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Catherine Traulle

Martín Vizcarra, président du Pérou, remporte son référendum contre la corruption

Le président péruvien, Martín Vizcarra, a remporté haut la main «son» référendum anticorruption, dimanche 9 décembre dernier. L’actuel président, ingénieur de 55 ans, était quasiment inconnu lorsqu’il a succédé il y a quelques mois à Pedro Pablo Kuczynski. 

Photo : TDG.ch

M. Vizcarra s’était livré à un bras de fer avec le Congrès, dominé par l’opposition fujimoriste (extrême droite), pour l’obliger à accepter un référendum national ayant pour but de déraciner la corruption dans le pays, son «cheval de bataille». Il avait présenté ses propositions de réformes le 28 juillet, après un scandale frappant l’institution judiciaire qui avait entraîné de multiples démissions, y compris celle du président de la Cour suprême, Duberlí Rodríguez. Et rappelons que les quatre derniers présidents du pays sont dans le collimateur de la justice péruvienne dans le scandale Odebrecht : outre M. Pedro Pablo Kuczynski, il s’agit d’Alejandro Toledo (2001-2006), d’Alan García (1985-1990, 2006-2011) et d’Ollanta Humala (2011-2016).

Ce référendum constitutionnel a eu lieu le 9 décembre dernier et était composé de quatre questions distinctes portant sur une réforme de la magistrature, la limitation du financement des campagnes électorales, celle du nombre de mandats des élus, ainsi que le retour au bicaméralisme. C’est la première fois depuis l’adoption de la Constitution, en 1993, que les Péruviens étaient appelés à se prononcer sur sa modification. Voici quelles étaient précisément les questions soumises au référendum :

  • «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle sur la structure et les fonctions de la Cour nationale de justice, anciennement Conseil national de la magistrature ?»

La réforme propose la dissolution du Conseil, et son remplacement par une Cour nationale de justice dont les membres seraient désormais sélectionnés par le défenseur des droits, le procureur général, le président de la branche judiciaire, le contrôleur général et le président du tribunal constitutionnel, dans le cadre d’un processus public basé sur le mérite. La durée de leur mandat serait notamment limitée à cinq ans, non renouvelables. La Cour devrait également présenter un rapport annuel de ses activités devant le Congrès. Cette réforme est considérée comme la plus susceptible d’entraîner des changements en profondeur dans le pays.

  • « Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui régule le financement des organisations politiques ?»

L’article 35 de la Constitution régule le financement des partis politiques. Ses dispositions ont été vivement critiquées comme insuffisantes lorsque l’ex-directeur d’Odebrecht a avoué en mars 2018 avoir illégalement financé les campagnes électorales des quatre précédents présidents et même de l’adversaire du dernier. La réforme soumise à référendum propose d’établir des audits et des mécanismes de contrôle, de brider au maximum le financement des campagnes des candidats par des entités privées, et de mettre en place des sanctions pour les partis qui ne s’y conformeraient pas. Les groupes politiques se verraient également interdits de recevoir des dons de la part d’individus condamnés pour certains crimes, de même que ceux d’origine anonyme. Les nouvelles mesures imposant la transparence vont jusqu’à stipuler que «tout don d’origine non établie devra être considéré comme d’origine illicite».

  •  «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui interdit la réélection immédiate des parlementaires de la République ?»

La réforme prévoit l’interdiction pour les parlementaires de se présenter à leur réélection pour un mandat consécutif. Ce changement est considéré comme en partie symbolique, le taux de réélection au Congrès se limitant à environ un tiers de ses membres en moyenne. Les Péruviens considèrent cependant à une très large majorité que leur législature est l’institution la plus corrompue de tout le pays. 

  • «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui établit le bicamérisme au Congrès de la République ?»

La réforme prévoit un passage au bicaméralisme, qui ferait de l’actuelle chambre unique, le Congrès de la République composé de 130 députés, la chambre basse d’un Parlement auquel serait ajouté pour chambre haute un Sénat composé de 50 sénateurs. Les candidats devraient être Péruviens de naissance et être âgés d’au moins 25 ans pour les députés et 35 ans pour les sénateurs. Le système législatif péruvien avait déjà été bicaméral jusqu’en 1992. Cette année-là, le président Alberto Fujimori avait procédé par un coup de force à la dissolution du Congrès et à l’adoption d’une nouvelle constitution ne conservant que la chambre basse. 

Le projet originel prévoyait de baisser le nombre de députés à 100 et de porter à 30 celui des sénateurs. Le congrès dominé par le parti Force populaire est cependant parvenu à en détricoter le contenu. Le nombre de parlementaires était ainsi relevé et les dispositions imposant la parité homme/femme retirées. Surtout, les parlementaires procédaient à une modification du texte retirant au président le pouvoir de poser au Congrès une question de confiance sur un projet de loi qui, dans certaines circonstances, lui permet, en cas de refus, de procéder à la dissolution de l’Assemblée. Cette disposition venait justement d’être utilisée en septembre par le président Vizcarra pour forcer la main du Congrès qui tentait d’enterrer le projet référendaire. Les changements apportés au projet étaient tels que Vizcarra lui-même avait annoncé qu’il voterait contre.

Selon des résultats officiels provisoires portant sur 83,69 % des bulletins, les Péruviens ont approuvé massivement, à près de 80 %, les trois premières réformes constitutionnelles proposées par le chef de l’État. Les 130 législateurs actuels se retrouveront donc sans siège après la fin de leur mandat prévue le 28 juillet 2021. En revanche, les électeurs ont refusé de rétablir un système bicaméral, proposition initialement soutenue par le président Vizcarra qui s’était ensuite ravisé pour ne pas rogner les pouvoirs présidentiels. 

Ces résultats sont une victoire pour Martín Vizcarra, cet ingénieur de 55 ans quasiment inconnu lorsqu’il a succédé il y a quelques mois à Pedro Pablo Kuczynski. Il sort ainsi renforcé du scrutin au détriment du Parlement, ce dernier faisant les frais de son discrédit auprès des Péruviens. Ce référendum «marque le début d’un changement que nous souhaitons pour le Pérou et pour tous les Péruviens», a-t-il déclaré à l’issue du scrutin.

Catherine TRAULLÉ

Comment évolue la crise politique au Nicaragua ? Reprise des négociations

La crise se poursuit au Nicaragua. Les négociations restent très difficiles entre l’opposition et le gouvernement, et le pays s’enfonce dans une spirale de violence, avec une recrudescence des combats de rue entre milices paramilitaires et opposants au régime de Daniel Ortega.

Photo : Marcha de las flores/T13

L’opposition nicaraguayenne a appelé à une grève générale le jeudi 14 juin, afin de faire pression sur le gouvernement du président Daniel Ortega, pour qu’il reprenne le dialogue, et mette fin aux violences qui ont fait 220 morts en deux mois de protestations. «Ce sera une grève civique et pacifique qui touchera tout le pays et toutes les activités économiques, à l’exception des services vitaux et de base», avait indiqué dans un communiqué l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, qui regroupe des étudiants, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile.

