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Olga Barry

Luiz Inácio Lula da Silva : entre condamnation à neuf ans et demi de prison et campagne pour les présidentielles 2018

L’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a été condamné à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Celui-ci a démenti toutes ces accusations, il a ainsi fait appel de sa condamnation au Brésil et devant l’ONU et dénonce une absence de preuves. Cette affaire pourrait compromettre ses projets de campagne pour les présidentielles de 2018.

La condamnation est venue du bureau de Sergio Moro, juge emblématique de l’opération « Lavage-Express » qui a déjà mis sous les verrous des dizaines d’hommes politiques dans le scandale de corruption impliquant la compagnie pétrolière Petrobras. L’ancien chef de l’État aurait reçu en guise de pots-de-vin un appartement en triplex dans une station balnéaire du groupe de construction OAS. Selon le juge Moro, il aurait bénéficié au total de largesses à hauteur de 3,7 millions de réais (1,06 million d’euros) pour intercéder en faveur de cette société dans l’obtention de contrats publics du géant pétrolier Petrobras.

Lula a présidé le Brésil de 2003 à 2010, visé par quatre autres procédures judiciaires, il dénonce un complot afin de freiner ses ambitions pour l’élection présidentielle de 2018. En effet, l’ancien chef de l’État reste populaire au Brésil et serait en tête des intentions de vote pour les prochaines élections. Le Parti des travailleurs (PT), qu’il a fondé dans les années 1980, a appelé à des manifestations, ses partisans dénoncent un acharnement judiciaire pour empêcher son retour au pouvoir. L’affaire et les accusations faites par le juge Sergio Moro, ne reposeraient selon eux sur aucune preuve concrète. L’impartialité de la justice brésilienne est ainsi mise à l’épreuve. L’avenir politique de Lula est alors en jeu, selon la loi, seule une condamnation en appel est à même d’empêcher Lula de se porter candidat à la présidentielle de 2018. Cette condamnation pourrait aggraver les tensions politiques et sociales dans un pays traversant actuellement une grave crise politique.

Camille FÉRON

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, prêt à quitter l’axe bolivarien

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, commence à prendre des distances avec le très controversé legs de son prédécesseur, Rafael Correa, qui n’a pas hésité à l’accuser de « déloyauté » et à écrire sur Twitter : La stratégie qui consiste à marquer ses différences non seulement est déloyal, mais aussi médiocre. Et Moreno lui répond : Syndrome d’abstinence: réaction provoquée par la suspension soudaine d’une substance génératrice d’assuétude comme le sucre, l’alcool, les drogues ou le pouvoir.

Pour comprendre l’actuelle relation entre les deux hommes d’État, il faut se pencher sur leur passé politique. Au contraire de l’attitude agressive de Correa, qui durant les dix années de son gouvernement n’a pas cessé de polémiquer avec l’opposition et les moyens de communication, Moreno semble vouloir initier une nouvelle période d’ouverture politico-sociale. Ainsi, lors de son discours inaugural du 24 mai dernier, il a manifesté son intention de renforcer et soutenir la réconciliation nationale. Lorsqu’il était le vice-président de Correa, lors de son premier mandat, Moreno, qui se déplace en fauteuil roulant à cause d’une paraplégie, a mené la campagne intitulée : Sourit Équateur, nous sommes des gens aimables. En 2013, après avoir quitté le gouvernement, il fut envoyé à Genève en tant que spécialiste en handicap et accessibilité auprès du secrétaire général de l’ONU. C’est à ce titre qu’il a été proposé pour le prix Nobel de la paix. C’est alors que Correa, président sortant à l’époque, prévoyant une déroute de son parti lors des prochaines élections a vu en Moreno l’incarnation du visage humain de la révolution citoyenne, et donc le candidat idéal pour lui succéder.

Mais le conflit éclata lorsque le nouveau président manifesta son intention de mener à bon terme ses promesses de campagne, surtout celle qui concerne le rapprochement entre gouvernement et l’opposition. En effet, très rapidement Moreno a entamé un dialogue d’amitié avec les moyens de communication, lesquels saluèrent élogieusement cette attitude en contraste avec le tempérament belligérant de son prédécesseur. Et pour montrer sa volonté de changer de style politique, il s’est réuni avec les dirigeantes de la Confédération des nations indigènes de l’Équateur (Conaie), laquelle avait manifesté violemment son opposition lors du gouvernement de Correa : Moreno a restitué aux indigènes deux sièges de leur organisation confisquées jadis par son prédécesseur.

