OUVERTURE SUR LYON

Librairie Macanudo


Macanudo : ouverture d’un bar-librairie lyonnais dédié à l’Amérique latine

À l’heure où la question de l’obsolescence des librairies et de leur disparition éventuelle est aujourd’hui débattue, deux jeunes Lyonnais se sont lancé un défi original : créer lieu hybride, associant librairie et bar, le tout axé autour de la culture latino-américaine. Nous avons rencontré Laure Maneveau, une des gérantes de “Macanudo” qui nous a retracé cette aventure.

Pouvez-vous nous raconter en quelques mots comment est né le projet de “Macanudo” ?

Audrick et moi avons vécu à Buenos Aires, on y a découvert des lieux similaires qui associent une activité de bar à une activité de librairie. Ces lieux nous plaisaient beaucoup et on les fréquentait régulièrement. Alors on s’est toujours dit, en rêvant un peu, qu’un jour on aurait un lieu qui ressemblerait à ça. À ce moment-là, je finissais mes études là-bas, tandis qu’Audrick faisait une année de césure et donnait des cours de français. Quand on est rentrés en France, on a trouvé notre premier boulot – qui nous plaisait par ailleurs – mais c’étaient des CDD. Ça a donc été compliqué de retrouver du travail derrière, surtout un travail qui nous plaise, dans un endroit qui nous plaise et qui soit suffisamment bien payé. Comme on ne trouvait pas, on s’est dit que c’était peut-être finalement le moment de monter ce projet-là qui nous tenait à cœur. Pour ce faire, on a trouvé un appartement, on l’a retapé en bricolant, puis on l’a revendu. Ça nous a permis d’avoir un apport financier pour pouvoir monter le projet.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet ?

On y travaille réellement depuis deux ans. C’est-à-dire qu’on a pris la décision de monter le projet il y a deux ans, puis on a commencé les travaux il y a un an. Durant ce temps, on a rencontré les banques, imaginé le concept et enfin commencé les travaux.

Pourquoi avez-vous choisi de consacrer spécifiquement votre bar-librairie à l’Amérique latine ?

On a découvert ces lieux en Amérique latine donc on s’est dit que ce serait chouette de faire un clin d’œil aux endroits que l’on a fréquenté là-bas. En plus, c’est une culture aussi bien littéraire, que cinématographique et musicale qui nous plaît beaucoup… et puis gustative aussi. Les cocktails et les bières nous plaisent énormément donc on s’est dit que c’était une bonne idée de faire un lieu qui soit un mélange de librairie et de bar.

C’est donc la convivialité qui vous a motivé à associer les deux activités ? Ou est-ce pour des raisons économiques, l’une permettant de faire vivre l’autre ?

À vrai dire, c’est un peu les deux. D’un côté, moi je ne suis pas du tout libraire de formation, ni d’expérience : je travaillais dans une compagnie de théâtre. J’appartiens donc au secteur culturel, mais davantage du côté du spectacle vivant que de la littérature. Je ne me sentais pas du tout capable de monter une librairie unique. En effet, financièrement, gérer une librairie s’avère très compliqué aujourd’hui et je n’avais pas du tout la prétention d’arriver et de fonder tout de suite une librairie, sans aucune expérience dans le milieu. D’un autre côté, Audrick et moi n’avions pas envie de faire un bar pur. On n’avait pas envie d’avoir un endroit sans une touche de culture, une touche de quelque chose d’intellectuel. Nous ne voulions pas d’un lieu où les gens viennent uniquement pour “boire des coups”, donc l’alliance des deux nous semblait indispensable. Enfin, pour des raisons économiques, c’est sûr et certain que ce qui va faire vivre la librairie financièrement, c’est le bar. Mais, en même temps, ce qui va faire vivre le bar et ce qui va attiser une certaine curiosité, ce sont les livres. Même si on a des gens qui ne sont pas forcément des lecteurs, ça donne une déco super. Ça peut amener des gens qui ne sont pas forcément lecteurs à fréquenter un lieu où il y a des livres, donc les inciter à feuilleter et, petit à petit, leur donner envie de lire. C’est aussi notre motivation de faire découvrir et d’amener de la culture dans des endroits où, en France en tout cas, il n’y en a pas toujours.

Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de la librairie ? Dans quelles conditions pourra-t-on consulter les livres sur place ?

Pour l’instant, on a pris la décision de ne pas faire de livres d’occasion. On verra par la suite, si les gens le demandent, ça pourrait être bien de développer un rayon occasion. Ce ne sont donc que des livres neufs qui sont destinés à la vente, comme dans une librairie classique. Mais on a envie que les gens puissent un peu feuilleter le livre, le regarder, et boire un café avec. S’il ne lui plaît pas, il pourra le reposer sans être obligé de l’acheter. On a installé des petits écriteaux pour expliquer le concept, disant que les gens ont tout à fait le droit de feuilleter les livres qui les intéressent. On ne va pas être derrière eux à leur dire “si vous le touchez, vous l’achetez”. Cependant, il faut qu’ils en prennent soin et qu’ils se disent que d’autres personnes derrière auront peut-être envie d’acheter ce livre-là, qu’il soit propre, c’est-à-dire ni tâché, ni abimé. De toute façon, on fait confiance aux gens, on sait qu’ils vont en prendre soin. Ça marche dans d’autres pays, donc on se dit qu’il n’y a pas de raisons pour que les Français soient moins soigneux qu’ailleurs.

Pour terminer, pourquoi “Macanudo ? Qu’est-ce que ça signifie ?

On a mis un petit moment à trouver le nom du lieu. C’est pas facile de trouver de trouver le nom d’une entreprise quelle qu’elle soit parce que c’est ce qui va rester, ce qui va lui donner son image. Au début, on n’était pas partis sur ce nom-là. On était partis sur un nom un peu plus commun, mais ça ne nous plaisait pas trop donc on a continué à réfléchir. Finalement, on s’est souvenus qu’un des premiers auteurs argentins que l’on a découvert et que l’on a beaucoup aimé était Ricardo Siri Liniers. C’est un auteur de bandes-dessinées. Il a réalisé une série de bandes-dessinées qui s’appelle « Macanudo ». Ça faisait donc partie de notre histoire quand on était en Argentine : on a ramené toutes ses bandes-dessinées en espagnol dans nos valises, qui ont d’ailleurs pesé très lourd au retour ! Et puis, c’est un mot qui représente quelque chose de très positif, ça signifie quelque chose d’épatant, de génial, et qui s’utilise exclusivement en Amérique latine. On trouvait que ce mot représentait beaucoup de choses positives et on s’est arrêtés sur ce choix.

Rendez-vous au bar-librairie Macanudo, à tout moment de la journée pour siroter un cocktail, déguster une empanada tout en profitant de l’offre de livres à disposition. D’ailleurs une des devises de Macanudo est : « Boire ou lire, pas besoin de choisir ! ».

Propos recueillis par
Vaiana GOIN

Horaires : Du lundi au samedi de 10 h à 01 h 00.  Adresse : 8 quai Claude Bernard, Lyon 7
Site internet de Macanudo

 
 

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