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Editeur-JF

Entre procès et referendum national, le Guatemala sur le devant de la scène internationale

Généralement ignoré par la presse européenne, le Guatemala fait en ce moment la une des journaux centre-américains pour trois raisons : la mort du dictateur Efraín Ríos Montt, le procès en Suisse de l’ancien chef de la police guatémaltèque, Erwin Sperisen, et le referendum national sur le litige frontalier avec son voisin le Belize.

Photo : PanAm Post

Le général Efraín Ríos Montt prend le pouvoir par un coup d’État le 23 mars 1982. Il sera à son tour déposé par son ministre de la Défense, le général Oscar Mejía Víctores en août 1983. Entre-temps, il laisse un pays dévasté par une répression sanglante tant contre la guérilla de l’URNG (Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque) que contre la population civile. Partant du postulat que «si la guérilla est parmi la population comme un poisson dans l’eau, et qu’il est impossible de capturer le poisson, il faut lui retirer l’eau», il fait raser 440 villages et provoque la mort de 200 000 personnes, dont 45 000 disparus peu à peu retrouvés au fil du temps dans de gigantesques charniers. Adepte de l’Église du Verbe, une secte évangélique venue de Californie, il s’acharne sur les populations Maya Quiché, Kaqchikel, Ixil ou Mam qu’il accuse de protéger la guérilla alors que celle-ci se ravitaille de force dans les villages puis se retire. Pris entre deux feux, la guérilla et les militaires, beaucoup de communautés mayas se réfugient dans les montagnes où elles sont pourchassées et anéanties par l’armée.

En 2013, les familles des victimes et les associations de défense des droits humains parviennent à ouvrir un procès contre le dictateur. Le 10 mai 2013, malgré la pression du président Otto Molina (lui-même ancien haut gradé militaire), des militaires et des partis de droite, la juge Jazmín Barrios  condamne Ríos Montt à cinquante ans de prison pour génocide et trente pour crimes contre l’humanité. Les recours incessants (plus de 150) déposés par ses avocats font que la Cour constitutionnelle accepte de «suspendre» le procès. Celui-ci devait reprendre le 19 avril 2018, mais Ríos Montt meurt le 1er avril. Comme ce fut le cas avec le général Pinochet, les manœuvres dilatoires de certains politiciens, la pression des militaires et le blocage par des secteurs du pouvoir judiciaire font que le dictateur Ríos Montt (décoré par le Pentagone US en 1985) n’a pas passé un seul jour en prison…

Le procès Sperisen à Genève

En 2005, trois prisonniers évadés de la prison El infiernito (le Petit enfer) sont repris par la police et exécutés sur place. En 2006, des dizaines de policiers et de militaires armés pénètrent dans la prison El Pavón pour reprendre la main sur celle-ci contrôlée de fait par les prisonniers. À la fin du jour, une dizaine de prisonniers sont morts, comme par hasard ceux que les autorités avaient qualifiés de «chefs». En 2007, trois députés salvadoriens sont assassinés par des policiers peu après leur entrée au Guatemala. Dans les trois cas, le directeur de la Police nationale civile (PNC) est Erwin Sperisen. Craignant un procès, il se réfugie en Suisse en vertu de sa double nationalité guatémaltèque-suisse.

Mais des parents des prisonniers assassinés déposent plainte contre lui. Il est arrêté à Genève en 2012, jugé coupable de participation aux assassinats et condamné à la prison à perpétuité en juin 2014. En appel devant la Chambre de révision de Genève le 12 mai 2015, sa condamnation est confirmée. Après un nouveau recours déposé en juin 2017, le procès final s’ouvre le 16 avril 2018. Sperisen s’en prend au procureur Yves Bertossa «qui veut régenter [son] pays depuis son petit bureau et qui n’est pas garant de la vérité». Il nie tout et ses avocats demandent l’acquittement. Le procureur, lui, fait remarquer que la défense n’a jamais démenti la présence de Sperisen sur les lieux ni expliqué ce qu’il y faisait. De plus, des photos le montrent dans la prison, en uniforme, arme au poing, aux côtés du ministre de l’Intérieur Carlos Vielmann (qui se réfugiera en Espagne).

Le verdit est tombé ce vendredi 27 avril. L’organisation suisse TRIAL International communique que la Cour de justice de Genève a reconnu Erwin Sperisen coupable de complicité d’assassinat commis sur sept prisonniers à la prison de Pavón en 2006. L’ancien chef de la police se voit condamné à une peine de 15 ans de prison. L’organisation salue ce verdict qui représente une étape importante dans la lutte contre l’impunité des crimes d’État.

Le Guatemala revendique la moitié du Belize à La Haye

Le dimanche 15 avril dernier, les Guatémaltèques étaient invités par referendum à répondre «oui ou non» à une proposition de règlement du litige frontalier avec le Belize devant la Cour internationale de justice (CIJ) située à La Haye aux Pays-Bas. Depuis le 19e siècle, le Guatemala revendique 11 000 km2 de territoire belizéen en vertu d’un traité signé avec la Grande Bretagne en 1859 que celle-ci n’a pas respecté. Selon ce traité, le territoire situé entre les fleuves Sibún et Sarstún, bien que guatémaltèque, était ouvert aux colons britanniques en échange de la construction par la Grande-Bretagne d’une route reliant la capitale Ciudad de Guatemala à Punta Gorda sur la côte atlantique (aujourd’hui en territoire bélizien). Non seulement cette route ne fut jamais construite mais la Grande-Bretagne déclara cette région, y compris le territoire au sud du Mexique, comme sa colonie sous le nom de Honduras britannique. Bien que le Guatemala réclame sans arrêt le retour de la partie située entre les deux fleuves, le gouvernement britannique octroie l’indépendance à sa «colonie» en 1981 sous le nom de Belize. Ce litige plus que centenaire fait aujourd’hui l’objet de négociations entre les deux pays qui accordent, en 2000, de présenter le dossier à la CIJ de La Haye. En 2008, le Premier ministre bélizien, Dean Barrow, propose que chaque pays réalise un referendum pour demander l’avis du peuple sur cette proposition de présenter le litige à la CIJ. Le referendum du 15 avril dernier est la réponse du Guatemala : un OUI massif (92 %), mais une abstention massive également : moins d’un électeur sur sept s’est déplacé… Peu suivi au Guatemala, il a été complètement ignoré au Belize.