Or, tout semble indiquer que la récente création d’une commission spéciale, destinée à enquêter sur les questions de corruption, est à l’origine du conflit. Les soupçons tombent sur les épaules de Jorge Glas, nommé vice-président par Correa, accusé d’appartenir à un groupe de fonctionnaires qui auraient reçu des pots-de-vin de la compagnie brésilienne de bâtiments Odebrecht. Aussi, une plausible coalition avec l’ex-président Abdala Bucaram, qui vient de rentrer à son pays après avoir vécu vingt ans d’exil – une fois prescrites les causes pénales initiées lors de son éviction en 1997 – a accentué le désaccord entre les hommes du parti Alliance Pays.

Le réaménagement politique que Moreno s’est fixé comme objectif répond sans doute à des impératifs sur le plan géostratégique régional, concernant l’élan de renouveau où semble s’orienter l’Amérique latine. D’où la nécessité d’intégration de l’Équateur dans un scénario marqué par une série de changements politiques transcendantales : le déclin dudit « axe bolivarien », l’échec de l’économie vénézuélienne, le triomphe du président Mauricio Macri en Argentine, le destitution de Dilma Rousseff au Brésil et la prévisible victoire du candidat conservateur Sebastián Piñeira aux prochaines élections présidentielles du Chili. Et pour poursuivre ses réformes, Moreno dispose d’une solide base monétaire grâce à la dollarisation instaurée en janvier 2000 par le président Jamil Mahuad et conservé par ses successeurs. Cette stabilité de la monnaie, laquelle épargna à l’Équateur du chaos où plonge actuellement le Venezuela, peut être considérée comme le point de départ d’un tournant majeur dans l’économie du pays.

Eduardo UGOLINI

La musique latino-américaine à l’honneur lors des Tempo Latino et aux Nuits du Sud

La culture latino-américaine est à l’honneur cette semaine avec le festival Tempo Latino et Nuits du Sud. Les deux festivals nous font voyager en Amérique Latine le temps de quelques soirées à travers des concerts de musique colombienne, cubaine.

La 24e édition du festival Tempo Latino se tiendra du 27 au 30 juillet dans le Gers, à Vic-Fezensac.

Tempo Latino est le 1er festival européen de musiques latines et afro-cubaines, il offre une grande diversité musicale, il défend le métissage du rythme, du son, de la voix. Il s’inscrit parmi les 250 événements dédiés cette année à « France-Colombie 2017 » qui se déroule dans toute la France. Durant 4 jours, Tempo latino nous invite à découvrir les rythmes latins avec ces 3 scènes et sa programmation riche et variée. Au programme : Jeudi 27 juillet, une soirée d’ouverture placée sous le signe de l’amitié France-Colombie, avec Puerto Candelaria et La-33. Vendredi 28 juillet,  Un Cocktail Métissé mettant à l’honneur et respect aux métissages culturels avec Calypso Rose et Richard Bona & Mandekan Cubano. Samedi 2 juillet est consacré au péruvien Tony Succar et son projet ‘’Unuty’. Ce projet, innovant et décapant, en hommage à Michael Jackson, vient prouver au public que la Salsa est bien vivante, toujours Fière et rassembleuse des générations. Tony Succar est aujourd’hui le représentant de cette nouvelle « vague » de la musique Afro-caribéenne et du Latin/jazz qui surgit de Miami. Dimanche 30 juillet : Clôture de la 24ème édition de Tempo Latino avec Orkesta Mendoza à 21 h & Diego El Cigala.

Le festival Nuits du sud a lieu du 6 au 29 juillet 2017 dans les Alpes Maritimes, à Vence

Le festival fête cette année ces vingt ans, celui-ci met en avant les musiques de tous les horizons, de toutes les cultures. Lors des onze soirées du festival, 26 groupes se succèdent sur scène, qu’ils soient de renommée internationale, nationale ou en pleine ascension. Des artistes cubains sont à l’affiche pour cette dernière semaine du festival. Au programme : Vendredi 28 juillet : Eliades Ochoa. Après avoir participé à l’Histoire de ‘Buena Vista Social Club’, Eliades Ochoa nous fait découvrir son nouveau projet. La fraîcheur de son nouvel album a été entièrement enregistrée dans son Cuba natal, du folk latino-américain avec des instruments traditionnels cubains… « Pour la musique que je fais, il n’y a pas de pays lointain, de langues ou de frontières ». Samedi 29 juillet : Asere  – Le groupe cubain fête en 2017 leur 20e année à succès depuis leur premier album ‘Cuban Soul’. Formé à la Havane en 1996, la contribution d’ASERE à l’évolution et à l’appréciation de la musique cubaine dans le monde au fil de ces années, a été significative, en innovant, et révisant respectueusement le travail émouvant des précurseurs de la musique cubaine.

