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Catherine Traulle

Le célèbre acteur Salvador del Solar devient Premier ministre du Pérou

Ce lundi 11 mars, le président du Pérou, Martín Vizcarra, a nommé le célèbre acteur Salvador del Solar au poste de Premier ministre, en remplacement de César Villanueva, dont il a accepté la démission le vendredi 8 mars. Salvador del Solar change donc de registre, et va diriger le deuxième gouvernement de Vizcarra, qui fêtera sa première année au pouvoir le 23 mars prochain.

Photo : Tele Sur

M. Villanueva a officiellement donné sa démission pour des raisons personnelles. La version officieuse veut qu’il ait été vivement critiqué par le président Vizcarra pour son voyage effectué fin février au Portugal et en Espagne, où il assistait à des manifestations culturelles, pendant que des pluies abondantes ravageaient des maisons, des ponts et des routes dans des dizaines de villes péruviennes.

Au Pérou, il est habituel que les présidents renouvellent leur gouvernement lorsque leur cote de popularité baisse, et Vizcarra a chuté de sept points en mars (56% de satisfaits, selon un sondage de la firme Datum International).

Salvador del Solar est né le 1er mai 1970 à Lima. Il a étudié au Colegio Santa María Marianistas de Lima, et a obtenu son diplôme d’avocat à l’université Pontificale Catholique du Pérou en 1994. Il a également obtenu une maîtrise en relations internationales à l’université de Syracuse, dans l’État de New York.

Il a été nommé ministre de la Culture par Pedro Pablo Kuczynski en 2016, mais a démissionné fin 2017, après que Kuczynski a accordé la grâce à l’ancien président Alberto Fujimori, qui purgeait une peine de 25 ans d’emprisonnement pour crimes contre l’humanité (quelques mois plus tard, un juge a annulé la grâce et Fujimori est retourné en prison).

Mais Salvador del Solar est surtout connu au Pérou pour sa carrière d’acteur et de réalisateur. Il a joué dans de nombreux films péruviens ou colombiens, téléfilms et séries, la plus célèbre d’entre elles étant Narcos, diffusée par Netflix. Il a réalisé en 2015 le film Magallanes, inspiré du roman La Pasajera de l’écrivain péruvien Alonso Cueto, qui a été nominé aux Goya Awards en Espagne dans la catégorie du meilleur film ibéro-américain, et a été récompensé dans différents festivals. Ce film est un amer portrait des ravages du conflit armé interne qui a secoué le Pérou dans les années 1980 et 1990 entre le groupe terroriste Sendero Luminoso et les forces armées.

Même si aucun changement majeur n’est attendu dans la politique générale du gouvernement, que peut-il apporter ?

Del Solar sait que sa force est d’être un bon communicant et il veut l’exploiter au maximum. Il a la réputation d’être un homme de dialogue, engagé dans la lutte contre la discrimination et favorable au modèle économique qui favorise les partenariats public-privé.

Il a déclaré sur Canal N qu’il voulait «reprendre une pratique devenue très difficile dans le pays qui consiste à dialoguer, à écouter et à mieux communiquer quels sont les problèmes et les défis». Il a également ajouté qu’il fallait «continuer à nettoyer la maison et à mettre fin à la corruption».

D’autre part, le nouveau gouvernement Vizcarra se distingue par sa parité, et pour la première fois, un des ministres est ouvertement homosexuel. Il est de tradition au Pérou que tous les ministres mettent leur poste à la disposition du président, qui peut ainsi les confirmer ou les remplacer, à l’occasion du changement du Premier ministre.

Le nouveau gouvernement est donc composé de neuf femmes et neuf hommes, alors que le précédent ne comptait que cinq femmes parmi les 18 postes. «Pourquoi est-il important qu’il y ait neuf femmes dans un gouvernement mixte au Pérou? Parce qu’il est important que nos filles grandissent en sachant qu’elles peuvent incarner l’autorité, puisque depuis des siècles les hommes pensent que l’autorité leur revient, et qu’il est encore difficile pour nous de respecter les femmes dans notre société», a souligné Del Solar dans son entretien avec Canal N.

Le Premier ministre du Pérou se présente comme un homme politique centriste, favorable aux accords de libre-échange et également aux «efforts déployés par la Commission Vérité et Réconciliation (sur le terrorisme subi au Pérou entre 1980 et 2000), dans le respect des droits de l’homme».

En tant que Premier ministre, ou officiellement président du Conseil des ministres, Del Solar devient le porte-parole du gouvernement péruvien et sera chargé de la coordination entre les membres du gouvernement. En outre, il prendra en charge les relations de l’exécutif avec les autres pouvoirs de l’État. Peut-être travaille-t-il déjà son meilleur rôle au Pérou.

Catherine TRAULLÉ

Le Pérou signe un accord de collaboration judiciaire avec l’entreprise brésilienne Odebrecht

La signature d’un accord de collaboration judiciaire entre l’entreprise brésilienne Odebrecht et les procureurs Rafael Vela, José Domingo Pérez, Jorge Ramírez et Silvana Carrión, en charge de l’affaire Lava Jato, s’est finalement faite ce vendredi 15 février. Les deux objectifs principaux de cet accord, conclu dans le cadre du scandale de corruption, sont d’une part d’obtenir des informations, et d’autre part, d’obtenir une compensation financière.

Photo : Clarin

On rappelle qu’Odebrecht, une entreprise de BTP brésilienne qui opère dans la construction, la pétrochimie, la défense et la technologie, le transport et la logistique, le carburant et dans d’autres secteurs, aurait, au cours des vingt dernières années, versé des pots-de-vin à des fonctionnaires de 12 pays, essentiellement d’Amérique latine, afin d’obtenir des avantages en matière de marchés publics… Cette vaste affaire de corruption implique au Pérou, outre toute l’élite politique actuelle, plus de 300 personnes et des dizaines d’entreprises, ainsi que quatre anciens présidents, Alejandro Toledo (2001-2006) qui a fui aux États-Unis et fait l’objet d’une demande d’extradition, Ollanta Humala (2011-2016) qui a été emprisonné pendant neuf mois, jusqu’en juin dernier, Alan García (1985-1990 et 2006-2011) qui a tenté d’obtenir, en vain, l’asile politique auprès de l’ambassade d’Uruguay, et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) qui a démissionné en mars dernier.

Cet accord de coopération avec l’entreprise brésilienne de construction, permettra au système judiciaire péruvien d’accéder à des informations «très précieuses»sur les «crimes graves» commis dans le pays, selon une déclaration faite lors d’une conférence de presse au consulat du Pérou à São Paulo par Rafael Vela. Selon lui, cet accord, qui aura un caractère «progressif et permanent», rendra possibles, si Odebrecht assume bien l’engagement de communiquer à tout moment les informations requises,que «de nouveaux axes de recherche» ou même de «nouvelles enquêtes» soient menés dans l’avenir. Odebrecht a clairement reconnu avoir contribué à la gestion de grands travaux d’infrastructure au Pérou entre 2005 et 2014, ainsi qu’à la campagne électorale de plusieurs personnalités politiques du pays, qui font donc actuellement l’objet d’enquêtes.

