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Ravagnani, Vallejo

Résultat du premier tour de l’élection brésilienne : Bolsonaro contre Haddad au second tour

Deodato Ramalho, avocat et président du Parti des travailleurs (PT) à Fortaleza, nous livre son analyse à la suite du premier tour des élections brésiliennes qui a eu lieu le 7 octobre. Militant engagé au PT depuis 1987, il participe activement à cette campagne électorale historique pour le Brésil. Le deuxième tour aura lieu le 28 octobre prochain.

Photo : O Sul

L’élection présidentielle brésilienne, dont le premier tour a eu lieu le 7 octobre dernier, est apparue extrêmement polarisée, fortement influencée par le poids des grands médias nationaux, qui ont une fois de plus entraîné la radicalisation des discours les plus conservateurs de la société brésilienne. L’élection de 2018 a en réalité fait l’objet d’une lutte acharnée depuis quatre ans. Le premier point d’orgue s’est produit avec la destitution de la présidente de l’époque, Dilma Roussef (Parti des Travailleurs, PT), et le deuxième épisode est en train de se dérouler depuis les 45 derniers jours de l’élection présidentielle. Les médias, très partisans, ont largement contribué dans leurs JT quotidiens à la diabolisation du PT et de son leader Luiz Inácio Lula da Silva. Cette diabolisation a ainsi alimenté «l’antipétisme» et devait servir initialement à faciliter la candidature de centre-droite de Geraldo Alckmin (Parti de la sociale démocratie brésilienne, PSDB). Dans un premier temps, le charisme de l’ancien président Lula suffisait à contrecarrer ces manœuvres venues des sphères politiques, médiatiques et judiciaires, maintenant ainsi le Parti des travailleurs en lice pour la cinquième fois consécutive à l’élection présidentielle.

Au début de cette campagne, la candidature du député d’extrême-droite Jair Bolsonaro a été négligée, à la fois pour ses propositions quelque peu exotiques et pour la faiblesse structurelle de sa formation politique. Sa candidature, facilitée par la mise à l’écart du favori des sondages Lula, a profité ensuite du profond désarroi de l’électorat et a fini par occuper tout l’espace politique, auparavant réservé au centre et en particulier au PSDB. L’intense diabolisation et la criminalisation des politiques par les médias -et plus spécifiquement par Rede Globo (principal média au Brésil)- a ouvert un espace énorme aux discours extrémistes, faisant apparaître le candidat d’extrême droite comme le seul capable d’incarner une alternative crédible au PT. Alors que l’antipétisme séduisait traditionnellement plutôt les élites économiques de la société, ce mouvement a peu à peu gagné les classes moyennes. Il a même conquis les classes les plus pauvres de la société, qui font face à un taux de criminalité élevé et qui ont été séduites par la promesse d’un retour immédiat de l’ordre public en recourant à des méthodes fortes, promesses accompagnées de discours virulents à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme.

Grâce à ce discours populiste réactionnaire, défendant la famille traditionnelle, promettant une lutte sans merci à la criminalité et prônant une économie de marché totalement libéralisée, la campagne de l’extrême droite n’a eu de cesse de se renforcer, malgré le faible niveau intellectuel de son candidat, qui n’a même pas été capable au cours de cette campagne de prononcer ne serait-ce qu’un seul discours raisonnable quant à la compréhension des problèmes nationaux. En ce sens, le candidat d’extrême droite a vu paradoxalement sa campagne largement facilitée par l’attaque au couteau qu’il a subie de la part d’un individu présentant des troubles mentaux et qui n’a pas supporté le discours sexiste, raciste et homophobe du candidat. Cette agression est à mettre en perspective avec le signe de ralliement des militants de Bolsonaro qui consiste à imiter de la main la forme d’un pistolet pour promouvoir la libéralisation du port d’armes.

Avec la candidature de Fernando Haddad, ancien préfet de São Paulo, économiste, avocat, philosophe et professeur à l’université, qui a remplacé à la dernière minute la candidature invalidée de Lula par le Tribunal supérieur électoral à la suite d’une série de recours qui se sont prolongés jusqu’au 10 septembre, la campagne pétiste s’est surtout concentrée pour convaincre les électeurs pro-Lula. Les sondages indiquaient en effet un soutien de près de 39% des électeurs et une possible victoire dès le premier tour. Le transfert de votes Lula/Haddad a dans un premier temps dépassé toutes les attentes mais a ensuite été le centre de toutes les attaques, non seulement de la part du bord conservateur, par l’intermédiaire d’une forte présence sur les réseaux sociaux assortie d’une batterie de fake news, mais aussi de la part du candidat de centre droite Geraldo Alckmin (PSDB), adversaire traditionnel du PT, et même de la part des candidats de centre gauche, comme les anciens alliés du PT Ciro Gomes (PDT) et Marina Silva (Parti écologiste).  

La virulente campagne antipétiste a ainsi puisé sa force dans le discours traditionnel conservateur hérité de la guerre froide, d’un anticommunisme primaire, décuplé cette année par l’usage des réseaux sociaux et par la profusion de fake news qui ont exploité le registre anticommuniste et des questions d’ordre moral et religieux.

