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Laura Chanal

Hommage à Pedro Lemebel pour l’ouverture du festival Belles Latinas le 10 octobre prochain

Pour l’ouverture du festival Belles Latinas, qui aura lieu le mercredi 10 octobre 2018 à 20 h au Nouveau Théâtre du 8e, nous proposons une soirée de découverte et d’hommage autour de l’auteur et artiste chilien Pedro Lemebel. Cette soirée sera composée de deux temps : d’abord la performance Cœurs fugitifs, issue du projet Pedro, mise en scène par Manon Worms, suivie d’une discussion avec l’équipe du spectacle.

Photo : Andrés Canepa

Artiste visuel, écrivain et chroniqueur à la radio, Pedro Lemebel est né à Santiago du Chili en 1952 et décédé dans la même ville en janvier 2015. Travesti, militant pour les droits des personnes homosexuelles, il est une immense figure populaire au Chili. À travers ses nombreux récits et chroniques, il embrasse un pays entier, le raconte dans tous ses contrastes, traversant la dictature militaire, ses crimes, et ses séquelles sociales, politiques et humaines. Sa voix est la mémoire vivante d’une société-mosaïque, construisant par des récits une galerie de portraits du Santiago résistant. Ses phrases et ses images peuplent les murs des villes et les fêtes du Chili.

Le projet «Pedro», un spectacle de Manon Worms

Des chroniques de Pedro s’échappe une constellation d’émotions fugitives que les acteurs saisissent et incarnent, sur scène et en dehors. Mêlant les corps vivants aux images, la performance à l’archive, l’espace du plateau au relief de la ville, le projet Pedro tente de saisir l’empreinte d’un cœur en la colorant dans mille corps. Après avoir été traduites en français, ces chroniques sont mises en scène pour leur donner un écho sur les planches. En explorant la figure de Pedro Lemebel, le projet Pedro déplie nos propres paysages, ceux qui disent que le désir peut être transgressif, que l’amour est politique, que l’acte de travestissement peut encore être révolutionnaire.

Nous voulons répercuter l’écho de cette voix venue nous toucher si fort aujourd’hui, alors même que nous vivons à des milliers de kilomètres d’elle et dans un tout autre contexte. Nous voulons la faire entendre et découvrir, la faire traverser les corps de celles et ceux d’ici, la propager jusqu’à nous et ce qui nous entoure.

Nous traduisons en français ces chroniques et les mettons en scène pour leur donner un écho dans nos cœurs, dans nos corps et sur nos scènes. Quelque part entre le plus intime et le plus commun. Des chroniques de Pedro, de sa voix et de ses lettres, s’échappe une constellation de cœurs fugitifs que nous saisissons et incarnons, ensemble, sur scène et en dehors, à partir de nous, de nos désirs de rencontres, de luttes, de transformations.

À travers ses chroniques, lettres, récits, manifestes, publiés dans de nombreux recueils, Pedro Lemebel arpente et embrasse un pays entier, le raconte dans tous ses contrastes, ses cruautés et ses fantaisies, traversant dix-sept ans de dictature militaire, ses crimes et ses séquelles sociales, politiques, humaines. D’interventions publiques en émissions de radio, parlant sous un trait de mascara et une couronne de plumes, de perles ou de cicatrices, sa voix est la mémoire vivante d’une société-mosaïque, construisant par des récits de nuits et de rencontres une galerie de portraits du Santiago queer et résistant, pauvre et indigène, solitaire et multiple. Ses phrases et ses images peuplent encore aujourd’hui les murs des villes, les cœurs et les fêtes du Chili.

En France comme dans le reste de l’Europe, Pedro Lemebel est quasiment inconnu, très peu traduit et très peu édité. Le projet Pedro, entamé en 2016, veut combler ce manque. Recherche multiple autour de la figure travestie de Pedro, née sous l’impulsion du choc ressenti à la lecture des textes de Lemebel, l’équipe de Manon Worms cherche à donner à la traduction de cette voix lointaine un écho en différents langages. Des formes performatives, graphiques, visuelles, auditives, créent des trafics entre les genres, les corps vivants et les archives, pour maintenir en liberté cette parole sauvage. Spectacle-maquillage qui procède par accumulation de différentes couches (traductions, créations de sons, d’images et de jeu) pour fabriquer des visages hybrides et éphémères, Pedro compose des espaces sensibles pluriels, tente de saisir l’empreinte d’un cœur en la colorant dans mille peaux, mille langues, mille secrets, d’ici et de là-bas.

L’éclat subversif contenu dans le mélange de corps qui se rencontrent et se transforment sous les yeux complices d’un regard spectateur se réanime à travers ce dialogue ouvert entre notre présent et cet ailleurs lointain.

