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Olga Barry

Le Pérou dans la tourmente : quelque chose de pourri au sein des élites péruviennes

À la suite de la profonde instabilité politique qui traverse le pays, le nouveau président péruvien en intérim Martín Vizcarra, 56 ans, ingénieur civil, a formé son gouvernement jeudi 3 octobre après la dissolution du Congrès dominé par l’opposition : « J’ai décidé de dissoudre le Congrès et de convoquer des élections législatives », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée. 

La lutte entre l’exécutif et le législatif au Pérou a créé ces dernières semaines une crise constitutionnelle grave. L’armée au Pérou a annoncé son soutien au président Martín Vizcarradans une déclaration publiée sur le compte Twitter de l’armée, en affirmant que les quatre corps des forces de sécurité nationale se tenaient à ses côtés. Les députés de l’opposition dénoncent une « incapacité morale permanente » et ont lancé un processus destiné à révoquer Vizcarra de ses fonctions. D’ores et déjà le Congrès a rejeté un vote de confiance une fois et a mis en veilleuse la proposition de Vizcarra. En raison de la limitation des mandats consécutifs, Vizcarra ne pourra pas se présenter aux prochaines élections.

 « Laissons le peuple finalement décider. La fermeture que j’ai faite est dans les limites de mes pouvoirs autorisés par la Constitution. Mettre fin à cette étape de prise au piège politique afin que l’avenir du pays soit défini lors des scrutins », a déclaré Vizcarra dans un discours prononcé au Palais du gouvernement. La Constitution autorise le président à dissoudre le Congrès et à convoquer de nouveaux scrutins si l’assemblée vote par deux voix de censure contre un le gouvernement. 

Les législatives et la présidentielle devaient initialement se dérouler en avril 2021. La dernière dissolution du Parlement remonte au 5 avril 1992 et avait été décidée par Alberto Fujimori (1990-2000), considérée à l’époque comme un auto coup d’État.

Les faits qui ont déclenché cette grave crise remontent à dix-huit mois, au scandale financier inédit révélé par l’enquête Lava-Jato au Brésil et puis dans de nombreux pays d’Amérique latine (lavage express). Un vaste scandale du géant du BTP brésilien Odebrecht qui, après son inculpation, a éclabousse la classe politique latino-américaine. Au Pérou, il a fait tomber les quatre derniers présidents : Ollanta Humala et son épouse, Alejandro Toledo (il a été arrêté le 16 juillet aux Etats-Unis, où il réside, en vue d’une extradition), Alan Garcia (qui s’est suicidé lorsque la police est venue à son domicile avec un mandat d’arrêt) et Pedro Pablo Kuczynski, le président en fonctions aux moments des faits, contraint à démissionner car visé par une enquête pour blanchiment d’argent présumé dans cette même affaire. Martín Vizcarra son vice-président, un inconnu de la politique, l’a succédé au pouvoir.

Depuis Martín Vizcarra a fait sien le combat contre la corruption avec son premier ministre Salvador del Solar. Ils ont demandé au Congrès une motion de confiance pour permettre à l’exécutif de changer les normes de désignation des magistrats du Tribunal constitutionnel (principal tribunal du pays) afin de mettre un terme à la connivence de cette institution avec certaines forces politiques. Pendant les quatre prochains mois, le pays devra être gouverné par des décrets d’urgence émis par l’exécutif jusqu’aux prochaines élections parlementaires et présidentielles. Ce que l’opposition dénonce comme un début de régime autoritaire et compare le gouvernement de Vizcarra au gouvernement de Fujimori.

La population, écœurée par le scandale financier impliquant les élites politiques, commence déjà à exiger des changements véritables et surtout des résultats économiques et sociaux. Le président a des énormes défis à relever dans un pays extenué ou quasiment la moitié des enfants de moins de trois ans présentent de sérieuses carences alimentaires. Aussi, il devra relancer la reconstruction des zones de la côte pacifique détruites par les pluies diluviennes et les inondations provoqués par le phénomène climatique El Niño en 2017.

Il devra faire face à une opposition représentée par l’ancien président du Congrès Pedro Olaechea, qui s’est montré très critique à son égard et qui persiste à maintenir la nomination par le Congrès des magistrats du Tribunal constitutionnel. En toile de fond, on trouve aussi Keiko Fujimori, leader de la droite populiste (fille de l’ancien président et dictateur Alberto), en prison préventive depuis 2018 pour présomption de blanchiment d’argent. Elle attend que le Tribunal constitutionnel décide si les accusations contre elle seront annulées. Pour Vizcarra aucun accord n’est possible avec l’opposition fujimoriste.

L’équipe spécial de Lava Jato au Pérou a confirmé que cette semaine devrait commencer l’interrogatoire de l’ex-chef de Odebrecht au Pérou, Jorge Barata ; il devrait révéler l’identité d’un total de soixante-et-onze personnes impliquées dans des affaires liées à Odebrecht. 

Il est clair que cette crise qui secoue le Pérou ainsi que d’autres pays de l’Amérique latine n’augure rien de bon pour la démocratie dans la région : les prochains agendas électoraux dans plusieurs pays dont les élites politiques nous montrent que quelque chose de pourri existe quel que soit le bord nous en diront plus dans un avenir très proche.

