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Rédaction ML

Las Marañas de la memoria, un spectacle du conteur cubain Pedro Mario López à Lyon le mardi 9 octobre

Dans le cadre de la Nuit du conte, et en guise d’avant-goût de notre festival littéraire Belles Latinas, la conteuse cubaine Mercedes Alfonso nous propose une rencontre le mardi 9 octobre à 20 h au siège des Nouveaux Espaces Latinos, en présence d’un invité de marque : Pedro Mario Lopéz, poète, metteur en scène et universitaire qui présentera un spectacle sous le titre Las Marañas de la memoria. PAF 5 euros.

Photo : Pedro Mario Lopéz

Raconter des histoires, c’est ouvrir des portes, déployer des seuils de sens, c’est une jouissance, une pulsion créatrice et, surtout, la possibilité de rencontrer les autres pour entreprendre un voyage qui parviendra peut-être à nous ébranler, à nous amener plus loin, ou plus près… vers nous-mêmes. Ce spectacle, élaboré à partir d’histoires issues de la tradition orale, d’origine africaine, histoires urbaines et histoires inventées par l’auteur lui-même, invite le spectateur à partager avec l’artiste des moments intimes et personnels qui façonnent son existence et résonnent dans l’histoire de tous grâce à l’humour, la poésie, l’amour et l’ironie, sources de ce tissu puissant et essentiellement humain qu’est la mémoire.

C’est un spectacle pensé à la fois pour les grands et les petits, d’une durée d’une heure, adaptable en fonction des demandes, puisqu’il est conçu à partir d’une structure modulaire qui facilite l’ajustement de sa durée en fonction des contextes des événements dans lesquels il est présenté. La première de Las Marañas de la memoria a rencontré un franc succès en mai 2010 en Colombie, dans la ville de Bucaramanga. Fort de ce succès auprès du public et de la critique, il a ensuite été présenté aux festivals de Santa Fe, Rosario et Buenos Aires (Argentine) en octobre 2010, à Oaxaca et Mexico (Mexique) en mai 2011, à Los Silos et Tenerife (Îles Canaries) en 2017, et dans différentes villes de Colombie, dont Cali, Barranquilla et Medellín.

Pedro Mario López, conteur cubain fort de vingt-huit ans de pratique créative dans l’art de la parole, est à la fois poète, metteur en scène pour le théâtre et professeur d’université. Il a été récompensé par d’importants prix d’éloquence scénique au niveau international, comme le prix «Cuchillo canario», le prix «Cuentería» (Cuba), le prix d’éloquence scénique ibéro-américain «Chamán» (Madrid), le prix «Gran encantador» (Medellín) ou encore le prix ibéroaméricain «Maravilladores» (Santa Fe, Argentine). Il a participé à des festivals internationaux dans plusieurs pays. Il affirme qu’à chaque fois qu’il monte sur scène, c’est comme mourir et renaître à la fois, et qu’avoir l’opportunité de se présenter à Lyon et sur d’autres scènes françaises constitue une joie et un défi qu’il relève avec un plaisir extraordinaire.

Texte de présentation traduit par
Marlène LANDON

Entrée 7 euros (apéro offert)
4 rue Diderot 69001 Lyon

Méjico, le nouveau roman noir du Mexicain Antonio Ortuño aux éditions Christian Bourgois

L’histoire et la petite histoire se mêlent dans ce nouveau roman du Mexicain Antonio Ortuño, dont La file indienne avait attiré notre attention en 2016. Le Mexique de la fin du XXe siècle jusqu’à l’époque contemporaine, puis vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Espagne des années 1920, au moment de la dictature de Primo de Rivera ou de la guerre civile constituent le fond de ce récit multiple.

Photo : sinembargo.mx/Christian Bourgois

La première scène nous plonge dans un enchevêtrement de passions, de jalousies et de petits trafics. On est à Guadalajara en 1997. Tout s’éclaircit très vite, et très vite on comprend qu’on est loin des hauteurs de l’Olympe : les trafics minables autour du syndicat des cheminots sont vraiment pitoyables, comme les amours dérisoires et les jalousies qui en résultent mais qui pourtant se terminent en hécatombes.

L’ambiance qui règne parmi les Espagnols des années 1920 n’est pas plus noble. Les luttes politiques s’accompagnent davantage d’insultes personnelles que de querelles idéologiques, même si elles sont bien présentes aussi. C’est à cette époque que se font et se défont des relations personnelles avec comme toile de fond les grands drames qui se préparent, la guerre civile et quarante ans d’une dictature féroce. Les inimitiés qui naissent là ne s’éteindront pas. On change d’atmosphère en passant de Madrid bombardée à Guadalajara menacée par les violences. La vision par un Latino-américain d’une Espagne dominée par le fascisme est assez différente de celle d’un lecteur européen, plus habitué aux versions opposées, celle «officielle» du temps de Franco et celle, plus «historique», proposée par les chercheurs extérieurs au franquisme.

On change d’ailleurs constamment d’atmosphère, les genres littéraires se mêlent, cela pourrait ressembler à une saga, l’histoire de trois générations d’une famille, cela pourrait être un roman historique, et c’est un parfait thriller, un roman sur la violence quotidienne. La superposition de ces diverses couches fait la richesse et crée une belle originalité, ce qui fait ressortir le fond de ce qu’a voulu montrer Antonio Ortuño : la complexité, faite d’un empilement de paradoxes, des relations ente le Mexique et l’Espagne, la mère qui a apporté la destruction, les sentiments d’infériorité imposés, subis pendant des siècles, qui remontent à Cortés. Éternelle question : de qui descendent les Mexicains ? À qui doivent-ils leur identité ? Cette identité revendiquée existe-t-elle ? Désir et aversion ne s’ajoutent pas l’un à l’autre, ils se confondent. Méjico, qui se lit comme un bon roman noir, prouve qu’action et réflexion profonde ne sont pas ennemies, bien au contraire.

Christian ROINAT

Méjico de Antonio Ortuño, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marta Martínez Valls, éd. Christian Bourgois, 256 p., 18 €. Antonio Ortuño en français : La file indienne, éd. Christian Bourgois, 240 p., 18 €.

Appels d’Amnesty International sur les situations de violence au Venezuela et au Nicaragua

«Les autorités doivent cesser de réprimer pénalement et de tuer les jeunes vivant dans la pauvreté» au Venezuela, titre Amnesty International dans un communiqué de presse diffusé cette semaine, afin de dénoncer le recours à la force du gouvernement. L’ONG a également lancé une pétition appelant à libérer l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens accusée d’avoir été parmi les meneurs qui ont érigé des barricades et d’avoir incendié un bâtiment de l’université de León. Nous reproduisons ici ces appels.

Photo : Xinhua

L’État vénézuélien utilise la force meurtrière dans l’intention de tuer les personnes les plus vulnérables et les plus exclues socialement. Il viole ainsi leurs droits et les traite comme des criminels en raison des conditions dans lesquelles elles vivent, alors qu’il devrait mettre en œuvre des politiques de lutte contre la criminalité basées sur la prévention et conformes aux normes internationales relatives aux droits humains, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié le 20 septembre.

