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Cécile Pilgram

De juin à août, place aux Estivales avec l’Amérique latine au cœur des festivals de l’été 2019

Recevez l’été 2019 avec une longue sélection de festivals culturels organisés dans la France entière, avec à l’ordre du jour théâtre, danse et dessin. De juin à août, retrouvez une programmation complète de tous les événements en relation avec l’Amérique latine.

JUIN

Festival Très Court

Le festival Très Court International est un festival de courts métrages qui, durant 10 jours, projette une centaine de courts métrages. La seule règle ? Ils ne doivent pas excéder les 4 minutes. Le festival se déroule dans près de cent villes en France et 30 pays simultanément. Avec des films de partout dans le monde, y compris de l’Amérique latine, le festival cherche à mettre en valeur la diversité de la production audiovisuelle du court métrage.

Festival Très Court

Dimanche 7 à mardi 16 juin 2019

Voir la liste les villes de projections sur le site https://trescourt.com/fr/villes

Festival International de Contis – Grand Concours de Nanométrages

Le Festival International de Contis vous invite à vous plonger dans une nouvelle expérience de cinéma. A l’occasion du Festival, Betty Berr et Rainer, Directeurs du Cinéma de Contis, mettent à l’honneur des Films européens, africains et brésiliens, des avant-premières nationales, une Compétition européenne de courts-métrages, mais aussi de l’art visuel, des spectacles, des performances et des débats.

En partenariat avec l’association « Incubadora de artistas » à Atibaia au Brésil, le Festival International de Contis propose depuis 2016 un grand concours de Nanométrages, qui se tiendra lors de la 24e édition du Festival, du 20 au 24 juin 2019.

Festival International de Contis

Jeudi 20 au lundi 24 juin 2019

Le Cinéma de Contis

40170 Contis Plage

www.cinema-contis.fr/le-festival-international-de-contis/

Misatango

L’ensemble vocal Arcama-CNRS et le chœur d’hommes de Lyon vous invitent à découvrir le Misatango de Martin Palmeri au Grand Temple de Lyon. Parmi ses nombreuses œuvres, les concerts du 12 et 14 juin donnés au Grand Temple Augagneur à Lyon présenteront une œuvre instrumentale, Sobre las cuatro estaciones, ainsi que la déjà célèbre Misatango, composée pour un orchestre à cordes, piano, bandonéon, chœur mixte et mezzo-soprano solo.

L’ensemble vocal Arcama-CNRS, le Chœur d’Hommes de Lyon, les Chambristes de Lyon, le bandonéoniste Jérémy Vannereau, la soprano Lucie Minaudier seront sous la direction de Luping Dong.

Misatango

Mardi 12 et vendredi 14 juin 2019 à 20h30

Le Grand Temple de Lyon

3 Quai Victor Augagneur, 69003 Lyon

TARIF : 18€ / 14€ prévente/ (gratuit – de 15 ans)

http://lyon.aujourdhui.fr/etudiant/sortie/misatango-de-martin-palmeri-1.html

JUILLET

La Pamparina

La Pamparina est un festival de musique qui, depuis 1998, propose trois jours de concerts gratuits. Le festival se déroule dans le centre historique de Thiers et offre une programmation variée, internationale avec de jeunes talents comme des vétérans. Ne ratez pas les présentations de Sergent García et Sociedade Recreativo qui mettront respectivement en avant la musique des Caraïbes et du Brésil.

La Pamparina

Vendredi 5 au dimanche 7 juillet 2019

Centre historique de Thiers

Thiers, 63300

https://www.pamparinalefestival.com/2018/artiste/23/Br%C3%A9sil+Volcanique

Le festival de Carcassonne

Chaque été, le Festival de Carcassonne accueille plus de 200 000 spectateurs venus de France et de l’étranger et propose durant tout le mois de juillet 120 spectacles dont 80 entièrement gratuits. Un exemple de diversité culturelle qui a fait l’identité même de ce festival où se côtoient dans chaque discipline artistes émergents, artistes locaux et stars planétaires. Cette année le festival accueille le groupe Nito Quintana, qui mêle les rythmes latino-américains avec ceux du Vieux Continent.

Le festival de Carcassonne – Nito Quintana

Lundi 8 juillet 2019 à 21h

Place Marcou

Carcassonne, 11000

https://www.festivaldecarcassonne.fr/nito-quintana-grupo

Nice Jazz Festival

Le festival de jazz de Nice est souvent considéré le premier festival de jazz d’importance international. Créé en 1948 et organisé annuellement depuis 1971, le festival marque les tendances nouvelles du jazz. Trois scènes sont mises en place pour que les spectateurs puissent déambuler entre elles. Le festival accueille une variété de genres musicaux, des artistes de différentes générations, locaux comme internationaux. Les talents latino-américains sont toujours présents. Cette année le festival invite la légendaire diva du Buena Vista Social Club, Omara Portuondo, ainsi que ses compatriotes l’Orquesta Akokán, un big band composé des meilleurs musiciens de Cuba, mais aussi Nubya García, saxophoniste anglaise d’origine caribéenne.

Nice Jazz Festival

Du mardi 16 au samedi 20 juillet 2019

Théâtre de verdure – place Masséna

Place Massena, 06000 Nice

http://www.nicejazzfestival.fr/en/programmation/2019/20-07-2019

Cap Latino Festival

Quoi de mieux qu’un lieu éphémère pour accueillir un festival ? Plein air, festif, Ma Cimenterie est un écrin de rêve et surtout le lieu de vie idéal pour accueillir un festival latino : on y danse, on y boit, on y mange, on échange, bref, on y on fait la fête.

Cap Latino Festival

Samedi 22 et dimanche 23 juin 2019

Ma Cimenterie, 9001 chemin des Carrières

69250 Albigny-sur-Saône

https://www.facebook.com/events/383289192523063/

Nuits de Fourvière

Chaque été, à Lyon, les scènes des amphithéâtres gallo-romains se comblent de talents à l’occasion des Nuits de Fourvière. Théâtre, musique, danse, opéra, cirque… le festival offre auprès de 60 présentations. Voulant rendre le festival culturellement varié, les artistes viennent de partout dans le monde. Pour cette édition de Nuits de Fourvière, la chanteuse cubaine et star de Buena Vista Omara Portuondo et l’Orquesta Akokán sont invitées au festival pour une nuit spéciale cubaine.