Olga BARRY

Mémoires d’Edgar Morin : « Les souvenirs viennent à ma rencontre »

Installé dans le centre historique de Montpellier depuis 2018, où il dit avoir retrouvé «une vie de village », Edgar Morin – né Edgar Nahoum à Paris le 8 juillet 1921 – publie ses mémoires : «Les souvenirs viennent à ma rencontre». Dans cette ville, riche d’une grande et ancienne tradition universitaire, l’intellectuel infatigable et enthousiaste multiplie les séminaires, conférences, classes magistrales, rencontres et voyages de par le monde. Il y a quelques mois seulement, il s’est rendu au Brésil où on lui a rendu hommage. 

Photo : La Croix – Fayard

Dans ses mémoires, Edgar Morin a choisi de réunir tous les souvenirs qui lui sont revenus aléatoirement. «Ils sont venus à ma rencontre selon l’inspiration, les circonstances. S’interpellant les uns les autres, certains en ont fait émerger d’autres de l’oubli» a-t-il déclaré. A presque cent ans, celui qui se décrit comme «un vieux jeune» garde une mémoire intacte qui lui permet de retracer des moments forts de sa vie personnelle, professionnelle, de ses engagements militants et des grands évènements qui ont marqué l’Histoire. Dans ce récit se mêlent l’histoire de sa vie, les voyages et les rencontres ainsi que l’Histoire.

Le premier chapitre de l’œuvre s’ouvre sur les conditions tragiques de sa naissance. «Je suis mort-né» raconte-t-il. Grâce à l’obstination du médecin qui a fait accoucher sa mère, il est revenu à la vie. Il nous émeut lorsqu’il parle de sa mère, de sa maladie au cœur et de sa mort prématurée quand il n’avait que dix ans. Il revient sur son engagement dans la résistance, loue la fraternité qu’il y trouvait. Puis il rend hommage à la tradition humaniste. Il déclare : «Je crois que j’ai été dès le début un omnivore intellectuel».

Edgar Morin est un homme engagé. Tout d’abord en 1936 durant la guerre civile en Espagne. Puis en 1941 quand il entre au Parti Communiste Français, qu’il quitte en 1953. En 1942, il résiste et prend le pseudonyme Morin. Pendant la guerre, il obtient une licence d’histoire-géographie et une de droit. À la Libération, il publie son premier ouvrage « L’An zéro de l’Allemagne » et s’investit dans le journalisme en créant la revue Arguments en 1956. Edgar Morin fut aussi un des premiers intellectuels à s’engager dans le combat écologique. Le «grand problème» est celui «de notre devenir humain, planétaire», a-t-il déclaré.

Dans un entretien sur France culture, Edgar Morin se confie sur sa personnalité : «Je suis embarrassé quand on me demande une vision globale et simple de moi.» Après la guerre, il s’est intéressé à l’étude de phénomènes marginaux qui lui «semblaient annonciateurs d’une crise» à venir. En 1950 Edgar Morin entre au CNRS et étudie essentiellement les phénomènes considérés comme mineurs par les élites intellectuelles d’alors. Il publie Le Cinéma ou l’homme imaginaire en 1956, Commune en France : La Métamorphose de Plodemet en 1965 ou encore La Rumeur d’Orléans en 1967. Il deviendra Directeur de recherche au CNRS en 1970. Finalement, en 1982, il élabore la «pensée complexe» et se lance dans l’écriture de La Méthode, œuvre majeure, écrite entre 1977 et 2004. Il adopte le terme «reliance» pour désigner le besoin de relier ce qui a été séparé, disjoint, morcelé, compartimenté, classé… en disciplines, écoles de pensée, etc. Il envisage les choses dans une combinaison de confrontation, complémentarité, concurrence, coopération ; toutes en étroite synergie dynamique.

Il accorde beaucoup d’importance à la culture populaire. Selon lui, le roman est sa «première nourriture». «Je suis très content d’être un bâtard culturel, je suis très content d’être de la race des orphelins… Alors quand je reviens maintenant à tous ces problèmes de déviance, de marginalité, ce sont des choses dans lesquelles finalement j’ai puisé ma propre force, ma propre vérité.»

Le rapprochement d’Edgar Morin avec l’Amérique latine date des années 1960, lorsque la «pensée métisse» et les grands mythes des civilisations précolombiennes ont commencé à l’intéresser. C’est le Brésil – le pays de la diversité humaine par excellence- qui fascine le sociologue. Il y découvre une société où existent les plus dramatiques et fascinantes contradictions.

Dans les années 90 au Brésil, des groupes de réflexion autour de la Pensée complexe se sont formés. La politique du Service social du Commerce (SESC). Cette entité brésilienne, fondée en 1946, dans le domaine de la production culturelle l’a rapprochée du penseur Edgar Morin. Celui-ci préconise de dépasser les dichotomies entre culture populaire et classique. La culture doit être prise comme expression des manifestations collectives. Plus encore, les produits culturels sont vus comme des instruments privilégiés de perception de la réalité et de l’identité humaine. Le SESC y ajoute une conscience écologique. Edgar Morin en est donc devenu une référence. À la tête d’initiatives originales et diversifiées visant le bien-être du travailleur, le SESC est en phase avec les prémisses de Morin.