Même si le Belize n’organisait pas de referendum ou si le peuple votait «Non», le Guatemala pourra toujours s’adresser à La Haye. Les accords signés avec la CIJ (une entité dépendant des Nations unies) permettent aux gouvernements signataires de s’adresser à elle sans obligation de referendum national. C’est pourquoi l’opposition guatémaltèque au président Jimmy Morales suspecte une opération de communication interne pour dévier l’attention des scandales de corruption et de violences en cours en ce moment. Le 18 avril dernier, dix-sept membres du Parlement européen de Bruxelles ont envoyé une lettre au président Morales «s’inquiétant» de la violence institutionnelle contre les défenseurs des droits humains et les journalistes en rappelant «qu’en 2017, il y a eu 483 agressions et 53 assassinats». Parmi les signataires, la Française Marie-Christine Vergiat, militante associative, députée européenne depuis 2009.

Jac FORTON

Julian Assange, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres, désormais privé d’internet

Le 28 mars, le gouvernement équatorien confirmait avoir coupé toute communication possible avec l’extérieur à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis 2010, en représailles d’un tweet dans lequel Assange avait comparé l’arrestation du président de la Catalogne Carles Puigdemont à l’arrestation en 1940 du président catalan Lluís Companys. Nous traduisons ici un article diffusé par l’Agence latino-américaine d’Information (ALAI).

Photo : Andes – ALAI

En 1940, la Gestapo avait arrêté le président catalan Lluís Companys en Allemagne à la demande du gouvernement espagnol. Companys fut déporté vers l’Espagne et exécuté par le gouvernement fasciste de Franco. Selon le gouvernement équatorien, Julian Assange avait signé un accord selon lequel il n’interviendrait pas dans des affaires de politique extérieure tant qu’il serait dans l’ambassade équatorienne à Londres. Selon quel point de vue le tweet d’un journaliste représente une «ingérence» en politique étrangère ? Argumenter qu’un tweet d’Assange est une ingérence en affaires étrangères équivaut à nier la liberté d’expression à un des journalistes et éditeurs les plus importants de la dernière décennie. Rappelons que WikiLeaks a publié ces dix dernières années plus d’informations secrètes que tous les autres médias combinés, sur des traités commerciaux, la vigilance massive, les attaques contre des civils, les tortures et assassinats commis par les gouvernements états-uniens et d’autres pays en Irak, Afghanistan, Yémen ou Syrie… Une grande partie des révélations lui furent remises par des lanceurs d’alerte tels que Chelsea Manning, qui ont mis leur vie et leur liberté en danger pour défendre le droit des gens à être informés, à connaître la vérité.

En lui octroyant protection dans son ambassade il y a six ans, le gouvernement de l’Équateur a démontré son attachement et son respect des lois internationales en faveur des réfugiés, et a résisté avec intégrité aux pressions des États-Unis et du Royaume-Uni. Cependant, tant le gouvernement équatorien antérieur que l’actuel ont manifesté à plusieurs reprises leur mécontentement par rapport aux opinions politiques que Julian Assange émet depuis le consulat de Londres. En octobre 2016, le gouvernement de Rafael Correa lui avait coupé la connexion internet durant la dernière étape des élections états-uniennes, répondant ainsi peut-être à des pressions du Parti Démocrate qui considérait que sa candidate Hillary Clinton avait été lésée par les révélations de WikiLeaks sur divers thèmes, depuis le favoritisme dans la gestion des primaires qui a nui au candidat Bernie Sanders jusqu’aux accords secrets avec Wall Street et le rôle clé qu’elle a tenu comme Secrétaire d’État dans la sanglante confrontation en Libye et le coup d’État au Honduras.

Récemment, le président Lenín Moreno a publiquement averti Assange de ne pas intervenir dans des affaires politiques, peu après que celui-ci ait diffusé une information favorable à l’indépendantisme catalan. Moreno, qui se dit être une personne ouverte au dialogue et modérée, n’a pas hésité à qualifier Julian Assange de «caillou dans la chaussure». Une telle expression est une distorsion de la réalité. Le caillou dans le soulier serait plutôt le gouvernement du Royaume-Uni qui persiste à ignorer le mandat des Nations unies émis en février 2016 qui recommandait «la liberté immédiate» d’Assange. Le Groupe de travail des Nations unies comparait le confinement dans l’ambassade à «une détention arbitraire» et enjoignait aux gouvernements britannique et suédois à mettre fin à la persécution de l’éditeur de WikiLeaks. Cependant, deux ans plus tard, le gouvernement britannique se refuse toujours à accepter la recommandation des Nations unies et continue à mettre en danger la sécurité et la vie de Julian Assange, de même que son droit humain à être avec sa famille et en liberté.

Qualifier Assange de «problème» n’est pas la seule distorsion de la réalité. Politiciens et journalistes persistent à le définir comme «un hacker», et à confondre le rôle d’un lanceur d’alerte avec le travail de WikiLeaks. Ni WikiLeaks ni Assange ne sont des lanceurs d’alerte (whisleblowers). Assange est le fondateur d’une maison d’édition en ligne qui diffuse les révélations des lanceurs d’alerte qui, répondant à leur devoir comme citoyens, dévoilent les actions illégales commises par les gouvernements et/ou les corporations alliées à ces gouvernements, en vertu du Premier Amendement de la Constitution des États-Unis – pour citer le pays dont le gouvernement a ouvert un procès secret contre WikiLeaks et Assange. Éditeur et média engagés à révéler la vérité, ils devraient être protégés, pas poursuivis. Pourtant, Julian Assange et WikiLeaks, non seulement ont été attaqués par des fonctionnaires successifs, depuis des présidents, des sénateurs et des politiciens des deux principaux partis états-uniens (et aussi de l’Union Européenne et de la droite mondiale), mais ils sont aussi attaqués par la presse qui, ces dernières décennies, a évité toute confrontation avec le pouvoir.

Si le gouvernement équatorien retirait sa protection à Assange, la Grande Bretagne le livrerait immédiatement aux États-Unis [où il risque la peine de mort pour «espionnage». NdT]. C’est ce qu’affirment des experts dans ce type de thème, tels que les journalistes Glenn Greenwald et John Pilger, ainsi que des lanceurs d’alerte célèbres tels que Daniel Ellsberg et Edward Snowden. Espérons que l’Équateur n’abandonne pas la défense de Julian Assange, journaliste et éditeur poursuivi pour avoir diffusé les crimes de guerre commis par le pays le plus puissant de la planète. Si l’Équateur faisait marche arrière, non seulement il abandonnerait Assange, mais également toute la population équatorienne qui vit à l’extérieur et qui a besoin des mêmes lois internationales de protection qui protègent aujourd’hui Assange. L’Équateur est un pays de migrants ; d’un total de 17 millions d’habitants, plus d’un million réside aux États-Unis, en Espagne et ailleurs. Que son gouvernement reste un champion des droits humains et crée pour tous un espace de respect dans le monde.