Camille FERON

Tempo LatinoNuits du Sud

Des ex-présidents péruviens en prison et en cavale… crient à leur innocence

Une nouvelle affaire de corruption secoue l’Amérique latine après la condamnation à neuf ans et demi de prison visant l’ex-président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, icône de la gauche dans son pays. Deux anciens présidents péruviens sont accusés de corruption et blanchiment d’argent, Ollanta Humala a été placé en détention provisoire tandis qu’Alejandro Toledo est en exil aux États-Unis.

Cette fois-ci c’est au Pérou que les événements se passent, l’ancien président péruvien Ollanta Humala et son épouse Nadine Heredia, ont été placés par la justice en détention préventive pour 18 mois sur des accusations de corruption. Ils ont été transférés le vendredi 14 juillet 2017 dans deux établissements pénitentiaires différents après s’être livrés spontanément à la justice aussitôt après l’ordre donné par un tribunal de Lima de leur arrestation. Le tribunal a invoqué des témoignages d’anciens cadres dirigeants du groupe brésilien du BTP pour accusé l’ex-président à la tête du Pérou de 2011 à 2016, et son épouse d’avoir accepté trois millions de dollars de pots-de-vin. Tous deux démentent ces accusations et estiment que leur incarcération avant procès est injuste. Le juge Richard Concepción Carhuancho a préféré placer l’ancien président en détention provisoire au motif qu’Ollando Humala pourrait rapidement fuir le pays en attentant le procès pour blanchiment d’argent présumé.

En effet, ce n’est pas la première accusation de corruption portée contre un président péruvien. L’ex-chef de l’État Alejandro Toledo, au pouvoir de 2001 à 2006, est en exil aujourd’hui aux États-Unis. Il est lui aussi soupçonné de corruption, deux mandats d’arrêt ont été émis contre lui pour avoir prétendument reçu 20 millions de dollars en pots de vin. Celui-ci a refusé de se présenter aux autorités, alors même que Concepcion avait ordonné son incarcération en préventive. Toledo s’est exprimé sur les réseaux sociaux  suite à l’incarcération de Ollanta Humala, il  dénonce « l’injustice » de cette décision résultat de la persécution politique et la conséquence d’une violation de Etat de droit. Cette nouvelle affaire d’incarcération témoigne du triste état de la scène politique péruvienne : en 25 ans, quatre des cinq derniers présidents ont été touchés par des scandales de corruption. En effet, un autre ancien président péruvien, Alberto Fujimori, purge une peine de 25 ans pour violations des droits de l’homme et corruption dans la même prison où vient d’être incarcéré M. Ollanta Humala et son épouse.

Camille FÉRON

Le festival international de théâtre Sens interdits à garde le cap et prépare la cinquième édition

Dans un monde en mouvement, et face à une économie culturelle fragilisée, l’association Sens Interdits annonce la cinquièmeème édition de son festival international de théâtre du 19 au 24 octobre 2017, à Lyon et dans la métropole lyonnaise.

La cinquième édition du Festival Sens Interdits – mémoires, résistances – une fenêtre sur le monde nous propose à nouveau un théâtre international où les expressions esthétiques se confrontent les et réflexions intellectuelles, politiques touchent les réalités et difficultés du monde contemporain. Des œuvres venant de différents coins du monde, nous ferons voir la diversité et l’universalité de sujets universels comme la violence contre les femmes, la guerre, l’exode, mais aussi de l’espoir et de la fraternité. Ces questionnements nous interpellerons dans notre relation à l’autre, à la vie collective et au monde.

Sens interdits poursuit son exigence de ne pas être un festival généraliste, mais plutôt un kaléidoscope de confrontations esthétiques au service de la liberté d’expression, de la tolérance et de la démocratie. Riche d’un repérage de productions européennes et au-delà (Argentine, Chili, Israël, Rwanda), le directeur artistique du festival Patrick Penot fait le pari d’attirer une génération nouvelle de diffuseurs et de spectateurs. Passeur de frontières expérimenté et également conscient de la précarité générale des budgets accordés à la culture, P. Penot et son équipe travaillent sans faille à persuader mécènes et particuliers de la nécessité de s’impliquer dans le soutien du festival. L’engagement à leurs côtés de 325 associations est une légitime fierté.

