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Victoria Pascual

Pierre Carles et le documentaire sur l’Équateur de Rafael Correa

Lors du dernier festival de Biarritz sur les cinémas et cultures d’Amérique latine, un focus était consacré à l’Équateur. Dans ce cadre, l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine a organisé une journée sur l’Équateur de Rafael Correa, avec la projection du film Opération Correa, en présence de son réalisateur Pierre Carles, également membre du jury des films documentaires.

En novembre 2013, le président équatorien de gauche Rafael Correa est venu en visite officielle à Paris. Il fut reçu à l’Élysée par François Hollande et prononça une conférence à la Sorbonne. Il y expliqua comment son pays avait allégé le poids de sa dette extérieure, ignoré les recommandations du Fonds Monétaire International et tourné le dos aux politiques d’austérité qui, au moment précis où il s’exprimait, précipitaient l’Europe dans le marasme économique. Son intervention expliquait que l’Europe endettée reproduisait les mêmes erreurs que les pays d’Amérique Latine.

On pouvait penser que l’événement bénéficierait d’un accompagnement médiatique important, d’autant que le président équatorien, économiste de formation, parle parfaitement français. Mais les invitations à s’exprimer dans les médias furent rares, et le silence de la presse presque total.

Pierre Carles, avec son coté faussement naïf, réalise son documentaire, Opération Correa, en allant à la rencontre des grands journalistes de la presse pour leur demander pourquoi, à part France 24, ou Le Monde Diplomatique, peu sont allés l’interroger lors de son séjour à Paris.

Il se confronte à l’habituelle langue de bois : “Voilà un sujet important que je ne peux traiter en trois minutes, le public ne connait pas et c’est difficile d’en parler ” et autres excuses. Que ce soit Isabelle Quin ou RTL, ils ont d’autres préoccupations. La poursuite d’Yves Calvi dans les couloirs, la mauvaise foi et la suffisance de Frédéric Taddeï, le cri du cœur d’Ivan Levaï justifiant l’absence de références exigeantes dans sa revue de presse par la paresse supposée des auditeurs : « On ne fait pas boire l’âne qui n’a pas soif »… sont des passages drôles et tristes à la fois.

On se rend compte que les discours sont tous à peu près les mêmes, formatés pour mettre l’accent sur l’austérité sans chercher une plus grande curiosité et en interrogeant toujours les mêmes experts. Seul le journaliste du Figaro s’exprime correctement dans sa logique : la situation économique de l’Équateur s’est grandement améliorée et il y a, aujourd’hui, ajoute-t-il, des choses à faire sur place au plan économique ou au moins y aller voir.

Au-delà de la position des médias français, le réalisateur s’interroge sur la situation en Équateur. Rafael Correa propose-t-il vraiment des solutions originales à la crise économique, sociale et environnementale ? Qu’en est-il alors de l’accord de libre-échange que son pays a été contraint de négocier avec l’Union européenne ? Et de son opposition à l’avortement ? Pierre Carles et son équipe sont partis enquêter en mars 2015 sur l’existence ou non d’un “miracle équatorien” et ainsi mieux comprendre à quoi il ressemble.

Pour l’instant Opération Correa ne dure que 52 minutes, car Pierre Carles, qui avait consacré un beau film à Pierre Bourdieu en 2001, La sociologie est un sport de combat, et fait des analyses critiques de la presse dans plusieurs films dont Pas vu, pas pris (1998) ou Enfin pris  (2002), cherche encore de l’argent pour monter le deuxième volet de son enquête, Correa sí ! Correa no !

Mais au-delà de ça, ce film nous interroge sur la place de l’Amérique latine dans les médias et aussi dans la curiosité du public en général envers des événements lointains qui ne semble pas le toucher directement.

Alain LIATARD

Voir ici le reportage Opération Correa.

Chocolat, l’incroyable destin du clown nègre d’origine cubaine

À l’occasion de la sortie en salle du film Chocolat, réalisé par Roschdy Zem,  nous vous invitons à redécouvrir le destin hors-du-commun et touchant de cet esclave cubain, devenu la première coqueluche noire du Tout-Paris, avant d’être victime du racisme de son époque.

Réhabiliter la mémoire d’un homme sans nom

De l’histoire du “clown nègre”, il ne reste que peu de traces, pas même un nom. Les hypothèses, en effet, divergent à propos du véritable patronyme de Chocolat. Son prénom, Rafael, est à peu près sûr, ce qui n’est pas le cas de son patronyme, au sujet duquel les hypothèses oscillent : De Leïos, Padilla ? Pour réhabiliter la mémoire de cet homme, l’historien et directeur d’études à l’EHESS Gérard Noiriel, consacre deux livres. Dans le premier, paru en 2012, il s’intéresse à l’image de Chocolat et dans le deuxième, paru ces jours-ci, il enquête sur sa vie, allant jusqu’à Bilbao et Cuba.

À travers ses pages érudites, l’historien restitue la grandeur de cet ancien esclave d’origine cubaine, né entre 1865 et 1868 dans une famille africaine d’esclaves ou de cimarrons, esclaves noirs fugitifs. Le jeune Rafael est vendu pour quelques sous à l’âge de 8 ans sur le port de La Havane, à un riche exploitant espagnol. Il est ensuite emmené dans une ville près de Bilbao pour travailler en tant que domestique. Quelques années plus tard, il décide de fuir la maison de son maître afin d’échapper aux mauvais traitements et vit de petits métiers. Il devient mineur, puis manœuvre, puis groom, avant de faire la rencontre qui change sa vie : celle de Tony Grice, un clown de 120 kg d’origine britannique connu pour ses parodies de corrida, qui l’embaucha d’abord en tant que domestique, puis comme assistant dans certains de ses numéros. En 1886, Rafael accompagne Tony Grice dans le cadre d’une tournée à Paris et connaît un succès phénoménal lorsqu’ils se produisent tous deux au Nouveau-Cirque, rue Saint-Honoré. Ils multiplient ainsi les spectacles pendant 5 ans et Rafael devient “Chocolat”, en raison de sa couleur de peau.

Clichés racistes pour un succès garanti

Chocolat découvre le Paris d’après la guerre de 1870, époque où la colonisation bat son plein. Les Parisiens délaissent le théâtre pour le cirque, les fêtes foraines, les spectacles de rue et les foires. Les entrepreneurs de spectacles exploitent la curiosité du public en exhibant des choses plus “exotiques” : Chocolat fait rire les Français qui n’ont jamais vu de Noirs et devient ainsi le premier artiste noir à connaître la gloire sur la scène française.

 
Chocolat et Footit immortalisés par les frères Lumière, Paris, 1897

 

En 1895, le directeur du Nouveau-Cirque, Raoul Donval, forme un nouveau duo en associant Chocolat au clown britannique George Footit. Ce duo comique inédit va avoir un succès retentissant dans le Paris de la Belle-Époque, les propulsant même jusqu’à la scène des Folies-Bergère. Le duo fait rugir les foules, hilares devant les simagrées du nègre souffre-douleur et du clown blanc tyrannique. Dans leur plus célèbre numéro, le Chef de Gare, Chocolat se fait rouer de coups et croule sous les insultes proférées par son acolyte. Le duo populaire reste en haut de l’affiche pendant 15 ans, avant que la célébrité, les jalousies, l’argent facile et le jeu des discriminations ne viennent user leur amitié et la carrière de Chocolat.

Véritable icône de la Belle-Époque

Les numéros de Chocolat et Footit ont inspiré peintres, cinéastes et publicitaires. Chocolat, qui se lie d’amitié avec Toulouse-Lautrec, est immortalisé à plusieurs reprises par l’artiste, dansant seul dans les bars chics. Le duo est également filmé par les frères Lumière en 1897, alors que le cinéma en était encore à ses balbutiements. Avant le fameux slogan “Y’a Bon” du tirailleur sénégalais pour la publicité de Banania, Chocolat a prêté son image à des publicités, pour le savon la Hêve et le chocolat Félix Potin. Footit et Chocolat ont également inspiré l’écrivain et dramaturge irlandais Samuel Beckett, qui créé les personnages de Pozzo et Lucky dans sa pièce de théâtre En attendant Godot.