Nuits de Fourvière

Vendredi 26 juillet à 21h

Grand théâtre, théâtres romains du parc archéologique de Fourvière

Rue de l’Antiquaille, 69005 Lyon

https://www.nuitsdefourviere.com/programme/omara-portuondo

Summer Vibration

Donnez de la couleur à votre été avec la 6ème édition du festival de musique Summer Vibration. Du 25 au 28 juillet 2019, Sélestat devient une (petite) capitale française du reggae international. Avec des artistes de partout dans le monde, venez découvrir la diversité et richesse de ce genre musical à l’échelle globale. En famille ou entre amis, savourez l’intensité d’un moment hors du temps au cœur d’un espace naturel verdoyant, animé par la gaieté, l’esprit de fête et du vivre ensemble. Cet été, Summer Vibration accueille l’Amérique latine en invitant quelques grands artistes originaires de la Jamaïque : The Skatalities, Third World, Don Carlos, Linval Thompson & The Ligerians, Johnny Osbourne & The Homegrown Band, Sista Nancy, entre autres. La fusion entre jazz, R&B et funk, permettent au reggae d’atteindre toute sorte de public, en invitant ainsi les amoureux de la musique à passer un bon moment en plein air.

Summer Vibration

Jeudi 25 au dimanche 28 juillet 2019

Les Tanzmatten, Quai de l’Ill,

67600 SÉLESTAT, ALSACE, France

summervibration.com

Tempo Latino

Après sa création en 1994, Tempo Latino est devenu le premier festival de musiques latines et afro-cubaines en Europe. Né de la volonté de faire connaître cette musique vivante et populaire, Tempo Latino et ses 500 bénévoles vous invitent à découvrir les rythmes latinos pendant 4 jours.

Tempo Latino

Vendredi 26 au dimanche 28 juillet 2019

Arènes de Vic-Fezensac

Vic-Fezensac, 32190

http://tempo-latino.com/accueil

Amaranta ZERMEÑO et Monica GIORDANELLI

L’animation latino-américaine au rendez-vous du festival international d’Annecy

La nouvelle édition du festival international d’animation d’Annecy se déroulera du 10 au 15 juin. La compétition met en lumière plusieurs films d’animation latino-américains.

Photo : Festival Annecy

Dans les années 1960, le festival d’animation d’Annecy voit le jour. Ce n’est pourtant que dans les années 2000 qu’il prendra un envol mondial. À la veille de son soixantième anniversaire l’an prochain, l’évènement demeure le plus grand festival d’animation d’Europe. Lors de cette édition, une centaine de films d’animation mondiaux seront en compétition dans une dizaine de catégories. Entre les projections, plusieurs conférences, rencontres et ateliers ont lieu autour de la création et de l’univers de certaines animations.

Le court métrage argentin Gloomy Eyes fait partie des œuvres VR en compétition. Réalisé par Jorge Tereso et Fernando Maldonado, l’anime retrace les inventions et le destin de Nena et Gloomy en 1983. Tout semble opposer ces deux enfants : tandis que Nena est une fillette, Gloomy est mi-homme, mi-zombie et vit à l’écart dans la forêt. Pourtant, leur union pourrait bien faire réapparaître le soleil de Woodland City, une ville plongée dans l’obscurité depuis des années.

L’anime Argentin est encore représenté grâce à Petit « I don’t want anymore suprises ». Ce film argentin, chilien et colombien présente la vie de Petit, enfant de cinq ans dont les théories expliquent tout. « Peu importe que celles si soient justes ou fausses, il n’abandonne jamais et réussit toujours, par tous les moyens possibles, mais jamais de la façon qu’il espère. » Réalisé par Bernardita Ojeda, l’animé est en compétition avec les autres films de la catégorie Films de télévision en compétition.

Pour la dernière projection argentine, c’est le court-métrage Pulsion qui a été sélectionné. Ce film de six minutes du réalisateur Pedro Casavecchia éclaire « les sentiments obscurs qu’un gamin a accumulés pendant son enfance, puis qui surgissent avec violence après la mort de sa mère. » L’animé est une vision de « l’exploration de la maltraitance et des dysfonctionnements dans le cadre familial. »

Place au Mexique avec Hideouser and Hideouser, un court-métrage de Aria Covamonas. Produit en 2018, le film d’animation a été réalisé grâce à des éléments découpés. Le film de sept minutes amène une idée, celle que « Chaque jour est le même, mais de plus en plus curieux. » Le second film mexicain du festival est Cut out fest 10 «opening titles, réalisé par Andrea Mondragón García. L’animé d’une minute met en action « un View-Master qui explose et fait alors détoner un délire de couleurs, de chats sauvages, de parties de corps et de formes ondulées pour nous entraîner dans un monde tropical en mouvement, comme un big bang. »

Por ahora un cuento est le court métrage colombien de la sélection latino-américaine du festival. Réalisé par Carla Melo, l’animé aux dessins sur papier, donne le récit d’un enfant oiseau qui rend visite à son père. Dans un village retiré en Colombie, « la nature empiète sur sa maison jusqu’à l’engloutir lentement. Un jour, le père devient muet, comme si un monstre était en lui. Une fois encore, ce vieux héron se retrouve seul. »

Finalement, Sangro, court-métrage brésilien, clôture la sélection latino-américaine de cette programmation. Projeté dans la catégorie court-métrage en perspective en compétition, l’animé aux techniques diverses à été réalisé par Thiago Amaral Minamisawa, Bruno H Castro et Guto BR. Pendant sept minutes, le public assiste aux confessions intimes d’une personne atteinte du VIH. Inspiré d’une histoire vraie, le film cherche à « démystifier les questions relatives au virus qui perdurent encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif. »

Le festival d’Annecy est aussi un lieu stratégique pour promouvoir de nouveau projet. Le nouveau prix Quirino de l’animation ibéro-américaine a était présenté mardi 11 juin à 18h. « Le rapport représente une carte de l’ensemble du secteur : la formation, la production et la promotion en animation. » Parmi les intervenants, Silvina Cornillon, l’Argentine de l’Institut national du cinéma et des arts de l’audiovisuel argentin, en fera partie.