Une édition riche en propositions : 21 spectacles dont 3 en complicité (La Maison de la Danse, Les Ateliers Frappaz, le Théâtre des Asphodèles), 48 représentations, 2 créations, 5 coproductions, 6 premières en France. Une large vision d’un monde en mutation, 17 pays, 21 compagnies dont un focus colombien de 3 spectacles. Au cœur de l’agglomération dans 13 théâtres et 1 chapiteau place des Célestins, lieu de débats et de rencontres thématiques.

Des spectacles avec des artistes d’Amérique du Sud (Colombie, Bolivie), d’ex-Yougoslavie (Serbie), d’ex-URSS (Lituanie, Russie, Kazakhstan), de Roumanie, du Moyen et Proche Orient (Syrie, Liban, Irak), d’Afrique (Égypte, Cameroun, Rwanda) et d’Europe (Grèce, Suisse, Belgique, France). Au programme notamment, Oskaras Koršunovas avec Martyr un texte sur l’excès religieux, et La Mission d’Heiner Müller par Matthias Langhoff avec les élèves de l’École d’acteurs de Santa Cruz en Bolivie. Deux grands noms de la mise en scène européenne à découvrir pour l’ouverture et la clôture du festival au Théâtre des Célestins partenaire principal du festival. Dans le cadre de l’année France-Colombie 2017, Sens Interdits, avec 3 spectacles, donne l’occasion unique de découvrir la vitalité théâtrale de ce pays qui vient de faire la paix après 52 ans de guerre civile. Depuis ses débuts Sens Interdits a invité des troupes et de dramaturges d’Amérique latine, notamment de l’Argentine, la Bolivie, le Chili.

Le Festival enrichit sa programmation également par des contributions scientifiques et des témoignages, en invitant des acteurs culturels, des universitaires, des journalistes et des citoyens. Conférences, rencontres, projections et ateliers sont proposés gratuitement. Et, une nouveauté : L’École éphémère. Ce dispositif, coproduit avec l’ENS de Lyon, propose à une soixantaine d’élèves d’Écoles d’art d’Europe et d’Afrique (CNSAD, ENSATT, École de St-Étienne, Conservatoire de Liège, Écoles d’acteurs de Tunis et de Ouagadougou) de s’immerger dans le théâtre citoyen. Au programme ateliers thématiques et master classes.

Olga BARRY 

Le site : http://www.sensinterdits.org/  Programme détaillé, informations et réservations sur www.sensinterdits.org

Suite de l’année partagée France Colombie après Belfort suite sur Arles et Bordeaux…

 Après le projet Colombia Vibra du festival des Eurockéennes de Belfort ayant eu lieu le weekend dernier, la culture latino-américaine reste à l’honneur lors de plusieurs événements estivaux : le festival de photographie de Arles, l’exposition de l’artiste Oscar Murillo au musée d’art contemporain de Bordeaux.

Arles Colombie

Les Rencontres internationales de la photographie à Arles ont lieu du 3 juillet au 24 septembre 2017. Pour cette 48e édition la Colombie et l’Amérique du sud seront mis en avant en l’honneur de l’année France-Colombie. Au total 32 expositions seront proposées avec notamment une immersion dans la photographie venue d’Amérique du sud et plus particulièrement de Colombie. Parmi les nombreuses expositions présentes pendant le festival « La Vuelta » sera l’une des principales à découvrir. La Vuelta présente le travail de vingt-huit artistes de différentes générations. Appartenant aussi bien à des genres traditionnels de la photographie qu’à des pratiques expérimentales fondées sur la recherche, les projets sélectionnés explorent les mutations du paysage culturel, social et politique des identités, des valeurs et des croyances, et interrogent les notions de classe, d’identité, de survie économique, ainsi que l’histoire du conflit armé qui a duré soixante ans et qui a alimenté le trafic de drogue.

Musée d’art contemporain de Bordeaux 

Le musée d’art contemporain de Bordeaux expose le travail vidéo intitulé Estructuras resonantes de l’artiste colombien Oscar Murillo jusqu’au  27 août 2017. L’exposition d’Oscar Murillo s’inscrit dans le cadre de l’Année France-Colombie 2017 et de L’économie du vivant, une proposition du commissaire, Osei Bonsu pour la programmation Satellite 2017. Le travail d’Oscar Murillo (né en 1986) puise au creuset que constituent les expériences et souvenirs personnels, notamment ceux qu’il a conservés de sa ville natale de La Paila, en Colombie. Multipliant les interactions entre différents médiums — peinture, sculpture et vidéo — l’artiste crée des installations composites qui invitent à l’immersion. Dans les films de Murillo, le lieu et le déroulement de certaines activités saisies fortuitement sont montrés tels quels, comme de simples événements ou choses qui se produisent. De longs plans dans lesquels la caméra commence à se promener pour saisir tel ou tel détail pourraient aisément, de prime abord, passer inaperçus.