La performance présentée au NTH8 pour la soirée d’ouverture du festival Belles Latinas, Cœurs fugitifs, est un éclat fugitif du projet Pedro, une émeraude éphémère au cours de cette recherche à plusieurs échelles dont l’étape finale de création est prévue pour le début de l’année 2019.

Manon WORMS

Mise en scène : Manon Worms – Textes : Pedro Lemebel – Collaboration artistique : Marine Garcia-Garnier – Traductions : Leslie Cassagne – Scénographie, vidéo : Jean Doroszczuk – Costumes : Cécilia Galli – Son : Rémi Billardon – Contact : manonworms@gmail.com / +33 6 76 77 62 07

Atahuallpa, le dernier empereur inca au cœur du nouveau roman du Lyonnais Gilbert Vaudey

Pizarro, Atahuallpa, le dernier empereur inca, la conquête éclair du Cuzco et de l’immense empire : l’histoire comme les personnages sont bien connus, du moins le croit-on. Gilbert Vaudey ne prétend pas avancer des découvertes sensationnelles ni révolutionner les connaissances acquises. Son nouvel ouvrage, qui n’est pas, nous dit-il, d’un américaniste mais simplement d’un passionné, apporte pourtant des points de vue tout à fait dignes d’intérêt.

Photo : Fête du livre de Bron

Après avoir brièvement restitué les derniers jours de la prise du pouvoir par Pizarro, l’auteur s’intéresse à ce que l’on sait de la personnalité d’Atahuallpa. Il le fait avec une modestie rare. Combien d’historiens patentés annoncent des exclusivités retentissantes qui ne se vérifient pas toujours ou qui sont démenties quelques années plus tard ? Ici, il se passe le contraire, à aucun moment il ne cache les lacunes des documents d’époque qu’il a soigneusement consultés et, lorsqu’il propose une théorie, il insiste sur l’inévitable subjectivité. Or, subjectivité ne veut pas dire automatiquement erreur !

Un des leitmotivs du livre est la volonté de remettre les faits dans un contexte de l’époque, de tâcher de laisser de côté la déformation, elle aussi inévitable pour les historiens, provoquée par une vision distante de plusieurs siècles. Par exemple, la cruauté avérée de certaines pratiques était-elle l’apanage des Incas ? Que se passait-il presque en même temps à la Cour papale ou à Florence ?

Il semble en revanche qu’il existe des «lois naturelles» qui touchent au pouvoir et à son utilisation politique, la première étant la soif de puissance qui domine certains êtres humains. Gilbert Vaudey tente dans son analyse de garder l’équilibre entre cette aspiration personnelle («j’ai besoin de conquérir un pouvoir absolu et, quand je l’ai, je ferai tout pour le conserver») et les conditions propres aux peuples d’Amérique latine, différentes des nôtres. Il réussit son projet, adopte ce recul nouveau malgré les nombreuses études existantes. Cela ne l’empêche pas, à d’autres moments, de faire preuve d’objectivité, par exemple quand il remet la puissance de l’Empire inca à son juste niveau, bien au-dessous de l’Empire aztèque de la même époque, ou de l’Empire maya des temps passés.

Le dernier chapitre, qui nous fait sortir de l’histoire à proprement parler, ne manque ni d’originalité, ni d’intérêt, sur l’exploitation dans divers domaines de la création, de la rencontre entre Pizarro et Atahuallpa. Sont cités et commentés le fameux air extrait des Indes galantes de Rameau ou un roman de Marmontel, pas des plus connus, mais qui joue avec la réalité historique pour la mettre à la mode de l’époque des Lumières, ou encore l’inévitable Inca Garcilaso, noble dans ses deux ascendances, indienne et espagnole, chez lequel il n’est plus du tout question d’objectivité, mais, et cela s’applique aussi à Gilbert Vaudey, de résurgences contemporaines d’un passé révolu.

Objectivité, subjectivité… Au fond, ces mots ont-ils un sens si ce qui domine indéniablement, c’est l’honnêteté ?

Christian ROINAT

Vie et mort de l’Inca Atahuallpa de Gilbert Vaudey, éd. Christian Bourgois, 176 p., 12 €.

Villa Verde, le quartier chilien qui se tourne vers l’architecture sociale d’Alejandro Aravena

Dans la ville de Constitución, en plein centre du Chili, le quartier de Villa Verde est devenu pionnier en terme de construction de logements sociaux modulables une fois installés. Après le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté la ville en 2010, l’architecte Alejandro Aravena a imaginé un nouveau type de logements sociaux pour la reconstruction de la ville : des «demi-maisons» avec un espace disponible que les habitants peuvent compléter eux-mêmes quand ils le veulent et comme ils le veulent.