Nous risquons tous de devenir migrants ou réfugiés un jour en cette époque marquée par des migrations massives. Julian Assange, malgré la transcendance immense de son travail comme journaliste et éditeur de WikiLeaks qui a secoué les structures les plus puissantes du monde, est un réfugié de plus, poursuivi et confiné dans une ambassade depuis six ans, malgré le fait que sa détention a été qualifiée d’arbitraire par les Nations unies. Julian Assange serait comme le disait John Berger «l’exemple de ceux qui sont réduits à l’état de décombres parce qu’ils résistent». Mais réduits à l’état de décombres, ils ont plus d’intégrité que tous les autres [1].

Silvia ARANA, ALAI
Traduit par Jac FORTON

[1] Depuis, ALAI fait circuler une pétition : «L’accusation en Suède contre Assange à la base de la demande d’extradition a été retirée. Son seul « crime » est celui d’être un vrai journaliste et de dire au monde les vérités que le public a le droit de savoir. Nous appelons le gouvernement de l’Équateur de rendre à Assange son droit à la liberté d’expression et d’en finir avec son isolement.» Parmi les nombreux signataires : Noam Chomsky, Oliver Stone, Yanis Varoufakis, Pamela Anderson, John Pilger, Alicia Castro, Jean Michel Jarre, Ai Weiwei…

« Les Valises » du Vénézuélien Juan Carlos Méndez Guédez : entre roman noir et épopée kafkaïenne

Le Venezuela et ce qu’il s’y passe quotidiennement est devenu un sujet aussi délicat que Cuba dans les années quatre-vingt-dix. On s’enflamme dans un camp et dans l’autre et il est bien difficile, depuis l’Europe, de se faire une opinion. Juan Carlos Méndez Guédez, qui vit à Madrid depuis 1996, a une vision tranchée de l’actualité vénézuélienne et ne la cache pas. Il la partage avec humour dans son roman, Les valises, publié en Espagne en 2014.

Photo : Juan Carlos Méndez Guédez/Elisbeth Salas, éd. Métailié

Même le prénom du malheureux héros est un ratage : son père a voulu appeler son fils Donizetti en hommage à un air d’opéra qui lui avait tellement plu, mais il a confondu, l’air était de Puccini… Donizetti est un piètre amant. Sa « liaison », si l’on peut dire, avec une autre paumée, Marjorie, est une succession quasi homérique d’échecs, que cela se passe dans une miteuse chambre d’hôtel ou sur un parking, ses mérites en tant qu’époux ou que père restent à prouver, mais dans l’ensemble c’est un brave homme. Il est rédacteur dans une agence de presse de Caracas. En fait, il y a été parachuté, tout comme son chef, un colonel qui n’a rien oublié de ses belles années militaires (il continue de convoquer les réunions de rédaction par de tonitruants « RÉÉÉ DAAAC TEUURS AU RAAA PPOORT ! ») et n’a pour fonction que de vérifier que la ligne éditoriale est toujours bien parallèle à la politique de l’État.

L’activité secondaire mais lucrative de Donizetti consiste à livrer des valises dont il ignore le contenu dans un endroit ou un autre du monde qu’on lui indique par des instructions sibyllines : il les récupère dans des lieux divers de Caracas et les remet à Genève ou à Rome, obéissant aveuglément et sans rien savoir ni comprendre à des ordres donnés par on ne sait qui. C’est un pays bien malade que décrit Juan Carlos Méndez Guédez, un pays dominé par une violence gratuite et omniprésente, la surveillance généralisée de chacun, la présence inquiétante de quelques Cubains influents et, plus grave encore, l’acceptation au moins apparente de tous, la soumission à ce poids nommé le Processus, qui écrase le citoyen au point que les écoles primaires ont prévu une caisse de solidarité interne pour financer les rançons éventuellement demandées par un preneur d’otage, dans le cas où l’otage serait un enfant.

Soumis, Donizetti l’est, il obéit en tout : il obéit quand, à l’autre bout du monde, il doit se rendre dans des endroits bizarres, il obéit quand il rédige ‒ rarement ‒ des articles qui n’ont rien de personnel, puisqu’il doit suivre un modèle qu’on lui a fourni pour s’adapter aux ordres venus de plus haut. Plus haut, c’est un sombre nuage noir, des militaires, des proches du pouvoir, quelques Cubains dont on n’arrive pas à distinguer quelles relations, amicales ou hostiles, ils peuvent avoir entre eux, ce qui ne fait qu’exacerber le sentiment de danger perpétuel. Pourtant, pour Donizetti, le moment arrive où c’en est trop… Juan Carlos Méndez Guédez n’est de toute évidence pas un amoureux du régime chaviste. Ce qu’il montre de son pays et de sa capitale ne donne pas envie d’aller y séjourner. Mais ce qu’il nous décrit est le décor idéal pour des aventures parmi des espions, des mafieux, des truands et des politicards manipulateurs et manipulés, aventures qui permettent à deux hommes vaincus de se révéler à eux-mêmes en résistant.

Christian ROINAT

Les valises, de Juan Carlos Méndez Guédez, traduit de l’espagnol (Venezuela) par René Solis, éd. Métailié, 268 p., 21 €. Juan Carlos Méndez Guédez en espagnol : Los maletines, ed. Siruela, Madrid / El libro de Ester / Árbol de luna, ed. Lengua de Trapo, Madrid / Chulapos mambo /  Arena negra, ed. Casa de Cartón, Madrid / La ola detenida, ed. Harper & Collins, Madrid. Juan Carlos Méndez Guédez en français : La ville de sable, éd. Albatros, Genève / La pluie peut-être, éd. Orbis Tertius, Dijon / Les sept fontaines, éd. Jean-Maris Desbois, Les Baux-de-Provence / Mambo Canaille / Idéogrammes, éd. Zinnia, Lyon.