Bientôt, cependant, la perspective de l’artiste devient celle du spectateur, inaugurant une tension entre deux modalités — directe ou indirecte — de l’expérience selon la culture ou le public. Untitled [Sans titre], de 2017, figure parmi les œuvres qui composent l’ensemble intitulé Estructuras resonantes [Structures en résonance], soit une méditation de l’artiste sur ses origines et l’histoire de sa famille. Captant une expérience transformatrice, la vidéo présente un moment du séjour de l’artiste à Marrakech. Elle nous montre un groupe de musiciens bédouins d’Afrique du nord jouant de la musique traditionnelle devant un public composé d’autochtones et de touristes. Sons, harmonies et rythmes improvisés traduisent l’impact immédiat de la musique live en tant que modalité de la participation civique. Transcendant les frontières culturelles, le spectacle installe le spectateur au centre d’une expérience d’absorbement et de rupture esthétiques. Nous vous rappelons que l’artiste guatémaltèque Naufus Ramírez-Figueroa est également exposé jusqu’au 24 septembre 2017.

Camille FÉRON

Colombie à Belfort – Colombie à Arles – Colombie à Bordeaux

« Les Dieux du tango » de l’Uruguayenne Carolina de Robertis

Carolina de Robertis, née en 1975, a des origines uruguayennes, mais sa vie l’a menée dans diverses parties du monde avant qu’elle s’installe aux États-Unis. Elle écrit en anglais. En 2010 son premier roman, La montagne invisible (éd. Belfond), avait surpris par sa maîtrise et sa profondeur. Elle confirme cette impression avec Les Dieux du tango, une des meilleures idées de lecture pour cet été aux éditions du Cherche midi.

Ce qui frappe immédiatement quand on commence la lecture de les Dieux du tango, c’est l’immense talent de l’auteure pour raconter une histoire. On avait eu le même sentiment en découvrant les premières œuvres d’Isabel Allende. Qu’elle décrive une famille italienne vers 1900 ou la vie de tous les jours dans un conventillo de Buenos Aires, elle plonge son lecteur dans tous les petits détails qui disent tout des misères et des joies des petites gens.

Leda, fille de paysans de la région de Naples, part rejoindre Dante, son « mari » (la noce s’est faite par procuration, en Italie, sans le fiancé,) parti gagner sa vie en Argentine. Son arrivée est pure désillusion, elle devra continuer malgré tout, seule dans la grande ville. Autour de Leda, c’est tout un cortège de personnages que Carolina de Robertis anime devant nous, l’anarchiste ouvrier qui croit en sa lutte, la fillette folle enfermée dans une cabane isolée en pleine garrigue, la mamma italienne installée à Buenos Aires qui protège les dizaines de jeunes hommes à qui elle loue des chambres à partager à cinq ou six. Peut-on comparer la misère italienne et la misère argentine ? Leda, avec sa nostalgie naissante pour son hameau le fait, mais elle sait aussi qu’elle doit se lancer dans la lutte pour sa survie. Tout misérabilisme est exclu, l’auteure constate et, si elle émet des reproches sur l’injustice des organisations sociales, si elle le dit clairement, elle est plus intéressée par le sort des personnes.

Une des bonnes idées du roman tient dans sa construction : il s’agit bien de l’histoire de Leda, mais dans chaque chapitre une rupture dans le récit explore celle d’un personnage secondaire, qui fait des Dieux du tango à la fois un roman d’initiation et un roman choral. Par petites touches, à côté du cheminement de Leda, la romancière tisse aussi l’histoire du tango dans les années 10 du XXème siècle, son évolution, l’apparition ‒ et la disparition parfois ‒ de certains instruments, le tango orchestral ou le tango chanté (par des femmes aussi ? est-ce possible ?), le succès grandissant, la conquête progressive des classes sociales rétives au début qui se laissent séduire. Au cœur d’un récit de forme plutôt classique, Carolina de Robertis réussit à introduire des sujets annexes mais historiquement importants, l’anarchisme sur le port de Buenos Aires par exemple, et surtout un autre thème que préfère ici ne pas révéler pour en laisser la découverte au lecteur, un thème qu’elle traite de façon vraiment très originale et particulièrement subtile. Disons seulement que la place de la femme dans les diverses sociétés évoquées est au centre des réflexions de Carolina de Robertis.