Invité dans nombreux pays d’Amérique latine (Brésil, Chili, Mexique, Pérou, Bolivie, Venezuela, Colombie, Cuba), il s’est imprégné de la culture et y a rencontré des intellectuels, chercheurs, écrivains et artistes locaux. Il a donné des cours à la Flacso au Chili (Faculté de sciences sociales). Il a également mené une vie sociale intense. Dans ses mémoires, il raconte les fêtes, les soirées où il a dansé et goûté les erizos (oursins) et les bons vins chiliens. Venu en 1963 au Chili il s’est aussi intéressé au sort des indiens Alacalufes, des nomades de la mer qu’il aurait voulu faire témoigner lors d’un prochain voyage. Aujourd’hui, à cause de la politique de «civilisation», les Alacalufes ne sont plus qu’une dizaine au Port Eden en Patagonie.

Edgar Morin est Docteur honoris causa dans de nombreuses universités dans le monde. Il fut au départ déconsidéré en France. Sa pensée et ses théories «déviantes» sont regardées avec méfiance dans un pays cartésien où la spécialisation est le maître mot. Il évoque son rapport avec le sociologue Pierre Bourdieu, dont l’œuvre «arrogante» et «dominatrice» était omniprésente. «En fait, tout ce que je pense vient de quelque part. Au sens strict du terme, je n’ai rien inventé. C’est juste ma façon de rassembler les idées qui est originale. Je ne suis pas contre la spécialisation ; en effet, si je puis me dire transdisciplinaire, c’est que j’ai besoin des disciplines, mais de disciplines qui communiquent pour traiter des grands problèmes. Sinon, on n’a que des rapports d’experts : bien souvent, les experts s’enferment dans leur limitation bureautico-technique», déclare-t-il.

Pour l’auteur de la théorie de la pensée complexe, nous traversons une crise planétaire. Celle-ci plonge ses racines dans un paradigme de civilisation bâti sur l’individualisme, l’appât du gain, la concurrence, le consumérisme irresponsable et l’exclusion sociale. Dans ce cadre, il se penche sur le rôle de l’éducation. Morin valorise les contributions provenant de ce qu’il appelle le Sud, compris ici comme une référence socioculturelle. Le Sud représente une pensée anti-hégémonique capable d’effectuer un retour aux pratiques solidaires au détriment des pratiques individuelles, de valoriser la diversité en tant qu’élément formateur et de reconnaître le lien indissociable qui unit tout être humain à un réseau complexe formant une communauté planétaire.

A la fin du chapitre sur l’Amérique latine, Edgar Morin écrit : «Je caresse le rêve d’une despedida (un adieu) globale, qui me prendrait quelques mois, où, d’étape en étape, je ferai ma visite d’adieu à ce cher continent. (…) Aujourd’hui, je m’attriste de la grande régression qui, atteignant les uns après les autres divers pays de la planète, affecte gravement l’Amérique latine, on ne sait pour combien de temps. L’Amérique latine reste présente en moi et j’aime en retrouver la langue en parlant avec mes amis latinisés, Alain Touraine et Régis Debray.»

Edgar Morin, intellectuel visionnaire avec son ouvrage «Terre-Patrie», écrit en 1993, (avec Anne-Brigitte Kern), appelle à une «prise de conscience de la communauté du destin terrestre», est une véritable conscience planétaire avant l’heure. Dans la suite discontinue de ses mémoires l’humaniste éclairé dévoile le plus intime de sa vie, ses convictions, son savoir. «Je ne suis pas de ceux qui ont une carrière, mais de ceux qui ont une vie», dit-il. Ces mots d’Edgar Morin rappellent ceux du poète Pablo Neruda : «Confieso que he vivido» (J’avoue que j’ai vécu) et donnent une idée d’une vie dédiée à «expérimenter le monde» et de son intense travail de chercheur. Son influence et la portée de sa pensée marqueront l’histoire de la pensée contemporaine. 

Olga BARRY

Edgar Morin aux édition Fayard 

Le silence des médias sur la difficile situation humanitaire en Haïti

Pour la troisième année consécutive, l’ONG CARE publie un rapport recensant les dix crises humanitaires les moins relayées par les médias. Parmi ce triste classement, on note cette année que le changement climatique joue un rôle croissant et aggrave les crises humanitaires comme à Madagascar, en Éthiopie et à Haïti. CARE appelle les médias, les décideurs politiques et le public à se mobiliser pour ces crises humanitaires négligées.

Photo : El nuevo Herald

En 2018, c’est la crise alimentaire de Haïti qui a le moins retenu l’attention des médias avec à peine 500 mentions dans plus d’un million d’articles analysés. Pourtant Haïti connaît l’un des niveaux les plus élevés d’insécurité alimentaire chronique au monde : plus de la moitié de sa population est constamment menacée par la faim et 22% des enfants souffrent de malnutrition chronique ! Pour partager ce triste podium on retrouve l’Éthiopie (présente deux fois dans ce classement) et Madagascar, qui souffrent également de la faim, dont l’une des principales causes est le changement climatique. Parmi les autres pays en crise qui figurent dans ce rapport, notons la République démocratique du Congo, les Philippines, le Tchad, le Niger, la République centrafricaine et le Soudan.