Photo : Elemental

La seconde moitié de ces maisons peut-être complétée bien après l’installation des habitants. «Et donc, avec le matériel que tu choisis, tu peux donner de l’originalité à ta maison» explique Rosa, qui réside désormais dans ce type de logement.

C’est une idée «made in Chili» qui permet de construire davantage de logements sociaux. À Constitución, c’est tout un quartier qui a misé sur les «demi-maisons» d’Alejandro Aravena. Chacune d’entre elles dispose de tout le nécessaire pour que les gens s’y installent. Le rez-de-chaussée est composé d’une cuisine et d’une salle de bain et l’étage dispose de deux chambres. La seconde partie de la maison, composée elle aussi de deux étages, peut-être construite et aménagée à tout moment.

Ainsi les résidents peuvent agrandir leur maison dès qu’ils en ont les moyens. Bien sûr, ce n’est pas obligatoire, mais à Villa Verde, sur les cinq cents maisons construites, une grande majorité a déjà été complétée. «C’est ce que j’ai préféré, pouvoir construire ma maison comme je le veux, l’agrandir si je le voulais» explique Rosa. Ces maisons sont prévues pour quatre personnes.

Carmen a quant à elle une famille de six personnes, mais elle préfère vivre dans ce type de maison plutôt que dans un appartement. «Il y a des gens qui n’ont jamais prétendu à avoir une maison, parce qu’ils n’en avaient pas les moyens, et parce qu’il y a beaucoup plus d’appartements disponibles que de maisons. Mais dans une maison, tu peux au moins avoir un petit chien, alors que dans un appartement tu ne peux rien faire.»

Des «demi-maisons» fondées sur ce modèle ont déjà été construites au Ghana, en Afrique du Sud, en Thaïlande et au Mexique. Et si elles arrivaient dans ton quartier ?

D’après BBC News,
retranscrit et traduit de l’espagnol par Laura CHANAL

MúsicaOcupa, le festival qui s’approprie les lieux insolites de la capitale équatorienne

Du 5 au 16 juin derniers, la ville de Quito en Équateur a accueilli MúsicaOcupa, un festival de musique classique qui se déroule dans des endroits insolites. Pendant près de deux semaines, les 3000 spectateurs présents ont pu profiter de 11 concerts et de 10 présentations spontanées dans les 18 lieux investis à cette occasion. Pour cette 2édition du festival, ce sont 21 musiciens nationaux et 11 invités internationaux qui ont répondu présent. 

Photo : MúsicaOcupa

Le festival MúsicaOcupa est une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de promouvoir et d’assurer la prolifération de la musique classique en Équateur. En choisissant de se produire dans des lieux insolites, elle vise à rendre accessible la musique aux personnes issues de communautés qui ne disposent pas forcément de ressources pour participer aux concerts formels. Ainsi elle croit en l’importance de la musique dans le développement social et culturel de son pays et c’est pour cette raison qu’elle a fait le choix de créer des espaces pour que les personnes cultivent leur passion pour cet art ou apprennent à l’apprécier. 

Selon les organisateurs du festival, «l’Équateur a besoin d’une plus forte diffusion culturelle qui puisse toucher un public plus large. Nous sommes engagés dans le but d’utiliser ce projet comme un outil pour décentraliser et démocratiser l’accès à la musique classique. Celle-ci ne doit pas seulement être jouée dans les grands théâtres mais doit être disponible pour ceux qui veulent la découvrir et en profiter».

Cette année, pendant deux semaines, de nombreux espaces insolites de la ville de Quito comme le cimetière de San Diego, le centre de réhabilitation de Latacunga ou le marché des Arenas, ont été la scène de concerts et de présentations lors desquels les spectateurs ont pu profiter d’un répertoire varié composé de pièces musicales du baroque classique ainsi que d’œuvres équatoriennes contemporaines.

Pour cette deuxième édition du festival, ce sont les talents locaux qui ont prédominé sur scène. Plusieurs groupes équatoriens comme InConcerto, Vientos mitad del mundo, Mozart k911 string quartet, Quito brass quintet et Royal brass ont animé la quinzaine. La programmation ne s’arrête pas là puisque des musiciens venus tout droit d’Uruguay, du Brésil, du Chili, d’Australie ou encore d’Espagne étaient également invités. 

