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Ravagnani, Vallejo

3ᵉ édition du festival culturel chilien Activa tu presente con memoria

Le festival culturel chilien Activa tu presente con memoria, dédié à l’expression artistique collaborative liée aux problématiques mémorielles, a lancé sa troisième édition du 9 au 18 janvier 2019 au sein de l’espace culturel Federico Ramírez de la ville de Concepción (région du Biobío).

Photo : Loreto Heredia/Activa tu presente con memoria

Le festival aborde la problématique de la construction du récit mémoriel liée aux nombreuses disparitions causées par la dernière dictature chilienne conduite par Pinochet dans les années 1973 et 1990. Quel est le rôle et comment se construit la mémoire collective aujourd’hui ? Les initiatives artistiques mises à l’honneur à l’occasion de ce festival révèlent la mémoire comme un espace de partage et de création d’un récit national et communautaire. Le festival Activa tu presente con memoria a réuni des intervenants de tous horizons, chercheurs et artistes invités à débattre sur ce thème et à contribuer à la construction de ce récit.

Contrairement aux versions précédentes, qui envisageaient des expériences métropolitaines, cette année, le festival s’est concentré exclusivement sur la région du Biobío, rassemblant l’échange d’initiatives locales gérées principalement par des femmes. Mêlant expérience mémorielle et dimension locale, le festival a réuni la danse, le théâtre, la photographie, les arts visuels, le patrimoine urbain, la psychologie, les musées et les arts sonores parmi d’autres disciplines.

Outre le focus régional, le festival met l’accent sur l’importance de la collecte, la conservation, et la circulation des mémoires personnelles au gré des initiatives artistiques et culturelles. Il redéfinit la mémoire collective comme un processus inachevé qui nécessite la contribution de chaque récit personnel pour l’enrichir.

Cette mémoire collective est récoltée de diverses manières et sur une multitude de supports : pièces sonores, archives audiovisuelles, improvisation théâtrale, mais aussi expérience éditoriale. Prenons en exemple le projet Cuadernos de memorias, les carnets de mémoire, tenus par des femmes membres de l’Association des parents de détenus disparus de Concepción. «Sept histoires de vie, sept femmes, âgées de 57 à 83 ans, des mères, des filles et des amies, toutes à la recherche de leur mari ou de leur frère», explique Alejandra Villarroel, directrice et promotrice de l’initiative. Cette expérience redonne une visibilité à la mémoire à travers son écriture.

En valorisant la production de récits mémoriels et en travaillant sur les archives locales, le festival Activa tu presente con memoria a un double objectif de prise de conscience et de construction collaborative de la mémoire collective de la région du Biobío.

Astrid MORIN

Retrouvez toute la programmation du festival

Jair Bolsonaro investi chef d’État du Brésil : «retour à l’ordre» et ruptures en perspective

Vainqueur de l’élection présidentielle fin octobre dernier, Jair Bolsonaro a officiellement pris ses fonctions à la suite d’une cérémonie le 1er janvier à Brasilia. Dans son discours d’investiture, il a réaffirmé les grandes lignes de son programme pour «rétablir l’ordre».

Photo : Hiveminer

Le virage ultra-conservateur du Brésil est amorcé depuis que Jair Bolsonaro a officiellement pris ses fonctions en tant que chef d’État le 1er janvier 2019. Une page se tourne dans l’histoire du Brésil après la période de treize ans durant laquelle le Parti des travailleurs de Lula (2003-2010), puis de Dilma Roussef (2011-2016), était au pouvoir. Depuis, le Brésil s’est enfoncé dans les crises économiques et politiques. Les scandales de corruption qui touchent l’ensemble de la classe politique, la violence qui a explosé (plus de 63 000 homicides en 2017) et les difficultés économiques ont conduit les Brésiliens à choisir «o Mito»le Mythe»), surnom de Jair Bolsonaro, qui promet une rupture totale afin de régler tous les maux du pays.

Le nouveau chef d’État du Brésil a en effet rappelé lors de son discours d’investiture les grandes lignes de son programme : «libérer définitivement» le Brésil «du joug de la corruption, de la criminalité, de l’irresponsabilité économique et du carcan idéologique».

Bolsonaro a ainsi prononcé un discours sécuritaire fort pour lutter contre la criminalité en promettant plus de pouvoir pour la police. Il a également réitéré son intention de libéraliser le port d’armes pour les «cidadão de bem» («citoyens de bien»), notion floue de la citoyenneté qu’il avait largement exploitée durant la campagne électorale.

Dans son souhait de «rétablir l’ordre», il promet également de défendre «les religions et les traditions judéo-chrétiennes» qui seraient selon lui mises à mal, tout en «luttant contre l’idéologie de genre» et le «marxisme» qu’il croit détecter dans les manuels scolaires et qui pourrait mener le pays, selon lui, à une situation comparable à Cuba ou au Venezuela. En revendiquant la lutte contre «l’idéologie de gauche et le politiquement correct» et un patriotisme aux racines judéo-chrétiennes, son discours se rapproche des thématiques que l’on retrouve de façon récurrente dans les mouvements d’extrême droite dits «nationalistes – populistes» en Europe ou aux États-Unis.