Rendez-vous sur le site pour découvrir la suite du programme, ainsi que les horaires et lieux des projections. Retrouvez dès la semaine prochaine sur notre site, les résultats du Palmarès.

Eulalie PERNELET

Rétrospective pour la semaine du cinéma chilien à la cinémathèque de Paris

La cinémathèque de Paris organise une semaine du cinéma chilien du 12 au 16 juin 2019. Avec une présentation d’ouvrages du XXIe siècle, des rencontres et conférences, cette rétrospective est l’opportunité de découvrir le Chili à travers sa culture cinématographique.

Photo : Cinémathèque

Le cinéma chilien a 122 ans d’histoire, mais il se développe à partir des années 1970 avec la fondation d’une cinémathèque nationale et d’un département de cinéma expérimental à l’Université du Chili. Depuis, la production de films a été minimale, surtout pendant la dictature de Pinochet entre 1973 et 1990 qui obligea de fameux cinéastes chiliens à effectuer la majeure partie de leur carrière à l’étranger. Parmi eux, on peut nommer Alejandro Jodorowsky, Raúl Ruiz ou encore Patricio Guzmán. Désormais, on peut constater une division dans l’histoire du cinéma chilien, avec l’émergence d’une nouvelle génération de réalisateurs nés dans les années 1970 qui font bouger la scène cinématographique du pays.

La cinémathèque de Paris retrace l’histoire cinématographique du Chili, qui depuis une décennie vit un renouveau artistique se traduisant par une présence remarquée dans les palmarès internationaux : l’Ours d’argent au festival de Berlin (Gloria de Sebastián Lelio en 2013 et El Club de Pablo Larraín en 2015), le Léopard de la meilleure réalisation à Locarno (Tarde para morir joven de Dominga Sotomayor Castillo en 2018) et l’Oscar du meilleur film étranger (Una mujer fantástica de Sebastián Lelio en 2018). Cette évolution est retracée dans cette rétrospective en dix films, où les auteurs manifestent un véritable aplomb créateur. Tous les films sélectionnés pour cette semaine témoignent des fractures historiques et sociales, qui nous permettent de reconnaître l’identité du cinéma chilien.

Un des thèmes principaux à constater est celui de la division sociale, dépeinte sous différentes coutures. Dans le cinéma chilien d’aujourd’hui, il est rare de voir deux personnages discuter d’égal à égal. Que ce soit à travers la question de la hiérarchie sociale (Nana, Sebastián Silva), les troubles sociaux liés à la dictature (Lucía, Niles Atallah) ou encore la violence sociale (Matar a un hombre, Alejandro Fernández Almendras). Ces films font écho à la dévastation sociale orchestrée sous la férule de Pinochet, lequel apparaît fort justement comme une ordure impeccablement costumée et cravatée dans No, le film sur le plébiscite de 1988 qui finit par le chasser du pouvoir.

À partir de cette rétrospective, on revisite des sujets très polémiques de la dernière décennie : la jouissance et l’amour, l’identité et la liberté individuelle, la transidentité, l’homosexualité et l’homophobie, les relations père-fils… Une nouvelle ère s’ouvre : c’est l’éclosion d’une société chilienne toujours tenaillée par ses contradictions, sous le regard d’une génération de cinéastes d’une stimulante maturité. Rendez-vous à partir du 12 jusqu’au 16 juin à la cinémathèque de Paris, 51 Rue de Bercy, 75012 Paris.

Amaranta ZERMEÑO

Pour plus d’informations, visitez le site de l’événement

La République dominicaine invitée d’honneur à la foire du livre de Madrid

Du 31 mai au 16 juin, le parc du Retiro accueille la 78e édition de la Foire du livre, cherchant à surpasser les chiffres de l’édition précédente : plus de 2 millions de visiteurs et 1700 auteurs. Cette année, la foire ouvre ses portes aux Caraïbes avec la République dominicaine comme invitée d’honneur.

Photo : Feria del libro de Madrid

Pour la 78e édition de la foire du livre de Madrid, la République Dominicaine est accueillie comme invitée d’honneur. L’ambassade de la République Dominicaine s’est occupée d’organiser une centaine d’activités sous la devise «Découvre un pays de culture». Le programme a pour objectifs de fêter l’appartenance du pays au monde hispanique, d’aborder la relation historique entre Espagne et République Dominicaine, ainsi que d’honorer trois intellectuels dominicains : Pedro Henríquez Ureña, Juan Bosch et Marcio Veloz Maggiolo, et enfin d’offrir au public madrilène un aperçu global de la culture dominicaine.

Historiens, académiciens, anthropologues, sociologues, archéologues, juristes, journalistes, musicologues, acteurs et artistes de l’île caribéenne participeront aux manifestations. Parmi les invités se trouvent des écrivains représentatifs de la Génération des années 1960 et 1980 ainsi que de la nouvelle littérature dominicaine déjà reconnue avec le Prix national de la littérature. Au sein du pavillon dédié à la République dominicaine, on pourra trouver un éventail d’événements allant au-delà de la littérature. Ce sera notamment l’occasion de danser au son du merengue, de voir des expositions photographiques et de profiter d’un cycle de projections de films qui seront la preuve de la croissance de l’industrie cinématographique dans le pays.

En raison de l’étroite relation entre l’Espagne et la République Dominicaine, le pays invité va dédier une partie du programme à l’histoire des liens entre les deux pays. Une exposition sur l’exil républicain espagnol en République Dominicaine présentée sous le nom de Plus fort que la mort est le nom y est organisée, montrant les causes et conséquences de ce mouvement démographique.

Hommage à trois écrivains

Pedro Henríquez Ureña fut un illustre écrivain, professeur, philosophe, critique littéraire et poète. Issu d’une famille d’intellectuels renommés, il est le précurseur du modernisme en République Dominicaine. Parmi ses œuvres se trouvent El Nacimiento de Dionisios (1916), En la orilla : mi España (1922), La utopía de América (1925), Seis ensayos en busca de nuestra expresión, La cultura y las letras coloniales en Santo Domingo (1936).