De l’Opéra Européen aux rues d’Amérique Latine

Depuis que l’Équateur considère la musique classique comme un facteur culturel favorable au développement social du pays, de nombreuses autres initiatives commencent à fleurir partout en Amérique latine. À São Paulo au Brésil, le festival Ilumina a pour philosophie de faire de la musique classique une révolution musicale. De l’autre côté du continent, le Festival international de musique de Carthagène des Indes en Colombie fait dialoguer de manière harmonieuse la musique classique et les influences européennes et latino-américaines. On pense également au festival de musique classique et latino-américaine La Rioja.

Mais il faut savoir que la prolifération de la musique classique en Amérique latine ne s’arrête pas là. Pour les férus de ce genre musical, il existe un site web nommé Bachtrack, en lien avec l’organisation culturelle colombienne «Gestar Cultura», sur lequel on peut revoir des spectacles latino-américains et dont l’objectif est de tenir informés les utilisateurs des concerts, festivals et autres manifestations de ce type en Amérique latine.

Margarita CARRASQUILLA

Plus d’informations sur le festival MúsicaOcupa
Pour accéder au site de Bachtrack 

La compagnie aérienne Cubana supprime ses vols nationaux pour l’été

Après le crash du Boeing 737 survenu le 18 mai dernier dans les environs de l’aéroport de La Havane, la compagnie aérienne Cubana a annoncé la suppression de tous ses vols nationaux et ce jusqu’à la fin de l’été. Des membres de la compagnie se sont confiés le 1er juin dernier au journal numérique indépendant 14ymedio qui propose de faire un point sur la situation.

Photo : Cubana de Aviación

Les vols nationaux de la compagnie aérienne Cubana, suspendus après l’accident qui a coûté la vie à 112 personnes à La Havane le 18 mai dernier, ne seront pas remis en place «avant le mois de septembre, au minimum» a déclaré ce vendredi au journal 14ymedio une employée de la compagnie aérienne nationale qui recevait les clients à l’agence située rue Infanta. «Nous n’avons pas encore fixé de date pour le rétablissement des vols nationaux», a-t-elle ajouté.

On entre dans une nouvelle phase en ce qui concerne l’annulation des vols, explique une salariée du terminal 1 de l’aéroport José Martí de La Havane. «Jusqu’à maintenant, on transférait les passagers en bus mais à partir d’aujourd’hui, les vols ont été totalement annulés et on ne s’occupera même plus de leur prise en charge» a-t-elle précisé. Les personnes ayant acheté un billet auprès de Cubana doivent passer dans les prochains jours au bureau de la compagnie aérienne pour «se faire rembourser».

«Nous ne faciliterons pas vos déplacements terrestres, mais nous vous rendrons votre argent» répond-elle aux inquiétudes des clients qui s’interrogent fortement sur le rétablissement possible du service pendant les mois de vacances scolaires durant lesquels on constate une augmentation du nombre de voyageurs entre les provinces.

Les passagers seront remboursés à 100%, mais ne pourront plus bénéficier d’un transfert en bus, auparavant assumé par la compagnie aérienne. Avant même que la compagnie n’annonce la suppression de ses vols pendant l’été, plusieurs clients de Cubana avaient déjà exprimé leur mécontentement du fait que le train ne fonctionne pas non plus en raison des dommages laissés par la tempête subtropicale Alberto dans la partie centrale de l’île.

L’accident du vieux Boeing 737, que Cubana louait à la compagnie mexicaine Global Air pour assurer la ligne La Havane-Holguín, a aggravé la crise de crédibilité qu’a vécu la compagnie aérienne nationale en raison des problèmes techniques de ses avions et de la mauvaise qualité de ses services. Selon les médias officiels, en 2016, plus de 50% des vols à destination d’Holguín ont été retardés, une situation qui s’est empirée au premier trimestre 2017.

En 2012, Cuba a acheté six avions Antonov-158 de fabrication russo-ukrainienne pour moderniser la flotte nationale, mais ces appareils ont souffert «de difficultés et des problèmes sont apparus au moment d’acheter des pièces de rechange», nous a expliqué en mars dernier l’un des directeurs de l’entreprise. «Les An-158 ont été achetés en Ukraine et l’accord concernant les pièces de rechange a été signé avec la Russie mais, peu de temps après, le conflit entre les deux pays a éclaté et voilà dans quoi nous nous sommes embarqués» ajoute la source.

D’après 14ymedio,
traduit de l’espagnol par Sarah LIXI

Le journal numérique 14ymedio à été fondé par la célèbre journaliste et blogueuse cubaine Yoani Sánchez en mai 2014. Considéré comme journal «d’opposition», 14ymedio est né dans l’idée de créer un équilibre face au monopole des médias «officiels» institués par le régime. À travers ses reportages sur la vie quotidienne de l’île, ses chroniques politiques et de nombreuses rubriques culturelles et sociales, 14ymedio revendique son «engagement pour la vérité, la liberté et la défense des droits humains sans postures idéologiques ou partisanes».