Il est certain que cette campagne présidentielle a été la plus idéologisée de l’histoire brésilienne. Elle a d’ailleurs occulté les questions traditionnelles sur la lutte des classes ou sur les infrastructures nationales au profit d’une confrontation gauche-droite où les valeurs démocratiques ont été mises à l’épreuve : de grands médias se sont avérés clairement partisans, une justice sélective a divulgué à une semaine de l’élection la délation récompensée d’un ancien ministre de Lula et Dilma, accusé de faits de corruption, provoquant un écho médiatique énorme sans le moindre espace pour contredire les faits. La délation, qui avait en fait eu lieu en avril 2018, a ensuite été rejetée par le ministère public fédéral pour manque de preuves. Cette délation avait d’ailleurs été remise sur le devant de la scène par le juge Sergio Moro dont la juridiction particulièrement partiale a déjà été dénoncée par de grands juristes nationaux et internationaux.

La forte polarisation politique a placé au centre du débat les discours violents de Bolsonaro et de ses partisans lors des manifestations publiques, qui ont très souvent fait référence à l’usage des armes, leitmotiv de cette campagne. Cette polarisation s’illustre bien par les forts taux de rejet vis-à-vis de l’ensemble des candidats. Les favoris des intentions de vote, par l’effet de polarisation, présentaient également les plus forts taux de rejet.

La veille de l’élection, les enquêtes d’opinion ont mis en évidence une augmentation soudaine de 6 points en faveur de Bolsonaro (passant de 28% à 34%) et une perte de 1 point pour Haddad (de 22% à 21%), faisant planer le spectre d’une victoire de l’extrême droite dès le premier tour grâce à la recrudescence des campagnes de Gomes (centre gauche) et Alckmin (centre droit) contre celle de Haddad. La stratégie des candidats centristes était de convaincre les électeurs qu’ils étaient les seuls capables de vaincre les extrêmes au second tour. Malgré la forte influence des enquêtes d’opinion exercée habituellement dans les élections brésiliennes et malgré l’appel au vote utile, les deux candidats du centre n’ont pas pu empêcher le scénario qui semblait inéluctable depuis le début : un second tour entre Bolsonaro et Haddad.

Le Brésil compte le troisième électorat au monde avec 147 millions d’électeurs. Avec 107 millions de votes valides (alors que le vote est obligatoire), le résultat du premier tour fait apparaître un grand équilibre entre les forces politiques. Bolsonaro obtient 46% des votes tandis que l’ensemble des candidatures classées à gauche recueillent 43%.

La stratégie adoptée par Alckmin et par Gomes pour récupérer les «votes utiles» n’a finalement pas porté ses fruits. Dans le cas d’Alckmin, elle se montre même désastreuse car le «vote utile» se retourne contre lui avec la fuite de son électorat le plus conservateur et antipétiste vers le candidat d’extrême droite, d’après les projections pour le second tour réalisées le 10 octobre 2018.  

Fortaleza, 8 octobre 2018.

Deodato RAMALHO,
Avocat et président 
du Parti des travailleurs de Fortaleza (Ceara)
Traduit par Gabriel VALLEJO

Le pape François exclut de l’Église le prêtre chilien Fernando Karadima accusé d’abus sexuels

Fernando Karadima, un ancien prêtre chilien charismatique, avait été condamné une première fois par l’Église en 2011 à une vie de «prière et de pénitence» après s’être rendu coupable d’abus de mineurs. En démettant de l’état clérical Karadima, le pape lui inflige la peine maximale et tente de rectifier le tir après le voyage catastrophique du souverain pontife au Chili au début de l’année 2018.

Photo : Rome report

Le Vatican a annoncé vendredi dernier la «décision exceptionnelle en conscience et pour le bien de l’Église» de démettre de l’état clérical le prêtre chilien Fernando Karadima, une des figures les plus emblématiques du clergé chilien, connu pour ses liens étroits avec les élites politiques et économiques du pays dans les années 1980. Aujourd’hui âgé de 88 ans, il avait été jugé une première fois en 2011 par la justice chilienne pour des actes de pédophilie dans les années 1980 et 1990 avec un classement sans suite pour prescription des faits. L’énorme impact des témoignages de quatre victimes à la télévision en 2010 avait conduit la justice religieuse à condamner Karadima à se retirer pour «une vie de prière et de pénitence» à l’issue d’une procédure canonique au Vatican.

Vendredi dernier, le pape François a alourdi la peine à son niveau maximal, en dispensant «El Santo» de toutes ses obligations ecclésiales. Pourquoi cette décision tardive, sept ans après que l’Église du Chili a demandé pardon pour toutes les agressions sexuelles d’enfants commises par les membres du clergé ? Cette affaire est revenue sur le devant de la scène en 2015 lorsque le pape a décidé de nommer Mgr Juan Barros, évêque d’Osorno, alors qu’il était soupçonné d’avoir couvert les agissements de Fernando Karadima. Lors de sa visite au Chili en début d’année 2018, le pape argentin avait pris la défense de Mgr Barros, réclamant des preuves de son implication. Cette prise de position a suscité l’indignation et le voyage papal a vite tourné au désastre, Barros apparaissant comme le symbole de l’impunité et de l’omerta qui règne dans les rangs du clergé en ce qui concerne les scandales de pédophilie.

Revenu à Rome fin avril, le pape retourne finalement sa soutane. Il s’entretient avec trois victimes de Fernando Karadima puis convoque mi-mai la trentaine d’évêques du Chili pour trois jours de réflexion, à l’issue desquels ils ont tous remis leur démission. Le pape a depuis accepté sept de ces démissions, dont celle de Mgr Barros. L’étau se resserre donc autour de l’Église catholique chilienne en pleine tourmente. Le scandale a pris de l’ampleur cette année avec 119 enquêtes en cours pour agressions sexuelles présumées visant le clergé catholique.