Juan Carlos Méndez Guédez est né à Barquisimeto au Venezuela en 1967. Après l’obtention de sa licence de lettres à Caracas, il quitte son pays natal pour étudier la littérature hispano-américaine à l’Université de Salamanque en Espagne, et réside actuellement à Madrid. De son parcours littéraire entre deux continents, est née une écriture primée à plusieurs reprises, comprenant une quinzaine de romans, des livres de contes, des essais, et des nouvelles qui abordent tous à leur manière les thèmes de l’amour et de l’éloignement et dont certains sont sortis en France aux éditions Zinnia.

La lutte sans fin contre la corruption des gouvernants guatémaltèques. Quatre présidents mis en examen

Après la démission forcée de l’ancien président guatémaltèque Otto Pérez Molina et les accusations contre l’actuel président Jimmy Morales, c’est au tour des anciens présidents Álvaro Colom et Álvaro Arzú d’être mis en examen pour diverses affaires de corruption. Dénoncée depuis longtemps par les organisations de défense des droits de l’homme au sein du pays et à l’international, la corruption est un véritable fléau au Guatemala. 

Photo : elcaribe.com.co et revistaperrabravo.com

En 2015, le président Otto Pérez Molina (2012-2015) et sa vice-présidente Roxana Baldetti ont dû démissionner sous la pression de dizaines de milliers de Guatémaltèques qui, lassés de la corruption aux plus hauts niveaux de l’État, s’étaient réunis devant le palais présidentiel. Le président et sa vice-présidente étaient alors accusés de fraude fiscale, d’enrichissement personnel et d’association de malfaiteurs suite à un mécanisme de corruption appelé « La Ligne » (téléphonique), par laquelle des entrepreneurs contactaient un département secret des douanes pour « négocier » des taxes d’importation dont les sommes étaient ensuite réparties entre 28 hauts fonctionnaires, desquels faisaient partie Otto Pérez Molina et Roxana Baldetti. L’enquête avait été menée par le ministère public de la procureure Thelma Aldana, et la CICIG (Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une institution dépendant des Nations unies).

Álvaro Arzú, deuxième président accusé de corruption

Le 5 octobre dernier, la procureure Thelma Aldana et la CICIG demandaient à la justice de retirer à l’ancien président Álvaro Arzú (1996-2000), accusé de corruption, l’immunité dont il bénéficie du fait de sa position de maire de la capitale Ciudad de Guatemala, à la tête de laquelle il brigue actuellement son 5e mandat. Selon l’accusation, il aurait créé entre 2013 et 2015 de faux emplois au profit d’une entreprise appartenant à Byron Lima, un officier de sa sécurité, et les aurait payés avec des fonds municipaux. — Byron Lima, condamné à 20 ans de prison pour sa possible implication dans l’assassinat en 1998 de l’évêque progressiste Juan Gerardi, purgeait sa peine lorsqu’il a été lui-même assassiné en 2016. D’après l’accusation, M. Arzú aurait également utilisé des fonds municipaux pour financer sa campagne électorale en 2015. Début mars 2018, la cour d’appel de Guatemala a cependant refusé de lui retirer son immunité. Le ministère public envisage de faire appel devant la Cour constitutionnelle.

Álvaro Colom, troisième président sur la sellette pour corruption

L’ancien président Álvaro Colom (2008-2012) vient d’être arrêté sur une accusation de fraude dans l’achat de centaines d’autobus destinés au service public de transport de la capitale lors de son mandat (on parle de 30 millions d’euros). Les prix d’achat auraient été surévalués. De plus, le parti du président (la UNE, Union nationale de l’Espoir, social-démocrate) avait présenté un projet de loi qui exonérait de la TVA et d’impôts l’achat de 3 500 véhicules. Cette loi avait ensuite été votée par 107 des 109 députés présents ! Ce qui conforte l’opinion publique du « Tous pourris ! » Neuf des anciens ministres de l’époque, accusés d’être partie prenante dans cette fraude éventuelle, ont également été mis en examen. Il s’agit ici aussi d’une enquête menée par le ministère public et la CICIG, décidément très actifs dans la lutte contre la corruption.

Jimmy Morales, actuel président, lui aussi accusé de corruption

Élu sur des promesses de « changement » et de « lutte contre la corruption », l’actuel président Jimmy Morales a bien déçu ses électeurs. Non seulement cette « lutte contre la corruption » est plutôt invisible, mais il est lui-même accusé de corruption par la procureure Aldana et la CICIG. M. Morales a voulu expulser le directeur de celle-ci, le Colombien Iván Velásquez, mais le tollé national et international l’a obligé à faire marche arrière. Ce qui prouve que le ministère public guatémaltèque, assisté par la CICIG est de plus en plus efficace dans sa bataille contre la corruption. La procureure Thelma Aldana avait demandé au Congrès de lever l’immunité présidentielle de Jimmy Morales pour pouvoir enquêter sur une accusation de financement électoral illicite en faveur du candidat présidentiel de l’époque. Non seulement le Congrès avait refusé, mais il avait approuvé une loi qui aurait permis à ses membres et au président de ne pas être envoyés en prison s’ils étaient condamnés pour les délits dont ils étaient accusés ! La Cour constitutionnelle a empêché que ces propositions deviennent des lois, mais depuis, toute l’administration cherche à expulser la CICIG et à démettre la procureure…

Dénoncée depuis longtemps par les organisations de défense des droits de l’homme au sein du pays et à l’international, la corruption est un véritable fléau au Guatemala. Ce qui indigne les citoyens, c’est qu’il semble que les plus corrompus se trouvent souvent aux plus hauts niveaux de l’État, ceux-là mêmes qui devraient lutter contre ce fléau. Reverra-t-on, malgré la répression violente, les électeurs redescendre dans la rue pour exiger de nouveau la démission du président ?

Jac FORTON

En Amérique latine, chronique de morts annoncées ? Cohabiter avec les homicides

Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro, femme, noire, de gauche, a été exécutée par des tueurs expérimentés le 14 mars 2018. Entrée en fonction après les municipales de 2016, elle avait multiplié les initiatives dénonçant les mafias, la corruption de certains policiers et les méthodes expéditives des forces de l’ordre qui, en 2017, ont tué 1 124 personnes rien qu’à Rio de Janeiro.

Photo : France Amérique latine.org

L’Amérique latine, en ces débuts d’année, fait ses comptes en homicides. Les services compétents des différents pays ont rendu publics des chiffres sans doute parmi les pires. Cette pornographie criminelle ne fait pourtant pas la une des journaux. Mais il est vrai que la grande presse latino-américaine est achetée par des lecteurs qui vivent pour la plupart dans des quartiers fermés et protégés. Il est vrai aussi que la plupart des Latino-Américains cohabitent avec la mort, acceptée comme une sorte de fatalité.