«Le gouvernement du président Nicolas Maduro devrait garantir le droit à la vie, au lieu de prendre la vie de jeunes Vénézuéliens. Les jeunes qui vivent dans la pauvreté devraient tous avoir les mêmes possibilités que les autres en ce qui concerne leur avenir, et ils ne devraient pas vivre dans la crainte d’être considérés par la police et l’armée comme des ennemis à éradiquer», a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

Le rapport intitulé This is no way to live: Public security and the right to life in Venezuela souligne la responsabilité de l’État vénézuélien en ce qui concerne des violations du droit à la vie et à l’intégrité physique de milliers de personnes. L’État ne garantit pas la vie et la sécurité de la population alors que l’insécurité a atteint un niveau très inquiétant, et il applique en outre des mesures répressives en utilisant des méthodes militaires, prétendument pour combattre la criminalité. En conséquence, plus de 8 200 exécutions extrajudiciaires ont été recensées entre 2015 et juin 2017.

L’an dernier, au moins 95 % des victimes d’homicides – homicides commis par des criminels et par les forces de sécurité – ont été de jeunes hommes âgés de 12 à 44 ans qui vivaient dans les zones les plus pauvres du pays. Près de 90 % des homicides recensés ont été commis au moyen d’une arme à feu dans des zones urbaines ou rurales présentant un niveau élevé d’activités illicites, par exemple des activités minières illégales.

En 2016, le Venezuela a enregistré le taux d’homicides le plus élevé de son histoire, plus de 21 700 personnes ayant perdu la vie en raison de l’insécurité régnant dans le pays. Dans la mesure où pour chaque personne tuée dans le contexte de violences par armes à feu on dénombre en moyenne trois ou quatre survivants, Amnesty International estime qu’entre 65 000 et 87 000 personnes ont été victimes de violences cette année-là. Des chiffres non officiels indiquent que le Venezuela se plaçait en 2017 au quatrième rang des pays les plus violents au niveau mondial, avec un taux d’homicides de 89 pour 100 000 personnes.

Amnesty International note que malgré la mise en œuvre d’au moins 17 plans pour la sécurité au cours des 17 dernières années, l’État n’a pas respecté ses obligations concernant la prévention de la violence armée et de ses conséquences. L’État n’a en outre pas respecté son obligation d’enquêter sur les violations des droits humains, d’en sanctionner les responsables et de fournir une réparation aux victimes. Bien au contraire, les autorités ont publiquement déclaré que le fait de tuer des personnes dans le cadre d’opérations de sécurité est une pratique efficace, alors que cela constitue une évidente régression par rapport aux garanties relatives aux droits humains et va à l’encontre de la législation sur les méthodes policières.

Le Venezuela traverse depuis plusieurs années une grave crise des droits humains. Amnesty International a régulièrement attiré l’attention sur de graves violations des droits à la santé et à la nourriture, sur la pratique persistante d’arrestations motivées par des considérations politiques, de la torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, et sur le recours à des tribunaux militaires pour juger des civils, entre autres violations des droits civils et politiques.

L’augmentation considérable du nombre de personnes s’enfuyant dans d’autres pays, principalement des pays du continent américain, représente l’un des effets les plus notables de ces violations massives des droits humains et de l’absence de sécurité publique. Selon l’ONU, 2,3 millions de personnes ont fui le Venezuela depuis 2014.

«Le Venezuela traverse actuellement l’une des pires crises des droits humains de son histoire. La liste des crimes de droit international commis contre la population ne cesse de croître. Il est très inquiétant de constater qu’au lieu d’appliquer des politiques publiques efficaces de protection de la population et de lutte contre l’insécurité, les autorités vénézuéliennes utilisent un langage guerrier pour tenter de légitimer l’utilisation d’une force excessive de la part de la police et de l’armée et, dans de nombreux cas, l’utilisation de la force meurtrière avec l’intention de tuer», a déclaré Erika Guevara-Rosas.

«Le gouvernement doit de toute urgence lancer un programme national visant à réduire le nombre d’homicides, et mettre en œuvre une stratégie en matière de maintien de l’ordre incluant des lignes directrices sur la proportionnalité et le caractère différencié du recours à la force et aux armes à feu qui soient pleinement conformes aux normes internationales relatives aux droits humains.»

Amnesty International demande aux autorités vénézuéliennes de mettre en œuvre une politique de sécurité publique garantissant le respect du droit à un procès conforme aux normes d’équité, en supprimant notamment les lenteurs procédurales et les autres dysfonctionnements qui minent le système pénal vénézuélien. Les autorités doivent combattre l’impunité qui prévaut dans les affaires de violations des droits humains et d’homicides, et veiller à ce que les proches des victimes obtiennent une réparation équitable, notamment une indemnité appropriée, un soutien psychologique et des garanties de non-répétition.

Amnesty International
Service de presse

Amnesty réclame également la libération de l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens

L’ONG Amnesty International a réclamé mercredi la libération de l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens, incarcérée depuis le 10 septembre dernier à León (nord-ouest du Nicaragua) après des actions de protestation contre le régime de Daniel Ortega.

Photo : Amaya Eva Coppens/Amnesty International

«Il est évident que les autorités du Nicaragua font tout pour bâillonner les opinions divergentes. Les protestations contre le régime sont réprimées violemment, avec des centaines de morts depuis avril. Des personnes courageuses comme Amaya, qui élèvent leur voix contre cette répression démesurée, sont poursuivies et enfermées», souligne Wies De Graeve, directeur d’Amnesty International Vlaanderen. Amaya Coppens, 23 ans, est accusée d’avoir été parmi les meneurs qui ont érigé des barricades et d’avoir incendié un bâtiment de l’université de León, où elle est étudiante en 5e année de médecine. Une pétition a été ouverte sur le site d’Amnesty

Rétrospective de l’œuvre de la Chilienne Valeria Sarmiento à la cinémathèque de Paris

Du 1er au 7 octobre 2018, la cinémathèque de Paris organise une rétrospective autour de l’œuvre de la réalisatrice chilienne Valeria Sarmiento à l’occasion de la sortie de son dernier film en date, Le Cahier noir. Un dialogue entre la réalisatrice et Jorge Arriagada, le compositeur de la musique de ses films, animé par Gabriela Trujillo, se tiendra également à la suite de la projection de Notre mariage le samedi 6 octobre à 14 h 30.

Photo : Le Cahier noir

De l’essai documentaire à la fiction, de la radiographie de la violence de genre au film en costumes, l’œuvre si rare de Valeria Sarmiento expose et retourne avec élégance et humour les stéréotypes féminins au tournant du XXIe siècle. Amour, folie, dévoration : la réalisatrice déploie en une quinzaine de films les codes du mélodrame pour exalter la délicieuse truculence du rapport entre les sexes. 

Née à Valparaíso, Valeria Sarmiento fait des études de cinéma. Elle réalise des courts métrages documentaires au Chili avant de prendre, avec son compagnon Raúl Ruiz, le chemin de l’exil obligé en 1973. Si elle s’est fait connaître en Europe comme monteuse des films de son célèbre époux (disparu en 2011), il est plus que temps de rappeler que, depuis près de quarante ans, elle n’a aussi cessé de travailler comme scénariste et réalisatrice.