 
Publicités du savon La Hêve et du chocolat Félix Potin

 

Un destin tragique

Le vent tourne et le public se lasse des bouffonneries des deux acolytes, qui finissent par se séparer en 1910. L’Affaire Dreyfus rend ces spectacles racistes insupportables : les journalistes français de gauche dénoncent ces numéros qui stigmatisent le faible, le Juif ou le Noir. D’autre part, la mode du cirque s’essouffle, le cinéma fait son apparition et des sports comme le cyclisme ou la boxe attirent davantage l’attention. Footit ouvre un bar rue Montaigne tandis que Chocolat essaie tant bien que mal de se faire une place dans le monde du théâtre. Ce dernier échoue, car maîtrisant mal la langue française, il est impossible pour lui d’apprendre et de réciter de longs textes. Malgré ses multiples talents et sa notoriété, il ne sera jamais considéré comme un artiste à part entière et reste encore largement méconnu de nos jours. Il finit sa vie en travaillant au sein de la troupe des cirques de Rancy et meurt à Bordeaux en 1917, d’une angine de poitrine. Il est enterré avec les indigents au cimetière de Bordeaux et n’aura jamais sa place dans l’histoire du spectacle vivant.

Le paradoxe Chocolat

Les aventures du clown Chocolat ont pour toile de fond les ambiguïtés de l’imaginaire national forgé par la IIIe République : les droits de l’homme d’une part et la conquête coloniale, d’autre part. En cette fin de XIXe siècle, l’universalisme républicain coexiste avec la xénophobie et l’antisémitisme, déchaînés par l’affaire Dreyfus. Doit-il son succès à ses multiples talents de clown, danseur, chanteur, ou à sa couleur de peau qui divertit et surprend les spectateurs de l’époque ? En France, on se moque de lui. Les sarcasmes xénophobes vont bon train mais Chocolat réussit à considérer sa couleur de peau comme un atout. Sur ce point réside le paradoxe Chocolat : afin de se détacher de son ancienne condition d’esclave, il doit s’accommoder à l’image du “nègre” soumis dans le contexte de la France coloniale. S’il veut devenir le roi des nuits parisiennes, il doit nier l’humanité qui réside en lui. Dans une certaine mesure, plus il s’aliène, plus il se “libère”.

 
Chocolat dansant dans un bar de Toulouse-Lautrec (1896)

 

Dans son livre, l’historien Gérard Noiriel se demande si le rire de la société de l’époque est uniquement le reflet de la domination coloniale d’un racisme exacerbé. Il va encore plus loin et montre que Chocolat incarne avec virtuosité la culture noire naissante en France, ce qui représente pour lui une fierté et une heureuse promotion. Certes, Chocolat est victime du racisme, mais il représente également le premier artiste noir de la scène française.

Omar Sy incarne Chocolat

 
Omar Sy incarne Chocolat dans le film éponyme de Roschdy Zem

 

Dans le film de Roschdy Zem, c’est l’acteur Omar Sy qui prête ses traits au clown Chocolat. L’acteur se considère comme héritier artistique du clown: “il a imaginé avec Footit le concept de l’Auguste et du clown blanc sur la piste, la base de tous les duos comiques. Moi le premier, je suis un de ses héritiers, pour avoir joué pendant des années avec mon complice Fred Testot”. Le film, qui sort en salle ce mercredi 3 février, se veut une allégorie morale décryptant le racisme d’une époque pour mieux évoquer celui qui sévit aujourd’hui.

Vaiana GOIN

Chocolat, Clown nègre. L’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française, de Gérard Noiriel, éditions Bayard Culture, 2012, 300 p. , 21 €. SITE
Chocolat. La véritable histoire d’un homme sans nom, de Gérard Noiriel, Paris, Bayard, 2016, 600 p.
Bande-Annonce du film Chocolat, réalisé par Roschdy Zem, 2016

Entretien avec l’écrivain chilien Jorge Edwards, témoin critique de notre temps

Écrivain, critique littéraire, journaliste et diplomate chilien, membre de l’Académie chilienne de la langue, Jorge Edwards a été distingué par de nombreux prix parmi lesquels le Prix national de littérature en 1994 et le prix Cervantes en 1999. Sa carrière diplomatique de plus d’un demi-siècle — nommé depuis 1962 à plusieurs reprises à Paris, entre autres en 1971 comme secrétaire de l’Ambassade auprès de Pablo Neruda puis ambassadeur du Chili en 2010 — a été en même temps pour lui un poste privilégié d’observation du monde. Profondément chilien et citoyen du monde il en renvoie “le bruit et la fureur” dans sa très vaste œuvre : romans, contes, essais, chroniques. Notre collaborateur Irène Sadowska-Guillon l’a rencontré récemment à Madrid.

À vos débuts littéraires, vous vous êtes aventuré dans la poésie qui a toujours une grande importance pour vous. En quoi nourrit-elle votre écriture ?

La prose narrative n’est pas pour moi un simple récit. Elle doit avoir une spécificité esthétique, un souffle, un rythme poétique. Écrire et lire de la poésie est essentiel dans ma vie d’écrivain. La mémoire absolue rend fou, comme cela arrive dans Funes el memorioso, au personnage de Jorge Luis Borges. La grande prose est faite d’une mémoire incomplète. La grande poésie est le produit d’une mémoire profonde et à la fois partiale.

Tout au long de votre longue carrière diplomatique, vous avez côtoyé une quantité de grandes personnalités politiques et vécu des événements qui ont marqué et transformé irréversiblement la situation géopolitique de notre monde. Vous abordez ces rencontres et ces événements dans de nombreux livres, mais toujours avec une distance et un regard subjectif d’un narrateur. La littérature, l’écriture dans son rapport à la réalité vécue doit-elle introduire une dimension fictionnelle ?

Le regard sur ce qu’on appelle la “réalité” ne peut pas être tout a fait réaliste. Les meilleurs historiens, comme les meilleurs chroniqueurs, sont des poètes. Le genre littéraire qui réussit la synthèse, c’est l’essai. La réalité sociale, historique, politique, n’est jamais fixe, elle est toujours interprétable.

L’éloignement du Chili durant vos nombreuses missions diplomatiques vous a permis de resituer son histoire récente, la dictature et la post-dictature, dans une perspective plus vaste. Vous abordez cette problématique dans de nombreux romans, souvent de façon allégorique, entre autres dans Los convidados de piedra, El museo de cera, El anfitrión. Quels thèmes récurrents peut-on dégager dans ces œuvres ?

L’ordre social et le désordre, la nostalgie du passé et la nostalgie du futur, l’utopisme et le scepticisme. Le péché originel, la perte du paradis et les efforts, nombreux, dramatiques, quelquefois pathétiques, inévitables, de reconstruire le paradis ou de l’inventer. Mais il faut éviter à tout prix que la recherche du paradis futur conduise à un enfer présent. Le sens de la justice est au centre de tout cela.

Persona non grata, écrit à la suite de votre mission diplomatique en 1971 à Cuba, publié en 1973, critique corrosive de la société cubaine, censuré et même interdit à l’époque, a suscité beaucoup de polémiques. Réédité ensuite à plusieurs reprises, ce livre est republié actuellement alors que la “réconciliation” entre les États-Unis et Cuba marque un tournant dans l’histoire d’un demi-siècle de l’île. Ce livre a-t-il aujourd’hui plus que jamais la valeur d’un témoignage sur le régime castriste ?

Persona non grata a été un jugement et une mémoire. Si l’on lit ce livre après plus de quarante ans, c’est parce que la mémoire survit et que le jugement, irritant, intolérable pour beaucoup, n’est pas finalement si extravagant. Cela a été écrit par un Chilien à un moment où des intellectuels pleins de “bonne conscience” pensaient que le castrisme était la panacée pour le Chili d’alors. J’ai mis seulement trois ou quatre jours pour comprendre que si on appliquait ce modèle au Chili, j’allais être un des premiers dissidents et exilés. À mon avis, le Président Obama et le Pape François ont fait une erreur grave en ne voulant pas prendre contact avec les dissidents intérieurs et de l’exil. Le castrisme a divisé le pays. Il faut maintenant le réconcilier. C’est plus important que les relations diplomatiques cubano-américaines.

Vous vous inspirez souvent dans vos romans des vies de grands artistes, par exemple celle de l’architecte italien Joachin Tresca, dans El sueño de la historia ou du poète chilien Enrique Lihn dans La casa de Dostoïevski. En quoi la figure de Montaigne vous fascine ? Quelle approche en proposez-vous dans La muerte de Montaigne ?

Quand un écrivain écrit sur un autre écrivain ou sur un autre artiste, il fait de l’autobiographie réflexive et inventée. Je me suis toujours senti bien dans cette forme d’écriture. C’est une façon de se regarder avec distance et d’objectiver, pour ainsi dire, son moi. Montaigne l’explique en deux mots, admirablement, dans sa préface à la première édition de ses Essais complets. Les romans modernes, depuis Don Quijote, sont pleins “d’écrivains de fiction”, de personnages “qui écrivent des livres pour les donner immédiatement aux imprimeurs” comme dit don Quijote. Un des derniers est le Bergotte de Marcel Proust.