«Si personne n’en a parlé, est-ce que cela s’est vraiment passé ? À l’ère des médias sociaux et des informations 24/24, c’est une question qui se pose. Pourtant, les catastrophes naturelles et les crises humanitaires ont affecté plus de 132 millions de personnes dans le monde en 2018, que nous en ayons entendu parler ou non. Il ne faut pas les oublier et les médias ont le pouvoir d’inciter le public et la classe politique à agir !» alerte Philippe Lévêque, directeur de CARE France.

À Haïti, il n’y a pas de pétrole ni d’autres ressources naturelles, cela explique probablement le grand silence des grands pays du monde. On vient en aide aux pays ou régions où l’on peut récupérer quelque chose en échange. Le juge espagnol Baltazar Garzón a dit que la situation migratoire de Haïti vers la République Dominicaine et aussi vers d’autres pays d’Amérique du Sud est le résultat de l’abandon dont souffre Haïti de la part de la communauté internationale. Récemment, des dizaines de milliers d’Haïtiens se sont installés au Chili et au Brésil.  

Ainsi les transferts d’argent venant de la diaspora haïtienne demeurent une importante source de devises pour le pays, puisqu’ils représentent 30 % du produit intérieur brut et deux fois la valeur des exportations. Pour les transferts d’argent vers l’extérieur, un prélèvement de 1,5 dollar américain est fait selon un arrêté présidentiel pour appuyer le programme de scolarité. En 2017, ces transferts provenaient principalement des États-Unis, du Canada, de la France ainsi que du Chili dont les transferts représentaient selon la Banque centrale chilienne 92 millions de dollars américains, soit 12,65 % des transferts en provenance de cet État sud-américain.

En février dernier le président de Haïti, Jovenel Moise, avait décrété l’état d’urgence économique, en quelque sorte la faillite de l’État avec le but de réduire les dépenses de fonctionnement en s’appuyant sur le décret de loi du 7 avril 2017. L’état d’urgence économique en Haïti détermine la réduction des dépenses de l’État, la suspension des exceptions fiscales et douanières pendant toute l’année 2019 afin de pouvoir financer les produits de première nécessité pour les foyers haïtiens et soutenir les actions sociales.

Ces jours -ci, le gouvernement a décidé de suspendre cette mesure  et ce, jusqu’en septembre 2019. En effet, Haïti, l’un des pays les plus pauvres du monde est confronté à une crise majeure à cause de la dévaluation de sa monnaie la gourde par rapport au dollar et une inflation galopante.

Dans un pays où 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté avec 2 dollars par jour et 24 % sous l’extrême pauvreté (1, 2 dollars par jour) les prix des produits de base ont doublement augmenté. Par exemple, un sac de riz coûte 18 dollars et une boite de haricots environ 7 dollars. Un rapport récent de l’Agence américaine sur le développement international affirme que plus de la moitié du pays souffre de malnutrition.

Nombreux analystes s’accordent à dire que le président Jovenel Moise n’a pas su répondre aux attentes de la population qui l’avait élu et aujourd’hui se voit confronté au mécontentement populaire qui a débuté avec les émeutes de février 2017 ayant provoqué la mort de 26 personnes.

«La crise ne date pas de 2019. Il s’agit de quatre décennies de mauvaise gestion, de mauvais choix économiques, d’instabilité politique, de corruption, mais ces deux dernières années ont été particulièrement difficiles», a expliqué au journal chilien La Tercera, Etzer Émile, économiste de l’université de Quisqueya, à Port au Prince. Mais, le constat de cette crise endémique haïtienne, justifie-t-elle le silence des médias et l’abandon de la communauté internationale ?

Olga BARRY

Luiz Inácio Lula da Silva : entre condamnation à neuf ans et demi de prison et campagne pour les présidentielles 2018

L’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a été condamné à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Celui-ci a démenti toutes ces accusations, il a ainsi fait appel de sa condamnation au Brésil et devant l’ONU et dénonce une absence de preuves. Cette affaire pourrait compromettre ses projets de campagne pour les présidentielles de 2018.

La condamnation est venue du bureau de Sergio Moro, juge emblématique de l’opération « Lavage-Express » qui a déjà mis sous les verrous des dizaines d’hommes politiques dans le scandale de corruption impliquant la compagnie pétrolière Petrobras. L’ancien chef de l’État aurait reçu en guise de pots-de-vin un appartement en triplex dans une station balnéaire du groupe de construction OAS. Selon le juge Moro, il aurait bénéficié au total de largesses à hauteur de 3,7 millions de réais (1,06 million d’euros) pour intercéder en faveur de cette société dans l’obtention de contrats publics du géant pétrolier Petrobras.

Lula a présidé le Brésil de 2003 à 2010, visé par quatre autres procédures judiciaires, il dénonce un complot afin de freiner ses ambitions pour l’élection présidentielle de 2018. En effet, l’ancien chef de l’État reste populaire au Brésil et serait en tête des intentions de vote pour les prochaines élections. Le Parti des travailleurs (PT), qu’il a fondé dans les années 1980, a appelé à des manifestations, ses partisans dénoncent un acharnement judiciaire pour empêcher son retour au pouvoir. L’affaire et les accusations faites par le juge Sergio Moro, ne reposeraient selon eux sur aucune preuve concrète. L’impartialité de la justice brésilienne est ainsi mise à l’épreuve. L’avenir politique de Lula est alors en jeu, selon la loi, seule une condamnation en appel est à même d’empêcher Lula de se porter candidat à la présidentielle de 2018. Cette condamnation pourrait aggraver les tensions politiques et sociales dans un pays traversant actuellement une grave crise politique.