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était

Les premiers films qu’elle tourne en France sont des variations autour de l’exil, du déracinement et de l’identité. Suivant une démarche qu’elle qualifie elle-même, avec une immense modestie, d’expérimentale (Le Mal du pays en 1979 puis, la même année, Gens de nulle part, gens de toutes parts), Sarmiento approfondit par la suite sa recherche documentaire (notamment Carlos Fuentes, un voyage dans le temps en 1998 et Au Louvre avec Miquel Barceló en 2004).

Dans les années où elle a pu retourner au Chili, elle n’a cessé de s’intéresser à l’histoire des femmes du pays, comme dans le portrait rêvé de Maria Graham (2014), l’intrépide écrivaine. Mais pour marquer le retour (im)possible au pays natal, Valeria Sarmiento signe en 2008 Secretos, une comédie noire où elle dénonce la culture du faux-semblant au sein d’une société qu’elle n’a pas vu changer – pays perdu où le secret devient la norme. Vision à la fois émue et sans concession des Chiliens, elle y déploie la puissance de son ironie dans des scènes où le rire l’emporte sur l’hypocrisie.

Gardienne de la mémoire

Depuis la disparition de Ruiz, Valeria Sarmiento poursuit le travail du compagnon de sa vie. Elle dirige Les Lignes de Wellington (2012), projet interrompu par la mort du cinéaste où elle esquisse l’art de la guerre à travers la figure du duc de Wellington, commandant en chef des armées portugaise et britannique, un général obsédé par son image. Remodelant le projet initial, elle s’étend sur la manière dont les guerres napoléoniennes bouleversent les géographies – paysages et visages – insistant sur l’empreinte que laisse la guerre dans les rapports entre les hommes. Comme un dernier salut des membres de la «troupe» de Ruiz, certains acteurs viennent rendre hommage (Melvil Poupaud, John Malkovich, Chiara Mastroianni, Michel Piccoli, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert), le temps d’une apparition mémorable, au réalisateur.

De même, en l’attente de la mise en production de son adaptation du roman de Roberto Bolaño La Piste de glace, Sarmiento dirige Le Cahier noir (2018), une préquelle des Mystères de Lisbonne de Ruiz (2010), laissée à l’état de projet par le scénariste Carlos Saboga. À nouveau, Sarmiento infléchit le feuilleton d’origine, s’écartant de la figure protéiforme d’un cardinal mystérieux pour se concentrer sur les rapports entre le jeune Sebastian et sa nourrice, incarnée par la sensuelle et ardente Lou de Laâge.

Mais la réalisatrice intervient aussi comme mémorialiste, sauvegardant et permettant la projection des films de Ruiz. Telle Isis en quête du corps d’Osiris, elle remembre certains des très nombreux projets inachevés comme cette Telenovela errante (1990-2017), feuilleton erratique qui enferme en plusieurs sketchs les premières impressions, vivaces et drôles, du réalisateur lorsqu’il a pu tourner à nouveau dans son pays, ou encore son mythique premier film inachevé, El Tango del viudo (Le Tango du veuf, 1967).

La femme élémentaire

Véritable bijou documentaire, El Hombre cuando es hombre (1982) dépeint avec élégance et une inépuisable fierté créative la condition féminine en Amérique latine, à travers ses rites et ses tragédies. Dans ce moyen métrage tourné au Costa Rica par la force des choses (à l’époque, peu de pays de la région lui accordent un visa), elle magnifie la part inviolable de la femme désirante. Car être femme selon Valeria Sarmiento n’est pas une fatalité, mais plutôt l’origine d’une empreinte structurelle au monde. De ce fait, son matériau privilégié est le mélodrame, principal véhicule de stéréotypes qu’elle détourne allègrement.

Notre mariage (1985), premier long métrage de fiction, subvertit malgré lui le récit de la mythique Corín Tellado, figure majeure de la romance sentimentale hispanique. Son héroïne, naïve et rusée, a la force d’un poignard enveloppé dans un ruban de soie rose. Si la danseuse de Rosa la China (2002), mélodrame cubain flamboyant et baroque inspiré des feuilletons radio des années 1940, apparaît à la fois charnelle et tragique, telle une Salomé des Caraïbes, la protagoniste d’Amelia Lopes O’Neill (1990), quant à elle, devient la prêtresse profane d’un amour hors norme, fidèle jusqu’à la folie. Véritable allégorie hitchcockienne de la mémoire, Madeleine, l’héroïne de L’Inconnu de Strasbourg (1998), rend ses souvenirs à l’amant amnésique par l’étreinte amoureuse.

Filmés avec une sensualité inouïe, les rapports entre l’homme et la femme se heurtent dans l’œuvre de Sarmiento à l’espace intime et opaque de la famille et, surtout, au regard lubrique de la société puritaine qui condamne tout désir. Les films détaillent et exaltent le malentendu des sexes, comme dans la troublante adaptation du roman de la sulfureuse Mercedes Pinto, Elle (1995), qui avait inspiré l’un des plus grands films de Buñuel (Él, 1952). 

Valeria Sarmiento échappe à une certaine norme de l’art des femmes actuellement en vogue : qu’en est-il, semble-t-elle demander, de ces créatrices qui ont gardé un pouvoir d’égarement ? Alors, répondant à l’injonction d’une autre de ces femmes dont l’œuvre accède au point où le masculin et le féminin cessent d’être contradictoires : «Lâchez tout», et découvrez les films de Valeria Sarmiento !

Gabriela TRUJILLO*
D’après la Cinémathèque de Paris

  • Docteure en cinéma, spécialiste des avant-gardes latino-américaines et européennes

La situation difficile des personnes LGBTI en Amérique latine s’améliore très lentement

Les récentes mobilisations des femmes latino-américaines pour le droit à l’avortement ont mis sur le devant de la scène les questions liées à la liberté de disposer de son corps dans un certain nombre de pays du continent. Comme l’a montré le refus du Sénat argentin d’autoriser un avortement libre, ces questions se heurtent en Amérique latine à une partie de la société qui refuse la libéralisation des mœurs. Au côté de l’avortement, un autre grand sujet de société dans son rapport au corps et à la sexualité est aujourd’hui l’homosexualité et les minorités sexuelles.

Photo : Carlos Rasso/Radio Canada

Dans ce domaine, l’Amérique latine, comme le reste du monde, est confrontée à des mouvements défendant les droits LGBTI. Les législations actuellement en vigueur sur le continent américain sont très diverses et il est difficile d’en faire un compte-rendu clair en peu de mots. Toutefois, nous pouvons dégager quelques grandes lignes qui caractérisent les droits LGBTI en Amérique latine.

Commençons par noter que plusieurs pays ont des législations criminalisant le comportement des personnes LGBTI. Il existe plusieurs «façons» de discriminer ces personnes dans la loi. Selon un rapport de la Commission interaméricaine des droits de l’homme de 2015 sur les violences contre les personnes LGBTI, onze pays de l’Organisation des États américains (OEA) continuent de criminaliser les relations sexuelles entre personnes majeures, consentantes, de même sexe. Ces législations utilisent la criminalisation de la sodomie, mais également des formules vagues comme «délit contre l’ordre naturel» ou «délits anti-naturels».