Dans la majorité de vos romans, les destins des êtres particuliers sont inextricablement liés aux événements politiques, guerres, dictatures… Qu’est-ce qui a été à l’origine de votre dernier roman Historia de María ?

L’histoire intervient dans la fiction et la change, comme la guerre mondiale dans la Recherche de Proust. Dans mon dernier roman, l’occupation nazie et les premières manifestations de mise en marche de l’Holocauste à Paris ont transformé une femme chilienne mondaine en héroïne. C’est l’histoire d’une “conversion” par la compassion et par l’amour de la vie. María, mon personnage, qui est inspiré librement d’une histoire réelle, risque sa vie pour sauver des enfants juifs dans les rafles de 1942.

Propos recueillis par
Irène Sadowska Guillon

Jorge Edwards en français : Le Poids de la nuit, éd. Albin Michel (1972) / Persona non grata, éd. Plon (1976) / Le Musée de cire, éd. Albin Michel (1984) / Créations imparfaites et autres contes, éd. Moraïma (1995)  / L’origine du monde, éd. Les Allusifs (2002) / Le Bon à rien de la famille, éd. Le Serpent à Plumes (2007) SITE

Entretien avec César Augusto Acevedo autour de son film “La tierra y la sombra ”

Durant le mois de février, ce ne sont pas moins de cinq films latinos qui seront sur nos écrans, dont La tierra y la sombra de César Augusto Acevedo qui sort en salle ce mercredi 3 février. Notre collaborateur Alain Liatard a rencontré à Cannes en mai dernier, César Augusto Acevedo réalisateur du film  La tierra y la sombra

C’est mérité que La tierra y la sombra, du colombien César Augusto Acevedo ait obtenu la Caméra d’Or, récompensant un premier film, toutes sélections confondues du Festival de Cannes. Il prend ainsi la suite de Las Acacias de l’argentin Pablo Giorgelli, qui avait obtenu cette récompense en 2011. Ce n’est pas tout : il a aussi obtenu le prix Révélation France 4 et le prix des auteurs SACD. Ce très beau film présenté à la Semaine de la Critique, raconte l’histoire d’Alfonso, un vieux paysan qui revient au pays, 17 ans après avoir abandonné les siens, pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. La demeure est cernée par d’immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres. Le film est très sensible. S’il ne montre pas la violence, celle-ci est toujours présente dans cette région de canne à sucre où les ouvriers sont très mal payés, souvent avec retard, et où l’air est irrespirable lorsque l’on brûle les champs.

Le réalisateur s’est penché sur cette histoire de famille où défendre sa terre coûte que coûte ne peut conduire qu’à la mort. La pollution qui en résulte cloue au lit le fils, avec peu d’espoirs de guérison. Cette famille est désarmée face aux industriels qui les exploitent, c’est pourquoi les personnages doivent constamment se battre contre le désespoir. Même les oiseaux ont désertés le lieu. Seule une révolte commune permet de faire venir un médecin. En recevant la Caméra d’or, le réalisateur a dédié ce prix “à tous les paysans de Colombie. Ce sont eux les héros de ce pays. Je veux leur dire qu’ils ne sont pas seuls”. Ce film montre aussi la bonne santé du cinéma colombien qui présentait trois films à Cannes pour une production annuelle de 40 films.

Comment parler d’un thème aussi personnel que celui de votre film avec le public des salles de cinéma ?

C’est un film qui parle à tout le monde, puisqu’il s’agit de la famille, des liens que nous avons avec les êtres que nous aimons le plus, mais c’est aussi un film qui parle de la valeur de la terre, de l’attachement. Je suis de cette région. C’est un film qui parle de mes origines. Quand j’étais petit, je voyageais beaucoup avec mon père et pour moi, le paysage était enfermé comme dans une fenêtre, lui voyait son ancienne maison et l’école, alors que moi, je ne voyais que la canne à sucre. Depuis tout petit, j’ai compris que la mémoire de ce peuple et son identité avaient été anéanti par le progrès. En fait, il y a des générations que cette région dépend complètement de la canne à sucre. J’ai construit pour le film ce microcosme avec la maison, l’arbre et la canne à sucre parce que cela m’intéressait de parler de la dernière famille qui était là. Dans le film, on voit bien qu’il ne reste plus rien, même pas les oiseaux.

Comment avez-vous travaillé avec les acteurs, qui sont presque tous des non-professionnels ?

Il y a seulement une actrice professionnelle. Tous les autres sont des acteurs de la région qui n’avaient aucune expérience. Ça m’intéressait de retrouver cette réalité dans les corps, les marques du travail sur les mains, les peaux tannées par le soleil. Cinq semaines avant le tournage, nous avons fait un travail de préparation avec Fatima Toledo, qui vient du Brésil et dont c’est le métier. Les acteurs n’avaient pas le scénario, n’ont pas répété les scènes : l’idée était de créer entre eux des liens comme s’ils étaient une famille, et de réveiller en eux une mémoire sensorielle pour qu’ils soient plus conscients de leurs émotions. On a fait énormément de répétitions. On a fait jusqu’à vingt prises parce que je cherchais vraiment la connexion entre la vie de ces acteurs et celle de leurs personnages. La mère est un personnage très complexe et cela m’intéresse beaucoup la valeur de sa lutte, de sa résistance, de voir comment elle est jugée à cause de son fils ; elle ne peut pas abandonner cette terre pour laquelle elle a lutté.

Le film ne raconte pas pourquoi le père est parti…

Le film ne le dit pas parce que cela ne m’intéressait pas de parler d’un conflit, d’une autre femme ou d’un mauvais père. Je suis parti de ma propre expérience. Mon père est parti quand j’étais petit et que l’amour pour ma mère s’était éteint. Dans le film, je voulais que la partie humaine du père remonte à la surface.

Vous pouvez nous parler de votre manière de filmer ?

Pour moi, c’était important que l’on ressente le temps et l’espace, que c’était la dernière chance pour les personnages de se retrouver, de se connecter. Et la meilleure façon c’est que l’on sente les émotions des personnages, les obliger à partager le même espace, et de voir comment cela évolue. C’était important que la forme ne soit pas réaliste, et ce ne sont pas les événements qui sont importants mais plutôt les sentiments et comment ils évoluent. Je voulais que le spectateur ressente que ce qu’il voyait à l’image : ce n’était pas quelque chose qui allait se terminer mais continuer encore plus profondément à l’intérieur d’eux-mêmes. La maison que l’on voit dans le film n’existait pas et on est allé couper la canne pour la construire. On a du en planifier la construction avec un plan bien précis pour marquer la distance entre le corps et le sentiment de façon très rigoureuse.

C’est très beau la scène avec le cheval !

On le voit à partir du moment où il est en photo. Je voulais que l’on arrive à recréer le passé qui est perdu par le rêve ou le souvenir. Le cheval représente le passé et j’aime bien l’idée que lorsqu’il rentre dans la chambre le fils n’y est plus et que c’est le passé qui fuit. Ce fut un plan difficile qui nécessita vingt prises et après il fallait aller rechercher le cheval qui partait au galop. C’est important pour moi ces signes de destruction qui sont des signes de mort, comme les cendres ou la poussière. L’enfant est très isolé. Il grandit au milieu d’adultes et de la dévastation, et il découvre la vie, la famille, et sa première expérience avec la mort. Son monde est fermé parce qu’il n’a personne avec qui partager.

Et cet enfant, c’est vous ?

Non, je serai plutôt le malade. Être en train de mourir au milieu de mes parents.

La production fut très difficile ?

J’ai mis 8 ans pour faire ce film. Le travail d’écriture a été très long puis ça s’est accéléré ; le projet a gagné beaucoup de prix et j’ai trouvé cinq autres producteurs. Mais une fois que l’on avait réuni tout l’argent dont nous avions besoin pour faire le film comme nous le voulions, ce fut un tournage extrêmement dur, nous sommes tous tombés malades parce que c’est impossible de vivre maintenant là-bas. Et le propriétaire de la canne à sucre ne voulait pas que l’on fasse le film et que l’on montre les conditions de travail de ces gens là.

Propos recueillis par  Alain LIATARD
Traduction assurée par Emmanuelle Charrier

Bande annonce du film

Chronos de la semaine du 25 janvier au 1er février 2016

25 janvier | MEXIQUE | L’entreprise mexicaine Sisoft, créée par le mathématicien Arturo Campos, le “Steve Jobs mexicain”, est la première dans le monde à commercialiser la technologie Li-Fi, cent fois plus rapide que la connexion Wi-Fi. Les Mexicains pourront utiliser cette technologie Li-fi pour moins de 200 dollars.