L’accord prévoit par ailleurs le versement, sur quinze ans, de 610 millions de soles (182 millions de dollars) pour les pots-de-vin versés, ainsi que les intérêts légaux correspondant à la valeur convenue, ce qui pourrait atteindre 150 millions de soles (environ 45 millions de dollars). Jorge Ramírez a de plus souligné qu’Odebrecht, en échange de sa possibilité de candidater aux appels d’offres publics au Pérou, devrait encore payer en 2019 «tous les impôts en vigueur à ce jour», ce qui représente 450 millions de soles (135 millions de dollars). «C’est-à-dire que cette année entreraient dans le Trésor public 450 millions de soles (135 millions de dollars), plus 80 millions de soles (24 millions de dollars) qui correspondent au premier versement d’indemnisation civile», a t-il déclaré.

Dès le 18 février et jusqu’en mars, les procureurs péruviens recueilleront les déclarations de plusieurs anciens responsables péruviens d’Odebrecht, dont Barata, dans la ville de Curitiba, capitale régionale de l’État du Paraná, dans le sud du pays. Outre les témoignages directs, le Bureau du Procureur aura accès aux informations des systèmes «My Web Day» et «Drousys», par lesquels Odebrecht a demandé, traité et contrôlé les opérations de paiement de pots-de-vin. Le procureur Vela a célébré la signature de «l’accord fructueux» après un processus de négociation «complexe», car, a-t-il expliqué, nombre de ces données étaient «sous la garde des autorités brésiliennes».

Pour sa part, l’entreprise Odebrecht a fait savoir que le Pérou était le huitième pays avec lequel elle parvenait à signer un accord, et qu’elle continuera «à rechercher des accords de même nature» avec les autres pays où elle opère, dans le cadre de la «restructuration en profondeur» qu’elle met en œuvre, et de «la mise en œuvre d’un système mondial de conformité rigoureux». Les autres pays avec lesquels elle a signé des accords sont le Brésil, les États-Unis, la Suisse, la République dominicaine, le Panama, l’Équateur et le Guatemala.

Catherine TRAULLÉ

López Obrador annonce un plan de recherche pour les 40 000 personnes disparues au Mexique

Le président du gouvernement mexicain, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a annoncé, ce lundi 4 février, un plan de recherche concernant les 40 000 personnes disparues officiellement, c’est-à-dire enregistrées, au Mexique. Le sous-secrétaire aux droits de l’homme a quant à lui annoncé la création d’un institut national de criminalistique en charge de ces recherches.

Photo : Noticias ONU

Lors de sa conférence de presse habituelle matinale, AMLO a
déclaré qu’«il s’agit d’un héritage douloureux et terrible de la politique économique néolibérale». Au Mexique, il y a eu environ 223 000 meurtres au cours des douze dernières années, depuis que le gouvernement de Felipe Calderón (2006-2012) a commencé la guerre contre les cartels de drogue en 2006.

«Notre pays est devenu une énorme fosse clandestine», a admis Alejandro Encinas, sous-secrétaire aux droits de l’homme du ministère de l’Intérieur. «Nous allons donner la priorité à la recherche des vivants», a ajouté M. Encinas, affirmant que le gouvernement aztèque tentera de libérer les victimes de la traite des êtres humains. Selon une étude réalisée par l’Université ibéro-américaine et la Commission pour la défense et la promotion des droits de l’homme, 1 075 fosses communes ont été découvertes au Mexique entre 2007 et 2016, contenant 2 204 corps.

L’institut national de police scientifique devrait être opérationnel en juillet, et dépendra du ministère de l’Intérieur. Il tentera de coordonner tous les services de police scientifique existant dans le pays. Environ 21 millions de dollars seront alloués au financement de ce plan.

Personne ne connaît avec exactitude le nombre réel de personnes disparues au Mexique, puisque dans de nombreux cas, les proches ne signalaient pas la perte d’un membre de la famille par peur des représailles du crime organisé. Selon les ONG, il y aurait peut-être plus de 300 000 disparus dans tout le Mexique, pour près de seulement 40 000 cas officiels.

La disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa en 2014 est l’un des cas les plus traumatisants et médiatiques de ces dernières années. Parce qu’au moins 34 suspects ont été torturés par les autorités lors de l’enquête sur le crime selon l’ONU. AMLO a signé un décret présidentiel créant une commission de la vérité chargée de mener une nouvelle enquête sur ce qui s’est passé dans la nuit du 26 septembre 2014. Selon un rapport de l’ONU, les résultats de l’enquête étaient «inacceptables» en raison des tortures commises, responsables d’incohérences chez les suspects.

Il faut également rappeler que les violences et meurtres perdurent actuellement au Mexique : un deuxième journaliste, Jesús Ramos Rodríguez, après Rafael Murúa, a été assassiné depuis le début de l’année 2009. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a condamné l’assassinat de Jesús Ramos Rodríguez. Elle a demandé aux autorités mexicaines de «mettre en place des mesures de protection pour protéger la vie et la sécurité de sa famille» et de mener «une enquête approfondie» sur ce crime, notamment sur son lien avec la profession de la victime. Ces deux morts portent à 143 le nombre de journalistes assassinés au Mexique depuis 2000, selon les chiffres de la CNDH. 

Le Mexique est ainsi le deuxième pays le plus dangereux pour la presse après la Syrie, avec plus de 100 journalistes tués depuis 2000, selon RSF. En 2018, 10 journalistes ont été assassinés dans différentes régions du pays. La grande majorité de ces assassinats restent impunis. Et en décembre 2018, lors du premier mois de mandat du nouveau président de gauche Andrés Manuel López Obrador, 2 842 homicides ont été enregistrés, soit une hausse de près de 10% par rapport à décembre 2017.

Catherine TRAULLÉ

La lutte continue contre la corruption judiciaire au Pérou autour d’Odebrecht

Le président péruvien Martín Vizcarra a demandé au Congrès, le mercredi 2 janvier, d’adopter une loi déclarant le ministère public en situation d’urgence pour suspendre ses activités, et ainsi révoquer le procureur général Pedro Chávarry. Ce dernier a limogé le lundi 31 décembre 2018 deux procureurs enquêtant sur l’élite politique impliquée dans des pots-de-vin de la société Odebrecht, révocation qui a provoqué des manifestations dans plusieurs villes du pays.

Photo : Pedro Chávarry/La República

Martín Vizcarra a écourté son séjour au Brésil, où il devait assister à l’intronisation du président Jair Bolsonaro, et a annulé une réunion avec le secrétaire d’État des États-Unis, Mike Pompeo, afin de se joindre aux protestations contre l’éviction des deux procureurs.

