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Nicolas Bonilla

« Chili, la mémoire obstinée » le documentaire de Patricio Guzmán à l’Underground de Lyon

Chili, la mémoire obstinée de Patricio Guzmán, 1997. En 1974, Patricio Guzmán tourne « La Bataille du Chili » et prend le chemin de l’exil. Vingt-deux ans plus tard, il revient avec son film sous le bras, va de rencontres en projections, et tente de comprendre comment l’oubli imposé par Pinochet a pu détruire la mémoire d’un peuple. Que reste-t-il aujourd’hui du rêve qui avait porté Salvador Allende au pouvoir ? Lutter contre l’amnésie de son pays, en raviver la mémoire et dévoiler des pans de l’histoire dissimulés, tel est la tâche que s’assigne le grand réalisateur chilien, film après film. Prix du public au Festival International de Documentaire de Marseille en 1997.

d’après Opéra de Lyon

L’Équateur de Lenín Moreno subit une crise politique qui ne finit pas de s’aggraver

Le mardi 1er octobre, le président équatorien Lenín Moreno annonce par télévision et par radio la décision de l’exécutif de retirer les subventions sur les carburants. Cela déclenche instantanément une réponse d’extrême mécontentement au sein de plusieurs groupes sociaux du pays. Jusqu’au moment où les manifestations et protestations deviennent exponentiellement plus violentes. La situation mène le Président à déclarer l’état d’urgence, mesure qui peut durer constitutionnellement jusqu’à 30 jours et qui permet au Président d’employer les forces armées et policières, d’établir des zones de sécurité et de censurer la presse.

Photo : Teller Report

L’Équateur a une riche histoire de mécontentement auprès de mesures de hausses des prix des carburants. En 1997, Abdala Bucaram instaure des mesures économiques dont la hausse des prix du gaz et de l’essence, ce qui aboutit en grèves et soulèvements sociaux notamment des membres de la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE) et le Président finit par être renversé. Trois ans après, le Président Jamil Mahuad, après une grave crise économique, met en place des mesures comme la hausse des prix des carburants et la congélation pendant un an de dépôts bancaires de plus de deux millions de Sucres (environ 500 USD à l’époque), ce qui mena à sa destitution un jour après avoir décrété la dollarisation le 21 janvier 2000 avec des mobilisations encore une fois de la CONAIE. Puis, en 2005, la situation se répète avec Lucio Gutiérrez qui est destitué après des soulèvements causés par plusieurs scandales et la hausse des prix des carburants en 2003, toujours avec le support de la CONAIE. Depuis 1996, aucun Président équatorien n’a réussi à finir son mandat, à l’exception de Rafael Correa (2007 – 2017).

En 2017, Lenín Moreno est élu avec l’appui de Rafael Correa mais se distance de son mouvement rapidement. Selon les mots de Moreno, il hérite d’un État plongé dans les dettes et mal géré. En février 2019, le gouvernement équatorien passe un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour des crédits d’une somme de 4 209 millions de dollars. Le premier octobre, Moreno annonce six nouvelles mesures économiques, dont l’élimination ou réduction des droits de douane sur des matériaux agricoles, l’augmentation de 15 dollars en aides financières qui toucheront 300 000 familles, et notamment la « libération des prix de l’essence et du gazole », c’est-à-dire l’élimination des subventions de la part de l’État sur ces produits, qui dépense environ 1,3 milliards de dollars par an pour ces subventions. L’essence appelée Extra passerait de 1,85 $ à 2,40 $, et le Diesel, de 1,03 $ à 2,30 $. Comme l’histoire l’indique, ces mesures ont été accueillies de manière très négative par les différentes sphères sociales équatoriennes.

Les manifestations commencent à avoir lieu le lendemain même de l’annonce du Président. Les protestations sont conduites par les secteurs du transport, les indigènes et les étudiants qui accusent le gouvernement de faire un paquetazo [1]. On plaide que l’élimination de ces subventions équivaut à une augmentation du prix du panier moyen, ce qui, dans un pays où le salaire minimum est de 394 $ (environ 358 €), représente un impact significatif.

Entre le 2 octobre et le jour de cette édition, les protestations ont augmenté en intensité et en violence. La capitale Quito devient progressivement un champ de bataille, avec déjà des morts comme résultat des confrontations entre manifestants et forces de l’ordre. Le jeudi 3 octobre, Moreno déclare dans tout le pays l’état d’urgence, comme réponse à la violence et au vandalisme enregistré dans la capitale. Ceci veut dire que le président peut employer la police et l’armée, peut censurer la presse et peut établir des zones de sécurité. Tout au long de la semaine, l’armée s’est mobilisée vers Quito et on a pu voir des soldats dans des voitures blindées dans les rues du centre historique. Tout de même, les manifestants ont déjà pu s’emparer d’une de ces voitures, à laquelle ils ont mis le feu. Des voies tout autour du pays sont bloquées par les manifestants, tout comme les voies d’accès au sud de Quito sont bloquées par la police à cause de la marche des indigènes qui viennent du centre-sud de la cordillère. La CONAIE annonce que le nombre d’indigènes qui se mobilisent est de 20 000.