D’une manière plus globale, la «tolérance zéro» promise par le pape François en 2013 lors de son intronisation est encore loin d’être d’actualité, malgré quelques avancées dans la reconnaissance des victimes. La crise semble loin d’être achevée, comme en témoignent les scandales récents non seulement au Chili, mais aussi en Allemagne et en Pennsylvanie.

Gabriel VALLEJO

Fernando Haddad, remplaçant de Lula, a trois semaines pour arracher la victoire

L’ancien maire de São Paulo voit sa cote progresser depuis qu’il a officiellement remplacé l’ancien président Lula, emprisonné pour corruption depuis avril et empêché de se présenter. Le premier tour de la présidentielle a lieu le 7 octobre, ce qui ne lui laisse plus que trois semaines pour mener une campagne éclair et remporter la victoire face à ses adversaires politiques.

Photo : Brésil 247

L’illustre leader du Parti des travailleurs (PT, gauche) a fini par se résigner. Condamné à 12 ans de prison et incarcéré depuis le mois d’avril pour corruption et blanchiment d’argent, l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2010) n’a cessé de clamer son innocence et a multiplié les recours pour pouvoir participer à l’élection présidentielle brésilienne. «Je veux demander, du fond de mon cœur, à tous ceux qui auraient voté pour moi, qu’ils votent pour notre camarade Haddad.» Après des mois de vaine bataille judiciaire, il a finalement choisi de donner sa bénédiction le 11 septembre dernier à Fernando Haddad, remplaçant officiel de dernière minute à seulement cinq semaines du premier tour.

Qui est ce candidat ? C’est la question que se posait sans doute une partie du Brésil il y a deux semaines à peine. L’ex-enseignant en sciences politiques à l’Université de São Paulo (USP) était devenu une des figures montantes du PT dans les années 2000. Il a d’abord assumé la fonction de ministre de l’Éducation entre 2005 et 2012, sous les gouvernements de Lula puis de Dilma Roussef, durant lesquels il a inauguré de nombreuses universités dans les régions reculées du pays. En 2013, il remporte les élections municipales à São Paulo, centre économique et plus grande ville du pays.

Malheureusement pour lui, cette ascension prometteuse a vite tourné à la déconvenue politique. Six mois après sa victoire à São Paulo, de grandes manifestations éclatent partout dans le pays contre la hausse des prix des tickets de bus, manifestations qui sont particulièrement virulentes dans la capitale pauliste. Les violences policières et la mauvaise gestion de la crise attisent les critiques de la part de ses opposants. Haddad finit par perdre piteusement les élections municipales en 2016, dès le premier tour, après un seul mandat.

Le concours de circonstance actuel le remet sur le devant de la scène, à l’échelle nationale cette fois-ci. C’est d’ailleurs le premier défi de taille auquel est confronté Haddad : se faire connaître au-delà de São Paulo, et en particulier dans le Nordeste, région pauvre du Nord-Est du Brésil et vivier électoral historique de Lula. Haddad multiplie les déplacements dans cette région et espère un report de voix massif de la part des électeurs de Lula, qui était crédité de 40% des intentions de votes le mois dernier, alors qu’il est en prison.

Bénéficiant de l’aura de Lula, Haddad progresse nettement dans les sondages, passant ainsi de 8% le 11 septembre à 16% dans le dernier sondage du 19 septembre. Cette progression spectaculaire, si elle se poursuit, pourrait lui permettre d’atteindre le second tour pour affronter le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro qui caracole en tête dans les sondages avec 28% des intentions de votes, loin devant les autres candidats comme Marina Silva (7%, parti écologiste), Geraldo Alckmin (9%, PSDB, centre droit) et surtout Ciro Gomes (13%, PDT parti démocratique travailliste de centre gauche), rival direct d’Haddad en vue du deuxième tour. En effet, si Bolsonaro semble presque certain d’atteindre le second tour, la deuxième place reste assez indécise et devrait se jouer entre Fernando Haddad et Ciro Gomes, un autre candidat qui a été ministre sous le gouvernement de Lula entre 2003 et 2006 puis qui s’est écarté du PT.

Pour se défaire de Ciro Gomes, Haddad compte imiter Dilma Roussef, peu connue au début de la campagne électorale de 2010 et qui avait finalement remporté l’élection grâce au soutien de Lula. Cependant, le scénario en 2018 est bien différent : l’image du PT a souffert des scandales de corruption à répétition et suscite un fort taux de rejet dans l’électorat de droite, et Haddad est accusé par ses détracteurs de n’être qu’un «pantin de Lula».

Paradoxalement, c’est donc Ciro Gomes qui aurait l’avantage lors d’un second tour alors qu’il n’est que troisième dans les sondages. Bolsonaro, avec ses propos sexistes, racistes, aux relents nostalgiques pour la dictature, suscite le rejet d’une partie de l’opinion, dont les femmes. Il serait donc battu face à Ciro Gomes d’après les sondages, malgré la couverture médiatique exceptionnelle dont il a bénéficié à la suite d’une attaque au couteau spectaculaire le 6 septembre dernier. En revanche, pour un duel Haddad–Bolsonaro au second tour, les résultats seraient beaucoup plus serrés, tant la polarisation est grande entre les électeurs du PT et de Bolsonaro. Il faudra voir de quel côté penche la balance : dans cette situation, l’aversion anti-PT pourrait bien être la plus forte et amener au pouvoir un «Trump brésilien» qui n’augure rien de bon.