Reprise du dialogue le 15 juin

Cette grève a effectivement poussé Ortega à la reprise du dialogue, le 15 juin. Contre toute attente, un accord surprise y a été conclu entre le gouvernement et l’opposition, en autorisant des observateurs des droits de l’homme à venir enquêter sur les violences perpétrées depuis deux mois. En échange, les représentants de l’opposition avaient accepté une demande clef du pouvoir du président Daniel Ortega : un plan visant à lever les blocages qui entravent les routes pour empêcher les forces anti-émeutes de passer. 

Suspension du dialogue le 16 juin

Mais le 16 juin, huit personnes ont été tuées à Managua. Six des nouvelles victimes étaient des membres d’une même famille dont le domicile a été incendié par un groupe d’hommes encagoulés, accusé par l’opposition d’être soutenu par la police, qui ont lancé un cocktail Molotov. Une femme et un enfant ont survécu au sinistre mais ont été grièvement blessés en se jetant dans le vide depuis un balcon. Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a dénoncé sur Twitter un «crime contre l’humanité qui ne peut rester impuni». Ce drame a été condamné aussi bien par l’opposition que par le gouvernement, qui s’en sont rejetés mutuellement la responsabilité au moment où leurs représentants renouaient les fils d’un fragile dialogue.

Les deux parties ont suspendu leurs discussions le soir même, en annonçant qu’elles les reprendraient le lundi 18 juin. Elles devaient alors examiner une proposition formulée par l’Église catholique –qui joue dans cette crise le rôle de médiateur– prévoyant d’organiser des élections générales anticipées en mars 2019, soit deux ans avant l’échéance prévue, mais également une réforme constitutionnelle qui entrerait en vigueur dès cette année et empêcherait le chef de l’État de briguer un nouveau mandat. Ce dernier s’est dit prêt à s’orienter vers une démocratisation du pays, mais n’a pas dit s’il consentirait à écourter son mandat, valable théoriquement jusqu’en janvier 2022. «Nous réitérons notre volonté totale d’écouter toutes les propositions entrant dans un cadre institutionnel et constitutionnel», a-t-il seulement commenté.

Reprise des négociations le 18 juin, interrompues le soir même

Encore une fois, la Conférence épiscopale du Nicaragua a suspendu le soir du 18 juin le dialogue, exigeant que le gouvernement tienne ses engagements et invite les organisations internationales de défense des droits de l’homme dans le pays. «Quand le gouvernement nous enverra une copie de ces invitations et que les organisations internationales nous enverront leur réception», les groupes de travail et la session plénière seront appelés à reprendre, ont déclaré les évêques. Le non-respect de cet accord a contraint l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, de l’opposition, à quitter la table des négociations, où les questions électorales, de justice et de sécurité devaient être abordées.

Mais les jours se suivent et se ressemblent au Nicaragua où les autorités continuent de durement réprimer les protestataires et, le 19 juin, c’est la ville de Masaya, l’épicentre en quelque sorte de cette contestation, qui a subi une forte répression. D’après l’Association nicaraguayenne pro-droits de l’homme, une ONG locale, plusieurs personnes auraient succombé à des tirs et de nombreux manifestants auraient également été blessés.

Reprise du dialogue le 25 juin

Enfin, après plusieurs jours d’incertitudes, les représentants de l’Union européenne, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et de la Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) ont confirmé, le mercredi 20 juin, qu’ils avaient été conviés à enquêter sur la situation nicaraguayenne. Ainsi, malgré un climat de violence, le dialogue national instauré entre l’opposition et le gouvernement du président Daniel Ortega a repris lundi 25 juin. La Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) est arrivée dimanche 24 juin à la capitale Managua, ainsi que des fonctionnaires du HCDH pour enquêter sur ces violences, après que de nouvelles confrontations aient eu lieu le 23 juin, dans la capitale notamment, où des attaques menées conjointement par la police, les unités anti-émeutes et des paramilitaires ont fait huit morts, dont un enfant de 14 mois qui a reçu une balle en pleine tête, selon le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (CENIDH). Le lendemain a été un peu plus calme, malgré quelques attaques et des manifestations antigouvernementales dans le nord du pays.

Les évêques attendent de Daniel Ortega une réponse rapide sur la tenue d’élections anticipées qui devraient avoir lieu en mars 2019 au lieu de fin 2021, car ils estiment qu’elle est essentielle à la poursuite du dialogue national, et les opposants au gouvernement espèrent que cette présence internationale incitera le président Ortega, qui est au pouvoir depuis 2007, après une première période de 1979 à 1990, à mettre un frein, si ce n’est un terme, à la répression et à la violence.

Une «Marche des fleurs» a réuni le samedi 30 juin des milliers de Nicaraguayens à Managua, réclamant justice pour les victimes mineures de la répression. Par ailleurs, le Parlement du Nicaragua a autorisé la venue dans le pays de militaires de plusieurs pays de juillet à décembre, ce qui suscite des critiques de l’opposition. Il s’agit officiellement d’exercices de lutte antidrogue et d’aide humanitaire ?…

L’économie du Nicaragua pâtit lourdement de la crise politique

Le tourisme dans le pays le plus pauvre d’Amérique centrale souffre intensément de la paralysie du pays depuis deux mois et demi. La fermeture de nombreux commerces prive déjà d’emploi quelque 200.000 personnes et, sans sortie rapide de la crise, «1,3 million de Nicaraguayens risquent de tomber dans la pauvreté», soit un habitant sur cinq, s’inquiète la Fondation nicaraguayenne pour le développement (Funides). Si la crise se prolonge, l’ardoise pour le pays pourrait dépasser les 900 millions de dollars, selon la Fondation. 

Catherine TRAULLÉ

Des meurtres quotidiens au Nicaragua : la répression meurtrière de Daniel Ortega

Depuis le 18 avril, plus de 100 morts et des milliers de blessés sont recensés au Nicaragua, et la colère d’une partie de la population, qui exige le départ du président Daniel Ortega, ne retombe pas. Le dialogue est gelé. Et ce malgré de frêles tentatives de reprise des discussions entre les manifestants et le gouvernement, pour un temps soutenues par le Vatican. Les évêques, qui ont endossé le rôle de médiateurs à la demande du gouvernement depuis le début de la crise le 18 avril, ont suspendu le dialogue national pour une durée indéterminée, après des heures de réunions infructueuses.