Les procureurs Rafael Vela et José Domingo Pérez enquêtaient depuis six mois sur l’affaire Odebrecht. Leur éviction, au nom d’une supposée violation du «principe de réserve» et d’un «manque de rigueur», intervenait alors que fin décembre, José Domingo Pérez avait accusé le procureur général Chávarry de dissimulation et d’obstruction dans les enquêtes contre Odebrecht et contre la leader de l’opposition, Keiko Fujimori. L’équipe que dirigeait le procureur Vela était chargée d’enquêter sur quatre anciens présidents péruviens : Alejandro Toledo (2001-2006) qui a fui aux États-Unis et fait l’objet d’une demande d’extradition, Ollanta Humala (2011-2016) qui a été emprisonné pendant neuf mois, jusqu’en juin dernier, Alan García (1985-1990 et 2006-2011) qui a tenté d’obtenir, en vain, l’asile politique auprès de l’ambassade d’Uruguay, et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) qui a démissionné en mars dernier. Dans le collimateur également, Keiko Fujimori, actuellement en détention préventive, accusée d’avoir reçu des versements illégaux d’Odebrecht lors de sa campagne électorale de 2011.

On rappelle qu’Odebrecht est une entreprise brésilienne, qui opère dans la construction, la pétrochimie, la défense et la technologie, le transport et la logistique, le carburant et dans d’autres secteurs, qui aurait au cours des vingt dernières années versé des pots-de-vin à des fonctionnaires de 12 pays : Angola, Argentine, Colombie, Équateur, États-Unis, Guatemala, Mexique, Mozambique, Panama, Pérou, République dominicaine et Venezuela, afin d’obtenir des avantages en matière de marchés publics… Le scandale péruvien éclabousse toute l’élite politique actuelle, plus de 300 personnes et des dizaines d’entreprises.

La presse péruvienne a tiré à boulets rouges contre la décision du procureur général, et des centaines de personnes ont spontanément manifesté devant le siège du ministère public aux cris de «Dégage, Chávarry!». Dans un pays où les Péruviens méprisent les magistrats et les considèrent parfois comme indolents ou corrompus, les procureurs Vela et Pérez sont populaires. Les manifestants portent même des drapeaux péruviens avec le visage de Pérez imprimé à l’encre noire. Certaines radios l’ont nommé homme de l’année le dernier jour de 2018, date à laquelle il a été démis de ses fonctions.

Bien que Pedro Chávarry ait réintégré les deux procureurs dans leurs fonctions dès le 2 janvier, en expliquant avoir décidé cette réintégration «en prenant en considération la portée et l’importance des investigations liées à des délits de corruption de fonctionnaires et autres dans lesquels serait impliquée l’entreprise Odebrecht», et que le président ait déclaré aux journalistes qu’il en était satisfait, il n’en a pas pour autant annulé sa décision de révoquer le procureur général. Le projet de loi soumis au Congrès propose également qu’un procureur général temporaire dirige le ministère public jusqu’à l’élection d’un nouveau procureur général par le conseil de magistrats élu. La décision initiale de M. Chávarry de destituer les deux procureurs a provoqué une indignation populaire qui ne faiblit pas malgré son revirement ultérieur.

Le licenciement des procureurs mettait en péril l’accord signé avec Odebrecht en décembre. Les procureurs allaient recevoir toutes sortes d’informations des systèmes informatiques cryptés appelés «MyWebDay» et «Drousys» utilisés par Odebrecht pour protéger leurs pots-de-vin. L’entreprise de construction s’était également engagée à verser 181 millions de dollars en quinze ans à titre de réparation.

Même si Martín Vizcarra a déclaré qu’«Odebrecht ne devrait pas continuer à travailler au Pérou», il respecte cependant les autorités qui ont négocié un accord avec Odebrecht. La signature d’un accord de collaboration judiciaire entre l’entreprise brésilienne Odebrecht et l’équipe fiscale de l’affaire Lava Jato, prévue pour le 11 janvier, a été reportée en raison de la crise interne que traverse le ministère public. Pour l’instant, Pedro González Chávarry refuse de démissionner de son poste…

Catherine TRAULLÉ

Martín Vizcarra, président du Pérou, remporte son référendum contre la corruption

Le président péruvien, Martín Vizcarra, a remporté haut la main «son» référendum anticorruption, dimanche 9 décembre dernier. L’actuel président, ingénieur de 55 ans, était quasiment inconnu lorsqu’il a succédé il y a quelques mois à Pedro Pablo Kuczynski. 

Photo : TDG.ch

M. Vizcarra s’était livré à un bras de fer avec le Congrès, dominé par l’opposition fujimoriste (extrême droite), pour l’obliger à accepter un référendum national ayant pour but de déraciner la corruption dans le pays, son «cheval de bataille». Il avait présenté ses propositions de réformes le 28 juillet, après un scandale frappant l’institution judiciaire qui avait entraîné de multiples démissions, y compris celle du président de la Cour suprême, Duberlí Rodríguez. Et rappelons que les quatre derniers présidents du pays sont dans le collimateur de la justice péruvienne dans le scandale Odebrecht : outre M. Pedro Pablo Kuczynski, il s’agit d’Alejandro Toledo (2001-2006), d’Alan García (1985-1990, 2006-2011) et d’Ollanta Humala (2011-2016).

Ce référendum constitutionnel a eu lieu le 9 décembre dernier et était composé de quatre questions distinctes portant sur une réforme de la magistrature, la limitation du financement des campagnes électorales, celle du nombre de mandats des élus, ainsi que le retour au bicaméralisme. C’est la première fois depuis l’adoption de la Constitution, en 1993, que les Péruviens étaient appelés à se prononcer sur sa modification. Voici quelles étaient précisément les questions soumises au référendum :

  • «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle sur la structure et les fonctions de la Cour nationale de justice, anciennement Conseil national de la magistrature ?»

La réforme propose la dissolution du Conseil, et son remplacement par une Cour nationale de justice dont les membres seraient désormais sélectionnés par le défenseur des droits, le procureur général, le président de la branche judiciaire, le contrôleur général et le président du tribunal constitutionnel, dans le cadre d’un processus public basé sur le mérite. La durée de leur mandat serait notamment limitée à cinq ans, non renouvelables. La Cour devrait également présenter un rapport annuel de ses activités devant le Congrès. Cette réforme est considérée comme la plus susceptible d’entraîner des changements en profondeur dans le pays.

  • « Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui régule le financement des organisations politiques ?»