En parallèle de ce retour à l’ordre sécuritaire et moral, le nouveau président préconise un vaste plan de privatisations afin de réduire la dette du Brésil. Il a confié pour cela le ministère de l’Économie à l’ultra-libéral Paulo Guedes qui a déjà annoncé la privatisation de 150 entreprises pour renflouer les caisses de l’État. L’annonce d’une réforme des retraites, d’une réforme fiscale et de privatisations généralisées suscitent en tout cas l’enthousiasme des milieux d’affaires : la bourse de São Paulo s’est envolée la semaine dernière pour atteindre son plus haut niveau historique.

Si Bolsonaro bénéficie pour l’instant d’une forte cote de popularité, ces réformes potentiellement impopulaires comme la réforme des retraites pourraient lui mettre du plomb dans l’aile. Son parti ne disposant que d’un dixième des sièges du Congrès, il devra parvenir à nouer des alliances avec d’autres groupes politiques pour faire passer ces mesures.

La politique extérieure du Brésil devrait elle aussi s’inscrire en rupture totale avec la ligne diplomatique historique des gouvernements précédents, prônant le multilatéralisme. Admirant ostensiblement Donald Trump, Bolsonaro souhaite par exemple transférer l’ambassade du Brésil de Tel Aviv à Jérusalem, ce qui ravit le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui était l’un des rares dirigeants étrangers invités à la cérémonie d’investiture avec le Premier ministre hongrois ultra-conservateur Viktor Orbán.

Le déploiement mondial de cette «Internationale nationale-populiste» laisse planer dans le cas particulier du Brésil la menace d’un recul démocratique important. 35 ans après la fin de la dictature militaire brésilienne, période d’ailleurs louée par Bolsonaro, les inquiétudes portent notamment sur le sort des opposants et des minorités.

La réduction des territoires indigènes au profit de l’industrie agroalimentaire risque de s’accélérer alors que 110 indigènes auraient été assassinés en 2017. D’autres mesures ont d’ores et déjà été annoncées par le nouveau gouvernement : un «nettoyage» des contractuels employés dans l’administration publique pour débarrasser le Brésil «des idéologies socialiste et communiste» et une ordonnance qui stipule que le gouvernement pourra «superviser, coordonner, surveiller» les ONG.

«Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous» a conclu Bolsonaro à la fin de son discours. Espérons que les Brésiliens et leurs institutions soient au-dessus de tout cela !

Gabriel VALLEJO

Le Brésilien Milton Hatoum parmi les trois lauréats du prix Roger Caillois 2018

La Société des lecteurs et amis de Roger Caillois, en collaboration avec le PEN Club français et la Maison de l’Amérique latine ont récompensé, mercredi 12 novembre, les trois lauréats du prix Roger-Caillois 2018 : Philippe Lançon, Jean-Christophe Bailly et Milton Hatoum ont été récompensés respectivement dans les catégories littérature française, essai et littérature latino-américaine.

Photo : Portal Vermelho-Milton

Né en 1963, Philippe Lançon est journaliste au quotidien Libération, chroniqueur et critique littéraire, avec une passion particulière pour la littérature latino-américaine sur laquelle il a beaucoup écrit. Rescapé des attentats de Charlie Hebdo, grièvement blessé à la mâchoire, il raconte dans son dernier livre Le Lambeau (Gallimard, 2018) sa longue reconstruction, spirituelle et physique, dans un huis clos hospitalier. Il a reçu le prix Femina 2018 et un prix spécial Renaudot 2018.

Né en 1952 à Manaus dans une famille libanaise, Milton Hatoum a enseigné la littérature à Berkeley, en Californie, puis à l’université fédérale de l’Amazonas, et traduit vers le portugais Flaubert, Marcel Schwob et Edward W. Said. Il est l’auteur de quatre romans (dont les trois premiers ont été récompensés au Brésil par le prix Jabuti) : Récit d’un certain Orient (Seuil, 1993), Deux frères (Seuil, 2003), et chez Actes Sud Cendres d’Amazonie (2008), Orphelins de l’Eldorado (2010) et La Ville au milieu des eaux (2018). Son œuvre est publiée dans une douzaine de langues.

Jean-Christophe Bailly est né en 1949 à Paris. Il est un auteur à la croisée de l’histoire, de l’histoire de l’art, de la philosophie et de la poésie. Il a notamment publié Le versant animal (Bayard,2007), L’atelier infini (Hazan, 2007), L’instant et son ombre (Seuil, 2008) ainsi que Le dépaysement (Seuil, 2011) pour lequel il a reçu le prix Décembre. Il a publié au Seuil en 2018 dans la collection Fictions et Cie Un arbre en mai et Saisir. Quatre aventures galloises.

Le prix Roger-Caillois est un prix littéraire annuel, créé en 1991 par la Société des lecteurs et amis de Roger Caillois et la Maison de l’Amérique, en partenariat avec le PEN Club français. Il récompense un auteur latino-américain et un auteur francophone, un auteur d’essais depuis 2007 tandis qu’une mention destinée à distinguer un traducteur, une revue ou une collection de livres a été ajoutée en 2016.

D’après MAL217 et LivresHebdo

Retrouvez notre chronique sur le livre de Milton Hatoum.

Le journal Libération a publié, dans la rubrique Idées, un entretien avec Milton Hatoum où il s’exprime sur l’élection de Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil à partir du 1erjanvier prochain.