Photo : Mobilisation dans les rues de Managua/Noticiero OTV

Daniel Ortega, l’ex-guérillero de 72 ans, héros de la révolution sandiniste pour avoir renversé la dictature en 1979, avait gouverné le pays jusqu’en 1990, avant de revenir au pouvoir en 2007. L’étincelle qui a déclenché le courroux populaire est une réforme des retraites augmentant les cotisations, mais bien qu’Ortega ait renoncé à son plan de réforme des pensions, le peuple nicaraguayen n’a pas cessé de se mobiliser pour dénoncer le manque de libertés et réclamer le départ du chef de l’État. Dans un climat de rage et de saccage, les émeutes populaires sont férocement réprimées par la police et s’achèvent dans un bain de sang.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a pu documenter et recueillir «des centaines de témoignages qui prouvent de graves violations des droits de l’Homme et ne caractérisent pas un usage excessif de la force de la part des corps de sécurité de l’État et également de tierces parties armées», selon un rapport lu en conférence de presse le lundi 21 mai par la rapporteuse de l’organe de l’Organisation des États américains (OEA) Antonia Urrejola. Contre les manifestants, «les unités anti-émeutes ont utilisé sans discernement des armes à feu, des pistolets à balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes». Les personnes placées en détention «ont fait état de coups, d’insultes ou de privation de nourriture. Des forces de police et des groupes motorisés ont ouvert le feu et incendié en avril un bâtiment de l’Université d’ingénierie, tuant plusieurs étudiants». La commission d’enquête dont la mission s’est déroulée du 17 au 21 mai a aussi qualifié d’«inadmissible» la censure de quatre chaînes de télévision, le blocage de médias sur internet, l’assassinat du journaliste Ángel Gahona et l’incendie d’une radio d’opposition.

Les chefs d’entreprises ont exprimé leur solidarité «verbalement» aux manifestations anti-gouvernement, déclenchées par les étudiants le 18 avril. Mais ils n’ont pas voulu se joindre au récent mouvement de grève nationale, alors qu’ils l’avaient fait lors de l’insurrection contre la dictature des Somoza (1934-1979). Ils sont «divisés» entre ceux qui veulent maintenir Ortega au pouvoir jusqu’à l’élection présidentielle de 2021 et ceux qui souhaitent son départ anticipé, assure l’un des leaders étudiants du mouvement de protestation, Victor Cuadras. Pour Oscar René Vargas, sociologue et économiste, les États-Unis, principal partenaire commercial du Nicaragua, n’ont pas adopté de mesures de pression suffisamment fortes pour faire vaciller le gouvernement.

Alors que les opposants demandent que les élections présidentielles prévues en 2021 soient avancées à cette année, le gouvernement dénonce «une voie déguisée» vers un coup d’État. Le 22 avril, le pape avait associé sa «voix à celle des évêques pour demander que cesse toute violence, qu’on évite une effusion inutile de sang et que les questions ouvertes soient résolues pacifiquement». Quant au secrétaire général de l’OEA, il avait affirmé que la solution à la crise au Nicaragua devait passer par des élections anticipées. «Quand la société est divisée, la décision doit revenir de manière urgente au souverain : le peuple», avait déclaré Luis Almagro.

«Daniel doit partir !»

C’est la demande de milliers de paysans et d’étudiants qui se mobilisent dans les rues de Managua et de tout le Nicaragua depuis fin avril. Pour les étudiants et une grande partie de la population, il n’est plus question de dialogue, qui ne serait qu’une manœuvre pour démobiliser et chercher un nouveau pacte avec Ortega ou un remplaçant, afin de le sauver de ses crimes et maintenir un Nicaragua au service des capitalistes. Il faut donc poursuivre la mobilisation révolutionnaire populaire, en reniant le dialogue tricheur, jusqu’à ce que les patrons et le régime répressif d’Ortega soient renversés, pour obtenir un gouvernement des opprimés, de la classe ouvrière, des paysans et des jeunes.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a condamné le 1er juin les récentes violences survenues au Nicaragua, notamment le meurtre d’un ressortissant américain lors de manifestations à Managua le 30 mai. Le secrétaire général de l’ONU a appelé le gouvernement nicaraguayen à répondre favorablement aux demandes du Bureau du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de se rendre dans le pays. Dans sa déclaration, il indique que l’ONU est prête à aider les efforts de dialogue national en vue de renforcer l’État de droit, le respect des droits de l’homme et la résolution pacifique des différends.

Au Nicaragua, les forces de l’ordre «tirent pour tuer». C’est avec ce slogan que l’ONG Amnesty International a de nouveau dénoncé les méthodes du gouvernement de Daniel Ortega pour réprimer les manifestations qui secouent le pays depuis la mi-avril. Amnesty a constaté sur place un «recours excessif à la force et l’ONG accuse les autorités d’avoir procédé à des « exécutions extrajudiciaires »» par le biais de milices privées.

José Pallais, ancien vice-ministre des Affaires étrangères 

José Pallais, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et ex-député de l’opposition, estime que Daniel Ortega «ne veut pas mettre son pouvoir en danger» et que les manifestants ne sont pas prêts à déserter les rues, sinon «la dictature se renforcerait, la répression deviendrait plus forte, et il y aurait toute une campagne de violence sélective», explique-t-il à l’AFP. La crise «va être longue». De fait, Ortega refuse de partir et semble décidé à se maintenir au pouvoir, jusqu’à ce que la situation soit impossible à tenir. Le 30 mai dernier, il a déclaré devant la foule lors d’un vaste rassemblement convoqué dans le nord de Managua, la capitale nicaraguayenne : «le Nicaragua nous appartient à nous tous et nous restons tous ici.» Au lourd bilan humain des manifestations s’ajoute l’impact sur l’économie des grèves, pillages de commerces et blocages de routes : le gouvernement a réduit sa prévision de croissance de 4,7-5,2 % à 3-3,5 %. Les touristes ont fui le pays. Quant au Quai d’Orsay, il appelle les Français à reporter les voyages non essentiels. Il apparaît clairement que la stratégie de répression de Daniel Ortega ne dissuade pas tout un pays, désormais debout contre son président, malgré les meurtres quasi quotidiens perpétrés par les autorités.

Catherine TRAULLÉ

Crise au Nicaragua :
le groupe d’amitié France – Mexique et pays d’Amérique centrale réitère son appel au dialogue

Depuis la mi-avril, le Nicaragua est secoué par une vague de contestation populaire sans précédent qui a provoqué le décès de plus de 120 personnes et en a blessé 1 300 autres, selon le rapport établi par la Cour interaméricaine des droits de l’Homme et le dernier bilan des organisations non gouvernementales. Les manifestants dénoncent une confiscation du pouvoir par le Gouvernement du Président Daniel Ortega, ex-leader de la révolution sandiniste. Au nom du groupe interparlementaire d’amitié France – Mexique et pays d’Amérique centrale dont une délégation s’est rendue au Nicaragua lorsqu’ont débuté les manifestations, MM. les Sénateurs Daniel Laurent (Les Républicains – Charente-Maritime), Président du groupe, et Claude Raynal (Socialiste et Républicain – Haute-Garonne), Président délégué pour l’Amérique centrale, expriment leur vive préoccupation et font part de leur émotion aux familles et proches des victimes en les assurant de leur soutien dans cette épreuve. Condamnant toute forme de violence, le groupe d’amitié appelle une nouvelle fois le Gouvernement du Nicaragua, comme il l’a fait à l’occasion des entretiens réalisés sur place, à poursuivre un dialogue transparent, ouvert et inclusif avec l’ensemble des parties prenantes pour trouver une issue pacifique à cette crise.

Contact et members du groupe ici

 

Référendum en Équateur : la réélection illimitée du président rejetée

¿Sí o No? C’est le qui l’a emporté lors de la consultation populaire organisée le 4 février dernier, avec une moyenne de 67,5 % après le dépouillement de 98,4 % des votes, pour les sept questions soumises. Le président Lenín Moreno remporte donc la victoire face à son prédécesseur et « ennemi politique n°1 », Rafael Correa, dont le rêve de revenir à la présidence en 2021 s’effondre.