Quand l’animation chilienne se voit récompensée de l’autre côté du globe

Du 11 au 16 juin 2018, le festival international du film d’animation d’Annecy a battu son plein. Pendant une semaine, ce sont plus de deux cents films sélectionnés qui ont été diffusés de part et d’autre de la ville. Lors de la cérémonie de clôture, le jury a dévoilé son palmarès. Dans la catégorie long métrage, c’est le cinéma chilien qui a obtenu la mention du jury pour La Casa Lobo, un film atypique réalisé par Cristóbal León et Joaquín Cociña. Revenons sur  cette création originale qui a fait trembler les membres du jury. 

Photo : La Casa Lobo

Une jeune femme nommée Maria trouve refuge dans une maison après avoir échappé à une secte de fanatiques religieux allemands au Chili. Comme dans un rêve, la maison réagit aux émotions de Maria et transforme son séjour en cauchemar.

Dans La Casa Lobo, on trouve bien un grand méchant loup et des petits cochons, et même une sorte de Boucles d’Or en guise d’héroïne, mais ce film d’animation chilien n’a pas grand chose à voir avec le conte traditionnel, ni la version que Walt Disney en a donnée en 1933…

Le film débute par une série d’images d’archives des années 1960 vantant les mérites d’un miel produit au sud du Chili, dans une enclave abritant une communauté agricole. Le narrateur, doté d’un fort accent teuton, s’adresse au spectateur en lui disant qu’il ne faut pas croire toutes les rumeurs qui circulent sur cette colonie. Il se propose ensuite de nous raconter la fameuse fable, revisitée par ses soins.

Il y est question de Maria, une jeune femme qui a commis une bêtise en laissant s’échapper trois petits cochons de leur enclos et qui, pour éviter d’être punie, a fui l’enclave agricole. Elle se réfugie dans la première maison venue, dans la forêt, mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Les murs se transforment, changent d’apparence, tout comme Maria et les trois petits cochons qui prennent une forme humaine et à qui elle donne des noms, comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Finalement, on comprend qu’elle est contrainte de retourner dans la colonie pour y recevoir son châtiment…

Évidemment, quand c’est le loup lui-même qui raconte sa version de l’histoire, on se doute que la morale de ce conte est à prendre avec des pincettes. Le loup, en l’occurrence, représente Paul Schäfer, un ancien caporal SS qui, après la Seconde guerre mondiale, a fui à la fois les procès des criminels nazis et les accusations de pédophilie et de viols sur mineurs, commis sous couverture d’une association caritative. L’homme s’est installé, comme beaucoup d’anciens dignitaires nazis, en Amérique du Sud, au Chili plus exactement, où il a créé la Colonia Dignidad. Là, il a formé une véritable secte dédiée à sa cause, où il a pu continuer à violer des enfants en toute impunité. Il a aussi ouvert les portes de sa colonie aux miliciens du dictateur Augusto Pinochet pour qu’ils puissent torturer discrètement les opposants au régime. Charmant monsieur…

Le film évoque tout cela non pas frontalement –ce qui serait sans doute insoutenable– mais sous couvert de la fable, avec la distance permise par l’animation, du dessin animé peint directement sur les murs de cette «Casa Lobo» à l’animation de figurines en papier mâché, image par image. Cela ressemble un peu à un cauchemar dans lequel tout semble flou, instable, effrayant. Les objets changent de place, le papier peint se déchire pour donner vie aux figurines. Il y a quelque chose d’un peu fou, de malsain, de pervers dans cet univers. Il est clair que, dans ce Chili des années 1960-1970, la Colonia Dignidad n’était pas le seul danger pour les jeunes femmes rebelles. Hors des murs, elles étaient confrontées à la misère, l’oppression, les violences des milices et de la police secrète de Pinochet. Et comme ceux-ci étaient évidemment de mèche avec Schäfer et ses sbires, les fuyardes avaient vite fait de retourner au bercail, où elles étaient sévèrement punies, sinon froidement exécutées.

On ne peut qu’être admiratifs du travail accompli par les deux jeunes réalisateurs du film, Cristóbal León et Joaquín Cociña, qui on travaillé plus de sept ans sur ce projet un peu «loco». Ils ont dû ruser pour obtenir des subventions, puis pour donner vie, image par image, à cette fable fascinante et terrifiante. Assez logiquement, leur film repart de Berlin avec une récompense. Le jury Caligari lui a accordé son prix, récompensant le meilleur film de la catégorie «Forum».