Succès de la 12ème édition du festival «Documental – l’Amérique latine par l’image»

Le festival Documental, un des quatre festivals annuels que nous organisons pour faire connaître la diversité des sociétés et des cultures de l’Amérique latine, s’est achevé ce vendredi 23 novembre. Durant une semaine, dix films ont été projetés dans plusieurs lieux culturels de la Métropole de Lyon.

Photo : Espaces Latinos

La douzième édition du festival Documental a pris fin ce vendredi à l’issue de la remise des prix et d’un concert pour fêter la clôture de l’événement. Documental 2018 a été un grand succès puisqu’un public nombreux est venu assister aux dix projections de documentaires latinos-américains pour découvrir notre sélection. Nous nous réjouissons de la qualité des films proposés et de l’intérêt qu’ils ont suscité lors des débats avec les intervenants et les réalisateurs venus échanger autour de leur film avec le public.

C’est le film «Los ojos del mar» de José Álvarez qui a remporté le prix du jury, séduit par la grande qualité cinématographique de ce documentaire et par le traitement réussi du thème du deuil de familles et de proches de pêcheurs disparus en mer au Mexique. 

Le film «Cine São Paulo» de Ricardo Martensen et Felipe Tomazelli a quant à lui suscité l’engouement des spectateurs. L’histoire d’un amoureux de cinéma qui se démène envers et contre tout pour rénover le vieux cinéma familial et lui redonner la splendeur de sa jeunesse a permis au film de remporter le prix du public.

Nous tenons à remercier chaleureusement nos partenaires et les spectateurs, grands artisans du succès de cette édition. Nous adressons également un immense remerciement à toutes les personnes qui ont soutenu le festival par l’intermédiaire de notre campagne de financement participatif Ulule sur internet. Cette campagne réussie nous permet d’assurer la pérennité du festival et d’envisager d’ores et déjà l’organisation de l’édition 2019 !

Gabriel VALLEJO

Retrouvez notre dossier Documental

Pour ses 40 ans, le Festival des 3 Continents propose un paysage du cinéma latino-américain 

Rendez-vous emblématique des cinéphiles, le Festival des 3 Continents de Nantes a commencé cette semaine et se déroulera jusqu’au mardi 27 novembre. Pour cette nouvelle saison, le Festival a décidé de célébrer quarante années de programmation ambitieuse de films souvent inédits en France. Cette année encore, le cinéma latino-américain est bien représenté. 

Photo : Festival 3 Continents

Faire connaître les continents invisibles à l’écran  

Au-delà d’une longévité remarquable dans un pays où le nombre de festivals tend à se réduire d’années en années, ce qui marque la spécificité des 3 Continents, c’est avant toute chose son rôle pionnier de défricheur. Dans un entretien récemment accordé à Télérama1, l’actuel délégué artistique et programmateur du Festival Jérôme Baron, rappelle que « jusquaux années 1980, lhistoire du cinéma nexiste pas beaucoup en dehors des patrimoines européens et nord-américains ». Bien des cinémas nationaux sont méconnus du Vieux Continent, exception faite pour une poignée d’érudits. Les grands rendez-vous internationaux comme le Festival de Cannes ne suffisent pas et c’est réellement à Nantes que se dévoile la création contemporaine de dizaines de pays. Ainsi, rapidement, le festival Les 3 Continents apporte de la mer des films inédits en France et des noms d’auteurs jusque-là inconnus. 

Il en va de même pour le continent Latino-Américain qui peut compter dès le début des années 1980 sur les Panoramas, temps forts consacrés à des cinémas nationaux, pour faire connaitre ses talents : Panorama du cinéma brésilien en 1982, Panorama du cinéma mexicain en 1984, Panorama du cinéma argentin l’année suivante… L’Argentine étant de nouveau mise au-devant de la scène en 2017 à travers une rétrospective historique. Ce n’est que dix ans plus tard que, à la faveur de nouvelles initiatives, l’Amérique Latine devient l’enjeu partagé de plusieurs rendez-vous (le Festival de Biarritz Amérique Latine est créé en 1992, Documental en 2004). Aujourd’hui, la multiplication des festivals a profondément changé notre rapport de spectateur au cinéma du monde et « les premières mondiales ne constituent plus un enjeu » pour les 3 Continents, tant les films circulent en nombre, d’un pays à l’autre. Il n’en reste pas moins que c’est souvent l’unique fenêtre de diffusion proposée à une œuvre en France. Toujours lucide sur ce rôle à jouer, la programmation nantaise valorise encore aujourd’hui la découverte de la jeune création, à renforts d’inédits qui résonnent avec l’actualité.  

Paysage du cinéma latino-américain 

La nouvelle édition des 3 Continents met en lumière une histoire du cinéma taïwanais, mais l’Amérique Latine n’est pas en reste. Cette année, trois films latinos concourent à la Montgolfière d’or, grand prix de la Compétition Internationale : Faust de la mexicaine Andrea Bussmann (prix spécial du Jury 2018 à Locarno), José, film guatémaltèque du réalisateur Cheng Li (Queer Lion au Venice Film Festival 2018) et le film Temporada du brésilien André Novais Oliveira qui sera présent pour accompagner son film. 

Avec six œuvres projetées pendant l’édition, le Brésil est avec la Chine le pays qui compte le plus de films représentés. 