25 janvier | ARGENTINE | Jorge Triaca, le ministre du Travail du gouvernement de Mauricio Macri, fils et petit-fils de syndicalistes son père a été ministre du Travail à l’époque de Carlos Menem – a commencé une négociation salariale très difficile avec les dirigeants syndicaux. Tous les jours, des manifestants défilent devant le ministère et organisent des barrages routiers.

25 janvier | COSTA RICA | Un procureur du Costa Rica a de nouveau accusé sept suspects pour l’assassinat du jeune écologiste Jairo Mora, transformé en martyr des tortues marines après l’attaque de trafiquants sur une plage sauvage des Caraïbes, la nuit du 31 mai 2013. Un nouveau procès s’est ouvert pour éviter l’impunité dans l’affaire du meurtre du jeune écologiste, engagé dans le sauvetage des œufs de tortues luth.

25 janvier | PÉROU | Quatre des dix-neuf candidats à la présidence du Pérou ont évité de parler de la corruption entourant les partis avant les élections d’avril. Keiko Fujimori (Fuerza Popular), Verónika Mendoza (Frente Amplio), Alfredo Barnechea (Acción Popular) et Alejandro Toledo (Perú Posible) ont évité le sujet principal du forum des candidats présidentiels, organisé à Lima. Plusieurs des candidats à la présidence, à la vice-présidence et au Congrès sont impliqués dans des affaires de corruption et d’homicide, des enquêtes fiscales pour blanchiment d’argent et autres infractions.

26 janvier | AMÉRIQUE LATINE | Différentes organisations de jeunesse de la région se mobilisent pour attaquer la corruption, qui empêche le bon développement de leurs sociétés. L’abus de pouvoir dans l’utilisation des fonds publics au profit des fonctionnaires et des membres des gouvernements est l’un des problèmes de développement les plus graves. Selon les indicateurs de gouvernance mondiale élaborés par la Banque mondiale, l’Amérique latine est à la traîne derrière l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Asie centrale et l’Asie de l’Est et du Pacifique dans le contrôle de la corruption, avec 52 points sur 100.

26 janvier | EL SALVADOR | Le pays a enregistré, au cours des deux premières semaines de l’année 2016, un total de 1 561 cas suspects du virus Zika. Le gouvernement du président Salvador Sánchez Cerén a conseillé aux femmes d’éviter d’être enceintes jusqu’en 2018. L’Organisation panaméricaine de la Santé soutient cette mesure pour combattre le virus.

26 janvier | MEXIQUE | Le juge espagnol Santiago Pedraz n’a pas trouvé de trace d’infractions, de blanchiment d’argent, ni d’opérations en rapport avec des organisations criminelles dans les conversations téléphoniques de Humberto Moreira, l’ex-président du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), lors de son séjour en Espagne.

27 janvier | PÉROU | Un candidat à la présidence du Pérou, César Acuña aurait fait du plagiat dans sa thèse de doctorat. Des citoyens ont constaté que des pages entières de César Acuña, propriétaire d’un consortium d’universités et diplômé d’un doctorat de la faculté d’éducation de l’université Complutense de Madrid (2009), avait copié des textes sans en citer la source.

27 janvier | VENEZUELA | L’ONG Conseil citoyen pour la sécurité publique et la justice pénale, basée au Mexique, présente depuis plusieurs années le tableau des villes les plus violentes dans le monde. L’étude de l’ONG mexicaine place la capitale vénézuélienne en tête avec 119 homicides pour 100 000 habitants. En effet, Caracas bat la ville du Honduras San Pedro Sula (111,03). La troisième position est occupée par San Salvador, la capitale du Salvador (108,54), puis Acapulco (104,73), dans l’État mexicain du Guerrero.

27 janvier | BRÉSIL-ÉQUATEUR | Les présidents Dilma Rousseff et Rafael Correa ont approuvé deux accords lors de leur réunion à Quito. L’un concerne l’intégration régionale pour faire face à la crise et l’autre, l’augmentation des échanges entre les pays de la région.

27 janvier | MEXIQUE | Les corps de trois jeunes hommes ont été retrouvés au bord de la route dans la localité de Plan del Río, près de Veracruz. Les corps des hommes âgés de 20 à 30 ans, non identifiés, présentent des traces de tortures, mais selon le procureur général de l’État, les corps retrouvés ne sont pas en lien avec l’affaire des enfants enlevés par la police le 11 janvier dernier.

27 janvier | AMÉRIQUE LATINE | L’ONG Transparency International a présenté son indice de perception de la corruption de 2015. La corruption est encore un “problème systémique” en Amérique latine, où elle touche tous les domaines de la société. Les conclusions de l’étude montrent que le Brésil et le Guatemala sont mieux placés par rapport à l’année 2014, tandis que le Venezuela figure parmi les dix États avec les plus mauvais scores. L’Uruguay, avec 74 points, à la 21e place du classement, est le premier pays latino-américain à apparaître dans l’indice de Transparency International devant le Chili, avec 70 points.

27 janvier | GUATEMALA | Selon l’indice de perception de la corruption de Transparency International 2015, le Guatemala est l’un des pays les plus corrompus au monde, à la 123e place de la liste, sur 168 pays. Le président du Congrès nouvellement élu Mario Taracena a levé l’un des secrets les mieux gardés : il a publié la liste détaillée des employés des députés. L’information a suscité un scandale majeur : les 168 députés totalisent plus de 2 000 employés, qui sont parfois des membres de leur famille. Le montant des salaires représenterait 64 % du budget du Parlement, environ 100 millions de dollars par mois.

27 janvier | COLOMBIE | Jorge Armando Otálora, avocat de 49 ans et ex-magistrat du Conseil supérieur de la magistrature, qui exerçait depuis 2012 en tant qu’ombudsman de la Colombie, a démissionné du poste sur fond de polémique sur un scandale sexuel.

27 janvier | VENEZUELA | Le Parlement vénézuélien a décrété que la nation se trouvait en état d’urgence sanitaire pour manque d’approvisionnement en médicaments et produits de base. La majorité d’opposition de l’Assemblée nationale a approuvé un accord stipulant que la nation était en état de crise humanitaire. Le document exhorte Nicolás Maduro à fournir aux pharmacies les médicaments essentiels, à publier le bulletin épidémiologique et à autoriser l’importation de médicaments.

28 janvier | ARGENTINE | La question des droits de l’homme est très sensible en Argentine, depuis la dictature militaire (1976-1983). Le président argentin Mauricio Macri veut réformer l’espace de mémoire de l’École mécanique de l’Armée (ESMA). Il souhaite que, outre les organisations de victimes de la dictature, d’autres organisations de droits de l’homme soient présentes dans l’ancien centre de tortures de la dictature de Buenos Aires transformé en “Espace Mémoire et Droits de l’homme” par l’ancien président argentin, Néstor Kirchner (2003-2007).

28 janvier | AMÉRIQUE LATINE | L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), par la voix de Margaret Chan, son administratrice, lors d’une réunion spéciale pour discuter de l’évolution du  virus Zika, a déclaré : “À ce jour, des cas ont été signalés dans 23 pays ou territoires de la région. Le niveau d’alerte est extrêmement élevé”. Selon les déclarations du responsable des maladies infectieuses de l’OMS pour l’Amérique, Marcos Spinale, quelque trois ou quatre millions de personnes seront infectées. Les cartes montrant l’étendue de la dengue (qui utilise le même vecteur de transmission) indiquent que ce territoire va du sud des États-Unis à l’Argentine, et que le Chili et le Canada seraient épargnés.

28 janvier | ARGENTINE | Le gouvernement argentin de Mauricio Macri a pris sa première mesure d’ajustement : une augmentation de 300 % des tarifs d’électricité, bien que les détails seront connus le 1er février. L’Argentine, en particulier Buenos Aires et ses alentours, la zone la plus influente du pays, a depuis 12 ans, par décision politique des Kirchner, l’une des énergies les plus subventionnées au monde. Le gouvernement argentin réduira ses subventions énergétiques mais les maintiendra pour les foyers les plus défavorisés.

28 janvier | URUGUAY | Les services des douanes espagnoles ont intercepté, dans le port de Vigo, 250 kg de cocaïne cachés dans un conteneur transportant du charbon végétal en provenance de l’Uruguay. La drogue évaluée à quelque 7,5 millions d’euros a été ensuite transférée dans la province de La Corogne. Les agents ont procédé à l’arrestation de deux personnes soupçonnées de liens avec la société importatrice basée à Lousame (Espagne).

28 janvier | BRÉSIL | Le ministre brésilien de l’Économie, Nelson Barbosa, pour relancer l’économie brésilienne qui traverse l’une de ses pires récessions depuis 80 ans, a annoncé le déblocage d’une enveloppe de 83 milliards de reals (20,4 milliards de dollars) pour stimuler les prêts.