Ce même rapport indique que certains autres pays ont dans leur législation des articles qui peuvent discriminer les personnes LGBTI. Ainsi des législations prohibant les conduites «indécentes» sans définir ce qu’est l’indécence ouvrent la porte à la condamnation des personnes homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles, de la même manière que les lois protégeant la «morale publique».

Ces dispositions législatives existent dans de nombreux pays des Caraïbes, mais également au Guyana par exemple. Ce pays considère l’homosexualité comme un attentat à la pudeur sanctionné par deux ans de prison et que la sodomie peut valoir la prison à perpétuité. Que ces lois soient peu appliquées ne les empêche pas de créer un climat social discriminant et de favoriser les violences contre les personnes sortant de la norme.

Outre la criminalisation dont les personnes LGBTI peuvent être victimes, l’égalité des droits n’est pas toujours garantie par les États, et plusieurs pays continuent à refuser aux minorités sexuelles ce qu’ils accordent aux autres citoyens.

Ainsi, au Paraguay, la Constitution interdit toute forme d’union civile entre personnes de même sexe, et la Bolivie, le Pérou, le Suriname et le Venezuela ne permettent pas non plus une union civile pour les couples homosexuels. Le Chili a quant à lui mis en place une union civile, mais refuse le mariage aux couples LGBTI.

La plupart des législations criminalisant ou discriminant les minorités ont été introduites au moment de la colonisation, en application de la loi de la métropole, que ce soit le Royaume-Uni, l’Espagne, la France, le Portugal ou les Pays-Bas. Le maintien de ces lois, ensuite, est souvent dû à l’importance des croyances religieuses dans ces pays, et à l’influence grandissante des églises évangéliques dans les pays latino-américains et caribéens compliquent le combat des défenseurs des droits LGBTI.

Par ailleurs, d’autres éléments jouent en défaveur des personnes LGBTI en Amérique latine. Tout d’abord, la relative impunité et l’invisibilisation de ces communautés. En effet, les personnes victimes de violences ou de discriminations ne recourent que rarement à la justice pour faire respecter leur droit. La défiance envers la justice et les forces de l’ordre est suffisamment forte pour décourager les personnes LGBTI de recourir aux institutions de l’État en cas de violation de leurs droits, que ces violations soient liées ou non à leur identité ou leur orientation sexuelle.

Ensuite, la négligence des autorités sur le thème des droits LGBTI ne permet souvent pas d’avoir une idée exacte de la situation : l’aspect discriminant, homophobe, transphobe ou autre n’est pas forcément pris en compte. Les corps de femmes trans victimes de meurtres peuvent être enregistrés comme «homme habillé avec des vêtements de femme» par exemple, et ces cas sortent des statistiques officielles.

Bien évidemment, la violence directe reste très présente. Entre janvier 2013 et mars 2014, 594 personnes LGBTI ou perçues comme telles ont été assassinées en Amérique latine et dans les Caraïbes à cause de leur identité sexuelle, réelle ou supposée. De plus, dans plusieurs cas, les forces de l’ordre sont impliquées dans ces crimes, que ce soit en Amérique centrale comme dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Les exemples de violence exercée par les forces de sécurité sont nombreux sur tout le continent. Ces violences peuvent être des exécutions sommaires, des actes de tortures, de barbarie, etc.

Outre ces violences, les autorités sont également responsables de nombreuses violations des droits tels que l’usage excessif de la force ou la détention arbitraire. D’après Amnesty International, le Brésil est le pays le plus mortifère pour les personnes transsexuelles et d’autres pays, tels que l’Argentine, le Honduras, le Salvador, la République dominicaine ou le Venezuela connaissent de hauts niveaux de violence qui se maintiennent malgré les politiques publiques. Cela mène l’organisation à pointer du doigt la tolérance de ces pays envers les discours haineux qui pourraient expliquer le maintien de ces violences.

D’après la Commission interaméricaine des droits de l’homme, les crimes contre les personnes LGBTI se caractérisent par un «haut niveau de violence et de cruauté» en comparaison aux crimes ne visant pas ces personnes. La Commission donne l’exemple des mutilations, des décapitations, des lapidations, des brûlures, des empalements et des actes de tortures pré-mortem qui sont beaucoup plus courants dans les cas de crimes contre des personnes LGBTI. De plus, les actes humiliants, dégradants, et les viols sont plus courants lors de ces crimes.

Il est malgré tout important de noter que la situation s’améliore dans de très nombreux pays d’Amérique latine. En premier lieu, la société semble être de plus en plus ouverte sur ces questions et le nombre de personnes intolérantes semble baisser. Ainsi la chaîne de télévision CNN Espagne a mené une enquête sur la perception de l’homosexualité en Amérique latine. Selon cette chaîne, seulement 14 % des personnes interrogées reste très ou plutôt favorable à la criminalisation de l’homosexualité, et une infime minorité se sentirait un peu ou très mal à l’aise en sachant que son voisin est homosexuel. Toutefois, ces chiffres sont à considérer avec précaution, pour deux raisons : il ne s’agit pas d’une enquête statistique très poussée et ce «sondage» ne concerne que l’homosexualité et non les autres minorités sexuelles.

Un autre élément important est le rapide développement des initiatives législatives. Depuis 2010, les avancées se multiplient : dès 2009, l’Argentine a autorisé de facto le mariage homosexuel en considérant que le droit au mariage était un droit constitutionnel. Ce fut le premier pays latino-américain à ouvrir le mariage aux couples homosexuels, et le premier mariage gay latino-américain fut célébré à Ushuaïa le 28 décembre 2009. De la même manière, l’Union civile ou un statut proche existe au Brésil depuis 2004, en Colombie et dans les États de Mexico et de Coahuila (2007), en Argentine et en Uruguay (2008), en Équateur (2009)…

Outre le droit au mariage et/ou à l’union civile, l’adoption par les couples homosexuels, l’intégration dans l’armée ou la possibilité de changer de nom et de sexe pour les personnes transgenres se développent également : il est ainsi possible d’adopter en Uruguay (2009), en Argentine et au Brésil (2010), en Colombie (2015) et à Mexico (2010) par exemple. En France, l’adoption n’a été possible qu’avec la loi sur le mariage de 2013.

Certains pays ont fait partie de «l’avant-garde» sur ces questions dans les différentes institutions internationales. Ainsi, le Brésil a présenté la première déclaration sur la dépénalisation universelle de l’homosexualité au Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2003. Ce pays, avec l’Argentine, a également fait partie du groupe de travail qui a permis l’adoption en 2009 de la «Déclaration relative aux droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre». En 2011, l’Afrique du Sud et la Colombie portent un projet visant à faire reconnaître les droits LGBT comme des droits humains. Le projet avorte, mais en 2014, le Chili, la Colombie et l’Uruguay réussissent à faire adopter un texte sur la protection des personnes LGBT contre les violences et les discriminations par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Ce leadership international s’accompagne également d’avancées importantes dans les législations des pays latino-américains, sur des sujets qui restent sensibles, y compris dans les sociétés occidentales. Avant même que la législation française ne permette librement le changement de sexe, plusieurs pays latino-américains autorisaient le changement d’identité librement ou sans recourir à de la chirurgie. Les premières lois autorisant le changement de sexe datent de 2006 au Panama. Aujourd’hui, la modification de l’état civil est possible dans la majorité des pays du continent.