On compte, au vendredi 4 octobre, 21 policiers blessés et 277 personnes arrêtées pour des actes de vandalisme, selon le ministre de la Défense, Oswaldo Jarrín. La nuit du 7 octobre, le Palais législatif et l’immeuble du Contrôleur de l’État ont déclaré qu’il y a eu des tentatives d’entrée afin d’endommager les locaux. Le Président, la même nuit du 7 octobre, a informé le pays qu’il se trouvait à Guayaquil et qu’il déménage le siège du gouvernement dans cette ville en disant que « ceci n’est pas une manifestation sociale de mécontentement face à une décision du gouvernement, mais que les pillages et la violence montrent qu’il y a une intention politique organisée pour déstabiliser le gouvernement, rompre l’ordre constitué, rompre l’ordre démocratique ». Il accuse, de plus, Rafael Correa d’agiter les masses qui seraient, selon lui, financées par Correa et ses acolytes avec l’argent qu’ils auraient volé.

Édition : On compte au 10 octobre une augmentation des confrontations violentes après que les manifestants indigènes ont pris le Palais législatif. Des universités proches au centre de Quito ont commencé à héberger les manifestants indigènes, notamment des femmes, des enfants, des gens âgés et des blessés. La nuit du mercredi 9 octobre, la Police nationale a lancé des lacrimogènes sur les espaces d’aide humanitaire et qui se qualifient comme « non-partidaires ». De plus, Lenín Moreno instaure le 12 octobre un couvre-feu sur tout le territoire national toute la journée et une militarisation de la ville de Quito. D’autre part, l’immeuble du Contrôleur de l’État, où se trouvent tous les documents des procès de corruption du gouvernement de Correa, a subit des incendies. Au moment de cette édition, le gouvernement et les groupes indigènes ont commencé des dialogues et on a proposé d’abroger le décret 883 et le remplacer avec un nouveau décret, après que Moreno se réunisse avec les dirigeants de la CONAIE le 13 octobre.

Nicolás BONILLA CLAVIJO


[1] Hausse des prix des produits basiques de la part du gouvernement.

Amnesty International et le Vénézuela : un espoir de justice pour les victimes

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU adresse un message aux victimes de crimes commis au Vénézuela : l’impunité ne triomphera pas ! Explications. Le 27 septembre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution sur la création d’une mission d’enquête sur les graves violations des droits humains et les crimes de droit international commis au Vénézuela.

Photo : Amnesty Intenational

Ainsi, nous saluons la décision prise par les membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il était grand temps que la communauté internationale, avec à sa tête des pays des Amériques, prête attention aux victimes oubliées de ce désastre des droits humains sans précédent dans la région. Dans le cadre de cette résolution, une mission d’établissement des faits sera déployée de toute urgence pour enquêter sur la politique répressive mise en œuvre par le gouvernement de Nicolas Maduro – notamment sur les cas d’exécutions extrajudiciaires, de torture et de mauvais traitements, de disparitions forcées et de détentions arbitraires – dans le but d’amener les auteurs à répondre pleinement de leurs actes et de rendre justice aux victimes.

Cette mission s’inscrit dans le cadre de la réponse à la crise multidimensionnelle des droits humains exposée dans la résolution, notamment les violations des droits civils et politiques, ainsi que des droits à l’alimentation, à la santé et à un niveau de vie suffisant. Cette grave crise, qui touche des millions de personnes au Vénézuela, a aussi un impact au niveau régional. Plus de 4,3 millions de personnes ont été contraintes de quitter le Vénézuela en raison des violations massives des droits humains et la plupart se sont réfugiées dans d’autres États d’Amérique latine et des Caraïbes.

Une situation humanitaire

En s’acquittant de son mandat, la mission d’établissement des faits de l’ONU devra prendre en compte le contexte plus général dans lequel s’inscrit la politique de répression étatique, à savoir une situation d’urgence humanitaire dans laquelle des droits élémentaires comme le droit à l’alimentation, à l’eau et à la santé sont devenus un luxe inabordable pour la plupart des Vénézuéliens.

Cette résolution répond aux demandes de victimes, d’organisations de la société civile et d’États de la région, qui souhaitent que les responsables aient à rendre des comptes, alors que les tribunaux nationaux n’offrent aucun recours et que le gouvernement de Nicolas Maduro rejette toute forme d’examen régional.

L’Iran a présenté une deuxième résolution centrée sur le renforcement de la coopération du gouvernement vénézuélien avec la haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, et avec son bureau. Cette résolution a également été adoptée.La coopération et l’obligation de rendre des comptes ne s’excluent pas mutuellement, elles sont complémentaires. Toute solution à la crise actuelle doit accorder la priorité aux victimes et leur permettre d’obtenir vérité, justice et réparation, ainsi que des garanties de non-répétition.