L’article 35 de la Constitution régule le financement des partis politiques. Ses dispositions ont été vivement critiquées comme insuffisantes lorsque l’ex-directeur d’Odebrecht a avoué en mars 2018 avoir illégalement financé les campagnes électorales des quatre précédents présidents et même de l’adversaire du dernier. La réforme soumise à référendum propose d’établir des audits et des mécanismes de contrôle, de brider au maximum le financement des campagnes des candidats par des entités privées, et de mettre en place des sanctions pour les partis qui ne s’y conformeraient pas. Les groupes politiques se verraient également interdits de recevoir des dons de la part d’individus condamnés pour certains crimes, de même que ceux d’origine anonyme. Les nouvelles mesures imposant la transparence vont jusqu’à stipuler que «tout don d’origine non établie devra être considéré comme d’origine illicite».

  •  «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui interdit la réélection immédiate des parlementaires de la République ?»

La réforme prévoit l’interdiction pour les parlementaires de se présenter à leur réélection pour un mandat consécutif. Ce changement est considéré comme en partie symbolique, le taux de réélection au Congrès se limitant à environ un tiers de ses membres en moyenne. Les Péruviens considèrent cependant à une très large majorité que leur législature est l’institution la plus corrompue de tout le pays. 

  • «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui établit le bicamérisme au Congrès de la République ?»

La réforme prévoit un passage au bicaméralisme, qui ferait de l’actuelle chambre unique, le Congrès de la République composé de 130 députés, la chambre basse d’un Parlement auquel serait ajouté pour chambre haute un Sénat composé de 50 sénateurs. Les candidats devraient être Péruviens de naissance et être âgés d’au moins 25 ans pour les députés et 35 ans pour les sénateurs. Le système législatif péruvien avait déjà été bicaméral jusqu’en 1992. Cette année-là, le président Alberto Fujimori avait procédé par un coup de force à la dissolution du Congrès et à l’adoption d’une nouvelle constitution ne conservant que la chambre basse. 

Le projet originel prévoyait de baisser le nombre de députés à 100 et de porter à 30 celui des sénateurs. Le congrès dominé par le parti Force populaire est cependant parvenu à en détricoter le contenu. Le nombre de parlementaires était ainsi relevé et les dispositions imposant la parité homme/femme retirées. Surtout, les parlementaires procédaient à une modification du texte retirant au président le pouvoir de poser au Congrès une question de confiance sur un projet de loi qui, dans certaines circonstances, lui permet, en cas de refus, de procéder à la dissolution de l’Assemblée. Cette disposition venait justement d’être utilisée en septembre par le président Vizcarra pour forcer la main du Congrès qui tentait d’enterrer le projet référendaire. Les changements apportés au projet étaient tels que Vizcarra lui-même avait annoncé qu’il voterait contre.

Selon des résultats officiels provisoires portant sur 83,69 % des bulletins, les Péruviens ont approuvé massivement, à près de 80 %, les trois premières réformes constitutionnelles proposées par le chef de l’État. Les 130 législateurs actuels se retrouveront donc sans siège après la fin de leur mandat prévue le 28 juillet 2021. En revanche, les électeurs ont refusé de rétablir un système bicaméral, proposition initialement soutenue par le président Vizcarra qui s’était ensuite ravisé pour ne pas rogner les pouvoirs présidentiels. 

Ces résultats sont une victoire pour Martín Vizcarra, cet ingénieur de 55 ans quasiment inconnu lorsqu’il a succédé il y a quelques mois à Pedro Pablo Kuczynski. Il sort ainsi renforcé du scrutin au détriment du Parlement, ce dernier faisant les frais de son discrédit auprès des Péruviens. Ce référendum «marque le début d’un changement que nous souhaitons pour le Pérou et pour tous les Péruviens», a-t-il déclaré à l’issue du scrutin.

Catherine TRAULLÉ

Comment évolue la crise politique au Nicaragua ? Reprise des négociations

La crise se poursuit au Nicaragua. Les négociations restent très difficiles entre l’opposition et le gouvernement, et le pays s’enfonce dans une spirale de violence, avec une recrudescence des combats de rue entre milices paramilitaires et opposants au régime de Daniel Ortega.

Photo : Marcha de las flores/T13

L’opposition nicaraguayenne a appelé à une grève générale le jeudi 14 juin, afin de faire pression sur le gouvernement du président Daniel Ortega, pour qu’il reprenne le dialogue, et mette fin aux violences qui ont fait 220 morts en deux mois de protestations. «Ce sera une grève civique et pacifique qui touchera tout le pays et toutes les activités économiques, à l’exception des services vitaux et de base», avait indiqué dans un communiqué l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, qui regroupe des étudiants, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile.

Reprise du dialogue le 15 juin

Cette grève a effectivement poussé Ortega à la reprise du dialogue, le 15 juin. Contre toute attente, un accord surprise y a été conclu entre le gouvernement et l’opposition, en autorisant des observateurs des droits de l’homme à venir enquêter sur les violences perpétrées depuis deux mois. En échange, les représentants de l’opposition avaient accepté une demande clef du pouvoir du président Daniel Ortega : un plan visant à lever les blocages qui entravent les routes pour empêcher les forces anti-émeutes de passer. 

Suspension du dialogue le 16 juin

Mais le 16 juin, huit personnes ont été tuées à Managua. Six des nouvelles victimes étaient des membres d’une même famille dont le domicile a été incendié par un groupe d’hommes encagoulés, accusé par l’opposition d’être soutenu par la police, qui ont lancé un cocktail Molotov. Une femme et un enfant ont survécu au sinistre mais ont été grièvement blessés en se jetant dans le vide depuis un balcon. Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a dénoncé sur Twitter un «crime contre l’humanité qui ne peut rester impuni». Ce drame a été condamné aussi bien par l’opposition que par le gouvernement, qui s’en sont rejetés mutuellement la responsabilité au moment où leurs représentants renouaient les fils d’un fragile dialogue.

Les deux parties ont suspendu leurs discussions le soir même, en annonçant qu’elles les reprendraient le lundi 18 juin. Elles devaient alors examiner une proposition formulée par l’Église catholique –qui joue dans cette crise le rôle de médiateur– prévoyant d’organiser des élections générales anticipées en mars 2019, soit deux ans avant l’échéance prévue, mais également une réforme constitutionnelle qui entrerait en vigueur dès cette année et empêcherait le chef de l’État de briguer un nouveau mandat. Ce dernier s’est dit prêt à s’orienter vers une démocratisation du pays, mais n’a pas dit s’il consentirait à écourter son mandat, valable théoriquement jusqu’en janvier 2022. «Nous réitérons notre volonté totale d’écouter toutes les propositions entrant dans un cadre institutionnel et constitutionnel», a-t-il seulement commenté.