Ne nous y trompons pas, sous des allures de jeune auteure destinée aux best sellers, malgré le titre qui semble calibré pour faire un succès de librairie, Carolina de Robertis est une des meilleures romancières populaires de sa génération, et Les Dieux du tango un roman à lire pour passer un bon moment, pour être ému et pour apprendre.

Christian ROINAT

Les Dieux du tango de Carolina de Robertis, traduit de l’anglais (États-Unis) par Eva Monteilhet, éd. du Cherche midi, 543 p., 22 €

 

« Une femme fantastique », un film du réalisateur chilien Sebastián Lelio, à ne pas manquer

Sebastián Lelio réalise en 2016 son quatrième film, après en particulier le très réussi Gloria sorti en 2014. Ici, il a obtenu l’Ours d’argent à Berlin pour le scénario écrit avec Gonzalo Maza. Il s’est toujours intéressé aux problèmes dans les familles puisque son premier film s’appelait La sagrada familia. Mais ici, il se tourne vers un personnage pas comme les autres puisque Marina est transsexuelle.

Marina vit avec Orlando, de vingt ans son aîné. Lorsqu’il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches de celui-ci : une « sainte famille » qui rejette tout ce qu’elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu’elle est : forte, courageuse, digne …

 « Avec Une femme fantastique, j’ai voulu répondre à cette question : que se passe-t-il quand on meurt dans les bras de la mauvaise personne ? Je trouvais ce point de départ très puissant…  Un jour, j’ai eu une autre intuition, celle de choisir une femme transgenre. Ce fut le déclic. Je trouvais l’idée exaltante mais j’avais un petit problème car je ne connaissais rien au sujet… Daniela Vega a été la troisième personne que nous avons rencontrée. En sortant du rendez-vous, je me suis dit que c’était tout à fait impossible de faire le film sans une actrice transgenre. Pour moi, cela aurait été une aberration, un anachronisme esthétique dans une époque où l’on voit émerger un nouveau paysage des genres. Faire l’inverse m’aurait rappelé les débuts du cinéma, quand les noirs avaient l’interdiction de jouer dans des films et les comédiens blancs se mettaient en scène, grimés en noir. »

Le Chili est un pays qui n’accepte pas les différences. Plusieurs films récents ont abordé le sujet. « Une femme fantastique arrive plus de 25 ans après la fin de la dictature, mais dans un pays qui reste profondément injuste, où la démocratie a beaucoup de carences. La rupture sociale reste là, comme un héritage du régime de Pinochet. C’est un pays qui fait preuve d’un capitalisme sauvage. Le film a effectivement lieu dans ce contexte-là. En termes de capitalisme, Marina est un être improductif. Elle n’est pas capable de procréer et donc de donner naissance à un autre employé, à un autre consommateur. Elle vit pour la beauté du geste. »  Un film qui ne peut nous laisser indifférent car filmé avec beaucoup de délicatesse.

Alain LIATARD

P.S. Sont encore dans certains bons cinémas : Rara  de Pepa San Martin sorti le 22 juin, Patagonia, el infierno d’Emiliano Torres, sorti le 28 juin, Kóblic de Sebastián Borenstein, le 5 juillet, en attendant Les filles d’Avril de Michel Franco, qui sortira le 2 août. On peut donc voir de bons films latinos cet été sur les écrans ! Voir aussi Allocine

« Patagonia, el invierno » un film du réalisateur argentin Emiliano Torres en salle cette semaine, salué par la critique

Patagonia El Invierno d’Emiliano Torres, réalisateur argentin, qui sort en France le 28 juin et qui a obtenu l’an passé, le prix spécial du jury au festival Donostia à San Sebastián et le prix du jury au festival Biarritz Amérique latine 2016.

Au sud de la Patagonie, les exploitations sont si vastes que leurs propriétaires qui y viennent, ne s’y posent qu’en avion. Les saisonniers eux, entassés à l’arrière de vieux 4×4, y arrivent comme les moutons. Douze heures de travail harassant par jour, de l’alcool et des putes de temps en temps sont les seuls plaisirs. Pour le vieil Evans (Alejandro Sieveking, remarquable, qui a obtenu le prix d’interprétation masculine à Biarritz), l’heure de la retraite a sonné. Il doit céder la place à un jeune qui veut amener sa famille, mais cet ancien, trop solitaire, au visage buriné y a passé sa vie et quel ailleurs l’attend ?

