Revue vendue exclusivement par abonnement
Sommaire n° 235
Page 3 > Éditorial
Cuba : La fin d’un mythe ? par Olga Barry.
Pages 4-5 > Actualités
Gros plan et chronos d’événements.
Pages 6-7 > Tendances :
São Paulo, arrêt à la station Luz par Jean-Jacques Kourliansky.
Pages 8-9 > Pérou
À l’aube du 2e mandat d’Alan García par Nils Solari.
Page 10-11 > Mexique
Des interminables élections par Hélène Combès..
Page 12 > Éthnies
Des peuples indigènes à Pau par Édouard Bailby..
Pages13-20 > Thema du mois
À la découverte de Santos Chávez, l’artiste mapuche.
Page 21 > Histoire
Jusceline, créateur de Brasilia par Christian Rudel.
Pages 22-24 > Cinémas
Les latinos de Cannes à Biarritz. par Alain Liatard et Camille Douzelet.
Page 25 > Danse
La 12e biennale de Lyon par Alice Médigue.
Page 26 > Bloc-Notes
Les rendez-vous à souligner.
Page 27 > Musiques
La selection du mois des CD par Michel Plisson
Page 28-30 > Livres
La Société des Hommes celestes de Roberto Gac par Irès Sadowska Guillon. Les parutions du mois.
“Les textes publiés dans cette édition n’engagent que leurs auteurs et non l’ensemble de la rédaction”. |

Cuba : La fin d'un mythe ?
La question de l'état de santé du vieux leader cubain a fait couler beaucoup d'encre en dépit du peu d'information qui nous arrive depuis Cuba sur Fidel Castro, un de derniers leaders communistes. Les analyses sur les probables scénarios de l'après-Castro se veulent plutôt rassurantes en ce qui concerne les risques d'un chaos qui pourrait se produire entre autres à cause des rancœurs contenues depuis toutes ces années tant au sein de la population vivant sur l'île que dans la diaspora anticastriste elle-même. La relève assurée par son frère Raúl, chef des Armées et surtout par le Comité central du Parti communiste cubain ne devrait pas entraîner de vide au niveau du pouvoir.
Aux questions qui se posent aujourd'hui avec insistance sur l'avenir de Cuba et les choix politico-économiques de la nouvelle équipe, les scénarios sont multiples. Ils vont de l'avènement du modèle chinois – apparemment dit-on le plus probable – c'est-à-dire, des réformes économiques sans assouplissement, et peut-être un durcissement de l'autoritarisme étatique qui a caractérisé les presque cinquante années de règne castriste, à une transition à l'espagnole, déjà exportée en Amérique latine dans d'autres pays sortant de dictature militaire. Elle pourrait être conduite par des représentants et des dissidents modérés de l'actuel régime et peut-être quelques personnalités de la diaspora. Ces derniers feraient le choix d'une démocratisation en douceur, regardant plutôt vers l'Europe – en particulier vers l'Espagne, plutôt que vers les États-Unis – afin de sauvegarder les acquis de cette révolution, en protégeant ainsi le pays d'une introduction brutale de l'ultralibéralisme qui a déjà produit un grave accroissement des inégalités dans la région.
La fin de règne du dictateur le plus charismatique du XXe siècle peut cependant nous réserver quelques surprises. Dans tout régime autoritaire et hermétique, si la soupape qui contient l'expression populaire se soulève, ne serait-ce que légèrement, elle peut laisser échapper des réactions et des vérités insoupçonnables. La fin de l'ère Castro approche – ou est déjà là – et avec elle s'achève peut-être aussi un mythe, l'un des plus grands qui a alimenté l'imaginaire du peuple de gauche d'Amérique latine mais aussi d'une partie du monde : celui d'un petit pays qui a fait face à un géant rendu responsable de tous les maux de l'Amérique latine.
La confiscation de certaines libertés individuelles, prix que le peuple cubain a payé pour une société plus égalitaire où la santé et l'éducation sont de la responsabilité de l'État, et malgré les pénuries que chaque Cubain connaît quotidiennement, est admise comme un mal mineur par une partie importante de la population latino-américaine qui subit l'injustice sociale au sein de démocraties où elle a le sentiment que les libertés et droits individuels et politiques existants ne lui permettent pas de vivre mieux.
L'ébranlement du mythe cubain, s'il a lieu, peut être émotionnellement beaucoup plus fort que celui de la chute du communisme européen, pour de nombreux Latino-Américains.
Olga BARRY |