Photo : Pagina 12

Le point clé du vote était en effet la suppression de la réélection indéfinie introduite en décembre 2015, qui aurait permis au père de la « révolution citoyenne », qui a régné pendant une décennie, de revenir aux prochaines élections. Cette victoire de Lenín Moreno ouvre la voie à une « décorréisation » totale de l’État.

Les sept questions du référendum et les résultats

1. L’amendement de la Constitution pour sanctionner « toute personne reconnue coupable d’actes de corruption et déclarée inapte à participer à la vie politique du pays », Oui 73,91 % – 2. L’élimination de la réélection indéfinie « afin que toutes les autorités de l’élection populaire ne puissent être réélues qu’une seule fois pour le même poste » Oui 64,32 % – 3. La restructuration du Conseil pour la participation citoyenne et le contrôle Social, « ainsi que la fin de la période constitutionnelle de ses membres actuels ». Oui 63,15 %. – 4. La suppression de toute prescription pour « crimes sexuels contre les enfants et les adolescents » Oui : 73,72 % – 5. L’interdiction de l’exploitation minière métallique « à tous ses stades, dans les zones protégées, et les centres urbains » : Oui : 68,79 % – 6. L’abrogation de la « loi de la plus-value » Oui: 63,2 % et  7. L’ « augmentation des zones protégées d’au moins 50 000 hectares, et la réduction de 1 030 hectares à 300 hectares de la zone d’exploitation pétrolière autorisée par l’Assemblée nationale dans le Parc national de Yasuní » Oui  67,44 %.

Réactions de Rafael Correa

Il a essayé de voir les résultats d’une manière positive, en disant que si 36 % des électeurs se sont opposés à la limite des mandats, cela montre que son mouvement politique est toujours le plus important en Équateur. Pour renforcer sa victoire, Moreno dépendait en grande partie d’une alliance avec des partis d’opposition conservateurs, dont le soutien à l’avenir pourrait être mis en doute. D’après ce que nous connaissons de l’histoire équatorienne, la situation peut complètement changer en deux mois. Lenín Moreno, comme tout médiocre, cherche à plaire à tout le monde. La seule chose qui les unit est la haine envers Correa, sûrement pas l’amour de la patrie. Pour le charismatique mais polémique Rafael Correa, Lenín Moreno est un « traître » qui s’est vendu à l’opposition de droite. Il affirme qu’avec cette consultation « anticonstitutionnelle » son successeur cherche à instaurer un « présidentialisme absolu ». Il n’écarterait par la possibilité de promouvoir une Assemblée constituante pour destituer Lenín Moreno et rédiger une nouvelle Constitution. « Le combat continue » a-t-il déclaré.

Rafael Correa, qui se dit victime de « persécution et harcèlement », doit se présenter devant le Parquet lundi pour témoigner sur des irrégularités présumées dans la vente de pétrole à la Chine et à la Thaïlande pendant son administration. « Ils vont inventer un crime pour me disqualifier. C’est la nouvelle stratégie de la droite pour détruire les dirigeants progressistes comme ils l’ont fait avec Dilma [Rousseff, ex-présidente du Brésil], Lula [son prédécesseur] ou Cristina [Kirchner, ex-présidente d’Argentine] », a t-il  affirmé à l’AFP.

Déclarations de Lenín Moreno

Lenín Moreno, qui a été son vice-président de 2007 à 2013, est devenu depuis sa prise de fonction le plus sévère critique de M. Correa, chantre d’un « socialisme du XXIᵉ siècle », qu’il accuse d’avoir gaspillé la manne pétrolière et d’avoir dirigé un gouvernement corrompu. Il a convoqué en novembre ce référendum, considéré comme une claire invitation à tourner la page du corréisme.

La victoire de Moreno permettra au gouvernement, selon l’analyse de la firme Quantum, de promouvoir « un agenda de politiques publiques de consensus national » et d’adopter des mesures économiques pour réduire progressivement le déficit public et améliorer la compétitivité. En plus d’un possible retour de Correa à la première ligne de la politique, les Équatoriens ont évité une phase d’instabilité. « Les décisions que nous prenons aujourd’hui seront fondamentales pour l’avenir du pays, pour que nos enfants vivent protégés, pour que les corrompus ne recommencent pas à se moquer de nous […] pour la protection de la nature, pour la relance économique », a déclaré M. Moreno après avoir voté dans une université du nord de Quito.

Catherine TRAULLÉ

Entre référendum, démission, affaire Assange et plan social : retour sur l’actualité équatorienne

Les dernières nouvelles depuis l’Équateur mettent le pays au premier plan de la scène internationale. La nationalité équatorienne pour Julian Assange, la démission de Rafael Correa de son parti Alianza País, la fièvre de la préparation de la consultation populaire le 4 février, et le plan social de Lenín Moreno.

Photo : Julien Assange, Rafael Correa/Wikileaks

Contre toute attente, au vu de ses propos pendant la campagne présidentielle, et bien qu’il considère Assange comme un hacker, le président de l’Équateur, Lenín Moreno, a maintenu la défense du fondateur de Wikileaks en reprenant l’argument de Correa selon lequel il doit être protégé pour éviter toute atteinte à son intégrité. Mais le scénario ne se passe pas comme prévu, le Royaume-Uni ayant rejeté la demande de l’Équateur d’accorder un statut diplomatique à l’activiste informatique, l’empêchant ainsi d’accéder au privilège de l’immunité. Le gouvernement équatorien cherche actuellement d’autres alternatives. La ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa a mentionné, entre autres, une éventuelle médiation devant les organisations internationales. « Toute alternative sera réalisée dans le strict respect des normes du droit international et en dialogue avec le Royaume-Uni » , a-t-elle assuré, rappelant les bonnes relations que l’Équateur entretient avec lui.

On rappelle que Julian Paul Assange, né le 3 juillet 1971 à Townsville, est un informaticien et cybermilitant australien, fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de WikiLeaks. Il a publié, sur le site WikiLeaks (« leaks » signifie « fuites » en anglais), plusieurs millions de documents confidentiels relatifs aux modes opératoires de l’armée américaine en Irak, et a également dénoncé les circuits de corruption des dictateurs africains ou de certaines compagnies russes offshore. Il fait l’objet de poursuites judiciaires pour espionnage, menées par les autorités américaines, qui l’exposent à une peine de prison à vie, et potentiellement à la peine capitale. Chelsea Manning, membre de l’armée américaine et principale source des documents publiés sur Wikileaks (avant son changement de sexe, elle était Bradley Edward Manning, de sexe masculin), a été condamnée à 35 ans de prison pour espionnage ; le président Obama a réduit cette peine à la fin de son mandat. Devant la menace d’une extradition aux États-Unis, elle vit réfugiée à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

Démission de l’ex-président Rafael Correa de son parti

Rafael Correa, quitte le parti Alianza País (AP), qu’il avait créé en 2006 et avec lequel il a gouverné pendant 10 ans (2007-2017) et ce, après la décision du tribunal électoral équatorien de maintenir le président Lenín Moreno à la direction actuelle du mouvement. « Mais les convictions, les gens, la Révolution et le futur sont avec nous »,  a-t-il déclaré sur son compte Twitter. Sa démission, attendue, marque un point de non-retour dans la lutte pour le pouvoir que l’ancien président entretient avec son successeur à la présidence, et ancien vice-président, Lenín Moreno. La députée Gabriela Rivadeneira, alliée de Correa et qui a également quitté le parti, a ajouté que Correa prendra la tête d’une nouvelle formation, « la Révolution Civique ». Mais le conseil électoral équatorien a refusé le 16 janvier l’enregistrement du nouveau parti de Correa, en faisant valoir « des violations légales et réglementaires ». Quoi qu’il en soit, si le « oui » l’emportait à la consultation populaire du 4 février, et ratifiait donc l’impossibilité de se représenter à vie, Correa n’aurait plus aucune option pour reprendre le pouvoir.

