre la position du Brésil sur l’Amazonie. «Je vais me présenter devant l’ONU même si ce doit être en fauteuil roulant ou sur un brancard, je vais y aller parce que je veux parler de l’Amazonie», a déclaré Bolsonaro à Brasilia.

Alors que les flammes continuent de brûler la faune et la flore amazonienne, Amnesty International se positionne contre les mesures actuelles du gouvernement brésilien. L’ONG a souligné que «Les autorités brésiliennes doivent mener des enquêtes afin de poursuivre en justice les responsables qui ont déclenché les incendies illégaux.» Le gouvernement devra aussi prendre des mesures pour empêcher que la forêt amazonienne ne subisse d’autres destructions. Amnesty International a aussi lancé une pétition pour que Jair Bolsonaro «renforce la protection des territoires indigènes et des réserves environnementales». L’ONG craint que, sans poursuite, «la situation […] inévitablement empir[e] jusqu’à la fin du mandat» de Bolsonaro.

Les incendies ont aussi provoqué une crise diplomatique avec la France. Emmanuel Macron a déclaré que «La question de la souveraineté de la plus grande forêt tropicale du monde était ouverte, car elle est essentielle dans la régulation climatique de la planète tout entière.»

Le président brésilien face aux attaques nationales

Lors des incendies, les populations indigènes du Brésil ont directement été touchées. Plus de 148 terres d’indigènes ont largement été endommagées par les flammes. Les représentants de plusieurs tribus estiment que «Les incendies ont été encouragés par le discours anti-indigène de Jair Bolsonaro.» Selon eux, l’armée de Rio de Janeiro aurait mis du temps à intervenir sur les lieux face au danger imminent. 

Par ailleurs, le gouvernement de Bolsonaro a réduit les budgets pour la protection de la forêt Amazonienne. Le peuple amérindien se retrouve d’autant plus seul face aux feux d’envergures colossales. «Parmi les 850 000 Amérindiens du Brésil, beaucoup ont compris qu’avec la forêt, c’est leur patrimoine et leur mode de vie ancestral qui partent en fumée.»

Quant au reste de la population du Brésil, celle-ci va aussi majoritairement à l’encontre de la voix du président. Fin août, le taux d’approbation populaire du président brésilien se situait à 29%, alors que Bolsonaro a été élu il y a moins d’un an, le 28 octobre 2018, avec 55% des voix. Le pays le plus peuplé de l’Amérique latine se plonge donc dans une crise démocratique nationale et internationale lourde de conséquences sur des aspects économiques, sociaux et climatiques. 

Eulalie PERNELET
D’après les dépêches

Archives des enfants perdus, le nouveau roman de Valeria Luiselli

Valeria Luiselli est une des voix les plus originales d’Amérique latine. Née au Mexique, elle vit désormais aux États-Unis. Après avoir écrit et publié en espagnol, c’est maintenant en anglais qu’elle s’exprime littérairement.

Photo : Espaces Latinos / L’Olivier

Il y a d’abord la narratrice, d’origine mexicaine, elle a une fille (5 ans au début du roman), née d’une relation précédente sur laquelle on en dit le moins possible. Et il y a son mari, lui-même père d’un garçon (10 ans) dont la mère est morte au moment de l’accouchement et dont on ne parlera pas plus. On ne se pose plus la question de savoir qui est à qui, eux quatre formant une famille de quatre personnes.

Leur «travail» a réuni la narratrice et son époux, chargés d’enregistrer les sons de New-York, chacun avec sa propre conception. Il va à l’aventure, saisissant ce que la grande ville lui offrait de sons divers, elle ayant conservé l’esprit de la journaliste qu’elle n’avait cessé d’être. La mission s’était achevée et, dans un moment charnière de leur vie personnelle, elle vient de décider d’adapter ses projets personnels pour le suivre dans le sud des États-Unis. C’est cette longue errance à quatre que Valeria Luiselli décrit dans ces petits détails quotidiens avec, en particulier, ses pensées sur le couple, la famille, la place des enfants et le rapport de tout cela avec la littérature, les prédécesseurs marquants comme Kerouac qui a rôdé dans des endroits semblables, ou le roman pour enfants qu’on lit à la fillette.

Leur «travail» continue d’être un lien entre eux, lui est sur la piste des Apaches, plus par attirance personnelle que pour le rapport avec ses recherches, elle qui se rapproche du Sud, de la frontière avec le Mexique, où elle devrait faire avancer une enquête à propos des migrants en général, et en particulier de deux fillettes mexicaines séparées de leur mère qui a lancé un cri d’alarme : faute d’obtenir l’autorisation de séjour aux États-Unis où travaille pourtant la maman, elles ont été refoulées et on a perdu toute trace d’elles.

Avec une minutie d’entomologiste, Valeria Luiselli observe chaque minuscule changement dans l’attitude des enfants, du mari ou d’elle-même, pour en déduire le plus souvent que le groupe pourrait se défaire, mais en réalité Archives des enfants perdus possède plusieurs axes, la longue et lente traversée des États-Unis, les questions sur la famille et surtout ces enfants qu’on sait perdus (les petites victimes de l’émigration vers le Nord), ceux qu’on a crus capables de vaincre (les Guerriers Aigles, chez les Apaches, autrefois) et, qui sait, le garçon et la fillette, obligés de subir une vie absolument pas tragique dans sa forme, mais qui pourrait avoir de graves conséquences pour leur avenir personnel.

Chacun à sa manière est un archiviste en dehors de la fillette, trop jeune (encore qu’elle soit aussi en train de se créer ses souvenirs personnels) : le père qui enregistre les sons, la mère qui accumule les références pour ses fiches-reportages, et le garçon qui photographie le présent sans bien savoir ce qu’il fera de ses Polaroids.

L’histoire intercalée d’un groupe de 7 enfants (au tout début de leur tragique odyssée), qui se rapprochent, guidés par un «responsable», du Nord rempli de promesses, passe parfois au premier plan, créant un doute pour le lecteur : où est la fiction ? Le garçon et la fillette sont-ils plus ou moins réels que les enfants qui voyagent sur le toit des wagons ? Tout finit par se réunir pour se fondre en une grave élégie.

Un peu puzzle, un peu tragédie, un peu roman d’apprentissage, un peu dénonciation d’injustices parmi les plus graves, l’offense faite à l’enfance, Archives des enfants perdus est une œuvre grandiose, parfaitement réussie.

Christian ROINAT

Archives des enfants perdus de Valeria Luiselli, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, éd. de l’Olivier, 480 p., 24 €. Valeria Luiselli en français : Des êtres sans gravité, éd. Actes Sud / L’histoire de mes dents / Raconte-moi la fin, éd. de l’Olivier.

Valeria Luiselli est née en 1983 à Mexico. Elle est l’auteur d’un roman, Des êtres sans gravité (Actes Sud, 2013), ainsi que d’un recueil d’essais et de récits encore inédit en français, Papeles falsosL’Histoire de mes dents (Éditions de l’Olivier, 2017) a reçu le Los Angeles Times Prize, le Azul Prize et a été finaliste du National Book Critic Circle Award, et a fait de son auteur l’un des écrivains les plus prometteurs de sa génération. En 2017, elle publie aux États-Unis Raconte-moi la fin, un essai consacré à son expérience d’interprète dans les tribunaux américains de l’immigration. Ce livre rencontre un très grand succès critique et public, et paraît en 2018 aux Éditions de l’Olivier dans la collection de non-fiction, « Les Feux ».  Valeria Luiselli vit dorénavant à Harlem et écrit en anglais.

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