Juan Bosch était un écrivain et homme politique dominicain. Il est considéré comme l’un des plus grands conteurs latino-américains du XXe siècle, surnommé «maître» par Gabriel García Márquez. Il s’est exilé durant le régime dictatorial de Trujillo, et c’est à Cuba qu’il a produit la majorité de son oeuvre littéraire. Suite à la mort du dictateur, il est retourné sur l’île et a été élu président de la république, avant d’être renversé.  Il est passé de la littérature aux essais politiques et a fondé en 1973 le Parti de la libération dominicaine, ancré à gauche. Parmi ses œuvres principales figurent La Mañosa (1936), Cuentos escritos en el exilio et El Oro Y La Paz (1975).

Marcio Veloz Maggiolo est un narrateur, poète, essayiste, archéologue et anthropologue, docteur en histoire d’Amérique. Il s’agit d’un des écrivains dominicains les plus diffusés à l’échelle internationale. Il a reçu le prix national de la poésie en 1961 ainsi que le prix national du roman et le prix national de la littérature. Parmi ses œuvres les plus célèbres on trouve El sol y las cosas (1957), Intus (1961) et El buen ladrón (1962).

Mónica GIORDANELLI

Plus d’informations sur la foire du livre de Madrid

L’Amérique latine primée au Festival de Cannes pour quatre films latinos

Même s’il n’y avait qu’un seul film latino en compétition officielle, le beau Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles obtient l’un des deux prix du jury présidé par Alejandro Gonzalez Iñárritu.

Photo : Bacurau

Karim Aïtnouz, un autre brésilien reçoit le prix Un certain regard pour son mélodrame La vie invisible d’Euridice Gusmão. Quant au Guatémaltèque Cesar Díaz, il gagne la prestigieuse Caméra d’Or (meilleur premier film, toutes sections confondues) pour son Nuestras Madres sur les disparus de la dictature. Enfin Patricio Guzmán reçoit l’un des deux prix de L’œil d’Or pour son documentaire La cordillère des songes.

Prix du jury ex æquo Bacarau, du duo brésilien Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Kleber Mendonça Filho avait été révélé avec Les Bruits de Recife. Il avait déjà été en compétition à Cannes en 2016 avec Aquarius, portrait de sa ville Recife, prête à tout démolir et portrait d’une femme de 60 ans qui se bat pour garder son appartement. Aujourd’hui le film en compétition au festival est Bacurau. Écrit par les deux réalisateurs, ce scénario de western était proposé en début du Festival et se déroule dans un futur proche… On arrive dans un village dans le sertão, qui porte le nom d’un oiseau de nuit, par une route jonchée de cercueils qui se brisent sous les roues d’un camion-citerne qui vient ravitailler des habitants, mis au régime sec par les puissances qui contrôlent les barrages de la région. Teresa, interprétée par Barbara Colen, a profité du camion pour revenir dans son village natal, à temps pour les obsèques de sa grand-mère, Carmelita, doyenne de Bacurau. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte… Très diffèrent d’Aquarius, il s’agit d’un film qui se passe dans un futur de résistance. Mais le Nordeste a beaucoup changé, et le fascisme n’est pas très loin. Il s’agit donc d’une fable politique, même si le film a été tourné avant les dernières élections. Avec Barbara ColenSonia Braga en médecin alcoolique et Udo Kier en nazi américain.

Caméra d’or pour César Diaz avec son premier film Nuestras Madres

Nuestras Madres de Cesar Díaz est un film franco-belge paru en 2013. Il a été projeté cette année au festival lors de la Semaine de la critique. Le pays vit au rythme du procès des militaires à l’origine de la guerre civile. Les témoignages des victimes s’enchaînent. Ernesto, jeune anthropologue à la Fondation médicolégale, travaille à l’identification des disparus. Un jour, à travers le récit d’une vieille femme indienne, Ernesto croit déceler une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père, guérillero disparu pendant la guerre. Nuestras Madres, premier film du Guatémaltèque Cesar Díaz, revient sur un épisode tragique de son pays, les disparus de la dictature militaire. Il le raconte à travers un jeune homme qui aide des femmes à retrouver et à identifier des disparus tout en recherchant son père. «Je faisais des repérages pour un documentaire dans un village où s’était produit un massacre lors de la guerre civile. Les femmes du village se sont tout de suite confiées, une vraie intimité s’est créée, autour d’évènements absolument dramatiques. Ça m’a bouleversé. Je voulais aussi raconter une histoire plus personnelle, qui me tenait à cœur, la relation entre une mère et son fils, la recherche du père, et c’est de là qu’est né le film. J’avais deux sujets, qui devaient cohabiter, il a fallu trouver l’équilibre, faire exister et évoluer ces deux trames narratives en même temps» explique le réalisateur à Cineuropa. D’une intense sobriété, d’une simplicité bouleversante, le film redonne une dignité à tous ces visages blessés et humiliés. Très bien écrit, le film a également obtenu le Prix du scénario de la SACD (Société des Auteurs).

Prix Un certain regard pour A vida invisível de Eurídice Gusmão de Karim Aïnouz

A vida invisível de Eurídice Gusmão (La vie invisible d’ Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz est un film venu tout droit du Brésil. D’après le roman de Martha Batalha, Guida et Euridice grandissent dans le quartier de Tijuca, à Rio, dans les années 1920. Elles sont filles d’un épicier primeur. Un jour, Guida disparaît. Euridice fait un «bon mariage» et épouse un employé de banque. Elle se doit alors de devenir une parfaite femme au foyer. Elle perçoit rapidement que s’occuper au mieux de sa maison et de ses deux enfants ne lui offre que bien peu de satisfaction. Pleine de talents, sa vie n’est qu’un combat face à des parents et un mari qui l’empêchent de s’épanouir en tant que musicienne, cuisinière, couturière émérite, etc. Guida, de son côté, est une fille mère qui doit affronter une vie rude afin de nourrir son fils, malade. Voici un superbe mélodrame brésilien qui retrace le destin de deux sœurs séparées par la vie, tout en évoquant la condition de la femme dans les années 1950, le temps qui passe et les rendez-vous manqués. La photo est magnifique.