C’est toute la souffrance d’hommes frustes et fatalistes qui transparaît à travers ce drame, opposé à la bonne conscience d’exploiteurs, contremaitres, intermédiaires ou propriétaires. « Il y a dix ans, explique le réalisateur, j’ai travaillé sur un documentaire tourné en Patagonie et un jour j’ai été pris dans une tourmente de neige. J’ai alors trouvé refuge dans une estancia où vivait un contremaître d’origine anglo-saxonne dans la plus grande solitude. C’est là-bas qu’est née l’esquisse de cette histoire. »  La nature, l’espace, le climat, la neige sont évidemment des éléments très importants pour ce film qui pourrait de ce fait ressembler au documentaire et qui a été primé aussi pour sa photographie.

Le tournage du film, une coproduction entre l’Argentine et la France, s’est déroulé à El Chaitén, El Calafate et Rio Gallegos. Il s’est fait en deux temps : deux semaines en hiver, puis le reste l’été suivant du fait des conditions climatiques très difficiles. Il s’est entouré pour ce premier film de deux acteurs déjà reconnus, Christian Salguero (Paulina, La Patota) qu’il est allé chercher dans la province de Misiones au nord-est pour le rôle de Jara, et Alejandro Sieveking (El Club) un acteur de théâtre chilien pour interpréter Evans et qui s’est fort justement prêté au jeu. Ce monde est un monde d’hommes, solitaires, souvent célibataires, en tout cas sans leur famille. « En Patagonie vivent des gens silencieux qui souvent ne parlent qu’à leurs chiens, leurs chevaux, leur bétail », raconte Emiliano Torres.

Et les relations qui régissent cet univers n’ont guère changé depuis des siècles et sont restées féodales, voire esclavagistes, la seule nouveauté étant le 4 x 4. Le propriétaire est loin, souvent c’est un étranger, là en l’occurrence un Français et son estancia est sous la coupe d’un régisseur sans scrupules. Emiliano Torres, né à Buenos Aires en 1971, a bénéficié de l’aide, en postproduction, du programme Ciné en Construction (San Sebastián et Toulouse)  pour finaliser son film. Un très beau film à ne pas manquer !

Alain LIATARD

Les élections présidentielles chiliennes : les enjeux d’un renouveau politique

Alors que la France est en pleine période électorale, peu d’informations sont disponibles concernant un autre pays qui va voir son paysage politique bientôt se modifier : le Chili. En effet ce pays choisira en novembre et décembre prochains le successeur de la socialiste Michelle Bachelet au palais présidentielle de La Moneda depuis mars 2014.

photo : Campagne officielle du PS

Le déroulement des élections dans un contexte constitutionnel modifié | Les élections présidentielles et législatives chiliennes auront lieu le 19 novembre et le 17 décembre. Pour départager les candidats des partis il y aura, comme en France et sur le modèle américain, des primaires le 2 juillet. Le scrutin primaire est ouvert aux partis ou coalitions qui désigneraient ainsi leurs candidats aux élections présidentielle et législatives du 19 novembre.

Synonyme de changement constitutionnel depuis l’avènement de la démocratie post-Pinochet, ces élections seront historiques. Elles marquent le renouvellement de la Chambre des députés et de la moitié du Sénat mais changent aussi le mode de scrutin qui passent d’un système binominal à un système proportionnel. Le nombre de députés a été augmenté, passant de 120 à 150, tout comme celui des sénateurs, passant lui de 38 à 50. Les circonscriptions électorales ont été modifiées. Pour répondre aux derniers scandales, une régulation et un encadrement du financement des campagnes a aussi été mis en place.

Les principaux candidats | La présidente actuelle, Michelle Bachelet, élue en 2014, ne peut se représenter puisque la Constitution interdit à tout président sortant de se représenter. Les médias chiliens présentaient au début du mois de mai 2017 deux principaux candidats: Sebastián Piñera pour la droite et Alejandro Guillier pour la gauche. Sebastián Piñera est l’ancien président du pays (2010-2014). Membre fondateur de Renovación Nacional, il est suspecté de corruption mais reste le grand favori des primaires de la droite. Alejandro Guillier est un ancien présentateur d’émissions politiques et d’investigations sur les chaînes télévisées chiliennes, responsable pendant des années, de 1999 à 2008, du principal programme d’information dominicale. Membre du Parti radical, il est le candidat du centre gauche et surtout le seul candidat aux primaires de la gauche et du centre.

Ricardo Lagos s’est en effet retiré de la campagne après sa défaite lors d’un vote interne en avril pour désigner l’aspirant du PS à la primaire de la Nueva Mayoría, la coalition de gauche qui a soutenu Michelle Bachelet. C’est lors de ce vote que les militants ont désigné l’ancien présentateur vedette comme candidat du parti socialiste pour les présidentielles.