29 janvier | MEXIQUE | Le Parquet de Morelos enquête sur deux pistes reliant Fidel Demédicis, un sénateur du Parti de la révolution démocratique, le PRD, la gauche traditionnelle mexicaine, avec le meurtre le 2 janvier de Gisela Mota, maire de Temixco. Le gouverneur de Morelos appartient aussi au PRD. Des employés de la mairie de Temixco ont demandé aux autorités d’enquêter sur l’implication du sénateur dans le meurtre.

30 janvier | MEXIQUE | Le gouvernement a signalé une alerte au froid et aux orages dans 23 des 32 États du pays. Ces derniers jours, le nord a enregistré des chutes de neige et des températures allant jusqu’à -17° C.

31 janvier | CUBA | Le président de Cuba, Raúl Castro, est à Paris pour un séjour officiel, qualifié d’“historique” des deux côtés. C’est la première fois que la France accueille le président cubain depuis 21 ans. Raúl Castro et François Hollande veulent mettre à profit l’ouverture économique de l’île. La remise partielle de la dette par la France, son principal créancier, accélère le processus. Une partie de la dette avec la France (332 millions d’euros) sera utilisée pour des programmes conjoints de développement dans l’île. Paris accélère la mise en place à Cuba de l’Agence française de développement pour les mener à bien.

31 janvier | EL SALVADOR | L’ancien président Francisco Flores (1999-2004), poursuivi pour détournement fonds et enrichissement illicite pendant son mandat, est mort victime d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 56 ans. Philosophe et sociologue, il était le troisième président de l’Alliance républicaine nationaliste (ARENA), un parti d’extrême droite au pouvoir de 1989 à 2009.

1er février | AMÉRIQUE LATINE | La bicyclette [photo], en tant que moyen de transport, n’est pas encore très répandue en Amérique latine. Le manque d’infrastructure, de réglementation et d’information en est la raison principale. Selon la Banque interaméricaine de développement (BID), dans un rapport publié l’année dernière, 50 % des accidents de la route dans la région touchent les motocyclistes, les piétons et les cyclistes.

1er février | AMÉRIQUE LATINE | En 2015, le taux de chômage en Amérique latine a augmenté pour la première fois en cinq ans, passant de 6,2 % à 6,7 % de la population active, selon les estimations de l’Organisation internationale du Travail (OIT). La hausse du chômage touche principalement l’Amérique du Sud, où le taux est passé de 6,8 % à 7,6 %. Il a également augmenté dans les Caraïbes (de 8,2 % à 8,5 %). En revanche, l’Amérique centrale et le Mexique, moins dépendants des exportations de matières premières et plus liés à la demande des États-Unis, ont vu leur taux de chômage reculer de 5,2 % à 4,8 %.

Guy MANSUY

Élections latino-américaines : entre changement et continuité

En 2016, trois pays d’Amérique latine votent pour l’élection présidentielle (le Pérou, la République dominicaine et le Nicaragua), et quatre (le Brésil, le Mexique, le Venezuela et le Chili) pour des élections nationales. Après une année 2015 marquée par des changements (au Guatemala, en Argentine et au Venezuela), la grande inconnue est de savoir si cette nouvelle dynamique va se confirmer dans l’année qui vient.

Par ailleurs, Evo Morales, président de la Bolivie se confronte en février à un référendum, pour que soit ratifiée la réforme constitutionnelle qui lui permettrait de se représenter en 2019. En République dominicaine, on prévoit la continuité plutôt que le changement, le président actuel, Danilo Medina, étant largement favori. Le sondage de l’institut Cies, par exemple, lui octroie 49 % d’intentions de vote. Au Nicaragua, le canal interocéanique, la stabilité économique, les investissements chinois, et le parti sandiniste que dirige Daniel Ortega, placent le président actuel en grand favori, et il ne devrait pas y avoir de changement non plus. Le Pérou est le seul pays où un changement est attendu, son parti au pouvoir n’ayant aucune chance d’atteindre le second tour, et les favoris sont les opposants Keiko Fujimori et Pedro Pablo Kuczynski. À vrai dire, le changement dans ce cas exprime une certaine forme de continuité puisque, depuis la chute d’Alberto Fujimori en 2000, aucun parti au pouvoir n’a réussi à se faire réélire, ce qui va se confirmer en 2016. En fait, l’année 2015 ressemble à un îlot de changement dans un océan de continuité.

En 2014, il y a eu des élections au Brésil, en Colombie, au Salvador et au Costa Rica. L’opposition n’a gagné qu’au Costa Rica, avec Luis Guillermo Solís. Cela n’a pas été le cas au Brésil, où Dilma Rousseff (PT, Parti des Travailleurs) a été réélue, ni en Uruguay avec la victoire du parti le Front Large de Tabaré Vázquez, ni au Salvador avec le FMLN (Front Farabundo Martí de Libération Nationale) de Salvador Sánchez Cerén, ni en Colombie, qui a reconduit Juan Manuel Santos.

Élection présidentielle au Pérou (Avril 2016)

Le président Ollanta Humala, dont le mandat de cinq ans se termine le 28 juillet 2016, a prévu des élections générales au Pérou le 10 avril 2016, pour élire le président de la République, les vice-présidents et les membres du congrès. Le deuxième tour, si nécessaire, aurait lieu dans les trente jours suivant la proclamation officielle des résultats, soit probablement entre fin mai et mi-juin. Le seul doute qui persiste est de savoir qui serait au second tour face à Keiko Fujimori, à laquelle les sondages attribuent 30 % d’intentions de vote. La bataille se fera entre l’ex-premier ministre Pablo Kuczynski, le mieux placé dans les sondages, suivi de près par César Acuña. Alan García, ex-président (1985-1990 et 2006-2011), se positionne derrière eux.

L’éditorialiste politique du journal La República, Augusto Álvarez Rodrich, écrit que “Keiko Fujimori est pratiquement sûre d’arriver au second tour, mais son adversaire reste incertain. Les sondages de GfK donnent 3 % à Alejandro Toledo, 9 % à Pedro Pablo Kuczynski, 7 % à César Acuña, et 6 % à Alan García. La lutte sera donc serrée, et tout peut arriver dans les cinq mois qu’il reste avant le premier tour”. Pendant les prochains mois, Keiko Fujimori va devoir s’exposer davantage, et elle sera la cible des critiques anti-fujimoristes. L’avenir d’Acuña dépendra quant à lui de son habileté à garder son avantage actuel dans les sondages, et à répondre aux critiques de ses adversaires.

Élection présidentielle en République Dominicaine (Mai 2016)

La République Dominicaine votera le 15 mai. Le président actuel, Danilo Medina, aspire à une réélection qui est pratiquement gagnée d’avance puisqu’il est très populaire et qu’il a réussi à former une grande coalition : il a été proclamé candidat à la présidentielle par le PLD (Parti de la Libération Dominicaine), le 30 août, ainsi que par le Parti des Travailleurs Dominicains (PTD), le PPC (Parti Populaire Chrétien), et le PAL (Parti d’Action Libérale). De plus, le PLD et le Parti Révolutionnaire Dominicain (PRD), partis historiquement d’opposition, ont conclu, le 7 septembre, une alliance électorale. Sous le nom de “Gouvernement partagé d’unité nationale”, le président du PRD, Miguel Vargas, s’est engagé à garantir la victoire de Medina, et la réalisation effective des programmes sur lesquels les deux partis se sont mis d’accord.

Danilo Medina est déjà accrédité de 50,0 % d’intentions de vote, alors que Luis Abinader obtient 39,9 %, selon l’institut de sondages Acción Ciudadana (ACCIONA). Si Medina triomphait, il aurait gouverné le pays pendant 8 ans, puisqu’il a été élu en 2012, et mettrait fin à l’hégémonie de son compagnon de parti, Leonel Fernández, qui a été au pouvoir de 1996 à 2000 et de 2004 à 2012, exceptée la période de 2000 à 2004. L’opposant le plus sérieux est Luis Abinader, désigné comme candidat à la présidence par le Parti Révolutionnaire Moderne (PRM) le 14 juin, par le Front Ample le 6 septembre, et par les Dominicains pour le Changement (DxC) le 9 août. Comme il est écrit dans le journal El Caribe, “ni Medina, ni Abinader n’ont le charisme d’un Leonel Fernández ou d’un Hipólito Mejía pour soulever les foules”.

Élection présidentielle au Nicaragua (Novembre 2016)

Elle est prévue le 6 novembre. Bien que le Front Sandiniste de Libération Nationale (LSLN) n’ait pas encore désigné son candidat, Daniel Ortega est le grand favori du parti, et il bénéficie d’un taux de popularité de 54 %, selon l’organisme de sondages CID Gallup. S’il est réélu, il sera à la tête du pays jusqu’en 2021, et deviendra ainsi le Président resté le plus longtemps au pouvoir depuis 1979, après qu’ait été renversé Anastasio Somoza, dernier représentant de la famille Somoza, qui a gouverné le pays pendant 45 ans.