D’après Angle de vue

«Apocalipsis Island» version élections : les présidentielles 2018 au Mexique

Les Mexicains vont voter le 1er juillet prochain pour élire leur président, 500 députés et 128 sénateurs. Quatre candidats sont sur la dernière ligne droite. José Antonio Meade pour le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), Ricardo Anaya pour le Parti d’action nationale (PAN), Andrés Manuel López Obrador pour le Morena, Jaime Rodríguez Calderón, «El Bronco», pour lui-même. Les bulletins sont prêts, les urnes également, le tout sous la supervision de l’Institut national électoral.

Photo : Raquel Marín/El País

Les candidats sont en place depuis plusieurs mois, avec, plus ou moins à droite, deux candidats : celui du PRI, qui a été ministre d’un président paniste, et celui du PAN, qui est aussi celui du PRD, de centre gauche. À gauche, le candidat du Morena a passé une alliance avec un parti évangéliste anti-interruption de grossesse et anti-mariage de personnes du même sexe.

Confusion des idées, sélection d’un favori

À défaut d’identités bien définies, les candidats confrontent violemment leurs personnalités respectives. Ce petit jeu mêlant accusations de corruption et phrases assassines, sur fond de confusion idéologique et programmatique, a malgré tout permis la sélection d’un favori. Les derniers sondages convergent. Le favori de plus en plus mis en avant par les différents instituts et enquêtes est AMLO, Andrés Manuel López Obrador, dans une fourchette pas très précise, mais lui assurant une marge confortable sur tous ses concurrents. 49% pour les uns, 41% pour d’autres, Anaya étant relégué à 15 ou 20 points derrière et Meade à 25-30.

Les Mexicains n’ont manifestement pas lu les programmes, écouté les diatribes croisées des uns et des autres. Ils ont préféré donner sa chance au candidat et au parti qui n’ont jamais accédé au pouvoir. Le PRI a dirigé le pays de 1929 à 2000 et de 2012 à 2018. Le PAN a présidé le pays de 2000 à 2012. Avec, au terme de ces mandatures, un pays sur les «rotules» économiquement, socialement, sur un fond de violences en spirale dont personne ne voit la fin.

«Apocalipsis Island»

La fiction parfois dépasse la réalité. L’Amérique latine littéraire puisant dans le «Macondo» du quotidien a fabriqué une image de soi pas si magique que ça. Antonio Malpica, écrivain «aztèque», vient d’ajouter un chapitre mexicain à cette créativité dramatique. Il a décrit dans son dernier roman, Apocalipsis Island, un pays emporté par un «effrayant festin cannibale».

Lorenzo Cordova, conseiller président de l’Institut national électoral, s’en est inquiété à la veille de l’ultime face à face télévisé entre les quatre candidats à la présidentielle, le 12 juin 2018. «La violence —a-t-il déclaré dans un communiqué— est par définition la négation de la démocratie. […] De décembre [2017] à aujourd’hui, plus de 20 candidats ou pré-candidats ont été victimes de la violence. […] L’Institut a beaucoup insisté sur la responsabilité constitutionnelle de veiller à la paix publique et à la sécurité incontournables à tout processus électoral.» Le même jour, Rosely Magana, candidate municipale dans l’État de Quintana Roo, décédait après avoir été la cible de coups de feu. L’INE a estimé un nombre minimum de 20 victimes. Le quotidien El Economista, sur la période janvier-mai 2018, a comptabilisé plus de 90 victimes d’assassinats politiques.

Pourtant, de cela, comme de l’explosion des chiffres d’une criminalité qui affecte la population en général et de plus en plus la vie économique du pays, les candidats ont peu parlé. Comme ils ont d’ailleurs peu évoqué la gestion de la relation avec les États-Unis de Donald Trump qui, depuis le 1er janvier 2017, menace de rompre sa relation bilatérale stratégique avec le Mexique. Cette frivolité électorale partagée renvoie à l’intitulé prophétique du dernier roman de Jorge Volpi, Una novela criminal.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

«Le voyage de Lila», une belle première pour la Colombienne Marcela Rincón González

Réalisé par Marcela Rincón González, en coproduction avec le studio uruguayen Palermo Animación, Le voyage de Lila est le premier long-métrage d’animation colombien dirigé par une femme. À mi-chemin entre le monde réel et l’imaginaire, du Calí des années 1990 à la «Forêt du Souvenir», en passant par le «désert des souvenirs perdus», Lila nous transporte dans une aventure haute en couleur, à la conquête de la mémoire.