Cela reste toutefois impossible au Venezuela, au Mexique (à l’exception du district de Mexico), au Suriname, au Salvador, au Paraguay, au Nicaragua, au Guyana, au Guatemala et au Costa Rica. Encore une fois, une géographie apparaît nettement. Les pays centraméricains sont en effet beaucoup plus rétifs à reconnaître aux communautés LGBTI leurs droits. Toutefois, les minorités sexuelles d’Amérique latine et des Caraïbes poursuivent la lutte pour obtenir une égalité en droit et en fait, et obtiennent des résultats. Espérons que cette dynamique se poursuive pour que bientôt l’orientation sexuelle ne soit plus une source d’inquiétude et de souffrance.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

La Chine à la rescousse de l’économie bolivarienne du Venezuela

Nicolás Maduro s’est rendu dans le pays asiatique, le 13 septembre dernier, avec l’objectif de renforcer la confiance chinoise envers les grandes lignes de la politique qui a mené le Venezuela au bord du gouffre. C’est donc dans un climat d’incertitude économique et sociale totale, où l’exode de Vénézuéliens depuis des années ne cesse de s’accroître, que le grand empire oriental a engagé de «nouveaux accords» avec le Venezuela. Ces accords concernent principalement des projets d’infrastructures liés à la production du pétrole, mais aussi au développement de l’exploitation d’autres ressources naturelles.

Photo : Infobae

La relation commerciale entre les deux pays ne date pas d’hier. En effet, depuis le début du siècle, la Chine investit énormément dans la région. Par exemple, l’année dernière, le Brésil a été le premier bénéficiaire de ces fonds avec 10 600 millions de dollars, suivi de très près par le Venezuela (10 000 millions) et l’Équateur (7 000 millions). Les trois réunis, ils reçoivent 97 % du total des investissements du géant asiatique en Amérique latine.

Dans le cas du Venezuela, la relation étroite avec la Chine remonte à 2008. Au cours de cette décennie, certains estiment que la valeur totale des prêts accordés à la «révolution bolivarienne» se situe entre 50 et 70 milliards de dollars. «Ces relations économiques sont fondamentales pour les deux pays», souligne Alejandro Grisanti, économiste directeur du cabinet de conseil vénézuelien Ecoanalitica : «sur trois demandes de barils de pétrole dans le monde, deux proviennent de Chine. Il est normal que le principal pays doté de réserves pétrolières ait des relations stratégiques avec le principal consommateur du monde», explique-t-il.

De son côté, Margaret Myers, directrice du programme Chine-Amérique latine du Dialogue interaméricain, donne la clé pour comprendre le lien bilatéral : «L’investissement chinois n’est pas idéologique, il est pragmatique et économique. Les prêts au Venezuela ne sont pas tant un signe de confiance qu’un investissement stratégique pour tenter de protéger leurs actifs à un moment difficile.» Et elle ajoute : «Le problème est que le système utilisé jusqu’à présent, des accords avec une garantie pétrolière, montre des fissures

Des fissures qui ont atteint un point de rupture l’année dernière : sur les 10 000 millions de dollars reçus par le Venezuela, la moitié était un prêt à l’État pour refinancer sa dette et l’autre moitié était destinée à la compagnie pétrolière publique PDVSA. Or, lorsque le prix du baril était élevé et que le Venezuela progressait économiquement (plus de 5 % en moyenne entre 2005 et 2012), les prêts reçus de la Chine ont été régulièrement remboursés avec la production pétrolière. Mais depuis la dégringolade du prix du baril, en février, à 24 dollars, le Venezuela a été contraint de produire 800 000 barils par jour. Lorsque le prix était de 100 dollars le baril, il fallait moins d’un tiers, soit 228 000 barils.

C’est ainsi que la crise actuelle, sans précédent, s’est déclenchée à partir de 2013 avec la forte chute dans le marché mondial de la principale ressource vénézuélienne. Et aujourd’hui, la production pétrolière ne peut pas croître au rythme nécessaire pour compenser cette baisse des prix. C’est pour cette raison que dans un article précédent nous avons mis en relief le fait «qu’on ne peut pas assurer la prospérité d’un pays quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90 % du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que dans un avenir tout proche la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles».

Telle est la difficile situation que doit désormais résoudre Nicolás Maduro et son «programme économique bolivarien». Et pour trouver des alternatives à la tyrannie du prix du pétrole, la vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodríguez, a rencontré son homologue chinois Wang Qishan dans le pays asiatique pour signer un certain nombre d’accords commerciaux sur l’industrie pharmaceutique, le tourisme et l’exploitation forestière et minière avec des entreprises leaders en Chine.

Et justement, la cerise sur le gâteau chinois se trouve sur le site «Arco Minero» en cours d’exécution du Guyana Essequibo (à l’est du Venezuela), à la frontière avec la Colombie (à l’ouest). L’Arco Minero est le croissant fertile du Venezuela, car la région possède de grandes réserves d’or, de coltan, de diamants, de minerai de fer, de bauxite et d’autres minéraux. Malheureusement, force est de reconnaître, comme le montre l’histoire de nombreux pays, que ces ressources ont toujours enrichi les investisseurs étrangers, nourri la corruption de l’élite locale et augmenté la déchirure du tissu social.

Quelles conclusions tirer de tout cela ? Et surtout, quel est l’avenir des relations entre le géant asiatique et le gouvernement de Nicolás Maduro? Si «la Chine ne lâchera pas la main du Venezuela», comme l’a dit le journaliste Marcelo Justo, en mars 2016, une analyse plus approfondie des derniers accords en dit long sur l’évolution de la République chaviste : les négociations placent l’économie vénézuélienne, ses projets d’infrastructure, et particulièrement sa production de pétrole, sous contrôle effectif de la Chine, dont le plus grand objectif est de devenir la première puissance mondiale dans un avenir proche.

Pendant ce temps, le 15 septembre, Maduro a décrété l’état d’urgence économique au Venezuela. Ce décret, qui durera soixante jours et peut être prorogeable, stipule que le pouvoir exécutif prendra «des mesures urgentes, efficaces, exceptionnelles et nécessaires pour assurer à la population la pleine jouissance de ses droits, préserver l’ordre interne, accéder rapidement à la propriété, services, nourriture, médicaments et autres produits essentiels pour la vie»…

Ainsi Nicolás Maduro s’arroge le pouvoir suprême en donnant également à son gouvernement le droit de «suspendre temporairement et exceptionnellement» les autorités gouvernementales. De cette façon, Maduro peut appliquer n’importe quelle mesure sans avoir le consentement d’aucun autre pouvoir. Ce décret avait déjà été appliqué en janvier : en sourdine, la mise en œuvre d’un démantèlement total des structures démocratiques est avancée.