Si M. Guillier est le seul candidat de la gauche et du centre c’est aussi parce que Carolina Goic, candidate démocrate chrétienne a décidé de se présenter en dehors de la primaire alors même que son parti est membre de la majorité de Bachelet. Marco Enríquez-Ominami, troisième homme lors des élections en 2009 avec plus de 20 % des voix et en 2013  avec 10,98 % de voix, a annoncé sa candidature en mai 2017. Le fondateur du parti Los Progresistas (les progressistes) pourrait donc une nouvelle fois s’avérer être un adversaire de taille.

Le bilan impopulaire de Michelle Bachelet | Le deuxième et ultime mandat de la présidente socialiste s’achève dans la douleur. Elle récolte en effet entre 60 % et 75 % d’opinions défavorables selon les sondages. Même si le bilan de Bachelet est honorable, il est fortement contesté. La baisse du chômage à 6,4 % malgré le ralentissement de la croissance économique ainsi que les bonnes prévisions de l’OCDE, qui estime que les conditions d’une reprise, même timide, sont réunies (progression du PIB de 2,52 % prévue cette année contre 1,66 % en 2016), ne suffisent pas à calmer les détracteurs de la présidente.

La hausse du PIB reste encore loin de la moyenne de 4,5 % entre 2001 et 2013. Et d’autres sources de mécontentement demeurent. Les promesses de réformes constitutionnelle et de l’éducation n’ont pas été respectées, ce qui a valu à l’actuelle présidente de chuter considérablement dans les sondages. Elle a aussi dû faire face à d’importantes manifestations comme celle du syndicat des travailleurs d’Escondida, au Chili, la plus grande mine de cuivre du pays, qui s’est terminée en mars ou encore les mouvements étudiants pour la gratuité des universités en avril dernier. Des soupçons de corruption dans son entourage n’ont fait que ternir un peu plus sa réputation.

Le choix d’un nouveau visage | Michelle Bachelet entraîne avec elle, dans sa chute de popularité, l’intégralité de son parti. Les six remaniements effectués pendant trois ans ont démuni la politique de Bachelet de ligne directrice. La fille de l’ancien président Salvador Allende, Isabel Allende Bussi, pourtant très appréciée, a par exemple dû se rétracter alors qu’elle aspirait à se présenter pour les présidentielles.

Renée Fregosi, philosophe, politologue et directrice de recherche en sciences politiques à l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle, estime qu’«en désignant Alejandro Guillier, les socialistes ont choisi de régénérer le parti.». Elle pense que ce choix risqué reste tout de même courageux pour un PS «en phase d’essoufflement ». Choisir quelqu’un en dehors du parti leur permet de faire peau neuve, de se réinventer et donc de retrouver la confiance d’électeurs désillusionnés.

Vers un retour de la droite ? | Grand vainqueur des municipales d’octobre 2016 et lancée sur cet élan, la droite pourrait remporter les prochaines élections. L’ex-président de centre droit Sebastián Piñera est le favori selon les sondages. Cependant le candidat de la coalition du centre droit Chile Vamos est suivi de près dans les sondages par Guillier. Marco Enríquez-Ominami se retrouve en chute libre puisqu’il a actuellement seulement 18 points d’opinions positives. Le poids de l’ancien troisième homme pourrait donc être moindre par rapport à ses résultats de 2009 et 2013.

Un coude à coude gauche/droite encore possible |  Sebastián Piñera contre Alejandro Guillier. C’est ce que présagent les sondages pour le second tour de la présidentielle. Dans ce cas le Chili ferait face à un réel duel générationnel opposant un homme bien ancré dans le paysage politique, sénateur et ancien président de la République post-Pinochet, à un candidat du renouveau, politicien indépendant sans réel passé militant. Guillier est en effet sénateur depuis seulement quatre ans de la région de Antofagasta au nord du pays. Même si M. Piñera est en tête pour le moment, rien n’est joué. M. Guillier ne cesse de monter dans les sondages, et ce malgré les indices de popularité décroissants de Mme Bachelet, indices les plus bas qu’ait obtenus un président chilien depuis près de vingt-cinq ans.

Les voix abstentionnistes | L’abstention est la grande inconnue des prochaines élections. Lors des municipales d’octobre 2016, elle avait pratiquement atteint 65 %. Un sondage diffusé par El Mercurio dresse un schéma où 46 % des électeurs se sont déclarés sûrs d’aller voter pour la présidentielle. À l’inverse, 15 % savent et assurent qu’ils bouderont les urnes en novembre et décembre.

Maud REA

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