Camille FÉRON

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, prêt à quitter l’axe bolivarien

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, commence à prendre des distances avec le très controversé legs de son prédécesseur, Rafael Correa, qui n’a pas hésité à l’accuser de « déloyauté » et à écrire sur Twitter : La stratégie qui consiste à marquer ses différences non seulement est déloyal, mais aussi médiocre. Et Moreno lui répond : Syndrome d’abstinence: réaction provoquée par la suspension soudaine d’une substance génératrice d’assuétude comme le sucre, l’alcool, les drogues ou le pouvoir.

Pour comprendre l’actuelle relation entre les deux hommes d’État, il faut se pencher sur leur passé politique. Au contraire de l’attitude agressive de Correa, qui durant les dix années de son gouvernement n’a pas cessé de polémiquer avec l’opposition et les moyens de communication, Moreno semble vouloir initier une nouvelle période d’ouverture politico-sociale. Ainsi, lors de son discours inaugural du 24 mai dernier, il a manifesté son intention de renforcer et soutenir la réconciliation nationale. Lorsqu’il était le vice-président de Correa, lors de son premier mandat, Moreno, qui se déplace en fauteuil roulant à cause d’une paraplégie, a mené la campagne intitulée : Sourit Équateur, nous sommes des gens aimables. En 2013, après avoir quitté le gouvernement, il fut envoyé à Genève en tant que spécialiste en handicap et accessibilité auprès du secrétaire général de l’ONU. C’est à ce titre qu’il a été proposé pour le prix Nobel de la paix. C’est alors que Correa, président sortant à l’époque, prévoyant une déroute de son parti lors des prochaines élections a vu en Moreno l’incarnation du visage humain de la révolution citoyenne, et donc le candidat idéal pour lui succéder.

Mais le conflit éclata lorsque le nouveau président manifesta son intention de mener à bon terme ses promesses de campagne, surtout celle qui concerne le rapprochement entre gouvernement et l’opposition. En effet, très rapidement Moreno a entamé un dialogue d’amitié avec les moyens de communication, lesquels saluèrent élogieusement cette attitude en contraste avec le tempérament belligérant de son prédécesseur. Et pour montrer sa volonté de changer de style politique, il s’est réuni avec les dirigeantes de la Confédération des nations indigènes de l’Équateur (Conaie), laquelle avait manifesté violemment son opposition lors du gouvernement de Correa : Moreno a restitué aux indigènes deux sièges de leur organisation confisquées jadis par son prédécesseur.

Or, tout semble indiquer que la récente création d’une commission spéciale, destinée à enquêter sur les questions de corruption, est à l’origine du conflit. Les soupçons tombent sur les épaules de Jorge Glas, nommé vice-président par Correa, accusé d’appartenir à un groupe de fonctionnaires qui auraient reçu des pots-de-vin de la compagnie brésilienne de bâtiments Odebrecht. Aussi, une plausible coalition avec l’ex-président Abdala Bucaram, qui vient de rentrer à son pays après avoir vécu vingt ans d’exil – une fois prescrites les causes pénales initiées lors de son éviction en 1997 – a accentué le désaccord entre les hommes du parti Alliance Pays.

Le réaménagement politique que Moreno s’est fixé comme objectif répond sans doute à des impératifs sur le plan géostratégique régional, concernant l’élan de renouveau où semble s’orienter l’Amérique latine. D’où la nécessité d’intégration de l’Équateur dans un scénario marqué par une série de changements politiques transcendantales : le déclin dudit « axe bolivarien », l’échec de l’économie vénézuélienne, le triomphe du président Mauricio Macri en Argentine, le destitution de Dilma Rousseff au Brésil et la prévisible victoire du candidat conservateur Sebastián Piñeira aux prochaines élections présidentielles du Chili. Et pour poursuivre ses réformes, Moreno dispose d’une solide base monétaire grâce à la dollarisation instaurée en janvier 2000 par le président Jamil Mahuad et conservé par ses successeurs. Cette stabilité de la monnaie, laquelle épargna à l’Équateur du chaos où plonge actuellement le Venezuela, peut être considérée comme le point de départ d’un tournant majeur dans l’économie du pays.

Eduardo UGOLINI

La musique latino-américaine à l’honneur lors des Tempo Latino et aux Nuits du Sud

La culture latino-américaine est à l’honneur cette semaine avec le festival Tempo Latino et Nuits du Sud. Les deux festivals nous font voyager en Amérique Latine le temps de quelques soirées à travers des concerts de musique colombienne, cubaine.

La 24e édition du festival Tempo Latino se tiendra du 27 au 30 juillet dans le Gers, à Vic-Fezensac.