Eduardo UGOLINI

Les éditions Insula soufflent leurs cinq bougies avec les dessins de l’Argentin Pedro Mancini

Les éditions Insula ont pour vocation de diffuser et de mettre en valeur les arts graphiques latino-américains auprès des lecteurs francophones. Elles le font de nouveau brillamment avec ce second recueil de dessin signé Pedro Mancini, Le Jardin incroyable, paru en septembre 2018. Pour fêter leurs 5 ans, les éditions Insula seront à l’honneur à la librairie Les Nouveautés à Paris, avec une séance de dédicace organisée autour de leur toute dernière parution.

Photo : Insula

Il était une fois un étrange royaume où les contes de fée pouvaient se transformer en cauchemar. Un monde parallèle gouverné par les lois de l’absurde et peuplé de personnages fantastiques qui partagent avec nous leurs petites misères quotidiennes.

Pedro Mancini a construit un univers poétique, nourri de surréalisme et d’humour noir, dans lequel les personnages de notre enfance rencontrent ses propres créatures. Puisant dans la tradition du dessin d’humour (Edward Gorey, Roland Topor), il nous parle de l’entrée dans l’âge adulte et tourne en dérision les apparences trompeuses et la fin de nos illusions.

Pedro Mancini, né à Buenos Aires en 1983, est un dessinateur argentin actif dans le milieu de l’autoédition depuis 2006. Le Jardin incroyable est son troisième ouvrage traduit en français après Alien Triste (Insula, 2016) et Derrière le bruit.

Les éditions Insula profitent donc de leurs 5 ans anniversaire pour recevoir Pedro Mancini en dédicace pour son nouvel ouvrage Le Jardin incroyable le 27 septembre, de 18 h à 20 h, à la librairie Les Nouveautés, 45 bis rue du Faubourg du Temple à Paris. Les éditions Insula sont également à l’honneur à la librairie depuis le 10 septembre, avec une vitrine surprise.

Venez nombreux célébrer les arts graphiques latino-américains !

D’après les éditions Insula

Pedro Mancini, Le Jardin incroyable, 72 p., noir & blanc, broché, 22,5 x 9 cm, 8 €.

Attaque contre Jair Bolsonaro, candidat d’extrême-droite aux présidentielles brésiliennes

Au Brésil, quand les bornes sont franchies il n’y a plus de limites. Jair Bolsonaro, candidat de la droite dure aux prochaines présidentielles, a été poignardé à l’issue d’un meeting électoral le 6 septembre. L’agresseur a été immédiatement arrêté. Protégé par la police, il a échappé de peu à un lynchage populaire. La campagne a été suspendue pendant 24 heures. Les rumeurs les plus insolites ont circulé sur les conséquences politiques de cet attentat. Bolsonaro mort, que peut-il se passer ? Les élections vont-elles être reportées ? Bolsonaro sauvé par les médecins va-t-il tirer un bonus de l’événement ?

Photo : Wikimedia

La première hypothèse a été rapidement écartée. Jair Bolsonaro, bien que grièvement blessé, a échappé, de peu, à la mort. Le couteau du criminel a perforé le gros intestin et provoqué une hémorragie massive. Transporté en quelques minutes dans une clinique proche, le candidat a pu recevoir les premiers soins avant d’être héliporté dans un grand hôpital de São Paulo. Il a été photographié sur sa civière, photo reprise par tous les quotidiens. Et a pu de son lit quelques heures plus tard remercier les médecins et infirmières, le Brésil et bien sûr, Dieu, référence incontournable dans son pays.

Bien que Bolsonaro soit dans l’incapacité de poursuivre quelque activité électorale que ce soit, l’attentat a eu deux effets perturbateurs. D’une part, Bolsonaro est en boucle sur toutes les chaines de télévision. Effet non calculé, que personne ne lui reprochera, mais effet perturbateur. Le bonus en temps d’image est évident. D’autre part, personnage sulfureux, et liberticide, il a acquis, encore une fois involontairement un profil de victime. Autre joker bonifiant incontestablement son capital d’influence.

Jusqu’au 6 septembre, le profil de Bolsonaro était en effet celui d’un gros bras, et d’une «grande gueule» ciblant l’insécurité et le combat contre les délinquants, dénonçant la gauche en général et le PT en particulier comme complice du crime, avec des arguments des plus élémentaires, menaçant mitraillette en main de fusiller les pétistes, proposant de décorer s’il était élu tout policier qui crible de dix ou trente balles un bandit. Cette déclaration en suivait bien d’autres : accusant un jour le Forum de São Paulo (collectif de partis de gauche latino-américains, amis du PT) de favoriser la délinquance (le crime) et un autre d’encenser d’éloges le colonel Ustra, tortionnaire de la dictature militaire et en particulier de la présidente Dilma Rousseff.

Ce discours avait et a séduit un grand nombre de policiers et de militaires. Ils sont sortis du silence imposé par leur rôle pendant les années noires de la dictature. Le chef d’État-major des armées avait, on s’en souvient, exercé ouvertement des pressions sur le Tribunal supérieur fédéral saisi d’une demande de libération de l’ex-président Lula. Plusieurs se sont engagés dans la bataille électorale. En particulier le général Hamilton Mourão qui, le 5 août, a accepté d’être candidat à la vice-présidence sur le ticket Bolsonaro. Président de l’influent club militaire, il s’était fait connaitre en 2016 pour ses déclarations favorables à une évolution de la démocratie brésilienne vers un républicanisme sécuritaire.

Rien d’étonnant dans ce contexte que le général Eduardo Villas Bôas, chef d’État-major de l’armée de terre, ait pris à nouveau la parole après l’attentat ayant visé Jair Bolsonaro. «La gouvernabilité est affectée» a-t-il déclaré au quotidien O Estado de São Paulo, le 9 septembre. «La légitimité d’un nouveau gouvernement [sorti des urnes en octobre prochain] pourrait être questionnée». «Bien sûr, a-t-il conclu, l’armée de terre n’envisage à aucun moment d’interrompre l’ordre constitutionnel.» Compte tenu du caractère insolite en démocratie d’une telle intervention d’un militaire dans une campagne électorale, la précision est importante. Sans enlever son incongruité à cette déclaration.

La préoccupation démocratique est d’autant plus forte que le profil du suspect ayant plongé un couteau dans le ventre de Jair Bolsonaro est insaisissable. Comme souvent pour ce genre de crimes, le suspect, Adelio Bispo de Oliveira, interrogé après son arrestation, a tenu des propos d’illuminé. La presse de droite a mis en exergue son appartenance il y a quelques années au parti de gauche, PSOL. Lui-même a avoué que son geste criminel qui lui aurait été ordonné par Dieu en personne. On sait qu’il a en quelques années changé dix-neuf fois d’employeur. La perplexité s’accroît quand on sait qu’il bénéficie, alors qu’il n’aurait aucuns moyens financiers, d’une défense de qualité, composée de trois avocats criminalistes. Payés par qui ? L’église chrétienne quadrangulaire à laquelle il appartient a démenti tout engagement financier en sa faveur.