Prix de l’œil d’or du documentaire ex aequo La cordillera de los sueños de Patricio Guzmán

C’est en Séance spéciale que La cordillera de los sueños (La cordillère des songes), film chilien, a été visionné au festival. «Patricio Guzmán a quitté le Chili il y a plus de quarante ans, lorsque la dictature militaire remplaça le Front populaire, explique Thierry Frémaux, mais il n’a pas cessé de réfléchir sur un pays, une culture, un espace géographique qu’il n’a jamais oublié. Après le Nord de “Nostalgie de la lumière” (2010) et le sud du “Bouton de nacre” (2015), il filme de près ce qu’il appelle “l’immense colonne vertébrale révélatrice de l’histoire passée et récente du Chili”. La Cordillera de los sueños est un poème visuel, une enquête historique, un essai cinématographique et une magnifique introspection intime et collective.» C’est la troisième partie d’une saga sur la mémoire et la nature chilienne dans le but de réunir à nouveau paysage, histoire, écosystèmes et politique. Ce nouveau documentaire dénonce l’amnésie collective de son pays sur la dictature de Pinochet à travers une ode au miracle géographique que sont les Andes filmées magnifiquement. La nature est majestueuse alors que les Chiliens n’ont qu’une envie, celle d’oublier le passé.

Alain LIATARD
Depuis le Festival de Cannes

Une caravane solidaire pour la liberté de Lula, l’ex-président du Brésil

Le Comité Lula Libre à Paris organise un tour européen en caravane pour la libération de Lula da Silva du 25 au 28 juin, qui se déroulera dans plusieurs villes européennes telles que Paris, Genève, Strasbourg et Bruxelles.

Photo : Comunicación para la integración

Un an après l’incarcération de Luiz Inácio Lula da Silva, les mouvements et groupes en solidarité de l’ancien président brésilien continuent à remuer la scène sociale. Trois ans ont passés après la première accusation, et Lula continue de nier toutes les charges qui pèsent contre lui. Le scandale de Lava Jato a révélé l’implication de plusieurs autorités et entrepreneurs devenant un des troubles politiques majeurs du pays, entraînant ainsi au plus bas un des politiciens les plus populaires au niveau international. Ces accusations font de Lula  le premier ancien mandataire à être condamné pour corruption.

«Prouvez que je suis corrompu et c’est en marchant que j’irai en prison», c’est ce que Lula a dit lors du procès judiciaire contre lui. En février 2019, contre le règlement pénitentiaire, Lula n’a pas pu assister aux obsèques de son frère ainé. La Justice Brésilienne a condamné Lula sans preuves et au nom des convictions personnelles d’un juge, à 12 ans et 11 mois de prison pour un nouveau cas de corruption et de blanchiment d’argent. Lors de son premier jugement les preuves de son innocence ont été «délibérément ignorées par le juge», les avocats de Lula insistent donc sur leur tentative de prouver son innocence à travers des tribunaux judiciaires impartiaux, comprenant ceux des États-Unis.

C’est à la suite de cette «chasse aux sorcières» que le Comité Lula Libre à Paris décide d’organiser la Caravane Lula Libre Europe. Ayant comme objectif la restitution d’innocence de l’ancien président, la caravane se rendra dans quelques villes européennes symboliques de la défense du droit et des libertés : Paris (UNESCO), Genève (Conseil des droits de l’homme de l’ONU/Conseil mondial des Églises), Strasbourg (Conseil de l’Europe), Bruxelles (Parlement européen).

L’ancienne présidente Dilma Rousseff a affirmé que son prédécesseur et parrain politique est «innocent». Mais au-delà de l’évident support de la part de ses compatriotes, ce projet est une preuve de l’étendue de la solidarité que Lula reçoit à l’échelle internationale. C’est le journaliste de Pagina 12 Celso Amorim qui rappelle l’importance de traiter cette situation en dehors du territoire : «Le succès de cette lutte serait, cependant, plus facile si on pouvait compter sur la solidarité active de nos camarades, des hommes et des femmes, brésiliens ou non, habitant à l’étranger mais qui accompagnent le drame brésilien.»

À manque de siège, la Caravane et sa popularité en tant que projet solidaire se déroule exclusivement sur internet. Vous pouvez les retrouver sur leur site officiel. Ainsi que toutes les actualités de la Caravane à travers leur compte de Facebook. Vous pouvez également aider la cause en participant à la cagnotte en ligne.

Amaranta ZERMEÑO

Panorama des films latinos hors compétitions au Festival de Cannes

Cette année, la programmation du Festival de Cannes regroupait une dizaine de films latino-américains. Parmi eux Litigate de Franco Lolli (Colombie), Que sea ley de Juan Solanas (Argentine), Ceniza Negra de Sofía Quirós Ubeda (Costa Rica-Argentine-Chili-France) et Canción sin nombre de Melina León (Pérou).

Photo : Ceniza Negra – Smashleen Gutiérrez

Litigate de Franco Lolli, film colombien, a était visionné pour l’Ouverture de la Semaine de la critique. À Bogotá, Silvia, mère célibataire et avocate, est mise en cause dans un scandale de corruption. À ses difficultés professionnelles, s’ajoute une angoisse plus profonde. Leticia, sa mère, est gravement malade. Tandis qu’elle doit se confronter à son inéluctable disparition, Silvia se lance dans une histoire d’amour, la première depuis longtemps. Le réalisateur dresse le portrait d’une femme qui doit faire face à des situations complexes et urgentes, aussi bien dans sa vie professionnelle, familiale et personnelle. Mais c’est aussi un film sur la famille. Franco Lolli dans ce second film, transcende le cadre réaliste de son récit pour atteindre le plus profond des êtres, au cœur des émotions les plus vives et les plus pures, que seul le cinéma sait transmettre. Je l’ai interrogé et nous en reparlerons.

Que sea ley, Argentine, est le premier documentaire de Juan Solanas, fils du sénateur et cinéaste Fernando Pino Solanas. Présenté en séance spéciale, c’est le seul film qui représente l’Argentine cette année au Festival de Cannes. Son but : défendre les droits des femmes pour pouvoir décider de leur corps. Il a filmé tout seul pendant près de neuf mois, et a parcouru quatre mille kilomètres en voiture en passant par Jujuy, Santiago del Estero, Tucumán, Córdoba et d’autres provinces. «Je voulais montrer la réalité du droit des femmes». Car il y a encore une partie des sénateurs, soutenus par les évangélistes qui sont contre l’IVG. C’est un film très militant accompagné à la séance par un groupe de femmes argentines qui avaient fait le voyage pour soutenir le film.