Sorti en 2017Arabia de Joào Dumans et Affonso Ûchoa est un drame qui suit la découverte par André, jeune homme habitant Ouro Preto, du carnet d’un ouvrier dans l’ancienne usine d’aluminium près de chez lui. Le film s’inscrit dans la programmation des 40 ans du Festival qui propose « un état des lieux du cinéma contemporain, avec un programme de 40 films balisant le paysage cinématographique des 3 continents depuis le tournant des années 2000 ».

Toujours dans cette programmation et derrière le titre Occuper, résister, construire, on retrouve des courts-métrages documentaires brésiliens inédits en France voire à l’international: Its never nightime in the map de Ernesto De CarvalhoTell this to those who say weve been defeated et Ava Yvy Vera – The land of the Lightnings people. Un triptyque résolument contemporain au service d’un discours universel sur la question de l’utilisation de nos données personnelles, ou d’actions politiques d’occupation d’espaces dans un pays où des milliers d’habitants rencontrent un véritable problème de logement, et où les populations indigènes sont victimes de spoliation. 

Au total, ce sont six pays d’Amérique Latine qui sont représentés cette année avec une vingtaine de films. Notons la présence du réalisateur chilien Francisco Rodríguez Teare qui accompagne son court-métrage Una Luna de hierro projeté pour la première fois en France ainsi que la projection en avant-première et en plusieurs parties du film à épisodes La Flor de l’argentin Mariano Llinás, d’une durée totale de 14h.  

 Kevin SAINT-JEAN

Pour retrouver la programmation complète du Festival des 3 Continents en cliquant ici.

Le gouvernement du Nicaragua refuse l’entrée à un ancien dessinateur de Charlie Hebdo

Un ancien caricaturiste de Charlie Hebdo, Jul, s’est vu interdire l’entrée au Nicaragua alors qu’il devait participer à un forum d’écrivains. Le Nicaragua n’en est pas à son coup d’essai.

Photo : RTL

Le caricaturiste français Jul s’est vu refuser l’entrée au Nicaragua par le gouvernement alors qu’il devait participer à un forum d’écrivains, a affirmé mercredi Sergio Ramirez, promoteur de la rencontre. «Cela me semble un acte lamentable, inexplicable, le gouvernement ne nous a offert aucune raison pour avoir refusé l’entrée à Jul», de son vrai nom Julien Berjeaut, a déclaré Sergio Ramirez.  
 
La troisième édition du forum d’écrivains «Centroamérica Cuenta» a été inaugurée mardi par un hommage au journal satirique français Charlie Hebdo, cible le 7 janvier dernier d’un attentat qui a décimé sa rédaction. Ex collaborateur de cet hebdomadaire satirique, Jul devait arriver lundi à Managua pour participer à ce forum, mais il s’est vu refuser l’entrée au Nicaragua par les autorités. 

«Nous ne comprenons pas, nous sommes surpris et bien sûr nous rejetons ce genre de mesures contre un caricaturiste de grand prestige mondial qui venait enrichir Centroamérica Cuenta par sa participation», a regretté Sergio Ramirez, lui-même écrivain. Selon lui, l’ambassade de France au Nicaragua a essayé, sans succès, de faire revenir les autorités sur leur décision afin que Jul puisse assister au forum, qui réunit 70 écrivains d’Amérique et d’Europe.   

«Je regrette la décision du gouvernement de ne pas le laisser entrer au Nicaragua», a indiqué l’ambassadeur français, Antoine Joly, lors du forum mardi, expliquant que Jul venait dans la région pour participer également à d’autres événements culturels au Costa Rica et au Salvador. Jul, qui a collaboré avec de nombreux médias français comme Libération et L’Humanité, a confirmé dans une vidéo présentée lors du forum que «les autorités (nicaraguayennes) n’ont pas voulu que je sois à Managua».  

C’est le troisième étranger en une semaine à être refoulé à son arrivée au Nicaragua, après le Péruvien Luis Carlos Boub et l’Espagnole Marta Gonzalez, militants de l’ONG Centre pour la justice et le droit international (CEJIL), qui venaient participer à l’anniversaire d’un organisme local de défense des droits de l’homme. 

Rédaction numérique RTL

Le Brésil se rapproche des États-Unis et d’Israël et s’éloigne de la Chine

Le président élu Jair Bolsonaro organise son programme de politique extérieure peu après son ascension au pouvoir. L’éloignement avec Pékin était l’une des promesses de l’ex-militaire. Grand admirateur de Trump, Bolsonaro assure que l’ambassade du Brésil sera transférée de Tel Aviv à Jérusalem, comme l’a fait précédemment le président républicain.

Photo : Diario Popular

Avec Steve Bannon comme (présumé) conseiller de l’ombre, Jair Bolsonaro a annoncé les noms de deux «super ministres» de son futur gouvernement : le juge de l’affaire Lava Jato, Sérgio Moro, (dans la photo) prendra les commandes du ministère de la Justice, et le très libéral Paulo Guedes sera à la tête du ministère de l’Économie. Durant les premiers jours de son élection, Bolsonaro s’est consacré à l’élaboration des vecteurs de sa politique extérieure : entre autres, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et la réalisation d’une première tournée internationale de laquelle est exclue l’Argentine, même si un passage à Buenos Aires peut être envisagé ce mois-ci pendant le sommet du G20.