Reprise des négociations le 18 juin, interrompues le soir même

Encore une fois, la Conférence épiscopale du Nicaragua a suspendu le soir du 18 juin le dialogue, exigeant que le gouvernement tienne ses engagements et invite les organisations internationales de défense des droits de l’homme dans le pays. «Quand le gouvernement nous enverra une copie de ces invitations et que les organisations internationales nous enverront leur réception», les groupes de travail et la session plénière seront appelés à reprendre, ont déclaré les évêques. Le non-respect de cet accord a contraint l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, de l’opposition, à quitter la table des négociations, où les questions électorales, de justice et de sécurité devaient être abordées.

Mais les jours se suivent et se ressemblent au Nicaragua où les autorités continuent de durement réprimer les protestataires et, le 19 juin, c’est la ville de Masaya, l’épicentre en quelque sorte de cette contestation, qui a subi une forte répression. D’après l’Association nicaraguayenne pro-droits de l’homme, une ONG locale, plusieurs personnes auraient succombé à des tirs et de nombreux manifestants auraient également été blessés.

Reprise du dialogue le 25 juin

Enfin, après plusieurs jours d’incertitudes, les représentants de l’Union européenne, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et de la Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) ont confirmé, le mercredi 20 juin, qu’ils avaient été conviés à enquêter sur la situation nicaraguayenne. Ainsi, malgré un climat de violence, le dialogue national instauré entre l’opposition et le gouvernement du président Daniel Ortega a repris lundi 25 juin. La Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) est arrivée dimanche 24 juin à la capitale Managua, ainsi que des fonctionnaires du HCDH pour enquêter sur ces violences, après que de nouvelles confrontations aient eu lieu le 23 juin, dans la capitale notamment, où des attaques menées conjointement par la police, les unités anti-émeutes et des paramilitaires ont fait huit morts, dont un enfant de 14 mois qui a reçu une balle en pleine tête, selon le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (CENIDH). Le lendemain a été un peu plus calme, malgré quelques attaques et des manifestations antigouvernementales dans le nord du pays.

Les évêques attendent de Daniel Ortega une réponse rapide sur la tenue d’élections anticipées qui devraient avoir lieu en mars 2019 au lieu de fin 2021, car ils estiment qu’elle est essentielle à la poursuite du dialogue national, et les opposants au gouvernement espèrent que cette présence internationale incitera le président Ortega, qui est au pouvoir depuis 2007, après une première période de 1979 à 1990, à mettre un frein, si ce n’est un terme, à la répression et à la violence.

Une «Marche des fleurs» a réuni le samedi 30 juin des milliers de Nicaraguayens à Managua, réclamant justice pour les victimes mineures de la répression. Par ailleurs, le Parlement du Nicaragua a autorisé la venue dans le pays de militaires de plusieurs pays de juillet à décembre, ce qui suscite des critiques de l’opposition. Il s’agit officiellement d’exercices de lutte antidrogue et d’aide humanitaire ?…

L’économie du Nicaragua pâtit lourdement de la crise politique

Le tourisme dans le pays le plus pauvre d’Amérique centrale souffre intensément de la paralysie du pays depuis deux mois et demi. La fermeture de nombreux commerces prive déjà d’emploi quelque 200.000 personnes et, sans sortie rapide de la crise, «1,3 million de Nicaraguayens risquent de tomber dans la pauvreté», soit un habitant sur cinq, s’inquiète la Fondation nicaraguayenne pour le développement (Funides). Si la crise se prolonge, l’ardoise pour le pays pourrait dépasser les 900 millions de dollars, selon la Fondation. 

Catherine TRAULLÉ

Des meurtres quotidiens au Nicaragua : la répression meurtrière de Daniel Ortega

Depuis le 18 avril, plus de 100 morts et des milliers de blessés sont recensés au Nicaragua, et la colère d’une partie de la population, qui exige le départ du président Daniel Ortega, ne retombe pas. Le dialogue est gelé. Et ce malgré de frêles tentatives de reprise des discussions entre les manifestants et le gouvernement, pour un temps soutenues par le Vatican. Les évêques, qui ont endossé le rôle de médiateurs à la demande du gouvernement depuis le début de la crise le 18 avril, ont suspendu le dialogue national pour une durée indéterminée, après des heures de réunions infructueuses.

Photo : Mobilisation dans les rues de Managua/Noticiero OTV

Daniel Ortega, l’ex-guérillero de 72 ans, héros de la révolution sandiniste pour avoir renversé la dictature en 1979, avait gouverné le pays jusqu’en 1990, avant de revenir au pouvoir en 2007. L’étincelle qui a déclenché le courroux populaire est une réforme des retraites augmentant les cotisations, mais bien qu’Ortega ait renoncé à son plan de réforme des pensions, le peuple nicaraguayen n’a pas cessé de se mobiliser pour dénoncer le manque de libertés et réclamer le départ du chef de l’État. Dans un climat de rage et de saccage, les émeutes populaires sont férocement réprimées par la police et s’achèvent dans un bain de sang.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a pu documenter et recueillir «des centaines de témoignages qui prouvent de graves violations des droits de l’Homme et ne caractérisent pas un usage excessif de la force de la part des corps de sécurité de l’État et également de tierces parties armées», selon un rapport lu en conférence de presse le lundi 21 mai par la rapporteuse de l’organe de l’Organisation des États américains (OEA) Antonia Urrejola. Contre les manifestants, «les unités anti-émeutes ont utilisé sans discernement des armes à feu, des pistolets à balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes». Les personnes placées en détention «ont fait état de coups, d’insultes ou de privation de nourriture. Des forces de police et des groupes motorisés ont ouvert le feu et incendié en avril un bâtiment de l’Université d’ingénierie, tuant plusieurs étudiants». La commission d’enquête dont la mission s’est déroulée du 17 au 21 mai a aussi qualifié d’«inadmissible» la censure de quatre chaînes de télévision, le blocage de médias sur internet, l’assassinat du journaliste Ángel Gahona et l’incendie d’une radio d’opposition.

Les chefs d’entreprises ont exprimé leur solidarité «verbalement» aux manifestations anti-gouvernement, déclenchées par les étudiants le 18 avril. Mais ils n’ont pas voulu se joindre au récent mouvement de grève nationale, alors qu’ils l’avaient fait lors de l’insurrection contre la dictature des Somoza (1934-1979). Ils sont «divisés» entre ceux qui veulent maintenir Ortega au pouvoir jusqu’à l’élection présidentielle de 2021 et ceux qui souhaitent son départ anticipé, assure l’un des leaders étudiants du mouvement de protestation, Victor Cuadras. Pour Oscar René Vargas, sociologue et économiste, les États-Unis, principal partenaire commercial du Nicaragua, n’ont pas adopté de mesures de pression suffisamment fortes pour faire vaciller le gouvernement.