Conceptions précolombiennes, idéologie catholique baroque et sentiment d’impuissance face au crime et à l’impunité ont imprégné les mentalités. Au Mexique, la camarde (image allégorique de la mort) est devenue ces derniers temps une divinité en soi, la « Santa Muerte ». Sympathies et rituels traditionnels ont créé une sociabilité tranquille entre défunts et vivants un peu partout sur le continent. Les Argentins vont en nombre fumer au cimetière de la Chacarita : ils coincent une cigarette entre l’index et le majeur de la statue imposante de Carlos Gardel, étoile historique du tango, avant d’allumer la leur. Les Colombiens ont socialisé leurs cimetières, lieux culturels où se revitalisent les mémoires mortes, lieux de recueillement festif où les familles viennent accompagnées de musiciens partager avec le défunt les rengaines qui lui plaisaient. Les Ticos (Costariciens) passent devant la tombe d’un curé, à l’entrée de l’église de campagne de Barva, l’index de la main droite sur les lèvres, recommandant au passant de respecter le sommeil du gisant. Et tous les curieux d’Amérique latine ont entendu parler du rapport si particulier entretenu par les Mexicains avec la mort, où la Toussaint est l’occasion de festivités familiales et conviviales dans les cimetières. La catrina [1], squelette coiffé d’un chapeau de grande dame, emblématique de l’événement, est revendiquée par tous.

Mais que disent les chiffres révélés ces derniers jours par diverses institutions ? Que cache l’exécution de la conseillère Marielle Franco ? Le Conseil citoyen mexicain pour la sécurité publique et la justice pénale vient de divulguer la liste des cinquante villes les plus dangereuses du monde. Sur 50 localités, 42 seraient latino-américaines : 17 brésiliennes, 12 mexicaines, 5 vénézuéliennes, 3 colombiennes, 2 honduriennes, 1 guatémaltèque, 1 portoricaine et 1 salvadorienne. Les cinq villes classées en tête auraient des taux d’homicide dépassant 100 pour 100 000 habitants. Les taux équivalents en Europe sont en moyenne entre 1 et 2 pour 100 000 habitants. Ces valeurs sont corroborées par les données nationales communiquées par ailleurs. Au Mexique, les autorités officielles (c’est-à-dire le SNSP, Système national de sécurité publique) ont signalé 29 159 homicides pour l’année 2017.

Le quotidien colombien El Tiempo a établi, dans son édition du 13 mars 2018, la liste des pays américains les plus affectés en 2017, à savoir : le Venezuela (taux d’homicide de 89 pour 100 000) ; le Salvador (60 pour 100 000) ; la Jamaïque (55,7 pour 100 000) ; le Honduras (42,8 pour 100 000) ; et le Brésil (29,7 pour 100 000). Ces violences affectent le quotidien et menacent la démocratie. Au Brésil, le PCC (premier commando de la capitale), « cartel » de São Paulo, a déclaré la guerre au Commandement rouge de Rio et à la Famille du Nord (FDN) dans le Nordeste.  Les forces de police, loin d’aider à sécuriser les villes, ajoutent de la peur et de l’insécurité : éléments troubles, agents à double éthique, « miliciens » qui ont la gâchette facile. En Colombie, actuellement en période d’élections, plusieurs dizaines de syndicalistes, responsables associatifs, anciens guérilleros des FARC ont été assassinés. Le médiateur colombien a publié début mars 2018 la carte des 325 municipalités plus ou moins contrôlées par des groupes délinquants, éliminant physiquement les acteurs et défenseurs de la société civile. Le 13 mars 2018, le Secrétaire mexicain en charge des affaires intérieures a signalé qu’environ une trentaine de candidats aux élections municipales et locales du 1er juillet prochain avaient été victimes de criminels.

La Cepal (Commission économique pour l’Amérique latine) se félicite du retour de la croissance en Amérique latine. La grande presse et les publications s’adressant aux milieux d’affaires égrènent depuis quelques semaines des colliers de bonnes nouvelles. Au Forum économique mondial de Brasilia, le 11 mars 2018, les annonces optimistes se sont succédé : Brésil, +2,4 % ; Chili +2,8 % ; Colombie, +2,6 % ; Mexique, +2,4 % ; Uruguay, +3,2 % ; Bolivie, +4 % ; Paraguay, +4 % ; République dominicaine, +5,1 % ; Panama, +5,5 %. Bien sûr, il y a quelques pays, selon les mêmes sources, qui restent à la traîne : Argentine, Équateur et Venezuela. Pour autant, cela ne permet pas de comprendre les tendances haussières parallèles de l’économie et des homicides.

La Secrétaire générale de la Cepal propose une explication : la croissance devrait préserver les acquis sociaux des années où les pays étaient gouvernés par des forces progressistes. Selon elle, l’arrivée de la droite au pouvoir en Argentine, au Brésil, au Pérou ou au Paraguay « a favorisé la reprise économique, mais avec des conséquences sociales négatives ». Les équilibres budgétaires ont priorisé la contraction des dépenses sociales et collectives, faisant ainsi retomber des milliers de Latino-Américains dans la précarité sociale. D’autant plus, toujours selon la Cepal, que cette croissance est pauvre en créations d’emplois. Le taux de chômage absolu attendu en 2018 serait de 9,4 %, et même de 18 % chez les jeunes. Dans l’attente, le pouvoir brésilien déploie son armée dans les quartiers pauvres de Rio. L’insécurité policière est venue s’ajouter à une insécurité sociale croissante. Mais du Brésil au Mexique, en passant par l’Argentine, la presse d’affaires préfère dénoncer une menace « Castro-chaviste ».

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

[1] L’image de la catrina a été popularisée par le grand peintre muraliste mexicain et communiste, Diego Rivera. Son mural, Sueño de una tarde dominical en la Alameda a été reproduit grandeur nature à Lyon dans le 7e arrondissement, de 2007 jusqu’à sa démolition début 2018.

Retour de l’extrême droite aux présidentielles salvadoriennes de 2019 ?

Au Salvador, les élections législatives, soit 84 députés, et municipales  262 municipalités au total du 4 mars dernier montrent un net revers pour le FMLN (Front Farabundo Martí de libération nationale, gauche) au pouvoir, et le retour du Parti ARENA (Alliance républicaine nationaliste) qui espère reprendre la présidence lors des élections d’avril 2019.