Tempo Latino est le 1er festival européen de musiques latines et afro-cubaines, il offre une grande diversité musicale, il défend le métissage du rythme, du son, de la voix. Il s’inscrit parmi les 250 événements dédiés cette année à « France-Colombie 2017 » qui se déroule dans toute la France. Durant 4 jours, Tempo latino nous invite à découvrir les rythmes latins avec ces 3 scènes et sa programmation riche et variée. Au programme : Jeudi 27 juillet, une soirée d’ouverture placée sous le signe de l’amitié France-Colombie, avec Puerto Candelaria et La-33. Vendredi 28 juillet,  Un Cocktail Métissé mettant à l’honneur et respect aux métissages culturels avec Calypso Rose et Richard Bona & Mandekan Cubano. Samedi 2 juillet est consacré au péruvien Tony Succar et son projet ‘’Unuty’. Ce projet, innovant et décapant, en hommage à Michael Jackson, vient prouver au public que la Salsa est bien vivante, toujours Fière et rassembleuse des générations. Tony Succar est aujourd’hui le représentant de cette nouvelle « vague » de la musique Afro-caribéenne et du Latin/jazz qui surgit de Miami. Dimanche 30 juillet : Clôture de la 24ème édition de Tempo Latino avec Orkesta Mendoza à 21 h & Diego El Cigala.

Le festival Nuits du sud a lieu du 6 au 29 juillet 2017 dans les Alpes Maritimes, à Vence

Le festival fête cette année ces vingt ans, celui-ci met en avant les musiques de tous les horizons, de toutes les cultures. Lors des onze soirées du festival, 26 groupes se succèdent sur scène, qu’ils soient de renommée internationale, nationale ou en pleine ascension. Des artistes cubains sont à l’affiche pour cette dernière semaine du festival. Au programme : Vendredi 28 juillet : Eliades Ochoa. Après avoir participé à l’Histoire de ‘Buena Vista Social Club’, Eliades Ochoa nous fait découvrir son nouveau projet. La fraîcheur de son nouvel album a été entièrement enregistrée dans son Cuba natal, du folk latino-américain avec des instruments traditionnels cubains… « Pour la musique que je fais, il n’y a pas de pays lointain, de langues ou de frontières ». Samedi 29 juillet : Asere  – Le groupe cubain fête en 2017 leur 20e année à succès depuis leur premier album ‘Cuban Soul’. Formé à la Havane en 1996, la contribution d’ASERE à l’évolution et à l’appréciation de la musique cubaine dans le monde au fil de ces années, a été significative, en innovant, et révisant respectueusement le travail émouvant des précurseurs de la musique cubaine.

Camille FERON

Tempo LatinoNuits du Sud

Des ex-présidents péruviens en prison et en cavale… crient à leur innocence

Une nouvelle affaire de corruption secoue l’Amérique latine après la condamnation à neuf ans et demi de prison visant l’ex-président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, icône de la gauche dans son pays. Deux anciens présidents péruviens sont accusés de corruption et blanchiment d’argent, Ollanta Humala a été placé en détention provisoire tandis qu’Alejandro Toledo est en exil aux États-Unis.

Cette fois-ci c’est au Pérou que les événements se passent, l’ancien président péruvien Ollanta Humala et son épouse Nadine Heredia, ont été placés par la justice en détention préventive pour 18 mois sur des accusations de corruption. Ils ont été transférés le vendredi 14 juillet 2017 dans deux établissements pénitentiaires différents après s’être livrés spontanément à la justice aussitôt après l’ordre donné par un tribunal de Lima de leur arrestation. Le tribunal a invoqué des témoignages d’anciens cadres dirigeants du groupe brésilien du BTP pour accusé l’ex-président à la tête du Pérou de 2011 à 2016, et son épouse d’avoir accepté trois millions de dollars de pots-de-vin. Tous deux démentent ces accusations et estiment que leur incarcération avant procès est injuste. Le juge Richard Concepción Carhuancho a préféré placer l’ancien président en détention provisoire au motif qu’Ollando Humala pourrait rapidement fuir le pays en attentant le procès pour blanchiment d’argent présumé.

En effet, ce n’est pas la première accusation de corruption portée contre un président péruvien. L’ex-chef de l’État Alejandro Toledo, au pouvoir de 2001 à 2006, est en exil aujourd’hui aux États-Unis. Il est lui aussi soupçonné de corruption, deux mandats d’arrêt ont été émis contre lui pour avoir prétendument reçu 20 millions de dollars en pots de vin. Celui-ci a refusé de se présenter aux autorités, alors même que Concepcion avait ordonné son incarcération en préventive. Toledo s’est exprimé sur les réseaux sociaux  suite à l’incarcération de Ollanta Humala, il  dénonce « l’injustice » de cette décision résultat de la persécution politique et la conséquence d’une violation de Etat de droit. Cette nouvelle affaire d’incarcération témoigne du triste état de la scène politique péruvienne : en 25 ans, quatre des cinq derniers présidents ont été touchés par des scandales de corruption. En effet, un autre ancien président péruvien, Alberto Fujimori, purge une peine de 25 ans pour violations des droits de l’homme et corruption dans la même prison où vient d’être incarcéré M. Ollanta Humala et son épouse.

Camille FÉRON

Le festival international de théâtre Sens interdits à garde le cap et prépare la cinquième édition

Dans un monde en mouvement, et face à une économie culturelle fragilisée, l’association Sens Interdits annonce la cinquièmeème édition de son festival international de théâtre du 19 au 24 octobre 2017, à Lyon et dans la métropole lyonnaise.

La cinquième édition du Festival Sens Interdits – mémoires, résistances – une fenêtre sur le monde nous propose à nouveau un théâtre international où les expressions esthétiques se confrontent les et réflexions intellectuelles, politiques touchent les réalités et difficultés du monde contemporain. Des œuvres venant de différents coins du monde, nous ferons voir la diversité et l’universalité de sujets universels comme la violence contre les femmes, la guerre, l’exode, mais aussi de l’espoir et de la fraternité. Ces questionnements nous interpellerons dans notre relation à l’autre, à la vie collective et au monde.