Alors que les opposants demandent que les élections présidentielles prévues en 2021 soient avancées à cette année, le gouvernement dénonce «une voie déguisée» vers un coup d’État. Le 22 avril, le pape avait associé sa «voix à celle des évêques pour demander que cesse toute violence, qu’on évite une effusion inutile de sang et que les questions ouvertes soient résolues pacifiquement». Quant au secrétaire général de l’OEA, il avait affirmé que la solution à la crise au Nicaragua devait passer par des élections anticipées. «Quand la société est divisée, la décision doit revenir de manière urgente au souverain : le peuple», avait déclaré Luis Almagro.

«Daniel doit partir !»

C’est la demande de milliers de paysans et d’étudiants qui se mobilisent dans les rues de Managua et de tout le Nicaragua depuis fin avril. Pour les étudiants et une grande partie de la population, il n’est plus question de dialogue, qui ne serait qu’une manœuvre pour démobiliser et chercher un nouveau pacte avec Ortega ou un remplaçant, afin de le sauver de ses crimes et maintenir un Nicaragua au service des capitalistes. Il faut donc poursuivre la mobilisation révolutionnaire populaire, en reniant le dialogue tricheur, jusqu’à ce que les patrons et le régime répressif d’Ortega soient renversés, pour obtenir un gouvernement des opprimés, de la classe ouvrière, des paysans et des jeunes.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a condamné le 1er juin les récentes violences survenues au Nicaragua, notamment le meurtre d’un ressortissant américain lors de manifestations à Managua le 30 mai. Le secrétaire général de l’ONU a appelé le gouvernement nicaraguayen à répondre favorablement aux demandes du Bureau du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de se rendre dans le pays. Dans sa déclaration, il indique que l’ONU est prête à aider les efforts de dialogue national en vue de renforcer l’État de droit, le respect des droits de l’homme et la résolution pacifique des différends.

Au Nicaragua, les forces de l’ordre «tirent pour tuer». C’est avec ce slogan que l’ONG Amnesty International a de nouveau dénoncé les méthodes du gouvernement de Daniel Ortega pour réprimer les manifestations qui secouent le pays depuis la mi-avril. Amnesty a constaté sur place un «recours excessif à la force et l’ONG accuse les autorités d’avoir procédé à des « exécutions extrajudiciaires »» par le biais de milices privées.

José Pallais, ancien vice-ministre des Affaires étrangères 

José Pallais, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et ex-député de l’opposition, estime que Daniel Ortega «ne veut pas mettre son pouvoir en danger» et que les manifestants ne sont pas prêts à déserter les rues, sinon «la dictature se renforcerait, la répression deviendrait plus forte, et il y aurait toute une campagne de violence sélective», explique-t-il à l’AFP. La crise «va être longue». De fait, Ortega refuse de partir et semble décidé à se maintenir au pouvoir, jusqu’à ce que la situation soit impossible à tenir. Le 30 mai dernier, il a déclaré devant la foule lors d’un vaste rassemblement convoqué dans le nord de Managua, la capitale nicaraguayenne : «le Nicaragua nous appartient à nous tous et nous restons tous ici.» Au lourd bilan humain des manifestations s’ajoute l’impact sur l’économie des grèves, pillages de commerces et blocages de routes : le gouvernement a réduit sa prévision de croissance de 4,7-5,2 % à 3-3,5 %. Les touristes ont fui le pays. Quant au Quai d’Orsay, il appelle les Français à reporter les voyages non essentiels. Il apparaît clairement que la stratégie de répression de Daniel Ortega ne dissuade pas tout un pays, désormais debout contre son président, malgré les meurtres quasi quotidiens perpétrés par les autorités.

Catherine TRAULLÉ

Crise au Nicaragua :
le groupe d’amitié France – Mexique et pays d’Amérique centrale réitère son appel au dialogue

Depuis la mi-avril, le Nicaragua est secoué par une vague de contestation populaire sans précédent qui a provoqué le décès de plus de 120 personnes et en a blessé 1 300 autres, selon le rapport établi par la Cour interaméricaine des droits de l’Homme et le dernier bilan des organisations non gouvernementales. Les manifestants dénoncent une confiscation du pouvoir par le Gouvernement du Président Daniel Ortega, ex-leader de la révolution sandiniste. Au nom du groupe interparlementaire d’amitié France – Mexique et pays d’Amérique centrale dont une délégation s’est rendue au Nicaragua lorsqu’ont débuté les manifestations, MM. les Sénateurs Daniel Laurent (Les Républicains – Charente-Maritime), Président du groupe, et Claude Raynal (Socialiste et Républicain – Haute-Garonne), Président délégué pour l’Amérique centrale, expriment leur vive préoccupation et font part de leur émotion aux familles et proches des victimes en les assurant de leur soutien dans cette épreuve. Condamnant toute forme de violence, le groupe d’amitié appelle une nouvelle fois le Gouvernement du Nicaragua, comme il l’a fait à l’occasion des entretiens réalisés sur place, à poursuivre un dialogue transparent, ouvert et inclusif avec l’ensemble des parties prenantes pour trouver une issue pacifique à cette crise.

Contact et members du groupe ici

 

Référendum en Équateur : la réélection illimitée du président rejetée

¿Sí o No? C’est le qui l’a emporté lors de la consultation populaire organisée le 4 février dernier, avec une moyenne de 67,5 % après le dépouillement de 98,4 % des votes, pour les sept questions soumises. Le président Lenín Moreno remporte donc la victoire face à son prédécesseur et « ennemi politique n°1 », Rafael Correa, dont le rêve de revenir à la présidence en 2021 s’effondre.

Photo : Pagina 12

Le point clé du vote était en effet la suppression de la réélection indéfinie introduite en décembre 2015, qui aurait permis au père de la « révolution citoyenne », qui a régné pendant une décennie, de revenir aux prochaines élections. Cette victoire de Lenín Moreno ouvre la voie à une « décorréisation » totale de l’État.

Les sept questions du référendum et les résultats

1. L’amendement de la Constitution pour sanctionner « toute personne reconnue coupable d’actes de corruption et déclarée inapte à participer à la vie politique du pays », Oui 73,91 % – 2. L’élimination de la réélection indéfinie « afin que toutes les autorités de l’élection populaire ne puissent être réélues qu’une seule fois pour le même poste » Oui 64,32 % – 3. La restructuration du Conseil pour la participation citoyenne et le contrôle Social, « ainsi que la fin de la période constitutionnelle de ses membres actuels ». Oui 63,15 %. – 4. La suppression de toute prescription pour « crimes sexuels contre les enfants et les adolescents » Oui : 73,72 % – 5. L’interdiction de l’exploitation minière métallique « à tous ses stades, dans les zones protégées, et les centres urbains » : Oui : 68,79 % – 6. L’abrogation de la « loi de la plus-value » Oui: 63,2 % et  7. L’ « augmentation des zones protégées d’au moins 50 000 hectares, et la réduction de 1 030 hectares à 300 hectares de la zone d’exploitation pétrolière autorisée par l’Assemblée nationale dans le Parc national de Yasuní » Oui  67,44 %.