Photo : Criterio

Le fort recul du FMLN [1] au pouvoir depuis 2015 serait dû à trois raisons majeures : l’usure habituelle d’un parti au pouvoir, un mécontentement populaire exprimé par une abstention massive (70 %) et les menaces états-uniennes d’expulser des dizaines de milliers de migrants. N’ayant pas de majorité au Congrès (aux mains des oligarchies), avec un pouvoir judiciaire et les grands médias clairement dans l’opposition, toutes les tentatives de réformes des structures économiques et sociales ont été neutralisées.

Les résultats

Les électeurs devaient élire 84 députés au Congrès unicaméral. ARENA (extrême droite) obtient 38 sièges, FMLN (gauche) 22, PCN 10, GANA 9, PDC 3 (tous les trois à droite), CD 1, autre 1. Quant aux 262 municipalités, ARENA en contrôlera 138 (où vivent 66 % de la population) dont celle de la capitale, San Salvador, arrachée au FMLN. Ce dernier ne contrôlera plus que 69 mairies (15 de moins qu’en 2015). Ensuite, le PCN obtient 27 mairies (9 de plus) et GANA 24.

Les erreurs du gouvernement FMLN

Le bilan du président Salvador Sánchez Cerén n’est pas si négatif si l’on se rappelle qu’il existe aujourd’hui une meilleure distribution des revenus et une nette diminution de la violence des bandes criminelles, les maras.  Malgré les progrès sociaux réels, les organisations de base avaient attiré son attention sur le manque d’écoute envers les revendications sociales. Le retrait des subventions au système de pension, ou les taxes sur les téléphones par exemple, ont affecté classes moyennes et secteurs populaires. Le candidat présidentiel du FMLN pour les élections présidentielles de l’année prochaine, Gerson Martínez, estime que, si le peuple a envoyé un message clair à tous les partis (70 % d’abstention), la leçon est particulièrement destinée au FMLN : « Le parti et la direction [le gouvernement] ont des responsabilités : le gouvernement pour avoir pris des décisions erronées et s’être éloigné du peuple, et le parti pour ne pas avoir réagi et corrigé ces erreurs. » Il demande au parti d’effectuer des changements et de développer un processus de rénovation.

La droite contrôle tout !

Suite à ces élections, les partis de droite (ARENA, PCN et PDC) nommeront très vite les membres des institutions : le Congrès, la Salle constitutionnelle, le procureur de la République, les magistrats de la Cour des comptes et le procureur de défense des Droits de l’Homme. Leur influence atteindra aussi le Pouvoir judiciaire et le Ministère public.

Un des candidats favoris d’ARENA pour la présidentielle de 2019, l’homme d’affaire Javier Simán, a déjà donné une idée de l’orientation de la politique du parti : le rapprochement avec les États-Unis. Depuis Washington où il se trouve « en visite pour montrer aux États-Unis que nous travaillons pour un changement », il a déclaré qu’il était « important de maintenir une discussion permanente [avec les USA] et d’avoir une équipe de haut niveau au sein de l’ambassade, qui puisse informer les congressistes US sur ce qu’il se passe dans notre pays. Cela a été négligé. [Avec le FMLN], l’ambassade salvadorienne a été absente de l’environnement politique à Washington ».

Bientôt les présidentielles

En avril 2019, les électeurs éliront leur nouveau président. À gauche, le président Sánchez Cerén a déjà annoncé « des modifications » dans le parti « pour changer beaucoup des choses que la population estime mauvaises » et ainsi peut-être gagner les élections. À droite, les trois principaux partis sont déjà convaincus qu’ils seront les vainqueurs. Le parti ARENA a demandé à ses alliés de voter pour leur candidat aux prochaines primaires. Ce n’est pas sûr qu’ils accepteront. Les jeux sont donc encore loin d’être faits…

Jac FORTON

[1] FMLN : Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional (gauche). ARENA : Alianza Republicana Nacionalista (extrême droite). PCN : Partido de Concertación Nacional (droite). PDC : Partido Demócrata Cristiano (droite). GANA : Gran Alianza por la Unidad Nacional (centre). CD : Cambio Democrático.

Grave recul des droits humains selon le Rapport 2018 d’Amnesty International

Dans l’ensemble de la région des Amériques, un très grand nombre de personnes sont confrontées à une crise des droits humains de plus en plus grave, exacerbée à la fois par la dévaluation des droits humains en droit, en politique et en pratique, et par le recours croissant aux politiques de diabolisation et de division. Ce recul des droits fondamentaux a renforcé la méfiance à l’égard des autorités et des systèmes judiciaires nationaux.

Photo : Amnesty France

Le Rapport 2018 publié la semaine dernière par l’association de défense des droits humains traite de 159 pays. Selon Amnesty, au lieu de s’appuyer sur les droits humains pour rendre l’avenir plus juste, beaucoup de gouvernements sont revenus à des politiques répressives, utilisant de manière abusive leurs forces de sécurité et leur appareil judiciaire pour faire taire la contestation et les critiques. De même, ils laissent la pratique généralisée de la torture et d’autres mauvais traitements se poursuivre en toute impunité ; ils ne font rien pour lutter contre les inégalités, la pauvreté et la discrimination omniprésentes et entretenues par la corruption, l’absence d’obligation de rendre des comptes et les défaillances de la justice.

En Amérique latine

Dans l’ensemble de la région, les actes de violence sont souvent favorisés par la prolifération des armes illicites de petit calibre et la progression de la criminalité organisée. La violence à l’égard des personnes LGBTI, des femmes, des filles et des peuples indigènes est fréquente. Selon un rapport de l’ONU, l’Amérique latine et les Caraïbes demeurent la région la plus violente du monde pour les femmes, en dépit de lois draconiennes adoptées pour résoudre cette crise. La région continue d’afficher une augmentation inquiétante des menaces et d’attaques visant des défenseurs des droits humains, des militants des droits fonciers, des dirigeants de communautés et des journalistes, y compris par le biais d’une utilisation abusive de l’appareil judiciaire.

Un très grand nombre de personnes ont fui leur foyer pour échapper à la répression, à la violence, à la discrimination et à la pauvreté. Beaucoup ont subi d’autres atteintes aux droits humains pendant leur périple ou à leur arrivée dans d’autres pays de la région. L’incapacité des États à faire respecter les droits humains a laissé plus de latitude aux acteurs non étatiques pour commettre des crimes de droit international et d’autres violations. Parmi ces acteurs figurent des organisations criminelles, qui contrôlent parfois des territoires entiers, souvent avec la complicité ou l’assentiment des forces de sécurité. Des entreprises nationales et multinationales ont essayé de s’emparer des terres et des territoires de communautés indigènes et paysannes. L’absence de protection des droits économiques, sociaux et culturels a fait souffrir énormément de personnes.