Gabriel VALLEJO

Cuba sur de bons rails pour une économie plus ouverte dans le secteur ferroviaire

Pour la première fois depuis soixante ans, Cuba ouvre son réseau de chemins de fer aux capitaux privés et étrangers. L’objectif ? Moderniser les infrastructures ferroviaires et renforcer ce secteur stratégique pour le développement du pays. L’État poursuit petit à petit sa transition vers l’ouverture du marché.

Photo : Héctor González/Cuba Debate

Cuba s’apprête à ouvrir son réseau de chemins de fer au secteur privé à partir du mois prochain, quand entreront en vigueur les nouvelles réglementations publiques. Fin août, le gouvernement cubain a en effet rendu public un décret visant à réformer le transport ferroviaire, principal moyen de transport terrestre sur l’île. Ce texte «propose que le chemin de fer puisse être exploité totalement ou en partie par un ou plusieurs opérateurs ferroviaires […] et il peut s’agir d’une personne ou d’une entité juridique, nationale ou étrangère», a expliqué le conseiller juridique du ministère des Transports, Edmundo Ronquillo, au journal officiel Granma.

L’objectif du gouvernement est de rénover des infrastructures vieillissantes afin d’augmenter les capacités de transport de voyageurs et surtout de marchandises. Ce nouvel axe stratégique fait partie d’une série de réformes déterminantes pour le développement économique et social du pays. Le secteur ferroviaire est en effet aujourd’hui à la peine. Alors qu’il avait fait la gloire de l’île au XIXe siècle lorsque les premières lignes ont été installées en 1837, neuf ans avant l’Espagne, le réseau de chemin de fer a décliné dans les années 1990 à la suite de l’effondrement de l’URSS qui soutenait financièrement l’État communiste. L’état des voies s’est ensuite progressivement dégradé avec l’obsolescence des équipements.

Aujourd’hui, le réseau compte 4500 kilomètres de voies, gérées par la Compagnie nationale des chemins de fer de Cuba (FCC), et près de 7000 autres kilomètres appartenant à des complexes agricoles et industriels de l’État pour le transport du sucre. Une partie de ce réseau n’est d’ailleurs plus utilisée, à la suite de la fermeture d’un grand nombre d’usines ces dix dernières années.

Ce nouveau décret a déjà été précédé par plusieurs projets de modernisation du réseau ferroviaire, prévus jusqu’en 2030 et qui doivent permettre de relancer ce secteur où travaillent 21 000 personnes. L’État a ainsi d’ores et déjà signé plusieurs contrats avec la Russie pour acheter des locomotives. En juillet, un accord de 40 millions d’euros a été signé avec la SNCF pour moderniser les ateliers de maintenance et remettre en état des locomotives et des wagons.

L’ouverture progressive du système ferroviaire au secteur privé témoigne en tout cas d’un changement d’époque. Depuis avril, le nouveau président Miguel Díaz-Canel est à la tête de l’État cubain, dirigé pendant plus de cinquante ans par la famille Castro, d’abord par Fidel (1959–2008) puis par son frère Raúl (2008–2018). Même si le Parti communiste de Cuba (PCC) reste l’unique parti politique, il s’agit d’un changement important puisque l’actuel président de 57 ans est né après la révolution cubaine de 1959 et ne fait donc pas partie des révolutionnaires «historiques».

«L’actualisation du modèle socialiste cubain» voulue par Raúl Castro pendant les dix ans de sa présidence a déjà introduit de nombreux changements, comme le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis en 2015, la création d’habilitations à la propriété privée et des autorisations par licences pour travailler à son compte. Le dernier décret sur les infrastructures ferroviaires prolonge ainsi les réformes économiques déjà menées. Un nouveau projet de Constitution devrait par ailleurs être voté par référendum le 24 février 2019 pour reconnaître le rôle du marché et de l’activité privée dans l’économie. Cuba avance donc à petit pas vers l’économie de marché, à défaut d’y aller bon train.

Gabriel VALLEJO

Lula sortira-t-il de prison ? La tragicomédie brésilienne continue sur fond de rivalité entre juges

L’ancien président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, en prison depuis le mois d’avril, condamné à 12 ans pour corruption passive et blanchiment d’argent par le juge Sérgio Moro en charge de l’opération «Lava Jato», vaste opération anti-corruption menée depuis 2014, a été tout proche de retrouver la liberté le dimanche 8 juillet. Retour sur les multiples rebondissements autour de cette libération avortée.

Photo : El Siglo Durango

Ce dimanche agité mérite une explication simplifiée pour comprendre les allers et retours de la liberté de Lula. Rogério Favreto, le juge de seconde instance, en permanence, ordonne que Lula soit libéré le jour même. Cette décision a été motivée par la demande d’habeas corpus (le droit de ne pas être emprisonné sans jugement) présentée par les députés du Parti des Travailleurs, le parti de Lula.

En revanche, le juge de «l’opération Lava Jato», Sérgio Moro, qui était en vacances, envoie un communiqué à l’organisme où Lula est arrêté pour dire que le juge de seconde instance n’avait aucune autorité pour ordonner la remise en liberté de l’ancien président.

En réponse, Favreto ordonne à nouveau dans un deuxième communiqué la libération de Lula avec un délai d’une heure. Ce deuxième communiqué est justifié par l’existence de certaines inégalités dans la détermination de la prison de Lula. D’après Favreto, la condamnation de Lula manquait de raisonnement.