Après seize années dans l’opposition, le leader sandiniste a été élu en 2006, puis réélu en 2011 grâce à une modification de la constitution qui l’empêchait de se représenter pour plusieurs mandats successifs. L’anti-sandinisme a pris note de ce qui est arrivé au Venezuela, où l’opposition unie a gagné les élections législatives. Ainsi, l’exemple vénézuélien a-t-il poussé les dissidents nicaraguayens du Mouvement rénovateur sandiniste (MRS, centre gauche), dirigé par Ana Vigil, à s’allier avec le Parti libéral indépendant, mené par Eduardo Montealegre, dans une Coalition nationale pour la démocratie, pour contrer Ortega.

Élections  législatives au Brésil, au Mexique, au Chili et au Venezuela

Le 4 juin prochain auront lieu les élections de douze gouverneurs d’État du Mexique, qui siègent depuis 2010 : Aguascalientes, Carlos Lozano ; Zacatecas, Miguel Alonso ; Sinaloa, Mario López Valdés ; Tlaxcala, Mariano González ; Puebla, Rafael Moreno Valle ; Hidalgo, Francisco Olvera ; Oaxaca, Gabino Cué ; Quintana Roo, Roberto Borge ; Tamaulipas, Egidio Torre Cantú ; Chihuahua, César Duarte, Veracruz y Durango Jorge Herrera. Pour Puebla et Veracruz, le gouverneur sera élu pour deux ans. Ces élections sont importantes pour évaluer les positions du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), du PAN (Parti d’Action Nationale), du PRD (Parti de la Révolution Démocratique), et de MORENA (Mouvement de Régénération Nationale d’Andrés Manuel Lopez Obrador, le candidat malheureux aux présidentielles de 2006 et 2012). Et pour éventuellement voir apparaître de nouveaux candidats outsiders, comme le fut “El Bronco”. Elles seront donc un test avant les élections présidentielles de 2018.

Pascal Beltrán del Río écrit dans le journal Excelsior que si “le PRI gagne neuf des treize postes en jeu en 2016, il aura fait un grand pas vers sa possible victoire aux présidentielles de 2018. Pourquoi? Parce que les statistiques électorales récentes montrent que lorsque le PRI est largement majoritaire à la gouvernance d’État, son score augmente en moyenne de 3 %”. Le Brésil, le Chili et le Venezuela vont également vivre des élections nationales. Au Chili, la survie de la coalition officielle (Nouvelle Majorité) est en jeu dans les municipales, ainsi que les équilibres internes entre l’axe socialiste et l’axe de la démocratie chrétienne. Au Venezuela, l’opposition anti-chaviste, la Mesa de Unidad Democrática, tentera de confirmer son succès aux législatives. Et au Brésil, le rendez-vous électoral permettra de prendre la mesure du déclin du PT (Parti des Travailleurs) et de la présidente Dilma Rousseff.

Traduit par
Catherine Traullé

D’après l’article de Infolatam

La France s’apprête à porter “un nouveau regard” sur l’Amérique latine

20 janvier 2016 – La France s’apprête à porter un “nouveau regard” sur l’Amérique latine et ainsi concrétiser un rapprochement, qui devrait être annoncé par François Hollande dans un discours prévu en octobre.

Dans une interview donnée à l’Élysée à l’EFE, la principale agence de presse espagnole, l’envoyé personnel de François Hollande pour l’Amérique latine, Jean-Pierre Bel, explique que ce changement d’orientation résulte du constat que l’Union européenne, et la France en particulier, ne regardait ce continent que de loin, et n’entretenait pas de relations bilatérales suffisamment profondes.

“Nous n’allons pas nous comparer à l’Espagne ou au Portugal, dont on connait l’histoire et les origines, mais la France a eu une réelle influence sur ce continent, en particulier avec les valeurs de la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen”, a-t-il souligné. Cet héritage peut facilement se voir au travers des drapeaux de nombreux pays (bleu, blanc, rouge, comme en France), ou des hymnes nationaux inspirés de La Marseillaise, a-t-il ajouté. Selon Jean-Pierre Bel, ex-président du Sénat nommé il y a un an pour cette nouvelle mission, la France s’est beaucoup éloignée de l’Amérique latine depuis la visite historique de Charles de Gaulle en 1964. “On ne peut pas dire qu’on aime un continent ou un pays, sans donner des preuves de cet amour”, a-t-il dit. En conséquence, après avoir consulté des intellectuels et des chefs d’entreprises, François Hollande a prévu de présenter, en fin d’année, un discours structuré et fondateur d’une relation entre la France et l’Amérique latine afin de montrer son engagement avec une région de paix, qui connaît quelques difficultés économiques aujourd’hui, mais où la démocratie progresse. Auparavant, le président français recevra le 1er février le président cubain, Raúl Castro, et se rendra fin février en Argentine, en Uruguay et au Pérou.

Cuba

Jean-Pierre Bel a souligné qu’après l’accord des pays créanciers avec Cuba destiné à alléger une partie de la dette, il était temps d’entrer dans une “nouvelle ère” des relations avec l’île, avant que les États-Unis n’accaparent toute l’attention de leurs voisins cubains. “Il faut comprendre que Cuba a une importance qui va bien au-delà de sa démographie et de sa géographie. C’est un peu la clé de voûte, la porte d’entrée en Amérique latine”.

Argentine

Au sujet de l’élection du nouveau président argentin Mauricio Macri, Jean-Pierre Bel est confiant dans le fait que cela va permettre au pays de faire face aux difficultés financières en s’ouvrant davantage aux marchés internationaux, dans une économie moins protégée, qui nous permettra de les soutenir dans leur développement. Bien qu’il ait évité de juger le changement de bord politique du gouvernement argentin, il a reconnu que l’ex-présidente Cristina Fernández avait des priorités un peu différentes dans ses relations extérieures.

Venezuela

Quant au Venezuela, Paris se dit très attentif à l’évolution des événements, dans le respect de chaque pays et avec la volonté de ne pas s’ingérer dans les affaires vénézuéliennes. Il a écarté l’idée qu’il y ait en ce moment une alerte spéciale à propos de la situation des entreprises françaises présentes au Venezuela, en particulier la firme pétrolière Total, mais a néanmoins reconnu qu’il y avait encore quelques difficultés à résoudre pour d’autres compagnies françaises. “Nous sommes satisfaits que le processus électoral se soit déroulé dans de bonnes conditions”, a-t-il déclaré, avant de préciser qu’il n’y aurait plus désormais à choisir son camp, mais à aider le Venezuela à passer cette période difficile.

Colombie

Jean-Pierre Bel a rappelé le grand effort qui attend la Colombie pour un retour à la normale, sans que les victimes du conflit se sentent abandonnées, et pour qu’il y ait une reconnaissance des crimes commis. À ce sujet, le président colombien, Juan Manuel Santos, a reconnu, lors de sa visite en France il y a un an, que la gendarmerie française était un modèle très important pour la sécurité rurale dans le processus de consolidation de la période post-conflictuelle. “Nous coopérons sur ce sujet – a dit Jean-Pierre Bel -, mais dans le respect du pays. Nous sommes très attentifs aux demandes de Juan Manuel Santos, les liens entre nos deux pays s’étant beaucoup renforcés. Nous sommes ici pour aider et entendre les besoins de ce pays”.

Mexique

La France participera aussi à la formation de la gendarmerie mexicaine, la sécurité étant un des problèmes majeurs du Mexique, pays avec lequel “les relations n’ont jamais été aussi bonnes”. “Aujourd’hui il n’y a aucune ombre à l’horizon et nous pouvons développer les relations commerciales (…) Nous souhaitons aller plus loin. Il y a un projet de Maison du Mexique à Paris qui verra bientôt le jour, je l’espère, et qui sera la concrétisation de cette relation”, a-t-il dit.

Traduit par
Catherine Traullé

D’après l’article de El Nacional Caracas (Venezuela)

“Jungle”, du jeune écrivain vénézuélien Miguel Bonnefoy

Après avoir publié deux recueils de nouvelles et un roman remarqué, Miguel Bonnefoy, Vénézuélien qui écrit en français (pour le moment), curieux de tout pourvu que cela ait un rapport avec la littérature, s’est témérairement lancé  un défi physique : participer à une expédition en pleine jungle, parcourir durant quinze jours les espaces hostiles, grimper vers la montagne Auyantepuy, une espèce d’île de rochers cernée par la forêt vierge et finir par descendre en rappel — lui qui sait à peine ce que le mot veut dire — la cascade la plus haute du monde, presque mille mètres de dénivelé, avant d’en faire le récit. Le voyage de Miguel après Le voyage d’Octavio !