Sens interdits poursuit son exigence de ne pas être un festival généraliste, mais plutôt un kaléidoscope de confrontations esthétiques au service de la liberté d’expression, de la tolérance et de la démocratie. Riche d’un repérage de productions européennes et au-delà (Argentine, Chili, Israël, Rwanda), le directeur artistique du festival Patrick Penot fait le pari d’attirer une génération nouvelle de diffuseurs et de spectateurs. Passeur de frontières expérimenté et également conscient de la précarité générale des budgets accordés à la culture, P. Penot et son équipe travaillent sans faille à persuader mécènes et particuliers de la nécessité de s’impliquer dans le soutien du festival. L’engagement à leurs côtés de 325 associations est une légitime fierté.

Une édition riche en propositions : 21 spectacles dont 3 en complicité (La Maison de la Danse, Les Ateliers Frappaz, le Théâtre des Asphodèles), 48 représentations, 2 créations, 5 coproductions, 6 premières en France. Une large vision d’un monde en mutation, 17 pays, 21 compagnies dont un focus colombien de 3 spectacles. Au cœur de l’agglomération dans 13 théâtres et 1 chapiteau place des Célestins, lieu de débats et de rencontres thématiques.

Des spectacles avec des artistes d’Amérique du Sud (Colombie, Bolivie), d’ex-Yougoslavie (Serbie), d’ex-URSS (Lituanie, Russie, Kazakhstan), de Roumanie, du Moyen et Proche Orient (Syrie, Liban, Irak), d’Afrique (Égypte, Cameroun, Rwanda) et d’Europe (Grèce, Suisse, Belgique, France). Au programme notamment, Oskaras Koršunovas avec Martyr un texte sur l’excès religieux, et La Mission d’Heiner Müller par Matthias Langhoff avec les élèves de l’École d’acteurs de Santa Cruz en Bolivie. Deux grands noms de la mise en scène européenne à découvrir pour l’ouverture et la clôture du festival au Théâtre des Célestins partenaire principal du festival. Dans le cadre de l’année France-Colombie 2017, Sens Interdits, avec 3 spectacles, donne l’occasion unique de découvrir la vitalité théâtrale de ce pays qui vient de faire la paix après 52 ans de guerre civile. Depuis ses débuts Sens Interdits a invité des troupes et de dramaturges d’Amérique latine, notamment de l’Argentine, la Bolivie, le Chili.

Le Festival enrichit sa programmation également par des contributions scientifiques et des témoignages, en invitant des acteurs culturels, des universitaires, des journalistes et des citoyens. Conférences, rencontres, projections et ateliers sont proposés gratuitement. Et, une nouveauté : L’École éphémère. Ce dispositif, coproduit avec l’ENS de Lyon, propose à une soixantaine d’élèves d’Écoles d’art d’Europe et d’Afrique (CNSAD, ENSATT, École de St-Étienne, Conservatoire de Liège, Écoles d’acteurs de Tunis et de Ouagadougou) de s’immerger dans le théâtre citoyen. Au programme ateliers thématiques et master classes.

Olga BARRY 

Le site : http://www.sensinterdits.org/  Programme détaillé, informations et réservations sur www.sensinterdits.org

Suite de l’année partagée France Colombie après Belfort suite sur Arles et Bordeaux…

 Après le projet Colombia Vibra du festival des Eurockéennes de Belfort ayant eu lieu le weekend dernier, la culture latino-américaine reste à l’honneur lors de plusieurs événements estivaux : le festival de photographie de Arles, l’exposition de l’artiste Oscar Murillo au musée d’art contemporain de Bordeaux.

Arles Colombie

Les Rencontres internationales de la photographie à Arles ont lieu du 3 juillet au 24 septembre 2017. Pour cette 48e édition la Colombie et l’Amérique du sud seront mis en avant en l’honneur de l’année France-Colombie. Au total 32 expositions seront proposées avec notamment une immersion dans la photographie venue d’Amérique du sud et plus particulièrement de Colombie. Parmi les nombreuses expositions présentes pendant le festival « La Vuelta » sera l’une des principales à découvrir. La Vuelta présente le travail de vingt-huit artistes de différentes générations. Appartenant aussi bien à des genres traditionnels de la photographie qu’à des pratiques expérimentales fondées sur la recherche, les projets sélectionnés explorent les mutations du paysage culturel, social et politique des identités, des valeurs et des croyances, et interrogent les notions de classe, d’identité, de survie économique, ainsi que l’histoire du conflit armé qui a duré soixante ans et qui a alimenté le trafic de drogue.

Musée d’art contemporain de Bordeaux 

Le musée d’art contemporain de Bordeaux expose le travail vidéo intitulé Estructuras resonantes de l’artiste colombien Oscar Murillo jusqu’au  27 août 2017. L’exposition d’Oscar Murillo s’inscrit dans le cadre de l’Année France-Colombie 2017 et de L’économie du vivant, une proposition du commissaire, Osei Bonsu pour la programmation Satellite 2017. Le travail d’Oscar Murillo (né en 1986) puise au creuset que constituent les expériences et souvenirs personnels, notamment ceux qu’il a conservés de sa ville natale de La Paila, en Colombie. Multipliant les interactions entre différents médiums — peinture, sculpture et vidéo — l’artiste crée des installations composites qui invitent à l’immersion. Dans les films de Murillo, le lieu et le déroulement de certaines activités saisies fortuitement sont montrés tels quels, comme de simples événements ou choses qui se produisent. De longs plans dans lesquels la caméra commence à se promener pour saisir tel ou tel détail pourraient aisément, de prime abord, passer inaperçus.