C’est alors le chef adjoint João Pedro Gebran Neto qui réfute l’ordre de Favreto et envoie un nouvel ordre pour que la décision de Favreto ne soit pas prise en compte. Une fois encore et le même jour, Favreto ordonne dans un troisième communiqué la libération de Lula.

Ce troisième ordre a gagné l’attention du président de la Cour fédérale qui, en réponse à celui-ci, a décidé de maintenir Lula en prison. Sa décision a été justifiée par le fait que le juge Favrelo n’a pas l’autorité pour décider de répondre à la demande d’habeas corpus. Comme point final à ce feuilleton, la Cour supérieure de justice a été saisie afin de juger les demandes de liberté de l’ex-président, ce qui n’a pas encore été fait.

Lula est un candidat majeur pour la prochaine élection présidentielle qui se tiendra en octobre 2018. Néanmoins, pour devenir un candidat officiel, il a jusqu’au 15 août pour présenter sa candidature, chose impossible à faire depuis la prison. La lenteur de la justice pour juger de l’habeas corpus témoigne de la guerre idéologique et politique menée entre les juges brésiliens afin de libérer ou de maintenir Lula en prison.

Lula a été condamné à 12 ans de prison pour «corruption passive» et «blanchiment d’argent» par le juge Sérgio Moro, en charge de l’opération Lava Jato, vaste opération anti-corruption menée depuis 2014. Il est accusé d’avoir bénéficié d’un luxueux appartement par l’intermédiaire d’une entreprise de BTP. D’un coté, l’accusation n’a jamais réussi à prouver que l’appartement appartenait effectivement à Lula. Il n’existe aucun document qui prouve que la propriété appartenait à l’ex-président, il n’y a jamais habité, pas plus qu’aucun membre de sa famille. L’unique raison pour qu’il soit accusé est la déclaration d’un délateur qui est impliqué dans de multiples affaires de corruption.

Pour ajouter à la complexité du cas, l’amitié des juges avec des politiciens des partis opposés à ceux de Lula et le manque d’enquêtes et de procès à l’encontre de ces mêmes politiciens nous fait nous demander si l’emprisonnement de Lula ne serait pas qu’une stratégie pour l’empêcher de participer aux prochaines élections, plutôt qu’un désir de justice.

De l’autre côté, Favreto a été affilié au parti de Lula pendant 20 ans avant de devenir magistrat. En plus de sa sympathie envers Lula, le fait qu’il ait attendu que le rapporteur du dossier Lula soit en week-end et que le responsable de l’opération anticorruption «Lava Jato» soit en vacances renforce le manque d’impartialité face à la justice brésilienne. L’affaire Lula nous montre de plus en plus une justice fragilisée qui sert plus à maintenir des intérêts politiques qu’à rendre justice.

Beatriz RAVAGNANI

Le Fonds monétaire international porte une nouvelle fois secours à l’économie argentine

Le lundi 25 juin, l’Argentine a vécu une journée digne des films apocalyptiques. Les rues se sont retrouvées désertes, les magasins fermés. Aucun avion, taxi ou bus n’a circulé. Ce phénomène est le résultat d’une grève générale organisée par les syndicats contre l’accord réalisé entre le gouvernement argentin et le Fond monétaire international (FMI).

Photo : Radio Reloj 

Le gouvernement du président Mauricio Macri fait face à une grave crise économique en Argentine depuis ces trois derniers mois. Cette crise est la conséquence de l’augmentation du revenu de la dette américaine et de la fuite des capitaux de la part des investisseurs. En Amérique latine, plusieurs monnaies ont ainsi été dévaluées ces derniers mois. Néanmoins, c’est en Argentine que l’inflation est la plus importante de la région, avec une augmentation de 27% en un an, en raison de sa dépendance aux financements extérieurs. Seul le Venezuela, en proie à de grandes instabilités sociales et politiques en raison des mouvements contestataires face au pouvoir de Nicolás Maduro, connaît une inflation supérieure.

Le gouvernement de M. Macri a dû faire appel au FMI pour tenter de sauver l’économie du pays. Le 7 juin, un accord a été signé entre les deux parties pour assurer le prêt d’un total de 50 milliards de dollars au pays, réparti sur 36 mois. Cette somme correspond à l’équivalent de 10% du PIB argentin. En contrepartie, l’Argentine s’engage à réduire son déficit fiscal à zéro d’ici 2020. En conséquence de ce choix, l’État va devoir interrompre les travaux publics, limiter les investissements pour les régions et réduire sa présence dans l’économie nationale.

Le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CEOP) a publié le résultat d’une enquête qui montre que 77% des Argentins perçoivent l’action du FMI comme néfaste pour le pays. Cette défiance de l’opinion publique s’explique par des tensions historiques entre le Fonds monétaire international et l’Argentine. C’est pour cette raison que la Confédération générale des travailleurs (CGT) a appelé à la grève générale.

La grève est aussi motivée par le passé trouble des relations entre l’Argentine et l’institution internationale. Le pays avait déjà fait un prêt au FMI dans les années 1950, mais c’est en 2001 que le FMI laisse un profond traumatisme dans la mémoire des Argentins. Durant le mandat du président Fernando de la Rúa, l’Argentine connaît la pire crise économique de son histoire. Le pays doit déclarer l’insolvabilité de sa dette de 144 milliards de dollars, ce qui a donné aux Argentins une image extrêmement négative du FMI. La dette a été acquittée en 2006, sous la présidence de Néstor Kirchner qui en a profité pour rompre les relations du pays avec le FMI.