Quinze jours de marche dans un milieu inconnu, voilà de quoi exciter l’imagination de Miguel qui, en bon intellectuel urbain, se plonge dans tout ce qu’il peut lire sur la Gran Sabana, au milieu de laquelle va se dérouler l’expédition. Arrivé sur place, il est bien obligé d’admettre que ses lectures et ses connaissances ne lui seront pas d’une grande utilité. Une sympathique autodérision ne le quittera plus. Ses quatorze compagnons de route, eux, ont une certaine expérience de ce genre de randonnée, Miguel semble être le seul à débuter.

L’émerveillement un peu candide du premier jour fait assez vite place aux difficultés du quotidien : la forêt tropicale n’est pas vraiment accueillante, la géographie peu adaptée à des pieds de citadin, les animaux parfois envahissants. Cela, Miguel le savait, mais c’est une autre chose de le vivre. Et il le fait vivre dans ses phrases, lui qui assume sa nature d’écrivain : ce qui pourrait être un simple récit d’expédition se double d’une recherche constante d’une expression juste et souvent fort belle, se triple de questions philosophiques sur la manière de dire, et se quadruple d’un véritable langage poétique. Il s’agit bien d’une poésie vécue, rien à voir avec un alignement de mots pour faire joli, non, la poésie du réel, c’est-à-dire de mots souvent simples dont l’enchaînement fait naître la sensation, l’impression.

Notre “héros”, une fois parti, ne peut plus reculer. Il s’est entraîné avant de quitter la ville, mais il reste l’intellectuel du groupe, un intellectuel vaillant et volontaire, curieux de tout : les mots de la langue pemon, oiseaux ou insectes, mots de la vie quotidienne, et puis ses propres sensations qu’il nous communique avec la générosité de l’homme qui a vraiment envie de raconter à son ami. Cela se termine par la descente en rappel de ce Salto Angel qui exige deux jours, donc une nuit au milieu !

La magie, le fantastique ne sont pourtant jamais loin, on est en Amérique du Sud, ne l’oublions pas. Serait-ce le réalisme magique qui pointe son nez ? Heureusement non, ce n’est que la pure réalité, vécue et transmise par un surdoué de la littérature.

Christian ROINAT

Jungle, de Miguel Bonnefoy, éditions Paulsen, 128 p., 19,50 €. SITE
Autres œuvres de Miguel Bonnefoy : Naufrages (nouvelles), éditions Quespire / Icare et autres nouvelles, éditions Buchet-Chastel / Le voyage d’Octavio, éditions Rivages.

Chronos de la semaine du 18 au 23 janvier 2016

18 janvier | PÉROU | L’activité minière illégale affecte 21 des 25 départements du Pérou, notamment les flancs de la montagne Ausangate. Chaque année, des milliers de personnes manifestent à Cuzco pour demander à la Direction régionale de l’industrie minière d’interdire ces exploitations illégales. Celles-ci détériorent les écosystèmes et les activités des populations dans cette zone protégée où se déroule le traditionnel pèlerinage au sanctuaire du seigneur de Qoyllurit’i, qui rassemble plus de 90 000 personnes chaque année.

18 janvier | HAÏTI | Le candidat de l’opposition, Jude Célestin, a déclaré qu’il ne participerait pas au second tour de la présidentielle, qu’il qualifie de “farce”. Lors du premier tour, le 25 octobre 2015, que la commission indépendante avait jugé “entaché d’irrégularités”, le candidat de l’opposition avait recueilli 25,29 % des voix, contre 32,76 % pour le candidat du pouvoir, Jovenel Moïse.

19 janvier | HONDURAS | Le président Juan Orlando Hernández a signé un engagement international pour lutter contre la corruption et l’impunité, soutenu par l’Organisation des États américains (OEA). L’accord signé à Washington commence avec la Mission d’appui contre la corruption et l’impunité au Honduras (MACCIH).

19 janvier | MEXIQUE | Un réseau de 10 km de tunnels souterrains construits entre le XVIe et le XVIIIe siècle a été découvert dans le centre de la ville de Mexico. Le gouvernement local a mis en place des recherches pour en connaître davantage sur leur histoire.

19 janvier | COLOMBIE | Le gouvernement de la Colombie et les FARC ont signé un accord important dans la partie finale du processus de paix, selon lequel les Nations Unies contrôleront le cessez-le-feu et la remise des armes par les FARC.

19 janvier | AMÉRIQUE LATINE & CARAÏBES | Le FMI a réduit ses prévisions de croissance mondiale pour 2016 et 2017. Concernant l’Amérique latine et des Caraïbes, le FMI baisse de manière significative ses prévisions de croissance : le PIB de la région dans son ensemble baissera de 0,3 % en 2016 et augmentera de 1,6 % en 2017. Les données ont été révisées à la baisse par rapport à sa projection d’octobre, de 1,1 % la première année et de 0,7 % pour la seconde.

19 janvier | VENEZUELA | Le journaliste Ricardo Durán, responsable de la presse gouvernementale du secteur de la capitale, l’une des figures les plus emblématiques des médias d’État vénézuéliens, a été assassiné d’une balle dans la tête près de sa résidence, à Caracas.

20 janvier | COLOMBIE | Le ministre de la Santé de la Colombie Alejandro Gaviria, a recommandé aux femmes colombiennes d’éviter d’être enceintes avant juillet 2016 “en considérant la phase dans laquelle l’épidémie du virus Zika et du risque encouru seront forts”. Avec cette mesure, le pays va un peu au-delà de la suggestion lancée aux États-Unis par le biais du Centre de contrôle et de prévention de maladies, qui décourage les femmes enceintes de voyager dans 14 pays d’Amérique latine y compris le Brésil, Porto Rico et la Colombie.

20 janvier | MEXIQUE | Le Procureur général de la République a reçu une plainte concernant la disparition de cinq jeunes de la ville de Tierra Blanca, dans l’État de Veracruz. Le procureur de l’État a déclaré avoir trouvé trois corps dans un ravin de la ville Emiliano Zapata et cherche à déterminer si les faits sont liés à la disparition des cinq jeunes de Tierra Blanca.

20 janvier | BRÉSIL | Il n’y a pas de vacances pour l’opération “Lava Jato”, qui enquête sur les affaires de corruption de Petrobras. Les anciens présidents Fernando Henrique Cardoso (Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB), Luiz Inácio Lula da Silva (Parti des travailleurs, au pouvoir, PT), Fernando Collor de Melo (actuel sénateur du Parti du travail du Brésil, PTB, d’Alagoas) et l’actuelle présidente, Dilma Rousseff (PT), ont été mentionnés dans la procédure, ce qui suppose un mauvais début d’année pour le Palais de Planalto.

20 janvier | MEXIQUE | Le Congrès a adopté la loi qui donne maintenant naissance à Mexico et fait disparaître le District fédéral. L’événement, qui se tiendra au Congrès, donne un certificat de naturalisation pour changer le statut politique de la capitale du Mexique et représente le coup d’envoi d’un processus accéléré de transformation.

20 janvier | COLOMBIE | L’organisation Catholiques pour le droit de décider (CDD) travaille depuis 15 ans dans le pays pour que l’avortement ne soit pas un tabou et pour les droits sexuels et reproductifs des femmes, dans une perspective théologique. Ils ne font pas la promotion de l’avortement, mais ils parlent aux femmes qui l’ont pratiqué.

20 janvier | VENEZUELA | La Chambre constitutionnelle du Tribunal suprême de justice (TSJ) a donné son approbation au décret d’urgence économique publié par le président Nicolas Maduro. Cette mesure accorde les pleins pouvoirs au président Maduro pour légiférer dans le domaine économique pendant 60 jours, mais l’Assemblée nationale dont la majorité est de l’opposition a jusqu’à vendredi pour approuver ou rejeter le décret.

20 janvier | MEXIQUE | Le blanchiment d’argent est un crime puni depuis peu au Mexique. Les autorités mexicaines estiment à 10 000 millions le nombre de dollars blanchis par an, alors que l’estimation émise par les États-Unis s’élève à 29 000 millions de dollars un an. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que le montant total des fonds blanchis dans le monde pourrait se situer entre 2 % et 5 % du PIB mondial. Au Mexique, les États qui sont en tête des allégations de blanchiment d’argent sont Sinaloa, Baja California, Sonora, Tamaulipas et Jalisco.