Réactions de Rafael Correa

Il a essayé de voir les résultats d’une manière positive, en disant que si 36 % des électeurs se sont opposés à la limite des mandats, cela montre que son mouvement politique est toujours le plus important en Équateur. Pour renforcer sa victoire, Moreno dépendait en grande partie d’une alliance avec des partis d’opposition conservateurs, dont le soutien à l’avenir pourrait être mis en doute. D’après ce que nous connaissons de l’histoire équatorienne, la situation peut complètement changer en deux mois. Lenín Moreno, comme tout médiocre, cherche à plaire à tout le monde. La seule chose qui les unit est la haine envers Correa, sûrement pas l’amour de la patrie. Pour le charismatique mais polémique Rafael Correa, Lenín Moreno est un « traître » qui s’est vendu à l’opposition de droite. Il affirme qu’avec cette consultation « anticonstitutionnelle » son successeur cherche à instaurer un « présidentialisme absolu ». Il n’écarterait par la possibilité de promouvoir une Assemblée constituante pour destituer Lenín Moreno et rédiger une nouvelle Constitution. « Le combat continue » a-t-il déclaré.

Rafael Correa, qui se dit victime de « persécution et harcèlement », doit se présenter devant le Parquet lundi pour témoigner sur des irrégularités présumées dans la vente de pétrole à la Chine et à la Thaïlande pendant son administration. « Ils vont inventer un crime pour me disqualifier. C’est la nouvelle stratégie de la droite pour détruire les dirigeants progressistes comme ils l’ont fait avec Dilma [Rousseff, ex-présidente du Brésil], Lula [son prédécesseur] ou Cristina [Kirchner, ex-présidente d’Argentine] », a t-il  affirmé à l’AFP.

Déclarations de Lenín Moreno

Lenín Moreno, qui a été son vice-président de 2007 à 2013, est devenu depuis sa prise de fonction le plus sévère critique de M. Correa, chantre d’un « socialisme du XXIᵉ siècle », qu’il accuse d’avoir gaspillé la manne pétrolière et d’avoir dirigé un gouvernement corrompu. Il a convoqué en novembre ce référendum, considéré comme une claire invitation à tourner la page du corréisme.

La victoire de Moreno permettra au gouvernement, selon l’analyse de la firme Quantum, de promouvoir « un agenda de politiques publiques de consensus national » et d’adopter des mesures économiques pour réduire progressivement le déficit public et améliorer la compétitivité. En plus d’un possible retour de Correa à la première ligne de la politique, les Équatoriens ont évité une phase d’instabilité. « Les décisions que nous prenons aujourd’hui seront fondamentales pour l’avenir du pays, pour que nos enfants vivent protégés, pour que les corrompus ne recommencent pas à se moquer de nous […] pour la protection de la nature, pour la relance économique », a déclaré M. Moreno après avoir voté dans une université du nord de Quito.

Catherine TRAULLÉ

Entre référendum, démission, affaire Assange et plan social : retour sur l’actualité équatorienne

Les dernières nouvelles depuis l’Équateur mettent le pays au premier plan de la scène internationale. La nationalité équatorienne pour Julian Assange, la démission de Rafael Correa de son parti Alianza País, la fièvre de la préparation de la consultation populaire le 4 février, et le plan social de Lenín Moreno.

Photo : Julien Assange, Rafael Correa/Wikileaks

Contre toute attente, au vu de ses propos pendant la campagne présidentielle, et bien qu’il considère Assange comme un hacker, le président de l’Équateur, Lenín Moreno, a maintenu la défense du fondateur de Wikileaks en reprenant l’argument de Correa selon lequel il doit être protégé pour éviter toute atteinte à son intégrité. Mais le scénario ne se passe pas comme prévu, le Royaume-Uni ayant rejeté la demande de l’Équateur d’accorder un statut diplomatique à l’activiste informatique, l’empêchant ainsi d’accéder au privilège de l’immunité. Le gouvernement équatorien cherche actuellement d’autres alternatives. La ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa a mentionné, entre autres, une éventuelle médiation devant les organisations internationales. « Toute alternative sera réalisée dans le strict respect des normes du droit international et en dialogue avec le Royaume-Uni » , a-t-elle assuré, rappelant les bonnes relations que l’Équateur entretient avec lui.

On rappelle que Julian Paul Assange, né le 3 juillet 1971 à Townsville, est un informaticien et cybermilitant australien, fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de WikiLeaks. Il a publié, sur le site WikiLeaks (« leaks » signifie « fuites » en anglais), plusieurs millions de documents confidentiels relatifs aux modes opératoires de l’armée américaine en Irak, et a également dénoncé les circuits de corruption des dictateurs africains ou de certaines compagnies russes offshore. Il fait l’objet de poursuites judiciaires pour espionnage, menées par les autorités américaines, qui l’exposent à une peine de prison à vie, et potentiellement à la peine capitale. Chelsea Manning, membre de l’armée américaine et principale source des documents publiés sur Wikileaks (avant son changement de sexe, elle était Bradley Edward Manning, de sexe masculin), a été condamnée à 35 ans de prison pour espionnage ; le président Obama a réduit cette peine à la fin de son mandat. Devant la menace d’une extradition aux États-Unis, elle vit réfugiée à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

Démission de l’ex-président Rafael Correa de son parti

Rafael Correa, quitte le parti Alianza País (AP), qu’il avait créé en 2006 et avec lequel il a gouverné pendant 10 ans (2007-2017) et ce, après la décision du tribunal électoral équatorien de maintenir le président Lenín Moreno à la direction actuelle du mouvement. « Mais les convictions, les gens, la Révolution et le futur sont avec nous »,  a-t-il déclaré sur son compte Twitter. Sa démission, attendue, marque un point de non-retour dans la lutte pour le pouvoir que l’ancien président entretient avec son successeur à la présidence, et ancien vice-président, Lenín Moreno. La députée Gabriela Rivadeneira, alliée de Correa et qui a également quitté le parti, a ajouté que Correa prendra la tête d’une nouvelle formation, « la Révolution Civique ». Mais le conseil électoral équatorien a refusé le 16 janvier l’enregistrement du nouveau parti de Correa, en faisant valoir « des violations légales et réglementaires ». Quoi qu’il en soit, si le « oui » l’emportait à la consultation populaire du 4 février, et ratifiait donc l’impossibilité de se représenter à vie, Correa n’aurait plus aucune option pour reprendre le pouvoir.