En plus d’un dialogue constructif avec la mission d’établissement des faits qui vient d’être créée, nous souhaitons un robuste suivi du Conseil des droits de l’homme de l’ONU si le Vénézuela s’obstine à refuser de coopérer pleinement avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

Un travail de longue haleine

Depuis 2014, nous recueillons des informations sur la grave crise des droits humains au Vénézuela. En 2017, nous établissions l’existence d’une politique répressive mise en œuvre par les autorités, sous commandement de Nicolás Maduro, contre les citoyens considérés comme des détracteurs ou des dissidents par le gouvernement. Depuis, nous demandons aux autorités de mettre fin à cette politique et de s’engager à protéger les droits fondamentaux.

D’après Amnesty International

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Festival Sens Interdits : 10 ans déjà ! Espoir et utopie…

Tout va mal ! Comment l’ignorer alors que médias et réseaux sociaux déversent des torrents d’informations catastrophiques sans répit et tous azimuts. Cette année encore, le Festival ouvre une fenêtre sur le monde avec 22 spectacles à découvrir dans 19 lieux et théâtres partenaires. De la Russie au Mexique, du Burkina Faso au Rwanda, de la Syrie à la Belgique, Sens Interdits invite le spectateur à se laisser guider par sa curiosité !

Photo : Sens Interdits

Actualités sans fin, sans freins, sans tri. Jusqu’au dégoût ! Alors, pourquoi rajouter encore à la déprime collective avec du théâtre d’urgence, du théâtre documentaire, citoyen, engagé, politique qui nous parle de viols, de prisons, de génocides, de minorités malmenées, de faibles violentés par de plus forts ? Certainement parce que, comme l’a écrit Antonin Artaud, « tout ce qui est dans l’amour, dans le crime, dans la guerre, ou dans la folie, il faut que le théâtre nous le rende, s’il veut retrouver sa nécessité ».

Mais aussi parce que le théâtre impose son tempo, raconte une histoire, change les angles de vue, installe le désordre pour mieux laisser le spectateur libre, au milieu des autres, d’une analyse autonome ou partagée. Donc le théâtre comme antidote au flot continu d’actualités ? Sans aucun doute !

Ceux qui ont vu Opus 7 de Dimitri Krymov en 2009, Une guerre personnelle de Tatiana Frolova en 2011, Maudit soit le traître à sa patrie d’Oliver Frljić en 2013, Hate Radio de Milo Rau en 2015, Acceso de Pablo Larraín en 2015, ou Transfrontalier de Snake en 2017, comprennent beaucoup mieux, depuis, les mécanismes de l’antisémitisme en URSS, la réalité de la guerre en Tchétchénie, les divisions toujours vives dans les Balkans, le mécanisme diabolique qui a conduit au génocide au Rwanda, la pédophilie dans l’Eglise au Chili et ailleurs ou l’indicible réalité des migrants aux portes de l’Europe.

Chacun de ces spectacles, comme la plupart de ceux programmés dans les cinq éditions du Festival proposaient, dans leur langue et avec leurs propres codes culturels, des regards souvent décentrés et inattendus sur des problématiques universelles que beaucoup croyaient connaître.

Le but n’a pourtant jamais été de faire découvrir tel ou tel aspect exotique d’une histoire locale mais bien de donner à voir du théâtre, à découvrir des regards singuliers d’artistes, des préoccupations culturelles et sociales aux antipodes des nôtres, des savoir-faire déroutants mais aussi des engagements exemplaires et possiblement contagieux, des révoltes inspirantes.

Mémoires, identités, résistances !

Vous avez été près de 12 000 lors de la dernière édition à suivre cette incitation à la curiosité et, parmi vous, 42% avaient moins de 26 ans. C’est cette adhésion des plus jeunes qui nous encourage et donne de l’espoir. C’est le travail déterminé d’artistes engagés corps et âme dans leur projet qui donne tout son sens à la patiente marqueterie qu’est une programmation. C’est la confiance d’un réseau toujours plus large de partenaires métropolitains, nationaux et européens qui permet de faire circuler largement des spectacles fragiles et, de mutualiser les charges de spectacles plus lourds.

Je souhaite que chacun et chacune puisse trouver son chemin dans la programmation de cette édition des 10 ans, organisée en cycles (Russie, Mexique, Afrique), traversée par des fils rouges (Monde du travail, Femmes en résistance, Exils et conflits), faisant place à un inclassable spectacle polonais, à deux spectacles dans l’espace public et à un hommage à « l’Ecole de Liège » dont l’un des spectacles, jubilatoire, ne propose rien de moins, en clôture du Festival, qu’une tentative d’utopie. Espoir donc !

Patrick Penot
Dossier de Presse de Sens Interdits

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