La consultation populaire se prépare

En prévision du référendum, le Conseil national électoral (CNE) de l’Équateur a effectué ce dimanche 21 janvier une simulation de vote pour garantir son bon déroulement. Une seconde simulation est prévue le dimanche 28 janvier. Celles-ci visent, entre autres, à apprécier la capacité des invalides à aller voter, l’accessibilité au vote dans les régions les plus isolées uniquement joignables par voie fluviale ou aérienne, le bon fonctionnement du matériel (scanners), pour ne pas retarder de 3 ou 4 jours le résultat, comme cela a déjà pu se produire. Des observateurs invités par le CNE appartenant à l’Union des nations sud-américaines (Unasur), à  l’Organisation des États américains (OEA), à l’Union interaméricaine des organisations électorales (Uniore) et à l’Association mondiale des organisations électorales (OEA) participent à ces simulations. Rappelons que ce sont 13 026 598 électeurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays qui auront le droit d’aller aux urnes le 4 février, 395 178 d’entre eux étant enregistrés à l’étranger.

Le plan social de Lenín Moreno

Dans le cadre du programme social de Lenín Moreno, la vice-présidente María Alejandra Vicuña a présenté le mardi 16 janvier le projet « Moins de pauvreté, plus de développement » qui vise à réduire la pauvreté de 5 % dans le pays d’ici l’année 2021. C’est son premier acte officiel en tant que vice-présidente. Avec ce projet, l’État augmentera ce que les bénéficiaires du Bonus de développement humain reçoivent, selon leurs conditions familiales, et pourra atteindre jusqu’à 150 dollars. Les principaux déterminants du montant que recevra chaque bénéficiaire seront le nombre et l’âge des enfants dans le ménage, et le statut socio-économique du noyau familial. L’État devrait investir 64 millions de dollars dans ce projet, pour « empêcher des milliers d’enfants de travailler. Les enfants doivent étudier, ils doivent jouer, ils doivent être heureux ! » Cette initiative fait partie du plan « Toda Una Vida », qui concentre les principaux projets d’État proposés par le président Lenín Moreno, visant à protéger et à soutenir les citoyens du pays depuis leur naissance jusqu’à leur mort.

Catherine TRAULLÉ

Les Équatoriens aux urnes pour un référendum convoqué par Lenín Moreno

La campagne pour le référendum, lancée par l’actuel président Lenín Moreno, a pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie qui avait été actée durant le régime de son prédécesseur, Rafael Correa. Elle crée un climat politique instable en ce début d’année 2018, par la confrontation entre Lenín Moreno et l’ancien président qui lutte pour le « No ». Le référendum est fixé au 4 février prochain.

Photo : LaRed21

L’Équateur aura vécu en 2017 l’une de ses années les plus intenses dans le domaine politique et social. Elle est née au cœur d’une campagne électorale présidentielle disputée, après une décennie au pouvoir de Rafael Correa et de sa Révolution Citoyenne, qui a finalement vu l’élection de Lenín Moreno, ancien vice-président de Correa, membre du même parti Alianza País, face au représentant de la droite, Guillermo Lasso, battu avec trois points de différence. Moreno a d’abord embrassé les causes du socialisme, mais dans son empressement à réconcilier le pays il a appelé à un « dialogue national » avec tous les secteurs, se rapprochant même du plus antagoniste. C’est ainsi qu’il a ouvert un fossé irréconciliable avec son mouvement et l’ancien président, dont il a par ailleurs rapidement critiqué et discrédité la gestion financière.

L’affaire Jorge Glas, allié de Correa et vice-président du nouveau gouvernement, mis en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et dont le procès a débuté le 24 novembre à Quito, ainsi que la consultation populaire annoncée par Lenín Moreno, prévue le 4 février, ayant pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, n’ont fait qu’aggraver les relations entre les deux hommes, devenus les pires ennemis politiques. Il faut préciser que Glas a été condamné en décembre à six ans de prison par la Cour nationale de justice, en plus d’une forte amende, pour conspiration criminelle dans le cadre du programme de corruption organisé par Odebrecht. Odebrecht a reconnu avoir délivré 33,5 millions de dollars en pots-devin aux fonctionnaires de l’État équatorien, mais récemment, le procureur général a déclaré que les paiements illégaux avaient atteint 50 millions.

Depuis, l’ancien président, Rafael Correa, fait activement campagne contre le référendum prévu, mais aussi tente d’obtenir l’expulsion du président actuel. Raison pour laquelle, alors qu’il réside en Belgique, il a déjà fait un premier voyage en Équateur, pendant une dizaine de jours, fin novembre.

Comment débute 2018 ?

Rafael Correa est de retour en Équateur depuis ce 5 janvier, pour poursuivre sa campagne du « No » à plusieurs des sept questions posées par le référendum, dont bien entendu celle de la réélection indéfinie, la campagne étant ouverte depuis le 3 janvier. Selon l’analyste David Chávez, sociologue de l’Université centrale de l’Équateur, l’arrivée de Correa génère des inquiétudes dans les secteurs conservateurs, favorables à la consultation, qui connaissent sa popularité et sa capacité à faire campagne.

Lenín Moreno, pour sa part, a déclaré aux journalistes ce mercredi 3 janvier que « depuis hier minuit, soit trois mois après son incarcération,  d’après ce que dit la constitution, le vice-président de la République a cessé d’exercer ses fonctions ». Il a ajouté que, selon la loi équatorienne, il disposait de 15 jours pour présenter au Parlement trois candidats au pouvoir législatif, afin d’élire le nouveau vice-président, mais il a indiqué que cela prendrait « considérablement moins de temps parce qu’un pays ne peut pas se passer d’un vice-président ». De fait, il a proposé trois candidats, en l’occurrence trois candidates, qui sont « des gens de grande valeur, loyaux et en qui il a toute confiance ». C’est María Alejandra Vicuña qui a été désignée vice-présidente, les autres candidates étant la ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa, et la ministre de la Justice, Rosana Alvarado Las.