L’une des promesses durant la campagne de l’ex militaire, qui s’est présenté comme un émule de Donald Trump, était l’éloignement avec la Chine. En effet, il n’y a aucun doute sur le fait que ce Trump des tropiques soutient le Trump authentique. Le scénario de l’imminent chef d’État semble dicté par le stratège d’extrême droite globale, Steve Bannon, celui-là même qui, en 2016, mena la campagne qui conduisit à la victoire inattendue du magnat républicain.

Après s’être entretenu avec Trump au lendemain de son élection, Bolsonaro a reçu un appel du secrétaire d’État Mike Pompeo avec lequel il a convenu d’une politique commune en matière de défense, avec la priorité donnée au Venezuela. À ce sujet, le vice président élu, le général Hamilton Mourão, a conseillé aux Vénézuéliens d’adopter un système de gouvernement démocratique «tel que nous [les Brésiliens] le concevons». De plus, il a écarté, sans trop insister, une intervention miliaire dans ce pays des Caraïbes et a approuvé la présence de milliers de soldats brésiliens à la frontière commune de presque 2.200 kilomètres sur le territoire amazonien.

On peut se questionner sur la conception de la démocratie du général et celle de Bolsonaro : tous les deux revendiquent la dictature militaire (1964-1985) et avaient menacé d’ignorer les résultats des scrutins si ceux-ci avaient donné victorieux le successeur de Lula, Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT).

Et ce n’est pas tout, le général Mourão a soutenu un possible coup d’État dans un discours abject contre les politiques tenues face aux Francs-Maçons fin 2017. Discours similaire à celui qu’il prononça pendant le mandat de Dilma Rousseff qui, en guise de sanction, le destitua du poste qu’il occupait à la tête des troupes basées au sud du pays.

Alors que Bolsonaro indiquait quelle serait sa place sur la scène internationale, Mourão préconisait de mettre fin à «l’antiaméricanisme puéril» qu’il attribue à la politique extérieure «idéologique» menée par les gouvernements du PT. On observe dans le «bolsonarisme» un préjugé particulier à l’égard des dirigeants du Palacio Itamarty (chancellerie) comme s’il y prédominait un engouement diffus pour les partis de gauche. Nous ne pouvons rejeter le fait que le futur chancelier soit quelqu’un qui, même diplomate, défende des positions semblables à celles des forces armées.

Dans ce nouveau modèle «bolsonarien», on peut inclure l’éloignement avec Pékin, principal partenaire commercial du Brésil, mais aussi investisseur dans des secteurs stratégiques. Face à ce probable retournement de situation, le quotidien China Daily, porte-parole officiel de la chancellerie de ce pays, a publié un éditorial sévère sur le futur chef d’État brésilien. Le ton de l’article était à l’opposé des félicitations envoyées par les autorités taïwanaises au vainqueur des élections du 18 octobre, qui a visité ce pays d’Asie au début de l’année, comme l’a annoncé l’agence Reuters.

Steve Bannon propose aussi de cesser les relations avec le géant asiatique grâce à une nouvelle conception d’alliances sud-américaines ayant comme base l’association Trump-Bolsonaro. «L’Amérique du sud vit une tragédie […], avec le Venezuela en pleine implosion et l’Argentine qui sera gouvernée par le FMI pendant les 3 à 5 prochaines années» pronostique-t-il.

Tout comme Bolsonaro, Bannon méprise la presse et «la classe politique éternelle et corrompue», qu’il  propose d’enterrer définitivement par un «Mouvement» de droite global dont la première grande rencontre aura lieu au début de l’année en Europe. Bannon a cité comme référents principaux de ce mouvement son ancien patron Trump, le ministre de l’Intérieur italien et leader de la Ligue Matteo Salvini, et le «nationaliste» Bolsonaro avec sa proposition d’implantation d’un modèle de «capitalisme éclairé».

Dans deux longues interviews à des médias portugais, l’idéologue a nié travailler pour le futur gouvernant. Nombreux sont ceux qui doutent de cette affirmation pour plusieurs raisons, l’une d’elle est la ressemblance existante entre ses postulats et les grandes lignes du bolsonarisme. Bannon a admis avoir reçu il y a trois mois à New York le fils du futur président, le député réélu Eduardo Bolsonaro, pour sceller une relation qui a visiblement porté ses fruits.

Selon quelques médias locaux, c’est grâce à l’influence de cet idéologue de l’autoproclamée «droite alternative» que le clan Bolsonaro a commencé à construire depuis au moins 2017 un rapprochement avec Trump et d’influents groupes aux États-Unis. L’ex-capitaine et son fils se sont aussi fait une place en Floride où ils peuvent compter sur le soutien du sénateur républicain d’ascendance cubaine Marco Antonio Rubio. Ces relations expliquent probablement les raisons pour lesquelles le futur dirigeant a menacé de rompre les liens avec Cuba et d’en finir avec le programme «Mais médicos» (plus de médecins), auquel collaborent des milliers de médecins venus de l’île.

D’après Pagina 12 (Argentine)
Traduit par Géraldine Giraud

Résultat du premier tour de l’élection brésilienne : Bolsonaro contre Haddad au second tour

Deodato Ramalho, avocat et président du Parti des travailleurs (PT) à Fortaleza, nous livre son analyse à la suite du premier tour des élections brésiliennes qui a eu lieu le 7 octobre. Militant engagé au PT depuis 1987, il participe activement à cette campagne électorale historique pour le Brésil. Le deuxième tour aura lieu le 28 octobre prochain.