Ceniza Negra (Cendre Noire) de Sofía Quirós Ubeda, Costa Rica-Argentine-Chili-France, a était projeté pendant la Semaine de la Critique. Selva, 13 ans, découvre qu’en mourant on ne fait que changer de peau. On peut se transformer en loup, en chèvre, en ombre, en tout ce que l’imagination permet. Une adolescente élevée dans la campagne par ses grands-parents apprend la vie à l’approche de leur mort. De cette dualité naît l’intérêt du film, son authenticité. Avec la perte de l’innocence viennent la conscience du corps et la sensualité.

Canción sin nombre de Melina León, Pérou, était aussi projeté pour la Semaine de la critique. Pérou, au plus fort de la crise politique des années 80. Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Décidée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide d’un journaliste qui accepte de mener l’enquête. C’est un film très simple tourné en noir et blanc.

Chicuarotes de Gael García Bernal, Mexique, visionné en Séance spéciale. «Acteur de premier rang chez Iñárritu ou Cuarón, Gael García Bernal est, avec Diego Luna, un fidèle de Cannes dont il fut membre du Jury en 2014. ‘‘Chicuarotes’’ est le deuxième long métrage de l’acteur, une plongée dans la société mexicaine à travers l’histoire d’adolescents sur lesquels il jette un regard tendre, à la mesure d’un pays éternel auquel le cinéma mexicain rend hommage film après film.»

Por el dinero d’ Alejo Moguillansky, Argentine, visionné lors de la Quinzaine des réalisateurs. Une misérable troupe argentine composée d’acteurs, de musiciens, de danseurs, de cinéastes et d’une petite fille s’embarque pour une tournée, quelque part, en Amérique latine. Si l’amour et l’argent sont deux mondes irréconciliables, le film sera l’histoire de cette tragédie. En deux mots il s’agit d’un film original et décevant, produit par El Pampero, le groupe qui a produit La Flor.

Sem seu sangre (Sick,sick, sick) de Alice Furtado, Brésil, projeté aussi durant la Quinzaine des réalisateurs. Silvia est une jeune fille introvertie lassée par son quotidien, entre famille et lycée. Elle semble chercher quelque chose qui la ferait se sentir plus vivante. Elle croit l’avoir trouvé en la personne d’Artur, un adolescent qui débarque dans sa classe après avoir été expulsé de plusieurs lycées. Silvia est fascinée par la vitalité d’Artur qui souffre pourtant d’une maladie grave, l’hémophilie. Ils s’immergent dans une coexistence intense et brève, que la mort accidentelle d’Artur interrompt. Silvia tombe malade, tandis que sa vie se transforme en un cauchemar étrange. Le deuil devient une obsession. Après une première partie intéressante, le film mélange la réincarnation, la puissance animale et encore une fois les zombies qui étaient très présents cette année à Cannes.

Des Zombies, donc, en ouverture du Festival de Cannes, on n’avait jamais vu cela. Mais le film de Jim Jarmusch The dead don’t die est aussi sorti sur 600 écrans en France. Cette année plein de grands noms se retrouvaient en compétition. Il y avait aussi des premiers films, et une importante participation de cinéastes femmes. On attendait beaucoup des dernières œuvres de Tarentino, Kechiche, Despleschin, Loach, Malick, Dolan ou Bellocchio. Ils ne se retrouvent pas au Palmarès. Les frères Dardenne tirent leur épingle du jeu par le prix spécial sur Le jeune Ahmed, un jeune fanatique islamique. On attendait une Palme d’Or pour Almodóvar. Il ne l’a pas cette fois encore, mais Antonio Banderas en double du cinéaste espagnol est émouvant. Le cinéaste palestinien Elia Suleiman a été soutenu par une mention spéciale. Par contre Céline Sciamma a obtenu le prix du scénario pour Portrait de la jeune fille en feu, la jeune Franco-Sénégalaise Mati Diop a obtenu le grand prix pour Atlantique, un premier film sur l’immigration, et Ladj Ly a reçu le prix du jury pour Les Misérables,son film sur les banlieues. La Palme d’Or est revenue un peu à la surprise générale au film sud-coréen parasite de Bong Joon Ho. Comme le dit le jury Art et Essai : C’est un film puissant, surprenant, divertissant, drôle et intelligent. Il est brillant sur tous les plans : mise en scène, direction d’acteurs, scénario très élaboré avec des rebondissements permanents. 

Alain LIATARD
Depuis le Festival de Cannes

La sentence paradoxale contre le général Juan Emilio Cheyre, complice de la dictature chilienne

Au Chili, Juan Emilio Cheyre est connu comme le général du «plus jamais», le militaire qui a admis au nom de l’armée chilienne la responsabilité des forces armées dans la violation systématique des droits de l’homme de 1973 à 1990, durant la dictature militaire d’Augusto Pinochet. Le vendredi 9 novembre, ce même militaire a été condamné pour crimes contre l’humanité.

Photo : Diario de Concepción

Avec cette sentence, le Chili se retrouve face à un choix unique : assumer le paradoxe historique incarné en la personne du général Juan Emilio Cheyre qui a demandé pardon aux victimes de la dictature, qui a promis que plus jamais ces crimes ne seraient commis, et qui la semaine dernière a été condamné à trois ans et un jour de liberté surveillée.

Le succès d’une dictature, comme celle du Chili, se fonde sur sa capacité à faire de complices passifs et actifs tous ceux qui ne sont pas ses victimes. Son triomphe final est de réussir à créer une confusion entre ces différents statuts : celui qui tue et celui qui aide à tuer, celui qui se tait et celui qui oublie ce qu’il sait ou celui qui ne sait pas parce qu’il ne veut pas savoir. À travers différents procédés institutionnels, les sociétés peuvent essayer d’alléger leurs consciences. Mais ces pays ont également un subconscient : c’est dans celui-ci que se trouvent les «plus jamais» et que les tentatives d’enfermer les blessures passées de manière définitive échouent encore et encore. C’est ce qu’il s’est passé pour Cheyre. C’est ce qu’il se passe au Chili.