Vicuña, âgée de 39 ans, est ministre du Développement urbain et du Logement et exerce depuis octobre dernier, par décision du président Lenín Moreno, la fonction de vice-président intérimaire. Elle a été élue avec 70 voix lors d’une séance plénière de l’Assemblée nationale le 6 janvier, en présence de 106 des 137 membres de l’Assemblée nationale. La majorité requise était de 69 voix. Vicuña, qui est psychologue de profession, a 10 ans de carrière dans différents postes publics. Elle a été membre de l’Assemblée à deux reprises (2009-2013 et 2013-2017) et était donc ministre du Développement urbain et du Logement depuis le 24 mai, date à laquelle Moreno est arrivé au pouvoir.

Elle est la seconde femme à occuper un poste aussi important, seulement précédée par Rosalía Arteaga (août 1996 – février 1997), ce qui démontre que les femmes prennent de plus en plus de place dans la vie politique, comme dans les autres secteurs, en Équateur. Ainsi l’Équateur entame 2018 comme en 2017, avec une campagne électorale acharnée, mais cette fois à propos de la consultation populaire proposée par le président Lenín Moreno, dont les résultats sont imprévisibles.

Catherine TRAULLÉ

Suite de l’épopée Rafael Correa-Lenin Moreno. L’ex-président veut faire expulser le nouveau du parti au pouvoir

L’ex-président équatorien, Rafael Correa, vient de passer dix jours en Équateur pour affronter sur le terrain son pire ennemi politique, le nouveau président Lenín Moreno. La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux.  Retour sur la guerre politique en Équateur.

Photo : Lenín Moreno et Rafael Correa/Santiago Armas, Presidencia de la República

Rappel de la situation 

Lenín Moreno a pris ses fonctions de président le 24 mai 2017, succédant ainsi à Rafael Correa qui a été à la tête du pays pendant 10 ans, et dont il a été le vice-président de 2007 à 2013. Ils sont tous deux membres du parti au pouvoir, Allianza País (AP). Mais le nouveau président a rapidement critiqué et discrédité la gestion de son prédécesseur, en révélant en particulier une dette du pays s’élevant à environ 50 milliards de dollars. Dès lors a débuté une crise politique, qui s’est inscrite aussi dans le contexte des graves accusations de corruption lancées contre le vice-président Jorge Glas, allié de Correa, actuellement en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht. Son procès a d’ailleurs débuté le 24 novembre à Quito.

On pourrait définir comme « le nerf de la guerre » le projet de consultation populaire annoncé par Lenín Moreno, qui a pour objectif, entre autres, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, résultat d’un amendement inconstitutionnel approuvé par la majorité de Correa dans la législature précédente, et qui empêcherait donc le retour de Correa au pouvoir en 2021. Une autre des sept questions de la consultation qui échauffe les esprits des « corréistes » est celle qui propose  la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par Correa. D’autres questions concernent les taxes sur la spéculation immobilière, la réduction de la zone d’exploitation pétrolière dans la réserve amazonienne protégée de Yasuní ou la restriction de l’exploitation minière dans les zones protégées, la non-prescription des crimes sexuels contre les mineurs et l’annulation de législations approuvées par l’exécutif précédent, certaines également par plébiscite et qui étaient emblématiques du gouvernement de Rafael Correa, (au total sept questions, dont celle de la perpétuité au pouvoir, seront posées).

Depuis, les relations entre les deux hommes ne sont qu’échanges d’insultes et de critiques via la presse et les réseaux sociaux, et le parti AP est déchiré entre les partisans de Moreno et ceux de Correa ; les « corréistes » accusant le président de gouverner avec le programme de l’opposition. Les dissensions entre les deux groupes ont atteint leur paroxysme lorsque, le 31 octobre, l’aile de l’AP fidèle à Correa a rejeté Moreno comme son chef et a nommé l’ex-ministre des affaires étrangères Ricardo Patiño ; une décision qui n’a pas été reconnue par les tribunaux ou le Conseil National Électoral, mais qui illustre la situation du parti au pouvoir.

Arrivée de Correa à Quito

Mettant sa « menace » à exécution, l’ancien président Rafael Correa a quitté la Belgique où il réside depuis juillet dernier avec sa famille, pour revenir en Équateur et intervenir sur place dans cette bataille politique. Avec la « grandiloquence » qui est la sienne, et quelques jours après avoir exprimé, lors d’une interview de l’AFP, qu’il voulait participer au congrès d’Alianza País (qui devait se tenir se tenir le 3 décembre à Esmeraldas dans le Nord-Ouest) pour tenter d’obtenir l’expulsion du président actuel, il a souligné le « très grand dilemme » de quitter sa famille, mais aussi qu’il se sentirait « comme un  traître s’il n’était pas au côté de ses camarades pour mener le combat dans cette importante bataille ». Il a, à de nombreuses reprises, accusé Lenín Moreno d’avoir « trahi le programme gouvernemental d’Alianza País, en gouvernant avec la droite et les banquiers ».

Son arrivée à Quito en avion privé en provenance de Bogotá, dans la nuit du 25 novembre, a attisé les passions. Certains étaient là pour célébrer son retour, d’autres pour le huer. Les affrontements entre les deux partis ont été tels que Correa a dû quitter l’aéroport par une porte dérobée. Il a twitté par la suite : « Je suis arrivé, chère Patrie, fatigué mais heureux ».

Les projets de Correa

Rappelons qu’avec son idéologie bannière de la « révolution citoyenne », l’ancien leader a réalisé la construction d’infrastructures nationales, en ces années de prospérité pétrolière, qui ont permis de donner une place internationale à l’Équateur – notamment par les investissements chinois -, de réduire l’écart social qui sévissait auparavant, et de permettre un meilleur accès à l’éducation et à la santé. Mais, et surtout dans ses dernières années de présidence, un certain nombre de secteurs sociaux, en plus de l’opposition, des hommes d’affaires, des autochtones et des journalistes, ont commencé à exprimer une animosité amère, souvent réduite au silence par l’armure de l’absolutisme politique que la figure charismatique Correa exerçait par les lois et les décrets qui le favorisaient.

Correa devait donc durant son séjour, outre sa participation au congrès d’AP, rencontrer la presse étrangère le 30 novembre, et reprendre contact avec les bases du mouvement en sillonnant le pays. Dans ses meetings, il a constamment fustigé la politique et les décisions de Moreno, qui sont pour lui « une opération minutieuse de destruction de 10 ans de révolution citoyenne ». Il a aussi ardemment pris la défense de Jorge Glas, en proclamant « qu’il y avait un détenu innocent et que l’Équateur avait déjà des prisonniers politiques ». Il n’avait pas l’intention de rencontrer Moreno, sauf si éventuellement l’objectif était de « réactiver l’économie ».

Interrogé sur son intention de se représenter à la présidence de l’Équateur, Correa a affirmé que son intention première était de se retirer de la politique, mais qu’il laissait désormais la porte ouverte à un retour (la prochaine élection présidentielle est prévue en 2021). « Avec tout ce qui s’est passé, je devrai vraisemblablement revenir en 2021 s’ils ne me disqualifient pas », a-t-il déclaré.