21 janvier | AMÉRIQUE LATINE | Des chercheurs de l’Institut Pasteur de Guyane française ont séquencé le génome complet du virus Zika. Selon l’analyse génétique, l’agent pathogène qui se répand à travers l’Amérique est lié au virus qui a frappé plusieurs îles du Pacifique en 2013 et 2014. L’année suivante, les premiers cas ont été détectés au Brésil. La souche américaine appartient au génotype asiatique et non à celui de l’Afrique, où le virus est apparu.

21 janvier | MEXIQUE | L’organisme d’État FONATUR (Fonds national pour le développement du tourisme) a détruit une partie d’une mangrove à Cancún pour un projet d’hôtel. Les organisations environnementales se sont mobilisées pour empêcher la disparition de la zone humide de Tajamar, qui abrite des espèces protégées. Les travaux sur la mangrove Tajamar ont été suspendus en raison d’une plainte privée déposée devant les tribunaux de l’État. Mais la société pourra continuer les travaux jusqu’en février 2016.

21 janvier | BRÉSIL | Le débat sur l’avortement est relancé dans le pays puisque le virus Zika, qui provoque des malformations fœtales, continue sa propagation. Depuis son apparition au printemps 2015, la maladie se répand à grande vitesse. Le ministère de la santé a fait état en janvier de plus de 3 530 cas de microcéphalies suspectes (liées au virus).

22 janvier | BOLIVIE | Le premier président indigène Evo Morales célèbre ses 10 ans à la tête du pays. Après une décennie et un nouveau nom, “État plurinational” au lieu de “République”, la Bolivie a une nouvelle Constitution et un nouveau modèle économique basé sur l’extraction nationalisée de gaz. Elle jouit d’une relative prospérité, de meilleures relations inter-ethniques et une stabilité politique avec un mouvement politique hégémonique, le Movimiento al Socialismo (MAS). Mais elle dispose aussi d’un élément central incontesté et indiscutable : Evo Morales lui-même.

22 janvier | MEXIQUE | Le juge de l’Audiencia Nacional d’Espagne Santiago Pedraz, a décidé de laisser en liberté sous caution Humberto Moreira, l’ancien président du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), visé dans une enquête pour des crimes présumés de blanchiment d’argent et pour son implication dans un gang criminel. Jusqu’à présent, le Mexique et les États-Unis n’ont pas demandé son extradition.

22 janvier | VENEZUELA | Selon le Fonds monétaire international, en 2016, l’inflation atteindra 720 %, comparativement à 275 % en 2015.

22 janvier | AMÉRIQUE LATINE | Le Centre européen de contrôle des maladies (ECDC) a également dissuadé les femmes enceintes de se rendre dans des zones où le virus Zika est présent.

22 janvier | ÉQUATEUR | L’Assemblée nationale a soutenu le projet de la Révolution citoyenne, dirigé par le président Rafael Correa. Depuis mai 2013, Alianza País, le mouvement du gouvernement dispose de la majorité absolue à l’Assemblée (100 des 137 membres), a fait passer 40 lois et a modifié la Constitution en décembre dernier. Gabriela Rivadeneira [photo], 33 ans, dirige l’Assemblée nationale et elle est la première femme à occuper ce poste dans l’histoire du pays. Malgré son jeune âge, elle est l’une des candidates à la présidence de son parti Alianza País et pourrait briguer la présidence en 2017, maintenant que l’âge pour postuler a été abaissé de 35 à 30 ans.

22 janvier | VENEZUELA | La majorité de l’opposition à l’Assemblée nationale a décidé de ne pas soutenir le décret d’urgence économique publié la semaine dernière par le président Nicolas Maduro. Le leader vénézuélien a regretté cette décision et a déclaré que ses adversaires “tournaient le dos au pays.” “Ils ont préféré la voie de la confrontation stérile”, a-t-il ajouté devant le Conseil national de l’économie productive.

22 janvier | BRÉSIL | La décision de la Banque centrale du Brésil (BCB) de maintenir les taux d’intérêt à 14,25 %, alors que tout indiquait une hausse, a entraîné une nervosité accrue sur les marchés financiers. Finalement, il y a eu une nouvelle hausse du dollar face au real, avec un taux record de 4,16 reals pour un dollar, la plus grande hausse enregistrée depuis qu’a été menée la réforme monétaire avec le Plan Real en 1994.

22 janvier | HAÏTI | L’annulation de dernière minute du deuxième tour de l’élection présidentielle controversée, initialement prévu le 25 janvier en Haïti pour “des raisons de sécurité”, a plongé le pays dans l’incertitude. Aucune nouvelle date n’a été fournie par les autorités. Plus d’une douzaine de bureaux électoraux ont été attaqués par l’opposition dans la nuit pour dénoncer “un coup d’État électoral” fomenté par le président, Michel Martelly.

23 janvier | ARGENTINE | Le gouvernement libéral de Mauricio Macri a décidé de retirer de la résidence présidentielle les portraits de patriotes latino-américains, avec 40 peintures, de Che Guevara à Hugo Chávez, en passant par Perón, Evita, Allende, Sandino, Tupac Amaru et, bien en vue, Nestor Kirchner. Il ne souhaite plus croiser tous les jours les symboles du peuple “kirchneriste”.

23 janvier | GUATEMALA | Le président Jimmy Morales a déclenché une crise en écartant le général Alfredo Sosa Díaz en tant que chef d’état-major de la Défense, second dans la hiérarchie militaire après le ministre. Ceci a mis en lumière les profonds différends dans la direction militaire du Guatemala. Ce qui devait être un simple changement a tourné tout autrement quand l’avocate du militaire destitué a présenté un processus de jugement préalable contre le ministre de la Défense, le général Williams Mansilla Fernández. Il est accusé de mettre entre les mains du Ministère public des faits classés “secret militaire” dans lesquels seraient impliqués 18 fonctionnaires retraités jugés pour des crimes de lèse humanité.

Guy MANSUY

Les “ninis” sont de plus en plus nombreux en Amérique latine

Un jeune latino-américain sur cinq ni n’étudie, ni ne travaille, soit un total de plus de vingt millions de personnes, chiffre qui a augmenté ces dernières années. Ce phénomène pèse sur l’expansion économique et l’augmentation de la grande pauvreté, et menace d’accroître encore les inégalités sociales d’un continent déjà connu comme étant le plus inégal du monde, selon un rapport de la Banque Mondiale.

Le phénomène “ninis” touche 22 % des jeunes en Amérique latine selon la Cepal (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes). Le taux de chômage en Amérique latine atteint 6,2 % en 2015. Ceux que l’on appelle les “ninis”, âgés de 15 à 24 ans, qui sont issus en grande majorité de familles pauvres, sont dans un cercle vicieux de foyers désunis, d’échec scolaire, et d’impossibilité d’accès au marché du travail, ce qui peut amener à la délinquance, souligne le rapport présenté récemment à Washington : “L’effet “ninis” pénalise l’économie par une moindre productivité salariale, mais il affecte aussi l’inégalité sociale. Le fait que les “ninis” soient en majorité issus de familles pauvres et vulnérables aggrave les inégalités existantes, entrave la mobilité sociale et empêche la réduction de la pauvreté à long terme”, est-il écrit dans le rapport.

L’étude indique que dans les prochaines vingt années, l’Amérique latine aura atteint la proportion maximale de population en âge de travailler, et propose une politique pour “la première enfance” et “des interventions socio-affectives” pour promouvoir les valeurs de l’éducation à l’école, et ainsi freiner la croissance des “ninis”. “Si nous donnons à nos jeunes les outils nécessaires pour être productifs et si nous leur offrons des opportunités de travail, le pays ne pourra qu’en tirer profit”, déclare à Reuters Rafael de Hoyos, co-auteur de l’étude.

Le profil typique d’un “nini” latino-américain est une jeune femme qui n’a pas terminé l’école secondaire et vit dans un foyer urbain dit vulnérable. Mais les chiffres montrent que les quelques opportunités de travail offertes sont toutes prises par des femmes. Le fait que le pourcentage de “ninis” ait sensiblement baissé depuis la prospérité économique, mais que leur nombre continue à augmenter, “montre que le marché du travail est incapable d’absorber les jeunes qui arrivent”, analyse l’économiste.

Pour les auteurs, les incitations financières comme les “transferts monétaires conditionnels” — bourses au mérite et remboursements différés, entre autres — et les programmes de prévention des grossesses à l’adolescence sont des aides qui peuvent contribuer à freiner le phénomène. “Les pays qui offrent un enseignement de qualité à une population jeune en pleine expansion, et qui proposent un marché du travail dynamique pourront avoir une bonne croissance, et diminuer leur taux de pauvreté rapidement”, exprime Jorge Familiar, vice-président de la Banque Mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes, dans un communiqué pour la diffusion du rapport.

Traduit par
Catherine TRAULLÉ

Source : CNN Expensión México DF
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