La consultation populaire se prépare

En prévision du référendum, le Conseil national électoral (CNE) de l’Équateur a effectué ce dimanche 21 janvier une simulation de vote pour garantir son bon déroulement. Une seconde simulation est prévue le dimanche 28 janvier. Celles-ci visent, entre autres, à apprécier la capacité des invalides à aller voter, l’accessibilité au vote dans les régions les plus isolées uniquement joignables par voie fluviale ou aérienne, le bon fonctionnement du matériel (scanners), pour ne pas retarder de 3 ou 4 jours le résultat, comme cela a déjà pu se produire. Des observateurs invités par le CNE appartenant à l’Union des nations sud-américaines (Unasur), à  l’Organisation des États américains (OEA), à l’Union interaméricaine des organisations électorales (Uniore) et à l’Association mondiale des organisations électorales (OEA) participent à ces simulations. Rappelons que ce sont 13 026 598 électeurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays qui auront le droit d’aller aux urnes le 4 février, 395 178 d’entre eux étant enregistrés à l’étranger.

Le plan social de Lenín Moreno

Dans le cadre du programme social de Lenín Moreno, la vice-présidente María Alejandra Vicuña a présenté le mardi 16 janvier le projet « Moins de pauvreté, plus de développement » qui vise à réduire la pauvreté de 5 % dans le pays d’ici l’année 2021. C’est son premier acte officiel en tant que vice-présidente. Avec ce projet, l’État augmentera ce que les bénéficiaires du Bonus de développement humain reçoivent, selon leurs conditions familiales, et pourra atteindre jusqu’à 150 dollars. Les principaux déterminants du montant que recevra chaque bénéficiaire seront le nombre et l’âge des enfants dans le ménage, et le statut socio-économique du noyau familial. L’État devrait investir 64 millions de dollars dans ce projet, pour « empêcher des milliers d’enfants de travailler. Les enfants doivent étudier, ils doivent jouer, ils doivent être heureux ! » Cette initiative fait partie du plan « Toda Una Vida », qui concentre les principaux projets d’État proposés par le président Lenín Moreno, visant à protéger et à soutenir les citoyens du pays depuis leur naissance jusqu’à leur mort.

Catherine TRAULLÉ

Les Équatoriens aux urnes pour un référendum convoqué par Lenín Moreno

La campagne pour le référendum, lancée par l’actuel président Lenín Moreno, a pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie qui avait été actée durant le régime de son prédécesseur, Rafael Correa. Elle crée un climat politique instable en ce début d’année 2018, par la confrontation entre Lenín Moreno et l’ancien président qui lutte pour le « No ». Le référendum est fixé au 4 février prochain.

Photo : LaRed21

L’Équateur aura vécu en 2017 l’une de ses années les plus intenses dans le domaine politique et social. Elle est née au cœur d’une campagne électorale présidentielle disputée, après une décennie au pouvoir de Rafael Correa et de sa Révolution Citoyenne, qui a finalement vu l’élection de Lenín Moreno, ancien vice-président de Correa, membre du même parti Alianza País, face au représentant de la droite, Guillermo Lasso, battu avec trois points de différence. Moreno a d’abord embrassé les causes du socialisme, mais dans son empressement à réconcilier le pays il a appelé à un « dialogue national » avec tous les secteurs, se rapprochant même du plus antagoniste. C’est ainsi qu’il a ouvert un fossé irréconciliable avec son mouvement et l’ancien président, dont il a par ailleurs rapidement critiqué et discrédité la gestion financière.

L’affaire Jorge Glas, allié de Correa et vice-président du nouveau gouvernement, mis en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et dont le procès a débuté le 24 novembre à Quito, ainsi que la consultation populaire annoncée par Lenín Moreno, prévue le 4 février, ayant pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, n’ont fait qu’aggraver les relations entre les deux hommes, devenus les pires ennemis politiques. Il faut préciser que Glas a été condamné en décembre à six ans de prison par la Cour nationale de justice, en plus d’une forte amende, pour conspiration criminelle dans le cadre du programme de corruption organisé par Odebrecht. Odebrecht a reconnu avoir délivré 33,5 millions de dollars en pots-devin aux fonctionnaires de l’État équatorien, mais récemment, le procureur général a déclaré que les paiements illégaux avaient atteint 50 millions.

Depuis, l’ancien président, Rafael Correa, fait activement campagne contre le référendum prévu, mais aussi tente d’obtenir l’expulsion du président actuel. Raison pour laquelle, alors qu’il réside en Belgique, il a déjà fait un premier voyage en Équateur, pendant une dizaine de jours, fin novembre.

Comment débute 2018 ?

Rafael Correa est de retour en Équateur depuis ce 5 janvier, pour poursuivre sa campagne du « No » à plusieurs des sept questions posées par le référendum, dont bien entendu celle de la réélection indéfinie, la campagne étant ouverte depuis le 3 janvier. Selon l’analyste David Chávez, sociologue de l’Université centrale de l’Équateur, l’arrivée de Correa génère des inquiétudes dans les secteurs conservateurs, favorables à la consultation, qui connaissent sa popularité et sa capacité à faire campagne.

Lenín Moreno, pour sa part, a déclaré aux journalistes ce mercredi 3 janvier que « depuis hier minuit, soit trois mois après son incarcération,  d’après ce que dit la constitution, le vice-président de la République a cessé d’exercer ses fonctions ». Il a ajouté que, selon la loi équatorienne, il disposait de 15 jours pour présenter au Parlement trois candidats au pouvoir législatif, afin d’élire le nouveau vice-président, mais il a indiqué que cela prendrait « considérablement moins de temps parce qu’un pays ne peut pas se passer d’un vice-président ». De fait, il a proposé trois candidats, en l’occurrence trois candidates, qui sont « des gens de grande valeur, loyaux et en qui il a toute confiance ». C’est María Alejandra Vicuña qui a été désignée vice-présidente, les autres candidates étant la ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa, et la ministre de la Justice, Rosana Alvarado Las.

Vicuña, âgée de 39 ans, est ministre du Développement urbain et du Logement et exerce depuis octobre dernier, par décision du président Lenín Moreno, la fonction de vice-président intérimaire. Elle a été élue avec 70 voix lors d’une séance plénière de l’Assemblée nationale le 6 janvier, en présence de 106 des 137 membres de l’Assemblée nationale. La majorité requise était de 69 voix. Vicuña, qui est psychologue de profession, a 10 ans de carrière dans différents postes publics. Elle a été membre de l’Assemblée à deux reprises (2009-2013 et 2013-2017) et était donc ministre du Développement urbain et du Logement depuis le 24 mai, date à laquelle Moreno est arrivé au pouvoir.

Elle est la seconde femme à occuper un poste aussi important, seulement précédée par Rosalía Arteaga (août 1996 – février 1997), ce qui démontre que les femmes prennent de plus en plus de place dans la vie politique, comme dans les autres secteurs, en Équateur. Ainsi l’Équateur entame 2018 comme en 2017, avec une campagne électorale acharnée, mais cette fois à propos de la consultation populaire proposée par le président Lenín Moreno, dont les résultats sont imprévisibles.

Catherine TRAULLÉ

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