Ce n’est donc pas sans fondements que le peuple argentin s’inquiète de ce nouvel accord entre l’institution internationale et le gouvernement. Ce nouveau prêt de 50 milliards de dollars est tout simplement le prêt le plus important jamais demandé par le pays, avec la crainte de nouvelles conséquences désastreuses.

Avec la grève générale, les syndicats demandent avant tout des négociations pour le réajustement des salaires de cette année pour suivre l’inflation actuelle (27%), et non celle qui a été estimée par le gouvernement (15%). Ce dernier n’a pour le moment donné aucun signe montrant qu’il était prêt à accepter des négociations avec les syndicats.

Le président Macri, qui a déjà annoncé son intention de se porter candidat aux prochaines élections présidentielles en 2019, voit sa popularité tomber drastiquement. En 2017, le président avait une cote de popularité de 58% contre 38% cette année. Si son gouvernement n’arrive pas à établir un accord avec les syndicats, ses intentions d’être réélu pour un second mandat semblent vouées à l’échec, mettant en péril son plan économique pour le pays.

Beatriz RAVAGNANI

Argentine : un vote national, une victoire pour toute l’Amérique latine

Le 14 juin 2018 est devenu un jour historique pour le pays du Pape. Le vote du parlement argentin favorable à la dépénalisation de l’avortement replace le pays en position de leadership des droits civiques en Amérique latine. Malgré un vote disputé, les députés argentins ont finalement accepté le projet de loi pour la dépénalisation de l’avortement, avec 129 voix pour le «oui» contre 125 pour le «non». Le projet de loi doit encore être approuvé par le Sénat à une date qui n’a pas encore été définie.  

Photo : Le Petit Hergé

Pendant les vingt-trois heures de vote au Parlement, l’Argentine s’est divisée en deux. D’un côté, les citoyens en faveur de la dépénalisation, caractérisés par la couleur verte et soutenus par la Campaña Nacional por el Derecho al Aborto Legal, Seguro y Gratuito en Argentina (Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit en Argentine). Réuni devant le Congrès, le groupe avait déployé une banderole prônant une «Éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, un avortement légal pour ne pas mourir».

De l’autre côté d’une barrière métallique étaient rassemblés les citoyens autoproclamés «en faveur de la vie», avec pour slogan «Sauvons les deux vies», menés par l’Église catholique et représentés par la couleur bleu céleste du drapeau du pays. En Argentine, le catholicisme est pratiqué par 92% de la population et l’importance de cette religion pourrait influencer considérablement la future décision des sénateurs sur la loi.

Les lois concernant l’avortement en Amérique latine et dans les Caraïbes font partie des plus restrictives au monde. Au Salvador, au Nicaragua, au Honduras et en Haïti, l’interdiction d’avorter est absolue et passible d’une peine de prison qui peut dépasser les trente ans. Actuellement en Amérique latine, le nombre d’avortements illégaux est estimé à plus de deux millions chaque année. Seuls trois pays l’autorisent sans besoin de justificatifs : Cuba depuis 1965, et l’Uruguay et la Guyane depuis 2012.

Le président argentin Mauricio Macri a joué un rôle essentiel dans l’organisation du débat sur ce thème. S’il s’est déclaré, dans un premier temps, contre la dépénalisation de l’avortement, il a finalement mis en place un débat politique respectant les valeurs de la démocratie. Depuis son élection fin 2015, l’Argentine est entrée dans une grave crise économique l’obligeant le mois dernier à demander l’aide du FMI. Face à cette forte tension économique, la volonté du président de maintenir le dialogue et de mettre en place un vote sur la question de l’avortement, et ce malgré ses propres déclarations, peut être interprétée comme une manœuvre politique visant à redorer son image progressiste et à faire oublier, le temps du débat, la situation économique difficile dans laquelle le pays est plongé. 

Stratégie politique ou non, l’acceptation de la loi par le Parlement représente déjà une victoire célébrée dans toute l’Amérique latine. Il ne reste plus qu’à attendre l’approbation du Sénat et espérer que, dans un futur proche, d’autres pays de la région suivent l’exemple argentin.

Beatriz RAVAGNANI

Enfants immigrés séparés de leurs parents aux États-Unis : entre cynisme et irresponsabilité

L’application de la loi anti-immigration souhaitée par l’administration Trump a profondément choqué les États-Unis. 2300 enfants ont été séparés de leurs parents et retenus dans des centres d’hébergement depuis le mois d’avril, suscitant une vague d’indignation aux États-Unis et dans le monde avant que Donald Trump ne signe un décret le 20 juin pour mettre fin à cette loi.

Photo : Slate

Depuis le mois d’avril, Donald Trump a défendu bec et ongles sa politique de «tolérance zéro» aux frontières. Pour lutter radicalement contre l’immigration illégale à la frontière avec le Mexique, M. Trump et son ministre de la Justice Jeff Sessions, partisan d’une ligne dure, ont remis au goût du jour une ancienne loi qui n’était jusqu’ici que peu appliquée. Cette loi a permis de poursuivre automatiquement au pénal les adultes sans papier qui passent la frontière, avec pour conséquence l’envoi des enfants dans des centres d’hébergement. 