Photo : O Sul

L’élection présidentielle brésilienne, dont le premier tour a eu lieu le 7 octobre dernier, est apparue extrêmement polarisée, fortement influencée par le poids des grands médias nationaux, qui ont une fois de plus entraîné la radicalisation des discours les plus conservateurs de la société brésilienne. L’élection de 2018 a en réalité fait l’objet d’une lutte acharnée depuis quatre ans. Le premier point d’orgue s’est produit avec la destitution de la présidente de l’époque, Dilma Roussef (Parti des Travailleurs, PT), et le deuxième épisode est en train de se dérouler depuis les 45 derniers jours de l’élection présidentielle. Les médias, très partisans, ont largement contribué dans leurs JT quotidiens à la diabolisation du PT et de son leader Luiz Inácio Lula da Silva. Cette diabolisation a ainsi alimenté «l’antipétisme» et devait servir initialement à faciliter la candidature de centre-droite de Geraldo Alckmin (Parti de la sociale démocratie brésilienne, PSDB). Dans un premier temps, le charisme de l’ancien président Lula suffisait à contrecarrer ces manœuvres venues des sphères politiques, médiatiques et judiciaires, maintenant ainsi le Parti des travailleurs en lice pour la cinquième fois consécutive à l’élection présidentielle.

Au début de cette campagne, la candidature du député d’extrême-droite Jair Bolsonaro a été négligée, à la fois pour ses propositions quelque peu exotiques et pour la faiblesse structurelle de sa formation politique. Sa candidature, facilitée par la mise à l’écart du favori des sondages Lula, a profité ensuite du profond désarroi de l’électorat et a fini par occuper tout l’espace politique, auparavant réservé au centre et en particulier au PSDB. L’intense diabolisation et la criminalisation des politiques par les médias -et plus spécifiquement par Rede Globo (principal média au Brésil)- a ouvert un espace énorme aux discours extrémistes, faisant apparaître le candidat d’extrême droite comme le seul capable d’incarner une alternative crédible au PT. Alors que l’antipétisme séduisait traditionnellement plutôt les élites économiques de la société, ce mouvement a peu à peu gagné les classes moyennes. Il a même conquis les classes les plus pauvres de la société, qui font face à un taux de criminalité élevé et qui ont été séduites par la promesse d’un retour immédiat de l’ordre public en recourant à des méthodes fortes, promesses accompagnées de discours virulents à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme.

Grâce à ce discours populiste réactionnaire, défendant la famille traditionnelle, promettant une lutte sans merci à la criminalité et prônant une économie de marché totalement libéralisée, la campagne de l’extrême droite n’a eu de cesse de se renforcer, malgré le faible niveau intellectuel de son candidat, qui n’a même pas été capable au cours de cette campagne de prononcer ne serait-ce qu’un seul discours raisonnable quant à la compréhension des problèmes nationaux. En ce sens, le candidat d’extrême droite a vu paradoxalement sa campagne largement facilitée par l’attaque au couteau qu’il a subie de la part d’un individu présentant des troubles mentaux et qui n’a pas supporté le discours sexiste, raciste et homophobe du candidat. Cette agression est à mettre en perspective avec le signe de ralliement des militants de Bolsonaro qui consiste à imiter de la main la forme d’un pistolet pour promouvoir la libéralisation du port d’armes.

Avec la candidature de Fernando Haddad, ancien préfet de São Paulo, économiste, avocat, philosophe et professeur à l’université, qui a remplacé à la dernière minute la candidature invalidée de Lula par le Tribunal supérieur électoral à la suite d’une série de recours qui se sont prolongés jusqu’au 10 septembre, la campagne pétiste s’est surtout concentrée pour convaincre les électeurs pro-Lula. Les sondages indiquaient en effet un soutien de près de 39% des électeurs et une possible victoire dès le premier tour. Le transfert de votes Lula/Haddad a dans un premier temps dépassé toutes les attentes mais a ensuite été le centre de toutes les attaques, non seulement de la part du bord conservateur, par l’intermédiaire d’une forte présence sur les réseaux sociaux assortie d’une batterie de fake news, mais aussi de la part du candidat de centre droite Geraldo Alckmin (PSDB), adversaire traditionnel du PT, et même de la part des candidats de centre gauche, comme les anciens alliés du PT Ciro Gomes (PDT) et Marina Silva (Parti écologiste).  

La virulente campagne antipétiste a ainsi puisé sa force dans le discours traditionnel conservateur hérité de la guerre froide, d’un anticommunisme primaire, décuplé cette année par l’usage des réseaux sociaux et par la profusion de fake news qui ont exploité le registre anticommuniste et des questions d’ordre moral et religieux.

Il est certain que cette campagne présidentielle a été la plus idéologisée de l’histoire brésilienne. Elle a d’ailleurs occulté les questions traditionnelles sur la lutte des classes ou sur les infrastructures nationales au profit d’une confrontation gauche-droite où les valeurs démocratiques ont été mises à l’épreuve : de grands médias se sont avérés clairement partisans, une justice sélective a divulgué à une semaine de l’élection la délation récompensée d’un ancien ministre de Lula et Dilma, accusé de faits de corruption, provoquant un écho médiatique énorme sans le moindre espace pour contredire les faits. La délation, qui avait en fait eu lieu en avril 2018, a ensuite été rejetée par le ministère public fédéral pour manque de preuves. Cette délation avait d’ailleurs été remise sur le devant de la scène par le juge Sergio Moro dont la juridiction particulièrement partiale a déjà été dénoncée par de grands juristes nationaux et internationaux.