Les réponses de Lenín Moreno  

La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux. Selon les partisans de Moreno, la véritable réunion annuelle sera organisée, à une date encore indéterminée, après le référendum populaire avec lequel le président pourrait donc briser toute intention de Correa de revenir au sommet du pouvoir. Le Conseil national électoral (CNE) n’a pas non plus reconnu la validité de cette réunion, tout en confirmant Moreno comme chef du parti.

Avant l’arrivée imminente de Correa au pays, Moreno a convoqué le 23 novembre une réunion du conseil d’administration à Guayaquil, au cours de laquelle il a procédé à une purge des membres déloyaux. Et le 29 novembre il a envoyé un décret exécutif au Conseil national électoral (CNE) dans lequel il demandait à l’agence de convoquer la consultation populaire, en soutenant que l’absence d’avis de la Cour constitutionnelle (CC) sur la légalité de la consultation, était à interpréter comme une autorisation de facto en référence à des précédents similaires. Le CNE a répondu favorablement, et la consultation populaire aura lieu le 4 février 2018,  la campagne électorale débutant le 3 janvier. Sur son compte Twitter, le président a salué l’annonce : « aujourd’hui commence la construction de l’avenir que nous rêvons pour nos enfants, nous allons vers un OUI retentissant », a-t-il déclaré.

Le bilan du séjour de Correa en Équateur

Rafael Correa est reparti le 4 décembre pour la Belgique, après 10 jours passés en Équateur. L’ancien président de l’Équateur a perdu de son soutien au sein du mouvement Alianza País (AP). Environ 70 comités de la révolution citoyenne (CRC) ont en effet exprimé leur soutien à la gestion de Lenín Moreno. Le document signé par les comités déclare qu’ils rejettent « tout acte illégal qui a pour but de provoquer des ruptures internes » dans le parti politique officiel. En outre, le texte souligne le soutien « de manière ferme et décisive » à la gestion menée par Lenín Moreno, le reconnaissant comme « vrai président » de l’AP. Bien que les comités disent reconnaître les « réalisations des dix dernières années, dirigées par Rafael Correa », ils ont affirmé leur soutien au référendum appelé « directement et démocratiquement », qui pour l’ancien président est « un coup d’État » de Moreno, et  ne reconnaissent pas la légitimité  du  « leader » d’Alianza País, imposé par les corréistes, Ricardo Patiño.

Rafael Correa a annoncé  le 3 décembre qu’il abandonnait l’idée de créer un nouveau parti politique, mais que « le plan B serait d’intégrer un autre mouvement et de le transformer en un parti qui serait dans la mouvance de la révolution citoyenne », en insistant sur le fait qu’il n’entendait pas être candidat aux élections présidentielles de 2021. Le « choc des Titans » semblerait donc pour l’instant favorable au président Lenín Moreno ?

Catherine TRAULLÉ

Aggravation de la crise politique : le parti majoritaire équatorien divisé entre les partisans de Lenin Moreno et Rafael Correa

Le conflit entre Lenín Moreno, l’actuel président, et Rafael Correa, un « twitter acharné », avec de fréquents échanges de reproches et d’insultes sur les réseaux sociaux, s’est intensifié au fil des mois, alors que le président critique et discrédite la gestion de son prédécesseur, dont il a été le vice-président de 2007 à 2013.

Photo : Lenin/Wikimedia, Lenín Moreno – Rafael Correa

Le mouvement de gauche, qui depuis l’arrivée de Moreno au pouvoir le 24 mai, est profondément divisé entre les partisans de Moreno et ceux de Correa, accuse le président de gouverner avec le programme de l’opposition. La crise politique s’inscrit aussi dans le contexte des graves accusations de corruption lancées contre le vice-président Jorge Glas, allié de Correa, actuellement en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et qui a déclaré dans une interview exclusive accordée à CNN en espagnol, depuis la prison, qu’il était « l’objet de persécution » par le gouvernement de son pays, sous la forme d’une surveillance extra judiciaire par le service de Renseignement.

Lenin Moreno, a été évincé le 31 octobre au sein de son parti Alianza País (AP)

« Lenin Moreno […] perd immédiatement ses fonctions de président du parti », a annoncé un communiqué de la direction nationale de Alianza País, qui demande à l’ex-président équatorien Rafael Correa (2007-2017) d’accompagner son processus de « restructuration ». « Le règlement interne considère comme une faute grave, entre autres, les actions politiques qui profitent objectivement à des personnes ou groupes opposés à la politique de la Révolution Citoyenne », est-il précisé dans le communiqué lu par la secrétaire exécutive, Gabriela Rivadeneira.

Alors que Moreno n’est pas intervenu publiquement après la décision de l’AP, les ministres ont, dans une brève déclaration, ignoré le renvoi de Moreno, qu’ils ont décrit comme «si arbitraire» qu’il ne reflète pas le «sentiment» des bases du parti. « Ils savent très bien que le président d’Alianza País, comme tous ses dirigeants nationaux, sont élus lors d’une convention nationale […] Nous regrettons cette décision, et nous continuerons à travailler en tant que militants de notre organisation », a déclaré Miguel Carvajal (Ministre de la Défense). « Nous avons toujours dit que nous espérions que les différences soient traitées avec un grand esprit démocratique et avec maturité », a t-il ajouté.

Le parti au pouvoir était au bord de la rupture depuis début octobre

Sa date n’est toujours pas fixée. Elle a pour objectif, entre autres, de supprimer le droit à  la réélection indéfinie, résultat d’un amendement inconstitutionnel approuvé par la majorité de Correa dans la législature précédente, qui empêcherait donc le retour de Correa au pouvoir en 2021. Une autre des sept questions de la consultation qui échauffe les esprits des «corréistes » est celle qui propose  la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par Correa. Les partisans de Moreno estiment qu’être contre la consultation populaire est  une attaque contre la démocratie, en empêchant le peuple de s’exprimer.

Correa, accusant Moreno de s’être allié avec l’opposition, de trahir les principes de la soi-disant « révolution citoyenne », et de « porter atteinte à l’unité » du pays, avait en effet averti que si le président « continuait à détruire ce qui avait été accompli », il pourrait « promouvoir une Assemblée constituante pour mettre fin au gouvernement de son successeur, et revenir en tant que candidat ». La décision de la direction nationale de Alianza País d’écarter Lenín Moreno de la présidence du mouvement, et de le remplacer par Ricardo Patiño, ancien ministre des Affaires étrangères de Rafael Correa et ancien conseiller de Moreno lui-même, confirme la lutte interne pour la direction du parti qui a remporté les dernières élections générales, et la lutte pour le pouvoir politique dans le pays.

Lenín Moreno, un nouveau parti, “Somos Ecuador

Il est né de divers organismes sociaux, dont la liste est longue, favorables à la gestion du président Lenin Moreno et à la consultation populaire qu’il a proposée. S’y associent de nombreux collectifs représentant les femmes, les jeunes, les migrants, les mouvements LGBTI et d’autres mouvements considérés comme des acteurs stratégiques pour le développement de l’Équateur. Selon le communiqué de presse « Nous sommes l’Équateur » représente « des centaines de citoyens ordinaires de différentes tendances, qui veulent un consensus pour un Équateur juste, solidaire, et offrant de nombreuses opportunités ».