Exprimer ses opinions devient dangereux

Selon Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, « en 2018, nous ne pouvons certainement pas tenir pour acquise la liberté de nous rassembler pour protester ou celle de critiquer nos dirigeants. En fait, il devient de plus en plus dangereux d’exprimer ses opinions… Les autorités poursuivent sans relâche les personnes qui se sont mobilisées pour les droits humains. Un nombre sidérant et croissant de militants sont tués : 312 homicides ont été enregistrés en 2017, contre 281 l’année précédente… »

L’organisme souligne la tendance à la criminalisation de la protestation, les détentions arbitraires en augmentation, les morts dans des contextes de manifestations sociales et la discrimination croissante envers les peuples originels lorsque les autorités utilisent des procédures pénales pour les harceler.

De l’espoir cependant

Pour Amnesty, le déni croissant des droits fondamentaux n’a pourtant pas été synonyme de désengagement. Le malaise social naissant a incité des personnes à descendre dans la rue, à défendre leurs droits et à réclamer la fin de la répression, de la marginalisation et de l’injustice. En dépit des efforts déployés par certains États pour fermer des ONG, entraver le travail des médias, restreindre le droit des personnes à manifester, et emprisonner des personnes menant des campagnes, les gens ont refusé de se taire. Dans ce climat de peur et d’intimidation, « il est plus important que jamais de continuer de faire entendre notre voix ».

Jac FORTON *

  • Textes repris du Rapport 2018.  Site AI France

« L’immigration est un droit, pas un crime ! » La grande marche des immigrés au Chili

Intégration plutôt que criminalisation. À la veille d’un débat au Congrès concernant les nouvelles lois sur l’immigration, des centaines de « migrantes » résidant au Chili ont manifesté, la semaine dernière, dans les rues de Santiago au cri de « Aucun être humain n’est illégal ».

Photo : Rosana Goitía Emol

Les pays de l’Amérique du sud ont toujours été des pays d’immigration. Jusqu’à présent, il s’agissait surtout de colons venus d’Europe, du Moyen-Orient et, dans une moindre mesure, d’Asie. Le Chili est redevenu une terre d’immigration, mais cette fois en provenance des autres pays du continent :  Péruviens (21 %), Colombiens (18 %), Haïtiens (16 %), Vénézuéliens (15 %) et Boliviens (13 %) sont les principaux nouveaux arrivants. Il y aurait environ 600 000 étrangers au Chili, un pays de 17 millions d’habitants. La majorité des demandeurs de visa recherchent du travail, le pays étant considéré comme plutôt développé du point de vue économique et stable du point de vue politique.

Les futures lois d’immigration du nouveau gouvernement

Le Congrès chilien est sur le point de définir de nouvelles lois sur l’immigration. Mais l’incertitude règne, car le nouveau gouvernement mené par le conservateur Sebastián Piñera et le nouveau Congrès prendront leurs fonctions le 10 mars, ce qui pourrait changer la donne. La crainte des associations est que les migrants soient criminalisés plutôt qu’intégrés au marché de l’emploi. Dans une interview à Radio Cooperativa, le directeur du Service jésuite aux migrants, Pablo Valenzuela, recommande au nouveau gouvernement « d’envisager la migration depuis le point de vue des droits humains » et d’écarter celui de la criminalisation. C’est pour se rappeler au bon souvenir de la population que les migrants ont marché dans les rues de Santiago : « Nous contribuons au développement et à la richesse du pays ».

« Nous sommes des travailleurs, pas des délinquants »

Les immigrés sont souvent accusés de tous les maux qui affectent un pays. Les difficultés rencontrées par une partie toujours plus importante de la population, liées à la crise de légitimité du néolibéralisme, à la dégradation des services publics et à l’augmentation des inégalités depuis la crise financière provoquée par les banques en 2008, un phénomène également connu en Europe, attise l’hostilité envers les migrants. Sans oublier des discours politiques opportunistes et racistes qui veulent en faire un bouc émissaire. Ceci est vrai tant au Chili que dans le reste du monde… Une des revendications majeures des marcheurs était « Amnistie migratoire », c’est-à-dire une demande de régularisation des situations. Certains migrants résident et travaillent au Chili depuis plusieurs années, mais sont toujours considérés comme « illégaux », ce qui favorise leur exploitation par des patrons peu scrupuleux. L’objectif de la manifestation est de déclarer que « les migrants veulent faire partie de la solution, pas du problème ».

Jac FORTON

« À vos agendas » – Semaine 8

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du 19 au 25 février.

Déposez votre annonce

LUNDI 19 FÉVRIER – 19 h – PARIS 7e

Rencontre avec Elsa Osorio à l’occasion de la parution aux Éditions Métailié de son dernier livre, Double Fond

Qui est Juana ? Une militante révolutionnaire qui a trahi ? Une mère qui échange sa vie contre celle de son enfant ? Ou la prisonnière d’un cauchemar qui tente de survivre ? Une femme est retrouvée noyée près de Saint-Nazaire. La jeune journaliste locale ne croit pas à la thèse du suicide et remonte le fil : elle découvre l’horreur de la dictature argentine. Avec Laura Alcoba (écrivaine), François Gèze (éditeur) et Carlos Schmerkin (Assemblée de Citoyens Argentins en France). À la Maison de l’Amérique latine, 217 Bd St-Germain, Paris 7e. Plus d’infos

LUNDI 19 FÉVRIER – 11 h 30 – GENÈVE

« La Colombie vers la paix » : rapport sur la mission d’observation de la mairie de Genève

Invité à se rendre sur place par la Commission de paix du Sénat de la République de Colombie et la Coalition Colombie-Europe-États-Unis pour visiter le processus de paix, M. Rémy Pagani, Maire de Genève, présente son livre. En présence de Julie Dardel de l’association Turpial, de Melik Özden, directeur du CETIM, et de Franklin Castañeda, du Comité de solidarité avec les prisonniers politiques et membre de la Commission de Garanties de Sécurité des Accords de paix de La Havane. Au Palais Eynard, 4 rue de la Croix-Rouge, Genève.