Alors que Cheyre était commandant en chef de l’armée – de mars 2002 à mars 2006 –, les forces militaires ont donné, bien qu’au compte-goutte, des informations sur les tortures et les disparitions qu’elles avaient provoquées, mais elles ont surtout cessé de protéger les militaires retraités qui ont pris part à ces crimes contre l’humanité. Le cas le plus emblématique est celui de l’ex-brigadier Miguel Krassnoff, qui a été condamné à plus de 600 ans de prison malgré son influence dans le monde militaire.

Cheyre aurait-il pu imaginer que lui-même serait l’un de ces militaires qui affronterait une vérité qu’il avait oublié ou qu’il a voulu oublier ? Car peut-être que dans cet oubli, ou tentative d’oubli, réside le secret du pourquoi les procédés de réparation, de mémoire et de justice, que l’Amérique latine a essayé de mettre en place pour régler ses comptes avec la violence et les dictatures, se heurtent presque toujours à un obstacle inattendu qui oblige à réouvrir ce qui paraissait être fermé.

Les pays latino-américains ont réglé leurs comptes avec leurs dictatures de façons différentes. Les Uruguayens ont préféré la vérité à la justice : en 1985, une amnistie a été proclamée pour les officiers qui avaient commis des crimes durant le régime militaire. Cette loi d’indulgence a été approuvée par les citoyens : en deux référendums, la population a voté pour ne pas déroger à cette législation. Grâce à la courageuse obstination de quelques familles de victimes, une Commission pour la paix a été créée et plusieurs militaires ont été jugés. Les Argentins, de leur côté, ont condamné leurs militaires pour ensuite les gracier, puis les condamner à nouveau. Finalement, les ex-dictateurs Rafael Videla et Leopoldo Galtieri sont morts en prison.

Le cas du Chili est lui plus ambiguë, discret et graduel. Au début de la transition démocratique, le président Patricio Aylwin a opté pour l’application du concept de justice «dans la mesure du possible». Mais au cours des dernières années, le travail patient et rigoureux des familles des victimes et de leurs avocats a transformé cette façon de faire chancelante et partielle de faire justice.

Ces jours-ci, les Chiliens pressentent un nouveau chapitre pour faire la lumière sur leur passé militaire : le ministre Mario Carroza a condamné Cheyre pour son implication dans la dénommée «caravane de la mort», un cortège militaire sinistre qui a parcouru le Chili au début de la dictature en fusillant les opposants politiques. Le juge n’a pas pu prouver que l’ex-commandant en chef de l’armée chilien a participé directement aux fusillades, mais il est celui qui était chargé de diffuser la version des faits racontant que les opposants exécutés étaient morts dans un combat qui n’a jamais existé. Il sera condamné pour complicité d’homicide qualifié avec quinze personnes.

Juan Emilio Cheyre clame son innocence et sa défense a déjà annoncé qu’il fera appel à la décision. Il est possible que Cheyre soit sincère, qu’il croit réellement qu’il a toujours bien fait. Cela n’enlève rien au fait que «bien faire» pour un jeune officier en 1973 soit profondément erroné pour un général de la transition. Il est difficile d’être militaire et de désobéir aux ordres durant une dictature, comme il est difficile d’être chargé de ce secret, le personnage qui, dans une démocratie, demande à ses subordonnés de dire la vérité.

Nous ne pouvons pas arrêter de condamner et d’enquêter sur notre passé obscur. Il ne faut pas non plus arrêter d’essayer de comprendre et d’assumer les paradoxes d’un passé qui refait surface. Au Chili, le «jamais plus» peut également être un «cela continuera». Ainsi, pour un pays qui a décidé de passer de la justice à moitié à la pleine justice, la sentence paradoxale du général «plus jamais» est un progrès. Le dispositif de justice chilienne ne doit pas s’arrêter jusqu’à ce que soit donné à chacun sa place dans l’Histoire.

D’après The New York Times espagnol,
Traduit par Cécile Pilgram

Le Chili affirme qu’il organisera la COP25 en janvier 2020 en lien avec le Costa Rica

Le gouvernement du Chili confirme qu’il organisera le prochain sommet de l’ONU pour le changement climatique. Cette information a été confirmée par le Président Piñera durant la conférence de presse qui a eu lieu au Palais de La Moneda. Le pays organisera le rendez-vous annuel de janvier 2020 avec le Costa Rica. Nous traduisons ici un article publié dans La Tercera.

Photo : Radio Canada

«Je veux avant tout remercier la Conférence des Parties pour le soutien apporté afin d’accueillir la COP25 au Chili, permettant ainsi de maintenir la COP dans la région de l’Amérique Latine et des Caraïbes.» Tels ont été les mots de la ministre de l’Environnement du Chili, Carolina Schdmit, depuis la Pologne, après la confirmation du Chili comme prochain pays organisateur de la Conférence des Parties des Nations unies pour lutter contre le changement climatique. Le rendez-vous annuel se réalisera en 2020. La secrétaire d’État a affirmé que ceci représentait «un grand défi à assumer comme une tâche historique».

«Nous voulons que ce soit une opportunité pour montrer le meilleur de nous-mêmes et plus largement des richesses naturelles, culturelles et sociales de toute la région. Au nom du gouvernement chilien et de notre président Sebastián Piñera, je veux réaffirmer que nous croyons profondément que le véritable développement économique et social est possible uniquement si nous prenons soin de l’environnement. Diminuer et s’adapter au changement climatique est la clef pour réussir un développement complet et durable pour nos pays» s’est-elle exprimée.

Le Chili a mené d’intenses négociations cette semaine pour faire venir la conférence dans le pays et éviter qu’elle ne retourne dans la ville allemande de Bonn. Des conversations ont été échangées avec le Costa Rica, qui avait également manifesté son intérêt pour organiser le sommet. Toutefois, le pays a retiré sa candidature pour causes financières. Malgré cela, la décision finale a déterminé que la gestion de la rencontre de novembre prochain sera à la charge des deux pays.

La conférence de cette année a pour but de déterminer comment atteindre les objectifs adoptés en 2015 par l’Accord de Paris, qui a établi de limiter l’augmentation de la température moyenne de la planète bien en deçà de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, et le plus proche possible de 1,5°C.