Photo : Le voyage de Lila

Lila vit dans un livre pour enfants, un conte merveilleux dont elle est le personnage principal. Un beau jour, elle est arrachée à ses pages et propulsée dans le monde réel, menacée par les «oiseaux de l’oubli». Elle entreprend alors un voyage magique à la rencontre de Ramón, un jeune garçon qui autrefois aimait lire le conte de Lila et qui est le seul à pouvoir la sauver. Mais Ramón a grandi, il ne lit plus de contes pour enfants et ne se consacre qu’à son ordinateur. Comment le convaincre de sauver Lila des profondeurs de l’oubli ?

Entre la nostalgie de l’enfance, de l’insouciance, et l’envie de rendre hommage à la culture colombienne et au pouvoir de l’imagination, Marcela Rincón González nous plonge dans un univers onirique qui a déjà fait le tour du monde. De l’Amérique latine à la Corée du Sud en passant par la Pologne, le long-métrage a fait partie des sélections de nombreux festivals et a été largement récompensé en Colombie et au Chili.

«Le film s’adresse aux enfants de 6 ans et plus, ayant déjà eu un contact avec la lecture et l’écriture, car on retrouve une certaine complexité dans la trame de l’histoire : il faut qu’ils puissent comprendre que le personnage est issu d’un livre et qu’il est en train de tomber dans l’oubli […]. De plus, l’histoire se déroule à une époque où la technologie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, où les enfants n’utilisaient pas leurs téléphones portables pour résoudre leurs problèmes, mais expérimentaient la vie de manière différente, plus près des livres et des bibliothèques», explique la réalisatrice dans une interview accordée au journal national colombien El tiempo.

Bien qu’il semble dans un premier temps destiné aux plus jeunes, Le voyage de Lila, dont l’univers se rapproche de celui créé par Hayao Miyazaki dans Le voyage de Chihiro, transcende les frontières et les générations. Il raconte la fabuleuse rencontre entre des personnages de fiction et leurs lecteurs et immerge le spectateur dans une aventure initiatique et symbolique qui rend hommage à la littérature, au pouvoir de la lecture, tout en véhiculant un message important sur la transmission et la mémoire.

Laura CHANAL

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La fille de Raúl Castro milite en faveur du mariage homosexuel à Cuba

Mariela Castro, députée et fille de l’ancien président cubain Raúl Castro, profitera de la réforme de la Constitution prévue pour le mois de juillet pour légaliser le mariage homosexuel à Cuba et modifier le Code de la famille et le Code pénal.

Photo : Mariela Castro’s March/HBO 

«Lors de la réforme de la Constitution, nous évoquerons toutes ces propositions… L’idée est avant tout de ne pas perdre notre temps à créer de nouvelles lois mais de les incorporer aux lois déjà en vigueur pour que tout rentre dans l’ordre plus rapidement», a expliqué la législatrice et directrice du Centre national d’éducation sexuelle (Cenesex) lors d’une conférence de presse donnée le vendredi 4 mai dernier. «Mariela Castro et les activistes en faveur des droits pour la communauté LGBT à Cuba profiteront de la capacité d’initiative de la députée», a ajouté le sous-directeur du Cenesex, Manuel Vázquez.

Dans le modèle politique cubain où le président du pays est élu par l’Assemblée nationale du pouvoir populaire (qui ne se réunit que deux fois par an), il n’est pas courant que des législateurs présentent leurs propres initiatives.

En décembre 2013, Mariela Castro a été la seule parlementaire à voter contre un projet concernant le Code du travail, —que les autorités considéraient pourtant comme essentiel— car celui-ci ne s’opposait pas suffisamment à la discrimination envers les membres de la communauté LGBT.

Les activistes espèrent retirer de la Constitution la loi selon laquelle le mariage unit un homme et une femme –loi qui empêche les unions entre des personnes du même sexe– et apporter les modifications nécessaires au Code de la famille et au Code pénal pour que des sanctions appropriées soit appliquées aux délits de violence de genre et d’homophobie, entre autres.

Une réforme de la Constitution cubaine a été envisagée à de nombreuses reprises ces dernières années. Lors de son dernier discours en tant que chef du gouvernement, le 19 avril dernier, Raúl Castro a précisé que la prochaine session de l’Assemblée aurait lieu au mois de juillet. Ce dernier, qui a choisi de ne pas se représenter, reste cependant le premier secrétaire du Parti communiste cubain, parti qui, selon la Constitution, gouverne le pays. Malgré les nombreuses spéculations sur le rôle joué par l’ancien président de 86 ans, sa fille a émit une réserve : «Il continue de travailler, le temps libre que tout le monde croyait qu’il allait s’octroyer n’est pas encore d’actualité», a-t-elle ajouté.