La forte polarisation politique a placé au centre du débat les discours violents de Bolsonaro et de ses partisans lors des manifestations publiques, qui ont très souvent fait référence à l’usage des armes, leitmotiv de cette campagne. Cette polarisation s’illustre bien par les forts taux de rejet vis-à-vis de l’ensemble des candidats. Les favoris des intentions de vote, par l’effet de polarisation, présentaient également les plus forts taux de rejet.

La veille de l’élection, les enquêtes d’opinion ont mis en évidence une augmentation soudaine de 6 points en faveur de Bolsonaro (passant de 28% à 34%) et une perte de 1 point pour Haddad (de 22% à 21%), faisant planer le spectre d’une victoire de l’extrême droite dès le premier tour grâce à la recrudescence des campagnes de Gomes (centre gauche) et Alckmin (centre droit) contre celle de Haddad. La stratégie des candidats centristes était de convaincre les électeurs qu’ils étaient les seuls capables de vaincre les extrêmes au second tour. Malgré la forte influence des enquêtes d’opinion exercée habituellement dans les élections brésiliennes et malgré l’appel au vote utile, les deux candidats du centre n’ont pas pu empêcher le scénario qui semblait inéluctable depuis le début : un second tour entre Bolsonaro et Haddad.

Le Brésil compte le troisième électorat au monde avec 147 millions d’électeurs. Avec 107 millions de votes valides (alors que le vote est obligatoire), le résultat du premier tour fait apparaître un grand équilibre entre les forces politiques. Bolsonaro obtient 46% des votes tandis que l’ensemble des candidatures classées à gauche recueillent 43%.

La stratégie adoptée par Alckmin et par Gomes pour récupérer les «votes utiles» n’a finalement pas porté ses fruits. Dans le cas d’Alckmin, elle se montre même désastreuse car le «vote utile» se retourne contre lui avec la fuite de son électorat le plus conservateur et antipétiste vers le candidat d’extrême droite, d’après les projections pour le second tour réalisées le 10 octobre 2018.  

Fortaleza, 8 octobre 2018.

Deodato RAMALHO,
Avocat et président 
du Parti des travailleurs de Fortaleza (Ceara)
Traduit par Gabriel VALLEJO

Le pape François exclut de l’Église le prêtre chilien Fernando Karadima accusé d’abus sexuels

Fernando Karadima, un ancien prêtre chilien charismatique, avait été condamné une première fois par l’Église en 2011 à une vie de «prière et de pénitence» après s’être rendu coupable d’abus de mineurs. En démettant de l’état clérical Karadima, le pape lui inflige la peine maximale et tente de rectifier le tir après le voyage catastrophique du souverain pontife au Chili au début de l’année 2018.

Photo : Rome report

Le Vatican a annoncé vendredi dernier la «décision exceptionnelle en conscience et pour le bien de l’Église» de démettre de l’état clérical le prêtre chilien Fernando Karadima, une des figures les plus emblématiques du clergé chilien, connu pour ses liens étroits avec les élites politiques et économiques du pays dans les années 1980. Aujourd’hui âgé de 88 ans, il avait été jugé une première fois en 2011 par la justice chilienne pour des actes de pédophilie dans les années 1980 et 1990 avec un classement sans suite pour prescription des faits. L’énorme impact des témoignages de quatre victimes à la télévision en 2010 avait conduit la justice religieuse à condamner Karadima à se retirer pour «une vie de prière et de pénitence» à l’issue d’une procédure canonique au Vatican.

Vendredi dernier, le pape François a alourdi la peine à son niveau maximal, en dispensant «El Santo» de toutes ses obligations ecclésiales. Pourquoi cette décision tardive, sept ans après que l’Église du Chili a demandé pardon pour toutes les agressions sexuelles d’enfants commises par les membres du clergé ? Cette affaire est revenue sur le devant de la scène en 2015 lorsque le pape a décidé de nommer Mgr Juan Barros, évêque d’Osorno, alors qu’il était soupçonné d’avoir couvert les agissements de Fernando Karadima. Lors de sa visite au Chili en début d’année 2018, le pape argentin avait pris la défense de Mgr Barros, réclamant des preuves de son implication. Cette prise de position a suscité l’indignation et le voyage papal a vite tourné au désastre, Barros apparaissant comme le symbole de l’impunité et de l’omerta qui règne dans les rangs du clergé en ce qui concerne les scandales de pédophilie.

Revenu à Rome fin avril, le pape retourne finalement sa soutane. Il s’entretient avec trois victimes de Fernando Karadima puis convoque mi-mai la trentaine d’évêques du Chili pour trois jours de réflexion, à l’issue desquels ils ont tous remis leur démission. Le pape a depuis accepté sept de ces démissions, dont celle de Mgr Barros. L’étau se resserre donc autour de l’Église catholique chilienne en pleine tourmente. Le scandale a pris de l’ampleur cette année avec 119 enquêtes en cours pour agressions sexuelles présumées visant le clergé catholique.