Quelques instants plus tard, et depuis le Palais de La Moneda, le Président Sebastián Piñera a annoncé la nouvelle au cours d’une conférence de presse : «Durant cette importante réunion, nous allons avoir l’extraordinaire responsabilité de mener et d’avancer vers un meilleur contrôle du changement climatique et du réchauffement mondial poursuivant les progrès obtenus par la COP 21 de Paris et la COP 24 de Katowice. […] Ainsi, en novembre de l’année prochaine, le Chili sera le pays siège du sommet de l’Apec et, en janvier 2020, nous serons le pays siège de la COP25.»

D’après La Tercera
Traduit par Cécile PILGRAM

Femmes Farc, adieu à la guerre : le premier documentaire réalisé par des ex-guérilleras

La file d’attente a envahi tout le pâté de maison du Musée national. C’était le lundi 26 novembre à 19h. Les premières personnes à pénétrer dans le lieu avaient attendu plus de deux heures pour obtenir de bonnes places dans la petite salle Teresa Cuervo, où allait être projeté le documentaire Nunca invisibles : mujeres Farianas, adiós a la guerra, le premier long-métrage imaginé et créé par des anciennes Farc. Ces ex-combattantes Farc concrétisent un projet : raconter leurs vies à travers le cinéma. C’est, pour elles, un premier pas pour la réinsertion dans la vie civile. Nous reproduisons ici un article extrait de Pacifista.

Photo : Tanja Jungle

Toutes les protagonistes de l’histoire, les femmes de l’Espacio Territorial de Capacitación y Reincorporación (ETCR), organisme travaillant à la réinsertion des Farc dans la ville d’Icononzo, département de Tolima, sont entrées par la porte arrière du musée. Une véritable entrée VIP. Le vigile les a appelées par leurs prénoms et elles ont passé la porte d’acier avec fierté.

Il y a un an, fin 2017, elles travaillaient à Icononzo sur le thème de la mémoire et des perspectives de genre. C’est dans cet espace que leur est venu à l’esprit de reconstituer leurs histoires à travers un héritage nouveau, né avec l’Accord de paix : l’art audiovisuel. Elles étaient habituées aux visites de la presse et aux interviews, mais elles n’avaient jamais pris le contrôle de leur propre histoire, pensé à des caméras, et de la forme qu’elles souhaitaient donner à leurs récits de vie. C’est ainsi qu’est née cette histoire.

L’idée s’est concrétisée quand le groupe d’initiatives de mémoire du Centre national de mémoire historique, le PNUD et le gouvernement canadien, ont pris connaissance du projet des femmes d’Icononzo. Ils ont accepté de financer le documentaire. «Ce fut l’un des plus grands paris pour 2018 et la plus polémique des 25 initiatives annuelles que l’on ait eu» explique Daniel Valencia, l’un des membres du groupe des initiatives.

«Femmes Farc» : ce sont les mots que l’on pouvait lire sur les chemises blanches des ex-combattantes. Sur le devant, une rose rouge imprimée à côté du cœur. Entourées de journalistes, de photographes, d’acteurs et de personnes qui s’approchaient avec curiosité : jamais elles n’avaient connu cela.

«Que signifie être une femme révolutionnaire ?» a demandé une femme du M-19 en réinsertion à cinq femmes Farc qui attendaient à l’entrée : «Continuer à être révolutionnaires, même avec des cicatrices, c’est travailler sur l’empouvoirement, dans les régions, les espaces territoriaux et, pourquoi pas, dans la ville et ses salles de cinéma. Nous savons ce qu’est l’idéologie et l’identité des Farc» lui a répondu l’une d’entre elles.

Après quelques interventions et remerciements, dans une salle complètement pleine, le film a commencé. Les jeunes enfants des actrices leur criaient «maman !» en les voyant à l’écran, pendant qu’elles rougissaient de se voir ainsi projetées. Dans le long-métrage, chacune des cinq protagonistes répond aux questions suivantes : Pourquoi êtes-vous entrée dans la guérilla ? ; Comment était la vie dans le monte ? ; Qu’est-ce qui a changé avec le processus de paix ? Les récits touchent à des thèmes sensibles comme la grossesse et l’équité des genres dans les rangs guérilleros.

Les spectateurs ont applaudi lorsque les femmes ont prononcé des paroles fortes à propos de la fierté féminine chez les guérilleros. «Quand j’ai intégré les Farc j’ai vu que les hommes, par exemple, faisaient également à manger. Tout était fait de façon égalitaire, et ça c’était quelque chose que j’avais envie de voir.» Après avoir écouté ce témoignage, l’auditoire a explosé en brouhahas. «Il est nécessaire de pouvoir avoir enfin une paix fondée sur une justice sociale et que les femmes puissent y contribuer.» L’audience a redoublé d’applaudissements.

Le documentaire répond à une question clef : qu’est-ce qui a poussé tant de femmes à rejoindre les rangs des Farc et comment cela se passait-il quand elles y étaient ? Des interviews de cinq femmes appartenant à la guérilla et de l’une de leurs filles, née durant ces années de combat, ont été montrées pendant 40 minutes. Les questions de genre, de pardon, de réconciliation ont été abordées ainsi que la vie quotidienne dans le monte. Chacune d’elles, avec sa propre expérience, a contribué à l’éclaircissement de la vérité sur ce conflit. Et bien que chaque histoire soit unique, ces femmes ont tenté de raconter la vie quotidienne d’une femme guérillera et de les transposer sur le grand écran.

Le documentaire prend fin et les lumières se rallument : la salle est plus remplie qu’à son lancement, le film a été mieux reçu que ce que l’on pensait. Ce premier essai -recueillir la mémoire au travers d’une production audiovisuelle- pourrait ouvrir la voie à des ex-combattantes, afin qu’elles croient en l’art comme forme d’expression, pour raconter des vies. Et le plus important : le faire comme elles le veulent, comme elles le sentent. Il s’agit en fait de se réinsérer dans la vie civile par le biais de leurs propres récits.

Finalement, toutes ont déclaré que l’une des raisons pour lesquelles elle se montrent devant les caméras est l’héritage de paix qu’elles souhaitent laisser à leurs enfants. «Nous voulons qu’ils aient plus d’opportunités que ce que nous avons eu, et qu’ils ne soient pas condamnés à répéter notre histoire», cria une mère en sortant de la salle.

D’après PACIFISTA !
Traduit par Cécile PILGRAM

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