Ces dérèglements démocratiques n’ont rien d’inattendu ; même si les accidents constatés étaient imprévisibles. Les bornes des bonnes pratiques constitutionnelles ont été rompues en 2016 avec la destitution infondée en droit de la présidente Dilma Rousseff. Depuis, le désordre et le chaos ont pris le dessus. Justice, grande presse, armée, «élites financières» ont tiré le drap de la démocratie de telle sorte que les limites du respectable sont de plus en plus floues.

Cette démocratie corrompue a remis les plus pauvres dans les favelas. Et envoyé l’armée dans les bidonvilles pour contenir toute tentative de contestation. Les idées et partis de gauche ont été criminalisés, au point que Lula a été victime en mars dernier d’une tentative d’attentat. 60 000 victimes d’homicides en 2017, à 77 % jeunes, noirs et pauvres. Ce climat d’intolérance sociale est par ailleurs alimenté par les églises évangélistes et le prophétisme de pasteurs dénonçant à tout bout de champ la présence du démon. Adelio Bispo de Oliveira comme Jair Bolsonaro sont les produits de cette réalité.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Leçon d’écriture dans Comment dessiner un roman du Mexicain Martín Solares

Martín Solares, né en 1970, a publié jusqu’à présent trois romans seulement, mais a consacré sa vie à la littérature dans ses activités d’enseignant, de critique et d’éditeur. Connaisseur sensible, il apporte dans ses écrits et ses interventions orales une distance non dépourvue d’humour. Il en fera bientôt profiter ses auditeurs, puisqu’il est l’invité en octobre de notre festival Belles Latinas.

Photo : Forbes México/Christian Bourgois

Dans Comment dessiner un roman, Martín Solares écrit et, comme le dit le titre, dessine, ce qu’est pour lui un roman. On peut prendre ce livre comme une leçon d’écriture, c’en est une, mais surtout comme une leçon de lecture. Le lecteur que nous sommes, assis, le livre entre les mains, a l’impression de sentir sur son épaule une main amicale ou fraternelle et, derrière lui, une ombre bienveillante qui lui glisse des conseils pour l’aider à mieux approcher du cœur de ce vice impuni dont se régalait Valery Larbaud, lire !

Sous les multiples exemples pris dans les œuvres d’auteurs américains ou européens pour la plupart se cachent des questions qui ressembleraient à «Tu as remarqué ceci ou cela ? Que peut-on ressentir si les premiers mots du roman sont : … ?».

Il existe un mot qui m’a personnellement toujours paru épouvantable lorsqu’il est appliqué à la création littéraire : la technique de l’écrivain. Je n’ai pourtant jamais trouvé de mot précis pour évoquer la façon de faire du créateur. Martín Solares ne parle que de cela, en faisant abstraction de tout ce que cela pourrait présenter de barbare. Tout est naturel sous sa plume : certains écrivent vite (et bien), d’autres pourraient ressembler à des tâcherons, peu importe si l’œuvre ainsi créée est bonne.

Autre richesse de cette étude, les multiples pistes données par des Umberto Eco, Gérard Genette ou Maurice Blanchot, qui ne donnent qu’une envie : les lire ou les relire. Pourtant, on ne pourra reprocher à Martín Solares aucune pointe de pédanterie, aucune supériorité qu’il nous imposerait : lui et nous sont ce qu’on pourrait appeler des «gens normaux, ordinaires», vous ou moi. Il reste jusqu’au bout le grand frère qui en sait tout de même un peu plus que nous mais qui ne cherche qu’à partager.

Par l’exemple de la longue et ardue rédaction de Pedro Paramo, le mythique roman de Juan Rulfo, il nous fait pénétrer au cœur des mystères réputés insondables de la création, nous montre comment à partir de presque rien on peut faire naître un chef d’œuvre.

On ne regrette qu’une chose, en lisant Comment dessiner un roman, c’est de ne pas avoir Martín Solares à proximité, on aimerait tant pouvoir réagir face à lui à certaines affirmations, lui poser quelques questions (les inévitables romanciers qui nous semblent indispensables et qui ne sont pas cités !), lui reprocher certaines prises de position, lui signaler nos sourires admiratifs en étudiant ses croquis-définitions de romans connus, lui faire part de notre adhésion globale !

Christian ROINAT

Comment dessiner un roman de Martín Solares, traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 160 p., 15 €.
Martín Solares en espagnol : Cómo dibujar una novela, Era / Los minutos negros / No manden flores, Random House.
Martín Solares en français : Les minutes noires / N’envoyez pas de fleurs, éd. Christian Bourgois.

Quarante-cinq ans après, la mémoire toujours embarrassante du coup d’État au Chili

11 septembre 1973, les avions des Forces aériennes bombardent le palais présidentiel de la Moneda, au cœur de Santiago. Une fois le pouvoir entre leurs mains, les militaires organisent la répression de tous les opposants politiques. Entre septembre et novembre 1973, le Stade national de Santiago sert de prison politique.

Photo : HispanTV

11 septembre 2018, le ciel est clair en sortant de la ligne de métro flambant neuve qui mène au Stade national. Il est 20 h, et une «diablada», danse des diables, nous montre la direction du rassemblement. Devant le stade, une foule immense, bien plus qu’attendue. Une scène sur laquelle se succèdent des artistes pour un concert gratuit. Lorsqu’Inti Illimani chante, la foule reprend en cœur El pueblo unido avec beaucoup d’émotion. Un peu plus loin, des sculptures éphémères de pieds se mêlent aux affiches demandant «Où sont-ils ?». Où sont les disparus ? Les sculptures de pieds font référence aux pieds que les Chiliens retrouvent parfois dans le désert, dernières traces des disparus dans les fosses communes du régime.

En s’approchant du stade, on croise également, sur une sorte de petite place, des gens se prenant dans les bras. Sur une musique un peu hypnotique et quelques mots de consolation, on peut étreindre son voisin et se laisser aller à l’émotion. Nous continuons notre chemin jusqu’à l’entrée du Stade. Énormément de monde veut entrer. Il nous faut patienter un peu, puis nous pénétrons dans le stade. Au cœur du bâtiment, avant d’atteindre la pelouse, plusieurs expositions raconte l’histoire de ce lieu devenu camp de prisonniers politiques, en plein cœur de Santiago. Durant deux mois, 40 000 personnes vont passer par ces lieux sinistres.

Dans les gradins, un petit carré de sièges concentre toute l’attention. Ce sont les sièges datant de cette époque-là, les mêmes que l’on voit sur les photos en noir et blanc. En sortant du stade, on a un peu le moral en berne. Et l’on suit alors une fanfare qui joue, elle aussi, El pueblo unido. On la suit jusqu’à un petit bâtiment dans lequel un mur est recouvert de plaques de cuivre gravées des noms des 504 femmes identifiées qui ont été tuées ici. Elles ont sans doute été beaucoup plus, mais beaucoup n’ont pas été identifiées. Parmi ces 504-là, trois sont françaises. On ressort, le moral au plus bas.

Étonnement, la foule ne semble pas si triste. Il y a bien sûr quelques effusion de larmes, mais finalement les concerts, les activités, rendent la commémoration moins triste. Même si cela reste toutefois émouvant.