Bientôt, cependant, la perspective de l’artiste devient celle du spectateur, inaugurant une tension entre deux modalités — directe ou indirecte — de l’expérience selon la culture ou le public. Untitled [Sans titre], de 2017, figure parmi les œuvres qui composent l’ensemble intitulé Estructuras resonantes [Structures en résonance], soit une méditation de l’artiste sur ses origines et l’histoire de sa famille. Captant une expérience transformatrice, la vidéo présente un moment du séjour de l’artiste à Marrakech. Elle nous montre un groupe de musiciens bédouins d’Afrique du nord jouant de la musique traditionnelle devant un public composé d’autochtones et de touristes. Sons, harmonies et rythmes improvisés traduisent l’impact immédiat de la musique live en tant que modalité de la participation civique. Transcendant les frontières culturelles, le spectacle installe le spectateur au centre d’une expérience d’absorbement et de rupture esthétiques. Nous vous rappelons que l’artiste guatémaltèque Naufus Ramírez-Figueroa est également exposé jusqu’au 24 septembre 2017.

Camille FÉRON

Colombie à Belfort – Colombie à Arles – Colombie à Bordeaux

« Les Dieux du tango » de l’Uruguayenne Carolina de Robertis

Carolina de Robertis, née en 1975, a des origines uruguayennes, mais sa vie l’a menée dans diverses parties du monde avant qu’elle s’installe aux États-Unis. Elle écrit en anglais. En 2010 son premier roman, La montagne invisible (éd. Belfond), avait surpris par sa maîtrise et sa profondeur. Elle confirme cette impression avec Les Dieux du tango, une des meilleures idées de lecture pour cet été aux éditions du Cherche midi.

Ce qui frappe immédiatement quand on commence la lecture de les Dieux du tango, c’est l’immense talent de l’auteure pour raconter une histoire. On avait eu le même sentiment en découvrant les premières œuvres d’Isabel Allende. Qu’elle décrive une famille italienne vers 1900 ou la vie de tous les jours dans un conventillo de Buenos Aires, elle plonge son lecteur dans tous les petits détails qui disent tout des misères et des joies des petites gens.

Leda, fille de paysans de la région de Naples, part rejoindre Dante, son « mari » (la noce s’est faite par procuration, en Italie, sans le fiancé,) parti gagner sa vie en Argentine. Son arrivée est pure désillusion, elle devra continuer malgré tout, seule dans la grande ville. Autour de Leda, c’est tout un cortège de personnages que Carolina de Robertis anime devant nous, l’anarchiste ouvrier qui croit en sa lutte, la fillette folle enfermée dans une cabane isolée en pleine garrigue, la mamma italienne installée à Buenos Aires qui protège les dizaines de jeunes hommes à qui elle loue des chambres à partager à cinq ou six. Peut-on comparer la misère italienne et la misère argentine ? Leda, avec sa nostalgie naissante pour son hameau le fait, mais elle sait aussi qu’elle doit se lancer dans la lutte pour sa survie. Tout misérabilisme est exclu, l’auteure constate et, si elle émet des reproches sur l’injustice des organisations sociales, si elle le dit clairement, elle est plus intéressée par le sort des personnes.

Une des bonnes idées du roman tient dans sa construction : il s’agit bien de l’histoire de Leda, mais dans chaque chapitre une rupture dans le récit explore celle d’un personnage secondaire, qui fait des Dieux du tango à la fois un roman d’initiation et un roman choral. Par petites touches, à côté du cheminement de Leda, la romancière tisse aussi l’histoire du tango dans les années 10 du XXème siècle, son évolution, l’apparition ‒ et la disparition parfois ‒ de certains instruments, le tango orchestral ou le tango chanté (par des femmes aussi ? est-ce possible ?), le succès grandissant, la conquête progressive des classes sociales rétives au début qui se laissent séduire. Au cœur d’un récit de forme plutôt classique, Carolina de Robertis réussit à introduire des sujets annexes mais historiquement importants, l’anarchisme sur le port de Buenos Aires par exemple, et surtout un autre thème que préfère ici ne pas révéler pour en laisser la découverte au lecteur, un thème qu’elle traite de façon vraiment très originale et particulièrement subtile. Disons seulement que la place de la femme dans les diverses sociétés évoquées est au centre des réflexions de Carolina de Robertis.

Ne nous y trompons pas, sous des allures de jeune auteure destinée aux best sellers, malgré le titre qui semble calibré pour faire un succès de librairie, Carolina de Robertis est une des meilleures romancières populaires de sa génération, et Les Dieux du tango un roman à lire pour passer un bon moment, pour être ému et pour apprendre.

Christian ROINAT

Les Dieux du tango de Carolina de Robertis, traduit de l’anglais (États-Unis) par Eva Monteilhet, éd. du Cherche midi, 543 p., 22 €

 

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