D’une manière plus globale, la «tolérance zéro» promise par le pape François en 2013 lors de son intronisation est encore loin d’être d’actualité, malgré quelques avancées dans la reconnaissance des victimes. La crise semble loin d’être achevée, comme en témoignent les scandales récents non seulement au Chili, mais aussi en Allemagne et en Pennsylvanie.

Gabriel VALLEJO

Fernando Haddad, remplaçant de Lula, a trois semaines pour arracher la victoire

L’ancien maire de São Paulo voit sa cote progresser depuis qu’il a officiellement remplacé l’ancien président Lula, emprisonné pour corruption depuis avril et empêché de se présenter. Le premier tour de la présidentielle a lieu le 7 octobre, ce qui ne lui laisse plus que trois semaines pour mener une campagne éclair et remporter la victoire face à ses adversaires politiques.

Photo : Brésil 247

L’illustre leader du Parti des travailleurs (PT, gauche) a fini par se résigner. Condamné à 12 ans de prison et incarcéré depuis le mois d’avril pour corruption et blanchiment d’argent, l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2010) n’a cessé de clamer son innocence et a multiplié les recours pour pouvoir participer à l’élection présidentielle brésilienne. «Je veux demander, du fond de mon cœur, à tous ceux qui auraient voté pour moi, qu’ils votent pour notre camarade Haddad.» Après des mois de vaine bataille judiciaire, il a finalement choisi de donner sa bénédiction le 11 septembre dernier à Fernando Haddad, remplaçant officiel de dernière minute à seulement cinq semaines du premier tour.

Qui est ce candidat ? C’est la question que se posait sans doute une partie du Brésil il y a deux semaines à peine. L’ex-enseignant en sciences politiques à l’Université de São Paulo (USP) était devenu une des figures montantes du PT dans les années 2000. Il a d’abord assumé la fonction de ministre de l’Éducation entre 2005 et 2012, sous les gouvernements de Lula puis de Dilma Roussef, durant lesquels il a inauguré de nombreuses universités dans les régions reculées du pays. En 2013, il remporte les élections municipales à São Paulo, centre économique et plus grande ville du pays.

Malheureusement pour lui, cette ascension prometteuse a vite tourné à la déconvenue politique. Six mois après sa victoire à São Paulo, de grandes manifestations éclatent partout dans le pays contre la hausse des prix des tickets de bus, manifestations qui sont particulièrement virulentes dans la capitale pauliste. Les violences policières et la mauvaise gestion de la crise attisent les critiques de la part de ses opposants. Haddad finit par perdre piteusement les élections municipales en 2016, dès le premier tour, après un seul mandat.

Le concours de circonstance actuel le remet sur le devant de la scène, à l’échelle nationale cette fois-ci. C’est d’ailleurs le premier défi de taille auquel est confronté Haddad : se faire connaître au-delà de São Paulo, et en particulier dans le Nordeste, région pauvre du Nord-Est du Brésil et vivier électoral historique de Lula. Haddad multiplie les déplacements dans cette région et espère un report de voix massif de la part des électeurs de Lula, qui était crédité de 40% des intentions de votes le mois dernier, alors qu’il est en prison.

Bénéficiant de l’aura de Lula, Haddad progresse nettement dans les sondages, passant ainsi de 8% le 11 septembre à 16% dans le dernier sondage du 19 septembre. Cette progression spectaculaire, si elle se poursuit, pourrait lui permettre d’atteindre le second tour pour affronter le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro qui caracole en tête dans les sondages avec 28% des intentions de votes, loin devant les autres candidats comme Marina Silva (7%, parti écologiste), Geraldo Alckmin (9%, PSDB, centre droit) et surtout Ciro Gomes (13%, PDT parti démocratique travailliste de centre gauche), rival direct d’Haddad en vue du deuxième tour. En effet, si Bolsonaro semble presque certain d’atteindre le second tour, la deuxième place reste assez indécise et devrait se jouer entre Fernando Haddad et Ciro Gomes, un autre candidat qui a été ministre sous le gouvernement de Lula entre 2003 et 2006 puis qui s’est écarté du PT.

Pour se défaire de Ciro Gomes, Haddad compte imiter Dilma Roussef, peu connue au début de la campagne électorale de 2010 et qui avait finalement remporté l’élection grâce au soutien de Lula. Cependant, le scénario en 2018 est bien différent : l’image du PT a souffert des scandales de corruption à répétition et suscite un fort taux de rejet dans l’électorat de droite, et Haddad est accusé par ses détracteurs de n’être qu’un «pantin de Lula».

Paradoxalement, c’est donc Ciro Gomes qui aurait l’avantage lors d’un second tour alors qu’il n’est que troisième dans les sondages. Bolsonaro, avec ses propos sexistes, racistes, aux relents nostalgiques pour la dictature, suscite le rejet d’une partie de l’opinion, dont les femmes. Il serait donc battu face à Ciro Gomes d’après les sondages, malgré la couverture médiatique exceptionnelle dont il a bénéficié à la suite d’une attaque au couteau spectaculaire le 6 septembre dernier. En revanche, pour un duel Haddad–Bolsonaro au second tour, les résultats seraient beaucoup plus serrés, tant la polarisation est grande entre les électeurs du PT et de Bolsonaro. Il faudra voir de quel côté penche la balance : dans cette situation, l’aversion anti-PT pourrait bien être la plus forte et amener au pouvoir un «Trump brésilien» qui n’augure rien de bon.

Gabriel VALLEJO

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