«Si vous ne voulez pas que votre enfant soit séparé de vous, alors ne l’emmenez pas.» C’est ainsi que M. Sessions a compté cyniquement dissuader les familles qui fuient les violences de l’Amérique centrale. Plus de 2300 enfants ont été séparés de leurs familles ces deux derniers mois, suscitant l’indignation et une grande émotion dans tout le pays après la diffusion d’images montrant les jeunes migrants en pleurs derrière des grillages. La contestation a pris de l’ampleur au sein de l’opinion publique, auprès des élus du camp des Démocrates et même parmi les soutiens conservateurs de M. Trump. 

Face à la polémique, M. Trump a tenté de justifier son action en affirmant qu’il ne faisait que respecter la loi, promulguée par les Démocrates selon ses dires, ce qui est totalement faux. Plus affligeant encore, M. Sessions a cité des passages de la Bible pour se défendre : «Je pourrais vous renvoyer à l’apôtre Paul et à son commandement clair et sage […] qu’il faut obéir aux lois du gouvernement car Dieu les a décrétées afin d’assurer l’ordre.» À noter que ce passage de la Bible a souvent été utilisé au XIXe siècle pour légitimer l’esclavage face aux abolitionnistes.

Si M. Trump semble assez peu sensible au sort de ces familles, les pays latino-américains ont vivement condamné la politique étasunienne, qualifiée de «cruelle et inhumaine» par le Mexique. Le Honduras et le Salvador ont également demandé aux États-Unis de ne pas séparer les enfants de migrants de leur famille pour éviter les troubles psychologiques des plus jeunes. Le Mexique, l’Équateur, la Colombie et le Guatemala ont par ailleurs saisi la Commission interaméricaine des droits de l’homme pour demander à protéger les droits des familles, l’intégrité physique et la liberté personnelle. Les pays d’Amérique centrale sont en effet les premiers touchés par cette situation, puisque la plupart des migrants viennent de cette région.

Avec la pression internationale qui s’est accentuée et surtout sous la pression de l’opinion publique étasunienne, M. Trump a finalement dû reculer sur la question en signant un décret le 20 juin pour mettre fin à cette loi plus proche de «l’humanité zéro» que de la «tolérance zéro» comme l’a souligné un sénateur démocrate. Mais ce recul pourrait n’être qu’apparent. La stratégie de M. Trump semble consister une fois de plus à employer la manière forte et à déclarer des formules chocs efficaces pour parvenir à ses fins. Il pourrait ainsi forcer les Démocrates à faire des concessions au Congrès sur les projets de lois sur l’immigration actuellement en débat. Ces manœuvres politiques lui permettent de caresser l’espoir d’accomplir un de ses rêves : bâtir un grand mur à la frontière sud, et payé par le Mexique par dessus le marché.

Gabriel VALLEJO

Entre mobilisation démocratique et nostalgie de la dictature : le Brésil face à son destin

Les camionneurs brésiliens sont en colère et le font savoir. En raison de la hausse du prix du diesel, ils ont immobilisé le pays durant ces dix derniers jours. Avec cette grève historique, ils ont provoqué une crise politique jusqu’au sommet de l’État. Ces tensions illustrent les symptômes d’une société brésilienne en proie à des aspirations contradictoires.

Photo : El Observador

La hausse du prix du diesel de +50% par rapport à 2017 a fini par faire exploser la grogne des camionneurs brésiliens. À partir du 21 mai dernier, ils ont bloqué les routes pendant dix jours, coupant l’approvisionnement en carburant et en produits de consommation dans les supermarchés. Cette grève massive a ainsi provoqué rapidement des pénuries d’essence dans les stations et contraint les aéroports à annuler des vols.

Cette hausse s’explique par le changement de calcul des prix du diesel par la compagnie publique pétrolière brésilienne, la Petrobras. Son président, Pedro Parente, arrivé à sa tête en 2016 pour redresser le groupe criblé de dettes et changer l’image de la société associée aux scandales de corruption, a souhaité transformer radicalement la politique tarifaire du groupe. Il a en particulier modifié le calcul des prix en l’indexant au jour le jour sur les évolutions du marché mondial et du dollar, alors que les prix étaient auparavant subventionnés par l’État et moyennés pour limiter les fluctuations. Cette mesure s’est certes avérée efficace du point de vue de la Petrobras qui a affiché de nets profits au premier trimestre, mais elle a eu des répercussions directes sur l’ensemble de l’économie brésilienne. Le dollar et les prix du pétrole se sont en effet envolés ces derniers mois, mettant en difficulté le secteur du transport dans un pays déjà en difficulté économique et où 61% des marchandises transitent par la route.

Le bras de fer engagé par les camionneurs, rejoints ensuite par les travailleurs du secteur pétrolier, a contraint le président Michel Temer à employer la méthode forte pour débloquer la situation en demandant l’intervention de l’armée pour dégager les routes. Le mouvement ne s’est pas pour autant arrêté et Pedro Parente a finalement donné sa démission, faisant plonger de 15% le cours de la Petrobras le 2 juin dernier. Le mouvement, soutenu presque unanimement par les Brésiliens –87% de la population d’après un sondage de Datafolha– a poussé à bout le gouvernement qui a accepté presque toutes les revendications des camionneurs, en réduisant par exemple le prix du diesel de 10% et en le gelant pendant une durée de trente jours.

Cet épisode met en lumière la fragilité du gouvernement de Michel Temer. Très impopulaire, celui-ci a dû renoncer à se présenter à l’élection présidentielle qui aura lieu en octobre 2018, à la suite de nombreux scandales de corruption qui ont discrédité l’image des politiques aux yeux des Brésiliens.