Catherine TRAULLE

Lenín Moreno, « le président de la paix, du dialogue, de la transparence et de l’égalité sociale » aux Nations unies

Les axes principaux de l’allocution du président équatorien devant la 72e Assemblée générale des Nations unies (ONU) et lors de la séance d’ouverture de la 41e réunion ministérielle de la plénière du G77 + Chine le 22 septembre, ont été les migrations, la corruption, les inégalités sociales, le développement des pays défavorisés et le changement climatique.

Photo : Ecuavisa

Le président Lenín Moreno est perçu comme un président conciliateur, tant devant l’ONU qu’au sein de son pays. Son discours aux Nations unies a été jugé avant-gardiste, en proposant la paix et le dialogue. En référence aux migrations, il a déclaré : « Nous sommes de plus en plus interconnectés, la mobilité humaine enrichit les peuples et contribue à lutter contre la xénophobie. Les murs aux frontières ne sont pas une solution ».

 Les injustices

Il a fermement insisté sur la nécessité de freiner les abus des paradis fiscaux, tout en soulignant que « l’élimination de la pauvreté et des inégalités exige des décisions politiques pour s’attaquer à la distribution injuste des richesses et de l’exclusion ». Pour lui, chaque dollar perdu dans l’évasion fiscale représente moins de ressources pour financer le développement des pays. Il a condamné les inégalités dans un monde où huit familles ont plus de richesses que le reste de l’humanité.

Le changement climatique

À propos du changement climatique, qui cause des catastrophes dévastatrices, il a invité les pays polluants de la planète à assumer leur responsabilité, et à veiller sur les communautés autochtones qu’il faut écouter, puisqu’ils sont les gardiens de la nature. Pour lui, « La décision collective permettra de construire un monde plus humain et plus juste ». Par ailleurs, il a critiqué le blocus économique contre Cuba imposé par les États-Unis et a demandé de respecter la non-ingérence dans les pays.

Lutter contre la corruption

En parallèle de cette assemblée, la ministre des Affaires étrangères, MarÍa Fernanda Espinosa, et le directeur général de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, ont signé un accord de coopération pour la prévention et la lutte contre la corruption, en travaillant sur trois axes : le renforcement de la lutte mondiale en faveur de la transparence et contre la corruption, l’échange de bonnes pratiques avec la conception d’indicateurs sur la corruption qui pourraient être appliqués par les tous les pays, et des mesures de prévention et d’éducation pour lutter contre la corruption.

ONU Femmes

À signaler que l’épouse du président, Rocío González de Moreno, a rencontré le directeur général d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, qui a approuvé la proposition de loi présentée par l’exécutif équatorien, loi qui devrait être votée en novembre, contre  la violence sexuelle. En plus de lutter contre la violence sexiste, la législation proposée vise à réduire les féminicides, un fléau présent en Amérique latine et dans le reste du monde.

Des réformes pour renforcer la démocratie au sein de son pays

Ce président conciliateur a confirmé l’appel à une consultation populaire, dont il présentera officiellement le contenu le 2 octobre prochain, et a invité ses concitoyens à faire connaître leurs sujets d’intérêt avant le 26 septembre. Il avait déjà lui-même proposé d’aborder les réformes visant à renforcer la démocratie. L’opposition appelle à des changements dans le domaine de la justice, dans la loi sur la communication qui a sévèrement puni de nombreux médias depuis 2013, et s’interroge, entre autres, sur la réélection présidentielle indéfinie et sur la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par L’ancien président Rafael Correa. Moreno s’est félicité  « qu’un dialogue sain sur les questions ait été ouvert ». Il a remercié le soutien reçu pour sa proposition de consultation populaire. Selon El Ciudadano, les axes de la consultation porteront sur une plus grande participation des citoyens aux décisions nationales, sur des changements politiques visant à améliorer la démocratie, sur la transparence dans le choix des autorités de contrôle et sur le renforcement de l’équilibre entre les fonctions de l’État. Depuis son arrivée au pouvoir, Moreno, bien plus conciliant, s’éloigne de plus en plus de  son prédécesseur, Correa, et tend vers un consensus national.

Catherine TRAULLÉ

Une caméra cachée au bureau du président équatorien aggrave l’affrontement entre Lenín Moreno et Rafael Correa son prédécesseur

L’actuel président de l’Équateur, Len´n Moreno,  a accusé son prédécesseur de l’espionner à travers la caméra qui avait été installée secrètement dans le bureau du gouvernement. C’est un nouvel épisode qui  aggrave la « guerre » avec son mentor et maintenant ennemi politique, Rafael Correa.

Photo : APTOPIX (Quito)

« Le Service de protection présidentielle a détecté une caméra cachée dans le bureau du président, et on m’a informé que cette caméra avait été installée par Rafael Correa il y a sept ou huit ans », a déclaré le président Lenin Moreno, qui a reproché à son prédécesseur – qui a gouverné le pays entre 2007 et 2017 – de ne pas l’avoir informé de l’existence de cette caméra, ni du fait qu’il  « la surveillait à partir de son téléphone portable« . « Hier (jeudi 14 septembre) elle fonctionnait et nous ne savons pas combien de fois elle a été utilisée. Je suis extrêmement agacé et vais immédiatement ouvrir une enquête très approfondie sur la question », a déclaré Moreno, visiblement très tendu. L’ancien président, toujours très actif sur les réseaux sociaux, a réagi avec véhémence à la dénonciation de Moreno. « La caméra cachée manipulée depuis mon téléphone portable ! Si le président Moreno le prouve, qu’on m’envoie en prison. Sinon, il n’a plus qu’à démissionner de la présidence, pour cause de ridicule. Quelle honte ! » a-t-il twitté.

Depuis son entrée en fonction le 24 mai dernier, Lenín Moreno, qui fut un proche allié et le vice-président de Rafael Correa (2007-2013), est en conflit tendu avec l’ancien président. De Bruxelles, où il vit avec sa famille, Correa est devenu son principal opposant. L’affrontement entre Moreno et Correa est né de différences d’approches politiques et s’est considérablement aggravé lorsque Moreno a révélé que la situation économique dans laquelle il avait trouvé le pays était critique. En fait, Moreno n’a jamais été le favori de Correa, mais tous les sondages préélectoraux ont indiqué qu’il avait une meilleure image que le vice-président Jorge Glas. Glas est en procédure judiciaire depuis l’année dernière en tant que suspect de délit d’association illégale dans les contrats attribués à la société Odebrecht, dont il aurait bénéficié. Le président a exclu Glas de toutes ses fonctions au gouvernement au début du mois d’août, en raison de ces accusations. Il ne conserve que la charge nominale, mais sans tâche spécifique. La Constitution de l’Équateur implique que le vice-président doive remplir les fonctions qui lui sont assignées par le chef de l’État. Cependant, le président ne peut pas démissionner le vice-président, élu par le peuple.

Catherine TRAULLE

D’après les journaux El Comercio, Noticias et Diario Gestión
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