Parallèlement, elle explique que le nouveau président, Miguel Díaz-Canel, ingénieur de 57 ans, est sensible aux droits de la communauté LGBT à l’image de son père qui a milité en faveur du respect de la diversité sexuelle. «Ce que [Raúl Castro] a fait en tant que secrétaire du Parti et président du Conseil d’État à ce moment-là, consistait à mettre en place tous ces processus avec précaution dans le but de parvenir à des accords», affirme Mariela Castro.

D’après El Economista,
traduit de l’espagnol par Laura CHANAL

NdT : En 2016, Jon Alpert, journaliste américain passionné de Cuba, a réalisé le documentaire Mariela Castro’s March : Cuba’s LBGT Revolution, qui plonge le spectateur en immersion au cœur de la communauté LGBT cubaine. 

Il y a l’Opéra et… l’Opéra Underground de Lyon et son Péristyle. À découvrir cet été !

L’Opéra Underground, nouveau projet de l’Opéra, propose des musiques de tous bords, à l’Amphi et dans la Grande Salle, ainsi que des concerts gratuits sur la terrasse des Muses (afterwork, DJ set, soirées vinyles) et au Péristyle. Cet été, le café-jazz du Péristyle change de nom et devient le « Festival du Péristyle », orchestré par son nouveau directeur Olivier Conan.

Photo : Ceferina Banquez – Festival Péristyle

Olivier Conan a repris les rênes de l’Amphi Opéra de Lyon fin 2017, suite au départ de François Postaire. Le nouveau directeur de l’Amphi a passé 33 ans à New-York. Musicien membre du groupe Chicha Libre, créateur d’un club de musique, le Barbès, et d’un label, Barbès Records à Brooklyn, il est arrivé en septembre 2017 à l’Opéra pour préparer la programmation de l’Amphi et du Péristyle. Il aime dire que «les styles (de musique) ne sont plus définissables». Il souhaite faire découvrir de nouvelles musiques du monde, ainsi qu’une nouvelle génération de musiciens, qui ont puisé dans les musiques traditionnelles et en ont fait des choses très personnelles.

Le festival du Péristyle déclinera ainsi 75 concerts gratuits pour voyager au rythme des traditions musicales et du jazz du monde entier. Ces concerts auront lieu tous les soirs, du 7 juin au 1er septembre, à 19h, 20h15 et 22h. Entrée libre, sans réservation. La programmation contera de nombreux artistes régionaux, en résonance avec Jazz à Vienne et le Centre des musiques traditionnelles Rhône-Alpes (CMTRA), et également des invités du monde entier. Du jazz new-yorkais, lyonnais, manouche, le Rebetiko des Balkans, le chaâbi marocain et algérien, des mélanges hip-hop, de la musique éthiopienne, de la Réunion, afro-funk, de nombreuses musiques traditionnelles seront représentées, agrémentées de sons nouveaux et personnels.

Et comme Olivier Conan est passionné par la musique d’Amérique latine depuis toujours, une vaste programmation latino sera également proposée. Maa Ngala, du 7 au 9 juin : rencontre entre les musiciens Vénézuéliens de la Gallera Social Club et le griot Sénégalais Ablaye CissokoFree Cages, du 18 au 20 juin : Jaime Salazar, musicien colombien, sera accompagné des pianistes Yannick Lestra et Leonardo MontanaTrio Corrente, du 5 au 7 juillet : trio de référence du jazz instrumental au Brésil. Ceferina Banquez, du 9 au 11 juillet : la «nouvelle» reine du Bullerengue, musique de la côte caraïbe colombienne. C4 trio, du 30 juillet au 1er août : trio vénézuélien qui se produira pour la première fois en France. Il présentera un mélange de música llanera, musique traditionnelle des plaines, associée au jazz, à la musique classique et à toutes les musiques contemporaines. Ladama, du 6 au 8 août : ces 4 femmes venant du Brésil, du Venezuela, de la Colombie et des États-Unis présenteront leur nuevo folk panaméricain. Carina Salvado, du 16 au 18 août : française d’origine, elle proposera des compositions originales de fado moderne. Joao Selva, du 27 au 29 août : il explorera l’univers tropical brésilien des années 1970 mêlant samba, soul, disco et funk vintage. Et pour accompagner ces concerts, la terrasse du Péristyle sera ouverte de 8 h 30 à 23 h et proposera une «cuisine lyonnaise infusée à l’air New-Yorkais», ainsi qu’une sélection de vins, bières et jus de fruits. De belles soirées musicales en perspective pour tout l’été !

Caroline BRUYAS

Plus d’informations sur le festival du Péristyle

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