Lors des récentes manifestations, les discours des groupes radicaux se sont durcis et ont appelé de façon inquiétante à l’intervention de l’armée pour chasser Michel Temer et son gouvernement, rappelant tristement la situation précédant le coup d’État de 1964 par les militaires. L’exaspération générale est fortement alimentée par la rhétorique d’extrême droite du candidat Jair Bolsonaro, dont la popularité ne cesse d’augmenter. Il est en effet en deuxième position dans les sondages d’intention de vote pour l’élection présidentielle d’octobre 2018, derrière Luiz Inácio Lula da Silva alors que celui-ci est en prison et a priori inéligible.

Cette tension économique, sociale et politique place les Brésiliens dans une situation paradoxale. Unis par leur détestation de Michel Temer, ils sont capables de se mobiliser massivement et d’exercer ce qui s’apparente aux droits démocratiques : liberté d’opinion, d’expression et de manifestation. Ils obtiennent même gain de cause face à un gouvernement affaibli, le tout sans violence ni répression. Mais dans le même temps, les appels au retour de la dictature de plus en plus fréquents sont particulièrement inquiétants. La société brésilienne a son destin entre ses mains et quatre mois de réflexion avant de choisir pour qui voter.

Gabriel VALLEJO

Nuits de Fourvière de Lyon : quatre spectacles latinos à voir absolument cet été

Du 1er juin au 28 juillet 2018, Lyon accueillera la 73e édition des Nuits de Fourvière dans le Théâtre antique. Le festival pluridisciplinaire, rendez-vous culturel très attendu chaque été, propose soixante représentations de théâtre, cirque, danse et musique. Au programme ? Quatre spectacles avec des artistes latinos de tout premier plan.

Photo : Ney Cohelo

Le célèbre danseur cubain Carlos Acosta présentera les 7 et 8 juin son spectacle « Acosta Danza ». Alors qu’il rêvait de devenir footballeur dans le quartier pauvre d’Arroyo Naranjo à la Havane, son père l’inscrit à l’école de ballet Alejo Carpentier pour lui inculquer la discipline. Le cadet d’une famille de onze enfants se prend alors de passion pour la danse et enchaîne les succès. Distingué à de nombreux prix prestigieux depuis les années 1990, Carlos Acosta est depuis lors célébré dans le monde entier. Le spectacle « Acosta Danza » sera présenté en cinq temps avec cinq chorégraphes de renom pour diriger la compagnie cubaine, dont l’artiste d’avant-garde de la danse cubaine Marianela Boán et le belge Sidi Larbi Cherkaoui. Un programme grandiose qui offrira une vision panoramique à l’art de la danse.

Viendra ensuite le 5 juillet la famille Veloso au grand complet : l’immense Caetano Veloso avec ses fils Moreno, Zeca et Tom. L’artiste brésilien est à la fois le digne héritier des plus grands chanteurs de son pays tels que Tom Jobim ou João Gilberto et un créateur de génie. Fondateur du mouvement contestataire Tropicália avec Gilberto Gil, exilés à Londres sous la dictature, ils ont ensemble révolutionné la musique brésilienne post-bossa-nova : l’introduction de la guitare électrique a bouleversé le mouvement de la bossa-nova qui commençait à s’essouffler à la fin des années des 60. Mélangeant la bossa à la pop, le tango au fado, le carnaval au rock, le poète a réinventé sans cesse les genres. Curieux, sensuel et frondeur, controversé voire détesté à ses débuts pour son caractère novateur, il est aujourd’hui porté aux nues pour son audace et son talent.

Autre temps fort du festival, le charismatique Seu Jorge rendra hommage le 6 juillet à David Bowie avec son album The Life Aquatic tiré du film de Wes Anderson. Seu Jorge y jouait alors le rôle d’un marin solitaire chantant sur son bateau les chansons de David Bowie en portugais. Le maître de la samba-pop reprend son rôle en concert avec son bonnet rouge et sa guitare, accompagné par l’orchestre de l’Opéra de Lyon pour une prestation sur mesure. Le chanteur à la voix de baryton tantôt voluptueuse tantôt rocailleuse, également acteur dans le film La Cité de Dieu, influence la scène musicale de la samba-pop depuis le début des années 2000 : on se souvient de ses interprétations débordantes d’énergie et pleines de panache de Carolina et País Tropical.

Enfin, le reggae s’affichera dans toute sa splendeur avec la Nuit Havana meets Kingston le 21 juillet : onze fines gâchettes cubaines et jamaïcaines se partageront les richesses du Buena Vista et du dancehall, de la rumba et du dub, des traditions indémodables comme des sons dernier cri de leurs deux îles. Avec en tête d’affiche Ken Boothe, le crooner à la voix magnétique patinée par un demi-siècle de carrière, qui chantera un reggae élégant et sensuel.

Gabriel VALLEJO

Les quatre spectacles auront lieu au grand Théâtre antique de Lyon. Jeudi 7 et vendredi 8 juin (21 h 30) : Acosta Danza avec Carlos Acosta ; jeudi 5 juillet (21 h) : Ofertorio : Caetano, Moreno, Zeca et Tom Veloso puis Antonio Zambujo (solo) ; vendredi 6 juillet (21 h 30) : Seu Jorge et les musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Lyon : The Life Aquatic – A tribute to David Bowie ; samedi 21 juillet (20 h) : Nuit Reggae Caraïbes, Havana meets Kingston, avec Ken Boothe et Meta Dia. La programmation complète et les réservations sont à retrouver sur le site officiel des Nuits de Fourvière.

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