MARDI 20 FÉVRIER – 20 h – PARIS 14e

Avant-première du film Un cheval nommé Éléphant / Un caballo llamado elefante d’Andrés Waissbluth

Synopsis : un grand-père au seuil de la mort demande à ses petits-enfants de libérer leur cheval « Éléphant » avant de le vendre. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est le vol du cheval par un homme qui décide de l’emmener dans le cirque où il est employé. Les enfants décident de se faire embaucher dans le cirque pour essayer par tous les moyens de le récupérer même si cela met leur vie en danger. Au cinéma Les 7 Parnassiens, 98 Bd Montparnasse, Paris 14e

MERCREDI 21 FÉVRIER – 9 h 30 – PARIS 6e

Lancement du Rapport annuel d’Amnesty International. Bilan complet des droits humains dans le monde

Selon le rapport, 2017 est l’une des années ayant eu le plus d’impacts sur les droits humains. Des décideurs politiques ont tenu des discours de haine, se sont battus contre les droits humains, ont ignoré des crimes contre l’humanité et ont littéralement laissé croître les inégalités. Ces injustices ont provoqué de massives protestations, montrant que la volonté de résister est toujours aussi forte. Aux Beaux-Arts de Paris, 14 rue Bonaparte, Paris 6e. Plus d’infos

MERCREDI 21 FÉVRIER – 19 h 30 – PARIS 1e

Concert du Manuel Villarroel Trio accompagné par Juan Villarroel et Baptiste Thiébault 

Ce nouveau Trio de Jazz acoustique dirigé par Manuel Villaroel accompagné des musiciens  Juan Villarroel à la contrebasse et Baptiste Thiébault à la batterie, présente des compositions originales inspirées par les origines sud américaines de Manuel Villarroel et par le jazz contemporain. Au Sunset-Sunside Club, 60 rue des Lombards, Paris 1e.

 DU 23 FÉVRIER AU 3 MARS – PARIS 7e

Exposition « Le feu de la terre » de la céramiste chilienne Silvia Camposano à l’Ambassade du Chili à Paris

Ses sculptures sont réalisées à partir des cendres volcaniques. Si elle utilise les techniques traditionnelles de la poterie et son matériau principal est le grès, elle s’aventure dans la fusion de matériaux en introduisant divers éléments tels que le métal. Du lundi au jeudi de 11 h à 18 h et le vendredi de 11 h à 13 h et de 14 h à 16h à l’Ambassade du Chili, 2, av. de la Motte-Picquet, Paris 7e.

 

La lutte sans fin contre la corruption des gouvernants au Guatemala. Un troisième président mis en examen

Après la démission forcée de l’ancien président Otto Pérez Molina et les accusations contre l’actuel président Jimmy Morales, c’est au tour de l’ancien président Álvaro Colom d’être mis en examen pour une affaire de corruption liée à l’achat de centaines d’autobus sous son mandat.

Photo : Álvaro Colom/Voanews

En 2015, le président Otto Pérez Molina (2012-2015) et sa vice-présidente Roxana Baldetti durent démissionner devant le Palais présidentiel sous la pression de dizaines de milliers de Guatémaltèques lassés de la corruption aux plus hauts niveaux de l’État. Ils avaient été accusés de fraude fiscale, d’enrichissement personnel et d’association de malfaiteurs suite à un mécanisme de corruption appelé « La Ligne » (téléphonique) par laquelle des entrepreneurs contactaient un département secret des douanes pour « négocier » des taxes d’importation dont les bénéfices étaient ensuite répartis entre 28 hauts fonctionnaires dont le président et sa vice-présidente. L’enquête avait été menée par le Ministère public, la Procureure Thelma Aldana, et la CICIG (Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une institution dépendant des Nations unies). Les procès n’ont toujours pas été ouverts.

Jimmy Morales, actuel président, accusé de corruption

Élu sur « le changement » et « la lutte contre la corruption », l’actuel président Jimmy Morales a bien déçu ses électeurs. Non seulement, cette « lutte contre la corruption » est plutôt invisible mais il est lui-même accusé de corruption par la Procureure Aldana et la CICIG. Le directeur de celle-ci, le Colombien Iván Velásquez, est dans le viseur de Morales qui a voulu l’expulser du pays. Le tollé national et international l’a obligé à faire marche arrière. Ce qui prouve que le Ministère public guatémaltèque assisté par la CICIG sont de plus en plus efficaces dans leur bataille contre la corruption.

La Procureure Thelma Aldana avait demandé au Congrès de lever l’immunité présidentielle de Jimmy Morales pour pouvoir enquêter sur une accusation de financement électoral illicite en faveur du candidat présidentiel d’alors. Non seulement le Congrès avait refusé mais il avait approuvé une loi qui aurait permis au président ou aux membres du Congrès de ne pas être envoyés en prison s’ils étaient condamnés pour les délits dont ils étaient accusés ! La Cour constitutionnelle n’a pas permis que ces propositions deviennent lois mais, depuis, toute l’administration cherche à expulser la CICIG et à démettre la procureure…

Álvaro Colom, troisième président sur la sellette pour corruption

L’ancien président Álvaro Colom (2008-2012) vient d’être détenu sur une accusation de fraude dans l’achat de centaines d’autobus destinés au service public de transport de la capitale lors de son mandat (on parle de 30 millions d’euros). Les prix d’achat auraient été surévalués. De plus, le parti du président (la UNE, Union nationale de l’Espoir, social-démocrate) avait présenté un projet de loi qui exonérait de la TVA et d’impôts l’achat de 3 500 véhicules. Cette loi avait ensuite été votée par 107 des 109 députés présents ! Neuf des anciens ministres de l’époque, accusés d’être partie prenante dans cette fraude éventuelle, ont également été détenus et mis en examen. Tout cela conforte l’opinion publique du « Tous pourris ! ».

Il s’agit ici aussi d’une enquête menée par le Ministère public et la CICIG, décidément bien plus actifs dans la lutte contre la corruption que toutes les promesses électorales du président Morales ! La corruption est un fléau national au Guatemala dénoncé depuis longtemps par les organisations de défense des droits humains dans le pays et internationalement. Ce qui enrage les citoyens, c’est qu’il semble que les plus corrompus se trouvent toujours aux plus hauts niveaux de l’État, ceux-là mêmes qui devraient lutter contre ce fléau. Reverra-t-on, malgré la répression, les électeurs redescendre dans la rue pour exiger leur démission ?

Jac FORTON

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