Le sinistre anniversaire de la chute de la démocratie a beaucoup occupé les médias ces derniers temps. De nombreuses personnalités ont été invités à partager leurs souvenirs et nous avons vu fleurir des éditoriaux un peu partout. Des nauséabonds, des frais, des beaux, des intelligents et des stupides. Des menteurs aussi. La Tercera, un des principaux journaux du pays, a publié cette semaine une série d’entretiens.

Une partie des personnalités interrogées, comme Ricardo Lagos, président de la République chilienne de 2000 à 2006 qui a assisté au coup d’État et au bombardement de la Moneda avant de s’exiler, mettent en avant les profondes divisions qui existaient à l’époque dans la société chilienne et la polarisation à l’extrême du monde politique. L’actuel président, M. Piñera présente les choses d’une façon similaire, parlant d’une «démocratie profondément malade» dans les années 1970. Il tient à ajouter tout de même qu’en aucun cas cela pourrait justifier les violations aux droits de l’homme dont s’est rendue coupable la dictature.

Guillermo Teillier, actuel dirigeant du Parti communiste, se souvient surtout de la clandestinité, des dossiers du Parti brûlés à la hâte, de la torture… Et d’Eduardo Frei Montalva, leader en 1973 de la Démocratie Chrétienne, démocrate et ancien président qui appuie le gouvernement militaire. Il se souvient surtout de ce sentiment de trahison et de lâcheté de la Démocratie Chrétienne qui s’est ralliée aux militaires.

Enfin, des partisans du gouvernement militaire ont également pu raconter leurs souvenirs. Andrés Allaman, à l’époque porte-parole des étudiants du Parti national, voit le coup d’État comme l’évènement qui a permis d’échapper à «la dictature communiste». Carlos Cacéres, ancien ministre de Pinochet, met en avant sa «joie» lors de l’annonce du coup d’État, présente le bombardement de la Moneda comme «nécessaire» et minimise les responsabilités dans les violations des droits de l’homme, expliquant que jamais ce ne fut une politique de l’État… L’ancien militant Francisco Vidal quant à lui reconnaît que son soutien au coup d’État fut une erreur. Il a ensuite rejoint le Parti socialiste et fut ministre sous la présidence de R. Lagos et M. Bachelet.

Toutes ces histoires individuelles mettent parfaitement en lumière la problématique sous-jacente dès lors que l’on s’intéresse aux questions de mémoire : la mémoire n’existe pas, il existe une multitude de mémoires individuelles qui forment des mémoires collectives qui s’opposent.

Chacune des mémoires porte en elle, au minimum, la «vérité» d’un ressenti, de sentiments vis-à-vis des événements vécus. Dans les sphères progressistes, politiquement plutôt à gauche, la violence de la répression, en plus des séquelles physiques, a bien sûr laissé des cicatrices psychologiques personnelles et collectives. Cette mémoire est donc aussi composée de la colère, du dégoût, de la souffrance des tortures, de l’exil traumatisant. Toute cette mémoire se fonde sur des faits vécus, et les nier serait absolument malhonnête. La torture, les disparitions forcées, l’assassinat méthodique des opposants politiques ont bel et bien existé.

Chez les conservateurs, la mémoire des expropriations et nationalisations, la peur des milieux aisés devant la politique d’Allende ont pu également créer des traumatismes et donc une mémoire complètement différente. Cette partie de la population a donc vu, dans l’avènement de la dictature et dans la violence exercée par celle-ci, une guerre défensive, non seulement pour une classe de privilégiés, mais également pour un modèle social, politique et culturel. Deux mémoires antagonistes sont donc bâties sur des expériences de vie tout à fait réelles.

Mais ces deux mémoires antagonistes, puisque empreintes de subjectivité, ne sont que mémoire et laissent de côté des faits que l’histoire doit prendre en compte. Par exemple, lors de l’élection de 1970, Salvador Allende est élu, conformément à la Constitution en obtenant 36,6 % des votes. L’idée donc que l’armée serait intervenue contre l’avis de la majorité de la population est fausse. En revanche, l’idée que l’armée est intervenue en position légitime est fausse également, pas plus que l’idée qu’Allende n’était pas légitime : l’opposition, qui avait la majorité à la Chambre des députés, n’avait pas une majorité suffisante pour destituer le Président. C’est précisément ce cul-de-sac constitutionnel qui a précipité les événements. Et cela démontre clairement que les mémoires ne font pas l’histoire, car elles laissent de côté une partie des faits.

Dans le cadre de l’actuel questionnement du Chili vis-à-vis de son passé, David Rieff (essayiste qui a consacré plusieurs ouvrages aux questions de mémoire) était l’invité la semaine dernière de l’université Diego Portales et a participé à une discussion au musée de la mémoire. Ce n’est pas un hasard si ce musée a accueilli l’essayiste nord-américain. La structure a en effet été au cœur d’une tempête médiatique il y a quelques semaines : M. Piñera a nommé au ministère de la Culture Mauricio Rojas. Aussitôt, des interviews de 2015 et 2016 ressortent. Dans celles-ci, M. Rojas qualifie le musée de la mémoire de «montage», et ajoute qu’il s’agit «d’un usage éhonté et mensonger d’une tragédie nationale». Levée de boucliers, tentatives de justifications de l’intéressé, soutien des nostalgiques de Pinochet… Afin de calmer la tempête, la démission en moins de 90 heures.

Mais la boîte de Pandore est ouverte. La droite exulte : elle peut enfin, presque légitimement, critiquer ouvertement ce musée et proposer sa propre mémoire des années 1970. Au risque de dire des âneries. Quelle que soit la mémoire, les faits ne peuvent être éludés, et ce musée fait très attention à ne pas glisser dans la propagande.

On peut certes y voir de nombreux documents sur la répression politique sous le régime de Pinochet. On peut y voir les images du bombardement de la Moneda, les déclarations instituant la junte militaire, puis lire, voir, entendre, les témoignages des personnes victimes de la dictature. L’exposition d’un lit de torture, les pages issues du manuel de l’officier chilien donnant des méthodes pour faire souffrir sans tuer, les objets fabriqués par les prisonniers politiques, les photographies et lettres des exilés, des personnes assassinées à l’étranger, tous ces documents côtoient des affiches des quatre coins du monde appelant à la fin des violences.

Mais comme le soulignent plusieurs personnalités, il n’est jamais question de politique, d’être pour ou contre Allende. À l’accusation de «montage», nous pourrons opposer que ce musée ne nie en aucun cas la violence d’autres groupes politiques, ne justifie pas les attentats ou ne fait pas la promotion du MIR (Movimiento de la izquierda revolucionaria, d’extrême-gauche). Retracer les faits qui ont permis la torture et la répression, expliquer les méthodes de tortures, les conséquences physiques et psychologiques n’est pas mettre en avant une politique, encore moins manipuler les faits et l’opinion.

Nous pouvons, tout au plus, déplorer le nom de cette structure. La mémoire, cela n’existe pas. Mais ce musée ne parle pas des mémoires. Ce musée documente la torture et les crimes contre les droits de l’homme dont se sont rendus coupables les militaires durant cette période. Le nom complet est d’ailleurs «Musée de la Mémoire et des Droits Humains». Peut-être les droits humains seraient-ils suffisants.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

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